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Philosophie/Présocratiques
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|-
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| width="34%" align="center"|Les Philosophes Présocratiques
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|}
Les premiers penseurs grecs des VIIe et VIe siècles av. J.-C. sont à l'origine de la pensée occidentale et de la science. Ils vivaient en Asie mineure, en Sicile et au sud de l'Italie. On les désigne habituellement par le nom de ''Présocratiques''. La philosophie des présocratiques est une philosophie de la nature qui mélange certains éléments de la mythologie grecque à la recherche rationnelle des composants du cosmos, de sa substance première, des forces qui l'organisent, du principe qui le fonde. Leurs écrits et leur pensée forment l'arrière-plan culturel du développement intellectuel de Socrate qui, par opposition, ramènera la philosophie à l'homme.
Aucune œuvre intégrale de ces philosophes n'a survécu, et il ne nous reste, pour les connaître, que quelques fragments de leurs textes et des témoignages qui nous ont été transmis par des auteurs souvent très éloignés de leur époque. Les doctrines et vies des philosophes présocratiques ne sont donc pas très bien connues, voire pas du tout.
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:Les sources :
:[[Philosophie/Présocratiques/Liste des sources|Liste des sources]]
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:Documents :
:[[Philosophie/Présocratiques/Liste des Présocratiques|Liste des Présocratiques]]
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== Table des matières ==
*[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]
*[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]
* Anaximène de Milet
* [[Dictionnaire de philosophie/Héraclite d'Éphèse|Héraclite d'Éphèse]]
*[[Philosophie/Pythagore|Pythagore]]
* Parménide
*[[Dictionnaire de philosophie/Empédocle|Empédocle d'Agrigente]]
*[[Dictionnaire de philosophie/Anaxagore|Anaxagore de Clazomènes]]
* Démocrite
== Bibliographie ==
=== Éditions ===
*''Die Fragmente der Vorsokratiker'', ed. Diels H., Kranz W., 3 vol., 10e éd., Berlin, Weidmann, 1960-1961
*''Les Présocratiques'', Bibliothèque de la Pléiade
=== Études et articles ===
* ''Le vocabulaire des Présocratiques'', Jean-François Balaudé, 2002
* ''Les Présocratiques'', Jean Brun, Que sais-je?, 2003
* ''Dictionnaire des philosophes antiques'' publié sous la direction de Richard Goulet
== Ressources ==
*''Histoire de la philosophie'', tome 1, Bréhier
*''Les Penseurs Grecs'', 3 tomes, [[s:Theodor Gomperz|Gomperz]] [<small>[http://remacle.org/bloodwolf/livres/gomperz/table.htm Lire en ligne]</small>]
*''La philosophie à l'époque tragique des grecs'', Friedrich Nietzsche
*''Philosophie des Grecs'', tome 1 et 2, Edouard Zeller [<small>[http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-77938 Lire en ligne le tome 2 sur Gallica]</small>]
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Les premiers penseurs grecs des VIIe et VIe siècles av. J.-C. sont à l'origine de la pensée occidentale et de la science. Ils vivaient en Asie mineure, en Sicile et au sud de l'Italie. On les désigne habituellement par le nom de ''Présocratiques''. La philosophie des présocratiques est une philosophie de la nature qui mélange certains éléments de la mythologie grecque à la recherche rationnelle des composants du cosmos, de sa substance première, des forces qui l'organisent, du principe qui le fonde. Leurs écrits et leur pensée forment l'arrière-plan culturel du développement intellectuel de Socrate qui, par opposition, ramènera la philosophie à l'homme.
Aucune œuvre intégrale de ces philosophes n'a survécu, et il ne nous reste, pour les connaître, que quelques fragments de leurs textes et des témoignages qui nous ont été transmis par des auteurs souvent très éloignés de leur époque. Les doctrines et vies des philosophes présocratiques ne sont donc pas très bien connues, voire pas du tout.
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== Table des matières ==
*[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]
*[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]
* Anaximène de Milet
* [[Dictionnaire de philosophie/Héraclite d'Éphèse|Héraclite d'Éphèse]]
*[[Philosophie/Pythagore|Pythagore]]
* Parménide
*[[Dictionnaire de philosophie/Empédocle|Empédocle d'Agrigente]]
*[[Dictionnaire de philosophie/Anaxagore|Anaxagore de Clazomènes]]
* Démocrite
== Bibliographie ==
=== Éditions ===
*''Die Fragmente der Vorsokratiker'', ed. Diels H., Kranz W., 3 vol., 10e éd., Berlin, Weidmann, 1960-1961
*''Les Présocratiques'', Bibliothèque de la Pléiade
=== Études et articles ===
* ''Le vocabulaire des Présocratiques'', Jean-François Balaudé, 2002
* ''Les Présocratiques'', Jean Brun, Que sais-je?, 2003
* ''Dictionnaire des philosophes antiques'' publié sous la direction de Richard Goulet
== Ressources ==
*''Histoire de la philosophie'', tome 1, Bréhier
*''Les Penseurs Grecs'', 3 tomes, [[s:Theodor Gomperz|Gomperz]] [<small>[http://remacle.org/bloodwolf/livres/gomperz/table.htm Lire en ligne]</small>]
*''La philosophie à l'époque tragique des grecs'', Friedrich Nietzsche
*''Philosophie des Grecs'', tome 1 et 2, Edouard Zeller [<small>[http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-77938 Lire en ligne le tome 2 sur Gallica]</small>]
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La philosophie des présocratiques est une philosophie de la nature qui mélange certains éléments de la mythologie grecque à la recherche rationnelle des composants du cosmos, de sa substance première, des forces qui l'organisent, du principe qui le fonde.
|titre=Les Présocratiques
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== Introduction ==
Les premiers penseurs grecs des VIIe et VIe siècles av. J.-C. sont à l'origine de la pensée occidentale et de la science. Ils vivaient en Asie mineure, en Sicile et au sud de l'Italie. On les désigne habituellement par le nom de ''Présocratiques''. La philosophie des présocratiques est une philosophie de la nature qui mélange certains éléments de la mythologie grecque à la recherche rationnelle des composants du cosmos, de sa substance première, des forces qui l'organisent, du principe qui le fonde. Leurs écrits et leur pensée forment l'arrière-plan culturel du développement intellectuel de Socrate qui, par opposition, ramènera la philosophie à l'homme.
Aucune œuvre intégrale de ces philosophes n'a survécu, et il ne nous reste, pour les connaître, que quelques fragments de leurs textes et des témoignages qui nous ont été transmis par des auteurs souvent très éloignés de leur époque. Les doctrines et vies des philosophes présocratiques ne sont donc pas très bien connues, voire pas du tout.
== Table des matières ==
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*[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]
*[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]
* Anaximène de Milet
* [[Dictionnaire de philosophie/Héraclite d'Éphèse|Héraclite d'Éphèse]]
*[[Philosophie/Pythagore|Pythagore]]
* Parménide
*[[Dictionnaire de philosophie/Empédocle|Empédocle d'Agrigente]]
*[[Dictionnaire de philosophie/Anaxagore|Anaxagore de Clazomènes]]
* Démocrite
== Bibliographie ==
=== Éditions ===
*''Die Fragmente der Vorsokratiker'', ed. Diels H., Kranz W., 3 vol., 10e éd., Berlin, Weidmann, 1960-1961
*''Les Présocratiques'', Bibliothèque de la Pléiade
=== Études et articles ===
* ''Le vocabulaire des Présocratiques'', Jean-François Balaudé, 2002
* ''Les Présocratiques'', Jean Brun, Que sais-je?, 2003
* ''Dictionnaire des philosophes antiques'' publié sous la direction de Richard Goulet
== Ressources ==
*''Histoire de la philosophie'', tome 1, Bréhier
*''Les Penseurs Grecs'', 3 tomes, [[s:Theodor Gomperz|Gomperz]] [<small>[http://remacle.org/bloodwolf/livres/gomperz/table.htm Lire en ligne]</small>]
*''La philosophie à l'époque tragique des grecs'', Friedrich Nietzsche
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== Introduction ==
Les premiers penseurs grecs des VIIe et VIe siècles av. J.-C. sont à l'origine de la pensée occidentale et de la science. Ils vivaient en Asie mineure, en Sicile et au sud de l'Italie. On les désigne habituellement par le nom de ''Présocratiques''. La philosophie des présocratiques est une philosophie de la nature qui mélange certains éléments de la mythologie grecque à la recherche rationnelle des composants du cosmos, de sa substance première, des forces qui l'organisent, du principe qui le fonde. Leurs écrits et leur pensée forment l'arrière-plan culturel du développement intellectuel de Socrate qui, par opposition, ramènera la philosophie à l'homme.
Aucune œuvre intégrale de ces philosophes n'a survécu, et il ne nous reste, pour les connaître, que quelques fragments de leurs textes et des témoignages qui nous ont été transmis par des auteurs souvent très éloignés de leur époque. Les doctrines et vies des philosophes présocratiques ne sont donc pas très bien connues, voire pas du tout.
== Table des matières ==
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*[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]
*[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]
* Anaximène de Milet
* [[Dictionnaire de philosophie/Héraclite d'Éphèse|Héraclite d'Éphèse]]
*[[Philosophie/Pythagore|Pythagore]]
* Parménide
*[[Dictionnaire de philosophie/Empédocle|Empédocle d'Agrigente]]
*[[Dictionnaire de philosophie/Anaxagore|Anaxagore de Clazomènes]]
* Démocrite
== Bibliographie ==
=== Éditions ===
*''Die Fragmente der Vorsokratiker'', ed. Diels H., Kranz W., 3 vol., 10e éd., Berlin, Weidmann, 1960-1961
*''Les Présocratiques'', Bibliothèque de la Pléiade
=== Études et articles ===
* ''Le vocabulaire des Présocratiques'', Jean-François Balaudé, 2002
* ''Les Présocratiques'', Jean Brun, Que sais-je?, 2003
* ''Dictionnaire des philosophes antiques'' publié sous la direction de Richard Goulet
== Ressources ==
*''Histoire de la philosophie'', tome 1, Bréhier
*''Les Penseurs Grecs'', 3 tomes, [[s:Theodor Gomperz|Gomperz]] [<small>[http://remacle.org/bloodwolf/livres/gomperz/table.htm Lire en ligne]</small>]
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La philosophie des présocratiques est une philosophie de la nature qui mélange certains éléments de la mythologie grecque à la recherche rationnelle des composants du cosmos, de sa substance première, des forces qui l'organisent, du principe qui le fonde.
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== Introduction ==
Les premiers penseurs grecs des VIIe et VIe siècles av. J.-C. sont à l'origine de la pensée occidentale et de la science. Ils vivaient en Asie mineure, en Sicile et au sud de l'Italie. On les désigne habituellement par le nom de ''Présocratiques''. La philosophie des présocratiques est une philosophie de la nature qui mélange certains éléments de la mythologie grecque à la recherche rationnelle des composants du cosmos, de sa substance première, des forces qui l'organisent, du principe qui le fonde. Leurs écrits et leur pensée forment l'arrière-plan culturel du développement intellectuel de Socrate qui, par opposition, ramènera la philosophie à l'homme.
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*[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]
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* Anaximène de Milet
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* Parménide
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* Démocrite
== Bibliographie ==
=== Éditions ===
*''Die Fragmente der Vorsokratiker'', ed. Diels H., Kranz W., 3 vol., 10e éd., Berlin, Weidmann, 1960-1961
*''Les Présocratiques'', Bibliothèque de la Pléiade
=== Études et articles ===
* ''Le vocabulaire des Présocratiques'', Jean-François Balaudé, 2002
* ''Les Présocratiques'', Jean Brun, Que sais-je?, 2003
* ''Dictionnaire des philosophes antiques'' publié sous la direction de Richard Goulet
== Ressources ==
*''Histoire de la philosophie'', tome 1, Bréhier
*''Les Penseurs Grecs'', 3 tomes, [[s:Theodor Gomperz|Gomperz]] [<small>[http://remacle.org/bloodwolf/livres/gomperz/table.htm Lire en ligne]</small>]
*''La philosophie à l'époque tragique des grecs'', Friedrich Nietzsche
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La compression de données permet de réduire la quantité de données à transférer ou à stocker.
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Ce livre explique les différents types de compression et les techniques utilisées.
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/* Un RAW bien frais pour juillet */ nouveau sujet ([[mw:c:Special:MyLanguage/User:JWBTH/CD|DP]])
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Wikilivres:Le Bistro/En-tête}}</noinclude>
== Le meilleur à Wikilivres pour 2026 ! ==
Je crée la page du bistrot 2026 en transmettant mes vœux. Bonne année éditoriale à tous ! [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 16 janvier 2026 à 06:05 (CET)
:Merci, meilleurs vœux ! [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]] ([[Discussion utilisateur:JackPotte|<span style="color:#FF6600">$</span>♠]]) 16 janvier 2026 à 09:53 (CET)
::Meilleurs vœux pour 2026 !
::-- ◄ [[Utilisateur:DavidL|'''D'''avid '''L''']] • [[Discussion Utilisateur:DavidL|discuter]] ► 16 janvier 2026 à 20:13 (CET)
:::Meilleurs vœux pour 2026
:::[[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]] ([[Discussion utilisateur:Xhungab|discussion]]) 17 janvier 2026 à 11:56 (CET)
::::Bonne année et bonnes lectures et écritures !
::::[[Utilisateur:Matthius|Matthius]]
== Page orpheline du livre : États généraux du multilinguisme dans les outre-mer ==
Bonjour,
Le livre "États généraux du multilinguisme dans les outre-mer" a laissé quelques pages orphelines. Ces pages orphelines ont été recopiées ou regroupé dans le texte du livre. Elles font donc doublons.
Je montre dans ce livre [[feuilles dupliquées orphelines|feuilles dupliquées orphelines]] cette suite de pages orphelines accompagnée par la page où elles ont été recopiées.
Merci [[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]] ([[Discussion utilisateur:Xhungab|discussion]]) [[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]] ([[Discussion utilisateur:Xhungab|discussion]]) 10 février 2026 à 19:57 (CET)
:@[[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]], @[[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]], @[[Utilisateur:DavidL|DavidL]], bonjour. Je vois que l'on est en campagne de gestion de pages orphelines et je me pose la question de savoir si on doit les supprimer une fois réintégrées ailleurs ou les supprimer ? Je vois que les deux cas de figure ont été mis en œuvre précédemment. L'avantage de la fusion est de conserver l'historique des modifications, mais je ne suis pas habitué à le faire. Si quelqu'un d'entre vous pouvait m'indiquer une page d'explication, cela m'aiderait à m'y mettre. Ensuite, je me demande si la fusion a vraiment un sens lorsque c'est la même personne qui a créé la page orpheline et la nouvelle au contenu copié collé pour insertion ? Qu'en pensez-vous ? [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 13 février 2026 à 16:02 (CET)
::Petit complément. J'ai créé ce livre
::* [[feuilles volantes orphelines|Feuilles Volantes Orphelines]]
::dans lequel je met
::* les feuilles volantes qui sont dans les pages orphelines.
::* les mini livres qui sont dans les pages orphelines.
::* les livres abandonnés sur une feuille. qui sont dans les pages orphelines.
::Mon intention est d'indiquer si c'est un mini livre, si c'est une feuille sans contenue, et rien si c'est une simple feuille volante. [[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]] ([[Discussion utilisateur:Xhungab|discussion]]) 13 février 2026 à 16:16 (CET)
:::Ça fait plaisir de voir une personne s'investir dans la maintenance de Wikilivres =). Soit le ou la bienvenu.e. J'attends les avis des autres administrateurs pour te donner mon soutien @[[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]]. @ bientôt. [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 13 février 2026 à 16:27 (CET)
:::: @[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] bonjour, je n'ai pas compris en quoi "deux cas de figure ont été mis en œuvre précédemment" : si la page est vide on la supprime et si elle a au moins une phrase valable on la fusionne. [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]] ([[Discussion utilisateur:JackPotte|<span style="color:#FF6600">$</span>♠]]) 13 février 2026 à 16:26 (CET)
::::Concernant l'auteur pour moi cela importe peu, car on souhaite conserver chaque élément permettant de prouver une primauté du droit d'auteur (par exemple pour ne pas accuser un contributeur d'avoir copié un site miroir de sa page supprimée). [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]] ([[Discussion utilisateur:JackPotte|<span style="color:#FF6600">$</span>♠]]) 13 février 2026 à 16:30 (CET)
:::::Désolé [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]], je n'avais pas vu que les pages que tu as supprimées étaient vides. La règle est donc supprimer si vide et fusionner si non. Tu peux me conseiller une page d'aide pour oppérer les fusions ? [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 13 février 2026 à 16:34 (CET)
::::::Salut,
::::::Pour la fusion d'historique :
::::::* soit [[Wikilivres:Le guide de l'administrateur#Fusionner deux pages|Utiliser la page spéciale pour cela]] (cependant ne fonctionne pas toujours),
::::::* soit [https://fr.wikibooks.org/w/index.php?title=Wikilivres:Le_guide_de_l%27administrateur&oldid=588957#Fusionner_deux_pages utiliser l'ancienne méthode] qui reste toujours valable quand la première ne fonctionne pas.
::::::-- ◄ [[Utilisateur:DavidL|'''D'''avid '''L''']] • [[Discussion Utilisateur:DavidL|discuter]] ► 13 février 2026 à 19:34 (CET)
:::::::Salut @[[Utilisateur:DavidL|DavidL]]. Je viens de tester l'outil fusionner avec les deux pages suivantes
:::::::[[États généraux du multilinguisme dans les outre-mer/Annexes/Contexte]]
:::::::vers
:::::::[[États généraux du multilinguisme dans les outre-mer/Annexes]]
:::::::Et j'ai le message suivant :
:::::::« La période spécifiée chevauche les versions préexistantes de la page de destination. »
:::::::Tu peux m'expliquer si tu as le temps ? [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 16 février 2026 à 00:19 (CET)
::::::::Salut @[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]]
::::::::Dans ce cas, j'utilise [https://fr.wikibooks.org/w/index.php?title=Wikilivres:Le_guide_de_l%27administrateur&oldid=588957#Fusionner_deux_pages l'ancienne méthode].
::::::::# Renommer A (page qui n'existera plus) vers B, sans laisser de redirection, et en cochant la case de suppression de B (case qui apparait après 1er clic sur le bouton Renommer) (→ l'historique de A est sur B, celui de B est supprimé)
::::::::# Supprimer B (→ l'historique de A et B sont supprimés)
::::::::# Restaurer B et cocher toutes les cases des versions (bouton "Inverser la sélection") (→ restaurer l'historique de A et B)
::::::::# Effectuer une modification de la version finale de la page à afficher, trouvée dans l'historique.
::::::::-- ◄ [[Utilisateur:DavidL|'''D'''avid '''L''']] • [[Discussion Utilisateur:DavidL|discuter]] ► 16 février 2026 à 08:29 (CET)
:::::::::Merci @[[Utilisateur:DavidL|DavidL]]. Ça m'a l'air bien compliqué tout ça. Et avec toute les pages qu'il faut faire, ça risque de prendre un certain temps. Je manque de courage en pensant que c'est juste pour ajouter une ligne dans l'historique des versions. [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 16 février 2026 à 14:51 (CET)
== archive.today ==
''Voir [[:w:Wikipédia:Le Bistro/21 février 2026#archive.today]].''
Ce site pose apparemment des problèmes de sécurité, il faudrait le remplacer au plus vite si possible, et sinon désactiver les liens.
[[Utilisateur:SyntaxTerror|SyntaxTerror]] ([[Discussion utilisateur:SyntaxTerror|discussion]]) 21 février 2026 à 13:07 (CET)
:Salut SyntaxTerror,
:* 0 liens vers archive.today : [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.today]
:* <s>18</s> 0 liens vers archive.is [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.is]
:* 0 liens vers archive.li [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.li]
:* 0 liens vers archive.ec [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.ec]
:* 0 liens vers archive.ph [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.ph]
:* 0 liens vers archive.fo [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.fo]
:* 0 liens vers archive.md [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.md]
:* <s>1</s> 0 liens vers archive.vn [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.vn]
:* 0 liens vers archive.closed.social [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.closed.social]
:-- ◄ [[Utilisateur:DavidL|'''D'''avid '''L''']] • [[Discussion Utilisateur:DavidL|discuter]] ► 21 février 2026 à 16:14 (CET)
::Merci pour vos efforts ! [[Utilisateur:Fourmidable|Fourmidable]] ([[Discussion utilisateur:Fourmidable|discussion]]) 12 mai 2026 à 16:22 (CEST)
== demande aide pour sortir du mode "ébauche" ==
je viens de terminer mon livre ... ci dessous. J'ai compris qu'il fallait le signaler comme n'étant plus au stade "ébauche" commente faire Merci
https://fr.wikibooks.org/w/index.php?title=Essai_pour_un_mod%C3%A8le_de_psychisme_objectif&action=info#mw-pageinfo-header-basic [[Utilisateur:Clopeau|Clopeau]] ([[Discussion utilisateur:Clopeau|discussion]]) 17 mars 2026 à 08:20 (CET)
:Bonjour, quand je regarde ''[[Essai pour un modèle de psychisme objectif]]'', sa complétude permettrait en effet de le sortir des ébauches, mais il semble plutôt d'agir d'un travail de recherche que d'un livre pédagogique sur un sujet sourcé comme reconnu.
:Donc en vertu de [[Wikilivres:Principes fondateurs|notre charte]], je propose de le déplacer sur {{WV|Recherche:Accueil}}. [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]] ([[Discussion utilisateur:JackPotte|<span style="color:#FF6600">$</span>♠]]) 18 mars 2026 à 09:06 (CET)
== Don à wikipédia depuis wikilivres ==
{{BlocCitation|La Wikimedia Foundation est l’organisation à but non lucratif qui soutient Wikipédia, '''les autres sites de connaissance libre de Wikimédia''', et sa mission de connaissance libre pour tous.|auteur=[https://wikimediafoundation.org/fr/give/donor-frequently-asked-questions/ FAQ], {{g|Qu'est-ce-que la Wikimedia Foundation ?}}}}
Le lien de donation https://donate.wikimedia.org/w/index.php?title=Special:LandingPage&country=FR&uselang=fr&wmf_medium=sidebar&wmf_source=donate&wmf_campaign=fr.wikibooks.org '''ne parle que de wikipédia'''. '''Où sont passés les autres projets ?''' Vont-ils être fermés sauvagement par la fondation comme Wikinews récemment ? La suite au prochain épisode d{{'}}''Highlander-Wikimedia'' : {{g|À la fin, un seul ''projet'' survivra.}} ... ◄ [[Utilisateur:DavidL|'''D'''avid '''L''']] • [[Discussion Utilisateur:DavidL|discuter]] ► 12 mai 2026 à 11:26 (CEST)
:Bonjour,
:Je pense personnellement que les wikis ont des problèmes.
:Il y a une vingtaine d'années, il représentait l'innovation la plus ambitieuse.
:Aujourd'hui, les wikis me semblent dépassés de tous les côtés.
: wiki = Erreurs 404 ("Page introuvable")
:Problèmes:
:* 568 livres déclarés. 50 livres terminés (combien sont obsolètes)
:* 21 527 pages déclarées. 20 000 pages orphelines. (Papa t'est où?)
:Solution:
:* Où sont les cours sur YouTube qui utilisent un wikibook comme référence?
:Voilà mon idée sur les wiki.
:* https://fr.wikiversity.org/wiki/Facult%C3%A9:Droit
:* https://fr.wikiversity.org/wiki/D%C3%A9partement:Introduction_au_droit
:<nowiki>~~~~</nowiki> [[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]] ([[Discussion utilisateur:Xhungab|discussion]]) 12 mai 2026 à 13:50 (CEST)
::Ce serait intéressant de mentionner tous les projets actifs oui. [[Utilisateur:Fourmidable|Fourmidable]] ([[Discussion utilisateur:Fourmidable|discussion]]) 12 mai 2026 à 16:23 (CEST)
::: En même temps, le message est plutôt franc étant donné que l'argent des dons n'est pas investi dans le développement de Wikilivres (cf [[:meta:Community Wishlist Survey]] et les réponses à nos tickets Phabricator).
::: Par ailleurs, concernant la qualité des contenus, cela a toujours était un sujet depuis le début, et nous disposons tout de même de plusieurs pages spéciales dans [[Wikilivres:Maintenance]] pour y remédier afin que le lecteur n'ait pas la sensation de se faire empapaouter en se retrouvant sur des ébauches bien placées dans Google. [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]] ([[Discussion utilisateur:JackPotte|<span style="color:#FF6600">$</span>♠]]) 13 mai 2026 à 08:48 (CEST)
== La catégorie SI est pleine ! ==
Bonjour tous,
Pour info, la [[:Catégorie:Suppressions immédiates demandées]] contient 9 pages.
Wikilivresquement, [[Utilisateur:Fourmidable|Fourmidable]] ([[Discussion utilisateur:Fourmidable|discussion]]) 14 juin 2026 à 15:36 (CEST)
:Elle est maintenant vide, merci à ceux qui s'y sont collés ! {{Sourire}} [[Utilisateur:Fourmidable|Fourmidable]] ([[Discussion utilisateur:Fourmidable|discussion]]) 24 juin 2026 à 17:17 (CEST)
== Un RAW bien frais pour juillet ==
{| style="width:100%;"
| valign="top" align="center" style="border:1px gray solid; padding:1em;" |
{| align="center"
|-
| style="text-align: center;" | <div style="background-color:#177860; border-radius:.2em; color:#FFF;padding: 1em;">
<div style="font-family: Century Gothic; font-size:4.5em; line-height:120%;text-align:center;color: #fff;">RAW</div>
<div style="margin-bottom:1.5em;text-align:center; color: #fff; font-style:italic;">Regards sur l’actualité du mouvement Wikimédia.</div>
<div style="text-align: center;">{{#ifeq:{{FULLPAGENAME}}|Wikipédia:RAW/Rédaction}}</div>
</div><br />
<hr />
<div style="font-size:12pt; font-family:Times New Roman; text-align:center;">[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05|<span style="color:darkslategray;">Le numéro de juillet 2026 est sorti.</span>]]</div>
<hr /><br />
|- style="text-align: center;"
| <span style="font-size:12pt; font-family:Times New Roman;"> '''❖ Au menu de ce numéro ❖'''</span>
|- style="font-size:10pt; font-family:Times New Roman; text-align:center;"
| <div style="text-align:center; column-count:1; column-width:28em; vertical-align:top;">
'''L'Édito'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#L'Édito|Fêtons notre mouvement !]]
'''Échos francophones'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Résidence|Un nouveau vigneron dans la résidence]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Logo_WP25|Wikipédia en français aux couleurs des 25 ans]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#DAF|Wikipédia dans le ''Dictionnaire de l'Académie française'']]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Millésime_Wiktionnaire|Quelles sont les nouvelles entrées en français sur le Wiktionnaire ?]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#ADS|Relance de l'Article de la semaine]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#sans_pagEs|Le projet des sans pagEs fête ses dix ans]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#contributions_rémunérées|Faut-il faire évoluer les règles sur les contributions rémunérées ?]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#wikification|Le mois de la wikification fait son retour pour une septième édition]]
'''Ailleurs dans le mouvement'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Txikipedia|Txikipedia franchit le cap des 10 000 articles]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Concours_santé_2026|Un concours sur la santé]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Commons_et_IA|Commons se penche sur l'IA]]
'''Nouveautés techniques et outils'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#VIZWP|VIZWP : un outil pour visualiser les lacunes dans les sujets climatiques sur Wikipédia, mais pas que…]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#AI_Source_Verification|Examiner la vérifiabilité grâce à l'IA ?]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Icônes|Les icônes de l'interface ont changé]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Sous-références|Ça y est, les sous-références sont là]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#ConvoCompass|ConvoCompass, pour moins d'attaques personnelles]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#LSV-Tools|LSV-Tools : faciliter la gestion des anecdotes « Le saviez-vous ? »]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#LegendAndDot|Semi-automatiser l'ajout de ponctuation dans les légendes d'images]]
'''Du côté de la recherche'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#COMSAV|COMSAV : la contribution à Wikipédia fait-elle d'un ensemble d'individus un ensemble de pairs ?]]</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#JourneyMap|Où commence la contribution et où s'arrête-t-elle ?]]
'''Le POV'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Le_POV|Guide survie pour la Wikimania 2026]] par Trizek
'''L'Atelier'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#L'Atelier|Le point sur la diversité de genre dans les articles]] par PAC2
'''L'Analyse'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#L'Analyse|Larry Sanger is back... and fired!]] par Madelgarius, Trizek et Jules*
'''L'interview'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#L'interview|Pronoia : de Byzance aux réseaux sociaux, un œil sur Wikipédia et le monde]] par Antimuonium
'''Le wik’hit-parade'''</br>
[[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05#Wikit|Articles les plus vus en juin 2026]] par Ælfgar
</div>
|-
| style="font-family:Times New Roman; text-align:center; font-size:90%;" | [[w:fr:Wikipédia:RAW/2026-07-05|Lire tout le numéro]]
|-
| valign="top" colspan="2" style="padding:0.5em; font-family:Times New Roman;text-align:center; font-size:100%;" |
Venez rédiger le prochain numéro, y parler de ce qui se fait dans votre communauté : [[w:fr:Discussion_Wikipédia:RAW/Rédaction|Salle de rédaction]].</br>Les anciens numéros sont retrouvables [[w:fr:Modèle:Palette RAW|ici]].
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|}
|}
<div style="margin-top:10px; font-size:90%; padding-left:5px; font-family:Georgia, Palatino, Palatino Linotype, Times, Times New Roman, serif;">[[w:fr:Wikipédia:RAW/Inscription|Abonnez-vous !]] [[Utilisateur:L'embellie|L'embellie]] ([[Discussion utilisateur:L'embellie|discussion]]) 5 juillet 2026 à 01:53 (CEST)</div>
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Dictionnaire de philosophie/K
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text/x-wiki
{{DicoPhilo|K}}
<div style="display: grid; grid-template-columns: repeat(auto-fit, minmax(280px, 1fr)); gap: 1.5em; width: 100%;">
<div style="padding: 1.5em; background: linear-gradient(135deg, #ffffff40 0%, #e0e4e840 100%); border-radius: 10px; box-shadow: 0 3px 10px rgba(0,0,0,0.1);">
:Kairos
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:Kelsen, Hans
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:Kitsch
:Kōan
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<div style="padding: 1.5em; background: linear-gradient(135deg, #ffffff40 0%, #e0e4e840 100%); border-radius: 10px; box-shadow: 0 3px 10px rgba(0,0,0,0.1);">
:Koyré, Alexandre
:[[Dictionnaire de philosophie/Saul Kripke|Kripke, Saul]]
:[[Dictionnaire de philosophie/Pierre Kropotkine|Kropotkine, Pierre]]
:Kuhn, Thomas
</div>
</div>
{{PhiloRecherche}}
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Dictionnaire de philosophie/Saul Kripke
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Page créée avec « {{DicoPhilo|Saul Kripke|lecture=oui}} [[Fichier:Saul Kripke.jpg|vignette|upright=1.1|Saul Kripke lors d'un séminaire à l'université de Bologne, vers 2005.]] '''Saul Kripke''' (Saul Aaron Kripke), né le 13 novembre 1940 dans l'État de New York et mort le 15 septembre 2022, est un logicien et philosophe américain. Il appartient à la philosophie analytique, cette tradition qui aborde les problèmes philosophiques par l'analyse du langage, de la logique et d... »
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text/x-wiki
{{DicoPhilo|Saul Kripke|lecture=oui}}
[[Fichier:Saul Kripke.jpg|vignette|upright=1.1|Saul Kripke lors d'un séminaire à l'université de Bologne, vers 2005.]]
'''Saul Kripke''' (Saul Aaron Kripke), né le 13 novembre 1940 dans l'État de New York et mort le 15 septembre 2022, est un logicien et philosophe américain. Il appartient à la philosophie analytique, cette tradition qui aborde les problèmes philosophiques par l'analyse du langage, de la logique et des arguments. G. W. Fitch voyait en lui, dès 2004, « l'un des philosophes les plus créatifs et les plus influents du vingtième siècle »<ref>G. W. Fitch, ''Saul Kripke'', Chesham, Acumen, coll. « Philosophy Now », 2004, p. xi. Sauf indication contraire, les citations des textes anglais sont traduites par nous.</ref>, et le demi-siècle qui nous sépare des conférences de Princeton n'a fait que confirmer ce jugement : peu d'œuvres ont autant déplacé, en si peu de pages publiées, les lignes de la logique, de la philosophie du langage et de la [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] contemporaines.
Deux moments résument cette trajectoire hors du commun. Le premier a lieu au milieu des années 1950 : un lycéen d'Omaha, dans le Nebraska, met au point pour la logique modale, cette logique du nécessaire et du possible, une interprétation en termes de « mondes possibles » qui porte aujourd'hui son nom et que les logiciens, les informaticiens et les linguistes utilisent quotidiennement. Le second a lieu en janvier 1970 : à l'université de Princeton, un jeune homme de vingt-neuf ans improvise, sans texte ni notes, trois conférences qui paraîtront sous le titre ''Naming and Necessity''<ref>Saul Kripke, ''Naming and Necessity'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1980 (ci-après ''NN'') ; le texte avait d'abord paru en 1972 dans le recueil ''Semantics of Natural Language''. Trad. fr. : ''La logique des noms propres'', trad. Pierre Jacob et François Récanati, Paris, Éditions de Minuit, 1982. Sur les conditions d'improvisation des conférences, voir ''NN'', p. 22, note 1.</ref>. En trois soirées, il y soumet à une critique serrée la conception de la référence qui dominait depuis Frege et Russell, remet en honneur des notions que le positivisme logique croyait enterrées, l'essence, la nécessité, la métaphysique elle-même, et défait le nœud qui, depuis Kant, semblait lier le nécessaire à l'[[Dictionnaire de philosophie/A priori|a priori]]. Un énoncé peut être nécessairement vrai et pourtant connu par la seule expérience : cette thèse, qui tient en une ligne, a suffi à rouvrir des chantiers entiers.
L'œuvre ne s'arrête pas là. Kripke a posé l'une des énigmes les plus discutées de la théorie de la [[Dictionnaire de philosophie/Croyance|croyance]], construit une théorie de la [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]] qui affronte le paradoxe du menteur sans recourir à la hiérarchie de Tarski, proposé une analyse des noms de fiction qui fait toujours autorité, et tiré des ''Recherches philosophiques'' de Wittgenstein un paradoxe sceptique si puissant que la profession a forgé, pour désigner son auteur incertain, le mot-valise de « Kripkenstein ». Chacun de ces chantiers aurait suffi à établir une réputation ; leur réunion sous une même signature explique la place à part que Kripke occupe dans la philosophie d'après 1960.
Cette place tient aussi à une manière. Kripke pense à voix haute : ses grands textes sont des transcriptions de conférences données sans notes, dont le ton oral, les hésitations assumées et les exemples familiers, Nixon et l'élection de 1968, le mètre étalon de Sèvres, Hespérus et Phosphorus, un certain Pierre égaré entre Londres et « London », ont fait autant pour leur diffusion que la rigueur des arguments. Il publie peu, corrige sans fin, laisse dormir des centaines d'heures d'enregistrements et de manuscrits que ses éditeurs commencent seulement à exhumer. L'article qui suit présente l'homme, puis les quatre massifs de l'œuvre, la sémantique de la logique modale, la théorie de la référence et de la nécessité, les travaux sur la vérité et la croyance, la lecture sceptique de Wittgenstein, avant d'en mesurer la postérité.
== Repères biographiques ==
=== Un prodige du Nebraska ===
Saul Aaron Kripke naît le 13 novembre 1940 dans l'État de New York ; la famille s'installe peu après à Omaha, dans le Nebraska, où l'enfant grandit<ref>Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, p. xi ; John P. Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', Cambridge, Polity, coll. « Key Contemporary Thinkers », 2013, p. 194.</ref>. Les récits de sa précocité tiennent de la légende, mais ils sont documentés : on rapporte qu'il a lu le théâtre complet de Shakespeare en classe de cours moyen<ref>Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, p. xi.</ref>. L'adolescent se passionne pour la logique symbolique, discipline alors introuvable dans les manuels scolaires : il fait le voyage jusqu'à la bibliothèque de l'université du Nebraska, à Lincoln, pour consulter le ''Journal of Symbolic Logic'', puis s'offre, à quinze ans, son propre abonnement à la revue<ref>Yale Weiss et Romina Birman, « Saul Kripke: A Portrait of the Modal Logician as a Young Man », dans Yale Weiss et Romina Birman (dir.), ''Saul Kripke on Modal Logic'', coll. « Outstanding Contributions to Logic », Cham, Springer, 2024 (ci-après ''SKML''), p. 7-21.</ref>. Le premier numéro qu'il reçoit contient une note d'Arthur Prior sur la quantification dans le système S5 : c'est, selon ses biographes, sa première rencontre avec la logique modale moderne, et il la citera dans son premier article publié<ref>Weiss et Birman, « A Portrait of the Modal Logician as a Young Man », dans ''SKML'', éd. citée, p. 7-21.</ref>.
La suite est allée très vite. Le lycéen correspond avec les logiciens en activité : une lettre du 24 janvier 1958 le montre écrivant au Suédois Stig Kanger pour obtenir un tirage de sa thèse<ref>Weiss et Birman, « A Portrait of the Modal Logician as a Young Man », dans ''SKML'', éd. citée, p. 7-21, note 10.</ref>, et il échange également avec Arthur Prior et Haskell Curry<ref>Weiss et Birman, « Introduction », dans ''SKML'', éd. citée, p. 1-6.</ref>. Surtout, il démontre, avant même d'entrer à l'université, le premier théorème de complétude pour la logique modale quantifiée : l'article, « A Completeness Theorem in Modal Logic », paraît en 1959 dans le ''Journal of Symbolic Logic'', alors que son auteur a dix-huit ans<ref>Saul Kripke, « A Completeness Theorem in Modal Logic », ''The Journal of Symbolic Logic'', vol. 24, n{{o}} 1, 1959, p. 1-14 ; sur la genèse lycéenne du résultat, voir Weiss et Birman, « Introduction », dans ''SKML'', éd. citée, p. 1-6, et Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, p. xi.</ref>. Peu de carrières philosophiques se sont ouvertes par un théorème.
=== Harvard, Princeton, New York ===
Kripke étudie les mathématiques à Harvard, qui l'élit à sa Society of Fellows en 1963, l'année même où paraît « Semantical Considerations on Modal Logic », l'article qui fixe la forme canonique de sa sémantique<ref>Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, p. xi ; Saul Kripke, « Semantical Considerations on Modal Logic », ''Acta Philosophica Fennica'', vol. 16, 1963, p. 83-94.</ref>. Il n'écrira jamais de thèse de doctorat : les théorèmes publiés en tiennent lieu. Professeur associé à l'université Rockefeller de New York en 1968, il est nommé en 1977 titulaire de la chaire McCosh de philosophie à Princeton, où il enseigne jusqu'à son éméritat en 1998<ref>Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, p. xi.</ref>. Entre-temps, il a donné à Princeton, en janvier 1970, les trois conférences de ''Naming and Necessity'', puis à Oxford, à l'automne 1973, les six John Locke Lectures qui ne paraîtront que quarante ans plus tard sous le titre ''Reference and Existence''<ref>Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, p. xi ; Saul Kripke, ''Reference and Existence. The John Locke Lectures'', New York, Oxford University Press, 2013 (ci-après ''RE''). Les six conférences furent données du 30 octobre au 4 décembre 1973 (''RE'', table).</ref>. La notoriété déborde alors le cercle des spécialistes : en 1977, le ''New York Times Magazine'' lui consacre un portrait intitulé « New Frontiers in American Philosophy »<ref>Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, p. xi.</ref>.
Les honneurs suivent. En octobre 2001, Kripke reçoit à Stockholm le prix Schock de logique et de philosophie, l'une des plus hautes distinctions du domaine ; la conférence qu'il donne à cette occasion, consacrée à Frege, sera reprise dans ses œuvres complètes<ref>Saul Kripke, « Frege's Theory of Sense and Reference: Some Exegetical Notes », dans ''Philosophical Troubles. Collected Papers, Volume 1'', New York, Oxford University Press, 2011 (ci-après ''PT''), p. 254-291, ici p. 254, note 1.</ref>. Dans les années 2000, il rejoint le Graduate Center de la City University de New York, qui crée pour accueillir ses archives un centre de recherche à son nom, le Saul Kripke Center, chargé de cataloguer, de transcrire et d'éditer une masse d'enregistrements et de manuscrits inédits<ref>Alan Berger (dir.), ''Saul Kripke'', Cambridge, Cambridge University Press, 2011, p. vii ; ''PT'', préface.</ref>. C'est de ce chantier que sortent les ''Philosophical Troubles'' de 2011, premier volume de ses articles rassemblés, puis ''Reference and Existence'' en 2013. Kripke meurt subitement le 15 septembre 2022, alors que s'achevait la préparation d'un volume d'hommages consacré à sa logique modale<ref>Weiss et Birman, préface de ''SKML'', éd. citée, p. v.</ref>.
Il faut, pour finir ce portrait, dire un mot de l'homme au travail. Kripke n'écrivait guère : il parlait. Ses textes majeurs sont des conférences transcrites, retouchées avec réticence, et il a toujours préféré l'objection précise, le contre-exemple, le paradoxe, aux constructions de système. Cette économie de moyens explique un paradoxe éditorial : l'un des philosophes les plus influents du XX{{e}} siècle a peu publié : quelques livres brefs, souvent issus de conférences transcrites, un recueil d'articles, et des textes majeurs restés des décennies inédits. S'y ajoutent des dizaines de séminaires enregistrés, qui attendent leur heure dans les archives new-yorkaises.
== La sémantique des mondes possibles ==
=== Une logique en quête d'interprétation ===
Pour mesurer ce que le jeune Kripke a changé, il faut se représenter l'état de la logique modale au milieu du XX{{e}} siècle. Depuis les travaux de Clarence Irving Lewis, on savait construire des systèmes d'axiomes pour les notions de nécessité et de possibilité : aux symboles habituels de la logique s'ajoutent un opérateur de nécessité, noté d'un carré, et un opérateur de possibilité, noté d'un losange, avec des règles qui les gouvernent. Lewis en avait proposé plusieurs, échelonnés du plus faible au plus fort et baptisés S1 à S5 ; d'autres suivirent. Mais ces calculs restaient des jeux d'écriture : on savait dériver des formules, on ne savait pas dire ce qu'elles voulaient dire, ni pourquoi choisir un système plutôt qu'un autre<ref>John Burgess, « Kripke Models », dans Alan Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 119-140.</ref>. La situation prêtait le flanc aux attaques : Quine soutenait que la logique modale était née dans le péché, celui de confondre l'usage et la mention, et que la quantification à travers les opérateurs modaux, dire par exemple qu'il existe quelque chose qui est nécessairement plus grand que sept, engageait à un « essentialisme » indéfendable<ref>John P. Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, chap. 2 (« Identity »), p. 37-45.</ref>.
=== Mondes, accessibilité, complétude ===
[[Fichier:Kripke frame.png|vignette|Un cadre de Kripke : des points pour les mondes possibles, des flèches pour la relation d'accessibilité.]]
L'idée de Kripke, mûrie au lycée puis développée dans une série d'articles entre 1959 et 1965, consiste à donner à ces symboles une sémantique, c'est-à-dire une définition mathématique de la vérité. On se donne un ensemble de « mondes possibles », dont l'un représente le monde réel, et une relation entre ces mondes, dite d'accessibilité : intuitivement, un monde en « voit » un autre lorsque ce second monde compte comme une possibilité du point de vue du premier. Une proposition est alors nécessaire dans un monde si elle est vraie dans tous les mondes accessibles depuis lui, possible si elle est vraie dans au moins un<ref>Kripke, « Semantical Considerations on Modal Logic », art. cité, p. 83-94. Pour une présentation d'ensemble, voir Burgess, « Kripke Models », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 119-140.</ref>. L'image est familière : dire qu'il aurait pu pleuvoir ce matin, c'est dire qu'il existe une façon dont les choses auraient pu se passer, un état de choses accessible depuis le nôtre, où il pleut. La sémantique des mondes possibles ne fait que prendre cette façon de parler au sérieux et lui donner une forme exacte.
L'apport central tient dans la souplesse de la relation d'accessibilité. Selon les propriétés qu'on lui impose, on retrouve, munis désormais d'une interprétation uniforme, bon nombre des systèmes d'axiomes proposés jusque-là : non pas tous, mais les principaux systèmes dits normaux. Si la relation est réflexive, chaque monde étant accessible depuis lui-même, on valide le principe selon lequel le nécessaire est vrai ; si elle est en outre transitive, on obtient le système S4, où le nécessaire est nécessairement nécessaire ; si elle est une relation d'équivalence, on retrouve S5, où toutes les possibilités sont, pour ainsi dire, visibles de partout. Kripke démontre pour ces systèmes des théorèmes de complétude : tout ce qui est vrai dans tous les modèles est démontrable dans le calcul, et réciproquement<ref>Kripke, « A Completeness Theorem in Modal Logic », art. cité, p. 1-14 ; « Semantical Considerations on Modal Logic », art. cité, p. 83-94.</ref>. La querelle des systèmes rivaux change alors de nature : choisir S4 ou S5, ce n'est plus préférer un goût d'axiomes, c'est faire une hypothèse sur la structure de la possibilité. Le débat métaphysique retrouve droit de cité dans la logique.
Kripke n'était pas seul sur cette piste, et il ne l'a jamais prétendu. Dès 1946, Ruth Barcan Marcus avait construit les premiers calculs de logique modale quantifiée, réalisant ainsi ce que Quine redoutait ; on y trouve la formule qui porte son nom, la formule de Barcan, selon laquelle s'il aurait pu y avoir une chose d'une certaine sorte, alors il y a une chose qui aurait pu être de cette sorte, et la nécessité de l'identité s'y démontre comme un théorème<ref>Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 4-6 ; Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, p. 39-43. Kripke discute la position de Marcus sur l'identité dans ''NN'', p. 100-101.</ref>. Rudolf Carnap avait esquissé une sémantique pour S5, Stig Kanger et Jaakko Hintikka avaient manié des relations comparables, Arthur Prior explorait les logiques du temps, et Kripke cite lui-même certains de ces devanciers<ref>Weiss et Birman, « A Portrait of the Modal Logician as a Young Man », dans ''SKML'', éd. citée, p. 7-21, notes 9 et 10, qui font le point sur les antécédents de Kanger et de Hintikka et sur ce que Kripke leur doit ou non.</ref>. Mais c'est chez lui que la construction atteint la généralité, la rigueur et la fécondité qui l'ont imposée : la relation d'accessibilité arbitraire, les théorèmes de complétude pour toute une famille de systèmes, l'extension aux logiques quantifiées, où des domaines d'objets variant d'un monde à l'autre permettent d'invalider la formule de Barcan comme sa converse<ref>Kripke, « Semantical Considerations on Modal Logic », art. cité, p. 88-90.</ref>, puis, en 1965, une sémantique du même style pour la logique intuitionniste, où les mondes deviennent des états d'information croissante. Les structures qui portent son nom, cadres et modèles de Kripke, sont devenues l'outil commun des logiques du savoir, du devoir, du temps et des programmes : l'informatique théorique vérifie aujourd'hui des circuits et des protocoles en parcourant des modèles de Kripke<ref>Burgess, « Kripke Models », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 119-140.</ref>. Peu de constructions mathématiques dues à un adolescent ont connu pareille descendance.
Restait l'objection philosophique de Quine : quantifier dans les contextes modaux, n'est-ce pas réveiller un essentialisme obscur ? La réponse de Kripke viendra en deux temps. Le logicien montre d'abord que la sémantique des mondes possibles rend ces quantifications parfaitement intelligibles. Le philosophe assumera ensuite, dans ''Naming and Necessity'', ce que Quine tenait pour une réduction à l'absurde : oui, certaines choses ont des propriétés essentielles, et c'est la tâche de la métaphysique que de les identifier. Ce qui passait pour un vice de la logique modale devenait un programme de recherche.
== ''La logique des noms propres'' ==
En janvier 1970, trois soirs durant, les 20, 22 et 29 du mois, Kripke parle à Princeton sans texte ni notes ; la transcription, légèrement révisée, paraît en 1972 puis, augmentée d'une préface et d'addenda, en 1980<ref>''NN'', p. 22, note 1, où Kripke précise que les conférences furent données « sans texte écrit et, en fait, sans notes », et que l'ouvrage reproduit la transcription à peine retouchée.</ref>. Le livre, traduit en français sous le titre ''La logique des noms propres'', est sans doute l'ouvrage de philosophie analytique le plus commenté de la seconde moitié du XX{{e}} siècle. Son objet paraît modeste : que font les noms propres, « Aristote », « Nixon », « Hespérus », lorsqu'ils désignent ? Mais la réponse engage, de proche en proche, la nature de la nécessité, le statut de la connaissance a priori, l'essence des individus et des espèces, et jusqu'au problème du corps et de l'esprit.
=== La théorie descriptiviste des noms ===
Toute la première conférence s'emploie à reconstruire, avec un soin d'adversaire loyal, la doctrine que le livre va défaire. John Stuart Mill soutenait que les noms propres dénotent sans connoter : « Dartmouth » désigne une certaine ville, et la désignerait encore si la rivière Dart, qui a motivé le nom, changeait de cours ; le nom n'a pas de signification, seulement un porteur<ref>''NN'', p. 26-29 ; John Stuart Mill, ''Système de logique déductive et inductive'', livre I, chap. 2.</ref>. Frege et Russell ont objecté à Mill trois énigmes que sa doctrine laisse sans réponse. Comment « Hespérus est Phosphorus » peut-il être une découverte, alors que « Hespérus est Hespérus » est une trivialité, si les deux noms se contentent de désigner la même planète ? Que signifient les noms vides, « le Père Noël », « Pégase », qui ne désignent rien ? Et comment un énoncé d'inexistence, « Sherlock Holmes n'existe pas », peut-il être à la fois sensé et vrai<ref>''NN'', p. 27-29 ; Harold Noonan, ''Routledge Philosophy Guidebook to Kripke and Naming and Necessity'', Londres, Routledge, 2013, chap. 2 (« Background »), p. 21-53.</ref> ?
D'où la solution descriptiviste : un nom propre serait l'abréviation d'une description définie. « Aristote » voudrait dire quelque chose comme « le maître d'Alexandre » ou « le dernier grand philosophe de l'Antiquité » ; le nom aurait un sens, et ce sens déterminerait sa référence. Les trois énigmes se dissolvent alors d'un coup : « Hespérus est Phosphorus » est instructif parce que deux descriptions différentes, l'étoile du soir, l'étoile du matin, se trouvent viser le même astre ; un nom vide est un nom dont la description n'est satisfaite par rien ; nier l'existence de Holmes, c'est dire que personne ne satisfait les descriptions du récit. Wittgenstein puis John Searle avaient assoupli la doctrine : plutôt qu'une description unique, un faisceau de descriptions, dont le porteur du nom devrait satisfaire un nombre suffisant<ref>''NN'', p. 30-32 et 61-64 ; Noonan, ''Kripke and Naming and Necessity'', éd. citée, chap. 2, p. 21-53.</ref>. Sous sa forme simple ou sous sa forme en faisceau, cette théorie paraissait sans rivale : elle expliquait comment la référence est possible, ce que nous apprenons en apprenant un nom, et pourquoi certaines identités instruisent. Kripke reconnaît sa force de séduction ; c'est pourtant elle, dit-il, qu'il faut abandonner presque entièrement.
=== Les désignateurs rigides ===
L'instrument de la critique est une distinction devenue classique. Appelons rigide un désignateur qui désigne le même objet dans tous les mondes possibles, non rigide celui qui peut changer d'objet d'un monde à l'autre<ref>''NN'', p. 48.</ref>. Un test simple permet de sentir la différence. Considérons Nixon et la description « le vainqueur de l'élection américaine de 1968 ». Nixon aurait pu perdre cette élection : il existe une situation contrefactuelle où le vainqueur de 1968 n'est pas Nixon. Mais il n'existe aucune situation contrefactuelle où Nixon n'est pas Nixon. La description glisse d'un individu à l'autre selon les circonstances ; le nom, lui, reste accroché à son homme<ref>''NN'', p. 40-49.</ref>. De même, « l'auteur des ''Méditations'' » aurait pu désigner un autre que [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes]], si un autre les avait écrites ; « Descartes » non. Les noms propres, telle est la thèse, sont des désignateurs rigides, et la plupart des descriptions ne le sont pas. Un nom n'est donc pas synonyme d'une description : voilà le descriptivisme atteint au cœur.
L'objection vient aussitôt, et Kripke la formule lui-même : parler de Nixon dans d'autres mondes possibles, n'est-ce pas supposer résolu le problème de son identification à travers les mondes ? Comment reconnaître Nixon dans un monde où il a perdu l'élection, changé de carrière, peut-être de visage ? La réponse de Kripke a la brutalité des évidences retrouvées : nous ne découvrons pas les mondes possibles au bout d'une lunette, nous les stipulons. « Les mondes possibles sont stipulés, non découverts par de puissants télescopes »<ref>''NN'', p. 44.</ref>. Un monde possible n'est pas un pays lointain que nous scruterions en cherchant qui, parmi ses habitants, ressemble assez à notre Nixon pour mériter son nom ; c'est une situation contrefactuelle que nous décrivons, et que nous décrivons d'emblée comme concernant Nixon. Quand nous disons « Nixon aurait pu perdre », la question « mais comment savez-vous que c'est bien lui ? » n'a pas de prise : c'est de lui que nous parlons, par stipulation. Le pseudo-problème de l'identité transmondaine se dissout dans l'usage même du langage modal<ref>''NN'', p. 42-53. Sur la portée de cette dissolution, voir Scott Soames, « Kripke on Epistemic and Metaphysical Possibility », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 78-99.</ref>.
Une précision technique a son importance. La rigidité des noms est une rigidité de droit, dirait-on : le nom désigne le même individu dans tous les mondes parce que telle est sa fonction sémantique, et non parce que son porteur aurait, par chance, une propriété qui le suivrait partout. Certaines descriptions peuvent, elles aussi, désigner rigidement, mais par accident mathématique en quelque sorte : « le carré de trois » désigne neuf dans tous les mondes, faute pour les nombres de pouvoir varier. La thèse de Kripke ne porte pas sur ces cas ; elle affirme que les noms propres du langage ordinaire fonctionnent rigidement en vertu de leur seule grammaire sémantique<ref>''NN'', p. 48-49 et note 21 de la préface, p. 21. Voir Pascal Engel, ''Identité et référence. La théorie des noms propres chez Frege et Kripke'', Paris, Presses de l'École normale supérieure, 1985, chap. III, p. 77-94, sur les ambiguïtés possibles de la notion.</ref>.
=== Trois arguments contre la description ===
Armé de cette distinction, Kripke déploie contre le descriptivisme trois lignes d'attaque, que les commentateurs ont pris l'habitude de distinguer comme l'argument modal, l'argument épistémique et l'argument sémantique<ref>Noonan, ''Kripke and Naming and Necessity'', éd. citée, chap. 3 (« Naming »), p. 54-122.</ref>.
L'argument modal généralise le test de Nixon. Si « Aristote » signifiait « le dernier grand philosophe de l'Antiquité », alors l'énoncé « Aristote est le dernier grand philosophe de l'Antiquité » serait vrai dans tous les mondes possibles où Aristote existe, comme l'est « Aristote est Aristote ». Or il n'en est rien : Aristote aurait pu mourir enfant, ne jamais écrire une ligne, laisser la gloire philosophique à un autre. L'énoncé est contingent ; le nom et la description ne peuvent donc pas être synonymes<ref>''NN'', p. 61-63 ; voir aussi la préface, p. 6-12, où Kripke reformule l'argument avec l'exemple « Aristote aimait les chiens ».</ref>. L'argument vaut contre la théorie du faisceau autant que contre la description unique : même la disjonction pondérée des exploits d'Aristote aurait pu n'être satisfaite par personne, ou l'être par un autre, sans qu'Aristote cesse d'être Aristote.
L'argument épistémique retourne l'arme de la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]]. Si le sens de « Gödel » était « celui qui a démontré l'incomplétude de l'arithmétique », alors quiconque comprend le nom saurait a priori, sans enquête, que Gödel a démontré l'incomplétude, comme il sait que les célibataires ne sont pas mariés. Or cette prétendue vérité de définition est un fait d'histoire, appris dans les livres et révisable par eux. Le descriptivisme transforme en truismes des découvertes ; c'est le signe qu'il se trompe sur ce que nous savons quand nous maîtrisons un nom<ref>''NN'', p. 74-78 et 87 ; Noonan, ''Kripke and Naming and Necessity'', éd. citée, chap. 3, p. 54-122.</ref>.
L'argument sémantique, le plus fameux, montre que la description n'est nécessaire ni suffisante pour fixer la référence. Elle n'est pas nécessaire : la plupart d'entre nous ne savons dire de Richard Feynman rien qui le distingue, « un physicien célèbre » tout au plus, description que Murray Gell-Mann satisfait aussi bien ; nous parvenons pourtant à parler de Feynman, et de lui seul<ref>''NN'', p. 81.</ref>. Elle n'est pas non plus suffisante, et c'est ici qu'intervient la plus célèbre expérience de pensée du livre. Supposons que le théorème d'incomplétude n'ait pas été démontré par Gödel, mais par un inconnu nommé Schmidt, mort à Vienne dans des circonstances mystérieuses, et dont l'ami Gödel se serait approprié le manuscrit. La seule chose que la plupart des gens associent au nom « Gödel » serait alors vraie de Schmidt et de lui seul. Faut-il en conclure que, dans cette hypothèse, quand nous disons « Gödel », nous parlons en réalité de Schmidt ? Kripke répond que non, et l'intuition lui donne massivement raison : nous parlerions toujours de Gödel, cet homme-là, pour dire de lui, désormais, qu'il fut un imposteur<ref>''NN'', p. 84-91. Kripke y ajoute des cas réels de croyances fausses attachées à un nom, comme Peano crédité d'axiomes dus à Dedekind (p. 84-85). Voir Noonan, ''Kripke and Naming and Necessity'', éd. citée, chap. 3, p. 54-122.</ref>. L'ignorance n'empêche pas de référer, l'erreur non plus : la référence ne passe donc pas par les descriptions que les locuteurs ont en tête.
=== Le baptême et la chaîne ===
Si ce n'est pas la description, qu'est-ce qui attache un nom à son porteur ? Kripke répond par ce qu'il appelle prudemment une image, refusant le mot de théorie : il ne propose pas des conditions nécessaires et suffisantes, mais un tableau plus fidèle de la pratique<ref>''NN'', p. 93-97.</ref>. Au commencement, un baptême initial : l'objet est nommé par ostension, on le montre en le nommant, ou bien la référence est fixée par une description. Puis le nom circule, « de maillon en maillon », comme dit Kripke : chaque locuteur le reçoit d'autres locuteurs, avec l'intention de l'employer pour désigner ce que désignait celui dont il le tient<ref>''NN'', p. 96.</ref>. Ce qui relie mon usage du mot « Aristote » au philosophe grec n'est pas un dossier de descriptions logé dans ma tête ; c'est une chaîne historique de communications, qui remonte de bouche en bouche, de livre en livre, jusqu'aux contemporains du Stagirite. La référence est une affaire sociale et causale, non un exploit mental privé.
L'image explique les succès et les ratés de nos usages. Elle explique que l'écolier qui n'a retenu de Christophe Colomb qu'une légende parle bien de Colomb ; que le nom « Jonas » puisse désigner un homme réel dont le récit biblique aurait tout romancé<ref>''NN'', p. 66-68 et 87.</ref> ; et la condition d'intention déférentielle bloque les contre-exemples faciles : si, entendant parler de Napoléon, je décide de donner ce nom à mon aardvark, je ne réfère pas à l'empereur, car je n'ai pas repris le nom avec l'intention de conserver sa référence<ref>''NN'', p. 96.</ref>. L'image a ses zones d'ombre, que Kripke signale lui-même et que Gareth Evans exploitera : le nom « Madagascar », détourné par une méprise de Marco Polo, désignait d'abord une portion du continent africain avant de glisser vers l'île ; la chaîne peut donc dévier en route, et l'histoire causale ne suffit pas seule à fixer la référence actuelle<ref>''NN'', addenda, p. 163, où Kripke discute l'objection d'Evans et concède que le tableau demande des raffinements.</ref>. Une image, donc, plutôt qu'une théorie achevée ; mais une image qui a changé la manière dont la philosophie du langage se représente son objet.
=== Fixer la référence sans donner le sens : le contingent a priori ===
Une distinction discrète accomplit dans le livre un travail immense : donner la signification d'un terme n'est pas la même chose qu'en fixer la référence. Une description peut servir à accrocher un nom à son objet sans devenir pour autant le sens du nom. L'exemple canonique est celui du mètre. Supposons que « un mètre » ait été introduit comme la longueur d'une certaine barre S conservée à Paris, à l'instant t. Celui qui a posé cette [[Dictionnaire de philosophie/Définition|définition]] sait alors, sans mesure ni expérience, que S mesure un mètre : voilà, semble-t-il, une connaissance a priori. Est-elle nécessaire pour autant ? Nullement : la barre, chauffée ou refroidie, aurait eu une autre longueur ; il existe des mondes possibles où S ne mesure pas un mètre. L'énoncé « S mesure un mètre à l'instant t » est donc a priori et contingent<ref>''NN'', p. 54-56.</ref>. La description « la longueur de S à t » a fixé la référence de « un mètre », qui désigne rigidement une certaine longueur ; elle n'en a pas donné le sens, sans quoi l'énoncé serait nécessaire. Même structure pour « Neptune », introduit par Le Verrier comme nom de la planète responsable des perturbations d'Uranus, ou pour « Jack l'Éventreur », nom fixé par la description du meurtrier inconnu : la description sert d'échelle, puis l'échelle peut tomber, le nom désigne rigidement son porteur<ref>''NN'', p. 79 et note.</ref>.
Le contingent a priori heurte de front l'équation kantienne qui identifiait l'a priori et le nécessaire. Kripke y insiste : les deux notions ne relèvent même pas de la même discipline. Comme l'écrit John Burgess, « sa plus grande contribution réside dans sa clarification de la nature de la modalité »<ref>Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, p. 2.</ref>, et cette clarification commence par un tri. Le nécessaire s'oppose au contingent : c'est une affaire de métaphysique, ce qui n'aurait pas pu être autrement. L'a priori s'oppose à l'a posteriori : c'est une affaire d'[[Dictionnaire de philosophie/Épistémologie|épistémologie]], ce qui peut être connu indépendamment de l'expérience. L'analytique s'oppose au synthétique : c'est une affaire de sémantique, ce qui est vrai en vertu des significations. Trois couples, trois disciplines ; rien ne garantit d'avance qu'ils découpent le monde de la même façon<ref>''NN'', p. 34-39 ; Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, p. 2-3.</ref>. Le mètre étalon montrait un a priori contingent ; la suite du livre montre l'inverse, et c'est là que tout bascule.
=== Le nécessaire a posteriori ===
Revenons à Hespérus et Phosphorus, l'étoile du soir et l'étoile du matin des anciens astronomes. Les deux noms ont été introduits indépendamment, par deux baptêmes distincts ; il a fallu des observations pour découvrir qu'ils désignent le même corps céleste, la planète Vénus. « Hespérus est Phosphorus » est donc une vérité a posteriori s'il en est. Est-elle contingente ? Tout semble le dire, et c'est pourtant ici que Kripke fait jouer la rigidité. « Hespérus » désigne Vénus dans tous les mondes possibles ; « Phosphorus » aussi ; dans tous les mondes possibles, par conséquent, Hespérus est Phosphorus. Une identité vraie entre désignateurs rigides est nécessairement vraie<ref>''NN'', p. 100-105.</ref>. Il aurait pu se faire que l'astre du soir et l'astre du matin fussent deux corps distincts ; mais alors ce ne sont pas Hespérus et Phosphorus qui auraient été distincts, ce sont d'autres corps qui auraient occupé leurs positions. Vénus n'aurait pas pu ne pas être Vénus.
D'où vient alors l'illusion tenace de contingence ? Kripke répond par une analyse qui servira plus loin d'arme contre le matérialisme : nous confondons la situation décrite avec une situation épistémiquement semblable. Il existe des mondes possibles où des astronomes, placés dans une situation qualitativement identique à celle des Babyloniens, découvrent que « leurs » deux astres sont distincts ; en ce sens, les choses auraient pu se passer, pour nous, de manière indiscernable, avec un verdict inverse. Mais ces mondes ne sont pas des mondes où Hespérus n'est pas Phosphorus ; ce sont des mondes où d'autres objets portent ces rôles<ref>''NN'', p. 103-105 et 141-144 ; Soames, « Kripke on Epistemic and Metaphysical Possibility », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 78-99.</ref>. L'apparence de contingence est réelle, mais elle est épistémique ; la nécessité, elle, est métaphysique. Avec cette dissociation, Kripke fait sauter le dernier verrou : il existe des vérités nécessaires que seule l'expérience nous apprend. Le nécessaire a posteriori n'est pas un monstre logique, c'est le régime ordinaire des identités découvertes.
=== Essences, origines, espèces naturelles ===
La troisième conférence étend le résultat des noms propres aux termes d'espèces et de phénomènes naturels, et c'est ici que la métaphysique reprend tous ses droits. « Eau », « or », « tigre », « chaleur » fonctionnent, soutient Kripke, comme des désignateurs rigides d'espèces ou de grandeurs : leur référence a été fixée par des échantillons et des apparences, la couleur jaune du métal, la sensation de chaud, mais ce qu'ils désignent est l'espèce elle-même, dont la science découvre la nature. Que l'or soit l'élément de numéro atomique 79, que l'eau soit H<sub>2</sub>O, que la chaleur soit l'agitation moléculaire : autant d'identités théoriques, découvertes a posteriori, et pourtant nécessaires si elles sont vraies<ref>''NN'', p. 116-140 ; sur l'or et le numéro atomique 79, p. 116-125 ; sur la chaleur et le mouvement moléculaire, p. 129-133.</ref>. De la pyrite, l'or des fous, peut singer la couleur de l'or : elle n'en sera jamais, car elle n'a pas sa constitution. Un liquide pourrait remplir nos lacs et étancher notre soif sans être de l'eau, s'il n'était pas H<sub>2</sub>O. L'apparence a servi d'échelle pour atteindre l'espèce ; l'essence de l'espèce est affaire de structure, et c'est le laboratoire, non le dictionnaire, qui la révèle.
Les individus aussi ont leurs essences, et Kripke en identifie deux sortes. L'essence d'origine, d'abord : cette table, faite de ce bois, aurait pu être plus petite, peinte, brisée ; aurait-elle pu être faite, dès l'origine, d'un tout autre bois, ou de glace ? Non, répond Kripke : un objet fait d'une autre matière eût été un autre objet, semblable peut-être, mais autre. De même pour les personnes : la reine Élisabeth II aurait pu ne pas régner, mais elle n'aurait pas pu naître d'autres parents ; un enfant issu d'autres gamètes n'eût pas été elle<ref>''NN'', p. 110-115.</ref>. L'essence de constitution et l'essence d'origine ne disent pas tout d'un être, elles disent ce sans quoi il ne serait pas lui : le reste, carrière, accidents, gloire, appartient à la [[Dictionnaire de philosophie/Contingence|contingence]]. Quine dénonçait dans l'essentialisme la honte cachée de la logique modale ; Kripke le pratique à ciel ouvert, avec des exemples que chacun peut peser<ref>Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, chap. 3 (« Necessity »), p. 59-77.</ref>.
Un corollaire inattendu mérite l'arrêt : il ne pouvait pas y avoir de licornes. L'exemple servait pourtant, dans tous les manuels, de possibilité type. Mais « licorne » est censé nommer une espèce, et les récits qui introduisent le terme n'en fixent que l'apparence, cheval blanc, corne torsadée, sans déterminer de structure interne : plusieurs espèces distinctes auraient pu présenter cette silhouette, et le mythe ne dit pas laquelle serait la licorne. Faute d'essence déterminée, le terme ne désigne aucune espèce possible : l'énoncé « il aurait pu y avoir des licornes » n'a pas la vérité qu'on lui prête<ref>''NN'', addenda, p. 156-157.</ref>. La thèse, que Kripke développera dans ses conférences d'Oxford, annonce son analyse de la fiction : les termes forgés par les récits ne se comportent pas comme les termes de la nature.
Ces analyses convergent avec celles que Hilary Putnam développait au même moment, Terre jumelle à l'appui : la signification n'est pas dans la tête, la référence des termes d'espèces passe par le monde et par la division sociale du travail linguistique. La rencontre des deux hommes, partis de problèmes différents, a donné à l'externalisme sémantique son socle, et aux sciences leur philosophie du langage : les définitions de dictionnaire n'y sont que des fiches signalétiques provisoires, la nature des choses restant à découvrir<ref>Noonan, ''Kripke and Naming and Necessity'', éd. citée, chap. 5 (« Extensions »), p. 181 et suivantes ; Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, chap. 3, p. 59-77.</ref>.
=== Contre l'identité psychophysique ===
La dernière conférence réserve une surprise pour la fin : les instruments forgés contre le descriptivisme se retournent contre le matérialisme. La théorie de l'identité psychophysique, dominante dans les années 1960, affirmait que les états mentaux sont des états cérébraux comme la chaleur est du mouvement moléculaire : la douleur, par exemple, serait identique à la stimulation de certaines fibres nerveuses, les fibres C. Identité empirique, disait-on, et contingente : les termes « douleur » et « stimulation des fibres C » se seraient trouvés désigner le même état, comme deux noms tombent sur la même planète. Kripke objecte que cette contingence est interdite par la logique de l'identité. « Douleur » et « stimulation des fibres C » sont l'un et l'autre des désignateurs rigides : le premier désigne cette sensation même, le second ce type d'événement neural. Si l'identité est vraie, elle est nécessaire ; il n'y a pas de monde possible où la douleur existerait sans fibres C stimulées, ni l'inverse<ref>''NN'', p. 144-149.</ref>.
Or l'identité ne semble pas nécessaire, et c'est ici que l'analogie avec la chaleur, dont vivait le matérialisme, se brise. L'apparence de contingence de « la chaleur est le mouvement moléculaire » s'expliquait par l'écart entre la chose et son apparaître : un monde où une autre grandeur nous ferait l'effet du chaud est concevable, mais ce n'est pas un monde sans l'identité, c'est un monde où la chaleur nous apparaît autrement. Cette échappatoire est fermée pour la douleur, car la douleur n'a pas d'apparaître distinct d'elle-même : une sensation qui fait l'effet d'une douleur est une douleur. Impossible, donc, de reclasser le monde imaginé, celui où la douleur existe sans fibres C, comme un monde d'apparences trompeuses : s'il est concevable, il est possible, et l'identité s'effondre<ref>''NN'', p. 149-155 ; Noonan, ''Kripke and Naming and Necessity'', éd. citée, chap. 4 (« Necessity »), p. 123-180.</ref>. Le matérialiste doit montrer que cette apparence de contingence est une illusion, et Kripke doute qu'il le puisse par les voies habituelles. Sa conclusion reste prudente, presque désarmée : le problème du corps et de l'esprit demeure à ses yeux entièrement ouvert, et plus déroutant que jamais<ref>''NN'', p. 155, note 77. Sur la parenté et les différences avec le [[Dictionnaire de philosophie/Dualisme|dualisme]] cartésien, voir Sydney Shoemaker, « Kripke and Cartesianism », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 327-342.</ref>. L'argument n'établit pas le dualisme ; il établit que le matérialisme de l'identité ne peut pas être vrai à bon marché, et il fixe pour cinquante ans les termes du débat sur la [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]].
== Les noms vides et les êtres de fiction ==
Sherlock Holmes hantait la théorie de la référence bien avant Kripke : que fait un nom qui ne nomme personne ? La question donne son fil aux six John Locke Lectures qu'il prononce à Oxford à l'automne 1973, publiées quarante ans plus tard, presque sans retouches, sous le titre ''Reference and Existence'' ; l'ouvrage est dédié à son père<ref>''RE'', page de titre et dédicace. Les conférences, transcrites, sont restées inédites de 1973 à 2013, tout en circulant sous le manteau et en étant abondamment citées.</ref>. Le problème est d'autant plus pressant pour Kripke que sa propre doctrine l'aggrave : si la signification d'un nom se réduit à son porteur, un nom sans porteur semble n'avoir aucune signification, et « Sherlock Holmes n'existe pas » aucune chance d'être à la fois sensé et vrai. Le descriptivisme, lui, avait réponse à tout : nier l'existence de Holmes, c'était nier qu'un individu unique satisfasse les descriptions du récit<ref>''RE'', p. 6 et 144-161 ; sur le paradigme russellien des existentiels négatifs, p. 20-23.</ref>. Kripke doit faire mieux, sans renier la rigidité.
Sa première thèse corrige une concession de jeunesse : Holmes n'est pas un possible. Dans un article de 1963, Kripke avait écrit, comme tout le monde, que Holmes n'existe pas mais aurait pu exister ; il y renonce dans les addenda de ''Naming and Necessity'' et s'en explique longuement à Oxford<ref>''NN'', addenda, p. 156-158 ; ''RE'', première conférence, p. 3-28.</ref>. Sans doute existe-t-il des mondes possibles où des détectives accomplissent les exploits que Conan Doyle raconte ; mais rien, ni dans le récit ni dans l'histoire de son écriture, ne désigne l'un de ces hommes plutôt qu'un autre comme étant Holmes. Le nom n'a jamais été attaché à un individu par un baptême ; il est né dans une prétention de récit, et la sémantique ne peut pas lui trouver après coup un porteur parmi les possibles. Il en va des personnages comme des licornes : le prétendu possible est un indéterminé, et l'indéterminé n'est pas un possible. Le carrousel des mondes ne sauvera pas Holmes ; c'est ailleurs qu'il faut chercher son mode d'être.
La clef de l'analyse kripkéenne est la notion de simulacre. Quand Conan Doyle écrit, il ne réfère pas et n'asserte pas : il fait semblant de référer et d'asserter, et le lecteur entre dans le jeu. Le discours fictionnel est un usage en simulacre du langage ordinaire : « Holmes fumait la pipe », dans le récit, n'est pas une assertion fausse sur le monde, c'est le simulacre d'une assertion<ref>''RE'', p. 6 et 22-29.</ref>. Mais, et c'est le second étage de l'édifice, la pratique du récit engendre de vraies entités. Une fois les histoires écrites, lues, commentées, il existe quelque chose comme le personnage de Sherlock Holmes, créature de Conan Doyle, dont on peut dire avec vérité qu'il est un personnage de fiction, qu'il est plus célèbre qu'aucun détective réel, qu'il a été créé à la fin du XIX{{e}} siècle. « Un personnage de fiction est donc une entité abstraite »<ref>''RE'', p. 73.</ref>, écrit Kripke : il existe en vertu des activités concrètes de narration, comme une nation existe en vertu des relations concrètes entre les personnes. L'ontologie n'a rien d'extravagant : les personnages sont des artefacts culturels, aussi réels qu'un roman ou qu'une sonate, et le langage ordinaire quantifie sur eux sans embarras, quand il compare Holmes à Poirot ou compte les personnages d'une pièce.
Restent les existentiels négatifs, « le problème final », comme dit la sixième conférence<ref>''RE'', p. 144-161.</ref>. « Sherlock Holmes n'existe pas » est vrai ; mais de quoi nie-t-on l'existence, si le nom, pris à la lettre, n'a pas de porteur, et si le personnage, entité abstraite, existe bel et bien ? Kripke démonte la question avec précaution : selon les usages, l'énoncé peut nier qu'il y ait un homme réel au bout de la chaîne du nom, ou signaler que le nom n'est issu que d'une prétention de récit, ou encore, dans la bouche de l'historien, écarter une hypothèse d'existence. Il avoue ne pas tenir de solution unique et définitive, et cette franchise même a fait école : le dossier des noms vides, rouvert par ces conférences, est resté l'un des plus actifs de la philosophie du langage<ref>''RE'', p. 144-161 ; voir Nathan Salmon, « Fiction, Myth, and Reality », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 49-77, qui prolonge et systématise l'analyse kripkéenne.</ref>. On trouvera un état antérieur de ces analyses dans la conférence « Vacuous Names and Fictional Entities », donnée en 1973 et recueillie dans ''Philosophical Troubles''<ref>Saul Kripke, « Vacuous Names and Fictional Entities », dans ''PT'', éd. citée, p. 52-74.</ref>.
== L'énigme de la croyance ==
En 1979 paraît, dans un volume collectif, l'article que Kripke tenait peut-être pour son plus déconcertant : « A Puzzle about Belief »<ref>Saul Kripke, « A Puzzle about Belief » [1979], dans ''PT'', éd. citée, p. 125-161. L'article avait d'abord paru dans le recueil dirigé par Avishai Margalit, ''Meaning and Use'', Dordrecht, Reidel, 1979, p. 239-283.</ref>. Le point de départ est une objection usée que l'on oppose au millianisme, la doctrine selon laquelle la signification d'un nom s'épuise dans sa référence. Si « Cicéron » et « Tullius » nomment le même homme, les énoncés « Cicéron était chauve » et « Tullius était chauve » devraient dire la même chose ; or Jones, qui ignore l'identité, peut assentir au premier et refuser le second. Donc, conclut-on, les noms coréférentiels ne sont pas interchangeables dans les contextes de croyance, et le millianisme est réfuté. Kripke ne défend pas directement la doctrine ; il montre, ce qui est plus retors, que l'argument prouve trop, car des paradoxes du même type surgissent sans aucune substitution.
Deux principes anodins suffisent à engendrer l'énigme. Le principe de décitation, d'abord : si un locuteur normal, sincère et réfléchi, assentit à « p », alors il croit que p. Le principe de traduction, ensuite : une traduction correcte préserve la vérité, si bien que ce qu'un énoncé attribue dans une langue, sa traduction l'attribue dans l'autre<ref>« A Puzzle about Belief », dans ''PT'', éd. citée, p. 137-139.</ref>. Voici maintenant Pierre, francophone unilingue, nourri de cartes postales : il assentit de bon cœur à « Londres est jolie ». Par décitation et traduction, Pierre croit que Londres est jolie. Le sort l'exile ensuite dans un quartier ingrat de la capitale anglaise, dont il apprend la langue par immersion, sans dictionnaire ; il appelle sa ville « London », la trouve sinistre, et assentit à « London is not pretty », sans soupçonner un instant que « London » et « Londres » nomment la même ville. Par décitation, Pierre croit que Londres n'est pas jolie. Il n'a pourtant rien oublié de ses lectures françaises, et aucune faute de logique ne peut lui être reprochée : chacune de ses deux croyances est raisonnable dans son idiome. Croit-il, oui ou non, que Londres est jolie ? Toute réponse échoue, et Kripke fait défiler les échecs un à un : oui et non ensemble prêtent à Pierre des croyances contradictoires qu'un logicien accompli saurait dénicher ; ni l'un ni l'autre le prive de croyances qu'il exprime pourtant dans les règles<ref>« A Puzzle about Belief », dans ''PT'', éd. citée, p. 140-152.</ref>.
On pourrait accuser la traduction ; Kripke referme cette issue avec l'exemple de Paderewski. Peter a entendu parler de Paderewski le pianiste, et de Paderewski l'homme d'État, sans savoir qu'il s'agit du même homme ; il assentit à « Paderewski avait du talent musical » et le nie, croyant parler d'un autre. Une seule langue, un seul nom, aucune traduction : l'énigme demeure entière<ref>« A Puzzle about Belief », dans ''PT'', éd. citée, p. 153-156 ; Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, chap. 4, p. 88-91.</ref>. La morale que Kripke tire de l'affaire est volontairement modeste et c'est elle qui a fait la fortune du texte : la thèse principale de l'article, répète-t-il en ouverture comme en conclusion, est que l'énigme est une énigme. Nos pratiques ordinaires d'attribution de croyance, décitation et traduction comprises, conduisent d'elles-mêmes, dans certains cas, à des contradictions ; on ne peut donc pas s'en servir comme d'un tribunal contre le millianisme, puisqu'elles condamnent tout le monde. Comme toute théorie de la vérité doit affronter le menteur, toute théorie de la croyance devra affronter Pierre<ref>« A Puzzle about Belief », dans ''PT'', éd. citée, p. 125 et 155-156.</ref>.
L'article a suscité une littérature immense, des solutions par les modes de présentation aux solutions contextualistes, sans qu'aucune ne s'impose<ref>Voir Mark Richard, « Kripke's Puzzle about Belief », et Nathan Salmon, « A Note on Kripke's Puzzle about Belief », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 211-234 et 235-252.</ref>. Il faut le lire avec son frère aîné de 1977, « Speaker's Reference and Semantic Reference », où Kripke défend une autre frontière : celle qui sépare ce qu'un mot désigne dans la langue de ce qu'un locuteur veut désigner en l'employant. Keith Donnellan avait distingué deux usages des descriptions définies, attributif et référentiel : dire « le meurtrier de Smith est fou » devant le cadavre, sans suspect, c'est parler de quiconque a fait cela ; le dire au procès, en désignant l'accusé, c'est parler de cet homme, fût-il innocent. Kripke accorde les faits et conteste la leçon : la distinction relève de la pragmatique, non de la sémantique. Le locuteur peut réussir à parler de l'accusé avec des mots qui, dans la langue, désignent le meurtrier, quel qu'il soit ; c'est l'écart ordinaire entre référence du locuteur et référence sémantique, celui-là même qui fait qu'on peut désigner un homme en disant « son mari » par erreur<ref>Saul Kripke, « Speaker's Reference and Semantic Reference » [1977], dans ''PT'', éd. citée, p. 99-124.</ref>. L'article passe pour un modèle de méthode : avant d'inscrire une ambiguïté dans la sémantique d'une langue, il faut vérifier que le phénomène ne surgirait pas à l'identique dans un langage stipulé où l'ambiguïté est exclue.
== Une théorie de la vérité ==
« Outline of a Theory of Truth », paru en 1975 dans ''The Journal of Philosophy'', est le seul article technique que Kripke ait choisi de recueillir dans ses œuvres, et l'un des plus influents de la logique philosophique du siècle<ref>Saul Kripke, « Outline of a Theory of Truth » [1975], dans ''PT'', éd. citée, p. 75-98 ; sur le choix de le recueillir malgré sa technicité, ''PT'', introduction.</ref>. Son objet est vieux comme Épiménide : le paradoxe du menteur. Soit la phrase « cette phrase est fausse » ; vraie, elle est fausse, fausse, elle est vraie. La réponse classique, due à Tarski, consiste à interdire aux langues de parler de leur propre vérité : le prédicat « vrai » d'un langage n'appartient qu'à son métalangage, et la hiérarchie des niveaux monte à l'infini. Solution sûre, mais coûteuse : elle mutile le langage ordinaire, où « vrai » s'applique sans étage, et elle échoue devant des cas parfaitement empiriques. Que Jones affirme « la plupart des déclarations de Nixon sur le Watergate sont fausses », tandis que Nixon déclare « tout ce que Jones dit du Watergate est vrai » : selon les hasards des autres déclarations, ce couple innocent devient paradoxal, sans qu'aucune assignation fixe de niveaux tarskiens puisse l'anticiper<ref>« Outline of a Theory of Truth », dans ''PT'', éd. citée, p. 75-80.</ref>. Le risque de paradoxe n'est pas une faute de grammaire ; c'est un accident du monde.
L'idée de Kripke est de laisser le prédicat de vérité incomplet plutôt que de l'étager. On part d'un langage qui contient son propre prédicat « vrai », mais partiellement défini : certaines phrases sont vraies, d'autres fausses, d'autres encore ne reçoivent, provisoirement, aucune valeur, et la logique trivalente de Kleene gouverne ces lacunes. Puis on laisse le sens du prédicat croître par étapes : au départ, « vrai » ne s'applique à rien ; à chaque étape, on déclare vraies les phrases dont le contenu est déjà établi, fausses celles dont le contenu est déjà exclu. « La neige est blanche » reçoit sa valeur au premier pas ; « il est vrai que la neige est blanche » au deuxième ; et ainsi de suite, les attributions de vérité s'empilant sur les faits comme des étages sur des fondations. Le processus, montre Kripke, atteint un point fixe : un état où déclarer vraies les phrases établies n'ajoute plus rien. Dans ce point fixe minimal, une phrase est dite fondée si elle a reçu une valeur de vérité, non fondée sinon<ref>« Outline of a Theory of Truth », dans ''PT'', éd. citée, p. 80-93.</ref>. Le menteur est non fondé : de quelque hauteur qu'on empile les faits, son tour ne vient jamais, puisqu'il ne parle que de lui-même. Il n'est ni vrai ni faux, et le paradoxe se change en diagnostic. La phrase « cette phrase est vraie », qui s'affirme elle-même, est non fondée elle aussi, quoique non paradoxale : la théorie sépare finement ce que l'intuition confondait.
L'élégance de la construction tient à ce qu'elle sauve l'essentiel des deux mondes : un seul langage, comme le voulait l'usage, et une définition mathématiquement irréprochable, comme l'exigeait Tarski, la vérité kripkéenne étant définie, il est vrai, dans un métalangage. Kripke est le premier à marquer la limite : le menteur renforcé, « cette phrase n'est pas vraie », se venge au niveau supérieur, car dire du menteur qu'il est non fondé, donc non vrai, c'est affirmer dans le métalangage ce que la phrase disait d'elle-même. « Le spectre de la hiérarchie de Tarski est toujours parmi nous »<ref>« Outline of a Theory of Truth », dans ''PT'', éd. citée, p. 96 ; l'article original s'achève sur cette phrase (''The Journal of Philosophy'', vol. 72, 1975, p. 714, citée par Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, p. 172).</ref> : l'aveu, placé en conclusion, a valeur de programme. Les théories de la vérité qui dominent depuis, théories de la révision de Gupta et Belnap, constructions de Field, points fixes de toutes obédiences, sont nées dans l'atelier ouvert par ces vingt pages<ref>Burgess, « Kripke on Truth », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 141-159 ; Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, chap. 6 (« Truth »), p. 137-148.</ref>.
== Le paradoxe de Wittgenstein selon Kripke ==
En 1982 paraît le livre le plus controversé de Kripke, ''Wittgenstein on Rules and Private Language''<ref>Saul Kripke, ''Wittgenstein on Rules and Private Language'', Oxford, Basil Blackwell, 1982 (ci-après ''WRPL'') ; trad. fr. : ''Règles et langage privé. Introduction au paradoxe de Wittgenstein'', trad. Thierry Marchaisse, Paris, Seuil, 1996.</ref>. L'ouvrage se présente avec une modestie piégée : Kripke prévient qu'il n'expose ni la pensée de Wittgenstein, dont l'exégèse reste disputée, ni la sienne propre, mais l'argument des ''Recherches philosophiques'' tel qu'il l'a frappé, lui, avec le problème qu'il lui a posé<ref>''WRPL'', p. 5 ; Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, chap. 7 (« Wittgenstein and meaning »), p. 149-170.</ref>. La profession, ne sachant à qui attribuer la position, a baptisé son auteur d'un mot-valise : Kripkenstein. Sous la précaution, le livre déploie ce que beaucoup tiennent pour le défi sceptique le plus corrosif depuis Hume.
Voici le paradoxe, ramené à l'arithmétique pour couper court aux échappatoires. J'ai appris l'addition ; je n'ai pourtant calculé, comme tout être fini, qu'un nombre fini de sommes. Supposons que je n'aie jamais additionné de nombres supérieurs à 57, et qu'on me demande combien font 68 plus 57. Je réponds 125, avec l'assurance de suivre la règle que je suivais hier. Survient un sceptique d'un genre nouveau : qu'est-ce qui prouve, demande-t-il, que par « plus » je n'ai pas toujours entendu la quaddition, cette fonction qui coïncide avec l'addition pour les nombres inférieurs à 57 et vaut 5 partout ailleurs ? Si tel était le cas, la réponse fidèle à mon usage passé serait 5, non 125<ref>''WRPL'', p. 7-11 ; Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, chap. 5 (« Rules »), p. 116-120.</ref>. La question paraît folle ; le défi est de dire pourquoi. Tous mes calculs passés sont compatibles avec les deux hypothèses. Les instructions que je me suis données, compter, ajouter un à un, contiennent des mots qui appellent à leur tour une interprétation, et le sceptique les quaddera comme le reste. Mes dispositions ne font pas mieux : elles décrivent ce que je ferais, non ce que je devrais faire, et j'aurais pu être disposé à me tromper ; le sens, lui, est normatif, il sépare la réponse correcte de la faute. Quant aux images mentales et aux sentiments de compréhension, un même vécu peut accompagner des usages divergents. Aucun fait me concernant, conclut le sceptique, ne constitue le fait que je voulais dire l'addition plutôt que la quaddition ; et comme le passé n'a pas de privilège, c'est l'idée même de vouloir dire quelque chose par un mot qui se dérobe<ref>''WRPL'', p. 7-55 ; George Wilson, « On the Skepticism about Rule-Following in Kripke's Version of Wittgenstein », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 253-289.</ref>.
La réponse que Kripke prête à Wittgenstein n'est pas une réfutation mais, sur le modèle de Hume à propos de la causalité, une solution sceptique : on concède la conclusion, il n'existe pas de fait du vouloir-dire, et l'on montre que nos pratiques n'en exigent pas. L'erreur était de chercher pour « Jean veut dire l'addition par plus » des conditions de vérité, un fait qui rende l'énoncé vrai. Cherchons plutôt ses conditions d'assertion : dans quelles circonstances, et pour quel usage, attribuons-nous à quelqu'un la maîtrise d'une règle ? La réponse fait entrer la communauté. Nous créditons Jean de l'addition lorsque ses réponses s'accordent, assez souvent et dans les cas nouveaux, avec les nôtres ; cette pratique a une utilité vitale, elle trie ceux à qui l'on peut se fier, l'enfant qui a compris, le caissier qu'on laisse compter ; et ses attributions ne se vérifient que sur fond d'accord partagé<ref>''WRPL'', p. 55-113 ; Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, chap. 5, p. 120-127.</ref>. D'où le corollaire fameux : un langage privé, dont les règles ne seraient contrôlables que par leur unique locuteur, est impossible, car suivre une règle isolément, c'est perdre toute différence entre la suivre et croire qu'on la suit. Kripke propose ainsi de lire l'argument du langage privé des ''Recherches'' non comme un chapitre séparé sur les sensations, mais comme l'application du paradoxe des règles, exposé bien plus tôt dans le livre<ref>''WRPL'', p. 2-5 et 78-113 ; Fitch, ''Saul Kripke'', éd. citée, chap. 7, p. 149-170.</ref>.
Le livre a mis en fureur les wittgensteiniens et en effervescence tout le monde. Les exégètes ont contesté la lecture, texte en main ; les philosophes du langage ont attaqué la solution, jugée pire que le mal : si aucun fait ne distingue l'addition de la quaddition, l'accord communautaire lui-même, fait parmi les faits, semble emporté par le doute, et le scepticisme dévore sa propre solution. Dispositionnalistes améliorés, théoriciens de la normativité, partisans de faits sémantiques primitifs se sont succédé au chevet du paradoxe sans clore le dossier<ref>Wilson, « On the Skepticism about Rule-Following », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 253-289 ; Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, chap. 5, p. 104-127.</ref>. Quarante ans après, l'ouvrage se lit toujours comme son titre l'annonce : un texte élémentaire, au sens des ''Éléments'' d'Euclide, sur lequel la discussion contemporaine du sens et des règles continue de prendre appui.
== L'atelier et les archives ==
Autour des grands massifs, ''Philosophical Troubles'' donne à voir l'étendue de l'atelier. On y trouve la conférence « Identity and Necessity » de 1971, répétition générale et parfois variante de ''Naming and Necessity''<ref>Saul Kripke, « Identity and Necessity » [1971], dans ''PT'', éd. citée, p. 1-26.</ref> ; une étude sur Nozick où Kripke dissèque, contre-exemples en rafales, l'analyse de la connaissance par la sensibilité contrefactuelle<ref>Saul Kripke, « Nozick on Knowledge », dans ''PT'', éd. citée, p. 162-224.</ref> ; des remarques pionnières sur la présupposition et l'anaphore, sur la portée chez Russell, sur l'exportation des croyances<ref>''PT'', éd. citée, p. 225-291 et 322-372.</ref>. Deux textes méritent l'arrêt du curieux. « On Two Paradoxes of Knowledge » ressuscite le paradoxe de l'examen surprise, le professeur annonce une interrogation la semaine prochaine dont nul ne pourra prévoir le jour, et les élèves démontrent qu'elle est impossible, puis le paradoxe du dogmatisme : puisque je sais que p, je sais que tout témoignage contre p est trompeur, donc je peux me boucher les oreilles ; l'analyse kripkéenne de ce sophisme éclaire ce que devenir informé veut dire<ref>Saul Kripke, « On Two Paradoxes of Knowledge », dans ''PT'', éd. citée, p. 27-51.</ref>. « The First Person », enfin, reprend le dossier du « je », entre Frege et Wittgenstein, et montre le métaphysicien au travail sur la subjectivité<ref>Saul Kripke, « The First Person », dans ''PT'', éd. citée, p. 292-321.</ref>.
Encore ce volume n'est-il que la partie émergée. Kripke a enseigné un demi-siècle en improvisateur, et des centaines d'heures de séminaires, sur le temps et l'identité, sur les mathématiques, sur la perception, dorment en bandes et en transcriptions au Saul Kripke Center de New York, qui les édite pas à pas<ref>Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. vii ; ''PT'', préface.</ref>. Le volume d'hommages publié après sa mort donne une idée de ce que réservent les cartons : on y trouve, inédits, une lettre de 1972 à David Lewis sur les contreparties et un exposé de 1992 sur la logique des concepts individuels<ref>Saul Kripke, « A Letter from Kripke to Lewis » et « Individual Concepts: Their Logic, Philosophy, and Some of Their Uses », dans ''SKML'', éd. citée, p. 209-211 et 213-241.</ref>. L'œuvre de Kripke est un continent dont la carte n'est pas achevée ; les décennies qui viennent la redessineront peut-être.
== Réception et postérité ==
=== La nouvelle théorie de la référence ===
L'onde de choc de ''Naming and Necessity'' a d'abord porté la philosophie du langage. Avec les travaux parallèles de Keith Donnellan, de David Kaplan sur les démonstratifs, de Hilary Putnam sur les espèces, les thèses de Kripke ont cristallisé ce qu'on appelle la nouvelle théorie de la référence, ou théorie de la référence directe : les noms contribuent leur porteur, non un sens descriptif, au contenu des énoncés ; la référence est une affaire de chaînes historiques et de monde, non de dossiers mentaux. Ruth Barcan Marcus avait ouvert la voie dès 1961 en comparant les noms propres à de simples étiquettes, dépourvues de tout contenu descriptif, et la discussion publique qui l'opposa à Quine en 1962, où le tout jeune Kripke, alors étudiant à Harvard, prit une part active, compte parmi les scènes inaugurales de cette histoire<ref>Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, p. 43-45 ; Engel, ''Identité et référence'', éd. citée, p. 119-120, qui souligne que Marcus fut la première à lier la nécessité de l'identité à la conception du nom comme étiquette.</ref>. Nathan Salmon et Scott Soames en ont tiré les conséquences les plus systématiques, jusque dans la théorie des attitudes<ref>Berger, « Introduction to Kripke », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 1-16 ; Soames, « Kripke on Epistemic and Metaphysical Possibility », même volume, p. 78-99.</ref>. En France, la traduction de Pierre Jacob et François Récanati, en 1982, puis le livre de Pascal Engel confrontant Frege et Kripke, ont installé le débat : Engel observe que « l'essentiel de l'argument repose sur [...] la notion, inventée par Kripke, de désignateur rigide »<ref>Engel, ''Identité et référence'', éd. citée, p. 82.</ref>, et c'est bien cette notion, avec ses ambiguïtés, que la discussion française a d'abord mise à l'épreuve.
La riposte descriptiviste ne s'est pas fait attendre, et elle éclaire l'argument par ses défenses. Les uns ont proposé un descriptivisme causal, où le sens d'un nom serait la description même de sa chaîne, « l'individu à l'origine de mon usage de ce nom » ; les autres, à la suite de Michael Dummett, ont contesté que la rigidité tranche quoi que ce soit, y voyant un simple effet de portée des opérateurs modaux ; Gareth Evans, tout en acceptant l'orientation causale, a montré sur le cas de Madagascar que l'usage présent, et non la seule origine, fixe la référence<ref>Noonan, ''Kripke and Naming and Necessity'', éd. citée, chap. 3 et 5, p. 54-122 et 181 et suivantes ; ''NN'', addenda, p. 163.</ref>. Le point remarqué par tous les lecteurs attentifs est que Kripke lui-même avait balisé la moitié de ces répliques : préface et addenda de 1980 discutent la portée, la rigidité de jure, les usages déviants. Le livre a ainsi fourni à ses adversaires les armes de sa propre critique, ce qui est peut-être la marque des classiques.
=== Modalité, essence, deux dimensions ===
En métaphysique, ''Naming and Necessity'' a rendu l'essentialisme respectable et la métaphysique à elle-même. La nécessité d'origine et de constitution, la nécessité des identités théoriques, ont relancé une métaphysique des modalités que le positivisme croyait close ; Kit Fine y ajoutera un tour d'écrou en soutenant que l'essence ne se réduit pas à la nécessité, mais le terrain du débat reste celui que Kripke a dessiné<ref>Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, chap. 3, p. 59-77.</ref>. Sur la nature des mondes possibles, Kripke a fixé le pôle modéré : des situations contrefactuelles stipulées, des manières dont le monde aurait pu être, contre le réalisme de David Lewis pour qui les mondes sont des univers concrets et les individus y ont des contreparties plutôt que d'y figurer eux-mêmes ; la lettre de 1972 récemment publiée montre le désaccord à l'état naissant<ref>''NN'', p. 15-20 et 44-53 ; « A Letter from Kripke to Lewis », dans ''SKML'', éd. citée, p. 209-211.</ref>. Quant au nécessaire a posteriori, il a engendré sa propre industrie : la sémantique bidimensionnelle de Frank Jackson et [[Dictionnaire de philosophie/David Chalmers|David Chalmers]] s'efforce de le domestiquer en distinguant deux lectures de chaque énoncé, l'une épistémique, l'autre métaphysique, héritières directes du couple kripkéen de la fixation de référence et de la désignation rigide<ref>Soames, « Kripke on Epistemic and Metaphysical Possibility », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 78-99 ; Robert Stalnaker, « Possible Worlds Semantics: Philosophical Foundations », même volume, p. 100-118.</ref>. Le vocabulaire même des débats contemporains sur la modalité, jusqu'au nécessitisme discuté par [[Dictionnaire de philosophie/Timothy Williamson|Timothy Williamson]], présuppose l'outillage kripkéen<ref>Timothy Williamson, « Accepting a Logic, Accepting a Theory », dans ''SKML'', éd. citée, p. 409-434.</ref>.
En philosophie de l'esprit, l'argument des fibres C a survécu à la théorie qu'il visait. Le matérialisme s'est réfugié dans le fonctionnalisme, puis dans des identités a posteriori assumées ; mais l'exigence kripkéenne demeure, expliquer l'apparence de contingence sans modèle perceptif, et c'est elle que prolongent les zombies de Chalmers et le problème difficile de la conscience, comme la question de [[Dictionnaire de philosophie/Thomas Nagel|Thomas Nagel]] sur l'effet que cela fait<ref>Shoemaker, « Kripke and Cartesianism », dans Berger (dir.), ''Saul Kripke'', éd. citée, p. 327-342 ; Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, chap. 6 (« Mind »), p. 128 et suivantes.</ref>. Jusqu'à la méthode qui a été mise en cause : au début des années 2000, la philosophie expérimentale a soumis le cas Gödel-Schmidt à des sujets de cultures différentes et cru y déceler des intuitions divergentes, rouvrant la question de savoir ce que prouvent les expériences de pensée ; le débat, méthodologique autant que sémantique, continue<ref>Edouard Machery, Ron Mallon, Shaun Nichols et Stephen Stich, « Semantics, Cross-Cultural Style », ''Cognition'', vol. 92, n{{o}} 3, 2004, p. B1-B12.</ref>.
=== Un philosophe d'énigmes ===
Reste la question de l'unité. Burgess a placé son introduction sous un double signe, les énigmes et les mystères : d'un côté les problèmes que Kripke a posés ou résolus, de l'autre ceux qu'il a délibérément laissés ouverts, la nature de la référence, le corps et l'esprit, le fait de signifier<ref>Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', éd. citée, p. 1-10.</ref>. C'est sans doute la clef du personnage. Kripke n'a pas de système ; il a une confiance, celle qu'il accorde aux intuitions du locuteur ordinaire contre les théories qui les brusquent, et une méthode, pousser chaque doctrine jusqu'au point où elle se heurte à un cas. Le descriptivisme échoue sur Gödel, le matérialisme sur la douleur, la théorie de la croyance sur Pierre, la théorie de la vérité sur le menteur empirique, la théorie du sens sur la quaddition. À chaque fois, la philosophie en est sortie moins confortable et plus lucide : c'est la définition même du travail bien fait dans cette discipline.
== Conclusion ==
Il y a un paradoxe Kripke, et il est à la mesure du personnage : rarement une œuvre aussi peu volumineuse aura suscité, dans la philosophie contemporaine, autant de discussions. Un théorème d'adolescent a donné à la logique modale sa sémantique et aux informaticiens un outil de tous les jours. Trois soirées de janvier 1970 ont défait un demi-siècle de consensus sur les noms, la nécessité et l'a priori, et remis la métaphysique au travail. Un article de vingt pages a réorganisé la théorie de la vérité, un autre la théorie de la croyance ; un petit livre sur Wittgenstein a fait surgir un sceptique que nul n'a congédié depuis. L'œuvre tient pourtant tout entière dans une poignée de gestes simples : distinguer ce que l'on confondait, le nécessaire et l'a priori, le sens et la fixation de la référence, la sémantique et la pragmatique ; stipuler ce que l'on croyait devoir découvrir ; et faire confiance, contre les théories, à ce que nous savons tous en tant que locuteurs. Descartes voulait des idées claires et distinctes ; Kripke, qui le cite plus souvent qu'aucun contemporain, aura surtout légué des distinctions claires, et la preuve, donnée à plusieurs reprises au fil de son œuvre, qu'une distinction bien faite peut changer une discipline.
== Concepts clés ==
* ''Monde possible'' : une manière dont les choses auraient pu se passer ; le monde réel en est une parmi d'autres. Est nécessaire ce qui vaut dans tous les mondes possibles, possible ce qui vaut dans au moins un.
* ''Désignateur rigide'' : expression qui désigne le même objet dans tout monde possible où cet objet existe. Les noms propres sont rigides ; la plupart des descriptions, comme « le vainqueur de l'élection de 1968 », ne le sont pas.
* ''Chaîne causale de référence'' : histoire qui relie un usage présent d'un nom, de locuteur en locuteur, au baptême qui l'a introduit ; c'est elle, et non les descriptions présentes à l'esprit, qui fait qu'un nom désigne son porteur.
* ''Nécessaire a posteriori'' : vérité qui n'aurait pas pu être autrement, mais que seule l'expérience nous apprend, comme « Hespérus est Phosphorus » ou « l'eau est H<sub>2</sub>O ».
* ''Contingent a priori'' : vérité que peut connaître sans enquête celui qui a fixé la référence d'un terme par une description, mais qui aurait pu être fausse, comme « la barre étalon mesure un mètre ».
* ''Point fixe'' : dans la théorie de la vérité, état où déclarer vraies les phrases déjà établies n'ajoute plus rien ; les phrases qui n'y reçoivent aucune valeur, tel le menteur, sont dites non fondées.
* ''Quaddition'' : fonction fictive qui coïncide avec l'addition pour les petits nombres et en diverge au-delà ; elle sert à demander quel fait détermine que nous voulions dire l'addition plutôt qu'elle.
== Notes et références ==
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== Bibliographie ==
=== Œuvres de Saul Kripke ===
* Saul Kripke, ''Naming and Necessity'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1980 (première parution dans Donald Davidson et Gilbert Harman (dir.), ''Semantics of Natural Language'', Dordrecht, Reidel, 1972) ; trad. fr. : ''La logique des noms propres'', trad. Pierre Jacob et François Récanati, Paris, Éditions de Minuit, 1982.
* Saul Kripke, ''Wittgenstein on Rules and Private Language'', Oxford, Basil Blackwell, 1982 ; trad. fr. : ''Règles et langage privé. Introduction au paradoxe de Wittgenstein'', trad. Thierry Marchaisse, Paris, Éditions du Seuil, 1996.
* Saul Kripke, ''Philosophical Troubles. Collected Papers, Volume 1'', New York, Oxford University Press, 2011.
* Saul Kripke, ''Reference and Existence. The John Locke Lectures'', New York, Oxford University Press, 2013.
=== Principaux articles ===
* Saul Kripke, « A Completeness Theorem in Modal Logic », ''The Journal of Symbolic Logic'', vol. 24, n{{o}} 1, 1959, p. 1-14.
* Saul Kripke, « Semantical Considerations on Modal Logic », ''Acta Philosophica Fennica'', vol. 16, 1963, p. 83-94.
* Saul Kripke, « Identity and Necessity », dans Milton K. Munitz (dir.), ''Identity and Individuation'', New York, New York University Press, 1971, p. 135-164.
* Saul Kripke, « Outline of a Theory of Truth », ''The Journal of Philosophy'', vol. 72, n{{o}} 19, 1975, p. 690-716.
* Saul Kripke, « Speaker's Reference and Semantic Reference », ''Midwest Studies in Philosophy'', vol. 2, 1977, p. 255-276.
* Saul Kripke, « A Puzzle about Belief », dans Avishai Margalit (dir.), ''Meaning and Use'', Dordrecht, Reidel, 1979, p. 239-283.
=== Études ===
* Alan Berger (dir.), ''Saul Kripke'', Cambridge, Cambridge University Press, 2011.
* John P. Burgess, ''Saul Kripke. Puzzles and Mysteries'', Cambridge, Polity, coll. « Key Contemporary Thinkers », 2013.
* Pascal Engel, ''Identité et référence. La théorie des noms propres chez Frege et Kripke'', Paris, Presses de l'École normale supérieure, 1985.
* G. W. Fitch, ''Saul Kripke'', Chesham, Acumen, coll. « Philosophy Now », 2004.
* Ruth Barcan Marcus, ''Modalities. Philosophical Essays'', New York, Oxford University Press, 1993.
* Harold Noonan, ''Routledge Philosophy Guidebook to Kripke and Naming and Necessity'', Londres, Routledge, 2013.
* Hilary Putnam, « The Meaning of "Meaning" », dans ''Mind, Language and Reality. Philosophical Papers, Volume 2'', Cambridge, Cambridge University Press, 1975, p. 215-271.
* Scott Soames, ''Beyond Rigidity. The Unfinished Semantic Agenda of Naming and Necessity'', New York, Oxford University Press, 2002.
* Yale Weiss et Romina Birman (dir.), ''Saul Kripke on Modal Logic'', coll. « Outstanding Contributions to Logic », Cham, Springer, 2024.
== Voir aussi ==
* [[Dictionnaire de philosophie/A priori|A priori]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|Connaissance]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Contingence|Contingence]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|Conscience]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Croyance|Croyance]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Définition|Définition]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Dualisme|Dualisme]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Épistémologie|Épistémologie]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Existence|Existence]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Expérience de pensée|Expérience de pensée]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|Métaphysique]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Scepticisme|Scepticisme]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|Vérité]]
* [[Dictionnaire de philosophie/David Chalmers|David Chalmers]]
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|René Descartes]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Thomas Nagel|Thomas Nagel]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Timothy Williamson|Timothy Williamson]]
* [[Dictionnaire de philosophie/Willard Van Orman Quine|Willard Van Orman Quine]]
[[Catégorie:Dictionnaire de philosophie (livre)]]
[[Catégorie:Philosophe]]
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