Wikilivres frwikibooks https://fr.wikibooks.org/wiki/Accueil MediaWiki 1.47.0-wmf.4 first-letter Média Spécial Discussion Utilisateur Discussion utilisateur Wikilivres Discussion Wikilivres Fichier Discussion fichier MediaWiki Discussion MediaWiki Modèle Discussion modèle Aide Discussion aide Catégorie Discussion catégorie Transwiki Discussion Transwiki Wikijunior Discussion Wikijunior TimedText TimedText talk Module Discussion module Event Event talk Catégorie:Informatique 14 8356 767091 766742 2026-05-29T04:11:09Z MRISS TECH 123874 767091 wikitext text/x-wiki <ref>nom prénom :helali Saïda titré :integration des infrastructures de réseau et systèmes, conception implementation sécurité Éditeur : Iste Année 2021</ref>Vous retrouverez ici toutes les œuvres portant sur l'informatique. {{Voir CDU|6/68/681/|681.3|Informatique, appareils, matériels et techniques de traitement des données}} [[Catégorie:Classe 0 - Sciences et connaissance. Organisation. Informatique. Information. 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La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre toutefois pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve cependant dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle décisif chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a néanmoins fait valoir, dans une discussion devenue classique, que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est précisément la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le langage prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne en réalité une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'actions et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la nature foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est pourtant possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports décisifs de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique radicale de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La conscience elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins métaphysiques de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée notamment contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie cependant pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas particulièrement délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas pour autant la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas pour autant à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas pour autant que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge en outre la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des vérités éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas, à proprement parler, deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est cependant pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle décisif dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est précisément le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'art occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Mais comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé notamment dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine, notamment sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a néanmoins été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, notamment par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit en réalité d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière décisive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du travail du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, notamment celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie cependant pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du XIX{{e}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du XX{{e}} siècle. Outre les lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter déjà mentionnées, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue notamment par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son temps<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} g354csks02dn6p2e0pv7iq0ax0qewo6 767094 767092 2026-05-29T04:41:20Z PandaMystique 119061 /* Modification via Scriptorium */ 767094 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle décisif chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le langage prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'actions et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la nature foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports décisifs de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique radicale de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La conscience elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins métaphysiques de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des vérités éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle décisif dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'art occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière décisive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du travail du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du {{XIXe}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son temps<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} oavdy7i6pn815vkq3c3bp8fa4b6plpe 767095 767094 2026-05-29T04:43:59Z PandaMystique 119061 767095 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle important chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le langage prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'actions et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la nature foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports importants de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La conscience elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins métaphysiques de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des vérités éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle important dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'art occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière définitive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du travail du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du {{XIXe}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son temps<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} fbv1nactw8k83mh4mqkgqb8327hdj4j 767096 767095 2026-05-29T04:48:34Z PandaMystique 119061 /* Modification via Scriptorium */ 767096 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Philosophie/Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle important chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le [[Manuel de terminale de philosophie/Langage|langage]] prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'actions et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le [[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|bonheur]] ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports importants de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins métaphysiques de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]]s éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle important dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'[[Dictionnaire de philosophie/Art|art]] occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière définitive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du {{XIXe}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]]<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} mmtlof4qods2a32pl3adbd6r2i0qxka 767097 767096 2026-05-29T04:50:08Z PandaMystique 119061 /* Modification via Scriptorium */ 767097 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === [[Fichier:Also sprach Zarathustra (1883).png|vignette|gauche|180px|Page de couverture de la première édition d'''Ainsi parlait Zarathoustra'', partie I, Chemnitz, 1883. C'est dans cet ouvrage que la formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche.]] La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Philosophie/Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle important chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le [[Manuel de terminale de philosophie/Langage|langage]] prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'actions et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le [[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|bonheur]] ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports importants de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins métaphysiques de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]]s éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle important dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'[[Dictionnaire de philosophie/Art|art]] occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière définitive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du {{XIXe}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]]<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} pgu3q9isazsx7o4d80utd72qcl2jmfx 767098 767097 2026-05-29T04:50:41Z PandaMystique 119061 /* Modification via Scriptorium */ 767098 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === [[Fichier:Also sprach Zarathustra (1883).png|vignette|gauche|180px|Page de couverture de la première édition d'''Ainsi parlait Zarathoustra'', partie I, Chemnitz, 1883. C'est dans cet ouvrage que la formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche.]] La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Philosophie/Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle important chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le [[Manuel de terminale de philosophie/Langage|langage]] prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === [[Fichier:Arthur Schopenhauer by J Schäfer, 1859b.jpg|vignette|droite|200px|Arthur Schopenhauer photographié par Johann Schäfer en 1859. C'est en partie contre sa doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') que Nietzsche élabore la sienne, en déplaçant la problématique vers la pensée d'une puissance expansive et formatrice.]] Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'actions et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le [[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|bonheur]] ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports importants de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins métaphysiques de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]]s éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle important dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'[[Dictionnaire de philosophie/Art|art]] occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière définitive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du {{XIXe}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]]<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} 3jn097ibrygq1zsrbu53wtk28h2jec3 767099 767098 2026-05-29T04:51:18Z PandaMystique 119061 /* Modification via Scriptorium */ 767099 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === [[Fichier:Also sprach Zarathustra (1883).png|vignette|gauche|180px|Page de couverture de la première édition d'''Ainsi parlait Zarathoustra'', partie I, Chemnitz, 1883. C'est dans cet ouvrage que la formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche.]] La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Philosophie/Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle important chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le [[Manuel de terminale de philosophie/Langage|langage]] prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === [[Fichier:Arthur Schopenhauer by J Schäfer, 1859b.jpg|vignette|droite|200px|Arthur Schopenhauer photographié par Johann Schäfer en 1859. C'est en partie contre sa doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') que Nietzsche élabore la sienne, en déplaçant la problématique vers la pensée d'une puissance expansive et formatrice.]] Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'actions et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le [[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|bonheur]] ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports importants de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins métaphysiques de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === [[Fichier:Genealogie der Moral, 1887 - cover.jpg|vignette|droite|180px|Couverture de la première édition de ''Zur Genealogie der Moral'' (Leipzig, C. G. Naumann, 1887). C'est dans ce livre que Nietzsche déploie sa critique généalogique de la morale et l'opposition entre morale aristocratique et morale du ressentiment.]] La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]]s éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle important dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'[[Dictionnaire de philosophie/Art|art]] occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière définitive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du {{XIXe}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]]<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} fayznp75xednlcxwyx98vrv2a0053yo 767100 767099 2026-05-29T04:51:49Z PandaMystique 119061 /* Modification via Scriptorium */ 767100 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === [[Fichier:Also sprach Zarathustra (1883).png|vignette|gauche|180px|Page de couverture de la première édition d'''Ainsi parlait Zarathoustra'', partie I, Chemnitz, 1883. C'est dans cet ouvrage que la formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche.]] La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Philosophie/Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle important chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le [[Manuel de terminale de philosophie/Langage|langage]] prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === [[Fichier:Arthur Schopenhauer by J Schäfer, 1859b.jpg|vignette|droite|200px|Arthur Schopenhauer photographié par Johann Schäfer en 1859. C'est en partie contre sa doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') que Nietzsche élabore la sienne, en déplaçant la problématique vers la pensée d'une puissance expansive et formatrice.]] Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'actions et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le [[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|bonheur]] ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports importants de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins métaphysiques de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === [[Fichier:Genealogie der Moral, 1887 - cover.jpg|vignette|droite|180px|Couverture de la première édition de ''Zur Genealogie der Moral'' (Leipzig, C. G. Naumann, 1887). C'est dans ce livre que Nietzsche déploie sa critique généalogique de la morale et l'opposition entre morale aristocratique et morale du ressentiment.]] La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]]s éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle important dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'[[Dictionnaire de philosophie/Art|art]] occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == [[Fichier:Eh-dm-27.JPG|vignette|droite|260px|Page du manuscrit imprimé d'''Ecce Homo'' (1888) annotée de la main de Nietzsche, dans le chapitre consacré à ''Ainsi parlait Zarathoustra''. Les fragments posthumes et les manuscrits de cette période constituent l'essentiel des textes où Nietzsche élabore la volonté de puissance en lien avec le nihilisme, l'éternel retour et la transvaluation.]] La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière définitive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du {{XIXe}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]]<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} 51b4pk2ao2liyjso5lhd2651van3dt8 767101 767100 2026-05-29T04:52:18Z PandaMystique 119061 /* Modification via Scriptorium */ 767101 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === [[Fichier:Also sprach Zarathustra (1883).png|vignette|gauche|180px|Page de couverture de la première édition d'''Ainsi parlait Zarathoustra'', partie I, Chemnitz, 1883. C'est dans cet ouvrage que la formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche.]] La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Philosophie/Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle important chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le [[Manuel de terminale de philosophie/Langage|langage]] prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === [[Fichier:Arthur Schopenhauer by J Schäfer, 1859b.jpg|vignette|droite|200px|Arthur Schopenhauer photographié par Johann Schäfer en 1859. C'est en partie contre sa doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') que Nietzsche élabore la sienne, en déplaçant la problématique vers la pensée d'une puissance expansive et formatrice.]] Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'actions et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le [[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|bonheur]] ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports importants de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins métaphysiques de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === [[Fichier:Genealogie der Moral, 1887 - cover.jpg|vignette|droite|180px|Couverture de la première édition de ''Zur Genealogie der Moral'' (Leipzig, C. G. Naumann, 1887). C'est dans ce livre que Nietzsche déploie sa critique généalogique de la morale et l'opposition entre morale aristocratique et morale du ressentiment.]] La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]]s éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle important dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'[[Dictionnaire de philosophie/Art|art]] occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == [[Fichier:Eh-dm-27.JPG|vignette|droite|260px|Page du manuscrit imprimé d'''Ecce Homo'' (1888) annotée de la main de Nietzsche, dans le chapitre consacré à ''Ainsi parlait Zarathoustra''. Les fragments posthumes et les manuscrits de cette période constituent l'essentiel des textes où Nietzsche élabore la volonté de puissance en lien avec le nihilisme, l'éternel retour et la transvaluation.]] La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == [[Fichier:NietzschearchivWeimar.JPG|vignette|gauche|240px|La Villa Silberblick à Weimar, siège du Nietzsche-Archiv depuis 1897. C'est dans ce lieu, dirigé par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast, qu'a été compilée la version posthume de ''La Volonté de puissance'' (1901, puis 1906) à partir des cahiers du philosophe.]] Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière définitive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du {{XIXe}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]]<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} 7otnythk7j65rituiqsfpmtx78rve2p 767102 767101 2026-05-29T05:10:16Z PandaMystique 119061 Ajout de 2 liens (Dictionnaire de philosophie/Métaphysique, Dictionnaire de philosophie/Action) 767102 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === [[Fichier:Also sprach Zarathustra (1883).png|vignette|gauche|180px|Page de couverture de la première édition d'''Ainsi parlait Zarathoustra'', partie I, Chemnitz, 1883. C'est dans cet ouvrage que la formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche.]] La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Philosophie/Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle important chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le [[Manuel de terminale de philosophie/Langage|langage]] prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. === Opposition et différence avec Schopenhauer === [[Fichier:Arthur Schopenhauer by J Schäfer, 1859b.jpg|vignette|droite|200px|Arthur Schopenhauer photographié par Johann Schäfer en 1859. C'est en partie contre sa doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') que Nietzsche élabore la sienne, en déplaçant la problématique vers la pensée d'une puissance expansive et formatrice.]] Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|actions]] et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le [[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|bonheur]] ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports importants de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]]s de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === [[Fichier:Genealogie der Moral, 1887 - cover.jpg|vignette|droite|180px|Couverture de la première édition de ''Zur Genealogie der Moral'' (Leipzig, C. G. Naumann, 1887). C'est dans ce livre que Nietzsche déploie sa critique généalogique de la morale et l'opposition entre morale aristocratique et morale du ressentiment.]] La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]]s éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle important dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'[[Dictionnaire de philosophie/Art|art]] occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == [[Fichier:Eh-dm-27.JPG|vignette|droite|260px|Page du manuscrit imprimé d'''Ecce Homo'' (1888) annotée de la main de Nietzsche, dans le chapitre consacré à ''Ainsi parlait Zarathoustra''. Les fragments posthumes et les manuscrits de cette période constituent l'essentiel des textes où Nietzsche élabore la volonté de puissance en lien avec le nihilisme, l'éternel retour et la transvaluation.]] La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == [[Fichier:NietzschearchivWeimar.JPG|vignette|gauche|240px|La Villa Silberblick à Weimar, siège du Nietzsche-Archiv depuis 1897. C'est dans ce lieu, dirigé par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast, qu'a été compilée la version posthume de ''La Volonté de puissance'' (1901, puis 1906) à partir des cahiers du philosophe.]] Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière définitive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du {{XIXe}} siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]]<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} dwi9lnp58a0wsdc9zefuqthp8v1ggyp 767103 767102 2026-05-29T05:49:56Z PandaMystique 119061 767103 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} La '''volonté de puissance''' (en allemand ''Wille zur Macht'') est l'un des concepts marquants de la pensée de Friedrich Nietzsche (1844-1900), central dans son œuvre tardive, à partir d{{'}}''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'' (1883-1885) et dans les écrits ultérieurs : ''[[s:Par delà bien et mal|Par-delà bien et mal]]'' (1886), ''[[s:La Généalogie de la morale|La Généalogie de la morale]]'' (1887), ainsi que les fragments posthumes des années 1885-1888. La notion s'articule étroitement à d'autres motifs majeurs de la philosophie nietzschéenne, dont elle ne peut être séparée sans risque de contresens : la mort de Dieu, le nihilisme, l'[[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour|éternel retour]], le surhumain, la transvaluation des valeurs, le perspectivisme et la pensée de la [[Dictionnaire de philosophie/Décadence|décadence]]. Elle désigne, suivant les contextes, la caractéristique essentielle de tout vivant, un principe d'interprétation de nombreuses activités humaines, et, dans certains fragments, l'essence même de toute réalité. Nietzsche ne livre pas une doctrine systématique de la volonté de puissance : il en propose des formulations expérimentales, parfois en tension les unes avec les autres, dont la cohérence reste problématique. Le sens du mot « puissance » (''Macht'') ne va nullement de soi, le terme « volonté » (''Wille'') ne désigne pas une faculté unifiée, et la préposition allemande ''zur'', littéralement « vers », unit les deux membres de l'expression d'une manière qui résiste à la paraphrase simple<ref>Patrick Wotling, préface à Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 12-14.</ref>. Avant d'entrer dans le détail conceptuel, une approche par l'expérience peut éclairer la direction du propos. Pourquoi l'enfant qui apprend à marcher se relève-t-il dix fois après chaque chute ? Pourquoi le grimpeur choisit-il la voie la plus exposée plutôt que la pente facile ? Pourquoi un savant veille-t-il jusqu'à l'aube sur un problème dont la résolution ne lui rapportera rien ? Pourquoi l'artiste reprend-il vingt fois la même toile, alors que la première version suffirait à passer pour habile ? Ce ne sont pas là, pour Nietzsche, des comportements à expliquer par l'instinct de conservation, ni par la recherche du plaisir, ni par l'utilité. Ce sont les manifestations les plus ordinaires d'une tendance plus fondamentale : non pas simplement vivre, mais croître, surmonter, donner forme. C'est cette tendance, observable du protoplasme au philosophe, que la formule ''Wille zur Macht'' cherche à nommer. == Origines et formulations == === Apparition et synonymes du concept === [[Fichier:Also sprach Zarathustra (1883).png|vignette|gauche|180px|Page de couverture de la première édition d'''Ainsi parlait Zarathoustra'', partie I, Chemnitz, 1883. C'est dans cet ouvrage que la formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche.]] La formule ''Wille zur Macht'' apparaît pour la première fois dans une œuvre publiée par Nietzsche dans ''[[s:Ainsi parlait Zarathoustra|Ainsi parlait Zarathoustra]]'', livre I, au chapitre « [[s:Ainsi parlait Zarathoustra/Première partie/Mille et un buts|Des mille et un buts]] » (''Von tausend und Einem Ziele''), où chaque peuple est défini par sa table des valeurs, « voix de sa volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von tausend und Einem Ziele », KSA 4, p. 70.</ref>. La formulation centrale, et la plus souvent citée, se trouve dans le livre II, au chapitre « De l'auto-dépassement » (''Von der Selbst-Überwindung''), où Zarathoustra déclare : « Partout où j'ai trouvé du vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', II, « Von der Selbst-Überwindung », KSA 4, p. 148.</ref>. La formule se déploie ensuite dans les œuvres publiées et plus encore dans les fragments posthumes de la période 1884-1888. Le [[Dictionnaire de philosophie/Concept|concept]] y est rarement traité comme un objet isolé : Nietzsche le mobilise au moyen d'un large registre terminologique, employant par exemple l'expression « instinct de liberté » (''Instinkt der Freiheit'') comme l'une des traductions possibles, mais non exclusives, de « volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 18, KSA 5, p. 326. Sur les variantes terminologiques de la formule, voir Patrick Wotling, op. cit., p. 14-15.</ref>. Il recourt avec constance au vocabulaire des pulsions (''Triebe''), des instincts et des affects, présentés comme des expressions particulières de la volonté de puissance : « la volonté de puissance est la forme primitive de l'affect, [...] tous les affects n'en sont que des développements »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 1[8], KSA 12, p. 13.</ref>. === Distinction entre ''Kraft'' et ''Macht'' === Une difficulté de traduction et d'interprétation tient à la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' (force) et ''Macht'' (puissance). La ''Macht'' n'est pas chez Nietzsche d'abord pouvoir extérieur exercé sur [[Philosophie/Autrui|autrui]], ni domination politique ou militaire ; elle désigne en première instance la capacité de surmonter une résistance, de croître, de s'imposer une forme à soi-même. Un poids soulevé met en jeu de la force ; un homme qui maîtrise sa colère, un musicien qui plie sa main à un trait difficile, un peuple qui se donne à lui-même ses lois, mettent en jeu de la puissance. La nuance est importante. Comme l'a montré Walter Kaufmann, la lecture qui réduit la ''Macht'' à la domination brute manque le sens nietzschéen du terme<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974, p. 178-207, 285-310.</ref>. Cette distinction joue un rôle important chez les commentateurs : pour Gilles Deleuze notamment, « la force est ce qui peut, la volonté de puissance est ce qui veut »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 57.</ref>. Wolfgang Müller-Lauter a fait valoir que cette différenciation introduit chez Deleuze un dualisme étranger à la pensée nietzschéenne, laquelle ne sépare pas une qualité abstraite (la volonté) de quantités concrètes (les forces), mais conçoit la volonté de puissance comme inséparable des quanta de puissance dans lesquels elle se donne<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999, p. 22-30.</ref>. == Caractérisation philosophique == === Une volonté qui n'est pas un cas particulier du vouloir === Nietzsche écarte d'emblée l'idée d'une « volonté en soi », d'une « volonté comme telle », qui ne serait qu'une abstraction sans réalité. Tout vouloir est, selon lui, un « vouloir quelque chose » ; et ce quelque chose, posé comme essentiel à tout vouloir, est la puissance. La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir parmi d'autres ; elle est l'unique forme de vouloir effective. Müller-Lauter résume ainsi la position nietzschéenne : « La volonté de puissance n'est pas un cas particulier du vouloir. Une volonté “en soi” ou “comme telle” est une pure abstraction : elle n'existe pas en fait »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 31. Voir aussi Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34, où Nietzsche démonte la « simplicité » apparente du vouloir héritée de Schopenhauer.</ref>. L'unité que le [[Manuel de terminale de philosophie/Langage|langage]] prête au vouloir est trompeuse : « vouloir » désigne une triplicité d'instances qui en vérité forme unité, à savoir le sentir, le penser et l'affect du commandement<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 19, KSA 5, p. 32-34 ; voir aussi ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[8], KSA 11.</ref>. L'exemple le plus simple permet d'apercevoir cette triplicité. Quand un homme « veut » se lever, il y a en lui d'abord une sensation (la fatigue à dépasser, le poids du corps, la chaleur du lit) ; ensuite une représentation (l'idée qu'il faut se lever, l'image du programme de la journée) ; enfin un mouvement de commandement, un « lève-toi ! » intérieur qui s'adresse au corps comme à un subordonné. Ce que nous appelons d'un seul mot « vouloir » est en réalité ce trio inséparable. L'unité du vouloir n'est donc qu'un nom donné à un processus pluriel. C'est sur cette analyse que Nietzsche fonde sa critique du sujet : si « vouloir » n'est pas une instance simple mais déjà une organisation interne, alors le moi qui prétend vouloir est lui-même une multiplicité. === Opposition et différence avec Schopenhauer === [[Fichier:Arthur Schopenhauer by J Schäfer, 1859b.jpg|vignette|droite|200px|Arthur Schopenhauer photographié par Johann Schäfer en 1859. C'est en partie contre sa doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') que Nietzsche élabore la sienne, en déplaçant la problématique vers la pensée d'une puissance expansive et formatrice.]] Le concept se construit en partie contre la doctrine de la « volonté de vivre » (''Wille zum Leben'') d'Arthur Schopenhauer, non pas comme simple inversion mais comme déplacement de toute la problématique. Là où Schopenhauer identifie un principe métaphysique unitaire qui se manifeste dans la pluralité des phénomènes et conduit à la souffrance et à l'ascèse, Nietzsche affirme : « la vie elle-même est volonté de puissance ; la conservation de soi n'en est qu'une des conséquences indirectes et les plus fréquentes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans un fragment posthume, il précise que « la vie n'est qu'un cas particulier de la volonté de puissance, il est tout à fait arbitraire d'affirmer que tout aspire à se fondre dans cette forme de la volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[121], KSA 13, p. 300-302.</ref>. La critique de Schopenhauer porte aussi sur la conception du vouloir lui-même. Schopenhauer aurait, selon Nietzsche, repris et amplifié un « préjugé populaire » en faisant du vouloir « quelque chose de simple, d'absolument donné, d'irréductible, d'intelligible en soi »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Die Fröhliche Wissenschaft'', § 127, KSA 3, p. 482-483. Voir aussi Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 47-48.</ref>. Cette critique entraîne une transformation complète du concept : ce que Nietzsche nomme volonté de puissance n'est pas une faculté psychique élémentaire mais une structure complexe d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|actions]] et de réactions au sein d'une multiplicité de forces. === Décharge de force et nécessité de la résistance === Loin d'être tendue vers la conservation, la vie cherche d'abord à « décharger sa force » (''ihre Kraft auslassen''). Nietzsche insiste sur la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] foncièrement active, expansive, formatrice de tout vivant : « les physiologistes devraient réfléchir avant de poser l'instinct de conservation comme instinct cardinal d'un être organique. Un être vivant veut avant tout décharger sa force »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 13, KSA 5, p. 27.</ref>. Dans ''La Généalogie de la morale'', il reproche à Herbert Spencer et au darwinisme anglais d'avoir laissé échapper « la priorité essentielle des forces spontanées, agressives, conquérantes, productrices de formes et imposant de nouvelles interprétations » au profit d'une conception purement réactive de l'adaptation<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', II, § 12, KSA 5, p. 315-316. Sur la critique nietzschéenne du darwinisme, voir Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 532-547.</ref>. Cette « décharge » n'est possible que par l'épreuve d'une résistance. La volonté de puissance ne s'éprouve qu'au contact d'un obstacle qu'elle cherche à surmonter. Nietzsche prend pour exemple le protoplasme, qui « projette ses pseudopodes à l'extérieur pour rechercher quelque chose qui lui résiste, non par faim, mais par volonté de puissance »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. L'image vaut analyse : avant même la faim, déjà la quête d'un point dur, de quelque chose à conquérir. Le même rapport se vérifie dans des situations toutes différentes. Sans adversaire à sa mesure, le joueur d'échecs s'ennuie ; sans matière qui résiste, le sculpteur ne sculpte rien ; sans dogme contre quoi se lever, le penseur ne pense plus. La puissance n'est jamais un état statique de domination acquise : « toute expansion, incorporation, croissance signifie lutter contre quelque chose qui résiste »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[174], KSA 13, p. 360-361.</ref>. C'est pourquoi Nietzsche peut écrire dans ''L'Antéchrist'' : « Qu'est-ce que le [[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|bonheur]] ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Der Antichrist'', § 2, KSA 6, p. 170.</ref>. La formule, lapidaire, redéfinit le bonheur non comme état d'équilibre acquis, mais comme un événement, celui du surmontement. == Multiplicité et organisation == === Le sujet, fiction grammaticale === L'un des apports importants de la pensée nietzschéenne consiste dans la critique de l'unité du sujet. L'homme n'est pas un « moi » substantiel, mais une multiplicité organisée. Nietzsche écrit que « l'âme [est] une grandeur sociale d'instincts et d'affects »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 12, KSA 5, p. 27.</ref>, ou encore que l'ego doit se comprendre comme « pluralité de forces personnalisées » dont chacune, tour à tour, peut passer au premier plan<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 6[26], KSA 12, p. 244-245.</ref>. La [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] elle-même n'est qu'un instrument tardif et superficiel par lequel cette multiplicité se donne à elle-même une représentation simplifiée et falsifiée d'unité<ref>Voir Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 65-67.</ref>. Chaque pulsion, chaque instinct est lui-même une volonté de puissance qui cherche à imposer aux autres sa propre perspective. Müller-Lauter souligne ce point en relevant que « chaque pulsion est elle-même une volonté de puissance. Chacune est un certain besoin de domination, chacune possède sa perspective qu'elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 90. La citation de Nietzsche est tirée de ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. La santé psychique, dans le vocabulaire nietzschéen, correspond à la hiérarchisation réussie des pulsions sous la régence d'une pulsion dominante ; la décadence, à l'« anarchie des atomes » et au désordre pulsionnel<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1885-automne 1886, 2[87], KSA 12, p. 104. Voir aussi ''Der Fall Wagner'', § 7, KSA 6, p. 27.</ref>. Concrètement, cela signifie que dans un organisme une pulsion dominante (l'instinct créateur chez l'artiste, la curiosité chez le savant) organise provisoirement les autres en les mettant à son service ; dans une culture, certaines évaluations imposent une lecture du monde qui en subordonne d'autres ; dans la connaissance, une perspective simplifie le réel pour le rendre maîtrisable et fécond pour la vie qui l'élabore. === Quanta de puissance et configurations de domination === L'une des lectures les plus rigoureuses et les moins [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]]s de la volonté de puissance, dont Wolfgang Müller-Lauter est l'un des principaux artisans, consiste à comprendre la réalité comme jeu de quanta de puissance organisés en « configurations de domination » (''Herrschaftsgebilde''). « Toute unité n'est unité que comme organisation et jeu mutuel : de la même manière qu'une communauté humaine est une unité »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[22], KSA 11, p. 561 ; ce passage est commenté par Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 60-61.</ref>. Toute volonté de puissance que l'on isole se révèle elle-même structure hiérarchique de multiples volontés de puissance plus élémentaires. L'homme constitue ainsi un quantum de puissance qui en organise d'innombrables autres, et qui s'insère lui-même dans des organismes plus vastes encore : peuples, États, sociétés<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[8], KSA 11, p. 580. Sur ce point voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 75-78.</ref>. Müller-Lauter en tire une conséquence philosophique majeure, dirigée contre les lectures métaphysiques de Nietzsche : il n'y a pas, à proprement parler, ''la'' volonté de puissance. Il n'y a que ''des'' volontés de puissance, dans leur rapport conflictuel et hiérarchique. « Puisque ''le'' monde n'est pas une totalité organisée, ''la'' volonté de puissance n'existe pas comme l'''ens metaphysicum'' qui le constituerait. Il n'existe que de multiples volontés de puissance, ''la'' volonté de puissance n'existe pas »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 89.</ref>. Le singulier que Nietzsche emploie parfois doit alors se comprendre comme la désignation d'une qualité (commune à tous les quanta) et non comme celle d'une substance unique. Une image peut aider à saisir cette idée de configuration. Une cité n'est pas une chose en plus des citoyens qui la composent ; elle est l'ensemble des relations, des hiérarchies, des conflits et des alliances qui les organisent en un tout provisoire. De même chaque citoyen, à son tour, est une organisation de cellules, d'humeurs et de pulsions, lesquelles à leur tour sont des organisations plus fines encore. À chaque niveau on retrouve la même structure : une multiplicité luttant pour s'imposer une forme. C'est cette structure récurrente que Nietzsche nomme « volonté de puissance ». Le mot ne désigne pas un acteur derrière les choses ; il désigne la forme d'opération commune à tout ce qui existe. === Le corps comme configuration de domination === Le corps fournit à Nietzsche le modèle paradigmatique de la configuration de domination. Dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'', il est décrit comme « une multiplicité ayant un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Also sprach Zarathustra'', I, « Von den Verächtern des Leibes », KSA 4, p. 39-40.</ref>. La pensée de Nietzsche sur le corps évolue entre 1881 et 1888 ; les fragments posthumes des dernières années y voient une « collectivité inouïe d'êtres vivants, tous dépendants et subordonnés, mais en un autre sens dominants et doués d'activité volontaire »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 37[4], KSA 11, p. 576-577.</ref>. À la tête de cet édifice il n'y a pas, contrairement à ce que pourrait suggérer l'image zarathoustrienne du berger, un « monarque absolu », mais un « centre de gravité » qui se déplace, une régence mobile et plurielle<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' août-septembre 1885, 40[42], KSA 11, p. 651. Voir Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 192-198.</ref>. === L'apport de Wilhelm Roux === L'élaboration nietzschéenne du corps et de l'organique doit beaucoup à la lecture, en 1881 puis à nouveau en 1883, du livre du physiologiste Wilhelm Roux, ''Der Kampf der Theile im Organismus'' (1881)<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Organismus als innerer Kampf. Der Einfluss von Wilhelm Roux auf Friedrich Nietzsche », ''Nietzsche-Studien'', 7 (1978), p. 189-223 ; repris dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 97-140.</ref>. Roux y défendait l'idée que l'organisme s'organise et se différencie à partir d'une lutte interne entre ses parties, indépendamment et préalablement à la sélection darwinienne externe. Nietzsche en tire trois concepts qui s'installent durablement dans son vocabulaire : la lutte interne comme principe régulateur, l'autorégulation et la surcompensation. Surtout, Roux lui fournit la pensée d'une « monstrueuse puissance formatrice qui, à partir de l'intérieur, est créatrice de formes »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' fin 1886-printemps 1887, 7[25], KSA 12, p. 304.</ref>. C'est sur cette base qu'il oppose au darwinisme anglais une conception non adaptative et non réactive du vivant : la vie ne s'adapte pas, elle conquiert et incorpore « de l'intérieur, toujours plus d'extérieur »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' automne 1887, 9[151], KSA 12, p. 424.</ref>. == Domaines d'application == === Psychologie et critique de la conservation de soi === La volonté de puissance sert de fil directeur à une psychologie des pulsions élaborée par Nietzsche dans les années 1880. Les conduites humaines, y compris celles qui paraissent désintéressées ou ascétiques, peuvent être analysées par Nietzsche comme l'expression de configurations de volontés de puissance. Müller-Lauter explique : « L'homme lui-même est fondamentalement volonté de puissance, quel que soit son comportement »<ref>Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 33.</ref>. Cette généralité ne signifie pas que tous les comportements soient équivalents : Nietzsche distingue les expressions ascendantes, créatrices et affirmatives, des expressions descendantes, réactives et négatives. L'idéal ascétique offre un cas délicat. L'ascète, qui paraît nier la vie, ne supprime pas la volonté : il la conserve sous une forme retournée, négative, orientée vers le néant. « L'idéal ascétique exprime une volonté »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 23, KSA 5, p. 395-396.</ref>. La troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' montre que cet idéal exprime à la fois une vie malade, appauvrie, retournée contre elle-même, et un « expédient » par lequel une vie en déclin se conserve à tout prix ; il est en ce sens à la fois une des « plus grandes forces conservatrices et créatrices de oui » et le symptôme d'une dégénérescence physiologique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 13, KSA 5, p. 365-367.</ref>. Le sacerdoce ascétique témoigne, dans ce paradoxe, de ce que la volonté préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir : « l'homme préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412.</ref>. === Connaissance, vérité et perspectivisme === La théorie nietzschéenne de la connaissance s'articule étroitement à la pensée de la volonté de puissance, sans en découler de manière déductive. La connaissance n'y est pas comprise comme une représentation neutre du réel, mais comme une appropriation, une simplification, une interprétation accomplie par une configuration de forces. « Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' été 1886-automne 1887, 7[60], KSA 12, p. 315.</ref>. Toute interprétation est l'expression d'une perspective particulière, c'est-à-dire d'une configuration singulière de volonté de puissance qui cherche à imposer sa lecture du monde. Le perspectivisme nietzschéen ne se réduit pas à un relativisme. Comme l'a montré Lawrence J. Hatab, la volonté de puissance « est fondée sur la contestation, et ne peut donc pas équivaloir au relativisme du laisser-faire »<ref>Lawrence J. Hatab, « The Will to Power », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 343.</ref>. Une multiplication des perspectives sur un même objet en accroît la connaissance : « plus nous laissons d'affects parler d'une chose, plus nous savons mettre d'yeux, d'yeux différents, sur cette même chose, plus complète sera notre “notion” de cette chose, plus complète sera notre “objectivité” »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 12, KSA 5, p. 365.</ref>. Un même objet, disons un arbre, n'est pas saisi de la même manière par le botaniste, le menuisier, l'enfant qui y grimpe, le peintre paysagiste ou la fourmi qui s'y abrite. Pour Nietzsche, ces perspectives ne s'annulent pas dans une vérité plus haute ; chacune révèle un aspect que les autres ignorent ; leur somme, à supposer qu'on puisse la former, vaudrait toutes les définitions de dictionnaire. La vérité cesse alors d'être pensée comme adéquation désintéressée au réel, et se trouve évaluée à partir des formes de vie, des perspectives et des effets de puissance qui la portent. Nietzsche ne soutient pas que « le vrai » serait simplement ce qui augmente la vie : il met en crise l'opposition même entre vérité et erreur, soutient que certaines erreurs sont vitalement nécessaires, et interroge la valeur de la volonté de vérité, dont la troisième dissertation de ''La Généalogie de la morale'' fait le dernier avatar de l'idéal ascétique<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 24, KSA 5, p. 398-402. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006, p. 56-65 ; Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990.</ref>. === Morale et critique des valeurs === [[Fichier:Genealogie der Moral, 1887 - cover.jpg|vignette|droite|180px|Couverture de la première édition de ''Zur Genealogie der Moral'' (Leipzig, C. G. Naumann, 1887). C'est dans ce livre que Nietzsche déploie sa critique généalogique de la morale et l'opposition entre morale aristocratique et morale du ressentiment.]] La volonté de puissance sert de clé herméneutique majeure à la critique nietzschéenne de la morale. Dans ''La Généalogie de la morale'', Nietzsche montre que les valeurs morales traditionnelles, loin d'être des [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]]s éternelles, sont des créations historiques engendrées par des configurations particulières de volonté de puissance. La « morale des esclaves » et la « morale des maîtres » ne désignent pas deux classes sociales empiriques, mais deux types d'évaluation et deux modes d'interprétation du monde. La morale des esclaves est née du ressentiment, c'est-à-dire d'une réaction qui, faute de pouvoir s'exprimer dans une action effective, se déplace vers la « vengeance spirituelle » et invente le bien par opposition à un mal extérieur préalable<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 7 et § 10, KSA 5, p. 266-268 et p. 270-273.</ref>. Là où la noblesse dit « je suis bon, donc tu es mauvais », le ressentiment commence par poser « tu es mauvais, donc je suis bon ». La différence est minime au premier abord ; elle est en réalité capitale. Le premier mouvement est positif et s'affirme à partir de soi ; le second est négatif et se définit contre l'autre. À cette évaluation réactive, qui définit la valeur négativement, Nietzsche oppose la morale aristocratique, qui s'affirme positivement à partir d'un sentiment de plénitude et de santé, et pose son propre « oui » sans avoir besoin d'un contraire pour se définir. Cette opposition n'est pas un simple éloge de la force brute. Nietzsche reconnaît à la révolte des esclaves un rôle important dans le développement de l'humanité : « ce n'est qu'avec la révolte des esclaves dans la morale [...] que l'homme [...] est devenu un animal intéressant »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 6, KSA 5, p. 266.</ref>. Le « marquage du oui » de l'aristocrate et le « non » réactif de l'esclave coexistent et se mélangent dans l'humanité historique. La « nature supérieure », pour Nietzsche, est le champ de bataille où s'affrontent ces deux évaluations<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', I, § 16, KSA 5, p. 285-286. Voir Christa Davis Acampora, « Nietzsche's On the Genealogy of Morality », dans Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 227-229.</ref>. === Art et création === L'[[Dictionnaire de philosophie/Art|art]] occupe une place privilégiée dans la philosophie de la volonté de puissance. Dès ''La Naissance de la tragédie'' (1872), Nietzsche présentait l'art tragique grec comme la plus haute affirmation de la vie ; mais la signification que prend l'art à partir de 1883 est renouvelée par le concept de volonté de puissance. L'artiste devient le modèle de l'homme créateur qui donne forme au chaos du devenir et qui transfigure la souffrance en beauté. On songe ici à la figure du sculpteur que Nietzsche évoque dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'' : il prend une matière brute, lui impose une forme qui n'y était pas, libère par son marteau l'image qui dormait dans la pierre. L'art n'est pas représentation ; il est transfiguration, mise en forme du chaos. Les fragments posthumes regroupés sous la rubrique « La volonté de puissance comme art » dans la compilation de 1906 placent l'art au sommet des activités humaines, « le grand stimulant de la vie »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' printemps 1888, 14[119], KSA 13, p. 296-297.</ref>. Comme le souligne Müller-Lauter, Nietzsche a abandonné dans les années 1880 la justification métaphysique de l'art comme « phénomène esthétique » qui apparaissait dans son premier ouvrage, au profit d'une conception immanente : l'art est une expression particulière de la volonté de puissance, non son fondement<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 279-281.</ref>. == Articulations avec les autres motifs de la pensée nietzschéenne == [[Fichier:Eh-dm-27.JPG|vignette|droite|260px|Page du manuscrit imprimé d'''Ecce Homo'' (1888) annotée de la main de Nietzsche, dans le chapitre consacré à ''Ainsi parlait Zarathoustra''. Les fragments posthumes et les manuscrits de cette période constituent l'essentiel des textes où Nietzsche élabore la volonté de puissance en lien avec le nihilisme, l'éternel retour et la transvaluation.]] La volonté de puissance ne forme pas un concept isolé ; elle s'articule à plusieurs autres motifs centraux de la philosophie de Nietzsche, dont elle est inséparable. Le diagnostic du nihilisme européen, formulé dans le fragment dit de ''Lenzer Heide'' (10 juin 1887), met en jeu la pensée de la volonté de puissance à plusieurs niveaux : Nietzsche y voit à la fois un processus historique de dépréciation des valeurs suprêmes et un phénomène psychologique dont l'idéal ascétique est la forme paradoxale la plus tenace, en tant qu'il préfère encore vouloir le néant plutôt que ne pas vouloir<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' 10 juin 1887, 5[71], KSA 12, p. 211-217 ; ''Zur Genealogie der Moral'', III, § 28, KSA 5, p. 412. Voir Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit., chapitres 1-3.</ref>. La pensée du nihilisme et celle de la volonté de puissance se construisent dans un même mouvement, l'une comme diagnostic, l'autre comme nom de la dynamique sous-jacente qui rend possibles tant la critique des valeurs déchues que la perspective d'une transvaluation. Le projet de transvaluation des valeurs (''Umwertung aller Werte''), qui occupe Nietzsche dans les dernières années, se fonde sur la mise au jour des configurations de volonté de puissance dont procèdent les valeurs morales et culturelles dominantes. Critiquer la morale, ce n'est plus opposer aux valeurs établies d'autres valeurs venues d'ailleurs, mais évaluer les valeurs elles-mêmes selon la qualité, ascendante ou descendante, de la volonté de puissance qu'elles expriment<ref>Friedrich Nietzsche, ''Zur Genealogie der Moral'', préface, § 6, KSA 5, p. 252-253.</ref>. La pensée de l'éternel retour entretient avec la volonté de puissance un rapport plus problématique. Les deux thèmes apparaissent souvent comme les deux fronts d'une même affirmation : la volonté de puissance désigne ce qui est, et l'éternel retour exige qu'on le veuille à nouveau, sans réserve, dans toute son extension. Heidegger fait de leur articulation l'axe de son interprétation, en y voyant la pensée « du devenir au plus proche de l'être ». Müller-Lauter, plus prudent, souligne qu'on ne peut tenir l'éternel retour pour la simple conséquence cosmologique de la volonté de puissance, et que les deux pensées coexistent en tension chez Nietzsche, sans former un système clos<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Über das Werden, das Urteilen, das Ja-sagen », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 177-185.</ref>. La figure du surhumain (''Übermensch'') désigne, dans ce contexte, le type humain qui serait capable de supporter et de vouloir cette double pensée, en assumant l'éternel retour comme expression la plus haute de la volonté de puissance créatrice<ref>Daniel W. Conway, « Life and Self-Overcoming », dans Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', op. cit., p. 532-547.</ref>. == Le statut philosophique de la notion == === Une métaphysique ? La question ouverte === La question du statut philosophique de la notion de volonté de puissance, et plus précisément celle de savoir si Nietzsche entendait en faire un principe métaphysique universel applicable à toute réalité, y compris la matière inorganique, demeure controversée. Certains fragments posthumes paraissent autoriser cette extension : « ce monde est volonté de puissance, et rien d'autre. Et vous-mêmes aussi êtes cette volonté de puissance, et rien d'autre »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 38[12], KSA 11, p. 610-611.</ref>. Dans ''Par-delà bien et mal'', § 36, Nietzsche envisage explicitement, à titre d'hypothèse méthodique, l'extension de la causalité de volonté à l'ensemble du « monde mécanique (ou matériel) »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Jenseits von Gut und Böse'', § 36, KSA 5, p. 54-55.</ref>. === L'interprétation métaphysique de Heidegger === Le commentaire de Martin Heidegger, publié en deux volumes en 1961 et issu de ses cours et conférences données entre 1936 et 1946, fait de Nietzsche le penseur qui achève la métaphysique occidentale comme « métaphysique de la subjectivité ». La volonté de puissance, chez Heidegger, est interprétée comme l'« essence » du monde moderne et comme la « volonté de la volonté » qui clôt l'histoire de l'Être<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., trad. Pierre Klossowski, Paris, Gallimard, 1971.</ref>. Elle s'y caractérise par une auto-élévation perpétuelle : un « se-rendre-soi-même-puissant de la puissance, en vue de son auto-élévation »<ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I, op. cit., p. 47.</ref>. Au-delà de la seule lecture de Nietzsche, l'interprétation heideggerienne articule volonté de puissance, éternel retour, subjectivité moderne et essence de la technique : la volonté de puissance y devient le nom du moment ultime, dans l'histoire de la métaphysique, où l'étant se révèle comme disposition pure pour la représentation et la maîtrise techniques. Cette lecture, indépendamment des controverses philologiques, a profondément orienté la philosophie contemporaine sur la question de la modernité, de la technique et de la subjectivité. Cette lecture a été contestée du point de vue de la fidélité au texte nietzschéen. Müller-Lauter lui reproche d'isoler artificiellement la qualité (la volonté de puissance) des quanta concrets dans lesquels elle se donne, et de présenter une volonté de puissance qui ne se rapporte qu'à elle-même, alors que chez Nietzsche tout vouloir-de-puissance se rapporte nécessairement à d'autres vouloirs-de-puissance qui lui résistent. L'interprétation heideggerienne, ajoute-t-il, est en partie tributaire de la compilation posthume ''Der Wille zur Macht'' et reprend même un passage où une intervention éditoriale de Peter Gast (« inneren Willen » au lieu de l'expression originelle de Nietzsche « innere Welt ») a modifié le texte<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 371-373. Sur la correction de Peter Gast voir ''Nachgelassene Fragmente'' juin-juillet 1885, 36[31], KSA 11, p. 563.</ref>. === L'interprétation différentielle de Deleuze === Gilles Deleuze propose dans ''Nietzsche et la philosophie'' (1962) une lecture où la volonté de puissance n'est ni un principe métaphysique transcendant, ni un en-soi : elle est « l'élément différentiel d'où dérivent à la fois la différence quantitative des forces en rapport, et la qualité qui, dans ce rapport, revient à chaque force »<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', op. cit., p. 60.</ref>. Deleuze fait de la volonté de puissance un principe génétique et différentiel, intimement lié à l'éternel retour. Müller-Lauter, tout en saluant le refus deleuzien de l'interprétation métaphysique, lui reproche de réintroduire une distinction entre la force et la volonté de puissance qui restaure malgré tout un dualisme étranger à Nietzsche, lequel n'accorde à la volonté de puissance aucune existence indépendante des quanta de force<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 22-30.</ref>. La discussion entre les deux lectures fait partie des controverses majeures de l'interprétation contemporaine de Nietzsche. === L'interprétation pluraliste de Müller-Lauter === L'interprétation développée par Müller-Lauter, et reprise par une part importante de la recherche francophone contemporaine, en particulier par Patrick Wotling, consiste à lire la volonté de puissance comme une notion immanente et pluraliste. Il n'y a pas un principe unique qui se manifesterait dans le monde ; il y a une multiplicité irréductible de volontés de puissance en lutte, dont les configurations momentanées constituent ce que l'on appelle « choses », « organismes », « sujets ». La pensée elle-même, dans cette lecture, est présentée par Nietzsche non comme une vérité absolue, mais comme une interprétation, c'est-à-dire comme une expression de volonté de puissance qui prétend, en vertu de la cohérence et de la fécondité qu'elle présente, à une supériorité relative sur les interprétations concurrentes. Comme l'écrit Wotling, « l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance demeure une interprétation particulière, liée aux possibilités interprétatives qui sont celles de cette configuration de domination particulière qu'est l'homme, une interprétation et non pas un nouvel en-soi des choses, ni un nouveau principe métaphysique »<ref>Patrick Wotling, préface à Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', op. cit., p. 21.</ref>. == La question philologique du livre ''Der Wille zur Macht'' == [[Fichier:NietzschearchivWeimar.JPG|vignette|gauche|240px|La Villa Silberblick à Weimar, siège du Nietzsche-Archiv depuis 1897. C'est dans ce lieu, dirigé par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast, qu'a été compilée la version posthume de ''La Volonté de puissance'' (1901, puis 1906) à partir des cahiers du philosophe.]] Un problème majeur, longtemps ignoré, concerne le statut éditorial du livre intitulé ''La Volonté de puissance''. Publié pour la première fois en 1901 par Elisabeth Förster-Nietzsche et Peter Gast avec 483 aphorismes, puis réédité en 1906 dans une version élargie à 1067 aphorismes, ce livre était présenté comme l'« œuvre maîtresse » de Nietzsche. Il s'agit d'une compilation d'extraits choisis dans les cahiers posthumes du philosophe, organisée selon un plan que Nietzsche avait dressé le 17 mars 1887 puis abandonné<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », dans ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. 329-372. Voir aussi Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221.</ref>. L'édition critique entreprise par Giorgio Colli et Mazzino Montinari à partir de 1967 (la ''Kritische Gesamtausgabe'') a établi de manière définitive que Nietzsche avait abandonné le projet d'un livre intitulé ''Der Wille zur Macht'', et que la compilation publiée à Weimar reflétait davantage les choix éditoriaux, doctrinaux et parfois idéologiques de ses éditeurs que l'état réel du [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] du philosophe. Les fragments posthumes doivent dès lors être lus dans leur contexte chronologique et expérimental, et non comme les morceaux d'une œuvre systématique achevée. Comme l'a montré Montinari, les éditeurs ont parfois « démembré » des textes cohérents pour les redistribuer selon le plan préétabli, comme dans le cas du fragment ''Le Nihilisme européen'' du 10 juin 1887, découpé en quatre aphorismes distincts dans la compilation<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche zwischen Alfred Baeumler und Georg Lukács », dans ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982, p. 169-205.</ref>. La diffusion durable du livre, et le fait que de nombreuses interprétations philosophiques majeures, dont celles de Heidegger et d'Alfred Baeumler, se sont fondées sur cette compilation, a contribué à infléchir durablement la réception du concept<ref>Wolfgang Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 335-370.</ref>. L'abandon par Nietzsche du projet d'un livre portant ce titre ne signifie pas qu'il aurait renoncé au concept lui-même. Comme le précise Müller-Lauter, la pensée centrale survit dans le projet ultérieur de la ''Transvaluation de toutes les valeurs'' (''Umwertung aller Werte''), dont ''L'Antéchrist'' constitue la première et finalement unique partie achevée<ref>Wolfgang Müller-Lauter, avant-propos à ''Nietzsche-Interpretationen I'', op. cit., p. VIII-IX.</ref>. == Récupérations idéologiques et malentendus == Le concept de volonté de puissance a fait l'objet, dès la fin du XIXe siècle, d'interprétations qui le rabattaient sur la domination politique brute ou sur un darwinisme social. Cette lecture a été activement promue par la sœur de Nietzsche au Nietzsche-Archiv de Weimar et a culminé dans l'appropriation par l'idéologie nazie, en particulier à travers les travaux d'Alfred Baeumler<ref>Alfred Baeumler, ''Nietzsche, der Philosoph und Politiker'', Leipzig, 1931. Voir la critique détaillée dans Müller-Lauter, « Der Wille zur Macht als Buch », op. cit., p. 333-340 ; Walter Kaufmann, ''Nietzsche'', op. cit., p. 284-310.</ref>. Cette réception est aujourd'hui largement reconnue comme une déformation : non seulement elle s'appuie sur la compilation posthume, mais elle ignore la distinction nietzschéenne entre ''Kraft'' et ''Macht'', réduit la pluralité des volontés de puissance à un principe unitaire, et confond la puissance avec la domination extérieure. Comme l'a fortement défendu Kaufmann dès 1950, le surhomme (''Übermensch'') nietzschéen n'est pas le conquérant militaire ou le tyran, mais le type qui a accompli sur lui-même l'inversion des valeurs et qui affirme créativement la vie<ref>Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', op. cit., p. 307-333.</ref>. == Postérité philosophique == L'influence du concept est considérable dans la philosophie du {{XXe}} siècle. Aux côtés des lectures de Heidegger, Deleuze et Müller-Lauter, on peut citer celle de Karl Jaspers, qui voyait dans la volonté de puissance la substantialisation par Nietzsche de l'être au sein d'une réalité sans transcendance, dans un monde de « pure immanence »<ref>Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950.</ref>. Eugen Fink a proposé une lecture qui rapproche la volonté de puissance d'une cosmologie ludique<ref>Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Minuit, 1965.</ref>. Michel Foucault reprend de Nietzsche moins une doctrine de la volonté de puissance qu'une méthode généalogique, une pensée des rapports de forces et une critique de l'origine, qu'il développe ensuite dans une direction propre, en particulier dans l'analyse des micro-pouvoirs et des dispositifs disciplinaires des sociétés modernes<ref>Michel Foucault, « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », dans ''Hommage à Jean Hyppolite'', Paris, PUF, 1971, p. 145-172.</ref>. La pensée nietzschéenne a en revanche fait l'objet de critiques vigoureuses de la part de Jürgen Habermas, qui y voit l'expression d'un irrationalisme récusant toute rationalité communicationnelle au profit d'une affirmation arbitraire de la force<ref>Jürgen Habermas, ''Le Discours philosophique de la modernité'', trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, 1988, p. 109-145.</ref>. Ces lectures critiques ont été à leur tour contestées par les interprétations philologiques issues des travaux de Colli, Montinari, Müller-Lauter et Wotling, qui mettent en évidence le caractère expérimental, stratégique et non systématique des formulations nietzschéennes. La recherche francophone contemporaine, à la suite des travaux de Müller-Lauter et de leur réception par Patrick Wotling, met l'accent sur la dimension expérimentale et antimétaphysique du concept, le caractère stratégique et provisoire de ses formulations, et son enracinement dans la pensée nietzschéenne de la civilisation et de la santé<ref>Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995.</ref>. Aux États-Unis, l'interprétation naturaliste, défendue par John Richardson et Bernard Reginster, accorde une place centrale à la volonté de puissance dans une lecture qui rapproche Nietzsche des sciences de la vie de son [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]]<ref>John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996 ; Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life'', op. cit.</ref>. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Werke. Kritische Gesamtausgabe'' (KGW), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/New York, de Gruyter, 1967 sq. * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), 15 vol., éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Munich/Berlin/New York, dtv/de Gruyter, 1980. * Friedrich Nietzsche, ''Œuvres philosophiques complètes'', sous la direction de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 14 tomes, Paris, Gallimard, 1968-1997. L'édition française inclut, à côté des œuvres publiées, l'ensemble des ''Fragments posthumes'' que cet article cite abondamment. * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1983. * Friedrich Nietzsche, ''Par-delà bien et mal'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2000. * Friedrich Nietzsche, ''La Généalogie de la morale'', traduction de Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000. * Friedrich Nietzsche, ''L'Antéchrist'', traduction d'Éric Blondel, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1996. ''Note sur les traductions : sauf indication contraire, les citations françaises de Nietzsche données dans le corps de l'article sont reprises ou adaptées des traductions Wotling pour'' Par-delà bien et mal ''et'' La Généalogie de la morale, ''Goldschmidt pour'' Ainsi parlait Zarathoustra, ''et de l'édition Gallimard pour les'' Fragments posthumes. ''Les références sont données, conformément à l'usage savant, à l'édition critique allemande KSA.'' === Introductions et ouvrages de référence === * Keith Ansell-Pearson (dir.), ''A Companion to Nietzsche'', Oxford, Blackwell, 2006. * Douglas Burnham, ''The Nietzsche Dictionary'', Londres, Bloomsbury, 2015. * Tom Stern (dir.), ''The New Cambridge Companion to Nietzsche'', Cambridge, Cambridge University Press, 2019. * Patrick Wotling, ''La Philosophie de l'esprit libre. Introduction à Nietzsche'', Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008. === Interprétations philosophiques de la volonté de puissance === * Maudemarie Clark, ''Nietzsche on Truth and Philosophy'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962. * Eugen Fink, ''La philosophie de Nietzsche'', trad. fr., Paris, Minuit, 1965. * Jean Granier, ''Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche'', Paris, Seuil, 1966. * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', trad. Pierre Klossowski, 2 vol., Paris, Gallimard, 1971. * Karl Jaspers, ''Nietzsche. Introduction à sa philosophie'', trad. Henri Niel, Paris, Gallimard, 1950. * Walter Kaufmann, ''Nietzsche: Philosopher, Psychologist, Antichrist'', Princeton, Princeton University Press, 4{{e}} éd. 1974. * Brian Leiter, ''Nietzsche on Morality'', Londres, Routledge, 2002. * Scarlett Marton, ''Nietzsche. Des forces cosmiques aux valeurs humaines'', trad. fr., Paris, L'Harmattan, 1996. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin/New York, de Gruyter, 1971. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Über Werden und Wille zur Macht. Nietzsche-Interpretationen I'', Berlin/New York, de Gruyter, 1999. * Wolfgang Müller-Lauter, ''Physiologie de la Volonté de puissance'', traduction de Jeanne Champeaux, préface de Patrick Wotling, Paris, Allia, 1998. * Alexander Nehamas, ''Nietzsche. La vie comme littérature'', trad. fr., Paris, PUF, 1994. * Bernard Reginster, ''The Affirmation of Life. Nietzsche on Overcoming Nihilism'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. * John Richardson, ''Nietzsche's System'', Oxford, Oxford University Press, 1996. * Richard Schacht, ''Nietzsche'', Londres, Routledge, 1983. * Patrick Wotling, ''Nietzsche et le problème de la civilisation'', Paris, PUF, 1995. === Études philologiques et histoire éditoriale === * Paolo D'Iorio, « La superstition des philologues. Nietzsche et Colli/Montinari », ''Philosophie'', n° 38, 1993, p. 12-31. * Mazzino Montinari, ''Nietzsche lesen'', Berlin/New York, de Gruyter, 1982 ; traduction française ''Nietzsche'', Paris, PUF, 2001. * Mazzino Montinari, « La “volonté de puissance” n'existe pas », dans ''Nietzsche aujourd'hui ?'', vol. 2, Paris, UGE, 1973, p. 187-221. {{AutoCat}} rf1jj3bj88bezpsxsbk46jpfizu7qc5 Mathc gnuplot/Fichiers pour gnuplot 0 55575 767070 735524 2026-05-28T18:43:56Z Xhungab 23827 767070 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc gnuplot (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|vdefine.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : vdefine.h */ /* ------------------------------------ */ #define C0 0 #define C1 1 #define C2 2 #define C3 3 #define C4 4 #define C5 5 #define R0 0 #define R1 1 #define R2 2 #define R3 3 #define R4 4 #define R5 5 #define OF 0 #define R_SIZE 0 #define C_SIZE 1 #define C_SIZE_A 2 #define FIRST 1 #ifndef PI #define PI 3.14159265359 #endif #define MAX(A,B) ((A)>(B) ? 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fp = fopen("a_main.plt","w"); fprintf(fp,"# Gnuplot file : load \"a_main.plt\" \n" "reset\n" "set zeroaxis\n" "set size ratio -1\n" "plot [%0.3f:%0.3f] [%0.3f:%0.3f] \\\n" "\"data.plt\" with linesp pt 0\n" ,xmin,xmax,ymin,ymax); fclose(fp); fp = fopen("data.plt","w"); fclose(fp); U[R0][C1] = 0.;/* angle */ U[R1][C1] = 0.;/* x */ U[R2][C1] = 0.;/* y */ PD(U); return(U); } /* ------------------------------------ */ double **GINIT( double xmin, double xmax, double ymin, double ymax ) { return( Ginit(I_mR(R2,C1),xmin,xmax,ymin,ymax) ); } /* ------------------------------------ */ void SET( double **U, double angle, double x, double y ) { U[R0][C1] = angle; U[R1][C1] = x; U[R2][C1] = y; PD(U); } /* ------------------------------------ */ void SETUP( double **U, double angle, double x, double y ) { U[R0][C1] = angle; U[R1][C1] = x; U[R2][C1] = y; PU(U); } /* ------------------------------------ */ void GO( double **U, double Step ) { double **T = I_mR(R2,C2); double **B = I_mR(R2,C1); double **C = I_mR(R2,C1); double angle=U[R0][C1]; B[R1][C1] = 0.; B[R2][C1] = Step; rot2D_mR(T,PI/180.*(-angle)); mul_mR(T,B,C); c_mR(U,B); add_mR(B,C,U); PD(U); F_mR(C); F_mR(B); F_mR(T); } /* ------------------------------------ */ void GU( double **U, double Step ) { double **T = I_mR(R2,C2); double **B = I_mR(R2,C1); double **C = I_mR(R2,C1); double angle=U[R0][C1]; B[R1][C1] = 0.; B[R2][C1] = Step; rot2D_mR(T,PI/180.*(-angle)); mul_mR(T,B,C); c_mR(U,B); add_mR(B,C,U); PU(U); F_mR(C); F_mR(B); F_mR(T); } /* ------------------------------------ */ void TU( double **U, double angle ) { U[R0][C1]+=angle; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> [[Mathc gnuplot/Présentation de la librairie|.]] {{AutoCat}} jstbt6c8wvglvmly78j0fi3rvk01dhe Mathc gnuplot/Fichiers h : xfxyz x 0 55995 767076 735530 2026-05-28T18:49:55Z Xhungab 23827 767076 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc gnuplot (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|y_r.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : y_r.h */ /* ------------------------------------ */ void pd( double **A ) { FILE *fp = fopen("data.plt","a"); fprintf(fp," %+.3f %+.3f\n",A[R1][C1],A[R2][C1]); fclose(fp); } /* ------------------------------------ */ void pu( double **A ) { FILE *fp = fopen("data.plt","a"); fprintf(fp,"\n %+.3f %+.3f\n",A[R1][C1],A[R2][C1]); fclose(fp); } /* ------------------------------------ */ double **g_main( double **A, double xmin, double xmax, double ymin, double ymax ) { FILE *fp; fp = fopen("a_main.plt","w"); fprintf(fp,"# Gnuplot file : load \"a_main.plt\" \n" "reset\n" "set zeroaxis\n" "set size ratio -1\n" "plot [%0.3f:%0.3f] [%0.3f:%0.3f] \\\n" "\"data.plt\" with linesp pt 0\n" ,xmin,xmax,ymin,ymax); fclose(fp); fp = fopen("data.plt","w"); fclose(fp); A[R1][C1] = 0.; A[R2][C1] = 0.; pd(A); return(A); } /* ------------------------------------ */ double **G_main( double xmin, double xmax, double ymin, double ymax ) { return(g_main(I_mR(R2,C1),xmin,xmax,ymin,ymax)); } /* ------------------------------------ */ void set( double **A, double x, double y ) { A[R1][C1] = x; A[R2][C1] = y; pd(A); } /* ------------------------------------ */ void setup( double **A, double x, double y ) { A[R1][C1] = x; A[R2][C1] = y; pu(A); } /* ------------------------------------ */ void vo( double **A, double alpha, double side ) { double **T = I_mR(R2,C2); double **B = I_mR(R2,C1); double **C = I_mR(R2,C1); B[R1][C1] = side; B[R2][C1] = 0.; rot2D_mR(T,PI/180.*(alpha)); mul_mR(T,B,C); c_mR(A,B); add_mR(B,C,A); pd(A); F_mR(C); F_mR(B); F_mR(T); } /* ------------------------------------ */ void vu( double **A, double alpha, double side ) { double **T = I_mR(R2,C2); double **B = I_mR(R2,C1); double **C = I_mR(R2,C1); B[R1][C1] = side; B[R2][C1] = 0.; rot2D_mR(T,PI/180.*(alpha)); mul_mR(T,B,C); c_mR(A,B); add_mR(B,C,A); pu(A); F_mR(C); F_mR(B); F_mR(T); } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> [[Mathc gnuplot/Présentation de la librairie|.]] {{AutoCat}} iap3nv63qk814ppjspxquv3mn5y49v2 Mathc gnuplot/Fichiers h : Fichiers h partagés 0 56016 767071 735525 2026-05-28T18:44:33Z Xhungab 23827 767071 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc gnuplot (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|vmatini.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : vmatini.h */ /* -------------------------------------*/ double **I_mR( int r, int c ) { int i = R0; int ar = r + C1; int ac = c + C1; double **A = malloc(ar * sizeof(*A)); for(; i<ar; i++) A[i] = malloc(ac * sizeof(**A)); A[R_SIZE][OF] = ar; A[C_SIZE][OF] = ac; return(A); } /* ------------------------------------ */ void F_mR( double **A ) { int i=R0; int r=A[R_SIZE][OF]; if(A) for(;i<r;i++) free(A[i]); free(A); } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> [[Mathc gnuplot/Présentation de la librairie|.]] {{AutoCat}} 4gs13udt9wb0ljgo76mmuisaujpkfik Neurosciences/Le système nerveux périphérique 0 65755 767106 766220 2026-05-29T09:21:33Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriel et moteur */ 767106 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Vous vous attendez à ce que ce cours aborde séparément les systèmes moteur et sensoriel, mais ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, qui mélangent axones moteurs et sensoriels. Et pour comprendre pourquoi, nous allons devoir voir une seconde subdivision : celle entre système nerveux somatique et autonome. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ===Le système sensoriel spécial et général=== Dernière subdivision que nous allons voir : la séparation entre système nerveux général et spécial. La distinction est assez difficile à expliquer clairement, mais elle devient nettement plus simple si on se focalise sur le système sensoriel. La distinction sépare les sens spéciaux des sens généraux. Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Ils sont opposés aux sens généraux qui sont le fait de récepteurs sensoriels dispersés dans tous le corps. Et les sens spéciaux ont des fibres séparées de celles pour les sens généraux. Le système sensoriel est donc subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le '''système sensoriel général'''. Le système sensoriel général regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Le système sensoriel spécial utilise des nerfs crâniens spécialisés, comme le nerf optique, le nerf auditif, et quelques autres. Les sensations générales sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. À l'opposé, les sensations spéciales sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens et ne passent pas par la moelle épinière. Mais la subdivision spécial/général marche aussi pour le système moteur. Et c'est là que les subtilités commencent. Il existe un système moteur spécial, qui commande les muscles du visage, de la mâchoire et de la gorge (pharynx et larynx). Pour être plus précis, il s'agit des muscles dérivés des arcs pharyngés/branchiaux, ces arcs étant des zones présentes lors du développement de l'embryon. Les muscles pharyngés/branchiaux sont commandés par des nerfs crâniens, il n'y a aucun passage par la moelle épinière. Précisons cependant que de nombreux nerfs crâniens appartiennent au système général, pas au système spécial. Et anatomiquement, les deux sont séparés, comme on le verra dans le prochain chapitre. Pour résumer, les trois subdivisions donnent naissance à une classification des fibres, basée sur trois distinctions : général/spécial, afférent/efférent, somatique/viscéral. Par contre, un point de détail important : le terme viscéral n'a pas la même signification quand on parle du système spécial et du système général. Il s'agit là d'une sorte d'héritage historique à une époque pour la distinction viscérale/somatique voulait dire : lié au tube digestif. Par exemple, la commande des muscles de la face et de la gorge est volontaire, ce qui fait que les fibres efférentes associées devraient être classées comme somatiques. Mais vu que ces muscles sont embryologiquement liés au tube digestif, ils sont classés comme viscéraux. {|class="wikitable" |- ! colspan="3" | Système Général |- ! Somatique | ''General somatic afferent fiber'' || ''General somatic efferent fiber'' |- ! Autonomes | ''General visceral eral afferent fiber'' || ''General visceral efferent fiber'' |- ! colspan="3" | Système Spécial |- ! Sans lien avec le tube digestif | ''Special somatic afferent fiber'' : * nerf optique (vision) ; * nerf vestibulo chochelaire (audition et équilibre). | |- ! Lié au tube digestif, directement ou indirectement | ''Special visceral afferent fiber'' : * gout, odorat ; * système digestif. | ''Special visceral efferent fiber'' : * muscles du visage, de la gorge, de la mâchoire et de la langue. |- ! !! Système sensoriel !! Système moteur |} ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. Il y a une différence de récepteurs entre les jonctions neuromusculaires et les synapses parasympathiques. Les jonctions neuromusculaires utilisent des récepteurs nicotiniques, au niveau du muscle. Mais pour les synapses parasympathiques, les récepteurs sont muscariniques ! [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Pour être précis, les deux utilisent l'acétylcholine, avec cependant un détail : les synapses sont nicotiniques pour les neurones pré-ganglionnaires, mais muscariniques pour les ganglions sympathiques. Les médicaments nicotiniques ont donc un effet ambigu sur le système autonome, vu qu'ils stimulent à la fois le système sympathique et parasympathique. Les deux actions tendent à s'annuler. Par contre, les muscariniques ont un effet ciblé sur le système parasympathique. Les médicaments muscariniques et adrénergiques ont des effets opposés. Un effet muscarinique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-muscarinique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les muscariniques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-muscariniques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail, notamment au niveau de l’accommodation oculaire. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux ''antagonistes muscariniques''. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Ces symptômes ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques, des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents, car ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière, de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue les neuropathies selon leurs causes : celles liées à une inflammation, celles d'origine génétique, et celles d'origine métabolique/toxique. * Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. * Les maladies génétique touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. * Les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique, causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 5gchmot58n8utds61b5zgtk3g15cfay 767107 767106 2026-05-29T09:21:53Z Mewtow 31375 /* Les syndromes particuliers (syndrome de Horner) */ 767107 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Vous vous attendez à ce que ce cours aborde séparément les systèmes moteur et sensoriel, mais ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, qui mélangent axones moteurs et sensoriels. Et pour comprendre pourquoi, nous allons devoir voir une seconde subdivision : celle entre système nerveux somatique et autonome. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ===Le système sensoriel spécial et général=== Dernière subdivision que nous allons voir : la séparation entre système nerveux général et spécial. La distinction est assez difficile à expliquer clairement, mais elle devient nettement plus simple si on se focalise sur le système sensoriel. La distinction sépare les sens spéciaux des sens généraux. Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Ils sont opposés aux sens généraux qui sont le fait de récepteurs sensoriels dispersés dans tous le corps. Et les sens spéciaux ont des fibres séparées de celles pour les sens généraux. Le système sensoriel est donc subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le '''système sensoriel général'''. Le système sensoriel général regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Le système sensoriel spécial utilise des nerfs crâniens spécialisés, comme le nerf optique, le nerf auditif, et quelques autres. Les sensations générales sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. À l'opposé, les sensations spéciales sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens et ne passent pas par la moelle épinière. Mais la subdivision spécial/général marche aussi pour le système moteur. Et c'est là que les subtilités commencent. Il existe un système moteur spécial, qui commande les muscles du visage, de la mâchoire et de la gorge (pharynx et larynx). Pour être plus précis, il s'agit des muscles dérivés des arcs pharyngés/branchiaux, ces arcs étant des zones présentes lors du développement de l'embryon. Les muscles pharyngés/branchiaux sont commandés par des nerfs crâniens, il n'y a aucun passage par la moelle épinière. Précisons cependant que de nombreux nerfs crâniens appartiennent au système général, pas au système spécial. Et anatomiquement, les deux sont séparés, comme on le verra dans le prochain chapitre. Pour résumer, les trois subdivisions donnent naissance à une classification des fibres, basée sur trois distinctions : général/spécial, afférent/efférent, somatique/viscéral. Par contre, un point de détail important : le terme viscéral n'a pas la même signification quand on parle du système spécial et du système général. Il s'agit là d'une sorte d'héritage historique à une époque pour la distinction viscérale/somatique voulait dire : lié au tube digestif. Par exemple, la commande des muscles de la face et de la gorge est volontaire, ce qui fait que les fibres efférentes associées devraient être classées comme somatiques. Mais vu que ces muscles sont embryologiquement liés au tube digestif, ils sont classés comme viscéraux. {|class="wikitable" |- ! colspan="3" | Système Général |- ! Somatique | ''General somatic afferent fiber'' || ''General somatic efferent fiber'' |- ! Autonomes | ''General visceral eral afferent fiber'' || ''General visceral efferent fiber'' |- ! colspan="3" | Système Spécial |- ! Sans lien avec le tube digestif | ''Special somatic afferent fiber'' : * nerf optique (vision) ; * nerf vestibulo chochelaire (audition et équilibre). | |- ! Lié au tube digestif, directement ou indirectement | ''Special visceral afferent fiber'' : * gout, odorat ; * système digestif. | ''Special visceral efferent fiber'' : * muscles du visage, de la gorge, de la mâchoire et de la langue. |- ! !! Système sensoriel !! Système moteur |} ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. Il y a une différence de récepteurs entre les jonctions neuromusculaires et les synapses parasympathiques. Les jonctions neuromusculaires utilisent des récepteurs nicotiniques, au niveau du muscle. Mais pour les synapses parasympathiques, les récepteurs sont muscariniques ! [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Pour être précis, les deux utilisent l'acétylcholine, avec cependant un détail : les synapses sont nicotiniques pour les neurones pré-ganglionnaires, mais muscariniques pour les ganglions sympathiques. Les médicaments nicotiniques ont donc un effet ambigu sur le système autonome, vu qu'ils stimulent à la fois le système sympathique et parasympathique. Les deux actions tendent à s'annuler. Par contre, les muscariniques ont un effet ciblé sur le système parasympathique. Les médicaments muscariniques et adrénergiques ont des effets opposés. Un effet muscarinique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-muscarinique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les muscariniques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-muscariniques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail, notamment au niveau de l’accommodation oculaire. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux ''antagonistes muscariniques''. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les axones périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Ces symptômes ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques, des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents, car ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière, de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue les neuropathies selon leurs causes : celles liées à une inflammation, celles d'origine génétique, et celles d'origine métabolique/toxique. * Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. * Les maladies génétique touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. * Les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique, causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> beetpksw845mt05piebql2c61zwew7x 767108 767107 2026-05-29T09:22:30Z Mewtow 31375 /* Le système sensoriel spécial et général */ 767108 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Vous vous attendez à ce que ce cours aborde séparément les systèmes moteur et sensoriel, mais ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, qui mélangent axones moteurs et sensoriels. Et pour comprendre pourquoi, nous allons devoir voir une seconde subdivision : celle entre système nerveux somatique et autonome. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ===Le système sensoriel spécial et général=== Dernière subdivision que nous allons voir : la séparation entre système nerveux général et spécial. La distinction est assez difficile à expliquer clairement, mais elle devient nettement plus simple si on se focalise sur le système sensoriel. La distinction sépare les sens spéciaux des sens généraux. Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Ils sont opposés aux sens généraux qui sont le fait de récepteurs sensoriels dispersés dans tous le corps. Et les sens spéciaux ont des axones séparées de celles pour les sens généraux. Le système sensoriel est donc subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le '''système sensoriel général'''. Le système sensoriel général regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Le système sensoriel spécial utilise des nerfs crâniens spécialisés, comme le nerf optique, le nerf auditif, et quelques autres. Les sensations générales sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. À l'opposé, les sensations spéciales sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens et ne passent pas par la moelle épinière. Mais la subdivision spécial/général marche aussi pour le système moteur. Et c'est là que les subtilités commencent. Il existe un système moteur spécial, qui commande les muscles du visage, de la mâchoire et de la gorge (pharynx et larynx). Pour être plus précis, il s'agit des muscles dérivés des arcs pharyngés/branchiaux, ces arcs étant des zones présentes lors du développement de l'embryon. Les muscles pharyngés/branchiaux sont commandés par des nerfs crâniens, il n'y a aucun passage par la moelle épinière. Précisons cependant que de nombreux nerfs crâniens appartiennent au système général, pas au système spécial. Et anatomiquement, les deux sont séparés, comme on le verra dans le prochain chapitre. Pour résumer, les trois subdivisions donnent naissance à une classification des axones, basée sur trois distinctions : général/spécial, afférent/efférent, somatique/viscéral. Par contre, un point de détail important : le terme viscéral n'a pas la même signification quand on parle du système spécial et du système général. Il s'agit là d'une sorte d'héritage historique à une époque pour la distinction viscérale/somatique voulait dire : lié au tube digestif. Par exemple, la commande des muscles de la face et de la gorge est volontaire, ce qui fait que les axones efférents associés devraient être classées comme somatiques. Mais vu que ces muscles sont embryologiquement liés au tube digestif, ils sont classés comme viscéraux. {|class="wikitable" |- ! colspan="3" | Système Général |- ! Somatique | ''General somatic afferent fiber'' || ''General somatic efferent fiber'' |- ! Autonomes | ''General visceral eral afferent fiber'' || ''General visceral efferent fiber'' |- ! colspan="3" | Système Spécial |- ! Sans lien avec le tube digestif | ''Special somatic afferent fiber'' : * nerf optique (vision) ; * nerf vestibulo chochelaire (audition et équilibre). | |- ! Lié au tube digestif, directement ou indirectement | ''Special visceral afferent fiber'' : * gout, odorat ; * système digestif. | ''Special visceral efferent fiber'' : * muscles du visage, de la gorge, de la mâchoire et de la langue. |- ! !! Système sensoriel !! Système moteur |} ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. Il y a une différence de récepteurs entre les jonctions neuromusculaires et les synapses parasympathiques. Les jonctions neuromusculaires utilisent des récepteurs nicotiniques, au niveau du muscle. Mais pour les synapses parasympathiques, les récepteurs sont muscariniques ! [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Pour être précis, les deux utilisent l'acétylcholine, avec cependant un détail : les synapses sont nicotiniques pour les neurones pré-ganglionnaires, mais muscariniques pour les ganglions sympathiques. Les médicaments nicotiniques ont donc un effet ambigu sur le système autonome, vu qu'ils stimulent à la fois le système sympathique et parasympathique. Les deux actions tendent à s'annuler. Par contre, les muscariniques ont un effet ciblé sur le système parasympathique. Les médicaments muscariniques et adrénergiques ont des effets opposés. Un effet muscarinique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-muscarinique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les muscariniques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-muscariniques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail, notamment au niveau de l’accommodation oculaire. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux ''antagonistes muscariniques''. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les axones périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Ces symptômes ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques, des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents, car ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière, de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue les neuropathies selon leurs causes : celles liées à une inflammation, celles d'origine génétique, et celles d'origine métabolique/toxique. * Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. * Les maladies génétique touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. * Les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique, causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> ps000rtff5wkbbgt764z5gs7vzqgfmx 767109 767108 2026-05-29T09:22:46Z Mewtow 31375 /* L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique */ 767109 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Vous vous attendez à ce que ce cours aborde séparément les systèmes moteur et sensoriel, mais ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, qui mélangent axones moteurs et sensoriels. Et pour comprendre pourquoi, nous allons devoir voir une seconde subdivision : celle entre système nerveux somatique et autonome. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ===Le système sensoriel spécial et général=== Dernière subdivision que nous allons voir : la séparation entre système nerveux général et spécial. La distinction est assez difficile à expliquer clairement, mais elle devient nettement plus simple si on se focalise sur le système sensoriel. La distinction sépare les sens spéciaux des sens généraux. Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Ils sont opposés aux sens généraux qui sont le fait de récepteurs sensoriels dispersés dans tous le corps. Et les sens spéciaux ont des axones séparées de celles pour les sens généraux. Le système sensoriel est donc subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le '''système sensoriel général'''. Le système sensoriel général regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Le système sensoriel spécial utilise des nerfs crâniens spécialisés, comme le nerf optique, le nerf auditif, et quelques autres. Les sensations générales sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. À l'opposé, les sensations spéciales sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens et ne passent pas par la moelle épinière. Mais la subdivision spécial/général marche aussi pour le système moteur. Et c'est là que les subtilités commencent. Il existe un système moteur spécial, qui commande les muscles du visage, de la mâchoire et de la gorge (pharynx et larynx). Pour être plus précis, il s'agit des muscles dérivés des arcs pharyngés/branchiaux, ces arcs étant des zones présentes lors du développement de l'embryon. Les muscles pharyngés/branchiaux sont commandés par des nerfs crâniens, il n'y a aucun passage par la moelle épinière. Précisons cependant que de nombreux nerfs crâniens appartiennent au système général, pas au système spécial. Et anatomiquement, les deux sont séparés, comme on le verra dans le prochain chapitre. Pour résumer, les trois subdivisions donnent naissance à une classification des axones, basée sur trois distinctions : général/spécial, afférent/efférent, somatique/viscéral. Par contre, un point de détail important : le terme viscéral n'a pas la même signification quand on parle du système spécial et du système général. Il s'agit là d'une sorte d'héritage historique à une époque pour la distinction viscérale/somatique voulait dire : lié au tube digestif. Par exemple, la commande des muscles de la face et de la gorge est volontaire, ce qui fait que les axones efférents associés devraient être classées comme somatiques. Mais vu que ces muscles sont embryologiquement liés au tube digestif, ils sont classés comme viscéraux. {|class="wikitable" |- ! colspan="3" | Système Général |- ! Somatique | ''General somatic afferent fiber'' || ''General somatic efferent fiber'' |- ! Autonomes | ''General visceral eral afferent fiber'' || ''General visceral efferent fiber'' |- ! colspan="3" | Système Spécial |- ! Sans lien avec le tube digestif | ''Special somatic afferent fiber'' : * nerf optique (vision) ; * nerf vestibulo chochelaire (audition et équilibre). | |- ! Lié au tube digestif, directement ou indirectement | ''Special visceral afferent fiber'' : * gout, odorat ; * système digestif. | ''Special visceral efferent fiber'' : * muscles du visage, de la gorge, de la mâchoire et de la langue. |- ! !! Système sensoriel !! Système moteur |} ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les axones sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. Il y a une différence de récepteurs entre les jonctions neuromusculaires et les synapses parasympathiques. Les jonctions neuromusculaires utilisent des récepteurs nicotiniques, au niveau du muscle. Mais pour les synapses parasympathiques, les récepteurs sont muscariniques ! [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Pour être précis, les deux utilisent l'acétylcholine, avec cependant un détail : les synapses sont nicotiniques pour les neurones pré-ganglionnaires, mais muscariniques pour les ganglions sympathiques. Les médicaments nicotiniques ont donc un effet ambigu sur le système autonome, vu qu'ils stimulent à la fois le système sympathique et parasympathique. Les deux actions tendent à s'annuler. Par contre, les muscariniques ont un effet ciblé sur le système parasympathique. Les médicaments muscariniques et adrénergiques ont des effets opposés. Un effet muscarinique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-muscarinique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les muscariniques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-muscariniques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail, notamment au niveau de l’accommodation oculaire. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux ''antagonistes muscariniques''. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les axones périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Ces symptômes ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques, des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents, car ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière, de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue les neuropathies selon leurs causes : celles liées à une inflammation, celles d'origine génétique, et celles d'origine métabolique/toxique. * Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. * Les maladies génétique touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. * Les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique, causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> mjxyod9eu9ojtpkw3gxr56i6g2fylb1 767110 767109 2026-05-29T09:23:55Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux autonome */ 767110 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Vous vous attendez à ce que ce cours aborde séparément les systèmes moteur et sensoriel, mais ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, qui mélangent axones moteurs et sensoriels. Et pour comprendre pourquoi, nous allons devoir voir une seconde subdivision : celle entre système nerveux somatique et autonome. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ===Le système sensoriel spécial et général=== Dernière subdivision que nous allons voir : la séparation entre système nerveux général et spécial. La distinction est assez difficile à expliquer clairement, mais elle devient nettement plus simple si on se focalise sur le système sensoriel. La distinction sépare les sens spéciaux des sens généraux. Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Ils sont opposés aux sens généraux qui sont le fait de récepteurs sensoriels dispersés dans tous le corps. Et les sens spéciaux ont des axones séparées de celles pour les sens généraux. Le système sensoriel est donc subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le '''système sensoriel général'''. Le système sensoriel général regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Le système sensoriel spécial utilise des nerfs crâniens spécialisés, comme le nerf optique, le nerf auditif, et quelques autres. Les sensations générales sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. À l'opposé, les sensations spéciales sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens et ne passent pas par la moelle épinière. Mais la subdivision spécial/général marche aussi pour le système moteur. Et c'est là que les subtilités commencent. Il existe un système moteur spécial, qui commande les muscles du visage, de la mâchoire et de la gorge (pharynx et larynx). Pour être plus précis, il s'agit des muscles dérivés des arcs pharyngés/branchiaux, ces arcs étant des zones présentes lors du développement de l'embryon. Les muscles pharyngés/branchiaux sont commandés par des nerfs crâniens, il n'y a aucun passage par la moelle épinière. Précisons cependant que de nombreux nerfs crâniens appartiennent au système général, pas au système spécial. Et anatomiquement, les deux sont séparés, comme on le verra dans le prochain chapitre. Pour résumer, les trois subdivisions donnent naissance à une classification des axones, basée sur trois distinctions : général/spécial, afférent/efférent, somatique/viscéral. Par contre, un point de détail important : le terme viscéral n'a pas la même signification quand on parle du système spécial et du système général. Il s'agit là d'une sorte d'héritage historique à une époque pour la distinction viscérale/somatique voulait dire : lié au tube digestif. Par exemple, la commande des muscles de la face et de la gorge est volontaire, ce qui fait que les axones efférents associés devraient être classées comme somatiques. Mais vu que ces muscles sont embryologiquement liés au tube digestif, ils sont classés comme viscéraux. {|class="wikitable" |- ! colspan="3" | Système Général |- ! Somatique | ''General somatic afferent fiber'' || ''General somatic efferent fiber'' |- ! Autonomes | ''General visceral eral afferent fiber'' || ''General visceral efferent fiber'' |- ! colspan="3" | Système Spécial |- ! Sans lien avec le tube digestif | ''Special somatic afferent fiber'' : * nerf optique (vision) ; * nerf vestibulo chochelaire (audition et équilibre). | |- ! Lié au tube digestif, directement ou indirectement | ''Special visceral afferent fiber'' : * gout, odorat ; * système digestif. | ''Special visceral efferent fiber'' : * muscles du visage, de la gorge, de la mâchoire et de la langue. |- ! !! Système sensoriel !! Système moteur |} ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les axones sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment un '''axone pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet un '''axone post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les axones post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les axones pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux axones pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des axones post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les axones sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les axones parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. Il y a une différence de récepteurs entre les jonctions neuromusculaires et les synapses parasympathiques. Les jonctions neuromusculaires utilisent des récepteurs nicotiniques, au niveau du muscle. Mais pour les synapses parasympathiques, les récepteurs sont muscariniques ! [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des axones sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des axones sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Pour être précis, les deux utilisent l'acétylcholine, avec cependant un détail : les synapses sont nicotiniques pour les neurones pré-ganglionnaires, mais muscariniques pour les ganglions sympathiques. Les médicaments nicotiniques ont donc un effet ambigu sur le système autonome, vu qu'ils stimulent à la fois le système sympathique et parasympathique. Les deux actions tendent à s'annuler. Par contre, les muscariniques ont un effet ciblé sur le système parasympathique. Les médicaments muscariniques et adrénergiques ont des effets opposés. Un effet muscarinique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-muscarinique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les muscariniques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-muscariniques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail, notamment au niveau de l’accommodation oculaire. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux ''antagonistes muscariniques''. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les axones périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Ces symptômes ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques, des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents, car ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière, de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue les neuropathies selon leurs causes : celles liées à une inflammation, celles d'origine génétique, et celles d'origine métabolique/toxique. * Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. * Les maladies génétique touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. * Les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique, causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 9gh0wfvi1twasimvx97d5y2v5ekbjt1 767111 767110 2026-05-29T09:32:29Z Mewtow 31375 /* L'anatomie d'un nerf */ 767111 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Vous vous attendez à ce que ce cours aborde séparément les systèmes moteur et sensoriel, mais ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, qui mélangent axones moteurs et sensoriels. Et pour comprendre pourquoi, nous allons devoir voir une seconde subdivision : celle entre système nerveux somatique et autonome. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ===Le système sensoriel spécial et général=== Dernière subdivision que nous allons voir : la séparation entre système nerveux général et spécial. La distinction est assez difficile à expliquer clairement, mais elle devient nettement plus simple si on se focalise sur le système sensoriel. La distinction sépare les sens spéciaux des sens généraux. Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Ils sont opposés aux sens généraux qui sont le fait de récepteurs sensoriels dispersés dans tous le corps. Et les sens spéciaux ont des axones séparées de celles pour les sens généraux. Le système sensoriel est donc subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le '''système sensoriel général'''. Le système sensoriel général regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Le système sensoriel spécial utilise des nerfs crâniens spécialisés, comme le nerf optique, le nerf auditif, et quelques autres. Les sensations générales sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. À l'opposé, les sensations spéciales sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens et ne passent pas par la moelle épinière. Mais la subdivision spécial/général marche aussi pour le système moteur. Et c'est là que les subtilités commencent. Il existe un système moteur spécial, qui commande les muscles du visage, de la mâchoire et de la gorge (pharynx et larynx). Pour être plus précis, il s'agit des muscles dérivés des arcs pharyngés/branchiaux, ces arcs étant des zones présentes lors du développement de l'embryon. Les muscles pharyngés/branchiaux sont commandés par des nerfs crâniens, il n'y a aucun passage par la moelle épinière. Précisons cependant que de nombreux nerfs crâniens appartiennent au système général, pas au système spécial. Et anatomiquement, les deux sont séparés, comme on le verra dans le prochain chapitre. Pour résumer, les trois subdivisions donnent naissance à une classification des axones, basée sur trois distinctions : général/spécial, afférent/efférent, somatique/viscéral. Par contre, un point de détail important : le terme viscéral n'a pas la même signification quand on parle du système spécial et du système général. Il s'agit là d'une sorte d'héritage historique à une époque pour la distinction viscérale/somatique voulait dire : lié au tube digestif. Par exemple, la commande des muscles de la face et de la gorge est volontaire, ce qui fait que les axones efférents associés devraient être classées comme somatiques. Mais vu que ces muscles sont embryologiquement liés au tube digestif, ils sont classés comme viscéraux. {|class="wikitable" |- ! colspan="3" | Système Général |- ! Somatique | ''General somatic afferent fiber'' || ''General somatic efferent fiber'' |- ! Autonomes | ''General visceral eral afferent fiber'' || ''General visceral efferent fiber'' |- ! colspan="3" | Système Spécial |- ! Sans lien avec le tube digestif | ''Special somatic afferent fiber'' : * nerf optique (vision) ; * nerf vestibulo chochelaire (audition et équilibre). | |- ! Lié au tube digestif, directement ou indirectement | ''Special visceral afferent fiber'' : * gout, odorat ; * système digestif. | ''Special visceral efferent fiber'' : * muscles du visage, de la gorge, de la mâchoire et de la langue. |- ! !! Système sensoriel !! Système moteur |} ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les axones sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment un '''axone pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet un '''axone post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les axones post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les axones pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux axones pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des axones post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les axones sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les axones parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. Il y a une différence de récepteurs entre les jonctions neuromusculaires et les synapses parasympathiques. Les jonctions neuromusculaires utilisent des récepteurs nicotiniques, au niveau du muscle. Mais pour les synapses parasympathiques, les récepteurs sont muscariniques ! [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des axones sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des axones sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Pour être précis, les deux utilisent l'acétylcholine, avec cependant un détail : les synapses sont nicotiniques pour les neurones pré-ganglionnaires, mais muscariniques pour les ganglions sympathiques. Les médicaments nicotiniques ont donc un effet ambigu sur le système autonome, vu qu'ils stimulent à la fois le système sympathique et parasympathique. Les deux actions tendent à s'annuler. Par contre, les muscariniques ont un effet ciblé sur le système parasympathique. Les médicaments muscariniques et adrénergiques ont des effets opposés. Un effet muscarinique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-muscarinique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les muscariniques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-muscariniques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail, notamment au niveau de l’accommodation oculaire. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux ''antagonistes muscariniques''. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Et ces vaisseaux sanguins ne laissent pas passer grand chose. Ils agissent comme une barrière physique et chimique entre le sang et l'axone, qui protége l'axone contre les infections, les variations de chimie du sang, etc. Concrètement, l'endonèvre et ses vaisseaux forment une '''barrière sang-nerf''', sur le même modèle que la barrière hémato-encéphalique qui protége le cerveau. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les axones périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Ces symptômes ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques, des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents, car ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière, de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue les neuropathies selon leurs causes : celles liées à une inflammation, celles d'origine génétique, et celles d'origine métabolique/toxique. * Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. * Les maladies génétique touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. * Les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique, causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 7t6h5bybmh6dyidwxb6pex5ra9fy9lr Mathc matrices/Fichiers c : test01a 0 69152 767077 751842 2026-05-28T18:54:26Z Xhungab 23827 767077 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "v_a.h" /* ------------------------------------ */ int main(void) { clrscrn(); printf(" Hello word !\n\n"); stop(); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> Hello word ! Press return to continue. </syntaxhighlight> [[Mathc matrices/c21r|.]] {{AutoCat}} ibo2l4w9y69wx0zu83nbwhiagxku5e1 Mathc complexes/Fichiers c : test01a 0 69377 767078 751814 2026-05-28T18:57:20Z Xhungab 23827 767078 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ void X_clrscrn(void) { printf("\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n" "\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n" "\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n"); } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ void X_stop(void) { printf(" Press return to continue. "); getchar(); } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ int main(void) { clrscrn(); printf(" Hello word !\n\n"); stop(); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> Hello word ! Press return to continue. </syntaxhighlight> [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} en9vbc5dw4exrlm8hmarmei4nbxyg8x Mathc complexes/Fichiers c : do2a 0 69408 767079 757584 2026-05-28T18:59:26Z Xhungab 23827 767079 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] : : Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ int main(void) { nb_Z a = {+1.,+0.}; nb_Z b = i_Z(-9.,+7.); nb_Z c; double cr = r_I(9); double ci = r_I(9); c = i_Z( cr,ci); clrscrn(); printf(" a = "); p_Z(a,S3,P0,S3,P0); printf("\n"); printf(" b = "); p_Z(b,S3,P0,S3,P0); printf("\n"); printf(" c = "); p_Z(c,S3,P0,S3,P0); printf("\n\n"); stop(); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> Le nombre a est créé et initialisé à partir de la structure. Cette méthode ne peut être utilisé que l'or de la création du nombre. Le nombres b est créé et initialisé par la fonction i_Z(); Le nombre c est initialisé par la fonction i_Z(); La fonction p_Z(); permet d'afficher les complexes. Le contrôle de l'affichage est identique à l'affichage des matrices. '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> a = +1 +0i b = -9 +7i c = +1 +3i Press return to continue. </syntaxhighlight> [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} 75sq1lqehbip2nw5vf3dd0h0wxjyq1w Mathc complexes/Fichiers c : test02a 0 69422 767080 735810 2026-05-28T19:00:16Z Xhungab 23827 767080 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] : : Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|test02a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : test02a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ int main(void) { double **A = i_mZ(R3,C5); double **B = i_mZ(R3,C5); double **AplsB = i_mZ(R3,C5); clrscrn(); printf(" Initialize three matrices \n" " Free three matrices\n\n"); stop(); f_mZ(A); f_mZ(B); f_mZ(AplsB); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> Dans ce fichier on crée trois matrices de trois lignes et cinq colonnes et on libère l'espace. Il n'y a pas de sortie écran. [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} mqujxas20u4q7bqhooewzaqo3r0vcni Mathc complexes/Fichiers c : p m 0 69440 767081 735813 2026-05-28T19:00:58Z Xhungab 23827 767081 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] : Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ int main(void) { double **A = i_mZ(R5,C5); printf("A :"); p_mZ(A, S5,P0, S4,P0,C6); stop(); f_mZ(A); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> A : +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i +0 +0i Press return to continue. </syntaxhighlight> [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} p074cq2236ccgpb10mn2wbo4bqgdqvv Mathc complexes/Fichiers c : swap r 0 69508 767083 735849 2026-05-28T19:03:45Z Xhungab 23827 767083 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|swap_r.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : swapr.c */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ int main(void) { double a[R3*(C3*C2)] ={ 1,1, 1,1, 1,1, 2,2, 2,2, 2,2, 3,3, 3,3, 3,3}; double **A = ca_A_mZ(a,i_mZ(R3,C3)); int r1 = R1; int r2 = R3; clrscrn(); printf(" A :"); p_mZ(A, S5,P0, S4,P0, C6); printf(" swapR_mZ(A,R%d,R%d)\n\n",r1,r2); printf(" A :"); p_mZ(swapR_mZ(A,r1,r2), S5,P0, S4,P0, C6); f_mZ(A); stop(); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> La fonction swapR_mZ(); échange deux lignes. '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> A : +1 +1i +1 +1i +1 +1i +2 +2i +2 +2i +2 +2i +3 +3i +3 +3i +3 +3i swap_r_Z(A,R1,R3) A : +3 +3i +3 +3i +3 +3i +2 +2i +2 +2i +2 +2i +1 +1i +1 +1i +1 +1i Press return to continue. </syntaxhighlight> [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} bwvhawkk54w2djmbyxh6m5uwtwl44bb Mathc initiation/Fichiers h : c27bc 0 76246 767159 709745 2026-05-29T11:41:25Z Xhungab 23827 767159 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {| class="wikitable" |+ Texte de la légende |- | {{Fichier|fa.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fa.h */ /* --------------------------------- */ double f( double t) { return(cos(t)); } char feq[] = "cos(t)"; /* --------------------------------- */ double Df( double t) { return(-sin(t)); } char Dfeq[] = "-sin(t)"; /* --------------------------------- */ double g( double t) { return(sin(t)); } char geq[] = "sin(t)"; /* --------------------------------- */ double Dg( double t) { return(cos(t)); } char Dgeq[] ="cos(t)"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double DgDf( double t) { return(Dg(t)/Df(t)); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> || {{Fichier|fb.h |largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fb.h */ /* --------------------------------- */ double f( double t) { return( 3*pow(sin(t),5) ); } char feq[] = "3*pow(sin(t),5)"; /* --------------------------------- */ double Df( double t) { return( 15*cos(t)*pow(sin(t),4) ); } char Dfeq[] = "15*cos(t)*pow(sin(t),4)"; /* --------------------------------- */ double g( double t) { return( 3*pow(cos(t),5) ); } char geq[] = "3*pow(cos(t),5)"; /* --------------------------------- */ double Dg( double t) { return( -15*sin(t)*pow(cos(t),4) ); } char Dgeq[] = "-15*sin(t)*pow(cos(t),4)"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double DgDf( double t) { return(Dg(t)/Df(t)); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> |- | {{Fichier|fc.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fc.h */ /* --------------------------------- */ double f( double t) { double a=3; double b=1; return( (a+b)*cos(t)-b*cos((a+b/b)*t) ); } char feq[] = "(a+b)*cos(t)-b*cos((a+b/b)*t)"; /* --------------------------------- */ double Df( double t) { double a=3; double b=1; return( -(a+b)*sin(t)+b*sin((a+b/b)*t)*(a+b/b) ); } char Dfeq[] = "-(a+b)*sin(t)+b*sin((a+b/b)*t)*(a+b/b)"; /* --------------------------------- */ double g( double t) { double a=3; double b=1; return( (a+b)*sin(t)-b*sin((a+b/b)*t) ); } char geq[] = "(a+b)*sin(t)-b*sin((a+b/b)*t)"; /* --------------------------------- */ double Dg( double t) { double a=3; 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} char geq[] = "(a-b)*sin(t)-b*sin((a-b/b)*t)"; /* --------------------------------- */ double Dg( double t) { double a=3; double b=1; return( (a-b)*cos(t)-b*cos((a-b/b)*t)*(a-b/b) ); } char Dgeq[] = "(a-b)*cos(t)-b*cos((a-b/b)*t)*(a-b/b)"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double DgDf( double t) { return(Dg(t)/Df(t)); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> |- | {{Fichier|fe.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fe.h */ /* --------------------------------- */ double f( double t) { double a=2; double k1=3; return( a*sin(k1*t) ); } char feq[] = "a*sin(k1*t)"; /* --------------------------------- */ double Df( double t) { double a=2; double k1=3; return( a*cos(k1*t)*k1); } char Dfeq[] = "a*cos(k1*t)*k1"; /* --------------------------------- */ double g( double t) { double b =3; double k2=1; return( b*cos(k2*t) ); } char geq[] = "b*cos(k2*t)"; /* --------------------------------- */ double Dg( double t) { double b =3; double k2=1; return( -b*sin(k2*t)*k2 ); } char Dgeq[] = "-b*sin(k2*t)*k2"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double DgDf( double t) { return(Dg(t)/Df(t)); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> || |} {{AutoCat}} 4kj72gkll941awapbswf4tfbhrhg2sy Mathc initiation/Fichiers h : c28a6 0 76256 767134 709316 2026-05-29T11:26:21Z Xhungab 23827 767134 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_v2d.h|largeur=70%|info=utilitaire|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_v2d.h */ /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double norm2d( v2d u ) { u.i *= u.i; u.j *= u.j; return(sqrt(u.i+u.j)); } /* --------------------------------- */ v2d normalize2d( v2d u ) { v2d v; double d; d = norm2d(u); v.i = u.i/d; v.j = u.j/d; return(v); } /* --------------------------------- */ double dotproduct2d( v2d u, v2d v ) { return( (u.i*v.i + u.j*v.j) ); } /* --------------------------------- */ v2d mns_u2d( v2d u ) { v2d v; v.i = -u.i; v.j = -u.j; return(v); } /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} dvt3t44y2xubqa8h2ymebaqek49jpi3 767135 767134 2026-05-29T11:27:03Z Xhungab 23827 767135 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_v2d.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_v2d.h */ /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double norm2d( v2d u ) { u.i *= u.i; u.j *= u.j; return(sqrt(u.i+u.j)); } /* --------------------------------- */ v2d normalize2d( v2d u ) { v2d v; double d; d = norm2d(u); v.i = u.i/d; v.j = u.j/d; return(v); } /* --------------------------------- */ double dotproduct2d( v2d u, v2d v ) { return( (u.i*v.i + u.j*v.j) ); } /* --------------------------------- */ v2d mns_u2d( v2d u ) { v2d v; v.i = -u.i; v.j = -u.j; return(v); } /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} naqo696wwnfkin8n60p7523v8s7l3rl Mathc initiation/Fichiers h : c28a7 0 76257 767146 709317 2026-05-29T11:33:15Z Xhungab 23827 767146 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_v3d.h|largeur=70%|info=utilitaire|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_v3d.h */ /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double norm3d( v3d u ) { u.i *= u.i; u.j *= u.j; u.k *= u.k; return(sqrt(u.i+u.j+u.k)); } /* --------------------------------- */ v3d normalize3d( v3d u ) { v3d v; double d; d = norm3d(u); v.i = u.i/d; v.j = u.j/d; v.k = u.k/d; return(v); } /* --------------------------------- */ double dotproduct3d( v3d u, v3d v ) { return( (u.i*v.i + u.j*v.j + u.k*v.k) ); } /* --------------------------------- */ v3d mns_u3d( v3d u ) { v3d v; v.i = -u.i; v.j = -u.j; v.k = -u.k; return(v); } /* --------------------------------- */ v3d vectorproduct3d( v3d u, v3d v ) { v3d w; w.i = u.j*v.k-u.k*v.j; w.j = u.k*v.i-v.k*u.i; w.k = u.i*v.j-v.i*u.j; return(w); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} 77d02dsbvymh6kn3yemvzurhyrur3o7 Mathc initiation/Fichiers h : c30a1 0 76297 767130 748503 2026-05-29T11:24:27Z Xhungab 23827 767130 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_hfile.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_hfile.h */ /* --------------------------------- */ #include <stdio.h> #include <stdlib.h> #include <ctype.h> #include <time.h> #include <math.h> #include <string.h> /* --------------------------------- */ #include "x_def.h" /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} dasu8nnfn2csv5kfghlgl5tuivk75nc Mathc initiation/Fichiers h : c17ba 0 76312 767158 711641 2026-05-29T11:40:35Z Xhungab 23827 767158 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {| class="wikitable" |+ Texte de la légende |- | {{Fichier|fa.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as fa.h */ /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( ( 1./5. * sqrt(225-25*x*x-9*y*y) ) ); } /* ---------------------------------- */ char feq[] = "1./5. * sqrt(225-25*x**2-9*y**2)"; /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> || {{Fichier|fb.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as fb.h */ /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( ( exp(-x*x*x-y*y) ) ); } /* ---------------------------------- */ char feq[] = "exp(-x**3-y**2)"; /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> |- | {{Fichier|fc.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as fc.h */ /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( sin(cos(x*y)) ); } /* ---------------------------------- */ char feq[] = "sin(cos(x*y))"; /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> || {{Fichier|fd.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as fd.h */ /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( (2*x+6*x*x*y) ); } /* ---------------------------------- */ char feq[] = "2*x+6*x**2*y"; /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> |} {{AutoCat}} e5lkgfxa86xa6bvo7e0uby13vhd5wje Mathc initiation/c33ba 0 76344 767150 715311 2026-05-29T11:36:02Z Xhungab 23827 767150 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {| class="wikitable" |+ Texte de la légende |- | {{Fichier|fa.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fa.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( (x*x+y*y+1) ); } char feq[] = "x**2+y**2+1"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double by( double x) { return( (2-2*x) ); } char byeq[] = "2-2*x"; /* ---------------------------------- */ double ay( double x) { return( ( 0) ); } char ayeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double bx = 1.; char bxeq[] = "1"; double ax = 0.; char axeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> || {{Fichier|fb.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fb.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( 1 ); } char feq[] = "1"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double by( double x) { return( ( 8.-(x*x/2.) ) ); } char byeq[] = "8-(x**2/2)"; /* ---------------------------------- */ double ay( double x) { return( ( 2.-(x/2.) ) ); } char ayeq[] = "2-(x/2)"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double bx = +4.; char bxeq[] = "+4"; double ax = -3.; char axeq[] = "-3"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> |- | {{Fichier|fc.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fc.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( (x*x*x+4*y) ); } char feq[] = "x**3+4*y"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double bx( double y) { return( sqrt(y) ); } char bxeq[] = "sqrt(y)"; /* ---------------------------------- */ double ax( double y) { return( (y/2.) ); } char axeq[] = "y/2."; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double by = 4.; char byeq[] = "4"; double ay = 0.; char ayeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> || {{Fichier|fd.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fd.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( sqrt(9-y*y) ); } char feq[] = "sqrt(9-y**2)"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double bx( double y) { return( (sqrt(9-y*y)) ); } char bxeq[] = "sqrt(9-y**2)"; /* ---------------------------------- */ double ax( double y) { return( (0) ); } char axeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double by = 3.; char byeq[] = "3"; double ay = 0.; char ayeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> |- | {{Fichier|fe.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fe.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( (sin(cos(x*y))) ); } char feq[] = "sin(cos(x*y))"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double bx( double y) { return( (.5) ); } char bxeq[] = ".5"; /* ---------------------------------- */ double ax( double y) { return( (0) ); } char axeq[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double by = 1.; char byeq[] = "1"; double ay = 0.; char ayeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> || |} ---- {{AutoCat}} 0nak4jf8zq7payl0tlnumm9yy25itfw Mathc initiation/c35ba 0 76374 767153 755611 2026-05-29T11:37:28Z Xhungab 23827 767153 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {| class="wikitable" |+ Texte de la légende |- | {{Fichier|fa.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as fa.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y, double z) { return( (y*z) ); } char feq[] = "y*z"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double vx( double y, double z) { return( (1-y-z)); } char veq[] = "1-y-z"; /* --------------------------------- */ double ux( double y, double z) { return( 0); } char ueq[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double ty( double z) { return( (1-z)); } char teq[] = "1-z"; /* ---------------------------------- */ double sy( double z) { return( (0)); } char seq[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double bz = 1.; char bzeq[] = "1"; double az = 0.; char azeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> || {{Fichier|fb.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as fb.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*100 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y, double z) { return( (1) ); } char feq[] = "1"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double vx( double y, double z) { return((2-y-z)); } char veq[] = "2-y-z"; /* --------------------------------- */ double ux( double y, double z) { return(0); } char ueq[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double tz( double y) { return((sqrt(1-y*y))); } char teq[] = "+sqrt(1-y**2)"; /* --------------------------------- */ double sz( double y) { return((-sqrt(1-y*y))); } char seq[] = "-sqrt(1-y**2)"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double by = +1.; char byeq[] = "+1"; double ay = -1.; char ayeq[] = "-1"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> |- | {{Fichier|fc.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as fc.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y, double z) { return( (1) ); } char feq[] = "1"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double vy( double x, double z) { return( (z*z+x*x+1) ); } char veq[] = "z**2+x**2+1"; /* --------------------------------- */ double uy( double x, double z) { return(0); } char ueq[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double tx( double z) { return( (2-2*z) ); } char teq[] = "2-2*z"; /* --------------------------------- */ double sx( double z) { return((0)); } char seq[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double bz = 1.; char bzeq[] = "1"; double az = 0.; char azeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> || {{Fichier|fd.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as fd.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y, double z) { return( (1) ); } char feq[] = "1"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double vy( double x, double z) { return((6-z)); } char veq[] = "6-z"; /* --------------------------------- */ double uy( double x, double z) { return(0); } char ueq[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double tz( double x) { return((4-x*x)); } char teq[] = "4-x**2"; /* --------------------------------- */ double sz( double x) { return((3*x*x)); } char seq[] = "3*x**2"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double bx = +1.; char bxeq[] = "+1"; double ax = -1.; char axeq[] = "-1"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> |- | {{Fichier|fe.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as fe.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y, double z) { return( (1) ); } char feq[] = "1"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double vz( double x, double y) { return( (4-y)); } char veq[] = "4-y"; /* --------------------------------- */ double uz( double x, double y) { return( 0); } char ueq[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double tx( double y) { return( (+sqrt(y))); } char teq[] = "+sqrt(y)"; /* --------------------------------- */ double sx( double y) { return( (-sqrt(y))); } char seq[] = "-sqrt(y)"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double by = 4.; char byeq[] = "4"; double ay = 0.; char ayeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> || {{Fichier|ff.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as ff.h */ /* --------------------------------- */ #define LOOP 2*50 /* ---------------------------------- */ double f( double x, double y, double z) { return(x*y); } char feq[] = "x*y"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double vz( double x, double y) { return((x*x*y*y*y)); } char veq[] = "x**2*y**3"; /* --------------------------------- */ double uz( double x, double y) { return(x*y); } char ueq[] = "x*y"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double ty( double x) { return((x*x)); } char teq[] = "x**2"; /* --------------------------------- */ double sy( double x) { return((x)); } char seq[] = "x"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ double bx = 1.; char bxeq[] = "1"; double ax = 0.; char axeq[] = "0"; /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> |} {{AutoCat}} 7bazqvbv8tghxbzuvz5wce6fme65kdf Mathc initiation/Fichiers h : c39a3 0 76455 767133 716963 2026-05-29T11:25:47Z Xhungab 23827 767133 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_Hess.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_Hess.h */ /* --------------------------------- */ double Hessian( double (*P_f) (double x,double y), double (*P_f_xy)(double x,double y), pt2d p ) { return( fxy_xx((*P_f),H,p) * fxy_yy((*P_f),H,p) - ((*P_f_xy)(p.x,p.y)) * ((*P_f_xy)(p.x,p.y)) ); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} nm60nlg83wm34opz9rc1bg09axet9oh Mathc initiation/Fichiers h : c41a3 0 76483 767160 716958 2026-05-29T11:42:38Z Xhungab 23827 767160 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {| class="wikitable" |+ Texte de la légende |- | {{Fichier|fa.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fa.h */ /* --------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( (-x*x - 4*x - y*y + 2*y - 1) ); } /* --------------------------------- */ char feq[] = "-x**2 - 4*x - y**2 + 2*y - 1"; /* --------------------------------- */ double f_xy( double x, double y) { return( ( 0 ) ); } /* --------------------------------- */ char feq_xy[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> || {{Fichier|fb.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fb.h */ /* --------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( (x*x + 4*y*y - x + 2*y) ); } /* --------------------------------- */ char feq[] = "x**2 + 4*y**2 - x + 2*y"; /* --------------------------------- */ double f_xy( double x, double y) { return( ( 0 ) ); } /* --------------------------------- */ char feq_xy[] = "0"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> |- | {{Fichier|fc.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as fc.h */ /* --------------------------------- */ double f( double x, double y) { return( (x*x*x + 3*x*y - y*y*y) ); } /* --------------------------------- */ char feq[] = "x**3 + 3*x*y - y**3"; /* --------------------------------- */ double f_xy( double x, double y) { return( ( 3 ) ); } /* --------------------------------- */ char feq_xy[] = "3"; /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> || |} {{AutoCat}} 07a95tfbk6mnla1sn9zzqak40a1pj2c Mathc initiation/Fichiers h : c45a4 0 76538 767062 759131 2026-05-28T18:36:20Z Xhungab 23827 767062 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_l2d_ds.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as x_l2d_ds.h */ /* ---------------------------------- */ double lint2d_ds( double (*P_f)(double x, double y), double (*P_g)(double t), double (*P_h)(double t), double a, double b, int n ) { double t; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= n; i++) { if(i ==0 || i== n){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (a + i*(b-a)/n); /* f(g(t),h(t)) * sqrt([g(t)'**2 + h(t)'**2]) */ M += m * (P_f)((*P_g)(t),(*P_h)(t)) * sqrt( pow( fx_x((*P_g),t,H) ,2) + pow( fx_x((*P_h),t,H) ,2) ); } return( ((b -a)*M) / (3*n) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} 6teanabg4cywzsif27eqi21l5wsi3qh Mathc initiation/Fichiers h : c45a5 0 76539 767063 759251 2026-05-28T18:36:41Z Xhungab 23827 767063 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_l2d_dx.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as x_l2d_dx.h */ /* ---------------------------------- */ double lint2d_dx( double (*P_f)(double x, double y), double (*P_g)(double t), double (*P_h)(double t), double x0, double x1, int nx ) { double t; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nx; i++) { if(i ==0 || i== nx){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (x0 + i*(x1-x0)/nx); /* f (g(t),h(t)) * g(t)' */ M += m * (*P_f)((*P_g)(t),(*P_h)(t)) * fx_x((*P_g),t,H) ; } return( ((x1 -x0)*M) / (3*nx) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} 04n1fosznlkvj3q5b37yjno6j42c1vg Mathc initiation/Fichiers h : c45a6 0 76540 767064 759252 2026-05-28T18:37:20Z Xhungab 23827 767064 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_l2d_dy.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as x_l2d_dy.h */ /* ---------------------------------- */ double lint2d_dy( double (*P_f)(double x, double y), double (*P_g)(double t), double (*P_h)(double t), double y0, double y1, int ny ) { double t; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= ny; i++) { if(i ==0 || i== ny){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (y0 + i*(y1-y0)/ny); /* f(g(t),h(t)) * h(t)' */ M += m * (*P_f)((*P_g)(t),(*P_h)(t)) * fx_x((*P_h),t,H) ; } return( ((y1 -y0)*M) / (3*ny) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} ihh0mdnalbmni51366xg2ich9zfbrq9 Mathc initiation/Fichiers h : c46a4 0 76558 767065 759139 2026-05-28T18:37:46Z Xhungab 23827 767065 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_l3d_ds.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as x_l3d_ds.h */ /* ---------------------------------- */ double lint3d_ds( double (*P_f)(double x, double y, double z), double (*P_g)(double t), double (*P_h)(double t), double (*P_k)(double t), double a, double b, int n ) { double t; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= n; i++) { if(i ==0 || i== n){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (a + i*(b-a)/n); /* f(g(t),h(t),k(t)) * sqrt([g(t)'**2 + h(t)'**2 + k(t)'**2]) */ M += m * (*P_f)((*P_g)(t),(*P_h)(t),(*P_k)(t)) * sqrt( pow( fx_x((*P_g),t,H) ,2) + pow( fx_x((*P_h),t,H) ,2) + pow( fx_x((*P_k),t,H) ,2) ); } return( ((b -a)*M) / (3*n) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} 8kngw40kj2ikrl7mwx87bd1l9fznwfu Mathc initiation/Fichiers h : c50 0 76610 767049 759040 2026-05-28T18:27:03Z Xhungab 23827 767049 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_cylzkr.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_cylzkr.h */ /* --------------------------------- */ double cylindrical_z_dzdkdr( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pz0)(double r, double k), double (*Pz1)(double r, double k), int nz, double k, double r ) { double z = 0; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nz; i++) { if(i ==0 || i== nz){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} z = ((*Pz0)(r,k)) + i*(((*Pz1)(r,k))-((*Pz0)(r,k)))/nz; M += m * (*P_f)( r, k, z) * r; } return( ((((*Pz1)(r,k)) -((*Pz0)(r,k)))*M) / (3*nz) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_k_dzdkdr( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pz0)(double r, double k), double (*Pz1)(double r, double k), int nz, double (*Pk0)(double r), double (*Pk1)(double r), int nk, double r ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nk; i++) { if(i ==0 || i== nk){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_z_dzdkdr( (*P_f), (*Pz0),(*Pz1),nz, (((*Pk0)(r))+i*(((*Pk1)(r))-((*Pk0)(r)))/nk), r); } return( ((((*Pk1)(r)) -((*Pk0)(r)))*M) / (3*nk) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_dzdkdr( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pz0)(double r, double k), double (*Pz1)(double r, double k), int nz, double (*Pk0)(double r), double (*Pk1)(double r), int nk, double r0, double r1, int nr ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nr; i++) { if(i ==0 || i== nr){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_k_dzdkdr( (*P_f), (*Pz0),(*Pz1),nz, (*Pk0),(*Pk1),nk, (r0+i*(r1-r0)/nr)); } return( ((r1 -r0)*M) / (3*nr) ); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} 8n07v8p0934z5dk8afgb8ty7rmfwnzf Mathc initiation/Fichiers h : c50fa 0 76617 767045 759036 2026-05-28T18:24:03Z Xhungab 23827 767045 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_cylkrz.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_cylkrz.h */ /* --------------------------------- */ double cylindrical_k_dkdrdz( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pk0)(double r, double z), double (*Pk1)(double r, double z), int nk, double r, double z ) { double k = 0; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nk; i++) { if(i ==0 || i== nk){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0 ){m = 2.;} else {m = 4.;} k = ((*Pk0)(r,z)) + i*(((*Pk1)(r,z))-((*Pk0)(r,z)))/nk; M += m * (*P_f)( r, k, z) * r; } return( ((((*Pk1)(r,z)) -((*Pk0)(r,z)))*M) / (3*nk) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_r_dkdrdz( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pk0)(double r, double z), double (*Pk1)(double r, double z), int nk, double (*Pr0)(double z), double (*Pr1)(double z), int nr, double z ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nr; i++) { if(i ==0 || i== nr){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_k_dkdrdz( (*P_f), (*Pk0),(*Pk1),nk, (((*Pr0)(z))+i*(((*Pr1)(z))-((*Pr0)(z)))/nr), z); } return( ((((*Pr1)(z)) -((*Pr0)(z)))*M) / (3*nr) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_dkdrdz( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pk0)(double r, double z), double (*Pk1)(double r, double z), int nk, double (*Pr0)(double r), double (*Pr1)(double r), int nr, double z0, double z1, int nz ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nz; i++) { if(i ==0 || i== nz){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_r_dkdrdz( (*P_f), (*Pk0),(*Pk1),nk, (*Pr0),(*Pr1),nr, (z0+i*(z1-z0)/nz)); } return( ((z1 -z0)*M) / (3*nz) ); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} qyswvd8j562slcx6agnu6ssiv2nwt40 Mathc initiation/Fichiers c : c50c1a 0 76619 767046 759037 2026-05-28T18:24:43Z Xhungab 23827 767046 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_cylkzr.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* -------------------------------- */ /* save as x_cylkzr.h */ /* --------------------------------- */ double cylindrical_k_dkdzdr( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pk0)(double r, double z), double (*Pk1)(double r, double z), int nk, double z, double r ) { double k = 0; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nk; i++) { if(i ==0 || i== nk){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} k = ((*Pk0)(r,z)) + i*(((*Pk1)(r,z))-((*Pk0)(r,z)))/nk; M += m * (*P_f)( r, k, z) * r; } return( ((((*Pk1)(r,z)) -((*Pk0)(r,z)))*M) / (3*nk) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_z_dkdzdr( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pk0)(double r, double z), double (*Pk1)(double r, double z), int nk, double (*Pz0)(double r), double (*Pz1)(double r), int nz, double r ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nz; i++) { if(i ==0 || i== nz){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_k_dkdzdr( (*P_f), (*Pk0),(*Pk1),nk, (((*Pz0)(r))+i*(((*Pz1)(r))-((*Pz0)(r)))/nz), r); } return( ((((*Pz1)(r)) -((*Pz0)(r)))*M) / (3*nz) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_dkdzdr( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pk0)(double r, double z), double (*Pk1)(double r, double z), int nk, double (*Pz0)(double r), double (*Pz1)(double r), int nz, double r0, double r1, int nr ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nr; i++) { if(i ==0 || i== nr){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_z_dkdzdr( (*P_f), (*Pk0),(*Pk1),nk, (*Pz0),(*Pz1),nz, (r0+i*(r1-r0)/nr)); } return( ((r1 -r0)*M) / (3*nr) ); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} ox46il22804c065nhwc14f39jm03nst Mathc initiation/Fichiers c : c50c1b 0 76620 767050 759041 2026-05-28T18:27:49Z Xhungab 23827 767050 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_cylzrk.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_cylzrk.h */ /* --------------------------------- */ double cylindrical_z_dzdrdk( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pz0)(double r, double k), double (*Pz1)(double r, double k), int nz, double r, double k ) { double z = 0; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nz; i++) { if(i ==0 || i== nz){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} z = ((*Pz0)(r,k)) + i*(((*Pz1)(r,k))-((*Pz0)(r,k)))/nz; M += m * (*P_f)( r, k, z) * r; } return( ((((*Pz1)(r,k)) -((*Pz0)(r,k)))*M) / (3*nz) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_r_dzdrdk( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pz0)(double r, double k), double (*Pz1)(double r, double k), int nz, double (*Pr0)(double k), double (*Pr1)(double k), int nr, double k ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nr; i++) { if(i ==0 || i== nr){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_z_dzdrdk( (*P_f), (*Pz0),(*Pz1),nz, (((*Pr0)(k))+i*(((*Pr1)(k))-((*Pr0)(k)))/nr), k); } return( ((((*Pr1)(k)) -((*Pr0)(k)))*M) / (3*nr) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_dzdrdk( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pz0)(double r, double k), double (*Pz1)(double r, double k), int nz, double (*Pr0)(double k), double (*Pr1)(double k), int nr, double k0, double k1, int nk ) { int i = 0; 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int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nr; i++) { if(i ==0 || i== nr){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} r = ((*Pr0)(k,z)) + i*(((*Pr1)(k,z))-((*Pr0)(k,z)))/nr; M += m * (*P_f)(r, k, z) * r; } return( ((((*Pr1)(k,z)) -((*Pr0)(k,z)))*M) / (3*nr) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_k_drdkdz( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pr0)(double k, double z), double (*Pr1)(double k, double z), int nr, double (*Pk0)(double r), double (*Pk1)(double r), int nk, double z ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nk; i++) { if(i ==0 || i== nk){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_r_drdkdz( (*P_f), (*Pr0),(*Pr1),nr, (((*Pk0)(z))+i*(((*Pk1)(z))-((*Pk0)(z)))/nk), z); } return( ((((*Pk1)(z)) -((*Pk0)(z)))*M) / (3*nk) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_drdkdz( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pr0)(double k, double z), double (*Pr1)(double k, double z), int nr, double (*Pk0)(double r), double (*Pk1)(double r), int nk, double z0, double z1, int nz ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nz; i++) { if(i ==0 || i== nz){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_k_drdkdz( (*P_f), (*Pr0),(*Pr1),nr, (*Pk0),(*Pk1),nk, (z0+i*(z1-z0)/nz)); } return( ((z1 -z0)*M) / (3*nz) ); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} 4fzu5y3scx1pgv4mx7l9oqigm8zba7u Mathc initiation/Fichiers c : c51c1b 0 76631 767048 759039 2026-05-28T18:26:40Z Xhungab 23827 767048 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_cylrzk.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_cylrzk.h */ /* --------------------------------- */ double cylindrical_r_drdzdk( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pr0)(double k, double z), double (*Pr1)(double k, double z), int nr, double z, double k ) { double r = 0; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nr; i++) { if(i ==0 || i== nr){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} r = ((*Pr0)(k,z)) + i*(((*Pr1)(k,z))-((*Pr0)(k,z)))/nr; M += m * (*P_f)(r, k, z) * r; } return( ((((*Pr1)(k,z)) -((*Pr0)(k,z)))*M) / (3*nr) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_z_drdzdk( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pr0)(double k, double z), double (*Pr1)(double k, double z), int nr, double (*Pz0)(double r), double (*Pz1)(double r), int nz, double k ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nz; i++) { if(i ==0 || i== nz){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * cylindrical_r_drdzdk( (*P_f), (*Pr0),(*Pr1),nr, (((*Pz0)(k))+i*(((*Pz1)(k))-((*Pz0)(k)))/nz), k); } return( ((((*Pz1)(k)) -((*Pz0)(k)))*M) / (3*nz) ); } /* --------------------------------- */ double cylindrical_drdzdk( double (*P_f)(double r, double k, double z), double (*Pr0)(double k, double z), double (*Pr1)(double k, double z), int nr, double (*Pz0)(double r), double (*Pz1)(double r), int nz, double k0, double k1, int nk ) { int i = 0; 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int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nx; i++) { if(i ==0 || i== nx){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (x0 + i*(x1-x0)/nx); /* f(g(t),h(t),k(t)) * g(t)' */ M += m * (*P_f)((*P_g)(t),(*P_h)(t),(*P_k)(t)) * fx_x ( (*P_g) ,t , H); } return( ((x1 -x0)*M) / (3*nx) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} oj1d8jey0zxvqbk3n8lkc39zg2pmdvt Mathc initiation/Fichiers h : c59a8 0 76721 767067 759185 2026-05-28T18:39:09Z Xhungab 23827 767067 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_l3d_dy.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as x_l3d_dy.h */ /* ---------------------------------- */ double lint3d_dy( double (*P_f)(double x, double y, double z), double (*P_g)(double t), double (*P_h)(double t), double (*P_k)(double t), double y0, double y1, int ny ) { double t = 0; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= ny; i++) { if(i ==0 || i== ny){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (y0 + i*(y1-y0)/ny); /* f(g(t),h(t),k(t)) * h(t)' */ M += m * (*P_f)((*P_g)(t),(*P_h)(t),(*P_k)(t)) * fx_x((*P_h),t,H) ; } return( ((y1 -y0)*M) / (3*ny) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} mjnojmgt2fzgrgbmm0yyc8wb47f47at Mathc initiation/Fichiers h : c59a9 0 76722 767068 759186 2026-05-28T18:39:54Z Xhungab 23827 767068 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_l3d_dz.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as x_l3d_dz.h */ /* ---------------------------------- */ double lint3d_dz( double (*P_f)(double x, double y, double z), double (*P_g)(double t), double (*P_h)(double t), double (*P_k)(double t), double z0, double z1, int nz ) { double t = 0; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nz; i++) { if(i ==0 || i== nz){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (z0 + i*(z1-z0)/nz); /* f(g(t),h(t),k(t)) * k(t)' */ M += m * (*P_f)((*P_g)(t),(*P_h)(t),(*P_k)(t)) * fx_x((*P_k),t,H); } return( ((z1 -z0)*M) / (3*nz)); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> [[Mathc initiation/a406|.]] {{AutoCat}} 96ahzpinga94p5mtbb46fotuxuhkd19 Mathc complexes/c05a 0 76948 767085 752224 2026-05-28T19:07:09Z Xhungab 23827 767085 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c01a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c01a.c */ /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ void fun(int r, int rn) { double **A = r_mZ(i_mZ(r+rn,r),9.); double **Q = i_mZ(r+rn,r); double **R = i_mZ(r,r); clrscrn(); printf(" Copy/Paste into the octave windows \n\n\n"); p_Octave_mZ(A,"a",P0,P0); printf(" [Q, R] = qr (a,0) \n\n"); QR_mZ(A,Q,R); printf(" Q :"); p_mZ(Q, S10,P4, S10,P4, C10); printf(" R :"); p_mZ(R, S10,P4, S10,P4, C10); stop(); clrscrn(); printf(" A :"); p_mZ(A, S3,P0, S3,P0, C10); printf(" A = Q * R :"); mul_mZ(Q,R, A); p_mZ(A, S3,P0, S3,P0, C10); f_mZ(A); f_mZ(Q); f_mZ(R); } /* ------------------------------------ */ int main(void) { time_t t; srand(time(&t)); do { fun(rp_I(R2)+R1,rp_I(R2)); } while(stop_w()); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> Cette fonction n'est correcte que pour les matrices ayant un nombre de lignes égales ou supérieures aux nombres de colonnes. Utiliser pour calculer les valeurs propres et les valeurs singulière, elle fait bien son travail puisque dans les deux cas elle travaille sur des matrices carrées. '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> Copy/Paste into the octave windows a=[ -7.0-1*i,-5.0-7*i,+6.0+4*i,-5.0+2*i; -7.0-9*i,+4.0+8*i,-3.0-1*i,-3.0-9*i; +8.0-5*i,-5.0+4*i,-3.0-5*i,-5.0-1*i; -1.0-3*i,-3.0+6*i,+2.0+4*i,-1.0-7*i; +4.0-5*i,+2.0-9*i,+6.0+6*i,-9.0-1*i; -5.0-1*i,-9.0-5*i,-1.0-9*i,-3.0+6*i; +2.0-7*i,-7.0-5*i,-9.0-3*i,-5.0-7*i] [Q, R] = qr (a,0) Q : -0.35044 -0.05006i -0.22523 -0.35644i -0.35044 -0.45056i +0.22580 +0.30780i +0.40050 -0.25031i -0.18625 +0.22186i -0.05006 -0.15019i -0.11762 +0.25995i +0.20025 -0.25031i +0.12346 -0.38464i -0.25031 -0.05006i -0.40250 -0.25489i +0.10013 -0.35044i -0.27006 -0.21928i +0.19072 +0.28365i +0.05021 -0.17398i +0.02432 -0.26812i +0.02191 -0.42605i +0.00292 -0.15393i -0.54497 +0.17013i +0.26921 +0.26159i -0.03948 -0.45425i +0.23149 +0.33921i -0.29181 +0.12954i -0.16300 -0.38686i -0.08163 +0.07634i -0.54715 -0.04276i -0.19873 -0.31218i R : +19.97498 +0.00000i -0.45056 -2.65332i -0.00000 +0.00000i +22.31047 -0.00000i +0.00000 +0.00000i +0.00000 +0.00000i -0.00000 +0.00000i +0.00000 +0.00000i -0.90113 -3.30413i +6.95870 -7.15895i +0.70940 +7.79465i -2.18999 -6.93348i +16.94140 -0.00000i -1.22692 +2.68011i -0.00000 -0.00000i +15.32215 -0.00000i Press return to continue. A : -7 -1i -5 -7i +6 +4i -5 +2i -7 -9i +4 +8i -3 -1i -3 -9i +8 -5i -5 +4i -3 -5i -5 -1i -1 -3i -3 +6i +2 +4i -1 -7i +4 -5i +2 -9i +6 +6i -9 -1i -5 -1i -9 -5i -1 -9i -3 +6i +2 -7i -7 -5i -9 -3i -5 -7i A = Q * R : -7 -1i -5 -7i +6 +4i -5 +2i -7 -9i +4 +8i -3 -1i -3 -9i +8 -5i -5 +4i -3 -5i -5 -1i -1 -3i -3 +6i +2 +4i -1 -7i +4 -5i +2 -9i +6 +6i -9 -1i -5 -1i -9 -5i -1 -9i -3 +6i +2 -7i -7 -5i -9 -3i -5 -7i Press return to continue Press X to stop </syntaxhighlight> [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} h94sgg3igpzicc20mln1anecmsytjxn Mathc complexes/a04 0 77050 767082 732328 2026-05-28T19:02:45Z Xhungab 23827 767082 wikitext text/x-wiki __NOTOC__ [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] : : {{Partie{{{type|}}}| Les opérations sur les matrices}} : * [[Mathc complexes/Fichiers h : v_a4|w_a.h .................... Déclaration des fichiers h]] * [[Mathc complexes/a43|wb.h ...................... Déclaration des fichiers h]] ** [[Mathc complexes/Fichiers h : vbm|wbm.h ............. Additionner des matrices]] ** [[Mathc complexes/Fichiers h : vbtm|wbtm.h ............ Transposer des matrices]] '''Exemple pour tester la bibliothèque :''' * [[Mathc complexes/Fichiers c : add_r|add_mZ();]] [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} g1sjlpkq5gjw56432phonmjjiydsuha Mathc complexes/a07 0 77103 767087 732330 2026-05-28T19:11:14Z Xhungab 23827 767087 wikitext text/x-wiki __NOTOC__ [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] : [[Mathc complexes/a02b| '''Bibliothèque''']] : {{Partie{{{type|}}}| Le déterminant}} : Copier la bibliothèque dans votre répertoire de travail avec les fichiers des parties précédentes : *[[Mathc complexes/h07c| we.h ....................... Déclaration des fichiers h Opérations élémentaires]] **[[Mathc complexes/h07b| we_det1.h ......... Calculer le determinant]] '''Exemple pour tester la bibliothèque :''' *[[mathc complexes/a31| c01a.c ....... Vérifier avec octave.]] : {{AutoCat}} ccrrnrmqzxqqeljdh9cv6h7iwkkb15d Mathc complexes/c081a 0 77130 767084 752149 2026-05-28T19:04:30Z Xhungab 23827 767084 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|inv_z.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : inv_z.c */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ void fun(int r) { double **A = r_mZ(i_mZ(r,r),9.); double **Inv = i_mZ(r,r); clrscrn(); printf(" Copy/Paste into the octave window.\n\n"); p_Octave_mZ(A,"A",P0 ,P0); printf(" inv(A)\n\n"); printf(" inv_mZ(A,Inv); :"); pE_mZ(inv_mZ(A,Inv), S1,P4, S1,P4, C2); f_mZ(Inv); f_mZ(A); } /* ------------------------------------ */ int main(void) { time_t t; srand(time(&t)); do { fun(rp_I(RC3)+RC1); } while(stop_w()); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> Vérifier avec octave. '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> Copy/Paste into the octave window. A=[ -7-1*i,-9-3*i,-5+6*i,+6+8*i; -3+4*i,+8-3*i,-1+6*i,+4-3*i; +4+4*i,-7-1*i,-9-9*i,+2-5*i; +8+8*i,-3-7*i,-3+2*i,+4-7*i] inv(A) inv_mZ(A,Inv); : -3.2154e-02+2.2574e-02i -1.0356e-01+1.1025e-01i -9.3497e-02+1.5867e-02i -3.8531e-02+2.4073e-02i +2.4657e-02+5.6872e-02i -3.5626e-02+1.1407e-02i -9.6887e-03-2.2186e-02i -2.2642e-02-1.2822e-02i -3.9658e-02+3.7585e-02i +2.3037e-02-1.6958e-03i +4.7620e-02+1.5746e-01i -2.4740e-02+1.0619e-01i +1.5634e-01-8.6736e-03i +3.0915e-02+6.4401e-03i +2.4705e-03-1.5545e-02i +8.9167e-02-9.3258e-02i Press return to continue Press X to stop </syntaxhighlight> [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} 23ebbx46vf7dcwtvidveg5dom1ids09 Mathc matrices/h26a 0 77625 767145 746345 2026-05-29T11:32:45Z Xhungab 23827 767145 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|d.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : d.h */ /* ------------------------------------ */ void i_A_b_with_XY_mR( double **XY, double **A, double **b ) { int r = R1; int c = C1; int power = 0; for(r=R1; r<XY[R_SIZE][C0]; r++) { power=rsize_R(XY)-R1; for(c=C1; c<A[C_SIZE][C0]; c++) A[r][c]=pow(XY[r][C1],power--); b[r][C1]=XY[r][C2]; } } /* --------------------------------- */ void p_eq_poly_mR( double **Ab ) { int r = R1; int power = rsize_R(Ab)-R1; int cL = csize_R(Ab); printf(" y = "); for(r=R1;r<Ab[R_SIZE][C0];r++) if(Ab[r][cL]) { if(!power) printf(" %+.3f", Ab[r][cL]); else if(power==1){printf(" %+.3fx", Ab[r][cL]);power--;} else printf(" %+.3fx**%d",Ab[r][cL], power--); } else power--; printf("\n\n\n"); } /* --------------------------------- */ void verify_X_mR( double **Ab, double x ) { int r = R1; int power = rsize_R(Ab)-R1; int cL = csize_R(Ab); double y = 0.; for(;r<Ab[R_SIZE][C0];r++) y+= Ab[r][cL]*pow(x,power--); printf(" With x = %+.3f, y = %+.3f \n",x,y); } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} siuzqlu2yy1dj8rzooy53nheroc0pfv Mathc matrices/c26a3 0 77628 767148 746402 2026-05-29T11:35:08Z Xhungab 23827 767148 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. *[[Mathc matrices/h26a| d.h ..................... L'équation d'un polynôme]] {{Fichier|c00c.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00c.c */ /* ------------------------------------ */ #include "v_a.h" #include "d.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { double xy[8] ={ -5, -3, -2, 0, 2, 3, 3, -2 }; double **XY = ca_A_mR(xy,i_mR(R4,C2)); double **A = i_mR(R4,C4); double **b = i_mR(R4,C1); double **Ab = i_Abr_Ac_bc_mR(R4,C4,C1); clrscrn(); printf("\n"); printf(" Find the coefficients a, b, c of the curve \n\n"); printf(" y = ax**3 + bx**2 + cx + d \n\n"); printf(" that passes through the points. \n\n"); printf(" x y \n"); p_mR(XY,S5,P0,C6); printf("\n Using the given points, we obtain this matrix\n\n"); printf(" x**3 x**2 x**1 x**0 y\n"); i_A_b_with_XY_mR(XY,A,b); c_A_b_Ab_mR(A,b,Ab); p_mR(Ab,S7,P2,C6); stop(); clrscrn(); printf(" The Gauss Jordan process will reduce this matrix to : \n"); gj_TP_mR(Ab); p_mR(Ab,S7,P2,C6); printf("\n The coefficients a, b, c of the curve are : \n\n"); p_eq_poly_mR(Ab); stop(); clrscrn(); printf(" x y \n"); p_mR(XY,S5,P0,C6); printf("\n"); printf(" Verify the result : \n\n"); verify_X_mR(Ab,XY[R1][C1]); verify_X_mR(Ab,XY[R2][C1]); verify_X_mR(Ab,XY[R3][C1]); verify_X_mR(Ab,XY[R4][C1]); printf("\n\n\n"); stop(); f_mR(XY); f_mR(A); f_mR(b); f_mR(Ab); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> ------------------------------------ Find the coefficients a, b, c of the curve y = ax**3 + bx**2 + cx + d that passes through the points. x y -5 -3 -2 +0 +2 +3 +3 -2 Using the given points, we obtain this matrix x**3 x**2 x**1 x**0 y -125.00 +25.00 -5.00 +1.00 -3.00 -8.00 +4.00 -2.00 +1.00 +0.00 +8.00 +4.00 +2.00 +1.00 +3.00 +27.00 +9.00 +3.00 +1.00 -2.00 Press return to continue. The Gauss Jordan process will reduce this matrix to : +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 -0.14 +0.00 +1.00 +0.00 +0.00 -0.73 +0.00 +0.00 +1.00 +0.00 +1.31 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +4.43 The coefficients a, b, c of the curve are : y = -0.139x**3 -0.732x**2 +1.307x +4.429 Press return to continue. x y -5 -3 -2 +0 +2 +3 +3 -2 Verify the result : With x = -5.000, y = -3.000 With x = -2.000, y = +0.000 With x = +2.000, y = +3.000 With x = +3.000, y = -2.000 Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} o2ww8biesskfjstkl1sia3d3rb3nqiu Mathc matrices/c26a5 0 77630 767155 746404 2026-05-29T11:38:26Z Xhungab 23827 767155 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. *[[Mathc matrices/h26a| d.h ..................... L'équation d'un polynôme]] {{Fichier|c00e.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00e.c */ /* ------------------------------------ */ #include "v_a.h" #include "d.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { double xy[10] ={ 1, -5, 2, 8, 3, -7, 4, 1, 5, -4 }; double **XY = ca_A_mR(xy,i_mR(R5,C2)); double **A = i_mR(R5,C5); double **b = i_mR(R5,C1); double **Ab = i_Abr_Ac_bc_mR(R5,C5,C1); clrscrn(); printf(" Find the coefficients a, b, c of the curve \n\n"); printf(" y = ax**4 + bx**3 + cx**2 + dx + e \n\n"); printf(" that passes through the points. \n\n"); printf(" x y"); p_mR(XY,S5,P0,C6); printf(" Using the given points, we obtain this matrix\n\n"); printf(" x**4 x**3 x**2 x**1 x**0 y"); i_A_b_with_XY_mR(XY,A,b); c_A_b_Ab_mR(A,b,Ab); p_mR(Ab,S7,P2,C6); stop(); clrscrn(); printf(" The Gauss Jordan process will reduce this matrix to : \n"); gj_TP_mR(Ab); p_mR(Ab,S7,P2,C6); printf("\n The coefficients a, b, c of the curve are : \n\n"); p_eq_poly_mR(Ab); stop(); clrscrn(); printf(" x y \n"); p_mR(XY,S5,P0,C6); printf("\n"); printf(" Verify the result : \n\n"); verify_X_mR(Ab,XY[R1][C1]); verify_X_mR(Ab,XY[R2][C1]); verify_X_mR(Ab,XY[R3][C1]); verify_X_mR(Ab,XY[R4][C1]); verify_X_mR(Ab,XY[R5][C1]); printf("\n\n\n"); stop(); f_mR(XY); f_mR(A); f_mR(b); f_mR(Ab); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> ------------------------------------ Find the coefficients a, b, c of the curve y = ax**4 + bx**3 + cx**2 + dx + e that passes through the points. x y +1 -5 +2 +8 +3 -7 +4 +1 +5 -4 Using the given points, we obtain this matrix x**4 x**3 x**2 x**1 x**0 y +1.00 +1.00 +1.00 +1.00 +1.00 -5.00 +16.00 +8.00 +4.00 +2.00 +1.00 +8.00 +81.00 +27.00 +9.00 +3.00 +1.00 -7.00 +256.00 +64.00 +16.00 +4.00 +1.00 +1.00 +625.00 +125.00 +25.00 +5.00 +1.00 -4.00 Press return to continue. The Gauss Jordan process will reduce this matrix to : +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 +0.00 -3.63 +0.00 +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 +44.75 +0.00 +0.00 +1.00 +0.00 +0.00 -191.88 -0.00 -0.00 -0.00 +1.00 -0.00 +329.75 +0.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 -184.00 The coefficients a, b, c of the curve are : y = -3.625x**4 +44.750x**3 -191.875x**2 +329.750x -184.000 Press return to continue. x y +1 -5 +2 +8 +3 -7 +4 +1 +5 -4 Verify the result : With x = +1.000, y = -5.000 With x = +2.000, y = +8.000 With x = +3.000, y = -7.000 With x = +4.000, y = +1.000 With x = +5.000, y = -4.000 Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} grl1ncuueuhl5krwjc5s75rjzd1hc98 Mathc matrices/h26b 0 77633 767137 729237 2026-05-29T11:28:06Z Xhungab 23827 767137 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|d.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : d.h */ /* ------------------------------------ */ void i_A_b_with_XY_mR( double **XY, double **A, double **b ) { int rXY; int r; int c; A[R1][C1]=1; for(r=R2,rXY=R1; r<A[R_SIZE][C0]; r++,rXY++) { c=C1; A[r][c]=pow(XY[rXY][C1],2); /* x**2 */ c++; A[r][c]=pow(XY[rXY][C2],2); /* y**2 */ c++; A[r][c]= XY[rXY][C1]; /* x**1 */ c++; A[r][c]= XY[rXY][C2]; /* y**1 */ c++; A[r][c]= 1.; } b[R1][C1]=1; } /* --------------------------------- */ void p_eq_conica_mR( double **Ab ) { int cL = csize_R(Ab); int r = R1; if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2fx**2 " ,Ab[r][cL]); r++;if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2fy**2 " ,Ab[r][cL]); r++;if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2fx " ,Ab[r][cL]); r++;if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2fy " ,Ab[r][cL]); r++;if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2f = 0\n\n\n",Ab[r][cL]); else printf(" = 0\n\n\n"); } /* --------------------------------- */ void verify_XY_mR( double **Ab, double x, double y ) { double p = 0.; int cL = csize_R(Ab); int r = R1; p = Ab[r][cL]*pow(x,2); r++;p+= Ab[r][cL]*pow(y,2); r++;p+= Ab[r][cL]* x ; r++;p+= Ab[r][cL]* y ; r++;p+= Ab[r][cL] ; printf(" With x = %+5.1f and y = %+5.1f",x,y); printf(" ax**2 + by**2 + cx+ dy + e = %+5.5f \n",p); } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} kqpa765atlgl7tj5os1fmtsaeybfsfv Mathc matrices/c26b1 0 77634 767156 746300 2026-05-29T11:38:53Z Xhungab 23827 767156 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. *[[Mathc matrices/h26b| d.h ..................... L'équation d'un conique]] {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "v_a.h" #include "d.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { double xy[8] ={ 1, 0, 2, 3, 3, 4, 4, 0 }; double **XY = ca_A_mR(xy,i_mR(R4,C2)); double **A = i_mR(R5,C5); double **b = i_mR(R5,C1); double **Ab = i_Abr_Ac_bc_mR(R5,C5,C1); clrscrn(); printf("\n"); printf(" Find the coefficients a, b, c, d, e, of the curve \n\n"); printf(" ax**2 + by**2 + cx + dy + e = 0 \n\n"); printf(" that passes through these four points. \n\n"); printf(" x y"); p_mR(XY,S5,P0,C6); printf("\n"); printf(" Using the given points, we obtain this matrix.\n"); printf(" (a = 1. This is my choice)\n\n"); printf(" x**2 y**2 x y "); i_A_b_with_XY_mR(XY,A,b); c_A_b_Ab_mR(A,b,Ab); p_mR(Ab,S7,P2,C6); stop(); clrscrn(); printf(" The Gauss Jordan process will reduce this matrix to : \n"); gj_TP_mR(Ab); p_mR(Ab,S7,P2,C6); printf(" The coefficients a, b, c, d, e, of the curve are : \n\n"); p_eq_conica_mR(Ab); stop(); clrscrn(); printf(" x y \n"); p_mR(XY,S5,P0,C6); printf("\n"); printf(" Verify the result : \n\n"); verify_XY_mR(Ab,XY[R1][C1],XY[R1][C2]); verify_XY_mR(Ab,XY[R2][C1],XY[R2][C2]); verify_XY_mR(Ab,XY[R3][C1],XY[R3][C2]); verify_XY_mR(Ab,XY[R4][C1],XY[R4][C2]); printf("\n\n\n"); stop(); f_mR(XY); f_mR(A); f_mR(b); f_mR(Ab); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> ------------------------------------ Find the coefficients a, b, c, d, e, of the curve ax**2 + by**2 + cx + dy + e = 0 that passes through these four points. x y +1 +0 +2 +3 +3 +4 +4 +0 Using the given points, we obtain this matrix. (a = 1. This is my choice) x**2 y**2 x y +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +1.00 +0.00 +1.00 +0.00 +1.00 +0.00 +4.00 +9.00 +2.00 +3.00 +1.00 +0.00 +9.00 +16.00 +3.00 +4.00 +1.00 +0.00 +16.00 +0.00 +4.00 +0.00 +1.00 +0.00 Press return to continue. The Gauss Jordan process will reduce this matrix to : +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +0.00 +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 -0.17 -0.00 -0.00 +1.00 -0.00 -0.00 -5.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +0.00 +1.17 +0.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +4.00 The coefficients a, b, c, d, e, of the curve are : +1.00x**2 -0.17y**2 -5.00x +1.17y +4.00 = 0 Press return to continue. x y +1 +0 +2 +3 +3 +4 +4 +0 Verify the result : With x = +1.0 and y = +0.0 ax**2 + by**2 + cx+ dy + e = +0.00000 With x = +2.0 and y = +3.0 ax**2 + by**2 + cx+ dy + e = +0.00000 With x = +3.0 and y = +4.0 ax**2 + by**2 + cx+ dy + e = +0.00000 With x = +4.0 and y = +0.0 ax**2 + by**2 + cx+ dy + e = +0.00000 Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} qqg9m3nr8mjsa1769z33pxe03iwg91d Mathc matrices/h26c 0 77640 767138 729238 2026-05-29T11:28:30Z Xhungab 23827 767138 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|d.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : d.h */ /* ------------------------------------ */ void i_A_b_with_XY_mR( double **XY, double **A, double **b ) { int rXY; int r; int c; c_s_mR(1.,A,R1,C1); c_s_mR(1.,A,R2,C2); for(r=R3,rXY=R1; r<A[R_SIZE][C0]; r++,rXY++) { c=C1; A[r][c]=pow(XY[rXY][C1],2); /* x**2 */ c++; A[r][c]=pow(XY[rXY][C2],2); /* y**2 */ c++; A[r][c]= XY[rXY][C1]; /* x */ c++; A[r][c]= XY[rXY][C2]; /* y */ c++; A[r][c]= 1.; /* c */ } c_s_mR(1.,b,R1,C1); c_s_mR(1.,b,R2,C1); } /* --------------------------------- */ void p_eq_circle_mR( double **Ab ) { int cL = csize_R(Ab); int r = R1; if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2fx**2 " ,Ab[r][cL]); r++;if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2fy**2 " ,Ab[r][cL]); r++;if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2fx " ,Ab[r][cL]); r++;if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2fy " ,Ab[r][cL]); r++;if((Ab[r][cL]))printf(" %+.2f = 0\n\n\n",Ab[r][cL]); else printf(" = 0\n\n\n"); } /* --------------------------------- */ void verify_XY_mR( double **Ab, double x, double y ) { int cL = csize_R(Ab); double p = 0.; int r = R1; p+= Ab[r][cL]*pow(x,2); r++;p+= Ab[r][cL]*pow(y,2); r++;p+= Ab[r][cL]* x ; r++;p+= Ab[r][cL]* y ; r++;p+= Ab[r][cL] ; printf(" With x = %+5.1f, y = %+5.1f ",x,y); printf(" p = ax**2 + ay**2 + cx+ dy + e = %+5.5f\n",p); } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} fsgmlbavnbb5vtdowh4bw9mcvv4ye4g Mathc matrices/c26c1 0 77641 767154 746312 2026-05-29T11:37:57Z Xhungab 23827 767154 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. *[[Mathc matrices/h26c| d.h ..................... L'équation d'un cercle]] {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "v_a.h" #include "d.h" /* ------------------------------------ */ int main(void) { double xy[6] ={ 1, -2, 2, -3, 3, 6 }; double **XY = ca_A_mR(xy,i_mR(R3,C2)); double **A = i_mR(R5,C5); double **b = i_mR(R5,C1); double **Ab = i_Abr_Ac_bc_mR(R5,C5,C1); clrscrn(); printf("\n"); printf(" Find the coefficients a, b, c, d, of a circle \n\n"); printf(" ax**2 + ay**2 + bx + cy + d = 0 \n\n"); printf(" that passes through these three XY. \n\n"); printf(" x y"); p_mR(XY,S5,P0,C6); printf("\n"); printf(" Using the given XY, we obtain this matrix.\n"); printf(" (a = 1. This is my choice)\n\n"); printf(" x**2 y**2 x y "); i_A_b_with_XY_mR(XY,A,b); c_A_b_Ab_mR(A,b,Ab); p_mR(Ab,S7,P2,C6); stop(); clrscrn(); printf(" The Gauss Jordan process will reduce this matrix to : \n"); gj_TP_mR(Ab); p_mR(Ab,S7,P2,C6); printf(" The coefficients a, b, c, d, e, of the curve are : \n\n"); p_eq_circle_mR(Ab); stop(); clrscrn(); printf(" x y \n"); p_mR(XY,S5,P0,C6); printf("\n"); printf(" Verify the result : \n\n"); verify_XY_mR(Ab,XY[R1][C1],XY[R1][C2]); verify_XY_mR(Ab,XY[R2][C1],XY[R2][C2]); verify_XY_mR(Ab,XY[R3][C1],XY[R3][C2]); printf("\n\n\n"); stop(); f_mR(XY); f_mR(A); f_mR(b); f_mR(Ab); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> ------------------------------------ Find the coefficients a, b, c, d, of a circle ax**2 + ay**2 + bx + cy + d = 0 that passes through these three points. x y +1 -2 +2 -3 +3 +6 Using the given points, we obtain this matrix. (a = 1. This is my choice) x**2 y**2 x y +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +0.00 +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +1.00 +4.00 +1.00 -2.00 +1.00 +0.00 +4.00 +9.00 +2.00 -3.00 +1.00 +0.00 +9.00 +36.00 +3.00 +6.00 +1.00 +0.00 Press return to continue. The Gauss Jordan process will reduce this matrix to : +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +0.00 +1.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 -0.00 -0.00 +1.00 -0.00 -0.00 -10.40 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +0.00 -2.40 +0.00 +0.00 +0.00 +0.00 +1.00 +0.60 The coefficients a, b, c, d, e, of the curve are : +1.00x**2 +1.00y**2 -10.40x -2.40y +0.60 = 0 Press return to continue. x y +1 -2 +2 -3 +3 +6 Verify the result : With x = +1.0 and y = -2.0 ax**2 + ay**2 + cx+ dy + e = +0.00000 With x = +2.0 and y = -3.0 ax**2 + ay**2 + cx+ dy + e = +0.00000 With x = +3.0 and y = +6.0 ax**2 + ay**2 + cx+ dy + e = -0.00000 Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} 6760xr0jwzr23hjymn3k80z9ho3rack Mathc initiation/Fichiers h : c76a1 0 78282 767132 745345 2026-05-29T11:25:24Z Xhungab 23827 767132 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_hfile.h|largeur=70%|info=utilitaire|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_hfile.h */ /* --------------------------------- */ #include <stdio.h> #include <stdlib.h> #include <ctype.h> #include <time.h> #include <math.h> #include <string.h> /* --------------------------------- */ #include "x_def.h" #include "x_fx.h" /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} thvnmfodda5w244f57vs4cchfebds7d Mathc initiation/a77 0 78317 767126 725760 2026-05-29T11:21:55Z Xhungab 23827 767126 wikitext text/x-wiki __NOTOC__ [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] {{Partie{{{type|}}}|La trigonométrie}} : La trigonométrie est une branche des mathématiques qui traite des relations entre distances et angles dans les triangles et des fonctions trigonométriques telles que sinus, cosinus, tangente.. [https://fr.wikipedia.org/wiki/Trigonom%C3%A9trie wikipedia] : <br> Copier la bibliothèque dans votre répertoire de travail : * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77a1|x_hfile.h ............. Déclaration des fichiers h]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c30a2|x_def.h ............... Déclaration des utilitaires]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77a5|Liste des équations trigonométriques étudiées]] ** [[Mathc initiation/Fichiers h : c77a3|Liste des fonctions trigonométriques du c]] ** [[Mathc initiation/Fichiers h : c77a4|Les fonctions trigonométriques de bases dans gnuplot]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77de|Les formes : ]] ** '''sin(x)**2+cos(x)**2''' = 1 * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77bs|Les formes : ]] ** '''sin(x+y)''' = cos(x) sin(y) + sin(x) cos(y) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77bd|Les formes : ]] ** '''sin(2x)''' = 2 cos(x) sin(x) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77be|Les formes : ]] ** '''sin(x)**2''' = 1/2 - 1/2 cos(2x) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77bf|Les formes : ]] ** '''sin(x/2)''' = sqrt((1 - cos(x)) / 2) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77da|Les formes : ]] ** '''sin(x)sin(y)''' = 1/2 [cos(x-y) - cos(x+y)] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77db|Les formes : ]] ** '''sin(x)+sin(y)''' = 2 sin( (x+y)/2 ) cos( (x-y)/2 ) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77dc|Les formes : ]] ** '''sin(acos(x))''' = sqrt(1-x**2) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77dg|Application : ]] ** '''cos(x)**m sin(x)**n''' * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77dh|Application : ]] ** '''sqrt(a**2-x**2)''' * [[Mathc initiation/Fichiers h : c77di|Application : ]] ** '''sin(x)**n''' : {{AutoCat}} mudsaa1ptpyrwebarhzgdaivkd2e05h Mathc initiation/a78 0 78505 767127 725761 2026-05-29T11:22:58Z Xhungab 23827 767127 wikitext text/x-wiki __NOTOC__ [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] {{Partie{{{type|}}}|La trigonométrie hyperbolique}} : En mathématiques, on appelle fonctions hyperboliques les fonctions cosinus hyperbolique, sinus hyperbolique et tangente hyperbolique... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonction_hyperbolique Wikipédia] : <br> Copier la bibliothèque dans votre répertoire de travail : * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78a1|x_hfile.h ............. Déclaration des fichiers h]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c30a2|x_def.h ............... Déclaration des utilitaires]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78a5|Liste des équations étudiées]] ** [[Mathc initiation/Fichiers h : c78a3|Liste des fonctions trigonométriques hyperbolique du c]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78de|Les formes : ]] ** '''cosh(x)**2-sinh(x)**2''' = 1 * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78bs|Les formes : ]] ** '''sinh(x+y)''' = cosh(x) sinh(y) + sinh(x) cosh(y) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78dd|Les formes : ]] ** '''sinh(2x)''' = 2 cosh(x) sinh(x) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78fx|Les formes :]] ** '''sinh(x)**2''' = 1/2 cosh(2x) + 1/2 * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78gx|Les formes :]] ** '''sinh(x)sinh(y)''' = 1/2 [cosh(x+y) - cosh(x-y)] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78hx|Les formes : ]] ** '''sinh(x)+sinh(y)''' = 2 sinh( (x+y)/2 ) cosh( (x-y)/2 ) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78dc|Les formes : ]] ** '''sinh(acosh(x))''' = sqrt(x**2 -1) * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78dg|Application : ]] ** '''cosh(x)**m sinh(x)**n''' * [[Mathc initiation/Fichiers h : c78di|Application : ]] ** '''sinh(x)**n''' : {{AutoCat}} impnj68sllysmyms20mcskrkzdtzmts Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période Principat Empire Romain 0 78966 767044 767017 2026-05-28T16:37:32Z Alex Mtlr 103840 /* Paragraphe II. */ 767044 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Thalès de Milet|'''Thalès de Milet''']]</div> |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_période_République_Romaine|Période République Romaine]]''' |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_période_Grèce_Hellénistique|Période de la Grèce Hellénistique]]''' |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC|Période de la Grèce Classique]]''' |} {{EnTravaux}} <span style="font-size:18pt;">Période du Principat de l’[[w:Empire_romain|''Empire'']] [[#Empire|<span id="Empire_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[w:Rome_antique|''Romain'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Rome_back|<sup>🔄</sup>]]</span> <p style="text-align: right;">(16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']] — fin du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], création du système [[w:Tétrarchie|''tétrarchique'']] [[#tétrarchie|<span id="tétrarchie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] par [[w:Dioclétien|'''Dioclétien''']] [[#Dioclétien|<span id="Dioclétien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] pour faire face aux [[w:Invasions_barbares#Première_période_:_les_mouvements_migratoires_germaniques_du_IIIe_siècle|''incursions barbares'']]) {{Boîte déroulante début|titre=NdA Empire|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Empire_back|<span id="Empire"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin imperium [[wikt:en:imperium#Latin|(en)]], « 1. L’empire, l’État, le gouvernement impérial, le royaume, la domination. 2. Le droit ou le pouvoir de commander ou d’avoir le contrôle ; domination. 3. Commandement ou autorité absolue sur l’empire (ou un autre régime politique) ; souveraineté ; domination. 4. (militaire) Autorité militaire, commandement (d’une armée). 5. L’exercice de l’autorité, de la règle, de la loi, du contrôle, de la souveraineté. 6. Un commandement, un ordre, une direction, une injonction.) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe imperō, « 1. (avec datif) Commander, donner des ordres à, imposer, exiger. 2. Gouverner. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe prépositionnal in-, « 1. Dans, à l’intérieur. 2. Contre; dans; sur; vers. 3. (utiliser comme un intensifieur). 4. Attaché à des [[w:Aspect_inchoatif|''verbes inchoatifs'']], il peut exprimer le sens d’un changement en cours ou d’un achèvement partiel. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ du verbe parō [[wikt:en:paro#Latin|(en)]], « 1. Arranger, ordonner, concevoir. 2. Fournir, meubler, préparer. 3. Résoudre, viser, décider. 4. Obtenir, acquérir, se procurer, se faire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif‎ -ium [[wikt:en:-ium#Latin|(en)]], désignant parfois des offices et des groupes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon l’historien, spécialiste de l’[[w:Grèce_antique|''antiquité grecque'']], [[w:Moses_Finley|Moses Finley]], définit un empire par tout {{Info|''« exercice durable par un État d’une autorité, d’un pouvoir, ou d’un contrôle sur un ou plusieurs États, communautés ou peuples »''|Moses Finley, Économie et société en Grèce antique, La Découverte, 2007.}}. L’historien [[w:Jean_Tulard|Jean Tulard]], précise cette définition par {{Info|''cinq traits suivants''|Jean Tulard, Les Empires occidentaux de Rome à Berlin, PUF, 1997.}} :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Une volonté expansionniste ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Une organisation centralisée ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Des peuples encadrés par une armature politique et fiscale commune ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La croyance en une supériorité d’essence ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Un début et une fin clairement identifiés. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#tétrarchie_back|<span id="tétrarchie"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien τετραρχία / tetrarkhía;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe τετρα- / tétra- [[wikt:en:τετρα-#Ancient_Greek|(en)]], « quatre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -αρχία / -arkhía [[wikt:en:-αρχία#Ancient_Greek|(en)]], « -archie (forme de gouvernement ou de règle) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Système de gouvernement de l’Empire ''romain'' mis en place par Dioclétien à la fin du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], pour faire face aux invasions barbares. Il consiste en la division de la direction de l’empire entre, d’une part deux [[w:Empereur_romain|''empereurs'']] — les [[w:Auguste_(titre)|''augustes'']] —, d’autre part deux ''lieutenants'' (successeurs désignés des ''augustes'') — les [[w:C%C3%A9sar_(titre)|''césars'']]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Dioclétien_back|<span id="Dioclétien"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Gaius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Aurelius|nomen, nom de famille}} {{Info|Valerius|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, surnommé Dioclētiānus [[wikt:en:Diocletian#English|(en)]] lorsqu’il a été proclamé empereur par ses troupes;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Militaire et empereur, connu pour avoir séparé et élargi les services civils et militaires de l’empire, et réorganisé les divisions provinciales de l’empire, établissant le gouvernement le plus vaste et le plus bureaucratique de l’histoire de l’empire. En [[w:286|286]], il nomme son ''césar'', ou adjoint et successeur, [[w:Maximien_Hercule|Maximien]] ''Auguste'', co-empereur, et partage l’Empire entre l’Orient et l’Occident, puis en 293, y nomme respectivement [[w:Galère_(empereur_romain)|Maximien Galère]] et [[w:Constance_Chlore|Constance Chlore]] comme ''césar''.<br/><br/></div> ''' {{Boîte déroulante fin}} == [[w:Sénèque|'''Sénèque''']] [[#Sénèque|<span id="Sénèque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:5_av._J.-C.|-5]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> / [[w:1|1]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Corduba|Corduba]] — 12 avril [[w:65|65]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans une maison de plaisance, la « quatrième pierre milliaire », contraint au [[w:Suicide_forcé|''suicide forcé'']] par l’empereur [[w:Néron|'''Néron''']] après avoir été dénoncé dans la [[w:Conjuration_de_Pison|''Conjuration de Pison'']], sans preuve selon [[w:Tacite|'''Tacite''']] [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/tacite/annales15.htm <sup>Annales, l.V, §§LX-LXVI.</sup>]) [[s:Auteur:Sénèque_le_Jeune|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –)}}] [[Fichier:Duble_herma_of_Socrates_and_Seneca_Antikensammlung_Berlin_03_.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Double-hermès du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], unique portrait de '''Sénèque''' nommé et authentifié, et associé à celui de '''Socrate''', dont le point commun est celui d’avoir été contraint de se donner la mort. Copie ''romaine'' d’un modèle fait du vivant même du philosophe [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA180#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –), Iconographie}}] [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA201#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>➕➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –), Iconographie - contribution de J. Lang}}].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Matériau : Marbre blanc-brunâtre, légèrement veiné, finement cristallin.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ''Rome'', 1813.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Staatliche Museen zu Berlin, Antikensammlung, SK. 391 [https://recherche.smb.museum/detail/698814/doppelherme-des-sokrates-und-seneca-mit-namensbeischriften-der-dargestellten <sup>🔍</sup>].]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Homme politique romain, philosophe stoïcien et dramaturge, il devient tour à tour conseiller à la cour impériale sous '''Caligula''' puis '''Claude''', est exilé en 41 en ''Corse'', où il écrit ses premiers traités philosophiques avant d’être rappelé comme tuteur du jeune '''Néron''' en 49, et enfin, lorsque ce dernier accède au pouvoir, en devient le conseiller et l’un des personnages les plus influents de l’Empire.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Sénèque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Sénèque_back|<span id="Sénèque"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Lucius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Annaeus|nomen, nom de famille}} {{Info|Seneca|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} === [[w:Sénèque#Physique|Questions naturelles]] === <p style="text-align: right;">[[s:Questions_naturelles|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage de philosophie naturelle écrit vers 65. Il ne s’agit pas d’une [[w:Encyclopédie|encyclopédie]] [[#encyclopédie|<span id="encyclopédie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] systématique comme l’[[w:Histoire_naturelle_(Pline_l'Ancien)|''Histoire naturelle'']] [[#Histoire_naturelle|<sup>⤵️</sup>]] de [[w:Pline_l'Ancien|'''Pline l’Ancien''']] [[#Pline_l’Ancien_I|<sup>⤵️</sup>]], bien que ces 2 œuvres représentent les rares ouvrages romains consacrés à l’étude du monde naturel. L’investigation de '''Sénèque''' se déroule principalement à travers la prise en compte des points de vue d’autres penseurs, ''grecs'' et ''romains'', bien qu’elle ne soit pas dénuée de pensées originales, dont éthiques conforment à la pensée ''stoïcienne''.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Questions naturelles|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#encyclopédie_back|<span id="encyclopédie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun [[w:Latin#Latin_humaniste|latin Renaissance]] encyclopaedīa [[wikt:en:encyclopaedia#Latin|(en)]]; de l’expression grec ancien ἐγκύκλῐος παιδείᾱ / enkúklios paideíā [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03927443/file/DONNADILLE-MR2-Pline-VERS-FINALE.pdf {{Info|<sup>🔍</sup>|Lisa Donnadille. Merveilles animalières dans les livres VIII à XI de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Littératures. 2020. ffdumas-03927443, p.21}}], « cercle de l’éducation ou des sciences, l’ensemble des sciences qui constituent une éducation complète »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἐγκύκλιος / enkúklios, littéralement « qui est rond ou tourne en rond, circulaire », ou au sens figuré « qui revient en cercle sur soi-même, périodique », « qui embrasse un cercle entier »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun παιδεία / paideía, « l’éducation »;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Si à première vue la signification de cette expression semble être sans ambiguïté, sa portée réelle et la compréhension qu’en avaient les auteurs grecs puis latins font l’objet de débats parmi les spécialistes. En effet, deux interprétations sont possibles lorsqu’un auteur de l’Antiquité a recours à cette expression dans l’un de ses textes. Dans le premier cas, cela équivaudrait à parler d’une éducation ordinaire, commune à tous ; et dans le second cas, cela ferait référence à la quantité de connaissances et de sciences qu’il faudrait maîtriser au préalable avant de commencer l’étude d’un sujet précis, qui serait dans ce cas placé en haut d’une hiérarchie dans les savoirs.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Lisa Donnadille. [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03927443/file/DONNADILLE-MR2-Pline-VERS-FINALE.pdf Merveilles animalières dans les livres VIII à XI de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Littératures. 2020. ffdumas-03927443], p.21'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ==== Livre III — De l’eau ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, Sénèque explique pourquoi il est plus important de s’intéresser à l’observation du monde, à sa connaissance et à sa compréhension plutôt qu’à sa conquête. Puis, il développe diverses théories sur la formation des rivières, les eaux souterraines et les propriétés de l’eau. Dans une critique morale aux chapitres XVII à XIX, il fustige la mauvaise pratique consistant à amener à table des poissons, notamment des rougets, vivants et à se délecter de leurs couleurs changeantes à l’agonie avant de les préparer devant les convives. En épilogue, il énonce son [[w:Eschatologie|''eschatologie'']], sa vision de la fin du monde où les êtres vivants seront anéantis par des raz-de-marée, marquant la fin d’un cycle du vivant et le début d’un autre.</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la doctrine de '''Thalès''' faisant de l’eau l’élément à l’origine de la vie et critique d’une autre de la terre flottant dessus.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''13.''' Adiciam, ut '''Thales''' ait, «ualentissimum elementum est». Hoc fuisse primum putat, ex hoc surrexisse omnia. Sed nos quoque aut in eadem sententia, aut in uicinia eius sumus. Dicimus enim ignem esse qui occupet mundum et in se cuncta conuertat; hunc euanidum languentemque considere et nihil relinqui aliud in rerum natura igne restincto quam umoren; in hoc futuri mundi spem latere. Ita ignis exitus mundi est, umor primordium. Miraris ex hoc posse amnes semper exire qui pro omnibus fuit et ex quo sunt omnia? Hic umor in diductione rerum ad quartas redactus est, sic positus ut sufficere fluminibus edendis, ut riuis, ut fontibus posset.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''14.''' Quae sequitur '''Thaletis''' inepta sententia est. Ait enim terrarum orbem aqua sustineri et uehi more nauigii mobilitateque eius fluctuare tunc cum dicitur tremere; non est ergo mirum si abundat umor ad flumina profundenda, cum in umore sit totus. Hanc ueterem et rudem sententiam explode. Nec est quod credas in hunc orbem aquam subire per rimas et facere sentinam.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n261/mode/2up ''Liber Tertivs.''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n293/mode/2up ''chap. 13.-14.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' Aqua, ait '''Thales''', valentissimum elementum est : hoc fuisse primum putat, et hoc surrexisse omnia. Sed et nos quoque aut in eadem sententia, aut in ultima sumus. Dicimus enim ignem esse, qui occupet mundum, et in se cuncta convertat ; hunc evanidum considere, et nihil relinqui aliud in rerum natura, igne restincto, quam humorem : in hoc futuri mundi spem latere. Ita ignis exitus mundi est, humor primordium. Miraris amnes ex hoc posse exire semper, qui pro omnibus fuit, et ex quo sunt omnia? Hic humor in diductione rerum ad quartas redactus est, sic positus, ut fluminibus edendis sufficere, ut rivis, ut fontibus posset. Quæ sequitur, '''Thaletis''' inepta sententia est : ait enim , terrarum orbem aqua sustineri, et vehi more navigii, mobilitateque ejus fluctuare, tum quum dicitur tremere. Non est ergo mirum, si abundat humor ad flumina fundenda, quum mundus in humore sit totus. Hanc veterem et rudem sententiam explode : nec est quod credas, in hunc orbem aquam subire per rimas et facere sentiuam.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA327#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Troisième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA342#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' L’eau, dit '''Thalès''', est le plus puissant des éléments, le premier en date, celui par qui tout a pris vie. Nous pensons comme '''Thalès''', au moins sur le dernier point. En effet, nous prétendons que le feu doit s’emparer du monde entier et convertir tout en sa propre substance, puis s’évaporer, s’affaisser, s’éteindre et ne rien laisser autre chose dans la nature que l’eau ; qu’enfin l’eau recèle l’espoir du monde futur. Ainsi périra par le feu cette création dont l’eau fut le principe. Es-tu surpris que des fleuves sortent incessamment d’un élément qui a tenu lieu de tout, et duquel tout est sorti ? Quand les éléments furent séparés les uns des autres, l’eau fut réduite au quart de l’univers, et placée de manière à suffire à l’écoulement des fleuves, des ruisseaux, des fontaines. Mais voici une idée absurde de ce même '''Thalès'''. Il dit que la terre est soutenue par l’eau sur laquelle elle vogue comme un navire ; qu’à la mobilité d’un tel support sont dues les fluctuations qu’on appelle tremblements de terre. Ce ne sera donc pas merveille qu’il y ait assez d’eau pour entretenir les fleuves, si tout le globe est dans l’eau. Ce système grossier et suranné n’est que risible ; tu ne saurais admettre que l’eau pénètre notre globe par ses interstices, et que la cale est entr’ouverte.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_3|''Livre III. chap. 13.'']], traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles3.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' L’eau, dit '''Thalès''', est le plus puissant des éléments : elle existait avant tout, elle est le principe de tout. Nous pensons comme '''Thalès''', au moins sur le dernier point. En effet, nous croyons que le feu, s’emparant du monde entier, convertira tout en sa propre substance : mais il finira par cesser ses ravages, et quand il sera éteint, dans toute la nature il ne restera que l’eau, et cette eau renfermera le germe et l’espérance d’un monde futur. Ainsi par le feu s’accomplira la destruction de l’univers, et par l’eau sa réorganisation. Êtes-vous surpris, maintenant, qu’après avoir tenu lieu de tous les éléments, et les avoir produits tous, l’eau suffise à l’entretien perpétuel des fleuves ? Quand les éléments furent séparés les uns des autres, l’eau fut réduite au quart de l’univers, et dans une proportion convenable pour suffire à l’alimentation des fontaines, des ruisseaux et des rivières. Mais voici une idée absurde du même '''Thalès''' : il dit que la terre est soutenue par l’eau, et qu’elle flotte sur elle comme un navire ; que les tremblements de terre sont causés par les oscillations et les mouvements du fluide qui la soutient. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait assez d’eau pour alimenter les fleuves, puisque tout le globe est dans l’eau. Mais rejetons cette vieille et informe hypothèse, qui assimile les sources aux flots que la cale entr’ouverte laisse pénétrer dans le vaisseau.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA327#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Troisième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA342#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. III.'''<br />''Opiniõ de Thales touchant l’eau.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L’eau , comme dit '''Thales''' , e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>t</nowiki> le plus fort des Elemens. Il croit me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le premier , & que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es en ont pris nai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance. Pour moy ie {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uis de cette opinion , ou du moins de la derniere partie de cette opinion. Car nous [[#nous_stoiciens_NdT_dR|<span id="nous_stoiciens_NdT_dR_back"><sup>1</sup></span>]] di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le feu qui enueloppera tout le monde , & qui conuertira en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es; qu’il deuiendra {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans force quand il n’aura plus de nourriture , qu’apres que le feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}era e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}teint il ne demeurera rien de re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te à la nature que l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement , & que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t en elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule que con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}perance d’vn monde futur. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le feu e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t la fin du monde , & l’eau en e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le commencement. Vous e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonnez-vous donc que les fleuues pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir d’vn Element , qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t fait pour toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es & dont toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e font ? Lors que la nature fit le departement des Elemens , l’eau fut placée de telle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte , qu’elle peut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uffire pour les fleuues , pour les rui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux , pour les fontaines. Mais ce que '''Thales''' dit en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uitte e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ridicule , car il dit que le Globe de la terre e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenu par les eaux ; qu’elles le portent comme vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau , & qu’elles l’agitent de la me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte , lors que nous croyons qu’il tremble. Il ne faut donc pas s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonner , s’il ya tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ez d’eau pour former de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i grands fleuues , puis que tout le monde nage fur l’eau. Mais me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ez cette vieille , & cette gro{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iere opinion , & ne croyez pas que l’eau vienne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la terre , comme par des fentes & par des creua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es , & qu’elle y {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement comme dans le fond d’vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#nous_stoiciens_NdT_dR_back|<span id="nous_stoiciens_NdT_dR"><sup>1.</sup></span>]] Les Stoïciens.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA202#v=onepage&q&f=true ''Livre Troisiesme. Des eaux.''], [https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA234#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ==== Livre IV — Du Nil ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, '''Sénèque''' fait l’éloge de [[w:Lucilius_le_Jeune|'''Lucilius''']] [[#Lucilius|<span id="Lucilius_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] avant de lui expliquer les dangers de la flatterie. Puis, il décrit la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Nil_back|<sup>🔄</sup>]], expose les théories tentant de l’expliquer et les réfute. En épilogue, il fait le procès du luxe, et plus particulièrement celui d’acheter de la neige, et donc de marchandiser l’eau, regrettant qu’on ne puisse faire de même avec l’air et le soleil.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Lucilius|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Lucilius_back|<span id="Lucilius"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Lucilius [[wikt:en:Lucilius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Gouverneur ''romain'' de Sicile durant le règne de [[w:Néron|Néron]], ainsi qu’un ami et un correspondant de Sénèque.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], [[w:Campanie#Histoire|''Campanie'']], [[w:Quatorze_régions_de_la_Rome_augustéenne#Regio_I_:_Porte_Capène|''Regio I'']])'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Sénèque''' d’une théorie explicite de '''Thalès''' sur la crue du ''Nil'' (théorie identique mais supposément implicite rapportée par [[w:Hérodote|'''Hérodote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Chapitre_XX|<sup>🔄</sup>]]).</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''2.''' [...] Si '''Thaleti''' credis, etesiae descendenti ''Nilo'' resistunt et cursum eius acto contra ostia mari sustinent. Ita reuerberatus in se recurrit, nec crescit, sed exitu prohibitus resistit et quacumque mox potuit ui congestus erumpit. '''Euthymenes''' ''Massiliensis'' testimonium dicit: «Nauigaui, inquit, ''Atlanticum'' mare. Inde ''Nilus'' fluit, maior, quamdiu etesiae tempus obseruant; tunc enim eicitur mare instantibus uentis. Cum resederunt, et pelagus conquiescit minorque descendenti inde uis ''Nilo'' est. Ceterum dulcis mari sapor est et similes ''Niloticis'' beluae». Quare ergo, si ''Nilum'' etesiae prouocant, et ante illos incipit incrementum eius et post eos durat? Praeterea non fit maior quo illi flauere uehementius, nec remittitur incitaturque, prout illis impetus fuit; quod fieret, si illorum uiribus cresceret. Quid quod etesiae litus ''Aegyptium'' uerberant et contra illos ''Nilus'' descendit, inde uenturus unde illi, si origo ab illis esset? Praeterea ex mari purus et caeruleus efflueret, non, ut nunc, turbidus ueniret. Adde quod testimonium eius testium turba coarguitur. Tunc erat mendacio locus; cum ignota essent externa, licebat illis fabulas mittere. Nunc uero tota exteri maris ora mercatorum nauibus stringitur, quorum nemo narrat initium ''Nili'' aut mare saporis alterius: quae natura credi uetat, quia dulcissimum quodque et leuissimum sol trahit. Praeterea quare hieme non crescit? Et tunc potest uentis concitari mare, aliquanto quidem majoribus; nam etesiae temperati sunt. Quod si e mari ferretur ''Atlantico'', semel oppleret ''Aegyptum''. At nunc per gradus crescit.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n7/mode/2up ''Liber Qvartvs A.''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n41/mode/2up ''chap. 2.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] Si '''Thaleti''' credis, Etesiæ descendenti ''Nilo'' resistunt, et cursus ejus acto contra ostia mari sustinent : ita reverberatus in se recurrit : nec crescit, sed exitu prohibitus resistit, et quacumque mox potuit, inconcessus erumpit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Euthymenes''' ''Massiliensis'' testimonium dicit : « Navigavi, inquit, ''Atlanticum'' mare. Inde ''Nilus'' fluit major, quamdiu Etesiæ tempus observant : tunc enim ejicitur mare instantibus ventis. Quum resederint, et pelagus conquiescit, minorque descendenti inde vis ''Nilo'' est. Ceterum dulcis maris sapor est, et similes ''Niloticis'' belluæ. » Quare ergo, si ''Nilum'' Etesiæ provocant, et ante illos incipit incrementum ejus, et post eos durat ? Præterea non fit major, quo illi flavere vehementius. Nec remittitur, incitaturque, prout illis impetus fuit : quod fieret, si illorum viribus cresceret. Quid, quod Etesiæ littus ''ægyptium'' verberant, et contra illos ''Nilus'' descendit, inde venturus, unde illi, si origo ab illis esset ? Præterea ex mari purus et cæruleus efflueret, non ut nunc turbidus venit. Adde, quod testimonium ejus testium turba coarguitur. Tunc erat mendacio locus, quum ignota essent externa. Licebat illis fabulas mittere. Nunc vero tota exteri maris ora mercatorum navibus stringitur : quorum nemo narrat nunc cæruleum ''Nilum'', aut mare saporis alterius ; quod et natura credi vetat, quia dulcissimum quodque et levissimum sol trahit. Præterea quare hieme non crescit ? et tunc potest ventis concitari mare, aliquando quidem majoribus ; nam Etesiæ temperati sunt. Quod si e mari ferretur ''Atlantico'', semel oppleret ''Ægyptum''. At nunc per gradus crescit.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA371#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Quatrième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA385#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] À en croire '''Thalès''', les vents étésiens repoussent le ''Nil'' à sa descente dans la mer, et suspendent son cours en poussant la mer contre ses embouchures. Ainsi refoulé, il revient sur lui-même, sans pour cela grossir ; mais l’issue lui étant barrée, il s’arrête, et bientôt, partout où il le peut, force le passage qui lui est refusé. [[w:Euthymènes|'''Euthymène''']] [[#Euthymènes|<span id="Euthymènes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], de ''Marseille'', en parle comme témoin : « J’ai navigué, dit-il, sur la mer ''Atlantique''. Elle cause le débordement du ''Nil'', tant que les vents étésiens se soutiennent ; car c’est leur souffle qui alors pousse cette mer hors de son lit. Dès qu’ils tombent, la mer aussi redevient calme, et le ''Nil'' à sa descente déploie moins de puissance. Du reste, l’eau de cette mer est douce, et nourrit des animaux semblables à ceux du ''Nil''. » Mais pourquoi, si les vents étésiens font gonfler le ''Nil'', la crue commence-t-elle avant la saison de ces vents, et dure-t-elle encore après ? D’ailleurs le fleuve ne grossit pas à mesure qu’ils soufflent plus violemment. Son plus ou moins de fougue n’est point réglé sur celle des vents étésiens, ce qui aurait lieu, si leur action le faisait hausser. Et puis ils battent la côte ''égyptienne'', le ''Nil'' descend à leur encontre : il faudrait qu’il vînt du même point qu’eux, si son accroissement était leur ouvrage. De plus, il sortirait pur et azuré de la mer, et non pas trouble comme il est. Ajoute que le témoignage d’'''Euthymène''' est réfuté par une foule d’autres. Le mensonge avait libre carrière, quand les plages étrangères étaient inconnues ; on pouvait de là nous envoyer des fables, À présent, la mer extérieure est côtoyée sur tous ses bords par des trafiquants dont pas un ne raconte qu’aujourd’hui le ''Nil'' soit azuré ou que l’eau de la mer soit douce. La nature elle-même repousse cette idée ; car les parties les plus douces et les plus légères sont pompées par le soleil. Et encore pourquoi le ''Nil'' ne croît-il pas en hiver ? Alors aussi la mer peut être agitée par des vents quelque peu plus forts que les étésiens, qui sont modérés. Si le mouvement venait de l’Atlantique, il couvrirait tout d’un coup l’Égypte : or l’inondation est graduelle.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_4|''Livre IV.'']] ''chap. 2.'', traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles4.htm ici])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Joseph Baillard de 1914|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Euthymènes_back|<span id="Euthymènes"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὐθυμένης / Euthuménēs [[wikt:en:Εὐθυμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ de l’adjectif εὐθύς / euthús, « 1. Droit, direct : (au sens moral) direct, ouvert, franc. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ + du nom commun μενος / ménos, « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ + du suffixe nominal‎ propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Navigateur et explorateur de la mer Extérieure le long des côtes africaines (actuelle Atlantique sud).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIeme_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Marseille_antique#Massalia,_une_cité_grecque|''Massalia'']], actuelle Marseille)'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] Selon '''Thalès''', le phénomène a pour cause les vents Étésiens, qui s’opposent au cours du ''Nil'' et font rebrousser ses eaux en sens inverse du mouvement qui le porte vers la mer. Refoulés sur eux-mêmes, les flots refluent sans pour cela grossir ; mais l’issue leur étant fermée, ils s’arrêtent, et bientôt ils s’ouvrent partout où ils peuvent le passage qui leur est refusé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Euthymène''' de ''Marseille'' en parle comme témoin : « J’ai navigué, dit-il, sur la mer ''Atlantique''. Le ''Nil'' roule des eaux plus abondantes, tant que durent les vents Étésiens ; car alors ils refoulent la mer sur le fleuve. Dès qu’ils se sont abattus et que la mer est devenue calme, le ''Nil'', qui peut redescendre vers celle-ci, diminue. Au reste, les eaux de cette mer sont douces et contiennent des animaux semblables à ceux du ''Nil''. » Dans cette hypothèse, qui donne les vents Étésiens pour cause des crues du ''Nil'', qu’on me dise pourquoi ces crues précèdent les vents, persistent quand les vents ne sont plus, enfin n’augmentent plus d’intensité et de violence, et ne diminuent pas selon la violence et l’impétuosité du vent même ; c’est pourtant ce qui devrait arriver, si les vents déterminaient la hausse des eaux. De plus, les vents Étésiens battent directement la côte ''égyptienne'' : pourquoi donc le ''Nil'' descend-il contre le souffle de ces vents, tandis qu’il devrait couler dans la même direction, s’il leur devait ses débordements ? Enfin, pourquoi, au lieu d’être diaphanes et azurés, ces flots, qu’on fait venir de la mer, sont-ils chargés de limon ? Ajoutez qu’une foule de témoignages réfutent '''Euthymène'''. On pouvait mentir, quand les plages étrangères étaient inconnues : c’était alors le temps des fables ; mais aujourd’hui mille vaisseaux marchands côtoient la mer extérieure ; personne ne dit que le ''Nil'' ait des flots d’azur ; personne ne donne à la mer une saveur douce, que la nature refuse à ses eaux : car le soleil en pompe sans cesse la partie la plus douce et la plus légère ; ensuite pourquoi le ''Nil'' ne croîtrait-il point pendant l’hiver ? la mer alors peut être battue par les vents, par des vents plus violents que les Étésiens, qui sont modérés. Enfin, si le mouvement venait de l’Atlantique, l’Égypte entière serait inondée tout d’un coup : or, l’inondation est graduelle.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA371#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Quatrième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA385#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. II.'''<br />''En quelle fai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>ó</nowiki> {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait l’accroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du Nil.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...] Si vous en croyez '''Thales''' , les vents Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tent au ''Nil'' en de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cendant dans la mer; & arre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on cours, en pou{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant la mer contre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ept emboucheures. Si bien qu’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant repou{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte il retourne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy-me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me , & ne croi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas comme l’on pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e , mais par ce qu’il trouue vn ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tacle qui l’empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}che de pa{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er outre , il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t contraint de s’arre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ter , & ne pouuant plus pour{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uiure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a cour{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e , il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pand par où il peut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e répandre. '''Euthimenes''' de ''Mar{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eille'' en rend ce te{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}moignage. I’ay nauigé, dit il, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la mer ''Atlantique'' , & c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t par elle que le ''Nil'' deuient plus grand, lors que les vents Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent ; car alors cette mer {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ort pour ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i dire d’elle-me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me par la force & par la violence de ces vents. Mais lors qu’ils ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent plus la mer demeure tranquille, & le Nil ne trouue plus rien qui l’empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}che de de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cendre , Au re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te l’eau de la mer e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t douce en ce temps-là , & l’on y void des be{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblables à celles du Nil. Mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont enfler le Nil, pourquoy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on débordement commence il auant qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent & pourquoy dure - il encore lors qu’ils ont ce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouffler. Dauantage ils ne s’enfle pas plus que de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tume , quand ces vents {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent auecque plus de violence qu’ils ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont ordinairement. Enfim il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e hau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e & ne s’abai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon que leur impetuo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t plus ou moins grande , ce qui arriveroit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans doute s’il s’enfloit par la force de ces véts. Mais comme les Ete{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens battent directement les bords de l’Egypte, & que le Nil de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cend contre eux ; il faudroit s’ils e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toient cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on accroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement , qu’il commença{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t par l’endroit d’où ils viennent. Outre cela il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortiroit tout pur de la mer, & de la couleur de la mer, & ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit pas trouble & limonneux , comme il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. Et apres tout le te{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}moignage d’'''Euthimene''' , e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t condamné par le plus grand nombre. Il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit permis de mentir quand on n’auoit point de connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance des pays e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trangers ; & alors on pouuoit facilement nous en enuoyer des fables. Mais aujourd’huy tous les riuages des mers les plus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}loignées {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont remplis de vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux de marchands, & pas vn ne nous apporte que le ''Nil'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit de la couleur de la mer, ou que la mer ait vn autre gou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. Quand nous aurions des rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons pour nous la per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uader , la nature nous empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cheroit de le croire par ce que le Soleil en attire ce qu’il y a de plus leger & de plus doux. Dauantage pourquoy ne croi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-il pas en Hyuer , puis que la met en ce temps là peut e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre agitée par des vents plus violents, que les Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours moderez. Que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le ''Nil'' venoit de la mer ''Atlantique'' , il couuriroit l’Egypte tout d’vn coup, & neantmoins il ne la couure que peu à peu.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA3#v=onepage&q&f=true ''Livre Qvatriesme. De la Nege, de la Greſle, & de la Pluye.''], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA37#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ==== Livre VI — Des tremblements de terre ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, '''Sénèque''' énonce le plan du livre, des causes des tremblements de terre et des peurs qu’ils provoquent, en s’appuyant sur celui de ''Campanie'' qui a récemment causé d’importants dégâts à ''Pompéi'' et à ''Herculanum''. Des chapitres IV à XX, de nombreuses théories sismiques sont présentées, la plupart liées au nom d’un philosophe qui les prône. Le feu, l’eau et l’air sont cités comme causes, et plusieurs d’entre-elles les combinent. À partir du chapitre XXIV, '''Sénèque''' développe sa propre opinion : l’air pénétrant, qui remplit complètement les cavités souterraines sous une forte pression, en est la cause. En épilogue, il explique à '''Lucilius''' quel comportement adopté en de telles situations, à savoir être courageux en ne craignant pas la mort</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation d’une théorie de '''Thalès''' de la Terre flottant sur l’eau, et témoignage d’une de ses preuves portant sur les tremblements de terre.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''6.''' In aqua causam esse nec ab uno dictum est nec uno modo. '''Thales''' ''Milesius'' totam terram subiecto iudicat umore portari et innare, siue illud oceanum uocas, siue magnum mare, siue alterius naturae simplicem adhuc aquam et umidum elementum. Hac, inquit, unda sustinetur orbis uelut aliquod grande nauigium et graue his aquis quas premit. Superuacuum est reddere causas propter quas existimat grauissimam partem mundi non posse spiritu tam tenui fugacique gestari; non enim nunc de situ terrarum sed de motu agitur. Illud argumenti loco ponit aquas esse in causa quibus hic orbis agitetur, quod in omni maiore motu erumpunt fere noui fontes, sicut in nauigiis quoque euenit ut, si inclinata sunt et abierunt in latus, aquam sorbeant, quae in omni eorum onere quae uehit, si immodice depressa sunt, aut superfunditur aut certe dextra sinistraque solito magis surgit. Hanc opinionem falsam esse non est diu colligendum. Nam, si terra aqua sustineretur et ea aliquando concuteretur, semper moueretur, nec agitari illam miraremur sed manere; deinde tota concuteretur, non ex parte; numquam enim nauis dimidia iactatur. Nunc uero terrarum non uniuersarum sed ex parte motus est. Quomodo ergo fieri potest ut, quod totum uehitur, totum non agitetur, si eo quo uehitur agitatum est? — At quare aquae erumpunt? — Primum omnium saepe tremuit terra et nihil umoris noui fluxit. Deinde, si ex hac causa unda prorumperet, a lateribus terrae circumfunderetur, sicut in fluminibus ac mari uidemus incidere ut incrementum aquarum, quotiens nauigia desidunt, in lateribus maxime appareat. Ad ultimum non tam exigua fieret quam tu dicis eruptio nec uelut per rimam sentina subreperet, sed fieret ingens inundatio ut ex infinito liquore et ferente uniuersa.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n135/mode/2up ''Liber Qvintvs - De terrae motv''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n155/mode/2up ''chap. 6.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' In aqua causam esse, nec ab uno dictum est, nec uno modo. '''Thales''' ''Milesius'' totam terram subjecto judicat humore portari et innatare : sive illud Oceanum vocas, sive magnum mare, sive alterius naturæ simplicem adhuc aquam et humidum elementum. Hac, inquit, unda sustinetur orbis, velut aliquod grande navigium et grave his aquis, quas premit. Supervacuum est reddere causas, propter quas existimat, gravissimam partem mundi non posse spiritu tam tenui fugacique gestari ; non enim nunc de situ terrarum, sed de motu agitur. Illud argumenti loco ponit, aquas esse in causa, quibus hic orbis agitatur, quod in omui majore motu erumpunt fere novi fontes : sicut in navigiis quoque evenit, ut, si inclinata sunt et abiere in latus, aquam sorbeant, quæ in omni onere eorum quæ vehit, si immodice depressa sunt, aut superfunditur, aut certe dextra sinistraque solito magis surgit. Hanc opinionem falsam esse, non est diu colligendum ; nam, si terram aqua sustineret, et ea aliquando concuteretur : semper moveretur, nec agitari illam miraremur, sed manere. Tum tota concuteretur, non ex parte : nunquam enim navis dimidia jactatur. Nunc vero non terrarum universarum, sed ex parte motus est. Quomodo ergo fieri potest, ut quod totum vehitur, totum non agitetur, si eo quo vehitur, agitatum est ? At quare aquæ erumpunt ? Primum omnium sæpe tremuit terra, et nihil humoris novi fluxit. Deinde si ex hac causa unda prorumperet, a lateribus terræ circumfunderetur : sicut in fluminibus ac mari videmus accidere, ut incrementum aquarum, quoties navigia desidunt, in lateribus maxime appareat. Ad ultimum non tam exigua fieret quam dicit eruptio, nec velut per rimam sentina subreperet, sed fieret ingens inundatio, ut ex infinito liquore, et ferente universa.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA420#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Sixième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA429#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' Que l’eau soit cause des tremblements de terre, c’est ce qu’affirment divers auteurs et avec divers arguments. '''Thalès''' de ''Milet'' estime que le globe entier a pour support une masse d’eaux sur laquelle il flotte, et qu’on peut appeler Océan ou grande mer, ou élément jusqu’ici de nature simple, l’élément humide. Cette eau, dit-il, soutient la terre ; et l’immense navire pèse sur le liquide qu’il comprime. Il est superflu d’exposer les motifs qui font croire à '''Thalès''' que la partie de l’univers la plus pesante ne saurait porter sur une substance aussi ténue, aussi fugace que l’air : il ne s’agit pas maintenant de l’assiette du globe, mais de ses secousses. '''Thalès''' apporte en preuve de son système, que presque toujours les grandes secousses font jaillir des sources nouvelles, comme il arrive dans les navires qui, lorsqu’ils penchent et s’inclinent sur le flanc, sont envahis par l’eau ; toujours, s’il y a surcharge, l’eau vient couvrir le bâtiment, ou du moins s’élève à droite et à gauche plus que de coutume. La fausseté de cette opinion se démontre sans longs raisonnements. Si la terre était soutenue par l’eau, elle tremblerait quelquefois dans toute sa masse et toujours serait en mouvement ; ce ne serait pas son agitation qui étonnerait, mais son repos. Elle s’ébranlerait tout entière, non partiellement ; car ce n’est jamais la moitié seulement d’un navire qui est battue des flots. Or, les tremblements de notre terre ne sont pas universels, mais partiels. Comment serait-il possible qu’un corps porté tout entier par l’eau ne fût pas agité tout entier, quand ce fluide est agité ? « Mais d’où viennent les eaux qu’on a vues jaillir ? » D’abord, souvent la terre tremble, sans qu’il en sorte de nouvelles eaux. Ensuite, si telle était la cause de ces éruptions, elles n’auraient lieu qu’autour des flancs du globe ; ce que nous voyons arriver sur les fleuves et en mer : l’exhaussement de l’onde, à mesure que s’enfonce le navire, se remarque surtout aux flancs du bâtiment. Enfin l’éruption dont on parle ne serait pas si minime, et comme une voie d’eau qui s’infiltre par une fente légère ; l’inondation serait immense en raison de l’abîme infini sur lequel flotterait le monde.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_6|''Livre VI.'']] ''chap. 6.'', traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles6.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' Plusieurs philosophes ont prétendu que l’eau est la cause de ces secousses : ce que chacun explique à sa manière. '''Thalès''' de ''Milet'' prétend que le globe entier a pour support une masse d’eau sur laquelle il flotte ; peu importe qu’on donne à cet amas le nom d’Océan, de grande mer ou d’eau élémentaire, eau simple. Cette eau, dit-il, soutient la terre comme un grand vaisseau pesant sur le liquide qu’il comprime. Il est inutile d’exposer les raisons qui font croire à '''Thalès''' que le corps le plus pesant de la nature ne peut être soutenu par un fluide aussi délié et aussi rare que l’air : car il s’agit ici des tremblements de terre et non de l’assiette du globe. La grande raison de '''Thales''' pour faire de l’eau la cause des secousses de la terre, c’est que, dans tout tremblement considérable, jaillissent des eaux nouvelles ainsi les vaisseaux se remplissent d’eau quand ils penchent d’un côté ; chargés à l’excès, ou ils sont submergés, ou ils s’enfoncent à droite et à gauche plus profondément dans la mer. Il ne faut pas longtemps discuter pour voir la fausseté de cette opinion. Si la terre était soutenue par les eaux, elle serait quelquefois fortement ébranlée, mais de plus elle serait toujours flottante, et il faudrait s’étonner non de son agitation , mais de son repos ; enfin, au lieu d’être ébranlée en partie, elle le serait tout entière : car jamais la moitié d’un vaisseau n’est battue des flots. Or, on sait que les secousses de la terre sont partielles et non universelles : comment se ferait-il donc que ce qui est entièrement porté par les eaux ne fût pas entièrement agité, tandis que les eaux mêmes le sont en totalité ? Mais, dit-on, qui fait jaillir les eaux ? D'abord, souvent la terre tremble sans qu’il se produise des eaux nouvelles ; ensuite, si telle était la cause de ces éruptions, les eaux se répandraient latéralement autour de la terre. Ainsi, par exemple, quand un vaisseau s’enfonce ou dans la mer ou dans les fleuves, c’est vers les bords surtout que l’accroissement devient sensible. Enfin les sources qui jaillissent ne seraient pas si peu considérables ; on ne pourrait pas les comparer à une voie d’eau qui pénètre par les fentes du fond de cale : ce serait une inondation immense comme l’abîme infini sur lequel flotterait le monde.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA420#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Sixième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA429#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. VI.'''<br />''Si l’eau e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>t</nowiki> la cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e des tréblemés de terre.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ce n'e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas vn homme {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eul qui a dit , que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e du tremblement de la terre ; & l’on ne l’a pas dit d’vne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule façó. '''Thales''' ''Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ien'' a crû que toute la terre e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit portée {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’eau , & qu’elle y nageoit, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit que vous appelliez cette eau Ocean, ou que vous l’appelliez grade mer, ou vne eau d’vne autre nature , eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}imple , element humide. C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette eau, dit-il, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenu, comme quelque vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau d’vne grandeur deme{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urée , qui charge les eaux qui le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiennent. Il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit inutile de rapporter les rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons qui luy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont croire que la plus pe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ante partie du móde ne peut e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenuë par l’air qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubtil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i fluide & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i delié ; & d’ailleurs, il ne s’agit pas icy de l’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iete de la terre , mais du tremblement de la terre. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i pour preuue que les eaux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que la terre tremble , il dit qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que point de grands tremblemens de terre, qu’on n’en voye {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uitte de nouuelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ources; que la terre re{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble en cela aux vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux qui ne peuuent pancher d’vn co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té, qu’ils ne pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de l’eau, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pand {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur toutes les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es qu’ils portent , {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont trop enfoncées; ou qui s’éleue de part & d’autre à la gauche , & à la droite. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas besoin d’vn long di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cours pour montrer la fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eté de cette opinion ; car {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenoit la terre, quelquesfois elle trembleroit toute entiere, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours en mouuement; & nous ne nous e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonnerions point de la voir remuer, mais de la voir ferme & inébranlable. Elle trembleroit toute entiere , & non pas en partie , car vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t iamais agité par vne moitié {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement ; & apres tout nous voyons que le tremblement ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pas de toute la terre , mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement d’vne partie. Comment donc {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e peut-il faire que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t porté tout entier ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit pas entierement agité , {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me qui porte e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meuë & agitée ? Mais pourquoy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ort-il de l’eau apres vn tremblement de terre ? Premierement la terre a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuent tremblé {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans qu’on en ayt veu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir de nouuelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ources. D’ailleurs {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortoit par cette rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pandroit par les co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tez de la terre , comme nous voyons dans les fleuues & dans la mer , où lors que le vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau s’enfonce on remarque que l’eau s'éleue , principalement par les co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tez. Enfin ces eaux ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortiroient pas en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i petite quantité, ny par vne fi petite ouuerture , mais il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit vne grande inondation, comme procedant de cette abondance d’eaux qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiennent tout l’vniuers.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA141#v=onepage&q&f=true ''Livre Sixiesme. Des tremblemens de terre.''], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA164#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Pline_l%27Ancien|'''Pline l’Ancien''']] [[#Pline|<span id="Pline_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:23|23]]/[[w:24|24]], à [[w:Côme|''Novum Comum'']] ou [[w:Vérone|Vérone]] — [[w:79|79]], à [[w:Stabies|Stabies]], [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|mort]] par asphyxie près de [[w:Pompéi|Pompéi]], lors de l’éruption du [[w:Vésuve|Vésuve]], en voulant observer le phénomène au plus près et en désirant porter secours aux victimes, alors en poste à [[w:Misène|''Misène'']] en tant que Préfet commandant la flotte militaire ''romaine'') <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Pline_l’Ancien|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=tRsuD3WJT-UC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA876#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Va, §204 - Plinius Secundus (Caius —)}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Haut fonctionnaire militaire et civique, issu de l’[[w:Chevalier_romain|''orde équestre'']], et écrivain prolifique dans de très nombreux domaines.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Pline l’Ancien|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Pline_back|<span id="Pline"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Plinius|nomen, nom de famille}} {{Info|Secundus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} === [[w:Histoire_naturelle_(Pline_l'Ancien)|Histoire naturelle]] === <p style="text-align: right;">[[s:Histoire_naturelle_(Pline)|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage de 37 livres dédié à l’empereur [[w:Titus_(empereur_romain)|'''Titus''']] [[#Titus|<span id="Titus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], dont il a été le ''{{Lang|la|contubernium}}'' pendant son service en tant que commandant des armées du ''Rhin'' en ''Germanie'' en [[w:47|47]]. '''Pline''' définit lui-même son enquête [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Histoire/Enquête_I|<sup>🔄</sup>]] sur la nature comme une reproduction de la vie — ''{{Lang|la|rerum natura, hoc est uita narratur}}'' (Livre I, Préface, 10), qu’il inscrit dans la tradition encyclopédique [[#encyclopédie_back|<sup>⤴️</sup>]] grecque mais s’en différencie par son exhaustivité : ''{{Lang|la|Jam omnia attingenda, quæ Græci}}'' ''{{Lang|grc|τάς έγχυχλοπαιδείας}}'' ''{{Lang|la|vocant : et tamen ignota aut incerta ingeniis facta; alia vero ita multis prodita, ut in fastidium sint adducta}}'' (Préface, 11). Il a, dans ce but, compilé « vingt mille faits dignes d’intérêt, tirés de la lecture d’environ deux mille volumes, [...] provenant de cent auteurs de choix » — ''{{Lang|la|Viginti millia rerum dignarum cura ex lectione voluminum circiter duum millium, [...] ex exquisitis auctoribus centum}}'' (Préface, 13).</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Titus|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Titus_back|<span id="Titus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Titus [[wikt:en:Titus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Commandant militaire, notamment pendant la [[w:Premi%C3%A8re_guerre_jud%C3%A9o-romaine|''première guerre judéo-romaine'']], au cours de laquelle il prend ''Jérusalem'' que ses troupes mettent à sac et fait détruire le [[w:Second_temple_de_Jérusalem#Destruction|''Second Temple'']], et empereur ''romain'', de la dynastie des [[w:Flaviens|''Flaviens'']], de [[w:79|79]] à [[w:81|81]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(30 décembre [[w:39|39]] , ''Rome'' — 13 septembre [[w:81|81]], mort par fièvre selon [[w:Suétone|Suétone]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/suetone/titus.htm <sup>VdDC, Titus</sup>] ou par empoisonnement avec du venin de [[w:Aplysia|''lièvre marin'']] par son propre frère [[w:Domitien|Domitien]] selon [[w:Philostrate_d%27Ath%C3%A8nes|Philostrate]] [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/apollonius6.htm <sup>AdT, l. VI, chap. 32</sup>])<sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ==== Livre II ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Enquête sur l’astronomie et la physique du monde, basée sur les quatre éléments : air, terre, eau et feu.</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre IX.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la première prédiction grecque d’une éclipse solaire (ou lunaire selon les traductions) par '''Thalès'''.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IX.''' Et rationem quidem defectus utriusque primus ''Romani'' generis in vulgus extulit '''Sulpicius Gallus''', qui consul cum '''Marcello''' fuit, sed tum tribunus militum, sollicitudine exercitu liberato, pridie quam '''Perseus''' rex superatus a '''Paulo''' est, in concionem ab imperatore productus ad prædicendam eclipsim, mox et composito volumine. Apud Græcos autem investigavit primus omnium '''Thales''' ''Milesius'', Olympiadis XLVIII anno quarto, prædicto solis defectu, qui '''Alyatte''' rege factus est, Urbis conditæ; anno CLXX. Post eos utriusque sideris cursum in sexcentos annos præcinuit '''Hipparchus''', menses gentium, diesque et horas, ac situs locorum, et visus populorum complexus, ævo teste, haud alio modo, quam consiliorum naturæ particeps. Viri ingentes supraque mortalium naturam, tantorum numinum lege deprehensa, et misera hominum mente absoluta, in defectibus scelera aut mortem aliquam siderum pavente (quo in metu fuisse '''Stesichori''' et '''Pindari''' vatum sublimia ora palam est deliquio Solis), et in Luna veneficia arguente mortalitate, et ob id crepitu dissono auxiliante. Quo pavore, ignarus causæ, '''Nicias''' ''Atheniensium'' imperator, veritus classem portu educere, opes eorum afflixit. Macti ingenio este, cæli interpretes, rerumque naturæ capaces, argumenti repertores, quo deos hominesque vinxistis. Quis enim hæc cernens, et statos siderum (quoniam ita placuit appellare) labores, non suæ necessitati mortalis genitus ignoscat ? Nunc confessa de iisdem breviter atque capitulatim attingam, ratione admodum necessariis locis strictimque reddita : nam neque instituti operis talis argumentatio est : neque omnium rerum afferri posse causas, minus mirum est, quam consfare in aliquibus.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/98/mode/2up ''Livre II.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/106/mode/2up ''chap. IX.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/130|ici]] et 1829 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f45.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IX.''' Le premier ''Romain'' qui exposa publiquement la théorie des éclipses du soleil et de la lune est [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<sup>🔄</sup>]], qui fut consul avec [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Marcellus-166_back|<sup>🔄</sup>]], mais qui alors était tribun militaire. La veille du jour où [[w:Persée_(roi)|'''Persée''']] [[#Persée_(roi)|<span id="Persée_(roi)_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] fut défait par [[w:Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus|'''Paul-Emile''']] [[#Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus|<span id="Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] il parut par ordre du général, afin de prévenir les alarmes de l’armée, devant les troupes assemblées pour annoncer l’éclipse qui allait survenir; peu de temps après, il composa un livre sur ce sujet. Le premier qui s’en occupa chez les ''Grecs'' fut '''Thalès''' de ''Milet'', dans la quatrième année de la quarante-huitième olympiade (an 585 av. J. C. [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#éclipse_back|<sup>🔄</sup>]]), l’an 170 de la fondation de ''Rome'', et prédit une éclipse de lune qui arriva sous le roi [[w:Alyatte_II|'''Alyatte''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alyatte_back|<sup>🔄</sup>]]. Après eux, [[w:Hipparque_(astronome)|'''Hipparque''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hipparque_back|<sup>🔄</sup>]] dressa pour six cents ans la table du cours du soleil et de la lune, déterminant les mois des divers calendriers, les jours, les heures, les localités et les aspects, suivant les contrées. Le cours des ans ne lui a donné aucun démenti, et il semble avoir été admis aux conseils de la nature. Génies puissants et élevés au dessus de l’humanité, ils ont découvert la loi qui régit ces grandes divinités, et ils ont délivré de ses craintes l’esprit misérable des hommes, qui dans les éclipses, tantôt croyaient voir une influence malfaisante ou une espèce de mort des astres, crainte qui, comme on sait, a, pour l’éclipse du soleil, troublé [[w:Stésichore|'''Stésichore''']] [[#Stésichore|<span id="Stésichore_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] et [[w:Pindare|'''Pindare''']] [[#Pindare|<span id="Pindare_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], poètes sublimes, et tantôt attribuaient l’obscurcissement de la lune à des maléfices, et lui venaient en aide par un bruit dissonnant. Redoutant ce phénomène, dont il ignorait la cause, [[w:Nicias|'''Nicias''']] [[#Nicias|<span id="Nicias_back"><sup>'''V'''</sup></span>]], général des ''Athéniens'', n’osa pas faire sortir la flotte du port de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], et ruina la puissance de sa patrie. Redoublez de génie, interprètes du ciel, vous dont l’intelligence, embrassant la nature, a inventé des théories qui ont créé un lien entre les dieux et les hommes [[#Vicistis_JH|<span id="Vicistis_JH_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ! A la vue de ce spectacle, à la vue des labeurs (puisque c’est le nom qu’on a voulu donner aux éclipses), des labeurs réguliers auxquels les astres sont soumis, quel mortel ne pardonnerait à la nécessité sous laquelle il est né ? Maintenant je vais parler, d’une manière brève et sommaire, des points sur lesquels on est d’accord en cette matière. Je ne donnerai que de courtes explications, et là où il sera tout à fait nécessaire; car les explications n’entrent pas dans le plan de cet ouvrage, et il n’y a pas moins de mérite à énumérer les causes de toutes choses qu’à s’appesantir sur quelques-unes.</div> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Vicistis_JH_back|<span id="Vicistis_JH"><sup>1</sup></span>]] Vicistis Vulg. — Vinxistis cod. Dalech. — Vinxistis me parait meilleur. Comp. ce que dit Pline plus loin, ch. 24, sur l’affinité de l’esprit humain avec les astres.'''</td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/98/mode/2up ''Livre II.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/106/mode/2up ''chap. IX.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(édition 1848 également disponible [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/130|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Jean Hardouin 1883|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Persée_(roi)_back|<span id="Persée_(roi)"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περσεύς / Perseús[[wikt:en:Περσεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Dernier roi de [[w:Royaume_de_Mac%C3%A9doine|''Macédoine'']] de la dynastie des [[w:Antigonides|''Antigonides'']], vaincu en [[w:-168|-168]] à la [[w:bataille de Pydna|bataille de ''Pydna'']] à l’issue de la [[w:troisième guerre macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']], causant la disparition du ''Royaume de Macédoine''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_212_av._J.-C.|-212]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Pella_(cité_antique)|''Pella'']], au nord de l’actuelle ''Grèce'' — [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Alba_Fucens|''Alba Fucens'']], au centre de l’actuelle ''Italie'') <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus_back|<span id="Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus"><sup>II</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Lucius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Æmilius|nomen, nom de famille}} {{Info|Paullus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, surnommé [[wikt:Macedonicus#Latin|Macedonicus]] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat'']] à la suite de sa victoire;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 2 reprises en [[w:Années_182_av._J.-C.|-182]] et [[w:Années_169_av._J.-C.|-169]]. Il remporta la victoire contre le ''royaume de Macédoine'' à ''Pydna'' en battant le roi Persée [[#Persée_(roi)|<sup>I</sup>]], ce qui mit fin à la dynastie des ''Antigonides''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_230_av._J.-C.|-230]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — ''ca.'' [[w:Années_160_av._J.-C.|-160]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'') <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Stésichore_back|<span id="Stésichore"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Στησίχορος /Stēsíkhoros [[wikt:en:Στησίχορος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἵστημι /hístēmi, « 1. (voix transitive, active des temps présent, imparfait, futur et 1er aoriste) : • Faire se tenir debout, se tenir debout; • Arrêter, rester, vérifier; • Mettre en place : - Faire monter, élever, réveiller, remuer; - Nommer, désigner; - Établir, instituer; • Mettre dans la balance, peser. 2. (voix intransitive, moyenne et passive, voix active du 2e aoriste, parfait et plus-que-parfait) : • Se tenir debout; • Se tenir immobile : (au sens figuré) Rester ferme; • Être dressé ou debout, se lever, s’élever : - (en général) Se lever, commencer; - (en marquant le pas) Être; - Être désigné. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun χορός / khorós, « 1. Danse en rond. 2. Danse accompagnée de chant, danse chorale. 3. Chœur, chorale, groupe de chanteurs et de danseurs. 4. Groupe, troupe. 5. Rangée. 6. Lieu de danse. 7. (théâtre) Chœur »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète lyrique grec, considéré comme l’un des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poètes lyriques'']] de la Grèce antique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_630_av._J.-C.|-630]]<sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Metauria|''Metauria'']], colonie de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], au sud de la région de [[w:Calabre|''Calabre'']], au sud de l’Italie — ''ca.'' [[w:Années_555_av._J.-C.|-555]]<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Catane|''Catane'']], colonie de la ''Grande-Grèce'', à l’est de la [[w:Sicile|''Sicile'']]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pindare_back|<span id="Pindare"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πίνδᾰρος /Píndaros [[wikt:en:Πίνδαρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète lyrique grec, considéré comme l’un des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poètes lyriques'']] de la Grèce antique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_518_av._J.-C.|-518]]<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Cynocéphales|''Cynocéphales'']], cité grecque située près de [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']], en [[w:Béotie|''Béotie'']] — [[w:Années_438_av._J.-C.|-438]]<sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Árgos|''Árgos'']], cité grecque de la région de l’[[w:Argolide|''Argolide'']], à l’est de la [[w:Péloponnèse|''péninsule du Péloponnèse'']]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_back|<span id="Nicias"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Νῑκίᾱς /Nīkíās [[wikt:en:Νικίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun νίκη / níkē [[wikt:en:νίκη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le fait de gagner : la victoire, le succès [avec le génitif "sur, dans quelque chose"] : • Les choses gagnées dans la victoire, les fruits de la victoire; • La supériorité, l’avantage. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique et général ''athénien'' durant la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']], qui oppose la [[w:Ligue_de_Délos|''ligue de Délos'']], menée par ''Athènes'', et la [[w:Ligue_du_Péloponnèse|''ligue du Péloponnèse'']], sous l’[[w:Hégémonie|hégémonie]] de ''Sparte'' de [[w:Années_431_av._J.-C.|-431]] à [[w:Années_404_av._J.-C.|-404]]. Sa supersition liée à une éclipse lunaire, s’étant produite lors de l’[[w:Expédition_de_Sicile|''expédition de Sicile'']], est également relatée par [[w:Thucydide|Thucydide]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre7.htm#L <sup>{{Info|HdlgdP|Histoire de la guerre du Péloponnèse}} l.VII, §.L</sup>] et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#23 <sup>{{Info|DlS|De la Superstition}} l.I</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_470_av._J.-C.|-470]], ''Athènes'' — ''ca.'' [[w:Années_413_av._J.-C.|-413]], ''Syracuse'')<sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Des découvertes astronomiques : part de chaque observateur dans la science.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''IX.''' '''Sulpicius Gallus''' [[#Sulpicius_Gallus_AdG|<span id="Sulpicius_Gallus_AdG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] fut le premier ''Romain'' qui expliqua au vulgaire la raison des éclipses de soleil et de lune. Il fut consul avec '''Marcus Marcellus''' ; mais il n’était que tribun militaire lorsque la veille de la victoire que '''Paul Emile''' remporta sur '''Persée''' [[#Pridie_quam_Perses_rex_AdG|<span id="Pridie_quam_Perses_rex_AdG_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], son général le fit paraître devant l’armée assemblée, pour lui annoncer l’éclipse qui allait arriver, et la délivrer de l’alarme qu’elle aurait pu en concevoir. Il composa bientôt après un volume sur ce sujet. Parmi les ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' [[#Primus_omnium_Thales_AdG|<span id="Primus_omnium_Thales_AdG_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] dirigea le premier ses recherches sur ce phénomène, et la quatrième année de la 48e olympiade, qui répond à l’an 170 [[#Anno_CLXX_AdG|<span id="Anno_CLXX_AdG_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] de ''Rome'', il prédit l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’'''Alyatte''' [[#Alyatte_rege_AdG|<span id="Alyatte_rege_AdG_back"><sup>'''5'''</sup></span>]]. Après eux, '''Hipparque''' dressa des tables du cours de ces deux astres pour six cents ans [[#In_sexcentos_annos_AdG|<span id="In_sexcentos_annos_AdG_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : mois, heures, jours, situations respectives des lieux, aspects du ciel selon les diverses nations [[#Menses_gentium_etc_AdG|<span id="Menses_gentium_etc_AdG_back"><sup>'''7'''</sup></span>]], tout y est compris, tout a été vérifié par le temps [[#Aevo_teste_AdG|<span id="Aevo_teste_AdG_back"><sup>'''8'''</sup></span>]]; on croirait l’astronome admis au conseil de la nature. Génies vastes et plus qu’humains, d’avoir ainsi surpris la loi de ces deux grandes divinités [[#Numinum_AdG|<span id="Numinum_AdG_back"><sup>'''9'''</sup></span>]], et affranchi d’effroi la malheureuse espèce humaine, qui tremblait en voyant dans chaque éclipse l’annonce de quelque grand crime, ou craignait la mort des astres [[#In_defectibus_scelera_etc_AdG|<span id="In_defectibus_scelera_etc_AdG_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] (effroi dont '''Stésichore''' et '''Pindare''' [[#Pindari_AdG|<span id="Pindari_AdG_back"><sup>'''11'''</sup></span>]], ces poètes sublimes, ne furent point exempts dans les éclipses de soleil), ou qui attribuait à des enchantemens celles de la lune, et venait à son secours en faisant un bruit discordant [[#Crepitu_dissono_AdG|<span id="Crepitu_dissono_AdG_back"><sup>'''12'''</sup></span>]]. C’est pour en avoir ignoré la cause, que, frappé de cette même terreur, '''Nicias''' [[#Nicias_AdG|<span id="Nicias_AdG_back"><sup>'''13'''</sup></span>]], général des ''Athéniens'', n’osa pas faire sortir sa flotte du port, et causa la ruine de leur puissance. Gloire à vous, interprètes du ciel, génies aussi étendus que la nature, inventeurs d’une science qui enchaîne à une même destinée les dieux et les mortels ! Quel est donc l’homme qui, voyant les astres en travail (pour me servir du nom qu’il a plu de donner aux crises qu’ils, subissent périodiquement), ne se soumettra pas à sa destinée?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Je vais maintenant toucher brièvement et sommairement les points sur lesquels on est d’accord dans cette matière, et j’en rendrai raison en passant, lorsque cela sera tout-à-fait nécessaire; car un développement de preuves n’est pas le but de l’ouvrage que j’ai entrepris, et il n’y a pas, je pense, moins de mérite à pouvoir rendre raison de toutes choses, qu’à s’arrêter à en prouver quelques-unes.</div> {{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}} <div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#Sulpicius_Gallus_AdG_back|<span id="Sulpicius_Gallus_AdG"><sup>1</sup></span>]] [[w:Tite-Live|Tite-Live]], XLIV, 37, [[w:Quintilien|Quintilien]], I, 10, [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]], [[w:Vies_parallèles|''Vie de Paul Emile'']], [[w:Frontin|Frontin]], I, etc., prétendent, comme Pline, que Sulpicius Gallus prédit l’éclipse anx soldats romains. [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cicéron_back|<sup>🔄</sup>]] ([[w:De_Republica|''Répub.'']], I, 15 , page 44, ''édit. Maj.'') dit au contraire que l’éclipse était déjà arrivée lorsque Sulpicius Gailus commençait à s’efforcer d’ôter aux soldats romains la terreur qu’ils avaient conçue de cet événement, en leur expliquant les causes des éclipses.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pridie_quam_Perses_rex_AdG_back|<span id="Pridie_quam_Perses_rex_AdG"><sup>2</sup></span>]] Selon Tite-Live (XLIV, 37), l’éclipse eut lieu dans la soirée du 3 septembre, cent huit ans avant J.-C., entre sept et dix heures (''ab hora secunda usque ad quartam noctis, quam pridie nonas sept, secula est dies''). M. [[w:Christian_Ludwig_Ideler|Ideler]] (''Chronologie'', II, 104) a calculé cette éclipse. Il a trouvé, comme M. de Nauze, que, selon le calendrier Julien, elle arriva dans la soirée du 21 juin de l’an 168 avant J.-C. à Rome, la lune commença à s’éclipser vers 5h.44’ du soir ; depuis 6h.51’ jusqu’à 8h.18’, la lune fut totalement éclipsée, ; à 9h.,24’, la lune ne fut plus obscurcie du tout. En Macédoine, tous ces phénomènes arrivèrent 39 minutes plus tard. Le 21 juin, le soleil se coucha à Rome et en Macédoine vers 7h.33’, et s’y montra alors à 44 1/2’ h. équatoriales. Ainsi, la première heure de la nuit finissait vers 8h.17’, la seconde vers 9h.2’, la troisième vers 9h.46’, la quatrième vers 10h.31’. La lune fut donc éclipsée totalement au moment où elle se leva dans la Macédoine, et cette éclipse totale y finit dans la seconde heure de la nuit ; au milieu de la quatrième, la lune ne fut plus obscurcie du tout. S’il est vrai, que cette éclipse lunaire, comme Pline, Tite-Live et d’autres le disent, fut prédite par Sulpicius Gallus, l’on devrait avouer que ce Romain s’entendait très-bien au calcul des éclipses lunaires. Mais les récits de Cicéron et de [[w:Valère_Maxime|Valère-Maxime]] ne seraient-ils pas plus vrais que ceux de Pline et de Tite-Live ?''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Primus_omnium_Thales_AdG_back|<span id="Primus_omnium_Thales_AdG"><sup>3</sup></span>]] Le même fait est rapporté par [[w:Hérodote|Hérodote]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_back|<sup>🔄</sup>]], I, 74, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] [[#Diogène_Laërce_back|<sup>⤵️</sup>]], I, 6 , par [[w:Clément_d'Alexandrie|Clément d’Alexandrie]] [[#Clément_d'Alexandrie_back|<sup>⤵️</sup>]], ''Strom.'', I, page 302 , par Plutarque, ''Opinions des Philosophes'', II, 24, par [[w:Jean_Tzétzès|Tzetzès]], ''Chil.'' II, v. 869, et par Hardouin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Oltmann a publié une dissertation dans laquelle, à l’aide des tables astronomiques les plus modernes, il est arrivé à ce résultat, que l’éclipse solaire dont il est question ici eut lieu le 3o septembre 610 ans avant J.-C. L’éclipse était totale pour les environs de la ville d’[[w:Erzurum|Érzerum]] sur le [[w:Kızılırmak_(fleuve)|Halys]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Halys_back|<sup>🔄</sup>]], où [[w:Volney|Volney]] place le champ de bataille des rois [[w:Alyatte_II|Halyattes]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alyatte_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Cyaxare|Cyaxare]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cyaxare_back|<sup>🔄</sup>]]. La quatre-vingtième partie du disque solaire seule ne fut pas éclipsée pour le lieu de la terre où Oltmann place le champ de bataille, qui est situé, selon lui, sous 36° long. à l’est de Terro et sous 40° lat. sept. Dans le pays des Ioniens où Thalès prédit l’éclipse, selon Hérodote, l’éclipse se monta à 11 1/2’. M. [[w:Alphonse_Des_Vignoles|Desvignolles]] (''Chronologie de l’histoire sainte'', t. II, pag. 245 et suiv.) fixe l’éclipsé prédite par Thales au 38 mai de l’an 585 avant J.-C. ; son opinion a été adoptée depuis par presque tous les chronologistes et historiens, et par [[w:Gabriel_Brotier|Brotier]] et M. Alexandre. Elle a été réfutée avec succès par Oltmann, qui s’est servi de tables astronomiques bien plus exactes que celles de M. Desvignolles ; en effet, celui-ci a démontré par ses calculs que l’éclipse totale du soleil du 28 mai de l’an 585 avant J.-C., ne fut pas totale dans les lieux où les troupes du roi lydien Halyatte combattirent contre celles du roi Cyaxare ; que, dans ces régions, elle ne se monta pas à plus de 7 1/2 pouces, et que, d’ailleurs, le soleil ne s’était pas encore levé lorsque Féclipse était le plus forte pour les habitans des pays nommés. Mais Hérodote dit positivement que l’éclipse prédite par Thalès fut totale dans ces contrées, et qu’elle eut lieu en plein jour. (Voyez IDELER, ''Chronologie'', t. I, pag. 209 et 210.) Nous remarquerons pourtant avant de finir cette note que la date de Desvignolles est plus conforme que celle d’Oltmann à l’année dans laquelle l’éclipse prédite par Thalès, arriva selon Pline. En effet, le naturaliste romain dit que cette année est la six cent quatre-vingt-cinquième avant J.—C., et c’est justement le 28 mai de cette année que l’éclipse prédite par Thalès arriva, selon M. Desvignolles.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Volney pense que l’éclipse en question arriva le 3 février de de l’an 626. Oltman a démontré, dans son Mémoire sur l’éclipse de Thalès, que celle de Volney était déjà passée lorsque le soleil se leva sur le champ de bataille des rois Halyattes et Cyaxare.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Anno_CLXX_AdG_back|<span id="Anno_CLXX_AdG"><sup>4</sup></span>]] L’an 170. C’est ainsi que l’on doit lire, et non CLX, comme l’ont fait Hardouin et Poinsinet; la quatrième année de la quarante-huitième olympiade, correspondant à l’an 170 de Rome, si l’on suppose avec [[w:Varron_(écrivain)|Varron]] que cette ville a été fondée dans la deuxième année de la 6e olympiade.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Alyatte_rege_AdG_back|<span id="Alyatte_rege_AdG"><sup>5</sup></span>]] Le nom de ce roi est écrit avec un esprit rude dans Hérodote, ce qui a donné lieu à [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Poinsinet]] et à d’autres traducteurs de Pline de substituer le mot Halyatte à celui d’Alyatte.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Alyatte ou Halyatte fut roi de la Lydie et père de Crésus. Il faisait la guerre à Cyaxare, roi des Mèdes, lorsque l’éclipse solaire en question interrompit le combat.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#In_sexcentos_annos_AdG_back|<span id="In_sexcentos_annos_AdG"><sup>6</sup></span>]] On lit dans [[w:Georges_le_Syncelle|le Syncelle]] (''Chronolog.'', pag. 17) que les Chaldéens ont connu une période de six cents années solaires. [[w:Flavius_Josèphe|Josèphe]] [[#Flavius_Josèphe_back|<sup>⤵️</sup>]] ([[w:Antiquités_judaïques|''Ant. jud.'']], I, page 17 et 18, édit. Havercamp) dit que Dieu donna une longue vie aux patriarches pour qu’ils pussent cultiver avec succès les sciences astronomiques et géométriques, ce qu’ils n’auraient pu faire s’ils n’avaient pas vécu au moins six cents ans ; car la grande année ne finit pas plus tôt. Ainsi, il est certain qu’avant Hipparque les Chaldéens et d’autres peuples asiatiques ont connu une période de six cents années solaires. Mais [[w:Jean-Dominique_Cassini|Cassini]] ([[w:Jean-Dominique_Cassini#Mémoires_de_l’Académie_royale_des_sciences|''Anciens mém. de l’Acad.'']], t. VIII, pag. 4 et 5) et [[w:Jean_Sylvain_Bailly|Bailly]] (''Hist. de l’astr. ancienne'', t. II, liv. 3, Eclairciss.) ont prouvé que tous les six cents ans les nouvelles et pleines lunes n’arrivent pas seulement au même jour et à la même heure qu’auparavant, mais encore à la même minute. Ne serait-il donc pas probable qu’Hipparque, comme le dit Ideler (''Historische untersuchungen uber die astronomischen beobachtungen der alten'', Berlin 1806, page 417) a connu cette période chaldéenne, et que delà résulte l’étendue de six cents ans donnée à son calendrier selon Pline.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Abel_Burja|Abel-Burja]] de Leipzig a tâché d’expliquer d’une autre manière la durée du calendrier d’Hipparque (''Astronomisches Jahrbuch'', 1797, pag. 233 et 234). [[w:Claude_Ptolémée|Ptolémée]] et [[w:Censorin_(grammairien)|Censorin]] racontent qu’Hipparque est auteur d’une période soli-lunaire de trois cent quatre années solaires. En la prenant deux fois, on obtient une période de six cent huit ans. Celle-ci fut abrégée par Hipparque de huit ans, afin d’obtenir un nombre entier de siècles pour son calendrier. Ideler a fait une objection très-juste contre cette opinion de Burja ; c’est que la période de six cent huit ans n’a aucun avantage sur celle de trois cent quatre ans. On ne voit donc pas ce qui a pu engager Hipparque à préférer le nombre de six cents ans à celui de trois cents, lorsqu’il composait son calendrier.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Menses_gentium_etc_AdG_back|<span id="Menses_gentium_etc_AdG"><sup>7</sup></span>]] C’est-à-dire il écrivit des éphémérides dans lesquelles il avait calculé d’avance les néomenies et les pleines lunes. Il fit aussi entrer dans son calendrier les longueurs des jours et des heures variables, [[w:ὧραι|ὧραι]] καιρικαι, ainsi que les aspects du ciel, ''visus populorum'', tels qu’ils eurent lieu chez les habitans de différentes contrées de la terre. Il ajouta une table des longitudes et des latitudes des principaux pays et villes du globe. Ptolémée (''Géogr.'', I, ch. 4) en dit autant d’Hipparque.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Aevo_teste_AdG_back|<span id="Aevo_teste_AdG"><sup>8</sup></span>]] Les tables d’Hipparque étaient dressées pour six cents ans. Cet astronome florissait vers cent cinquante ans avant J.-C. Ainsi, du temps de Pline, on avait encore à jouir de ces tables pour quatre cents ans environ. POINSINET.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Numinum_AdG_back|<span id="Numinum_AdG"><sup>9</sup></span>]] Pline donne souvent l’épithète de divinités aux planètes, à la lune, au soleil, à la terre et aux étoiles fixes.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#In_defectibus_scelera_etc_AdG_back|<span id="In_defectibus_scelera_etc_AdG"><sup>10</sup></span>]] Nous transcrivons ici ce beau passage de l’Uranographie de M. [[w:Louis-Benjamin_Francœur|Francoeur]], qui mérite d’être mis en parallèle avec celui de Pline pour l’élégance du style et les pensées, et qui renferme le meilleur commentaire que nous puissions donner de tout ce que Pline dit des terreurs que les éclipses causaient autrefois aux hommes ignorans. « L’histoire, dit M. Francoeur (page 93), est pleine des exemples de l’effroi causé par les éclipses, et des dangers que produisent l’ignorance et la superstition. Nicias avait résolu de quitter la Sicile avec son armée ; effrayé par une éclipse de lune, et voulant temporiser plusieurs jours pour s’assurer si l’astre n’avait rien perdu après cet évènenement, il manqua ainsi l’occasion de sa retraite; son armée fut détruite ; Nicias périt, et ce malheur commença la ruine d’Athènes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Souvent on a vu des hommes adroits tirer parti de la frayeur du peuple pour l’amener à remplir leurs desseins. Christophe Colomb, réduit à faire subsister ses soldats des dons volontaires d’une nation sauvage et indigente, était prêt à voir tarir cette ressource et à périr de faim ; il annonce qu’il va priver le monde de la lumière de la lune. L’éclipse commence et la terreur s’empare des Indiens, qui reviennent apporter aux pieds de Colomb les tributs accoutumés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Drusus (TACITE , Annales, I, 28) apaisa une sédition dans son armée, en prédisant une éclipse de lune, et, selon Tite-Live, Sulpicius Gallus, dans la guerre de Paul-Emile contre Persée, usa du même stratagème. Periclès, [[w:Agathocle_de_Syracuse|Agathocles de Syracuse]], [[w:Dion_de_Syracuse|Dion]], roi de Sicile, ont failli être victimes de l’ignorance de leurs soldats. [[w:Alexandre_le_Grand|Alexandre]], près d’[[w:Bataille_de_Gaugamèles|Arbelles]], est réduit à user de toute son adresse pour calmer la terreur qu’une éclipse avait jetée parmi ses troupes. Les hommes supérieurs, plutôt que de plier sous les circonstances qui les maîtrisent, mettent leur art à les tourner à leur profit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Combien de fables établies d’après l’opinion que les éclipses sont l’effet du courroux céleste qui se venge des iniquités de l’homme en le privant de la lumière! Tantôt [[w:Diane_(mythologie)|Diane]] va trouver [[w:Endymion|Endymion]] dans les montagnes de Carie; tantôt les magiciennes de Thessalie font descendre la lune sur les herbes qu’elles destinent aux enchantemens. »<br /><br /><p style="text-align: center;">''Carmina vel cælo possunt deducere lunam.''<br /><p style="text-align: right; text-indent: 15px;">Virg., ''Eclog.'' VIII.<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Ici c’est un dragon qui dévore l’astre, et qu’on cherche à épouvanter par des cris ; le dieu tient le soleil enfermé dans un tuyau, et nous ôte ou nous rend la vue de cet astre à l’aide d’un volet, etc. Les progrès des sciences ont fait connaître le ridicule de ces opinions et de ces craintes, depuis qu’on a vu qu’il était possible de calculer par les tables astronomiques, et de prévoir long-temps d’avance l’instant où la colère du ciel devait éclater.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Cependant, naguère encore, l’épouvante a causé les revers des armées de Louis XIV, près de Barcelone, lors de l’éclipse totale de l’an 1706 [[w:en:Solar_eclipse_of_May_12,_1706|(en)]], et la devise, ''nec pluribus impar'', a prêté aux allusions injurieuses ! »''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pindari_AdG_back|<span id="Pindari_AdG"><sup>11</sup></span>]] Pindare était le plus fameux poète de la Grèce après Homère. Il vint au monde l’an 134 avant l’ère chrétienne. POINSINET.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Plutarque (''De la face de la lune'', pag. 931) dit aussi que Stésichore et Pindare craignaient beaucoup les éclipses. Le dernier poète a peint les terreurs que lui causaient ces phénomènes dans son poëme sur le soleil. HARDOUIN et DALECHAMP.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Crepitu_dissono_AdG_back|<span id="Crepitu_dissono_AdG"><sup>12</sup></span>]] Cet usage superstitieux dont Plutarque parle au long dans sa vie de Paul-Émile, a fourni un vers fort plaisant à Juvénal, lorsqu’après avoir épuisé toute sorte d’exagération pour représenter le bruit qu’une femme fait en criant, il finit par dire :<br /><br /><p style="text-align: center;">''Una laboranti poterit succurrere lunæ.''<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Elle seule, au besoin, décharmerait la lune. » POINSINET.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_AdG_back|<span id="Nicias_AdG"><sup>13</sup></span>]] Le même fait est raconté par Plutarque dans la vie de Nicias, par Quintilien, I, 10, et par d’autres écrivains anciens. HARDOUIN.''' </td> </tr> </table><br/><br/></div>{{Boîte déroulante fin}} <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f10.item <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Second</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f14.item ''Livre II.''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f46.item ''chap. IX.''], traduction nouvelle par M. [[w:Stéphane_Ajasson_de_Grandsagne|Ajasson de Grandsagne]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f311.item <sup>NOTES</sup>], C. L. F. Panckoucke, Paris, 1829</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">''Des inventions a[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tronomiques, & de leurs Auteurs.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''L'''E PREMIER d’entre les ''Romains'' qui rendit publique la théorie des éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil & de lune, fut '''Sulpicius Gallus''' [[#Sulpicius_Gallus_LPdS|<span id="Sulpicius_Gallus_LPdS_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], celui que '''Marcus Marcellus''' eut pour Collegue au Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulat : mais il n’étoit que Tribun Militaire [[#Tribun_Militaire_LPdS|<span id="Tribun_Militaire_LPdS_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ipa l’allarme qu’auroient pu prendre nos troupes la veille de la victoire remportée {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur '''Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ée''' par '''Paul Emile''' ; car ce Général l’ayant produit devant les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oldats a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblés, il leur prédit une éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e qui devoit arriver [[#éclipse_LPdS|<span id="éclipse_LPdS_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] ; il compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a même en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite un Ouvrage {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet. Parmi les ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' prédit l’an quatrieme de la quarante-huitieme olympiade l’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil qui arriva {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le regne de '''Halyattes''' [[#Halyattes_LPdS|<span id="Halyattes_LPdS_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], l’an cent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oixante de la fondation de [[#cent_soixante_LPdS|<span id="cent_soixante_LPdS_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] ''Rome''. Après eux, Hipparque [[#Hipparque_LPdS|<span id="Hipparque_LPdS_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] dre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a des Tables en vers [[#En_vers_LPdS|<span id="En_vers_LPdS_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] du cours de ces deux aftres pour fix cents ans. Dans ces Tables , de l’exactitude deſquelles notre âge rend encore témoignage [[#témoignage_LPdS|<span id="témoignage_LPdS_back"><sup>'''8'''</sup></span>]], il embra{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e les éphémérides propres à chaque nation [[#chaque_nation_LPdS|<span id="chaque_nation_LPdS_back"><sup>'''9'''</sup></span>]], les jours, les heures, le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ite re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pectif de chaque lieu, & les divers a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pects du ciel relativement aux divers peuples, comme {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la Nature l’eût admis à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eil intime. Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages vraiment grands! génies plus qu’humains, d’avoir ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urpris les loix qui font mouvoir ces va{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances du ciel ; & d’avoir guéri de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es allarmes l’imagination malade des hommes, qui ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’alors, ou avoient toujours vu dans les éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es l’annonce effrayante de quelque grand crime & de quelque mort (terreur dont Sté{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ikhore [[#Stésikhore_LPdS|<span id="Stésikhore_LPdS_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] & Pindare [[#Pindare_LPdS|<span id="Pindare_LPdS_back"><sup>'''11'''</sup></span>]], ces Poètes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ublimes, ne furent point exempts à l’égard des éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olaires), ou attribuoient les ténebres dont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couvre la lune à des maléfices opérés par le mêlange de certaines herbes magiques ; & croyoient devoir la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecourir par un bruit di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cordant [[#bruit_discordant_LPdS|<span id="bruit_discordant_LPdS_back"><sup>'''12'''</sup></span>]]. Cette même terreur fut cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que le Général Nicias [[#Nicias_LPdS|<span id="Nicias_LPdS_back"><sup>'''13'''</sup></span>]], peu au fait des cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iques, & n’o{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant pas, par {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uper{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tition, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a flotte du Port, mit Athenes à deux doigts de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a perte. Honneur [[#Honneur_LPdS|<span id="Honneur_LPdS_back"><sup>'''14'''</sup></span>]] à vous, Interpretes du Ciel ! E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}prits [[#Esprits_LPdS|<span id="Esprits_LPdS_back"><sup>'''15'''</sup></span>]] dont l’étendue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urpa{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e celle de la Nature ; Inventeurs d’une méthode qui a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujettit les dieux comme les hommes, à une même de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tinée ! Eh! qui pourroit, en voyant les a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres même ''en cri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e'' (pour me {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir de l’expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion commune), ne pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oumettre à la néce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité où {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a condition mortelle l’enchaîne.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Pré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entement je vais toucher par articles fort courts & fort précis les points {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quels on s’accorde le plus. Je ré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oudrai, chemin fai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant, quelques que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tions, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que le cas l’exigera, mais toujours d’une maniere très {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ommaire ; car une analy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e en forme d’arguments {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivis excéderoit le but de cet Ouvrage : & puis, je pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e qu’il n’y a pas moins de mérite à rendre une rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on plau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, qu’à rendre une rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on bien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olide de deux ou trois cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement.</div> {{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}} <div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#Sulpicius_Gallus_LPdS_back|<span id="Sulpicius_Gallus_LPdS"><sup>1</sup></span>]] Son premier prénom étoit Caïus. Voyez à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet Tite-Live, l. 44. Valere maxime, l. 8. Quintilien, l. I. ch. 10. Plutarque, vie de Paul-Emile, &c.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Tribun_Militaire_LPdS_back|<span id="Tribun_Militaire_LPdS"><sup>2</sup></span>]] Ce grade répond à celui de Major-général des Troupes.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#éclipse_LPdS_back|<span id="éclipse_LPdS"><sup>3</sup></span>]] Cette éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Tite-Live, fut annoncée aux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oldats pour la nuit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivante. Sulpicius Gallus leur prédit que la lune s’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit entre la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econde heure de la nuit & la quatrieme. Plutarque ajoute qu’on étoit alors à l’i{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ue de l’été (''{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub exitum a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatis''). [[w:Paulin_II_d'Aquilée|Paul d’Aquilée]] écrit que cette éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e arriva aux nones de Septembre (''nonas Septembris''), c’est-à-dire au 4 Septembre : c’étoit l’an 168 avant J.C. {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon le calcul d’[[w:James_Ussher|U{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erius]].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Halyattes_LPdS_back|<span id="Halyattes_LPdS"><sup>4</sup></span>]] Il paroît que Ciceron & Eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ebe {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trompent lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’ils placent cet événement {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous ''A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages'' : [[w:Hermolaos_(Macédoine)|Hermolaüs]] s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t trompé d’après eux, en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituant ''A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages'' à ''Halyattes'' dans le texte de Pline, contre la foi des manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits, & contre le témoignage d’Herodote qui place cet événement dans une guerre entre Halyattes, Roi de Sardes, & Cyaxare, Roi des Medes, pere d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#cent_soixante_LPdS_back|<span id="cent_soixante_LPdS"><sup>5</sup></span>]] Les deux manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits royaux portent ''anno CLX'' : c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t la leçon qu’il faut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivre. En effet, Rome, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Varron, fut fondée l’an 2 de la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme olympiade, c’est-à-dire, dans l’année olympiadique 22. Mais comme chaque olympiade, depuis leur premiere in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution, commençoit après le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ol{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tice d’été, & comme l’année Romaine avoit toujours commencé au plus tard en Mars {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous Romulus, & depuis en Janvier {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous Numa, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit que la premiere année de Rome, qui répondoit à l’année olympiadique 22, répondoit en même-tems, de quatre mois au moins, à l’année olympíadique 23. Selon ce calcul, la quatrieme année de la quarante-huitieme olympiade, répond en partie à l’an 160, & en partie à l’an 161 de la fondation de Rome, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que 48 olympiades font cent quatre-vingt-douze années, de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i vous ôtez 22 ans écoulés, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Varron, entre la premiere olympiade & la fondation de Rome, il re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tera 160 ans, & 161 ans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’on a égard à l’enjambement réciproque des années olympiadiques {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les années Romaines, & des années Romaines {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les années olympiadiques. Il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t donc évident que le calcul de Pline (''anno CLX'') e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te, en admettant l’hypothe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e chronologique de Varron, à laquelle on voit bien que notre Auteur s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t conformé en cette occa{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion particuliere encore qu’en plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres rencontres il paroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affecter de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivre le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}y{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tême de Caton : vici{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}itude pardonnable dans un ouvrage de compilation où Pline a dû, comme malgré lui, adopter tantôt le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tyle d’un Auteur, tantôt celui d’un autre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ource où il pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit pour l’heure. Si Pline eût {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivi l’hypothe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de Caton qui place la fondation de Rome deux ans plus tard que Varron, il eût fait tomber le rapport {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’année 157 ou 158 de la fondation de Rome. C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le parti que prend le Pere Hardouin, & c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t de là qu’il part pour propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er une correction dans le texte. Mais encore une fois, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commettre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oi-même une faute que d’en trouver une chez Pline en cette occa{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion ; pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que cet Auteur a été en droit de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}y{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tème Varronien, ou ce qui revient au même, de con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erver la date Varronienne dont s’étoit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervi l’Auteur de qui il emprunte le fait hi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}torique en que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hipparque_LPdS_back|<span id="Hipparque_LPdS"><sup>6</sup></span>]] Voyez les notes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le premier livre au mot ''Hipparque'' : HIPPARCHUS (de Nicée, en Bithinie comme l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erve [[w:Souda|Suidas]]), flori{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit dans la quatre-vingt-quatorzieme olympiade. Nous avons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es trois livres d’Enarrations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les Phénomenes d’[[w:Aratos_de_Soles|Aratus]] & d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]], traduits par le [[w:Paul_Petau|P. Petau]]. Il avoit compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é un autre livre ''De {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tellarum inerrantium Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titutione'', {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Suidas. Son livre du mois lunaire e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cité par [[w:Claude_Galien|Galien]].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#En_vers_LPdS_back|<span id="En_vers_LPdS"><sup>7</sup></span>]] ''En Vers.'' Je préfume que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-là le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ens de ''præcinere'', qui ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ignifie pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement prédire, mais prédire en chant, c’est-à-dire en Vers. Sur ce pied-là, ce {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit d’un Poëme dans le genre de celui d’[[w:Aratos_de_Soles|Aratus]], dont il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit ici que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion. Si par hazard Pline n’a point prétendu parler d’un Poëme, au-moins s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervi d’une expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion propre à dé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igner ce genre d’écrire. Pour décider la que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion, il faudroit avoir tous les ouvrages d’Hipparque, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur-tout celui-ci.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#témoignage_LPdS_back|<span id="témoignage_LPdS"><sup>8</sup></span>]] Ces tables étoient dre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ées pour {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix cents ans. Or Hipparque flori{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit 150 ans avant J.C. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i du tems de Pline, on avoit encore à jouir de ces tables pour quatre cents ans ou environ.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#chaque_nation_LPdS_back|<span id="chaque_nation_LPdS"><sup>9</sup></span>]] La lune ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e levant pas & ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couchant pas à la même heure pour toutes les nations, les diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es époques & pha{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es qu’elle forme n’appartiennent pas non plus au même point de tems pour tous les peuples, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que les uns ont la nuit quand les autres ont le jour; & que même lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que la lune s’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, la partie de l’heure où ce phénomene e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible, n’a pas la même évaluation pour tous les climats qui l’apperçoivent. Hipparque avoit donc eu égard à cette différence d’époques, relativement aux diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es longitudes, &par-con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}équent aux diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es nations, tellement que les tables de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es éphémérides étoient accommodées à l’u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}age de tous les peuples : ouvrage dont on ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auroit trop regretter la perte, & qui jetteroit le plus grand jour {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’ancienne géographie.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Stésikhore_LPdS_back|<span id="Stésikhore_LPdS"><sup>10</sup></span>]] Ste{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ikhore, l’un des plus fameux Poètes de la Grece, dont, par malheur, nous avons perdu tous les ouvrages, à l’exception d’une vingtaine de lignes décou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ues. Il vivoit dans la quarante-deuxieme olympiade, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire, vers l’an {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix cents dix avant J.C.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pindare_LPdS_back|<span id="Pindare_LPdS"><sup>11</sup></span>]] Pindare, le plus fameux Poète de la Grece après Homere. Il vint au monde l’an 134 avant l’ere chrétienne.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#bruit_discordant_LPdS_back|<span id="bruit_discordant_LPdS"><sup>12</sup></span>]] Cet u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}age {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uper{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titieux a fourni un Vers fort plai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant à Juvenal, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’après avoir épui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é toute {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte d’exagération pour repré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}enter le bruit qu’une femme fait en criant, il finit par dire :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Una laboranti poterit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uccurrere luna.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule au be{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oin décharmeroit la lune.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_LPdS_back|<span id="Nicias_LPdS"><sup>13</sup></span>]] C’étoit un Général Athénien, qui fut malheureux dans pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que toutes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es expéditions. Les Athéniens finirent par le condamner à mort. Il étoit contemporain d’[[w:Alcibiade|Alcibiade]] & de [[w:Lamachos|Lamachus]], & leur collegue dans le commandement. Voyez {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le fait dont parle ici Pline, Quintilien, l. I. ch. 10, & Plutarque à l’article Nicias.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Honneur_LPdS_back|<span id="Honneur_LPdS"><sup>14</sup></span>]] Au lieu de ''macte ingenio'', le Pere Hardouin lit ''macti'' ; mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon les meilleurs Latini{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes ''macte'' e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t indéclinable, ou pour mieux dire, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t un adverbe qui répond au ''bravò'' des Italiens. Fe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tus prétend que ''macte'' e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t un compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de ''magis auctus''.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Esprits_LPdS_back|<span id="Esprits_LPdS"><sup>15</sup></span>]] Cette apo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trophe de Pline aux A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes rappelle ces beaux Vers d'Ovide {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le même {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet :<br />Felices animos quibus hæc cogno{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cere primise<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Inque Domos {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uperas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}candere cura fuit!<br />Credibile e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t illos pariter vitli{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que joci{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Altius humanis ex{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eruifle caput,<br />Non Venus aut Vinum {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ublimia pectora fregit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Officiumve {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ori, militiæve labor :<br />Nec levis ambitio, perfu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aque gloria fuco,<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Magnarumve fames {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ollicitavit opum.<br />Admovere oculis di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tantia {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idera no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tris,<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ætheraque ingenio {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uere {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uo.<br />Sic petitur cœlum: non ut ferat O{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}lan Olympus<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Summaque Peliacus {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idera tangat apex, &c.<br /><p style="text-align: right; text-indent: 15px;">Ovid. {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. l. I.''' </td> </tr> </table><br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Premier</u>], [https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=RA1-PA3#v=onepage&q&f=true ''Livre Second.''], [https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=RA1-PA59#v=onepage&q&f=true ''Des inventions astronomiques, & de leurs Auteurs.''], traduction en françois, avec le texte latin rétabli d’après les meilleures leçons manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crites ; accompagnée de Notes critiques pour l’éclairci{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du texte, & d’Ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances des Anciens comparées avec les découvertes des Modernes, par M. [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Louis Poinsinet de Sivry]], Chez la veuve Desaint, Paris, 1771</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre XVIII ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Enquête sur l’agriculture</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LVII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie astronomique de '''Thalès''', du [[w:Lever_héliaque|''coucher matinal'']] des [[w:Pléiades_(astronomie)|''Pléiades'']] 25 jours après l’[[w:Équinoxe_de_septembre|''équinoxe d’automne'']].</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LVII.''' Primum omnium dierum ipsorum anni solisque motus prope inexplicabilis ratio est. Ad CCCLXV adjiciunt etiamnum intercalarios diei noctisque quadrantes. Ita fit, ut tradi non possint certa siderum tempora. Accedit confessa rerum obscuritas, nunc præcurrenle, nec paucis diebus, tempestatum significatu, quod προϰειμασιν Græci vocant : nunc postveniente, quod ἐπιϰεἰμασιν : et plerumque alias citius, alias tardius cæli effectu ad terram deciduo : vulgo serenitate reddita, confectum sidus audimus. Præterea quum omnia hæc statis sideribus cæloque affixis constent, interveniunt motu stellarum grandines, imbres, et ipsi non levi effectu, ut docuimus, turbantque conceptæ spei ordinem. ldque ne nobis tantum putemus accidere, et reliqua fallit animalia sagaciora circa hoc, ut quo vita eorum constet : æstivasque alites præposteri aut præproperi rigores necant, hibernas æstus. Ideo '''Virgilius''' errantium quoque siderum rationem ediscendam præcipit, admonens observandum frigidæ Saturni stellæ transitum. Sunt qui certissimum veris indicium arbitrentur ob infirmitatem animalis, papilionis proventum. Id eo ipso anno, quum commentaremur hæc, notatum est, proventum eorum ter repetito frigore exstinctum, advenasque volucres a. d. VI kalendas februarii spem veris attulisse, mox sævissima hieme conflictatas. Res anceps : primum omnium a cælo peti legem : deinde eam argumentis esse quærendam. Super omnia est mundi convexitas, terrarumque globi differentia, eodem sidere alio tempore aliis aperiente se gentibus : quo fit ut causa ejus non lisdem diebus ubique valeat. Addidere difficultatem et auclores diversis in locis observando, mox etiam in iisdem diversa prodendo. Très autem fuere sectæ : ''Chaldæa'', ''Ægyptia'', ''Græca''. His addidit apud nos quartam Cæsar dictator, annos ad solis cursum redigens singulos, '''Sosigene''' perito scientiæ ejus adhibito. Et ea ipsa ratio postea comperto errore correcta est : ita ut XII annis continuis non intercalaretur, quia cœperat sidera annus morari, qui prius antecedebat. Et '''Sosigenes''' ipse trinis commentationibus, quanquam diligentior cæteris, non cessavit tamen addubitare, ipse semet corrigendo. Auctores prodidere ea, quos prætexuimus volumini huic, raro ullius sententia cum alio congruente. Minus hoc in reliquis mirum, quos diversi excusaverint tractus. Eorum qui in eadem regione dissedere, unam discordiam ponemus exempli gratia : occasum matutinum Vergiliarum '''Hesiodus''' (nam hujus quoque nomine exstat Astrologia) tradidit fieri, quum æquinoctium autumni conficeretur, '''Thales''' vigesimo quinto die ab æquinoctio, '''Anaximander''' vigesimo nono, '''Euctemon''' XLVIII. Nos sequemur observationem Cæsaris : maximeque hæc erit ''Italiæ'' ratio. Dicemus tamen et aliorum placita : quoniam non unius terræ, sed totius naturæ interpretes sumus, non auctoribus positis (id enim verbosum est), sed regionibus : legentes tantum meminerint, brevitatis gratia, quum ''Altica'' nominata fuerit, simul intelligere ''Cycladas'' insulas ; quum ''Macedonia'', ''Magnesiam'', ''Thraciam'' ; quum ''Ægyptus'', ''Phœnicen'', ''Cyprum'', ''Ciliciam'' ; quum ''Bœotia'', ''Locridem'', ''Phocidem'', et finitimos semper tractus ; quum ''Hellespontus'', ''Cherronesum'', et continentia usque ''Atho'' montem ; quum ''Ionia'', ''Asiam'', et insulas ''Asiæ'' ; quum ''Peloponnesus'', ''Achaiam'', et ad ''Hesperum'' jacentes terras. ''Chaldæi Assyriam'' et ''Babyloniam'' demonstrabunt. ''Africam'', ''Hispanias'', ''Gallias'' sileri non erit mirum. Nemo enim observavit in iis, qui siderum proderet exortus. Non tamen difficili ratione dignoscentur in illis quoque terris digestione circulorum, quam in sexto volumine fecimus : qua cognatio cæli, non gentium modo, verum urbium quoque singularum intelligitur, nota ex his terris, quas nominavimus, sumta convexitate circuli, pertinentis ad quas quisque quæret terras, et ad earum siderum exortus, per omnium circulorum pares umbras. Indicandum et illud, tempestates ipsas ardores suos habere quadrinis annis : et easdem non magna differentia reverti ratione solis : octonis vero augeri easdem, centesima revolvente se luna.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/652/mode/2up ''Livre XVIII.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/684/mode/2up ''Chap. LVII.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition de 1831 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f339.item ici] et de 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/708|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LVII.''' Avant tout, le calcul des jours même de l’année et du mouvement solaire est d’une difficulté presque insurmontable. Aux trois cent soixante-cinq jours on ajoute des jours intercalaires, produits de quarts de jour et de nuit ; de là vient qu’on ne peut indiquer des époques fixes pour les astres. Ajoutez une obscurité des choses avouée de tous : tantôt en effet la mauvaise saison, s’annonçant, anticipe même de plusieurs jours, ce que les Grecs appellent προϰεἰμασις (avant-hiver), et la belle saison retarde, ce qui est nommé ἐπιϰεἰμασις (arriere-hiver) : l’effet du ciel tombe sur la terre tantôt plus vite, tantôt plus tardivement ; et d’ordinaire c’est quand la sérénité est rétablie que nous entendons dire que l’action de l’astre est accomplie. En outre, car tous ces phénomènes dépendent d’astres réglés et fixés au ciel, le mouvement des étoiles amène intercurremment des grêles, des pluies qui ne sont pas non plus d’une faible action, comme nous l’avons enseigné (XVII, 2), et qui troublent l’ordre espéré. Et ne pensons pas que ces méprises n’arrivent qu’à nous; les autres animaux s’y trompent, bien que plus sagaces que nous sur ce point, vu que leur vie en dépend : l’on voit les oiseaux d’été tués par des froids hâtifs ou tardifs, et les oiseaux d’hiver par des chaleurs hâtives ou tardives. Aussi [[w:Virgile|'''Virgile''']] [[#Virgile|<span id="Virgile_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ([[w:Géorgiques|''Georg.'']], I, 335) recommande-t-il d’étudier encore le cours des astres errants, avertissant d’observer le passage de Saturne, planète froide. Il en est qui regardent comme l’indice le plus sûr du printemps l’apparition des papillons, à cause de la délicatesse de cet insecte. Or, l’année même où nous écrivions ceci (an 830 de ''Rome''), il a été noté que les papillons, ayant éclos, furent détruits à trois reprises par le froid, et que les oiseaux étrangers, ayant apporté l’espérance du printemps avant le 6 des calendes de février (27 janvier), eurent bientôt après à essuyer un hiver très-rigoureux. La double difficulté est d’abord d’avoir à demander au ciel la règle de toute chose, puis d’être obligé de contrôler cette règle par des faits apparents. Avant tout signalons la convexité du monde et les différences du globe terrestre, qui font que le même astre se montre à des temps divers suivant les nations, de sorte que l’influence ne s’en fait pas sentir partout aux mêmes jours. La difficulté a été encore accrue par les auteurs qui ont observé en des lieux différents, ou même qui, ayant observé dans les mêmes lieux, ont publié des résultats divergents. Il y a eu trois écoles, la ''Chaldéenne'', l’Égyptienne, la ''Grecque''. Une quatrième a été formée chez nous par le dictateur [[w:Jules_César|'''César''']], qui ramena l’année à la révolution solaire avec l’aide de [[w:Sosigène_d'Alexandrie|'''Sosigène''']] [[#Sosigène|<span id="Sosigène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], astronome habile. Et ce calcul même, où l’on découvrit une erreur, a été corrigé : pendant douze années consécutives on ne fit pas d’intercalation, attendu que l’année, qui auparavant anticipait, maintenant retardait sur les astres. '''Sosigène''' lui-même, quoique plus exact que les autres, n’a pas cessé, dans trois mémoires, de témoigner de ses doutes en se corrigeant lui-même. Les auteurs que nous avons indiqués au commencement de ce livre [[#auteurs_JH|<span id="auteurs_JH_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ont révélé ces discordances, l’avis de l’un s’accordant rarement avec l’avis de l’autre. Cela est moins étonnant dans ceux qui s’excuseront par la différence des lieux. Parmi ceux qui dans le même pays sont en désaccord, nous choisirons un exemple de dissidence : [[w:Hésiode|'''Hésiode''']] [[#Hésiode|<span id="Hésiode_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (car nous avons aussi sous son nom un livre sur les astres) a rapporté que le [[w:Lever_héliaque|''coucher matinal'']] des [[w:Pléiades_(astronomie)|''Pléiades'']] se faisait au moment de l’[[w:Équinoxe_de_septembre|''équinoxe d’automne'']] ; '''Thalès''', qu’il se faisait vingt-cinq jours après cet équinoxe; [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaximandre_back|<sup>🔄</sup>]], vingt-neuf; [[w:Euctémon|'''Euctémon''']] [[#Euctémon|<span id="Euctémon_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], quarante-huit. Quant à nous, nous suivrons les calculs de '''César''' : ils se rapportent spécialement à l’Italie. Toutefois, nous relaterons aussi les opinions des autres ; car nous sommes les interprètes, non d’un seul pays, mais de la nature entière. Nous nommerons, non pas les auteurs, ce qui serait trop long, mais les pays. Les lecteurs auront seulement à se souvenir que, pour abréger, sous le nom d’[[w:Attique|''Attique'']] nous entendons aussi les [[w:Cyclades|''Cyclades'']]; sous celui de [[w:Macédoine_(province_romaine)|''Macédoine'']], la [[w:Magnésie_antique|''Magnésie'']] et la [[w:Thrace_(province_romaine)|''Thrace'']]; sous celui d’[[w:Égypte_romaine_et_byzantine|''Égypte'']], la [[w:Syrie-Phénicie_(province_romaine)|''Phénicie'']], [[w:Chypre_(province_romaine)|''Chypre'']] et la [[w:Cilicie|''Cilicie'']]; sous celui de [[w:Béotie#Antiquité|''Béotie'']], la [[w:Locride_(Grèce)|''Locride'']], la [[w:Phocide#Antiquité_et_période_byzantine|''Phocide'']] et les contrées limitrophes ; sous celui d’[[w:Hellespontique|''Hellespont'']], la [[w:Chersonèse_(cité_grecque)|''Chersonèse'']] et le continent jusqu’au [[w:Mont_Athos|''mont Athos'']]; sous celui d’[[w:Ionie|''Ionie'']], l’Asie et les îles ''Asiatiques'' ; sous celui de [[w:Péloponnèse#Antiquité|''Péloponnèse'']], l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']] et les terres situées à l’occident; la [[w:Chaldée|''Chaldée'']] indiquera la [[w:Histoire_de_la_Syrie#Antiquité|''Syrie'']] et la [[w:Babylone_(civilisation)|''Babylonie'']]. On ne s’étonnera pas que je passe sous silence l’[[w:Afrique_romaine|''Afrique'']], l’[[w:Hispanie_romaine|''Espagne'']] et les [[w:Gaule|''Gaules'']], car personne dans ces contrées n’a laissé d’observations sur le lever des astres. Toutefois, il ne sera pas difficile de le calculer, même dans ces contrées, en étudiant la disposition des cercles que nous avons présentés dans le sixième livre (VI, 39). Grâce à cette étude, on connaît les relations astronomiques nou-seulement des nations, mais encore des villes en particulier : étant donnés les cercles déterminés par l’égalité des ombres, on choisit, dans les terres que nous avons nommées, le cercle qui a rapport à la localité objet du problème, et qui détermine en même temps le lever des astres pour cette localité. Il faut encore remarquer (II, 48) que tous les quatre ans les saisons ont leurs excès, et qu’elles reviennent les mêmes sans grande différence, en raison du soleil ; mais que tous les huit ans elles ont un redoublement, à la révolution de la centième lune.</div> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#auteurs_JH_back|<span id="auteurs_JH"><sup>1</sup></span>]] Ce passage porte à croire que les auteurs dont Pline s’était servi pour composer chacun des livres de son ouvrage avaient été placés en tête du livre auquel ils se rapportaient. Les éditions mettent cette liste d’auteurs à la suite de la table de chaque livre, dans la table générale dressée par Pline lui-même.'''</td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/652/mode/2up ''Livre XVIII.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/684/mode/2up ''Chap. LVII.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]] [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/708/mode/2up <sup>NOTES</sup>], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/708|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Jean Hardouin 1883|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Virgile_back|<span id="Virgile"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Publius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Vergilius|nomen, nom de famille}} {{Info|Maro|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète latin renommé dans les styles [[w:Épopée|''épique'']] (l’[[w:Énéide|''Énéide'']]), [[w:Poésie_pastorale|''pastorale'']] (les [[w:Bucoliques|''Bucoliques'']]) et [[w:Poésie_didactique|''didactique'']] (les [[w:Géorgiques|''Géorgiques'']]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(15 octobre [[w:Années_70_av._J.-C.|-70]], [[w:Virgilio_(Lombardie)#Histoire|''Andes'']], au sud-est de l’actuelle [[w:Lombardie#Histoire|''Lombardie'']], au nord de l’Italie — 21 septembre [[w:Années_19_av._J.-C.|-19]], [[w:Brindisi#Histoire|''Brundisium'']], au sud-est des actuelles [[w:Pouilles#Domination_romaine|''Pouilles'']], au sud-est de l’Italie)<sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Sosigène_back|<span id="Sosigène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σωσῐγένης / Sōsigénēs [[wikt:en:Σωσιγένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe σῴζω / sṓizō, « 1. Sauver : • Guérir ; • (rare chez Homère) Garder en sécurité, préserver ; • Garder, observer, maintenir ; • (généralement au milieu) Garder à l’esprit, se souvenir ; • Conduire en toute sécurité (à) ; • Secourir ; • Conserver pour. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun‎ γένος / génos [[wikt:en:γένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Race, souche, parenté : Descendance directe, par opposition à une relation collatérale. 2. Progéniture, descendant : (collectif) progéniture, postérité. 3. (en général) Race d’êtres : • Famille, clan, maison ; • Tribu, nation, race, en tant que subdivision de ἔθνος / éthnos [[wikt:en:ἔθνος#Ancient_Greek|(en)]] ; • Caste ; • Race d’animaux. 4. Âge, génération, période de la vie. 5. Sexe, genre : (grammaire) Genre grammatical. 6. Classe, sorte, genre : • (logique) L’opposé de εἶδος / eîdos [[wikt:en:εἶδος#Ancient_Greek|(en)]] ; • (taxonomie) Classe : • (taxonomie) Genre ; • Espèce de plante ; culture, produit ; matériau ; • Élément. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Astronome grec, connu pour avoir participer à la conception du [[w:Calendrier_julien|''calendrier julien'']] (instauré par Jules César en [[w:Années_46_av._J.-C.|-46]]/[[w:Années_45_av._J.-C.|-45]], lorsqu’il était [[w:Pontifex_maximus|''pontifex maximus'']]), avec une année commune de 365 jours divisée en 12 mois, et un jour intercalaire ajouté tous les 4 ans, lors des années bissextiles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hésiode_back|<span id="Hésiode"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡσῐ́οδος / Hēsíodos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète ''grec'', renommé pour 2 ouvrages :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• [[w:Théogonie_(Hésiode)|''la Théogonie'']], une généalogie des dieux (dans laquelle il présente la multitude des dieux célébrés par les mythes grecs où trois générations divines se succèdent : celle d’Ouranos, celle de Cronos, celle de Zeus qui sort triomphant) et une cosmogonie (qui retrace la création du monde à partir du Chaos) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• et [[w:Les_Travaux_et_les_Jours|''les Travaux et les Jours'']], un almanac sur l’agriculture à destination de son frère Perses.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Euctémon_back|<span id="Euctémon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ευκτήμων / Euktémōn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Astronome ''athénien'', contemporain et collègue de l’astronome [[w:Méton|Méton]], avec qui, il a fait une série d’observations des [[w:Solstice|''solstices'']] afin de déterminer la durée de l’[[w:Année_tropique|''année tropique'']] [https://ecliptiqc.ca/Almageste_Livre3.php#III1 <sup>Ptolémée, Almageste, liv. III, chap. 1</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Des découvertes astronomiques : part de chaque observateur dans la science.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''LVII.''' D’abord, il est presque impossible de déterminer d’une manière précise le nombre des jours de l’année et le cours du soleil [[#Primum_omnium_dierum_AdG|<span id="Primum_omnium_dierum_AdG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Aux trois cent soixante-cinq jours qui composent l’année, on ajoute le quart d’un jour et d’une nuit, pour en faire ensuite un jour intercalaire ; de là il suit qu’on ne saurait indiquer avec précision le moment du lever et du coucher des astres. On convient qu’il y a encore dans cette théorie beaucoup d’obscurité ; en effet, les saisons quelquefois commencent plusieurs jours avant le terme qui leur a été fixé, ce que les ''Grecs'' appellent ''procheimasis'' ; d’autres fois, plusieurs jours après, ce qu’ils appellent ''épicheimasis'' [[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG|<span id="Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Presque toujours l’action des astres se fait sentir sur la terre ou plus tôt ou plus tard qu’il ne devrait ; aussi dit-on communément, lorsque le beau temps est revenu, que tel astre a produit son effet. Ces phénomènes dépendent des astres fixés à la voûte des cieux, ainsi que des étoiles, dont les mouvemens particuliers excitent des grêles et des pluies qui sont d’une très-grande conséquence pour les biens de la terre, comme nous l’avons observé, et amènent dans la température des changemens sur lesquels le laboureur ne pouvait compter. Non-seulement les hommes y sont trompés, mais aussi les animaux, bien plus habiles que nous à prévoir ces vicissitudes, puisque d’ailleurs leur vie en dépend ; en effet, on a vu des oiseaux d’été périr par des froids arrivés trop tôt ou trop tard, et des oiseaux d’hiver par des chaleurs également imprévues. Aussi '''Virgile''' veut-il qu’on étudie aussi le cours des ''planètes'', et qu’on observe avec soin le passage du froid ''Saturne'' [[#Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG|<span id="Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG_back"><sup>'''3'''</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quelques-uns fixent le commencement du printemps à l’apparition des papillons, parce que ces insectes sont fort délicats. Néanmoins on a observé, dans l’année même où j’écris cette partie de mon ouvrage, que le froid, ayant repris trois fois, a fait périr autant de fois les papillons, et que les hirondelles qui, s’étaient montrées dès le 6 des [[w:Calendes|''kalendes'']] de février, et semblaient annoncer le retour du printemps, ont eu à essuyer un rigoureux hiver.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">C’est donc une science très-problématique que celle de l’influence des astres, et les inductions qu’elle fournit sont fort douteuses [[#Res_anceps_AdG|<span id="Res_anceps_AdG_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui augmente la difficulté, c’est la convexité du ciel et la différence des climats de la terre : le même astre se montre ici dans un temps, et là dans un autre ; d’où il suit que son influence ne se fait pas sentir en même temps partout. Pour surcroît d’embarras, les observations recueillies par les auteurs ont été faites dans des lieux différens, et ceux du même pays ne s’accordent pas même entre eux. On compte trois écoles astronomiques, la ''chaldéenne'', l’égyptienne et la ''grecque''. Le dictateur '''César''' en a fondé, chez les ''Romains'', une quatrième, lorsqu’aidé de '''Sosigène''', habile astronome, il fixa la longueur de l’année à une révolution du soleil. On trouva dans la suite que son calendrier était défectueux, parce que l’année, auparavant plus courte, se trouvait alors plus longue que le cours du soleil. Pour y remédier, il fallut, pour douze années consécutives, supprimer les jours intercalaires. '''Sosigène''' lui-même, le mathématicien le plus exact de son temps, après avoir revu jusqu’à trois fois ses calculs, sembla toujours douter de leur justesse, et ne cessa jamais de se corriger lui-même. De tous les auteurs qui ont traité ce sujet, et que nous avons cités au commencement de ce livre, il en est rarement deux qui soient de même avis. Cette divergence d’opinions est moins surprenante et plus excusable chez ceux qui écrivaient en des pays différens. Mais que dire de ceux qui, habitant le même pays, sont néanmoins d’avis différens ? En voici un exemple : '''Hésiode''', qui nous a laissé aussi un ouvrage sur le cours des astres, fixe le coucher matutinal des ''Pléiades'' au moment de l’équinoxe d’automne ; '''Thales''' prétend qu’il n’arrive que vingt-cinq jours après ; '''Anaximandre''' en met vingt-neuf ; '''Euctémon''', quarante-huit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quant à nous, nous suivrons les calculs de '''César''', qui se rapportent spécialement à l’Italie ; mais nous rapporterons aussi les observations étrangères, car notre plan n’est pas de traiter d’un seul pays, mais de la nature entière. Pour être moins longs, nous citerons les pays, et non les auteurs ; et, pour abréger davantage encore, les lecteurs se souviendront que, sous le nom d’Attique, il faut aussi entendre les ''Cyclades'' ; sous le nom de ''Macédoine'', la ''Magnésie'' et la ''Thrace'' ; sous le nom d’Égypte , la ''Phénicie'', l’île de ''Cypre'' et la ''Cilicie'' ; sous celui de ''Béotie'', la ''Locride'', la ''Phocide'' et les contrées voisines ; sous le nom d’Hellespont, la ''Chersonèse'' et partie du continent jusqu’au mont ''Athos'' ; sous le nom de l’Ionie, l’Asie et les îles ''Asiatiques'' ; sous le nom du ''Péloponnèse'', l’Achaïe et les pays adjacens au couchant ; enfin sous le nom de ''Chaldée'', l’Assyrie et la ''Babylonie''. On ne sera pas étonné que nous ne parlions ni de l’Afrique, ni de l’Espagne, ni des ''Gaules''. Aucun auteur dans ces contrées n’a laissé d’observations sur le lever ou le coucher des astres. Il ne sera pas difficile néanmoins de déterminer l’époque de ces phénomènes dans ces contrées, en étudiant la disposition des cercles, telle que nous l’avons présentée dans le sixième livre. Par ce moyen, on déterminera la position astronomique, non-seulement de chaque pays, mais encore de chaque ville dont nous avons pu parler, en prenant par les ombres égales de tous les cercles, une portion du cercle de telle contrée qu’on voudra choisir, et en calculant son rapport avec le lever des astres. Il faut faire observer encore que tous les quatre ans les chaleurs reviennent à peu près les mêmes pour chaque saison, en raison du mouvement du soleil, et que toutes les huitièmes années elles sont plus fortes, à cause de la centième lunaison.</div> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Primum_omnium_dierum_AdG_back|<span id="Primum_omnium_dierum_AdG"><sup>1</sup></span>]] Cf. sur la plupart des difficultés que le texte de notre auteur révèle, les notes relatives à l’astronomie, au livre II. L’année romaine fut d’abord celle des [[w:Albe_la_Longue|''Albains'']], c’est-à-dire lunaire ; dix mois la composaient, mars en était le premier : elle avait cinquante jours de moins que l’année lunaire réelle, et soixante-un de moins que l’année solaire, c’est-à-dire trois cent quatre jours seulement ; c’était là l’[[w:Calendrier_romain|{{Info|''année de Romulus''|le calendrier dit romuléen}}]]. [[w:Calendrier_romain|{{Info|''Numa''|le calendrier dit pompilien}}]] ajouta deux mois à cette année, janvier et février, et elle se trouva être composée de trois cent cinquante-cinq jours. Elle demeura ainsi jusqu’à Jules César, où commence l’[[w:Calendrier_julien|''année julienne'']], qui se compose de trois cent soixante-cinq jours, huit heures, auxquels [[w:Calendrier_grégorien|''Grégoire le Grand'']] ajouta onze minutes, pour arriver à la plus grande exactitude possible.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back|<span id="Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG"><sup>2</sup></span>]] L’entrée du soleil dans tel ou tel signe du zodiaque, son passage à l’équateur, etc., ne sont pas toujours le signal d’un changement dans la température. [[w:Végèce|Végèce]] a parlé des jours prokéimasiques et épikéiniasiques :''' {{Info|''Aut enim circa diem statutum, aut ante, vel postea, tempestates fieri, compertum est : unde præcedentes, ωροϰεἰμασιν : nascentes die solenni, επιϰεἰμασιν : subsequentes, μεταϰεἰμασιν, græco vocabulo nuncuperaverunt''|Car on a constaté que les tempêtes se produisent soit vers le jour fixé, soit avant, soit après : d’où les précédents, ωροϰεἰμασιν : nés le jour solennel, επιϰεἰμασιν : les suivants, μεταϰεἰμασιν, étaient appelés par le mot grec. TdA.}} '''(IV, 40).''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG_back|<span id="Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG"><sup>3</sup></span>]] <p style="margin: 0 6em; text-indent: 0px">'''{{Info|Hoc metuens, cæli menses et sidera serva,<br />Frigida Saturni sese quo stella receptet.|Craignant cela, gardez les lunes et les étoiles du ciel, le froid de Saturne lui-même, où l’étoile les recevra. TdA.}}'''<p style="text-align: right; margin: 0 6em; text-indent: 0px">''Georg.'', I, 335.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Res_anceps_AdG_back|<span id="Res_anceps_AdG"><sup>4</sup></span>]] Voici enfin quelques idées philosophiques qui se trouvent sous la plume de Pline ; malheureusement la cause par laquelle notre auteur explique l’influence des astres est problématique, et montre que les sciences astronomiques des anciens laissaient beaucoup à désirer. Les Grecs croyaient qu’il y avait autant de cieux que de planètes ; le huitième ciel, ou le firmament, était celui dès étoiles fixés.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Occasum_matutinum_Vergiliarum_Hesiodus_AdG_back|<span id="Occasum_matutinum_Vergiliarum_Hesiodus_AdG"><sup>5</sup></span>]] L’ouvrage auquel Pline fait allusion a été mentionné par [[w:Théon_d'Alexandrie|Théon]] qui le nomme Αστριϰὴ βίϐλος [[w:en:Astronomia_(poem)|(en)]]. Cet ouvrage est perdu.'''</td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Onzième</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f196.item ''Livre XVIII.''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f340.item ''chap. LVII.''], traduction nouvelle par M. [[w:Stéphane_Ajasson_de_Grandsagne|Ajasson de Grandsagne]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f453.item <sup>NOTES</sup>], C. L. F. Panckoucke, Paris, 1829</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">''Divi[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ion des jours & des nuits [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uivant le cours du Soleil ; lever & coucher des étoiles ; ordre des [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons ; tems où l’on [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eme les bleds d’hiver.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''D'''’ABORD il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que impo{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible de déterminer au ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te le nombre des jours de l’année, & le cours du Soleil ; car comme aux trois cents {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oixante & cinq jours dont l’année e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ée, on ajoute le quart d’un jour & d’une nuit, autrement {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, qui, au bout de quatre ans, font un jour intercalaire [[#jour_intercalaire_LPdS|<span id="jour_intercalaire_LPdS_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], il arrive qu’on ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auroit a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igner avec certitude le tems du lever & du coucher des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres. En {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd lieu, l’on convient qu’il y a dans cette théorie beaucoup d’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité ; car quelquefois les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons [[#quelques_les_saisons_LPdS|<span id="quelques_les_saisons_LPdS_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] commencent plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours avant le terme qui leur a été fixé, ce que les Grecs appellent ''prokheïma{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}is'' ; & d’autres fois plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours après, ce que ces mêmes Grecs expriment par le mot ''epikheïma{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}is'' : & l’on éprouve très {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouvent que l’action des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ait {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la terre, tantôt plutôt, tantôt plus tard. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i dit-on communément, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que le beau tems e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t revenu, que tel a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre a produit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on effet. D’ailleurs comme tout cela dépend des globes céle{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes, leur mouvement relatif excite quelquefois des grêles & des pluies, qui, comme nous l’avons déja [[#déjà_fait_observer_LPdS|<span id="déjà_fait_observer_LPdS_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] fait ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erver, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de la plus grande con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}équence pour les biens de la terre, & qui renver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pérance qu’on avoit du beau tems. Et non {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement les hommes y {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont trompés, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les animaux, quoiqu’ils aient bien plus de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agacité que nous pour pre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir ces vici{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}itudes du ciel, d’autant que leur vie en dépend. En effet, on voit quelquefois les oi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux d’été mourir par des froids qui viennent trop tard ou trop tôt, & les oi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux d’hiver par des chaleurs qui arrivent de même. C’est pourquoi '''Virgile''' veut qu’on étudie au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le cours des planetes, & qu’on ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erve à quelle partie du zodiaque répond la planete du froid Saturne [[#Saturne_LPdS|<span id="Saturne_LPdS_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Quelques-uns croient que le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igne le plus certain du printems commencé, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’on voit des papillons, & cela parceque ces in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont fort délicats. Néanmoins on a remarqué que dans l’année même [[#lAnnée_dÉcriture_LPdS|<span id="lAnnée_dÉcriture_LPdS_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] où j’écris ceci, le froid ayant recommencé ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois fois, a fait mourir autant de fois les papillons ; & que les hirondelles, qui, s’étant montrées dès le vingt-{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ept de Janvier, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embloient annoncer le retour du printems, ont en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uyé un très cruel hiver.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t donc une {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cience très problématique que celle de l’influence des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, & les inductions que l’on en tire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont fort douteuses. Mais ce qui cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e le plus d’incertitude, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cette convexité du ciel & la différence des climats de la terre, parceque le même a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e montre ici dans un tems, & là dans un autre, d’où il ré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulte que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on influence ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir en même tems par-tout. Un autre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urcroît de difficulté, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t que les ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations recueillies par les Auteurs ont été faites en différents lieux, & que ceux même qui ont écrit dans le même endroit ne s’accordent nullement entre eux dans ce qu’ils écrivent. On compte ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois différentes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortes de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectes en A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomie ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}avoir, celle des Chaldéens [[#secte_des_Chaldéens_LPdS|<span id="secte_des_Chaldéens_LPdS_back"><sup>'''5*'''</sup></span>]], celle des Egyptiens & celle des Grecs. On peut même dire que le Dictateur Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar [[#Dictateur_César_LPdS|<span id="Dictateur_César_LPdS_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}it, chez les Romains, une quatrieme, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il rédui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}it chaque année au cours du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervant à cet effet du travail de So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igene, très habile A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronome. Néanmoins on découvrit en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite que le calendrier de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar étoit défectueux [[#calendrier_César_défectueux_LPdS|<span id="calendrier_César_défectueux_LPdS_back"><sup>'''7'''</sup></span>]], parceque l’année qui auparavant étoit plus courte que le cours du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouvoit alors plus longue : & pour corriger cette erreur, on ordonna que pendant douze années de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite, il n’y auroit point de jour intercalaire [[#correction_erreur_LPdS|<span id="correction_erreur_LPdS_back"><sup>'''8'''</sup></span>]]. So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igene lui-même, quoique Mathématicien plus exact que les autres, ne lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a pas de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e conduire con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tamment en homme qui doutoit de la ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on propre calcul, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il en fit ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois différentes corrections. De tous les Auteurs [[#Auteurs_calendrier_LPdS|<span id="Auteurs_calendrier_LPdS_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] qui ont écrit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette matiere, & que nous avons allégués au commencement de ce livre, il s’en trouve rarement deux qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oient de même {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entiment. Cette variété e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urprenante, comme au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i plus excu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}able, chez ceux qui écrivoient en des pays différents. Mais que dire de ceux qui, écrivant dans le même pays, n’ont pas lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é d’être partagés d’opinion ? En voici un exemple. '''Hé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iode''', dont il y a au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i un ouvrage [[#ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS|<span id="ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le cours des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, dit que les Pléiades {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couchent le matin dans le tems même de l’équinoxe d’automne. '''Thalès''' [[#opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS|<span id="opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS_back"><sup>'''11'''</sup></span>]] dit que cela arrive vingt-cinq jours après. '''Anaximandre''' en met vingt-neuf ; '''Euctémon''' [[#Euctémon_LPdS|<span id="Euctémon_LPdS_back"><sup>'''12'''</sup></span>]] quarante-huit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quant à nous, nous {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivrons le calcul de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, ayant principalement égard à l’Italie. Nous ne lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erons néanmoins de rapporter les opinions étrangeres, parceque notre objet n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas de traiter d’un {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eul pays, mais de la Nature entiere. Seulement, pour éviter les longueurs, nous n’indiquerons que les pays où chaque opinion a lieu, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans faire mention des auteurs de ces a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ertions : & pour abréger encore davantage, les Lecteurs voudront bien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouvenir que quand il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t parlé de l’Attique, il faut, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous ce nom, entendre au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les Cyclades ; que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de Macédoine, il faut entendre au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la Magné{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie & la Thrace ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Egypte, la Phénicie, l’i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}le de Chypre & la Cilicie; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous celui de la Béotie, la Locride, la Phocide & les contrées voi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ines ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Hel le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pont, la pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}le de Thrace & le pays de terre ferme, ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’au mont Athos ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Ionie, l’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie & les i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}les A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iatiques ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom du Péloponne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, l’Achaïe & les contrées [[#contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS|<span id="contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS_back"><sup>'''13'''</sup></span>]] adjacentes qu’elle a à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on couchant ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom des Chaldéens, l’Assyrie & la Babylonie. Il ne faudra pas s’étonner {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i je ne parle ici ni de l’Afrique, ni de l’Espagne, ni des Gaules, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que ces pays n’ont eu aucun Auteur qui ait écrit du cours des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, ni de leur lever. Toutefois il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}era pas difficile de connoître le tems où ils {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e levent dans ces pays-là même, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}truit de l’arrangement des cercles céle{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes, tel que nous l’avons expliqué au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme livre de cet ouvrage ; car, par ce moyen, & par les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eules notions que nous avons expo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ées en donnant une nomenclature des lieux, on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aura la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition, non {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement de chaque pays, mais encore de chaque ville, en prenant par les ombres égales de tous les cercles, un {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}egment du cercle de tel pays qu’on voudra choi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ir, & en cherchant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on rapport avec le lever des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres. Il faut remarquer au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i que de quatre [[#Columelle_LPdS|<span id="Columelle_LPdS_back"><sup>'''14'''</sup></span>]] en quatre ans les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons & les chaleurs reviennent à peu près les mêmes, & cela à cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e du mouvement du Soleil ; & que de huit en huit ans ces mêmes chaleurs reviennent plus con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idérables, en vertu de la centieme lunai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on.</div> {{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}} <div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#jour_intercalaire_LPdS_back|<span id="jour_intercalaire_LPdS"><sup>1</sup></span>]] Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur toute cette que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion, nos notes 13 & 14 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le huitieme chapitre du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd livre de Pline, tome 1, p. 41 & 42 :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 5em;">(13) [[w:Suétone|Suétone]] s’exprime mieux, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il écrit : chaque quatrieme année ''quarto quoque anno''. Il est vrai que, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon le [[w:Jean_Hardouin|Pere Hardouin]], il faut comprendre dans la période de cinq ans, dont parle Pline, la premiere & la cinquieme année comme Bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles ; ce qui revient aux quatre années de Suétone, dont la quatrieme avoit un ''bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ex'' ; mais en vérité cette explication est des plus forcées. Je {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erois donc d’avis qu’il faudroit lire dans Pline comme dans Suétone, ''quarto anno'', {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nous n’apprenions d’ailleurs de cet Hi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}torien, que dès le regne d’Augu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te il s’étoit déja gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs abus & altérations dans l’année Julienne. On voit du moins qu’il y réforma plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, sous prétexte de la remettre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le pied où Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar l’avoit in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituée. Cela me donneroit à pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er qu’on fit dès-lors attention à la fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eté & à l’excédence du calcul Julien ; mais qu’Augu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te, par respect pour la mémoire de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, affecta d’imputer la faute à la négligence des Prêtres chargés à Rome de l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pection du Calendrier ; qu’au demeurant, on découvrit l’abus, & qu’on e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aya d’y remédier, en n’ajoûtant un jour entier à l’année ordinaire que chaque ''cinquieme année'' comme Pline paroît l’articuler ici expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement. Mais d’ailleurs il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t évident qu’à la longue le période bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile de quatre années en quatre années prévalut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur celui de chaque cinquieme année, dont parle Pline ; & même il paroît que ceux qui, par la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite, voulurent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}upputer les tems, récapitulerent, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans exception, toutes les bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles quartenaires écoulées depuis l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution Julienne ; car en 1582, on trouva par ce moyen que l’année étoit reculée de dix jours & plus; d’autant que l’excédence du calcul Julien, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e à l’année révolue 365 jours & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, au lieu de 365 jours 5 heures 49 minutes, 8 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econdes 17 tierces & 13 quarts qu’elle a réellement, forme tous les ans environ 11 minutes de trop, & tous les cent trente-quatre ans un jour entier d’excès. Le Pape Grégoire XIII trouvant donc l’année reculée de plus de dix jours ; ce qui dérangeoit l’économie annuelle des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olemnités, remédia à cet inconvénient en retranchant de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on autorité dix jours au mois d’Octobre de l’année 1582, où l’on étoit alors ; & en réglant qu’à l’avenir tous les quatre cents ans on omettroit trois années bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles. Ce réglement devint une loi pour pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que toute l’Europe chrétienne. L’autre maniere de compter fut appellée l’ancien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tyle. La Grande-Bretagne a long-tems per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té à s’en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir malgré {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on abus manife{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te. Enfin le Parlement d’Angleterre, par acte du mois de Septembre 1752, a adopté la réforme Grégorienne.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 4em;">(14) Le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, en fai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant le tour du cercle oblique, parcourt réellement 360 degrés ou {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections ; pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que tout cercle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e divi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e en 360 parties appellées degrés : mais la me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ure de chaque degré du cercle parcouru annuellement par le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, excede tant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit peu, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire de quelques légeres fractions de tems, la durée de chacun de nos jours révolus ; durée qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t, comme on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ait, que de 24 heures préci{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es ; le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quelles, comparées à un degré, en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, au bout de l’année, 365 & plus pour le cercle, au lieu de 360 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement que le cercle requerroit. D’après une connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de ces principes, Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e voyant Dictateur, Grand-Pontife, & maître du monde, entreprit, l’an 140 avant J. C. de réformer les abus qui s’étoient gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}és, tant dans l’année Pompilienne, ou de Numa, que dans celle des Pontifes, encore plus irréguliere que celle de Numa. A cet effet, il fit venir d’Alexandrie le Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igenes. Celui-ci décida fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement que le cercle des jours de l’année révolue excédoit du nombres 5 joint au quart de 1 les 360 degrés du cercle oblique parcouru par le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil : expo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é faux, auquel le Dictateur, occupé d’autres {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oins, déféra {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans autre examen. Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar régla donc, de l’avis de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronome, que l’année {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit divisée en 365 jours ; & quant au quart de jour re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant, qui produit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, il ordonna qu’on n’y auroit aucun égard pour chaque année particuliere ; mais que chaque quatrieme année on réuniroit la totalité de quatre fois {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, qui en font vingt-quatre, pour en compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er un jour entier; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i cette quatrieme année auroit 366 jours. Il régla de plus, que ce jour intercalaire, ou ajoûté à chaque quatrieme année, seroit le 24 Février. Les Romains nommoient ce jour-là ''bis {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}exto calendas Martii'', c’est-à-dire, le ''{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme avant les calendes de Mars'' ; d’où il arriva que l’année où tomboit ce jour intercalaire fut appellée bis-{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#quelques_les_saisons_LPdS_back|<span id="quelques_les_saisons_LPdS"><sup>2</sup></span>]] Végece dit pareillement, liv. 4, chap. 40 : ''Aut enim circa diem {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatutum, aut ante, vel po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tea, tempe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tates fieri compertum e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t : unde præcedentes, ωροϰεἰμασιν : na{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}centes die {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olenni, επιϰεἰμασιν : {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equentes, μεταϰεἰμασιν, Græco vocabulo nuncuperaverunt'' [[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back|<sup>⤴️</sup>]]. On lit au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i chez [[w:Columelle|Columelle]], dans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a Préface :''' {{Info|''Neque enim ſemper eumdem, cælum & annus, velut ex præſcripto habitum gerunt : nec omnibus annis eodem vultu venit aſtas, aut hyems, &c.''|Car le ciel et l’année ne portent pas toujours le même habit, comme par un précepte : ni l’automne n’arrive chaque année avec la même apparence, ni l’hiver, etc. TdA}} </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#déjà_fait_observer_LPdS_back|<span id="déjà_fait_observer_LPdS"><sup>3</sup></span>]] Au liv. 17, chap. 2.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Saturne_LPdS_back|<span id="Saturne_LPdS"><sup>4</sup></span>]] Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i qu’il l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}inue dans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es ''Géorg.'' liv. I, v. 335 :'''<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 0px">{{Info|Hoc metuens, cæli menses et sidera serva,<br />Frigida Saturni sese quo stella receptet.|Craignant cela, gardez les lunes et les étoiles du ciel, le froid de Saturne lui-même, où l’étoile les recevra. TdA.}} </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#lAnnée_dÉcriture_LPdS_back|<span id="lAnnée_dÉcriture_LPdS"><sup>5</sup></span>]] Pline, au quatorzieme livre, chap. 4, comptoit deux cents trente ans depuis la mort de [[w:Cicéron|Cicéron]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cicéron_I|<sup>🔄</sup>]], arrivée l’an de Rome 600. L’année qu’il indique ici, & où il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouvoit avoir compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre livres de plus, e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t probablement la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivante, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire l’année 831 de la fondation de Rome.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#secte_des_Chaldéens_LPdS_back|<span id="secte_des_Chaldéens_LPdS"><sup>5*</sup></span>]] Sur l’année Chaldéenne, qui étoit la même que la Judaïque, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez [[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ebe]], ''Præpar. Evang.'' liv. 9, chap. 17, où il fait Abraham inventeur de l’a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomie chez les Chaldéens. Les A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trologues Chaldéens étoient ordinairement des Prêtres des Dieux, tels que [[w:Bérose|Béro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e]], auquel les Athéniens éleverent dans leur Gymna{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e une {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatue à langue dorée. Sur quoi voyez Pline, liv. 7, chap. 37. Ce Béro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e étoit un Prêtre de [[w:Bēl|Belus]] ; il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cité par [[w:Clément_d'Alexandrie|Clément d’Alexandrie]], & par [[w:Flavius_Josèphe|Jo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eph]] [[#Flavius_Josèphe_I|<sup>⤵️</sup>]], contre Apion, liv. 1. Sur l’année Egyptienne, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’ancienne année Grecque, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez [[w:Hérodote|Hérodote]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_I|<sup>🔄</sup>]] liv. 2, n°. 4. Cicéron rend ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tice à l’étude que firent des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres les Egyptiens & les Babyloniens, liv. 1, de ''Divinat.'' n°. 16 :''' {{Info|''Ægyptii, & Babylonii, in camporum patentium aquoribus habitantes, cùm ex terra nihil emineret, quod contemplationi cæli officere poſſet, omnem curam in ſiderum cognitione poſuerunt''|Les Égyptiens et les Babyloniens, vivant dans les eaux des plaines découvertes, alors que rien ne dépassait de la terre qui pût gêner la contemplation du ciel, mettaient tous leurs soins dans la connaissance des étoiles. TdA}}. </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Dictateur_César_LPdS_back|<span id="Dictateur_César_LPdS"><sup>6</sup></span>]] Voyez les notes 13 & 14 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le chap. 8 du liv. 2, tome 1, p. 41 & 42.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#calendrier_César_défectueux_LPdS_back|<span id="calendrier_César_défectueux_LPdS"><sup>7</sup></span>]] Voyez les notes indiquées dans la note précédente ; & joignez-y les ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivantes, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de M. De{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}places, p. 339 : « Le calendrier chrétien, ayant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivi la réformation de Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouva qu’en l’année 1582, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le Pape Grégoire XIII, l’équinoxe étoit remontée ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’au 11 de Mars, au lieu du 21, où elle devoit être. Ce Pape, après avoir con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulté Clavius & Ciaconius, les plus habiles A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes du tems, ordonna qu’en cette même année 1582, on compteroit le 5 du mois d’Octobre, au lieu du 15, afin de retrancher les dix jours qui s’étoient gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}és de trop, en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivant la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}upputation Julienne, depuis le Concile de Nicée, tenu en 325 : on convint encore de continuer l’intercalation d’un jour tous les quatre ans ; & qu’en outre, pour éviter dans la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite pareille erreur, il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit fait un retranchement de trois jours intercalaires, dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pace de quatre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iecles, à cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e des onze minutes qui manquent aux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures des années, dont on compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e l’année intercalaire, ou bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile ; ces trois jours {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e retranchent en l’année qui finit les trois premiers {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iecles. De célebres A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes modernes ont fait voir que, malgré cette précaution, il y auroit encore, au bout de quatre cents ans, plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours de variation dans l’équinoxe ».''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#correction_erreur_LPdS_back|<span id="correction_erreur_LPdS"><sup>8</sup></span>]] Etabli par Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, & qui revenoit tous les quatre ans. Ecoutons Suétone, vie de ce Dictateur, chap. 40 : {{Info|''Faſtos correxit, jampridem vitio Pontiſicum, per intercalandi licentiam adeo turbatos, ut neque meſſium feria aſtati, neque vindemiarum autumno competerent, annumque ad curſum ſolis accommodevit, ut CCCLXV dierum eſſet, & intercalario menſe ſublato, unus dies quarto quoque anno intercalaretur, &c''|Il corrigea les jeûnes, qui avaient toujours été une faute pontique, si perturbés par la permission de l’intercalation, que ni les fêtes du mois ne tenaient, ni les récoltes ne correspondaient à l’automne, et il ajusta l’année à la course du soleil, de sorte que c’était 365 jours, et après le mois intercalaire, un jour était intercalé tous les quatre ans, etc. TdA}}. On s’apperçut que cette correction de Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar étoit elle-même fautive. On tenta de nouveau de remédier au vice du calendrier ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur quoi con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez Solin, chapitre 1, p. 5 ; le P. Petau, ''de Doctr. temp.'' chap. 3 ; mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur-tout [[w:Macrobe|Macrobe]], qui s’exprime ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i, liv. 1, ''Saturn.'' chap. 14, p. 255 :''' {{Info|''Sacerdotes ſibi errorem novum ex ipſa emendatione ſecerunt. Nam cùm oporteret diem, qui ex quadrantibus conſit, quarto quoque anno conſecto, antequam quintus inciperet, intercalare, illi quarto non peracto ſed incipiente, intercalabant. Hic error ſex & triginta annis permanſit : quibus annis intercalati ſunt dies duodecim, cùm deberent intercalari novem. Sed hunc quoque errorem ſerò deprehenſum correxit Auguſtus, qui annos duodecim ſine intercalari die tranſigi juſſit : ut illi tres dies, qui per annos triginta & ſex vitio ſacerdotalis ſeſtinationis excreverant, ſequentibus annis duodecim, nullo die intercalato, devorarentur. Poſt hoc unum diem, ſecundùm ordinationem Caſaris, quinto quoque incipiente anno intercalari juſſit : & omnem hunc ordinem area tabula ad aternam cuſtodiam inciſione mandavit.''|Les prêtres retranchèrent une nouvelle erreur de leur correction. Car lorsqu’il fallait intercaler le jour qui est composé de quadrants, la quatrième année consécutive, avant que la cinquième ne commence, on intercalait ceux lorsque la quatrième n’était pas terminée mais commençait. Cette erreur a duré trente-six ans : années au cours desquelles douze jours ont été intercalés, alors qu’il aurait fallu en intercaler neuf. Mais cette erreur fut également détectée par Auguste, qui ordonna que douze années s’écoulèrent sans jour intercalaire : afin que ces trois jours, qui avaient été excrétés pendant les trente-six années du vice sacerdotal de cessation, soient dévorés dans le douze années suivantes, sans jour intercalaire. Après ce jour, selon l’ordonnance de César, il décréta que la cinquième année serait également intercalée : et tout l’ordre fut ordonné d’être gravé par le conseil du domaine pour la garde éternelle. TdA}}. </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Auteurs_calendrier_LPdS_back|<span id="Auteurs_calendrier_LPdS"><sup>9</sup></span>]] Ces Auteurs {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont Hiéron, Philomêtor, Attale, Archelaüs, Xénophon, Magon, Caton, Silanus, Varron, &c. dont Pline a fait mention {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la fin du chapitre 3.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS_back|<span id="ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS"><sup>10</sup></span>]] Nous apprenons de Théon que cet ouvrage {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nommoit l’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trique, Ἀςριϰὴ ϐίϐλος. Voyez au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur ce même ouvrage, une Epigramme de [[w:Callimaque_de_Cyr%C3%A8ne|Callimaque]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_I_de_Cyrène_II|<sup>🔄</sup>]], citée dans la vie d’Aratus, qui fait partie de l’Uranologie de [[w:Denis_Pétau|Petau]], liv. 2, ''Var. Di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ert.'' chap. 9, p. 97.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS_back|<span id="opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS"><sup>11</sup></span>]] Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette opinion de Thalès, ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur celles d’Hé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iode & d’Anaximandre, l’Uranologie citée note précédente.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Euctémon_LPdS_back|<span id="Euctémon_LPdS"><sup>12</sup></span>]] ''Euctemon'' ; ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i portent les manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits, & non pas ''Eudemon''. J’ai traité d’Euctêmon (en Grec Εὐϰτημον) dans les notes alphabétiques du premier livre, & plus récemment dans la note 21 du chapitre précédent.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS_back|<span id="contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS"><sup>13</sup></span>]] Telles que l’Elide, l’Arcadie, la Me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}lénie.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Columelle_LPdS_back|<span id="Columelle_LPdS"><sup>14</sup></span>]] Columelle, liv. 3, chap. 6 :''' {{Info|''Quo tempore ſol in eamdem partem ſigniſeri per eoſdem numeros redit, per quos cursus ſui principium cæperat : quem circuitum meatus dierum integrorum mille quadringentorum ſexaginta unius [[w:Apocatastase|ὰ τοκατάςασιν]] vocant ſtudioſi rerum cæleſtium''|A ce moment-là, le soleil revient dans la même direction au moyen des mêmes nombres par lesquels il a commencé sa course : laquelle course de mille quatre cent soixante et un jours entiers est appelée ὰ τοκατάςασιν par ceux qui étudient les choses célestes. TdA}}.</td> </tr> </table><br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Sixieme</u>], [https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PA257#v=onepage&q&f=true ''Livre Dix-huitieme.''], [https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PA455#v=onepage&q&f=true ''Diviſion des jours & des nuits ſuivant le cours du Soleil ; lever & coucher des étoiles ; ordre des ſaiſons ; tems où l’on ſeme les bleds d’hiver.''], traduction en françois, avec le texte latin rétabli d’après les meilleures leçons manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crites ; accompagnée de Notes critiques pour l’éclairci{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du texte, & d’Ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances des Anciens comparées avec les découvertes des Modernes, par M. [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Louis Poinsinet de Sivry]], Chez la veuve Desaint, Paris, 1771</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Flavius_Josèphe|'''Flavius Josèphe''']] [[#Flavius_Josèphe|<span id="Flavius_Josèphe_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:37|37]]/[[w:38|38]], à [[w:Histoire_de_Jérusalem#Période_romaine_et_byzantine_(63_av._J.-C._-_638)|''Jérusalem'']] — vers [[w:100|100]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']]) [[w:Ier_siècle|<sup>⏳</sup>]] [[s:Auteur:Flavius_Josèphe|<sup>📚</sup>]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:historiographe|Historiographe]] ''romain'' [[w:Juifs|''juif'']] d’origine [[w:Judée_(province romaine)|''judéenne'']], il participe activement au début de la ''première guerre judéo-romaine'' en tant que commandant militaire de ''Galilée'' contre les Romains, avant de se rendre à [[w:Vespasien|'''Vespasien''']] [[#Vespasien|<span id="Vespasien_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] lors de la prise de la garnison juive de la forteresse de [[w:Jotapata|''Jotapata'']] en juillet 67, et de devenir intermédiaire, interprète et négociateur entre les ''romains'' et les ''Juifs'' lors du siège de ''Jérusalem'' conduit par '''Titus''' [[#Titus_back|<sup>⤴️</sup>]] en 70. Après la fin de la grande révolte ''judéenne'', en 71, il s’établit auprès de son protecteur à ''Rome'' où il obtient la [[w:citoyenneté_romaine|''citoyenneté romaine'']].</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Flavius Josèphe|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Flavius_Josèphe_back|<span id="Flavius_Josèphe"><sup>I</sup></span>]] De son nom de naissance Joseph ben (fils de) Matthatias, de l’hébreu יוסף בן מתתיהו / Yossef [[wikt:en:יוסף#Hebrew|(en)]] ben [[wikt:en:בן#Noun|(en)]] Matityahou [[wikt:en:מתתיהו#Hebrew|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• de la troisième personne du singulier [[w:Jussif|''jussive'']], signifiant ainsi « peut-il ajouter », du verbe הוֹסִיף / hosíf [[wikt:en:הוסיף#Hebrew|(en)]], « 1. Ajouter (quelque chose) à (quelque chose d'autre). 2. (littéraire) Continuer (à faire quelque chose). 3. (archaïque) Coordonné avec un autre verbe pour indiquer que l’action de ce verbe "ajoute" d’une manière ou d’une autre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• du nom commun בֵּן / bén, « 1. Fils. 2. (ne produit plus de mot ou d’expression) Un descendant mâle direct. 3. Un mec, un garçon. 4. (n’est plus productif, état de construction) Possesseur de (connaissance, capacité, etc.). 5. (État construit) Utilisé pour exprimer l’âge d’un homme, d’un garçon ou le référent d’un nom masculin : âge, âgé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• de la contraction du nom commun מַתָּנַת / mataná [[wikt:en:מתנה#Hebrew|(en)]], « cadeau, présent, don »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe נתן / natán [[wikt:en:נתן#Verb|(en)]], « 1. Donner. 2. Autoriser, permettre, laisser. 3. (archaïque) Mettre, placer. 4. (archaïque, hébreu biblique) Se transformer en. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ et du nom propre יהוה / YHWH [[wikt:en:יהוה#Hebrew|(en)]], « (Judaïsme) Tétragramme : mot en quatre lettres hébraïques utilisé comme nom [[wikt:ineffable#Français|''ineffable'']] de Dieu dans la Bible hébraïque, diversement rendu par Yahweh ou Jéhovah. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Son tria nomina à l’obtention de sa ''citoyenneté romaine'' est {{Info|Titus|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Flavius|nomen, nom de famille}} {{Info|Josephus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, prenant ainsi le nom de son bienfaiteur :<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Vespasien_back|<span id="Vespasien"><sup>II</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Titus|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Flavius|nomen, nom de famille}} {{Info|Vespasianus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:L%C3%A9gat_(Rome_antique)|''Légat'']] lors de la [[w:Conqu%C3%AAte_romaine_de_la_Grande-Bretagne|''conquête de la Bretagne en 43'']] et lors de la [[w:Premi%C3%A8re_guerre_jud%C3%A9o-romaine|''rébellion juive de 66'']] en [[w:Jud%C3%A9e_(province_romaine)|''Judée'']]. Fin décembre 69, il est couronné empereur par le [[w:S%C3%A9nat_romain|''Sénat'']] après la guerre civile de l’[[w:Ann%C3%A9e_des_quatre_empereurs|''année des quatre empereurs'']], et fonde la dynastie des [[w:Flaviens|''Flaviens'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(17 novembre [[w:9|9]], près de [[w:Reate|''Reate'']] dans la région centrale italienne du [[w:Latium|''Latium'']] — 23/24 juin [[w:79|79]], à la station thermale de [[w:Aquae_Cutiliae|''Aquae Cutiliae'']], à l’est de ''Reate'')<sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup><br/><br/></div> ''' {{Boîte déroulante fin}} === [[w:Contre_Apion|Contre Apion]] === <p style="text-align: right;">[[s:Contre_Apion|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | [https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n156/mode/1up {{Info|'''Éditions & Manuscrits'''|Flavius Josèphe Contre Apion, Théodore Reinach & Léon Blum, 1930}}] |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * La traduction ''latine'' a été imprimée dès 1480 à [[w:Vérone#Époque_moderne|''Vérone'']] par '''Pierre Maufer''' [[w:en:Petrus_Maufer|(en)]]. L’édition de cette traduction, due à [[w:Sigismund_Gelenius|'''Sigismond Gelenius''']] (''Paris'', 1535), qui constitue la « [[w:Vulgate|Vulgate]] », présente un texte souvent « amélioré » de façon arbitraire. La seule édition critique est celle de '''Ch. Boysen''' (''Vienne'', 1898) qui fait partie du [[w:Corpus_scriptorum_ecclesiasticorum_latinorum|{{Info|''Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum''|Le corpus des écrits ecclésiastiques latins}}]]. Elle repose principalement sur les manuscrits L(aurentianus LXVI, 2), B(odleianus Canonicianus 148), R(egius Parisinus 5049) de la I<sup>re</sup> classe, C(heltenhamensis Phillipicus 12311), P(arisinus 1615), Pa(rsinus 5054) de la seconde. * Le texte grec est édité pour la première fois dans l’édition complète de '''Josèphe''' à [[w:Bâle#XVIe_siècle|''Bâle'']], chez [[w:Johann_Froben|''Froben'']], en 1544 par [[w:Arnoldus_Arlenius|'''Arlenius''']] qui a peut-être fait usage du ''Schleusingensis'' (un des fils du Laurentianus), mais a introduit grand nombre de corrections tantôt heureuses, et tantôt arbitraires. Par la suite notre traité n’a guère été imprimé que comme partie intégrante d’éditions complètes des œuvres de '''Josèphe'''. Les plus importantes sont celles de '''E. Bernard''' (1700), de [[w:John_Hudson_(classiciste)|'''Hudson''']] (1720) — le premier qui ait utilisé L —, de [[w:Sigebert_Havercamp|'''Havercamp''']] (1726), simple compilateur, de [[w:Karl_Wilhelm_Dindorf|'''L. Dindorf''']] (1847), de [[w:Immanuel_Bekker|'''Imm. Bekker''']] (1856), tout à fait manquée. L’édition critique de '''Niese''' [[w:en:Benedikt_Niese|(en)]] (1889) est la base de tous les travaux ultérieurs, notamment des éditions de '''Naber''' (1896) et de [[w:Henry_St._John_Thackeray|'''H. St. J. Thackeray''']] (coll. Loeb, 1926 : il n’a encore paru que le ''C. Apion'', la ''Vita'' et le commencement de la ''Guerre'') qui ont pu profiter aussi des conjectures de '''Cobet''', de '''Holwerda''', et de '''Herwerden'''.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dernière œuvre écrite par '''Flavius Josèphe''', vers [[w:93|93]], dont l’objectif est de répondre aux critiques qu’ont soulevées ses [[w:Antiquit%C3%A9s_juda%C3%AFques|''Antiquités judaïques'']], de défendre l’ancienneté du peuple ''juif'' et du [[w:Judaïsme#Judaïsme_antique|''judaïsme'']] (Livre I) et les accusations d’[[w:Apion_(grammairien)|'''Apion''']] [[#Apion|<span id="Apion_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] (Livre II).</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Apion|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Apion_back|<span id="Apion"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Apion#Latin|Ἀπίων / Apíôn]]; <br/><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[w:Grammaticus|''Grammairien'']] [[#grammairien|<span id="grammairien_back"><sup>II</sup></span>]] et [[w:Polygraphe_(auteur)|''polygraphe'']] [[#polygraphe|<span id="Grammairien_back"><sup>III</sup></span>]] ''grec'' d’Alexandrie.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] — première moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#grammairien_back|<span id="grammairien"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin grammaticus [[wikt:en:grammaticus#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien γραμματικός / grammatikós [[wikt:en:γραμματικός#Noun|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun γρᾰ́μμᾰ / grámma [[wikt:en:γράμμα#Noun|(en)]], « 1. Ce qui est écrit, ce qui est dessiné. 2. Lettre. 3. (au pluriel) Alphabet. 4. Écriture, livre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ du verbe γράφω / gráphō [[wikt:en:γράφω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Homérique) égratigner, couper en dedans. 2. Dessiner, esquisser, peindre. 3. Écrire. 4. Écrire, proposer une loi. 5. ([[w:Diathèse#Moyen|''voix moyenne'']]) : • (''[[w:Réflexivité_(grammaire)|réflexif]] indirect'') Écrire pour soi, noter ; • Accuser, poursuivre. 6. ([[w:Conjugaison_latine|''passif parfait'']]) Être écrit, être sous forme écrite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du suffixe nominal de résultat‎ -μα / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe adjectival -ῐκός / -ikós, de ou se rapportant à, de la manière de ; « -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Enseignant responsable de la deuxième étape du système éducatif traditionnel, après l’apprentissage de l’alphabet, la lecture et l’écriture, et l’initiation au calcul avec un abaque chez un ''magister ludi'' [[w:en:Ludi_magister|(en)]] et avant celle de l’art du discours chez un [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l'Antiquité_grecque|''rhéteur'']]. Le travail du grammairien était d’enseigner la lecture, l’analyse de textes des poètes antiques tels qu’Homère, Tite-Live et Virgile, et la grammaire [https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.antiquite.ac-versailles.fr%2Feducatio%2Fedrom2.htm#federation=archive.wikiwix.com&tab=url {{Info|<sup>➕</sup>|« L’école du grammaticus », ac-Versailles}}] [https://philo-lettres.fr/latin/rome_vie-quotidienne/ecole-romaine/ {{Info|<sup>➕➕</sup>|« L’École dans l’antiquité romaine, philo-lettres}}]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#polygraphe_back|<span id="polygraphe"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:polygraphe|πολύγραφος / polýgraphos]], « qui écrit beaucoup de sujets »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de l’adjectif πολῠ́ς / polús [[wikt:en:πολύς#Ancient_Greek|(en)]], « (de nombre, au pluriel) Beaucoup de : • (avec des noms de multitude) Grand ; • (de quantité, avec des noms de masse) beaucoup de ; • (rare, d'une personne) Grand, puissant ; • (de son) Fort ; • (attributivement, adverbial) Fortement, pleinement ; • (d'espace) Large, grand ; • (de distance) Loin ; • (de temps) Long, en retard. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du verbe γράφω / gráphō [[wikt:en:γράφω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Homérique) égratigner, couper en dedans. 2. Dessiner, esquisser, peindre. 3. Écrire. 4. Écrire, proposer une loi. 5. (''voix moyenne'') : • (''réflexif indirect'') Écrire pour soi, noter ; • Accuser, poursuivre. 6. (''passif parfait'') Être écrit, être sous forme écrite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le terme semble avoir été employé au cours de l’Antiquité dans un sens différent de celui que nous l’entendons aujourd’hui, pas dans le sens de diversité mais, de façon restreinte, le fait de composer un grand nombre de textes [https://eriac.univ-rouen.fr/la-polygraphie-comme-norme/ {{Info|<sup>➕</sup>|Isabelle Gassino, Université de Rouen et Dimitri Kasprzyk, université de Brest, « Colloque "La polygraphie comme norme" », 16 et 17 novembre 2017.}}].'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ==== Livre I ==== ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">Témoignage de '''Thales''' comme : * l’un des premiers ''philosophes grecs'' ayant traité des choses célestes et divines ; * disciple des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' (premier témoignage) ; * auteur de court(s)/rare(s) ouvrages (supposément unanimement admis), que les ''Grecs'' considéreraient comme les plus anciens, et douteraient, selon '''Flavius Josèphe''', de leur authenticité.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">qui autem historias apud eos conscribere temptauerunt, id est hi, qui circa '''Cadmum''' ''Milesium'', et '''Acusilaus''' ''Argiuus'' et post hunc quicumque alii fuisse referuntur, paululum tempus ''Persicam'' apud ''Helladium'' militiam praecesserunt. sed etiam eos, qui de caelestibus et diuinis primitus apud ''Graecos philosophati'' sund, id est '''Pherecydem''' ''Syrum'' et '''Pythagoram''' et '''Thaletem''' omnes concorditer confidentur ''Aegyptiorum'' et ''Chaldaeorum'' fuisse discipulos et breuiter conscripsisse quae a ''Graecis'' omnium antiquissima iudicantur ita ut uix ea credant ab illis fuisse conscripta.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[w:Corpus_scriptorum_ecclesiasticorum_latinorum|<u>Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum</u>]], [https://verlag.oeaw.ac.at/produkt/flavii-iosephi-opera-ex-versione-latina-antiqua-pars-vi-de-iudaeorum-vetustate-sive-contra-apionem-libri-ii/601067?name=flavii-iosephi-opera-ex-versione-latina-antiqua-pars-vi-de-iudaeorum-vetustate-sive-contra-apionem-libri-ii&product_form=5107 <u>Tome XXXVII, Flavius Iosephus, Contra Apionem</u>], ''Livre I'', ''chap. II.'', ''l.13, 14'', p.64, 1898</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Οἱ μέντοι τὰς ἱστορίας ἐπιχειρήσαντες συγγράφειν παρ' αὐτοῖς, λέγω δὲ τοὺς περὶ '''Κάδμον''' τε τὸν ''Μιλήσιον'' καὶ τὸν ''Ἀργεῖον'' '''Ἀκουσίλαον''' καὶ μετὰ τοῦτον εἴ τινες ἄλλοι λέγονται γενέσθαι, βραχὺ τῆς ''Περσῶν'' ἐπὶ τὴν ''Ἑλλάδα'' στρατείας τῷ χρόνῳ προύλαβον. Ἀλλὰ μὴν καὶ τοὺς περὶ τῶν οὐρανίων τε καὶ θείων πρώτους παρ' ''Ἕλλησι φιλοσοφήσαντας'', οἷον '''Φερεκύδην''' τε τὸν ''Σύριον'' καὶ '''Πυθαγόραν''' καὶ '''Θάλητα''', πάντες συμφώνως ὁμολογοῦσιν ''Αἰγυπτίων'' καὶ ''Χαλδαίων'' γενομένους μαθητὰς ὀλίγα συγγράψαι, καὶ ταῦτα τοῖς ''Ἕλλησιν'' εἶναι δοκεῖ πάντων ἀρχαιότατα καὶ μόλις αὐτὰ πιστεύουσιν ὑπ' ἐκείνων γεγράφθαι.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/Apion1gr.htm <u>Φλαίίου Ἰωσήπου, περὶ ἀρχαιότητος Ἰουδαίων</u>, ''λόγος α''], ''chap. II.'', ''l.13, 14'', 1898</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quant aux Grecs qui ont entrepris d’écrire l’histoire, comme [[w:Cadmos_de_Milet|'''Cadmos''' de ''Milet'']], [[w:Acousilaos|'''Acousilaos''' d’Argos]] et ceux qu’on cite après lui, ils n’ont vécu que peu de temps [[#Cadmos_NdT_LB|<span id="Cadmos_NdT_LB_back"><sup>1</sup></span>]] avant [[w:Guerres_médiques|''l’expédition des Perses contre la Grèce'']]. Mais bien certainement les premiers ''philosophes grecs'' qui aient traité des choses célestes et divines, comme [[w:Phérécyde_de_Syros|'''Phérécyde''' de ''Syros'']] [[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back"><sup>2</sup></span>]], '''Pythagore''' et '''Thalès'''[[#Thales_NdT_LB|<span id="Thales_NdT_LB_back"><sup>3</sup></span>]] furent, tout le monde s’accorde là-dessus, les disciples des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' avant de composer leurs courts ouvrages, et ces écrits sont aux yeux des ''Grecs'' les plus anciens de tous ; à peine même les croient-ils authentiques.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cadmos_NdT_LB_back|<span id="Cadmos_NdT_LB"><sup>1.</sup></span>]] En réalité, Cadmos paraît avoir fleuri vers le milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle]] [{{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB"><sup>2</sup></span>]] Seul texte qui attribue une origine égyptienne ou chaldéenne aux doctrines de Phérécyde de Syros. Cependant [[w:Theodor_Gomperz|Gompers]], [https://archive.org/details/bub_gb_QrfVAAAAMAAJ/page/n434/mode/1up Griechische Denker, I, 430], identifie ᾿Ογηνός avec l’Ouginna babylonien.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thales_NdT_LB_back|<span id="Thales_NdT_LB"><sup>3</sup></span>]] On retrouve chez [[w:Apollonios_de_Tyane|Apollonios de Tyane]] ([[w:Jamblique|Jamblique]] [[#Jamblique_back|<sup>⤵️</sup>]], Vit. Pyth. [[#Vie_de_Pythagore_back|<sup>⤵️</sup>]], 12) et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] l’idée que Thalès de Milet fut disciple des Égyptiens ; l’adjonction des Chaldéens est propre Josèphe.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Flavius Josèphe, Contre Apion</u>], ''Livre I'', [https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n49/mode/1up?view=theater&q=Thales ''chap. 2''], traduction du grec ancien par Léon Blum, agrégé des Lettres, professeur au lycée Janson-de-Sailly, texte établi et annotée par [[w:Théodore_Reinach|Théodore Reinach]] Membre de l’[[w:Institut_de_France|Institut]], professeur au Collège de France, 1930<br />(édition bilingue de 1911 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/Apion1.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quant aux Grecs qui ont entrepris d’écrire l’histoire, comme '''Cadmos''' de ''Milet'', '''Acousilaos''' d’''Argos'' et ceux qu’on nomme après lui, ils n’ont vécu que peu de temps[2] avant l’expédition des ''Perses'' contre la ''Grèce''. [14]. De même, les premiers ''philosophes grecs'' qui aient traité des choses célestes et divines, comme '''Phérécyde''' de ''Syros''[3], '''Pythagore''' et '''Thalès'''[4] furent, tout le monde s’accorde là dessus, les disciples des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' avant de composer leurs rares ouvrages, et ces écrits sont aux yeux des ''Grecs'' les plus anciens de tous ; à peine même les croient-ils authentiques.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cadmos_NdT_LB_back|<span id="Cadmos_NdT_LB"><sup>1.</sup></span>]] En réalité, Cadmos paraît avoir fleuri vers le milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle]] [{{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB"><sup>2</sup></span>]] Seul texte qui attribue une origine égyptienne ou chaldéenne aux doctrines de Phérécyde de Syros. Cependant [[w:Theodor_Gomperz|Gompers]], [https://archive.org/details/bub_gb_QrfVAAAAMAAJ/page/n434/mode/1up Griechische Denker, I, 430], identifie ᾿Ογηνός avec l’Ouginna babylonien.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thales_NdT_LB_back|<span id="Thales_NdT_LB"><sup>3</sup></span>]] On retrouve chez [[w:Apollonios_de_Tyane|Apollonios de Tyane]] ([[w:Jamblique|Jamblique]] [[#Jamblique_back|<sup>⤵️</sup>]], Vit. Pyth. [[#Vie_de_Pythagore_back|<sup>⤵️</sup>]], 12) et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] l’idée que Thalès de Milet fut disciple des Égyptiens ; l’adjonction des Chaldéens est propre Josèphe.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Flavius Josèphe, De l’ancienneté du peuple juif (Contre Apion)</u>, ''Livre I'', [[s:Page:Flavius_Josephe_-_Leon_Blum_-_Contre_Apion,_Leroux,_Paris,_1902.djvu/17|''Chap. 2'']], traduction de Léon Blum, agrégé des lettres, professeur au lycée du Havre, sous la direction de [[w:Théodore_Reinach|Théodore Reinach]], 1902.</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Plutarque|'''Plutarque''']] [[#Plutarque|<span id="Plutarque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:45|45]]'' <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Chéronée|Chéronée]] en [[w:Béotie|Béotie]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:125|125]]'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>)[[s:Auteur:Plutarque|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Plutarch at Delphi.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Buste probable de Plutarque du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] ou [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|EC|de l’Ère Commune}}, en marbre de [[w:Marbre_de_Paros|''Paros'']].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Provenance : découvert lors de fouilles près de l’angle sud-est du [[w:Temple d'Apollon (Delphes)|''temple d’Apollon'']] de [[w:Delphes|''Delphes'']], au côté d'une [[w:Fichier:Plutarch_stele_inscription_100_AD,_AM_of_Delphi_4070060092.jpg|''stèle'']] portant une inscription gravée : ΔΕΛΦΟΙ ΧΑΙΡΩΝΕΥΣΙΝ ΟΜΟΥ ΠΛΟΥΤΑΡΧΟΝ ΕΘΗΚΑΝ ΤΟΙΣ ΑΜΦΙΚΤΥΟΝΩΝ ΔΟΓΜΑΣΙ ΠΕΙΘΟΜΕΝΟΙ — Les ''Delphiens'', avec les ''Chéronéens'', dédièrent ce(tte image de) Plutarque, suivant les préceptes de l’[[w:Amphictyonie|''Amphictyonie'']].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Salle XIV, [[w:Mus%C3%A9e_arch%C3%A9ologique_de_Delphes|''Musée archéologique de Delphes'']].]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Biographe, philosophe et moraliste grec, auteur d’une œuvre importante, comportant un ensemble varié de traités et de dialogues consacrés à des questions de philosophie morale, mais abordant aussi des sujets littéraires, politiques, scientifiques, religieux.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Plutarque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Plutarque_back|<span id="Plutarque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien πλούταρχος / ploútarkhos [[wikt:en:Πλούταρχος#Ancient_Greek|(en)]], « maître des richesses » ; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun πλοῦτος / ploûtos [[wikt:en:πλοῦτος#Ancient_Greek|(en)]], « richesses » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun ἀρχός / arkhós, « souverain, chef, prince »)'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} {{Boîte déroulante début|titre=Remarque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>''' Dans la ''Vie de [[w:Lycurgue_(législateur)|Lycurgue]]'' et la ''Vie d’Agis et Cléomène'' (''Vies parallèles''), et le traité ''Un philosophe doit surtout converser avec les princes'' (''Œuvres morales''), il est fait mention d’un Thalès : il s’agit de [[w:Thalétas|Thalétas]], aussi appelé Thalès de [[w:Crète|''Crète'']], un musicien et poète, originaire de la cité de [[w:Gortyne|''Gortyne'']] en ''Crète'', et actif à la fin du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] et au début du siècle suivant.'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} === [[w:Vies_parallèles|Vies parallèles]] [[#Vies_parallèles|<span id="Vies_parallèles_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Recueil de 50 biographies de grands hommes de l’histoire, dont 46 présentées par paires : un ''Grec'' mis en parallèle avec un ''Romain''.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Vies parallèles|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Vies_parallèles_back|<span id="Vies_parallèles"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Βίοι Παράλληλοι / Bíoi Parállêloi'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ==== Vie de [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon|<sup>🔄</sup>]] ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Biographie de '''Solon''', qui précède celle de [[w:Publius_Valerius_Publicola_(consul_en_-509)|'''Publicola''']] [[#Publicola|<span id="Publicola_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], et avec laquelle '''Plutarque''' la compare.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Vie de Solon|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Publicola_back|<span id="Publicola"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Publius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Valerius|nomen, nom de famille}} {{Info|Publicola ou Poplicola|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, « celui qui prend soin de l’armée. »[https://academic.oup.com/bics/advance-article/doi/10.1093/bics/qbaf002/8117642?login=false {{Info|<sup>🔍</sup>|M. Gallo, « Misinterpreting a compound name. The origin of the agnomen Publicola in Dionysius of Halicarnassus and Plutarch », Bulletin of the Institute of Classical Studies,‎ 22 avril 2025}}].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]] de la [[w:république_romaine|''République Romaine'']], à quatre reprises : en [[w:-509|-509]], [[w:-508|-508]], [[w:-507|-507]] et [[w:-504|-504]], et l’un des instaurateurs légendaires de la ''République Romaine'' en -509, suite au viol et au suicide de [[w:Lucrèce_(dame_romaine)|Lucrèce]], une femme aristocratique ''romaine'', par [[w:Sextus_Tarquin|Sextus Tarquin]], le fils du dernier [[w:Roi_de_Rome|roi de ''Rome'']] [[w:Tarquin_le_Superbe|Tarquin le Superbe]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(date et lieu de naissance inconnu.e.s — [[w:-503|-503]], soit sur le champ de bataille pendant les [[w:Guerres_romano-sabelliennes|''guerres romano-sabelliennes'']], soit de maladie)<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> '''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== ====== <div style="text-align: center;">Paragraphe III.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de '''Thalès''' ''commerçant''</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''III.''' Κωλύει δὲ οὐδὲν τὸν ἀγαθὸν καὶ πολιτικὸν ἄνδρα μήτε τῶν περιττῶν τὴν κτῆσιν ἐν σπουδῇ τίθεσθαι μήτε τῆς χρείας τῶν ἀναγκαίων καὶ ἱκανῶν καταφρονεῖν. Ἐν δὲ τοῖς τότε χρόνοις, καθ' Ἡσίοδον, ἔργον οὐδὲν ἦν ὄνειδος, οὐδὲ τέχνη διαφορὰν ἔφερεν, ἐμπορία δὲ καὶ δόξαν εἶχεν οἰκειουμένη τὰ βαρβαρικὰ καὶ προξενοῦσα φιλίας βασιλέων καὶ πραγμάτων ἐμπείρους ποιοῦσα πολλῶν. Ἔνιοι δὲ καὶ πόλεων οἰκισταὶ γεγόνασι μεγάλων, ὡς καὶ Μασσαλίας Πρῶτις ὑπὸ Κελτῶν τῶν περὶ τὸν Ῥοδανὸν ἀγαπηθείς. Καὶ Θαλῆν δέ φασιν ἐμπορίᾳ χρήσασθαι καὶ Ἱπποκράτην τὸν μαθηματικόν, καὶ Πλάτωνι τῆς ἀποδημίας ἐφόδιον ἐλαίου τινὸς ἐν Αἰγύπτῳ διάθεσιν γενέσθαι.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§3'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''III.''' Mais rien n’empêche l’homme de bien, le citoyen dévoué à son pays, de garder un juste milieu : il peut ne point s’attacher à la poursuite du superflu, sans pour cela mépriser le nécessaire et ce qui suffit à ses besoins.<br />Dans ce temps-là, pour parler comme [[w:Hésiode|'''Hésiode''']] [[#Hésiode|<span id="Hésiode_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[#Hésiode_NdT_AP|<span id="Hésiode_NdT_AP_back"><sup>1</sup></span>]], il n’y avait pas de travail qui fût honteux; aucun art ne mettait de différence entre les hommes : le négoce surtout était honoré, qui met en possession des avantages dont jouissent les étrangers, gagne l’amitié des rois, et donne une grande expérience. On a même vu des trafiquants fonder de grandes villes : ainsi [[w:Mythe_fondateur_de_Marseille|'''Protis''']] bâtit [[w:Marseille_antique|''Marseille'']], après s'être concilié l’amitié des ''Gaulois'' qui habitent les bords du [[w:Rhône#Histoire|''Rhône'']]. '''Thales''' se livra, dit-on, au négoce, ainsi qu’[[w:Hippocrate_de_Chios|'''Hippocrate''']] [[#Hippocrate|<span id="Hippocrate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] le mathématicien[[#Hippocrate_NdT_AP|<span id="Hippocrate_NdT_AP_back"><sup>2</sup></span>]] ; et [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon|<sup>🔄</sup>]] vendit de l’huile en [[w:Basse_Époque|''Égypte'']] , pour fournir aux frais de son voyage.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hésiode_NdT_AP_back|<span id="Hésiode_NdT_AP"><sup>1.</sup></span>]] Œuvres et Jours, vers 309.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hippocrate_NdT_AP_back|<span id="Hippocrate_NdT_AP"><sup>2</sup></span>]] Cet Hippocrate n’est point connu d’ailleurs.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§3'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/184/mode/1up?view=theater p.184], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Hésiode_back|<span id="Hésiode"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡσῐ́οδος / Hēsĭ́odos [[wikt:en:Ἡσίοδος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Berger sur les pentes du Mont [[w:Mont_Hélicon|Hélicon]] et un des plus grands poètes grecs. Il s’agit plus précisément d’un ''aède'' (il « chante » ses vers avec sa lyre) et un ''rhapsode'' (il « coud » des chants entre eux)[https://odysseum.eduscol.education.fr/hesiode-un-des-premiers-poetes-grecs {{Info|<sup>🔍</sup>|Hésiode, un des premiers poètes grecs - Odysseum, la maison numérique des Humanités}}]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hippocrate_back|<span id="Hippocrate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῐ̔πποκρᾰ́της / Hĭppokrắtēs [[wikt:en:Ἱπποκράτης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / hĭ́ppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « cheval »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun‎ κρᾰ́τος / krắtos [[wikt:en:κράτος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Puissance, force. 2. Acte de force, acte de bravoure. 3. (au pluriel) Actes de violence. 4. Domination, pouvoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal -ης / -ēs.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Mathématicien (géomètre) et astronome « para-pythagoricien », dont l’œuvre ne nous est pas parvenue.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA764&vq=Hippocrate&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA764#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §151 - Hippocrate de Chios}}]'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: center; margin: 0 2em;">'''II. Dans sa jeunesse il se livre au commerce maritime; la modicité de sa fortune et son goût pour la sagesse l’y décident. Faveur du commerce à cette époque ; grands noms qui l’ont illustré.'''<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais rien n’empêche qu’un homme de bien, un sage politique tienne à cet égard un juste milieu, et que sans rechercher des richesses superflues, il ne méprise pas celles qui sont nécessaires et qui suffisent. Dans ce temps-là, comme dit [[w:Hésiode|'''Hésiode''']], aucun travail n’était regardé comme honteux; aucun art ne mettait de différence entre les hommes. Le commerce maritime surtout était honorable; il ouvrait des communications utiles avec les nations étrangères, procurait des alliances avec les rois, et donnait une grande expérience. On a même vu des commerçants fonder de grandes villes. Ainsi '''Protus''' gagna l’amitié des Gaulois qui habitaient les bords du ''Rhône'', et bâtit ''Marseille''. '''Thalès''' et '''Hippocrate''' le mathématicien firent aussi le commerce ; et '''Platon''' vendit de l’huile en ''Égypte'' pour fournir aux frais de son voyage.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Mais rien n’empêche l’homme de-bien et l’homme politique ni se mettre en souci (rechercher) l’acquisition des choses superflues, ni mépriser l’usage des choses nécessaires et suffisantes. Or dans les temps d’alors, selon '''Hésiode''', aucun travail n’était sujet-de-honte, ni aucun métier n’apportait de différence entre les citoyens mais même le commerce-maritime avait de la gloire, rendant-amies les nations-barbares, et procurant des amitiés de rois, et faisant les hommes expérimentés d’affaires nombreuses. Et quelques-uns aussi sont devenus fondateurs de grandes villes, comme aussi le '''Protus''' de ''Marseille'' ayant été aimé par les ''Celtes'' ceux autour du ''Rhône''. Et on dit aussi '''Thalès''', avoir fait-usage du commerce-maritime et '''Hippocrate''' le mathématicien, et la vente d'une certaine huile en ''Égypte'' avoir été pour '''Platon''' ressource du voyage.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ====== <div style="text-align: center;">Paragraphe IV.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la sagesse de '''Thalès''' en ''philosophie naturelle''</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IV.''' Φιλοσοφίας δὲ τοῦ ἠθικοῦ μάλιστα τὸ πολιτικόν, ὥσπερ οἱ πλεῖστοι τῶν σοφῶν, ἠγάπησεν. Ἐν δὲ τοῖς φυσικοῖς ἁπλοῦς ἐστι λίαν καὶ ἀρχαῖος, ὡς δῆλον ἐκ τούτων· [...].<br /><p style="text-indent: 15px">Καὶ ὅλως ἔοικεν ἡ Θάλεω μόνου σοφία τότε περαιτέρω τῆς χρείας ἐξικέσθαι τῇ θεωρίᾳ· τοῖς δὲ ἄλλοις ἀπὸ τῆς πολιτικῆς ἀρετῆς τοὔνομα τῆς σοφίας ὑπῆρξε.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§4'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f20.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IV.''' Il s’attacha, comme presque tous les sages d’alors, à cette partie de la philosophie morale qui traite de la politique. Pour la philosophie naturelle, il en était aux rudiments, et aux notions du vieux temps sans plus; [...].<br /><p style="text-indent: 15px;">Aussi bien n’y eut-il, en somme, que '''Thalès''' dont la science dépassât alors les notions d’un usage vulgaire : tous les autres ne durent qu’à leurs connaissances politiques leur réputation de sagesse.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§4'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">A l’exemple des sages de son temps, il cultiva principalement cette partie de la morale qui traite de la politique. Il n’avait en physique que des connaissances très-superficielles, et en était aux premiers éléments de cette science, [...].<br/><p style="text-indent: 15px">En général '''Thalès''' fut, de tous les sages d’alors, le seul qui porta au delà des besoins de la vie la théorie des sciences ; tous les autres ne durent qu’à leurs connaissances politiques leur réputation de sagesse.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f20.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Mais de la partie morale de la philosophie il embrassa surtout la partie politique, comme la plupart des sages d’alors. Mais dans les sciences physiques il est extrêmement simple (ignorant) et primitif, [...]. Et en-un-mot la science de '''Thalès''' seul paraît s’être avancée alors par la théorie plus loin que le besoin ; et le nom de la science a appartenu aux autres par-suite des qualités politiques.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f21.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ====== <div style="text-align: center;">Paragraphe V.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Version alternative du récit de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bathyclès_back|<sup>🔄</sup>]] par [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_back|<sup>🔄</sup>]].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Γενέσθαι δὲ μετ' ἀλλήλων ἔν τε Δελφοῖς ὁμοῦ λέγονται καὶ πάλιν ἐν Κορίνθῳ, Περιάνδρου σύλλογόν τινα κοινὸν αὐτῶν καὶ συμπόσιον κατασκευάσαντος. Ἔτι δὲ μᾶλλον εἰς ἀξίωμα καὶ δόξαν αὐτοὺς κατέστησεν ἡ τοῦ [[w:τρίπους#Grec_ancien|'''τρίποδος''']] περίοδος καὶ διὰ πάντων ἀνακύκλησις καὶ ἀνθύπειξις μετ' εὐμενείας φιλοτίμου γενομένη. Κῴων γάρ, ὥς φασι, καταγόντων σαγήνην, καὶ ξένων ἐκ Μιλήτου πριαμένων τὸν βόλον οὔπω φανερὸν ὄντα, χρυσοῦς ἐφάνη τρίπους ἑλκόμενος, ὃν λέγουσιν Ἑλένην πλέουσαν ἐκ Τροίας αὐτόθι καθεῖναι χρησμοῦ τινος ἀναμνησθεῖσαν παλαιοῦ. Γενομένης δὲ τοῖς ξένοις πρῶτον ἀντιλογίας πρὸς τοὺς ἁλιέας περὶ τοῦ τρίποδος, εἶτα τῶν πόλεων ἀναδεξαμένων τὴν διαφορὰν ἄχρι πολέμου προελθοῦσαν, ἀνεῖλεν ἀμφοτέροις ἡ Πυθία τῷ σοφωτάτῳ τὸν τρίποδα ἀποδοῦναι. Καὶ πρῶτον μὲν ἀπεστάλη πρὸς Θαλῆν εἰς Μίλητον, ἑκουσίως τῶν Κῴων ἑνὶ δωρουμένων ἐκείνῳ περὶ οὗ πρὸς ἅπαντας ὁμοῦ Μιλησίους ἐπολέμησαν. Θάλεω δὲ Βίαντα σοφώτερον ἀποφαίνοντος αὑτοῦ πρὸς ἐκεῖνον ἧκεν· ἀπ' ἐκείνου δ' αὖθις ἀπεστάλη πρὸς ἄλλον ὡς σοφώτερον. Εἶτα περιϊὼν καὶ ἀναπεμπόμενος οὕτως ἐπὶ Θαλῆν τὸ δεύτερον ἀφίκετο, καὶ τέλος εἰς Θήβας ἐκ Μιλήτου κομισθεὶς τῷ Ἰσμηνίῳ Ἀπόλλωνι καθιερώθη. Θεόφραστος δέ φησι,πρῶτον μὲν εἰς Πριήνην Βίαντι τὸν τρίποδα πεμφθῆναι, δεύτερον δ' εἰς Μίλητον Θαλῇ Βίαντος ἀποπέμψαντος· οὕτω δὲ διὰ πάντων πάλιν εἰς Βίαντα περιελθεῖν, τέλος δὲ εἰς Δελφοὺς ἀποσταλῆναι. Ταῦτα μὲν οὖν ὑπὸ πλειόνων τεθρύληται, πλὴν ὅτι τὸ δῶρον ἀντὶ τοῦ τρίποδος οἱ μὲν φιάλην ὑπὸ Κροίσου πεμφθεῖσαν, οἱ δὲ ποτήριον Βαθυκλέους ἀπολιπόντος εἶναι λέγουσιν.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§5'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f22.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' On raconte que les sept sages se réunirent une fois à [[w:Delphes|''Delphes'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Delphes_back|<sup>🔄</sup>]], et une autre fois à [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Corinthe_back|<sup>🔄</sup>]], où [[w:Périandre|'''Périandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Périandre_back|<sup>🔄</sup>]] les avait convoqués pour leur offrir un banquet. Rien ne contribua tant à leur réputation et à leur gloire, que le renvoi qu’ils se firent successivement l’un à l’autre du trépied d’or, et l’honorable humilité avec laquelle ils refusèrent le prix tour à tour. Des hommes de [[w:Kos_(Dodécanèse)#Kos_à_l'époque_hellénistique|''Cos'']] [[#Cos|<span id="Cos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] venaient, dit-on, de jeter leur filet en mer : des étrangers de ''Milet'' achetèrent le coup, avant que les pêcheurs y eussent regardé. Il se trouva, dans le filet, un trépied d’or qu’[[w:Hélène_(mythologie)|'''Hélène''']] [[#Hélène|<span id="Hélène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], à ce qu’on prétend, pour obéir à un ancien oracle, avait jeté dans la mer à son retour de [[w:Troie|''Troie'']] [[#Troie|<span id="Troie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]]. Ce fut un sujet de débat, d’abord entre les pêcheurs et les étrangers, ensuite entre les deux villes, qui prirent parti dans la querelle : la guerre allait s’allumer, lorsque la [[w:Pythie|''Pythie'']] [[#Pythie|<span id="Pythie_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], que les deux partis avaient consultée, commanda de donner le trépied au plus sage. On l’envoya d’abord à ''Milet'', pour '''Thalès''', et ceux de ''Cos'' cédèrent sans peine à un seul particulier ce qu’ils allaient disputer par les armes à tous les ''Milésiens'' ensemble. '''Thalès''' déclara que [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bias_back|<sup>🔄</sup>]] était plus sage que lui, et le lui fit passer. '''Bias''', avec la même modestie, le fit passer à un autre; et le trépied, après avoir été envoyé successivement à tous les sept, revint une seconde fois à '''Thalès'''. Enfin, il fut transporté de ''Milet'' à [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']] [[#Thèbes|<span id="Thèbes_back"><sup>'''V'''</sup></span>]], et consacré à Apollon [[w:en:Ismenus|''Isménien'']]. Cependant [[w:Théophaste|'''Théophaste''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Théophaste_back|<sup>🔄</sup>]] dit qu’on envoya le trépied d’abord à '''Bias''', dans ''Priène'' ; que '''Bias''' le fit porter à '''Thalès''' ; qu’après avoir passé alternativement chez tous les sages, il revint à '''Bias''', et qu’il finit par être envoyé à ''Delphes''. Telle est la tradition commune : seulement quelques-uns prétendent qu’il s’agissait de décerner non point un trépied, mais un vase que [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Crésus_back|<sup>🔄</sup>]] avait envoyé ; et, suivant d’autres, c’était une coupe, héritage de '''Bathyclès'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§5'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cos_back|<span id="Cos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῶς / Kôs [[wikt:en:Κῶς#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque l’archipel du [[w:Dodécanèse|''Dodécanèse'']], au Sud-Est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']], au large des côtes ''turques''. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hélène_back|<span id="Hélène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑλένη / Helénē [[wikt:en:Ἑλένη#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Fille de [[w:Zeus|Zeus]] et de [[w:Léda (mythologie)|Léda]], considérée comme la plus belle femme du monde, uniquement surpassée par la déesse [[w:Aphrodite|Aphrodite]]. Elle est mariée à [[w:Ménélas|Ménélas]], roi de [[w:Sparte|Sparte]], et est enlevée par [[w:Pâris|Pâris]], prince [[w:Troie|''troyen'']] [[#Troie|<sup>'''III'''</sup>]], ce qui déclencha la [[w:guerre de Troie|guerre de Troie]] qui opposa ''Grecs'' et ''Troyens''. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Troie_back|<span id="Troie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τροίᾱ / Troíā [[wikt:en:Τροία#Ancient_Greek|(en)]] ; [[w:Troie#Toponymie|''toponymie incertaine'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Cité semi-légendaire, située sur la colline d’''[[w:site archéologique de Troie|{{lang|tr|Hisarlık}}]]'', à l’entrée de l’''[[w:Hellespont|Hellespont]]'', non loin de la ''[[w:mer Égée|mer Égée]]'', au nord-ouest de la ''péninsule anatolienne'', dans la région ''[[w:Troade|Troade]]'' en ''[[w:Asie Mineure|Asie Mineure]]''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le site a fait l’objet de nombreuses campagnes de fouilles, à la suite de celles entreprises par [[w:Heinrich Schliemann|Heinrich Schliemann]] en 1870, ponctuées par des découvertes fortement médiatisées, qui ont popularisé son identification avec la Troie homérique (qui reste un sujet de débat en l’absence de preuve décisive), le lieu principal des événements du ''[[w:cycle troyen|cycle troyen]]'' rapportés dans les ''[[w:Épopée|poèmes épiques]]'' ''[[w:Homère|homériques]]'' l’''[[w:Iliade|Iliade]]'' et l’''[[w:Odyssée|Odyssée]]''. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pythie_back|<span id="Pythie"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Πῡθῐ́ᾱ / Pūthĭ́ā,<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Πῡθώ / Pūthṓ, « [[w:Delphes#Histoire_du_site|''Pythô'']], ancien nom de ''Delphes'' » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe adjectival féminin -ῐος / -ĭos [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]], « relatif à, appartenant à (de) ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Divination_dans_la_Grèce_antique|''Oracle'']] du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] à ''Delphes''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:XIVe_siècle_av._J.-C.|XIV<sup>ème</sup>]]/[[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}} — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Thèbes_back|<span id="Thèbes"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θῆβαι / Thêbai [[w:Θῆβαι#Ancient_Greek|(en)]], désigne indistinctement la cité ''grecque'' comme [[w:Thèbes_(Égypte)|celle ''égyptienne'']] ; mais leur étymologie diffère : pour celle de la cité grecque, de l’[[w:Ionien-attique|''ionien-attique'']] Θήβη / Thḗbē ; du grec mycénien 𐀳𐀣 / te-qa (/Tʰēgʷā/) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque de la région de [[w:Béotie#Antiquité|''Béotie'']], au centre de la ''Grèce''.'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">On raconte que les sept sages se trouvèrent un jour ensemble à ''Delphes'', et une autre fois à ''Corinthe'', chez '''Périandre''', qui les avait réunis pour un banquet. Rien ne contribua autant à leur réputation et à leur gloire, que la modestie empressée avec laquelle ils se renvoyèrent l’un à l’autre le trépied d’or. Des ''Milésiens'' qui se trouvaient à l’île de ''Cos'', avaient acheté d’avance de quelques pêcheurs ce que retirerait de l’eau le filet qu’ils allaient y jeter. Quand on l’eut tiré, il s’y trouva un trépied d’or qu’'''Hélène''', à ce qu’on prétend, pour obéir à un oracle, avait jeté dans la mer, à son retour de ''Troie''. Cet incident donna lieu à une vive dispute d’abord entre les pêcheurs et les étrangers, ensuite entre les deux villes, qui prirent parti dans la querelle et étaient près d’en venir aux mains, lorsque la ''Pythie'' consultée leur ordonna de porter ce trépied au plus sage. On l’envoya d’abord à '''Thalès''', et ceux de ''Cos'' cédèrent sans peine à un seul particulier ce qu’ils allaient disputer par les armes à tous les ''Milésiens'' ensemble. '''Thalès''' le renvoya à '''Bias''', qui, disait-il, était plus sage que lui ; '''Bias''', avec la même modestie, le fit passer à un autre ; et après avoir été envoyé successivement à tous les sept, il revint une seconde fois à '''Thalès''' : enfin il fut porté à ''Thèbes'', et consacré à ''Apollon Isménien''. '''Théophraste''' dit qu’on l’envoya d’abord à '''Bias''', qui demeurait à ''Priène'' ; que '''Bias''' le fit porter à '''Thalès''' ; qu’après avoir été envoyé alternativement à tous les sages, il revint à '''Bias''', et qu’enfin il fut porté à ''Delphes''. Telle est la tradition la plus commune sur ce fait ; seulement quelques auteurs disent que ce n’était pas un trépied, mais un vase que '''Crésus''' envoyait à ''Delphes''; suivant d’autres, c’était une coupe que '''Bathyclès''' avait laissée.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f22.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Or ils (les sept sages) sont dits s’être trouvés aussi ensemble les uns avec les autres et à ''Delphes'' et de nouveau à ''Corinthe'', '''Périandre''' ayant préparé une certaine réunion commune d’eux et un banquet. Or le tour du trépied, et sa circulation à travers tous et sa cession se faisant avec une bienveillance pleine-d’émulation mit eux encore davantage en considération et renommée. Car des ''habitants-de-Cos'', comme on dit, jetant le filet, et des hôtes venus de ''Milet'' ayant acheté le coup qui n’était pas encore apparent, un trépied d’-or apparut étant retiré, lequel on dit '''Hélène''' naviguant pour revenir de ''Troie'' avoir jeté là, s’étant souvenue d’un certain oracle ancien. Mais une contestation ayant eu lieu d’abord aux hôtes vis-à-vis des pécheurs au sujet du trépied, ensuite les villes ayant pris-sur-elles le différend qui alla jusqu'à une guerre, la ''Pythie'' répondit aux-uns-et-aux-autres de donner le trépied au plus sage des hommes. Et d’abord il fut envoyé à '''Thalès''' à ''Milet'', les ''habitants-de-Cos'' donnant volontairement à celui-là seul le trépied, au sujet duquel ils avaient fait-la-guerre contre tous les ''Milésiens'' à-la-fois. Mais '''Thalès''' déclarant '''Bias''' plus sage que lui-même, il renvoya vers celui-là. Et de nouveau il fut envoyé par celui-là vers un autre, comme plus sage. Ensuite faisant-le-tour et étant envoyé-successivement ainsi il arriva pour la seconde fois à '''Thalès''' ; et à la fin transporté de ''Milet'' à ''Thèbes'', il fut consacré à ''Apollon Isménien''. Mais '''Théophraste''' dit le trépied avoir été envoyé d’abord à la vérité à ''Priène'' à '''Bias''', mais en-second-lieu à ''Milet'' à '''Thalès''', '''Bias''' l’ayant renvoyé ; et ainsi à travers tous (de l’un à l’autre) être venu-en-faisant-le-tour de nouveau à '''Bias''', et à la fin avoir été envoyé à ''Delphes''. Ces choses donc ont été répandues par plusieurs, excepté qu’ils disent le présent au lieu du trépied les uns être un vase à boire envoyé par '''Crésus''', les autres une coupe. '''Bathyclès''' rayant laissée (laissée par '''Bathyclès'''). </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f23.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit d’une entrevue de '''Thalès''' avec '''Solon''', de son stoïcisme, de son célibat et de l’adoption du fils de sa sœur, '''Cybistus'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> '''VI.''' Ἰδίᾳ δ' Ἀναχάρσεώς τε πρὸς Σόλωνα καὶ πάλιν Θάλεω συνουσίαν τινὰ καὶ λόγους ἀναγράφουσι τοιούτους. [...]<br /><p style="text-indent: 15px"> '''VII.''' Πρὸς Θαλῆν δ' εἰς Μίλητον ἐλθόντα τὸν Σόλωνα θαυμάζειν ὅτι γάμου καὶ παιδοποιΐας τὸ παράπαν ἠμέληκε. Καὶ τὸν Θαλῆν τότε μὲν σιωπῆσαι, διαλιπόντα δ' ὀλίγας ἡμέρας ἄνδρα παρασκευάσαι ξένον, ἀρτίως ἥκειν φάσκοντα δεκαταῖον ἐξ Ἀθηνῶν. Πυθομένου δὲ τοῦ Σόλωνος εἰ δή τι καινὸν ἐν ταῖς Ἀθήναις, δεδιδαγμένον ἃ χρὴ λέγειν τὸν ἄνθρωπον, « οὐδέν,» εἰπεῖν, « ἕτερον, εἰ μὴ νὴ Δία νεανίσκου τινὸς ἦν ἐκφορὰ καὶ προὔπεμπεν ἡ πόλις. Ἦν γὰρ υἱός, ὡς ἔφασαν, ἀνδρὸς ἐνδόξου καὶ πρωτεύοντος ἀρετῇ τῶν πολιτῶν· οὐ παρῆν δέ, ἀλλ' ἀποδημεῖν ἔφασαν αὐτὸν ἤδη πολὺν χρόνον.» « Ὡς δυστυχὴς ἐκεῖνος,» φάναι τὸν Σόλωνα. « Τίνα δὲ ὠνόμαζον αὐτόν;» « ἤκουσα,» φάναι, « τοὔνομα,» τὸν ἄνθρωπον, « ἀλλ' οὐ μνημονεύω· πλὴν ὅτι πολὺς λόγος ἦν αὐτοῦ σοφίας καὶ δικαιοσύνης.» Οὕτω δὴ καθ' ἑκάστην ἀπόκρισιν τῷ φόβῳ προσαγόμενον τὸν Σόλωνα καὶ τέλος ἤδη συντεταραγμένον αὐτὸν ὑποβάλλειν τοὔνομα τῷ ξένῳ, πυνθανόμενον μὴ Σόλωνος ὁ τεθνηκὼς υἱὸς ὠνομάζετο. Φήσαντος δὲ τοῦ ἀνθρώπου, τὸν μὲν ὁρμῆσαι παίειν τὴν κεφαλὴν καὶ τἆλλα ποιεῖν καὶ λέγειν ἃ συμβαίνει τοῖς περιπαθοῦσι, τὸν δὲ Θαλῆν ἐπιλαβόμενον αὐτοῦ καὶ γελάσαντα, « ταῦτά τοι,» φάναι, « ὦ Σόλων, ἐμὲ γάμου καὶ παιδοποιΐας ἀφίστησιν, ἃ καὶ σὲ κατερείπει τὸν ἐρρωμενέστατον. Ἀλλὰ θάρρει τῶν λόγων ἕνεκα τούτων· οὐ γάρ εἰσιν ἀληθεῖς.» ταῦτα μὲν οὖν Ἕρμιππος ἱστορεῖν φησι Πάταικον, ὃς ἔφασκε τὴν Αἰσώπου ψυχὴν ἔχειν.<br /><p style="text-indent: 15px">'''VIII.''' Ἄτοπος δὲ καὶ ἀγεννὴς ὁ τῷ φόβῳ τῆς ἀποβολῆς τὴν κτῆσιν ὧν χρὴ προϊέμενος· οὕτω γὰρ ἄν τις οὐ πλοῦτον, οὐ δόξαν, οὐ σοφίαν ἀγαπήσειε παραγενομένην, δεδιὼς στέρεσθαι. Καὶ γὰρ ἀρετήν, ἧς κτῆμα μεῖζον οὐδὲν οὐδ' ἥδιον, ἐξισταμένην ὑπὸ νόσων καὶ φαρμάκων ὁρῶμεν· αὐτῷ τε '''Θαλῇ''' μὴ γήμαντι πλέον οὐδὲν εἰς ἀφοβίαν, εἰ μὴ καὶ φίλων κτῆσιν ἔφυγε καὶ οἰκείων καὶ πατρίδος. Ἀλλὰ καὶ παῖδα θετὸν ἔσχε ποιησάμενος αὐτὸς τὸν τῆς ἀδελφῆς, ὥς φασι, '''Κύβισθον'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§§6-8'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="margin: 0 2em; text-align: justify; direction: ltr;">'''VI.''' '''Solon''' connut [[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anacharsis_back|<sup>🔄</sup>]] et '''Thalès''', et l’on cite des mots qui s’étaient dits dans leurs entrevues. <br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''Solon''' alla à ''Milet'', pour voir '''Thalès''' : là, il lui témoigna sa surprise dans ce qu’il n’avait jamais voulu se marier et avoir des enfants. '''Thalès''' ne répondit rien sur l’heure; mais, quelques jours après, il fit paraître un étranger, qui disait arriver d’''Athènes'', et qu’il n’en était parti que depuis dix jours. '''Solon''' demanda à cet homme s’il n’y avait rien de nouveau à ''Athènes''. Celui-ci, à qui '''Thalès''' avait fait la leçon, répondit qu’il n’y avait rien de nouveau , sinon la mort d’un jeune homme dont toute la ville menait les funérailles. C’était, en effet, à ce qu’on disait, le fils d’un personnage considérable, d’une vertu éprouvée : le père n’était pas alors à ''Athènes'', et il voyageait depuis longtemps. « L’infortuné père! s’écria '''Solon'''. Mais comment s’appelait-il? — Je l’ai entendu nommer, répondit l’étranger, mais j’ai oublié son nom ; je me souviens seulement qu’on ne parlait que de sa sagesse et de sa justice. » A chacune de ces réponses, '''Solon''' sentait augmenter ses craintes; enfin, ne se possédant plus , il suggéra le nom à l’étranger, et lui demanda si le mort n’était pas le fils de '''Solon'''. « Oui. » répondit l’étranger. A cette parole, '''Solon''' se frappa la tête, et il se mit à faire et à dire tout ce qu’inspire une douleur violente. Alors '''Thalès''' lui prit la main, et lui dit en riant : « Voilà, '''Solon''', ce qui m’éloigne de me marier et d’avoir des enfants. J’ai redouté le coup sous lequel tu fléchis, toi le plus ferme des hommes. Mais rassure-toi; car il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on vient de te dire. » [[w:Hermippe_de_Smyrne|'''Hermippus''']] [[#Hermippe|<span id="Hermippe_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] rapporte cette histoire d’après '''Patécus''', celui qui prétendait avoir hérité de l’âme d’[[w:Ésope|'''Ésope''']] [[#Ésope|<span id="Ésope_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].<br /><p style="text-indent: 15px">Pourtant il y a faute de sens et de cœur à refuser d’acquérir les choses nécessaires, par la crainte de les perdre. A ce compte, on devra n’aimer ni la richesse, ni la gloire, ni la sagesse, quand on les possède, de peur d’en être privé. En effet, la vertu, le plus grand des biens et le plus doux, nous quitte quelquefois par l’action de certaines maladies ou de certains breuvages. '''Thalès''' lui-même, en ne se mariant point, n’était pas pour cela à l’abri de la crainte, à moins qu’il n'eût renoncé aussi à ses parents, à ses amis, à sa patrie. Mais il n’en était rien : il avait adopté, dit-on, '''Cybisthus''', le fils de sa sœur. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§6'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Hermippe_back|<span id="Hermippe"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre [[w:Nom_théophore|''théophore'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#théophore_back|<sup>🔄</sup>]] grec ancien Ἕρμιππος / Hérmippos [[wikt:en:Ἕρμιππος#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « Hermès » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun ἵππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « cheval » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">« Péripatéticien » grec, disciple de [[w:Callimaque_de_Cyr%C3%A8ne|Callimaque de ''Cyrène'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_back|<sup>🔄</sup>]], auteur de nombreuses biographies toutes perdues, mais listées par plusieurs auteurs.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA497&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §86 - Hermippe de Smyrne}}] <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Ésope_back|<span id="Ésope"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Αἴσωπος / Aísōpos [[wikt:en:Αἴσωπος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun αἶσα / aîsa, « destin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun ὄψ / óps, « voix »;<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Auteur grec de fable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA497&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA240#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §60 - Ésope(Αἴσωπος)}}]'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Voici les particularités qu’on raconte d’une entrevue de '''Solon''' avec '''Anacharsis''', et d’un entretien qu’il eut avec '''Thalès'''.<br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VI.''' '''Solon''', étant allé à ''Milet'' pour voir '''Thalès''', lui témoigna sa surprise de ce qu’il n’avait jamais voulu se marier et avoir des enfants. '''Thalès''' ne lui répondit rien dans le moment; mais ayant laissé passer quelques jours, il fit paraître un étranger qui disait arriver d’''Athènes'', d’où il était parti depuis dix jours. '''Solon''' lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau, lorsqu’il en était parti. Cet homme, à qui '''Thalès''' avait fait la leçon, lui répondit qu’il n’y avait autre chose que la mort d’un jeune homme dont toute la ville accompagnait le convoi. C’était, disait-on, le fils d’un des premiers et des plus vertueux citoyens, qui n'’était pas alors à ''Athènes'' et qui voyageait depuis longtemps, « Le malheureux père! s’écria Solon. Comment s’appelle-t-il? ― Je l’ai entendu nommer, répondit l’étranger; mais j’ai oublié son nom; je me souviens seulement qu’on ne parlait que de sa sagesse et de sa justice. » A chacune de ces réponses, les craintes de '''Solon''' augmentaient; enfin, troublé, hors de lui-même, il suggéra le nom à l’étranger, et lui demanda si ce jeune homme n’était pas le fils de '''Solon'''. « C’est lui-même, » dit l’autre. A cette parole, '''Solon''', se frappant la tête, se mit à faire et à dire tout ce que la douleur la plus violente peut inspirer. Alors '''Thalès''' l’arrêta et lui dit en souriant : « Voilà, '''Solon''', ce qui m’a éloigné de me marier et d’avoir des enfants; j’ai redouté le coup qui vous accable aujourd’hui, et contre lequel toute votre fermeté est impuissante. Mais rassurez-vous ; il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on vient de vous dire. » '''Hermippus''' rapporte cette histoire d’après le récit qu’en fait '''Patécus''', qui prétendait avoir hérité de l’âme d’'''Ésope'''.<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VII.''' Cependant c’est manquer de sens et de courage que de renoncer à acquérir des choses nécessaires par la crainte de les perdre. A ce compte, il ne faudrait aimer ni la richesse, ni la gloire, ni la sagesse, quand on les possède, de peur d’en être privé. La vertu même, le plus grand et le plus agréable des biens, se perd souvent par l’effet. de quelques maladies ou de certains breuvages. '''Thalès''' lui-même, en ne se mariant point, n’était pas à l’abri de toute crainte, à moins qu’il ne renonçât aussi à ses parents, à ses amis et à sa patrie. Mais au contraire, il avait adopté '''Cybistus''', le fils de sa sœur. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Mais en particulier on rapporte une certaine entrevue et de tels discours et d’'''Anacharsis''' à '''Solon''' et une-autre-fois de '''Thalès'''.<br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VI.''' Et on raconte '''Solon''' étant venu vers '''Thalès''' à ''Milet'' s’étonner de ce qu’il avait négligé absolument le mariage et la création-d’enfants. Et '''Thalès''' alors à la vérité s’être tu, mais ayant laissé-d’intervalle peu-de jours, avoir aposté un homme étranger, disant être arrivé récemment parti-depuis-dix-jours d’''Athènes''. Et '''Solon''' s’étant informé si donc il y a quelque chose de nouveau à ''Athènes'', l’homme instruit des choses qu’il faut dire n’avoir dit aucune autre chose, si ce n’est :<br /><p style="text-indent: 15px"> « Par '''Jupiter''', il y avait le convoi d’un certain jeune-homme, et la ville l’accompagnait. Car il était fils, comme on disait, d’un homme illustre et étant-le-premier des citoyens par la vertu; mais il n’était-pas-présent, mais on disait lui être-en-voyage depuis un temps déjà long.<br /><p style="text-align: left; text-indent: 15px">― Combien cet homme-là est malheureux! avoir dit '''Solon'''. Mais quel (comment) appelaient-ils lui ?<br /><p style="text-align: left; text-indent: 15px">― J’ai entendu le nom, avoir dit l’homme (répondit l’étranger), mais je ne me le rappelle pas; excepté qu’un discours fréquent était de la sagesse et de la justice de lui. »<br /><p style="text-indent: 15px">'''Solon''' donc étant-approché ainsi de-la crainte à chaque réponse, et à la fin déjà étant tout-troublé, lui-même avoir suggéré le nom à l’étranger, demandant si le mort n’était pas nommé fils de '''Solon'''. Et l’homme ayant dit-oui, celui-ci ('''Solon''') avoir commencé à frapper sa tête, et à faire et à dire les autres choses, qu’il arrive de faire et de dire à ceux affligés-à-l’excès. Mais '''Thalès''' ayant arrêté lui, et ayant ri, avoir dit :<br /><p style="text-indent: 15px">« Ces choses donc, ô '''Solon''', écartent moi du mariage et de la création-d’enfants, lesquelles abattent même toi le très-fort. Mais aie-confiance quant-à ces discours: car ils ne sont pas vrais. »<br /><p style="text-indent: 15px">'''Hermippe''' donc dit '''Patécus''', qui disait-souvent avoir l’âme d’'''Ésope''', raconter ces choses. <br /><p style="text-indent: 15px">'''VII.''' Or il est absurde et dépourvu de courage celui rejetant par la crainte de la perte l’acquisition des choses qu’il faut; car ainsi quelqu’un n’aimerait pas la richesse, n’aimerait pas la gloire, n’aimerait pas la sagesse étant survenue à lui, craignant (par crainte) d’en être privé. Et en effet nous voyons la vertu, au prix de laquelle aucune possession n’est plus grande, ni plus agréable, déplacée (chassée) par des maladies et des breuvages; et rien de plus n’être pour l’exemption-de-crainte à '''Thalès''' lui-même ne s’étant pas marié, s’il n’avait pas évité la possession et d’amis et de parents et de patrie. Mais même il eut un fils adoptif se l’étant fait tel lui-même, celui de sa sœur, comme on dit '''Cybisthe'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f27.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ====== <div style="text-align: center;">Paragraphe XV.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Testament d’inhumation de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XV.''' Καὶ φόβοι τινὲς ἐκ δεισιδαιμονίας ἅμα καὶ φάσματα κατεῖχε τὴν πόλιν, οἵ τε μάντεις ἄγη καὶ μιασμοὺς δεομένους καθαρμῶν προφαίνεσθαι διὰ τῶν ἱερῶν ἠγόρευον. Οὕτω δὴ μετάπεμπτος αὐτοῖς ἧκεν ἐκ Κρήτης Ἐπιμενίδης ὁ Φαίστιος, ὃν ἕβδομον ἐν τοῖς σοφοῖς καταριθμοῦσιν ἔνιοι τῶν οὐ προσιεμένων τὸν Περίανδρον. Ἐδόκει δέ τις εἶναι θεοφιλὴς καὶ σοφὸς περὶ τὰ θεῖα τὴν ἐνθουσιαστικὴν καὶ τελεστικὴν σοφίαν, διὸ καὶ παῖδα νύμφης ὄνομα Βάλτης καὶ Κούρητα νέον αὐτὸν οἱ τότε ἄνθρωποι προσηγόρευον. <br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Τὸ δὲ μέγιστον, ἱλασμοῖς τισι καὶ καθαρμοῖς καὶ ἱδρύσεσι κατοργιάσας καὶ καθοσιώσας τὴν πόλιν ὑπήκοον τοῦ δικαίου καὶ μᾶλλον εὐπειθῆ πρὸς ὁμόνοιαν κατέστησε. Λέγεται δὲ τὴν Μουνυχίαν ἰδὼν καὶ καταμαθὼν πολὺν χρόνον, εἰπεῖν πρὸς τοὺς παρόντας ὡς τυφλόν ἐστι τοῦ μέλλοντος ἄνθρωπος· ἐκφαγεῖν γὰρ ἂν Ἀθηναίους τοῖς αὑτῶν ὀδοῦσιν, εἰ προῄδεσαν ὅσα τὴν πόλιν ἀνιάσει τὸ χωρίον· ὅμοιον δέ τι καὶ Θαλῆν εἰκάσαι λέγουσι· κελεῦσαι γὰρ αὐτὸν ἔν τινι τόπῳ τῆς Μιλησίας φαύλῳ καὶ παρορωμένῳ τελευτήσαντα θεῖναι, προειπὼν ὡς ἀγορά ποτε τοῦτο Μιλησίων ἔσται τὸ χωρίον. Ἐπιμενίδης μὲν οὖν μάλιστα θαυμασθείς, καὶ χρήματα διδόντων πολλὰ καὶ τιμὰς μεγάλας τῶν Ἀθηναίων, οὐδὲν ἢ θαλλὸν ἀπὸ τῆς ἱερᾶς ἐλαίας αἰτησάμενος καὶ λαβὼν ἀπῆλθεν. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§15'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="margin: 0 2em; text-align: justify; direction: ltr;">'''XV.''' Au chagrin que ces pertes causèrent à ceux-ci [les ''Athéniens''], se joignirent des craintes superstitieuses dont la ville [''Athènes''] fut frappée, et qui venaient d’apparitions de spectres et de fantômes. Les devins déclarèrent aussi que l’état des victimes qu’ils avaient offertes annonçait des crimes et des profanations qu’il fallait expier. On fit donc venir de ''Crète'' [[w:Épiménide|'''Épiménide''']] [[#Épiménide|<span id="Épiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] le [[w:Phaistos|''Phestien'']] [[#Phaistos|<span id="Phaistos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], qui est mis au nombre des sept sages par ceux qui n’y comptent pas '''Périandre'''. Il passait pour un homme chéri des dieux, doué d’une grande sagesse, fort instruit des choses divines, surtout versé dans la science des inspirations et dans la connaissance des mystères; on l’appelait, même de son vivant, le nouveau [[w:Curètes|'''Curète''']], le fils de la nymphe '''Balté'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais ce qui était plus important, il fit un grand nombre d’expiations et de sacrifices, il fonda plusieurs temples; et par ces différentes cérémonies il purifia entièrement la ville, en bannit l’impiété et l’injustice, et la rendit plus soumise, plus disposée à l’union et à la paix. On rapporte aussi que lorsqu’il vit le fort de [[w:Munichie|''Munychium'']] [[#Munichie|<span id="Munichie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], il le considéra longtemps, et dit à ceux qui l’accompagnaient : Que les hommes sont aveugles sur l’avenir ! Si les ''Athéniens'' pouvaient prévoir tous les maux que ce lieu doit un jour causer à leur ville, ils l’emporteraient à belles dents ». '''Thalès''' eut aussi, dit-on, un pressentiment à peu près semblable. Il ordonna qu’on l’enterrât dans le lieu le plus sauvage et le plus désert du territoire de ''Milet''; et il prédit aux ''Milésiens'' qu’un jour leur marché public y serait transporté. Les ''Athéniens'', pleins de reconnaissance et d’admiration pour '''Épiménide''', voulurent le combler d’honneurs et de présents; mais il ne demanda qu’une branche de l’olivier sacré, qui lui fut accordée, et il s’en retourna en ''Crète''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§15'',[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Épiménide_back|<span id="Épiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπιμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète, philosophe et [[w:Iatromante|''iatromante'']] crétois.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Phaistos_back|<span id="Phaistos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαιστός / Phaistós [[wikt:en:Φαιστός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne ville du Sud de la [[w:Histoire_de_la_Crète#Antiquité|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Munichie_back|<span id="Munichie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μουνιχία / Mounikhia [[wikt:en:Μουνυχία#Grec_ancien|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom d’une colline du [[w:Le_Pirée|''Pirée'']] et de l’[[w:Port_de_Munichie|un des ports du ''Pirée'']].'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XII.''' Au chagrin que ces pertes causèrent à ceux-ci, se joignirent des craintes superstitieuses dont la ville fut frappée, et qui venaient d’apparitions de spectres et de fantômes. Les devins déclarèrent aussi que l’état des victimes annonçait des crimes et des profanations qu’il fallait expier. On fit donc venir de ''Crète'' '''Épiménide''' le ''Phestien'' qui est mis au nombre des sept sages par ceux qui n’y comptent pas '''Périandre'''. Il passait pour un homme chéri des dieux, doué d’une grande sagesse, fort instruit des choses divines, surtout versé dans la science des inspirations et dans la connaissance des mystères; on l’appelait, même de son vivant, le nouveau '''Curète''', le fils de la nymphe '''Balté'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais ce qui était plus important, il fit un grand nombre d’expiations et de sacrifices; il fonda plusieurs temples; et par ces différentes cérémonies, il purifia entièrement la ville, en bannit l’impiété et l’injustice, et la rendit plus soumise, plus disposée à l’union et à la paix. On rapporte aussi que lorsqu’il vit ''Munychie'', il la considéra longtemps, et dit à ceux qui l’accompagnaient :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> « Que les hommes sont aveugles sur l’avenir! Si les ''Athéniens'' pouvaient prévoir tous les maux que ce lieu doit un jour causer à leur ville, il l’emporteraient à belles dents. »<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> '''Thalès''' eut aussi, dit-on, un pressentiment à peu près semblable. Il ordonna qu’on l’enterrât dans le lieu le plus sauvage et le plus désert du territoire de ''Milet''; et il prédit aux ''Milésiens'' qu’un jour leur marché public y serait transporté. Les ''Athéniens'', pleins de reconnaissance et d’admiration pour '''Épiménide''', voulurent le combler d’honneurs et de présents; mais il ne demanda qu’une branche de l’olivier sacré, qui lui fut accordée, et il s’en retourna en ''Crète''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f58.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Et certaines craintes nées de la superstition en-même-temps aussi des apparitions occupaient la ville; et les devins disaient des impiétés et des souillures ayant-besoin de purifications être indiquées par les victimes. Et ainsi vint à eux mandé (ils firent venir) de ''Crète'' '''Épiménide''' le ''Phestien'', que quelques-uns de ceux n’admettant pas '''Périandre''' comptent le septième parmi les sages. Or il avait-la-réputation d’être un homme ami-des-dieux, et habile dans la science de-l’inspiration et des-mystères. C’est-pourquoi les hommes d’alors appelaient lui et fils de la nymphe de nom (nommée) '''Balté''', et nouveau '''Curète'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais le plus grand (le plus important), ayant initié-aux-mystères et ayant purifié la ville par certaines expiations et purifications et fondations, il la rendit prêtant-l’oreille à la justice et plus obéissante pour la concorde. Et il est dit, ayant vu ''Munychie'' et l’ayant examinée un temps long, avoir dit à ceux présents, que l’homme est un être aveugle sur l’avenir ; car les ''Athéniens'' avoir dû manger ''Munychie'' avec les dents d’eux-mêmes, s’ils avaient prévu en combien de choses cette place affligera la ville. Et on dit aussi '''Thalès''' avoir conjecturé quelque chose de semblable; lui avoir ordonné en effet de placer lui ayant cessé de vivre dans un certain lieu de la ''Milésie'' méprisé et dédaigné, ayant prédit que cet endroit sera (serait) un jour le marché des ''Milésiens''. '''Épiménide''' donc ayant été admiré très-grandement, et les ''Athéniens'' lui donnant des sommes nombreuses et des honneurs grands, n’ayant demandé rien qu’un rameau détaché de l’olivier sacré et l’ayant pris (reçu) s’en alla.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f59.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">═✳═</div> === [[w:Œuvres_morales|Œuvres morales]] === <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Ensemble de 78 textes de traitant de sujets extrêmement variés (religieux, éthiques, politiques, philosophiques, littéraires, historiques), et s'inscrivant dans des genres littéraires également divers (traité, différentes sortes de dialogues, lettres, réponses à des Questions ([[wikt:ζήτημα#Grec_ancien|''zetemata'']]), « dits » ([[w:Apophtegme|''apophtegmes'']])).</div> ==== Le Banquet des Sept Sages ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Dialogue faisant intervenir 20 personnages, dont une liste des sept sages : '''Thalès''', [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bias_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Chilon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Cléobule|'''Cléobule''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cléobule_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Pittacos_de_Mytil%C3%A8ne|'''Pittacos''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pittacos_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Périandre|'''Périandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Périandre_back|<sup>🔄</sup>]].<br />À ceux-ci se rajoutent : [[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anacharsis_back|<sup>🔄</sup>]], '''Ésope''', '''Dioclès''', '''Nicarque''', [[w:Cléobuline|'''Cléobuline''']] [[#Cléobuline|<span id="Cléobuline_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], '''Mélissa''', '''Niloxène''', '''Alexidème''', '''Ardalus''', '''Cléodème''', '''Mnésiphile''', '''Chersias''', [[w:Gorgias|'''Gorgias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Gorgias_back|<sup>🔄</sup>]].</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Le Banquet des Septs Sages|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cléobuline_back|<span id="Cléobuline"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κλεοβουλίνη / Kleoboulinè ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de Κλεόβουλος / Kleóboulos [[wikt:en:Κλεόβουλος#Ancient_Greek|(en)]], « Cléobule, le père de Cléobuline » <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival féminin -ῑ́νη / -ī́nē [[wikt:en:-ίνη#Ancient_Greek|(en)]], relatif à la matière, au temps, etc. : « fait de, pendant la durée de » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe et poétesse grecque, célèbre pour ses énigmes, fille du [[w:Tyran|''tyran'']] Cléobule, qui la surnommerait Εὔμητις / Eúmētis, « la Prudente » selon Plutarque. '''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe I.</div> ===== :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§1. Ἦ που προϊὼν ὁ χρόνος, ὦ '''Νίκαρχε''', πολὺ σκότος ἐπάξει τοῖς πράγμασι καὶ πᾶσαν ἀσάφειαν, εἰ νῦν ἐπὶ προσφάτοις οὕτω καὶ νεαροῖς λόγοι ψευδεῖς συντεθέντες ἔχουσι πίστιν. οὔτε γὰρ μόνων, ὡς ὑμεῖς ἀκηκόατε, τῶν ἑπτὰ γέγονε τὸ συμπόσιον, ἀλλὰ πλειόνων ἢ δὶς τοσούτων (ἐν οἷς καὶ αὐτὸς ἤμην, συνήθης μὲν ὢν '''Περιάνδρῳ''' διὰ τὴν τέχνην, ξένος δὲ '''Θάλεω'''· παρ´ ἐμοὶ γὰρ κατέλυσεν ὁ ἀνὴρ '''Περιάνδρου''' κελεύσαντος), οὔτε τοὺς λόγους ὀρθῶς ἀπεμνημόνευσεν ὅστις ἦν ὑμῖν ὁ διηγούμενος· ἦν δ´ ὡς ἔοικεν οὐδεὶς τῶν παραγεγονότων. ἀλλ´ ἐπεὶ σχολή τε πάρεστι πολλὴ καὶ τὸ γῆρας οὐκ ἀξιόπιστον ἐγγυήσασθαι τὴν ἀναβολὴν τοῦ λόγου, προθυμουμένοις ὑμῖν ἀπ´ ἀρχῆς ἅπαντα διηγήσομαι. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §1'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§1. '''D<span style ="font-size:85%;">IOCLÈS</span>'''. Certainement le long cours des âges, mon cher '''Nicarque''', jettera sur les faits d’épaisses ténèbres et une complète incertitude, puisque dès aujourd’hui, à propos de choses si récentes et si nouvelles, des relations mensongères et controuvées obtiennent crédit. Car d’abord le banquet en question ne se composait pas seulement des sept sages, comme vous autres l’avez ouï dire. Les convives étaient plus du double de ce nombre. J’en faisais moi-même partie, comme familier de '''Périandre''' en raison de notre profession commune, et comme hôte de '''Thalès''' : ce dernier était en effet descendu chez moi sur la recommandation de '''Périandre'''. Ensuite, on ne vous en a pas rapporté fidèlement les entretiens lorsqu’on vous a fait ce récit. Il faut que celui de qui vous le tenez n’ait pas été un des convives. Mais puisque nous avons un ample loisir et que la vieillesse est un garant trop peu sûr pour nous autoriser à remettre cet entretien, je vais, suivant votre désir unanime, vous en raconter tous les détails à partir du commencement. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §1'', traduction par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_1,_1870.djvu/424|ici]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''D<span style ="font-size:85%;">IOCLÈS</span>'''. Quelle incertitude et quelle obscurité la succession des temps ne doit-elle pas répandre sur l’histoire, mon cher '''Nicarque''', puisque, dans des faits récents, et qui se sont passés presque sous nos yeux, le faux prend la place du vrai ? Ce banquet n’était pas, comme on vous l’a dit, composé seulement des sept sages ; les convives étaient plus du double de ce nombre. J’y assistai moi-même, et comme ami de '''Périandre''', avec qui ma profession ma lié depuis longtemps [[#Dioclès_NdT_DR|<span id="Dioclès_NdT_DR_back"><sup>1</sup></span>]], et comme hôte de '''Thalès''', à qui '''Périandre''' avait fait marquer son logement chez moi. Celui qui vous a fait le récit de ce qui s’y est passé n’en était sûrement pas, et vous a trompé sur presque tous les points. Mais, puisque nous en avons le loisir, et que notre âge avancé ne nous permet guère de différer, je vais vous satisfaire et vous en raconter tous les détails.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Dioclès_NdT_DR_back|<span id="Dioclès_NdT_DR"><sup>1.</sup></span>]] Dioclès était devin.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la simplicité de '''Thalès''', de sa mesure de la pyramide d’''Égypte'', et de son aversion des [[w:Tyran|''tyrans'']] et des rois.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§2. Παρεσκευάκει μὲν γὰρ οὐκ ἐν τῇ πόλει τὴν ὑποδοχὴν ὁ Περίανδρος, ἀλλ´ ἐν τῷ περὶ τὸ Λέχαιον ἑστιατορίῳ παρὰ τὸ τῆς Ἀφροδίτης ἱερόν, ἧς ἦν καὶ ἡ θυσία. μετὰ γὰρ τὸν ἔρωτα τῆς μητρὸς αὐτοῦ προεμένης τὸν βίον ἑκουσίως οὐ τεθυκὼς τῇ Ἀφροδίτῃ, τότε πρῶτον ἔκ τινων ἐνυπνίων τῆς Μελίσσης ὥρμησε τιμᾶν καὶ θεραπεύειν τὴν θεόν. Τῶν δὲ κεκλημένων ἑκάστῳ συνωρὶς ἱκανῶς κεκοσμημένη προσήχθη· καὶ γὰρ ὥρα θέρους ἦν, καὶ τὴν ὁδὸν ἅπασαν ὑπὸ πλήθους ἁμαξῶν καὶ ἀνθρώπων ἄχρι θαλάττης κονιορτὸς καὶ θόρυβος κατεῖχεν. ὁ μέντοι Θαλῆς τὸ ζεῦγος ἐπὶ ταῖς θύραις ἰδὼν καὶ μειδιάσας ἀφῆκεν. ἐβαδίζομεν οὖν ἐκτραπόμενοι διὰ τῶν χωρίων, καθ´ ἡσυχίαν, καὶ μεθ´ ἡμῶν τρίτος ὁ Ναυκρατίτης Νειλόξενος, ἀνὴρ ἐπιεικὴς καὶ τοῖς περὶ Σόλωνα καὶ Θαλῆν γεγονὼς ἐν Αἰγύπτῳ συνήθης. ἐτύγχανε δὲ πρὸς Βίαντα πάλιν ἀπεσταλμένος· ὧν δὲ χάριν οὐδ´ αὐτὸς ᾔδει, πλὴν ὑπενόει πρόβλημα δεύτερον αὐτῷ κομίζειν ἐν βιβλίῳ κατασεσημασμένον· εἴρητο γάρ, εἰ Βίας ἀπαγορεύσειεν, ἐπιδεῖξαι τοῖς σοφωτάτοις Ἑλλήνων τὸ βιβλίον. « Ἕρμαιον » ὁ Νειλόξενος ἔφη « μοι γέγονεν ἐνταῦθα λαβεῖν ἅπαντας ὑμᾶς, καὶ κομίζω τὸ βιβλίον ὡς ὁρᾷς ἐπὶ τὸ δεῖπνον. » ἅμα δ´ ἡμῖν ἐπεδείκνυε. Καὶ ὁ Θαλῆς γελάσας « εἴ τι κακόν, » εἶπεν, « αὖθις εἰς Πριήνην· διαλύσει γὰρ ὁ Βίας, ὡς διέλυσεν αὐτὸς τὸ πρῶτον. » « Τί δ´ ἦν, » ἔφην ἐγώ, « τὸ πρῶτον; » « Ἱερεῖον, » εἶπεν, « ἔπεμψεν αὐτῷ, κελεύσας τὸ πονηρότατον ἐξελόντα καὶ χρηστότατον ἀποπέμψαι κρέας. ὁ δ´ ἡμέτερος εὖ καὶ καλῶς τὴν γλῶτταν ἐξελὼν ἔπεμψεν· ὅθεν εὐδοκιμῶν δῆλός ἐστι καὶ θαυμαζόμενος. » « Οὐ διὰ ταῦτ´ » ἔφη « μόνον » ὁ Νειλόξενος, « ἀλλ´ οὐ φεύγει τὸ φίλος εἶναι καὶ λέγεσθαι βασιλέων καθάπερ ὑμεῖς, ἐπεὶ σοῦ γε καὶ τἄλλα θαυμάζει, καὶ τῆς [[wikt:en:πυραμίδος#Ancient_Greek|πυραμίδος]] τὴν μέτρησιν ὑπερφυῶς ἠγάπησεν, ὅτι πάσης ἄνευ πραγματείας καὶ μηδενὸς ὀργάνου δεηθεὶς ἀλλὰ τὴν βακτηρίαν στήσας ἐπὶ τῷ πέρατι τῆς σκιᾶς ἣν ἡ πυραμὶς ἐποίει, γενομένων τῇ ἐπαφῇ τῆς ἀκτῖνος δυεῖν τριγώνων, ἔδειξας ὃν ἡ σκιὰ πρὸς τὴν σκιὰν λόγον εἶχε τὴν πυραμίδα πρὸς τὴν βακτηρίαν ἔχουσαν. ἀλλ´, ὅπερ ἔφην, διεβλήθης μισοβασιλεὺς εἶναι, καί τινες ὑβριστικαί σου περὶ τυράννων ἀποφάσεις ἀνεφέροντο πρὸς αὐτόν, ὡς ἐρωτηθεὶς ὑπὸ Μολπαγόρου τοῦ Ἴωνος τί παραδοξότατον εἴης ἑωρακώς, ἀποκρίναιο ‘τύραννον γέροντα,’ καὶ πάλιν ἔν τινι πότῳ, περὶ τῶν θηρίων λόγου γενομένου, φαίης κάκιστον εἶναι τῶν μὲν ἀγρίων θηρίων τὸν τύραννον, τῶν δ´ ἡμέρων τὸν κόλακα· ταῦτα γάρ, εἰ καὶ πάνυ προσποιοῦνται διαφέρειν οἱ βασιλεῖς τῶν τυράννων, οὐκ εὐμενῶς ἀκούουσιν. » « Ἀλλὰ τοῦτο μέν, » εἶπεν ὁ Θαλῆς, « Πιττακοῦ ἐστιν, εἰρημένον ἐν παιδιᾷ ποτε πρὸς Μυρσίλον· ἐγὼ δὲ θαυμάσαιμ´ ἄν, » ἔφη, « οὐ τύραννον ἀλλὰ [[wikt:κυβερνήτης#Grec_ancien|'''κυβερνήτην''']] γέροντα θεασάμενος. πρὸς δὲ τὴν μετάθεσιν τὸ τοῦ νεανίσκου πέπονθα τοῦ βαλόντος μὲν ἐπὶ τὴν κύνα πατάξαντος δὲ τὴν μητρυιὰν καὶ εἰπόντος ‘οὐδ´ οὕτω κακῶς.’ διὸ καὶ Σόλωνα σοφώτατον ἡγησάμην οὐ δεξάμενον τυραννεῖν. καὶ Πιττακὸς οὗτος εἰ μοναρχίᾳ μὴ προσῆλθεν, οὐκ ἂν εἶπεν ὡς ‘χαλεπὸν ἐσθλὸν ἔμμεναι.’ Περίανδρος δ´ ἔοικεν ὥσπερ ἐν νοσήματι πατρῴῳ τῇ τυραννίδι κατειλημμένος οὐ φαύλως ἐξαναφέρειν, χρώμενος ὁμιλίαις ὑγιειναῖς ἄχρι γε νῦν καὶ συνουσίας ἀνδρῶν νοῦν ἐχόντων ἐπαγόμενος, ἃς δὲ '''Θρασύβουλος''' αὐτῷ κολούσεις τῶν ἄκρων οὑμὸς πολίτης ὑφηγεῖται μὴ προσιέμενος. γεωργοῦ γὰρ [[wikt:en:αἶρα#Ancient_Greek|αἴρας]] καὶ [[wikt:ononis|ὀνώνιδας]] ἀντὶ [[wikt:πυρός#Grec_ancien|πυρῶν]] καὶ [[wikt:κριθή#Grec_ancien|κριθῶν]] συγκομίζειν ἐθέλοντος οὐδὲν διαφέρει τύραννος ἀνδραπόδων μᾶλλον ἄρχειν ἢ ἀνδρῶν βουλόμενος· ἓν γὰρ ἀντὶ πολλῶν κακῶν ἀγαθὸν αἱ δυναστεῖαι τὴν τιμὴν ἔχουσι καὶ τὴν δόξαν, ἄνπερ ἀγαθῶν ὡς κρείττονες ἄρχωσι καὶ μεγάλων μείζονες εἶναι δοκῶσι· τὴν δ´ ἀσφάλειαν ἀγαπῶντας ἄνευ τοῦ καλοῦ προβάτων ἔδει πολλῶν καὶ ἵππων καὶ βοῶν ἄρχειν, μὴ ἀνθρώπων. ἀλλὰ γὰρ εἰς οὐδὲν προσήκοντας ἐμβέβληκεν ἡμᾶς, » ἔφη, « ὁ ξένος οὑτοσὶ λόγους, ἀμελήσας λέγειν τε καὶ ζητεῖν ἃ ἁρμόττει ἐπὶ δεῖπνον βαδίζουσιν. ἦ γὰρ οὐκ οἴει, καθάπερ ἑστιάσοντος ἔστι τις παρασκευή, καὶ δειπνήσοντος εἶναι; Συβαρῖται μὲν γὰρ ὡς ἔοικε πρὸ ἐνιαυτοῦ τὰς κλήσεις ποιοῦνται τῶν γυναικῶν, ὅπως ἐκγένοιτο κατὰ σχολὴν παρασκευασαμέναις ἐσθῆτι καὶ χρυσῷ φοιτᾶν ἐπὶ τὸ δεῖπνον· ἐγὼ δὲ πλείονος οἶμαι χρόνου δεῖσθαι τὴν ἀληθινὴν τοῦ δειπνήσοντος ὀρθῶς παρασκευήν, ὅσῳ χαλεπώτερόν ἐστιν ἤθει τὸν πρέποντα κόσμον ἢ σώματι τὸν περιττὸν ἐξευρεῖν καὶ ἄχρηστον. οὐ γὰρ ὡς ἀγγεῖον ἥκει κομίζων ἑαυτὸν ἐμπλῆσαι πρὸς τὸ δεῖπνον ὁ νοῦν ἔχων, ἀλλὰ καὶ σπουδάσαι τι καὶ παῖξαι καὶ ἀκοῦσαι καὶ εἰπεῖν ὡς ὁ καιρὸς παρακαλεῖ τοὺς συνόντας, εἰ μέλλουσι μετ´ ἀλλήλων ἡδέως ἔσεσθαι. καὶ γὰρ καὶ ὄψον πονηρὸν ἔστι παρώσασθαι, κἂν οἶνος ᾖ φαῦλος, ἐπὶ τὰς νύμφας καταφυγεῖν· σύνδειπνος δὲ κεφαλαλγὴς καὶ βαρὺς καὶ ἀνάγωγος παντὸς μὲν οἴνου καὶ ὄψου πάσης δὲ μουσουργοῦ χάριν ἀπόλλυσι καὶ λυμαίνεται, καὶ οὐδ´ ἀπεμέσαι τὴν τοιαύτην ἀηδίαν ἕτοιμόν ἐστιν, ἀλλ´ ἐνίοις εἰς ἅπαντα τὸν βίον ἐμμένει τὸ πρὸς ἀλλήλους δυσάρεστον, ὥσπερ ἑωλοκρασία τις ὕβρεως ἢ ὀργῆς ἐν οἴνῳ γενομένης. ὅθεν ἄριστα Χίλων, καλούμενος ἐχθές, οὐ πρότερον ὡμολόγησεν ἢ πυθέσθαι τῶν κεκλημένων ἕκαστον. ἔφη γὰρ ὅτι σύμπλουν ἀγνώμονα δεῖ φέρειν καὶ σύσκηνον οἷς πλεῖν ἀνάγκη καὶ στρατεύεσθαι· τὸ δὲ συμπόταις ἑαυτὸν ὡς ἔτυχε καταμιγνύειν οὐ νοῦν ἔχοντος ἀνδρός ἐστιν. ὁ δ´ Αἰγύπτιος σκελετός, ὃν ἐπιεικῶς εἰσφέροντες εἰς τὰ συμπόσια προτίθενται καὶ παρακαλοῦσι μεμνῆσθαι τάχα δὴ τοιούτους ἐσομένους, καίπερ ἄχαρις καὶ ἄωρος ἐπίκωμος ἥκων, ὅμως ἔχει τινὰ καιρόν, καὶ εἰ μὴ πρὸς τὸ πίνειν καὶ ἡδυπαθεῖν ἀλλὰ πρὸς φιλίαν καὶ ἀγάπησιν ἀλλήλων προτρέπεται, καὶ παρακαλεῖ τὸν βίον μὴ τῷ χρόνῳ βραχὺν ὄντα πράγμασι κακοῖς μακρὸν ποιεῖν. » </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §2'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§2. La réception avait été préparée par '''Périandre''', non pas dans la ville même, mais dans son [[w:Cénacle|''cénacle'']] du port de [[w:Léchaion|''Léchée'']], près du temple de '''Vénus''' en l’honneur de laquelle il y avait même un sacrifice. Car depuis l’incestueux amour à la suite duquel sa mère avait volontairement abandonné la vie, '''Périandre''' n’avait pas sacrifié à '''Vénus''' ; et c’était alors la première fois que, d’après certains songes de '''Mélissa''' il s’était décidé à honorer la déesse et à lui rendre des hommages. Pour chacun des invités on avait amené un attelage approprié convenablement. Nous étions en été, et tout le long de la route, en raison du grand nombre de chariots et de piétons, ce n’était jusqu’à la mer que poussière et que bruit. Pourtant '''Thalès''', ayant vu l’attelage à notre porte, se mit à sourire et le renvoya. Nous partîmes donc à pied en faisant un détour, et à travers champs nous cheminâmes à loisir. Un troisième compagnon s’était joint à nous, '''Niloxène''' de ''Naucratie'', homme plein de mérite, que '''Thalès''' et '''Solon''' avaient autrefois beaucoup connu en ''Égypte''. Il se trouvait envoyé de nouveau vers '''Bias''' ; mais pour quelle mission ? Il n’en savait rien lui-même, hormis qu’il se soupçonnait porteur d’une seconde question à résoudre, contenue dans un pli cacheté; et il lui avait été dit, au cas où '''Bias''' renoncerait, de la présenter aux plus sages d’entre les Grecs. « C’est », dit '''Niloxène''', « une chance heureuse que de vous trouver ici tous, et j’apporte, comme vous voyez, cette lettre pour le banquet. » En même temps, il nous la faisait voir. '''Thalès''' se mit à rire : « Si c’est une question épineuse », dit-il, « qu’on aille encore à ''Priène'' : '''Bias''' la résoudra comme il a résolu la première. » — « Quelle était donc cette première question ? » lui demandai-je. — « Le roi d’Égypte », dit '''Thalès''', « avait envoyé à '''Bias''' une victime, en lui faisant dire d’en couper ce qu’il y avait de plus mauvais et de meilleur, et de le lui renvoyer. Notre sage, avec un discernement merveilleux, en ôta la langue et la fit porter au Roi. Voilà ce qui lui a valu une estime et une admiration si déclarée ». — « Cette raison n’est pas la seule », ajouta '''Niloxène''' ; « c’est encore, que '''Bias''' ne fuit pas, comme vous autres, l’amitié des rois eux-mêmes. Ainsi, vous, '''Thalès''', le roi d’Égypte vous admire beaucoup, et, entre autres choses, il a été, au-delà de ce qu’on peut dire, ravi de la manière dont vous avez mesuré la pyramide sans le moindre embarras et sans avoir eu besoin d’aucun instrument. Après avoir dressé votre bâton à l’extrémité de l’ombre que projetait la pyramide, vous construisîtes deux triangles par la tangence d’un rayon, et vous démontrâtes qu’il y avait la même proportion entre la hauteur du bâton et la hauteur de la pyramide qu’entre la longueur des deux ombres. Mais, comme j’ai dit, on vous accuse de détester les rois ; quelques boutades injurieuses prononcées par vous contre des ''tyrans'' ont été rapportées à [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']]. Par exemple, l’Ionien '''Molpagore''' vous ayant demandé ce que vous aviez jamais vu de plus extraordinaire, vous lui auriez répondu : « C’est un tyran parvenu à la vieillesse. » Une autre fois, dans un festin, la conversation étant venue à tomber sur les bêtes féroces, vous auriez dit : « La plus méchante bête parmi les animaux sauvages, c’est le tyran, et parmi les animaux apprivoisés le flatteur. » De tels propos ne sont pas de ceux que les rois entendent avec plaisir, lors même qu’ils affectent de n’avoir rien de commun avec les tyrans. » Pour cette dernière réponse, dit '''Thalès''', elle est de '''Pittacus''' : il l’avait adressée un jour en plaisantant à '''Myrsile'''. Quant au premier propos, ce n’était pas « un tyran » que j’avais dit, mais « un [[wikt:κυβερνήτης#Grec_ancien|''pilote'']] », qui soit parvenu à la vieillesse. Toutefois, puisqu’on a changé la destination du mot, je fais comme le jeune homme qui, ayant jeté une pierre à un chien, atteignit sa belle-mère et s’écria : Même ainsi, ce n’est pas mal. » C’est pourquoi je regardai '''Solon''' comme éminemment sage lorsqu’il n’accepta pas la tyrannie ; et '''Pittacus''', s’il n’eût approché de la monarchie, n’aurait pas eu à dire : « Il est difficile d’être homme de bien. » Quant à '''Périandre''', il semble qu’ayant été saisi par le souverain pouvoir comme par une maladie de famille, il ne s’en tire pas trop mal. Il use, au moins jusqu’à présent, de sociétés salutaires. Il réunit, pour entretenir commerce avec eux, ses hommes remplis de sens ; et le conseil que lui a donné mon compatriote [[w:Thrasybule_de_Milet|'''Thrasybule''']] [[#Thrasybule|<span id="Thrasybule_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], de décapiter l’aristocratie, il ne l’a pas accepté. Entre un laboureur qui aimerait mieux voir dans son champ de l’[[w:Ivraie|''ivraie'']] ou de l’[[w:Orobanche|''orobanche'']] que de l’orge ou du blé, et un tyran qui veut régner sur des esclaves plutôt que sur des hommes de coeur, je ne vois aucune différence. Un seul bien compense les maux nombreux attachés au pouvoir des tyrans : c’est la gloire et l’honneur qui leur sont réservés lorsque, commandant à des hommes vertueux, ils sont plus vertueux eux-mêmes, et qu’au milieu de grands ils se montrent plus grands. Ceux qui préfèrent leur sûreté en renonçant à ce beau rôle, étaient faits pour réunir sous leur main beaucoup de moutons, de chevaux et de boeufs, mais non des hommes. » « Du reste », continua '''Thalès''', « ce sont propos sans portée aucune que ceux où nous a jetés cet étranger, et nous avons omis de dire et de chercher les choses qui conviennent bien à des gens partis pour un banquet. Ne croyez-vous pas, '''Nicarque''', qu’il y ait des préparatifs à faire quand on vient prendre place à un festin, comme il y en a pour celui qui doit le donner ? Les [[w:Sybaris|''Sybarites'']] [[#Sybaris|<span id="Sybaris_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], à ce qu’il paraît, s’y prennent un an d’avance pour adresser leurs invitations aux femmes, afin qu’elles puissent à loisir préparer leur toilette et leurs bijoux en or avant de se rendre au festin; et, selon moi, il faut plus de temps encore à un convive pour les préparatifs vraiment nécessaires, parce qu’il est plus difficile de trouver un ajustement convenable pour son moral que la vaine et inutile parure dont on s’inquiète pour son corps. Un homme sensé ne se transporte pas à un festin comme un bocal qu’il s’agit d’y remplir. Il songe à trouver là une occasion de passer tour à tour du sérieux au badinage, d’entendre et de tenir lui-même ces propos auxquels la circonstance invite les convives s’ils veulent se rendre la réunion agréable les uns aux autres. En effet on est libre de repousser un mauvais ragoût, et si le vin ne vaut rien on peut « recourir aux [[w:Naïades|''Naïades'']] »; mais un convive qui vous donne mal à la tête, qui est lourd, qui ne sait pas se conduire, vous fait perdre et vous gâte le plaisir de tout vin, de toute bonne chère, de toute musique. On n’est même pas le maître de se débarrasser aussi complétement qu’on le voudrait d’un tel désagrément. Quelques-uns en gardent tant qu’ils vivent du mécontentement les uns contre les autres : il leur semble qu’il leur reste comme un arrière-goût de viandes mal digérées, parce qu’ils conservent le souvenir d’injures ou de colères échangées dans le vin. C’est pour cela que '''Chilon''', invité hier, n’a pas voulu promettre avant d’avoir su le nom de chacun des convives : « Car on est bien obligé, a-t-il dit, de supporter un désagréable compagnon de traversée, de tente, quand il faut être sur terre ou à l’armée ; mais se mêler indifféremment à table avec les premiers venus, n’est pas le propre d’un homme sensé. » Le squelette des ''Égyptiens'', qu’ils ont la sage coutume de produire et de placer dans la salle du festin afin d’engager à se souvenir que l’on sera bientôt comme lui, survient là comme un convive assez désagréable et intempestif, mais enfin la présence s’en explique. Si cette vue n’excite pas à boire et à se réjouir, elle engage du moins à s’aimer, à se chérir les uns les autres, et elle exhorte à ne pas allonger par des tracas pénibles une existence dont la durée est si courte. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §2'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Thrasybule_back|<span id="Thrasybule"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θρᾰσῠ́βουλος / Thrăsŭ́boulos [[wikt:en:Θρασύβουλος#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de l’adjectif [[wikt:θρασύς#Grec_ancien|θρᾰσύς / thrăsús]], « confiant, audacieux » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun [[wikt:βουλή#Grec_ancien|βουλή / boulế]], « Volonté. Décision, conseil. Conseil, sénat athénien. »; du verbe [[wikt:βούλομαι#Grec_ancien|βούλομαι / boúlomai]], « Vouloir, désirer, souhaiter. Vouloir bien, consentir à. » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ -ος (-os).<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sybaris_back|<span id="Sybaris"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῠ́βᾰρῐς / Sŭ́bărĭs [[wikt:en:Σύβαρις#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Colonisation grecque|Colonie grecque]] du sud de l’Italie (en [[w:Calabre|Calabre]] actuelle), fondée au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] dans le cadre du mouvement d’établissement et d’[[w:Colonisation_grecque|''essaimage'']] des Grecs vers l’Occident, particulièrement en [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']]. Réputée dès l’Antiquité pour sa richesse devenue proverbiale, ainsi que pour son emprise sur les peuples voisins et différentes cités grecques de son voisinage, elle est détruite à l’issue d’une [[w:Guerre entre Sybaris et Crotone|guerre]] qui l’oppose à [[w:Crotone|''Crotone'']] à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et enfouie sous les eaux du fleuve ''Crathis'' (aujourd’hui [[Crati]]), avant de voir son site réoccupé, soixante ans plus tard, par la colonie [[w:Panhellénisme|''panhellénique'']] de [[w:Thourioï|''Thourioï'']].'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Périandre''' avait fait préparer le banquet, non à la ville même, mais au ''port de Léchée'' [[#Léchée_NdT_DR|<span id="Léchée_NdT_DR_back"><sup>1</sup></span>]], dans une salle voisine du ''temple de Vénus'', à qui l'’on devait offrir un sacrifice. Depuis que sa mère, victime d'’un malheureux amour [[#Cratée_NdT_DR|<span id="Cratée_NdT_DR_back"><sup>2</sup></span>]], s'’était donné la mort, il n'’avait pas encore sacrifié à cette déesse, et c'’était la première fois qu'’il y pensait, d'’après un songe de '''Mélisse''' [[#Mélisse_NdT_DR|<span id="Mélisse_NdT_DR_back"><sup>3</sup></span>]]. Nous étions dans les plus grandes chaleurs de l'’été. Le grand nombre des voitures et des gens de pied qui fréquentaient le chemin qui conduit à la mer, l'’avaient couvert de poussière et le rendaient fort incommode pour les voyageurs. On avait amené, pour chaque convive, un char commode et proprement orné. '''Thalès''', en voyant le sien à ma porte, se mit à sourire et le refusa. Nous primes donc, à travers les champs, un sentier détourné, et nous allâmes, en nous promenant, suivis de '''Niloxène''' de ''Naucrate'' [[#Niloxène_NdT_DR|<span id="Niloxène_NdT_DR_back"><sup>4</sup></span>]], homme du plus grand mérite, que '''Thalès''' et '''Solon''' avaient autrefois beaucoup connu en ''Égypte''. Il était envoyé, pour la seconde fois, vers '''Bias''', sans savoir lui-même quel était l'’objet de sa mission. Il se doutait seulement que la lettre dont '''Amasis''' l'’avait chargé contenait une seconde question à résoudre. Il avait ordre, en cas que '''Bias''' refusât d'’y répondre, de la proposer aux plus sages d'’entre les ''Grecs''. Dès qu'il m'’eut aperçu, il me dit en me montrant sa lettre : « J'’ai du bonheur aujourd'’hui. Cette lettre vous trouve tous réunis. Je la porte au banquet, comme vous voyez. - Si c'’est une question épineuse, dit '''Thalès''' en souriant, retournez à ''Priene'' [[#Priene_NdT_DR|<span id="Priene_NdT_DR_back"><sup>5</sup></span>]], '''Bias''' la résoudra, comme il a résolu la première. - Quelle était cette première question, demandai-je à '''Thalès''' ? - Le roi d'’Égypte, me répondit-il, avait envoyé une victime à '''Bias''', en lui faisant dire d'’en couper ce qu'’il y avait de meilleur et de plus mauvais, et de le lui renvoyer. Notre sage, fort habilement en ôta la langue, qu'’il lui fit porter. Voilà ce qui lui a mérité l'’estime et l'’admiration de ce prince. - Ajoutez encore à cette première raison, dit '''Niloxène''', que '''Bias''' ne dédaigne pas, comme vous, l'’amitié des rois ; car '''Amasis''' n'’a pas moins d'’estime pour vous ; il admire surtout la manière dont vous mesurâtes, avec la plus grande facilité et sans aucun instrument mathématique, la hauteur de la pyramide. En dressant votre bâton à l'’extrémité de l'’ombre qu'’elle faisait sur la terre, le rayon solaire qui touchait le sommet de la pyramide et l'’extrémité du bâton forma deux triangles ; et vous démontrâtes qu'’il y avait la même proportion entre la hauteur du bâton et celle de la pyramide qu'’entre la longueur des ombres projetées par l'’une et par l'’autre. Mais, comme je viens de le dire, on vous accuse, auprès de lui, d'’être l'’ennemi des rois, et on lui a rapporté plusieurs propos injurieux que vous avez tenus contre les tyrans [[#tyrans_NdT_DR|<span id="tyrans_NdT_DR_back"><sup>6</sup></span>]] ; entre autres que l’''Ionien'' '''Molpagore''' [[#Molpagore_NdT_DR|<span id="Molpagore_NdT_DR_back"><sup>7</sup></span>]] vous ayant demandé ce qui vous paraîtrait plus extraordinaire dans la vie , vous lui répondîtes : de voir vieillir un tyran. Une autre fois, comme on vint à parler, dans un repas, du naturel des animaux, vous dîtes que le plus méchant des animaux sauvages étaiť le tyran, et des animaux domestiques, le flatteur. Les rois , quoiqu'ils affectent de ne rien avoir de commun avec les tyrans, n'aiment pas cependant ces sortes de discours. Cette dernière réponse, dit Thalès, est de Pittacus ; il la fit un jour, en plaisantant, à Myrsile³ . Dans la première, je parlais d'un pilote, et non pas d'un tyran. Mais puisqu'on en a fait application au tyran, je dirai comme ce jeune homme qui, jetant une pierre à son chien, en avait atteint sa belle-mère : « Le coup n'est pas perdu. » Aussi jamais Solon ne montra-t-il plus de sagesse, à mon gré, que lorsqu'il refusa la tyrannie ; et si Pittacus n'eût pas été contraint de l'accepter, il n'eût point dit qu'il est à charge d'être vertueux¹ . Il est vrai que Périandre, qui a succédé à l'autorité des tyrans, paraît jusqu'ici opposer à ce mal héréditaire un remède puissant, par le soin qu'il a de rechercher les entretiens et les avis salutaires des hommes vertueux , et par l'horreur qu'il a témoignée pour le conseil barbare que notre compatriote Thrasybule lui donnait de faire mourir les grands. Un tyran qui veut commander à des esclaves, plutôt qu'à des hommes, ressemble à un laboureur qui aimerait mieux voir son champ couvert de passereaux et de sauterelles que d'orge et de froment. Le seul bien qui puisse compenser tant de maux attachés au pouvoir des tyrans, c'est d'avoir, même sur les plus grands et les plus vertueux de leurs sujets, la supériorité de l'honneur et de la vertu. Ceux qui préfèrent la sûreté à la gloire sont faits pour commander à des troupeaux, et non pour gouverner des hommes. « Mais Niloxène nous a jetés dans une conversation absolument étrangère à notre objet, et nous a fait négliger ce qui devait nous occuper en allant au banquet. Ne pensez-vous pas que les conviés ont, aussi bien que leur hôte, des apprêts à faire . Les Sybarites, dit-on, prient les femmes à souper un an d'avance, afin qu'elles puissent préparer à loisir leurs habits et leurs bijoux 2. Pour moi, je pense qu'il faut encore plus de temps à un convive pour faire tous les préparatifs convenables, parcequ'il est bien plus difficile d'orner son esprit comme il faut, que de donner à son corps une parure vaine et superflue. Un homme sensé doit aller à un festin, non pour y remplir son estomac, comme un vase, mais pour écouter et tenir à son tour des propos utiles ou amusants, suivant les circonstances . C'est le seul moyen de rendre le repas agréable aux convives. En effet, on peut laisser un mauvais ragoût, et recourir à l'eau quand le vin n'est pas bon; mais un convive désagréable, importun et fatigant, fait perdre tout le plaisir de la bonne chère et de la musique. On ne peut se délivrer de l'ennui qu'il cause , et souvent même une parole vive ou offensante qu'il se sera permise dans la liberté de la table, fait naître des aversions et des ressentiments qui ne finissent qu'avec la vie. Aussi Chilon, invité hier à ce banquet, ne voulut-il accepter qu'après qu'on lui eut nommé tous les convives . Il disait avec raison, que quand on est sur mer.ou dans un camp, il faut nécessairement supporter les compagnons qui nous sont associés, quelque fâcheux qu'ils soient ; mais dans un festin, il n'est pas d'un homme sensé de se mêler indifféremment avec toutes sortes de personnes. Le squelette que les Égyptiens placent ordinairement à côté d'eux dans leurs repas, en s'exhortant à penser qu'ils seront bientôt dans le même état, est, à la vérité, un compagnon de table assez triste et assez déplacé. Il est néanmoins utile, sinon pour les exciter au plaisir, du moins pour les porter à la bienveillance et à l'amitié réciproque, et pour les avertir de ne pas remplir d'aigreur et de querelles le temps si court de la vie 1. » </div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Léchée_NdT_DR_back|<span id="Léchée_NdT_DR"><sup>1</sup></span>]] L’isthme de ''Corinthe'' avait deux ports, l’un sur la côte orientale, appelé ''Cenchrées'' ; et l’autre sur la côte occidentale, nommé ''Léchée''. Pausanias, qui a donné une description si détaillée de la ''Grèce'', parle d’un ''temple de Vénus'', bâti sur le port de ''Cenchrées'', et dont la statue était de marbre ; mais il ne fait pas mention de celui que cite Plutarque, et qu’il place près du port occidental. ''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cratée_NdT_DR_back|<span id="Cratée_NdT_DR"><sup>2</sup></span>]] La mère de Périandre se nommait Cratée. On peut voir dans Parthenius la manière dont elle conçut et nourrit une passion incestueuse pour son fils, les moyens qu'elle prit pour la satisfaire sans être connue, et comment elle fut découverte. Les remords qu’elle en eut l’obligèrent de se donner la mort.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Mélisse_NdT_DR_back|<span id="Mélisse_NdT_DR"><sup>3</sup></span>]] Mélisse était fille de Proclès, roi d’[[w:Épidaure_(cité_antique)|''Épidaure'']]. On prétend que Périandre en devint éperdument amoureux pour l’avoir vue dans l’habillement ordinaire aux femmes du ''Péloponnèse''. Cette passion toutefois ne l’empêcha pas de partager son cœur entre elle et plusieurs concubines. Elles parvinrent à l’irriter contre elle au point qu’un jour, par un mouvement de jalousie, il la frappa d’un coup de pied, sans songer qu’elle était enceinte, et la fit mourir.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Niloxène_NdT_DR_back|<span id="Niloxène_NdT_DR"><sup>4</sup></span>]] Niloxène signifie hôte du ''Nil'' : ce nom semble indiquer que c’est un personnage supposé.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Priene_NdT_DR_back|<span id="Priene_NdT_DR"><sup>5</sup></span>]] Ville d’''Ionie'', colonie des ''Thébains'' et patrie de Bias.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#tyrans_NdT_DR_back|<span id="tyrans_NdT_DR"><sup>6</sup></span>]] Par le mot [[wikt:τύραννος#Grec_ancien|τύραννος]], que nous ne pouvons rendre en français que par celui de tyran, les ''Grecs'' entendaient, non pas seulement, comme nous, un prince injuste et cruel ; mais, en général, tout homme qui s’était emparé de l’autorité monarchique dans un état libre, sans qu’elle lui fût légitimement acquise. ''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe III.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la reconnaissance de la sagesse de '''Cléobuline''' ''« Eumétis »'' par '''Thalès''', de l’humilité de ce dernier et de son [[w:Cynisme|''cynisme'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ἐν τοιούτοις λόγοις γενόμενοι κατὰ τὴν ὁδὸν ἀφικόμεθα πρὸς τὴν οἰκίαν, καὶ λούσασθαι μὲν ὁ Θαλῆς οὐκ ἠθέλησεν, ἀληλιμμένοι γὰρ ἦμεν· ἐπιὼν δὲ τούς τε δρόμους ἐθεᾶτο καὶ τὰς παλαίστρας καὶ τὸ ἄλσος τὸ παρὰ τὴν θάλατταν ἱκανῶς διακεκοσμημένον, ὑπ´ οὐδενὸς ἐκπληττόμενος τῶν τοιούτων, ἀλλ´ ὅπως μὴ καταφρονεῖν δοκοίη μηδ´ ὑπερορᾶν τοῦ Περιάνδρου τῆς φιλοτιμίας. τῶν δ´ ἄλλων τὸν ἀλειψάμενον ἢ λουσάμενον οἱ θεράποντες εἰσῆγον εἰς τὸν ἀνδρῶνα διὰ τῆς στοᾶς. Ὁ δ´ Ἀνάχαρσις ἐν τῇ στοᾷ καθῆστο, καὶ παιδίσκη προειστήκει τὴν κόμην ταῖς χερσὶ διακρίνουσα. ταύτην ὁ Θαλῆς ἐλευθεριώτατά πως αὐτῷ προσδραμοῦσαν ἐφίλησε καὶ γελάσας « οὕτως, » ἔφη, « ποίει καλὸν τὸν ξένον, ὅπως ἡμερώτατος ὢν μὴ φοβερὸς ᾖ τὴν ὄψιν ἡμῖν μηδ´ ἄγριος. » Ἐμοῦ δ´ ἐρομένου περὶ τῆς παιδὸς ἥτις εἴη, « τὴν σοφήν, » ἔφη, « καὶ περιβόητον ἀγνοεῖς Εὔμητιν; οὕτω γὰρ ταύτην ὁ πατὴρ αὐτός, οἱ δὲ πολλοὶ πατρόθεν ὀνομάζουσι Κλεοβουλίνην. » Καὶ ὁ Νειλόξενος εἶπεν « ἦ που τὴν περὶ τὰ αἰνίγματα δεινότητα καὶ σοφίαν, » ἔφη, « τῆς κόρης ἐπαινεῖς· καὶ γὰρ εἰς Αἴγυπτον ἔνια τῶν προβαλλομένων ὑπ´ αὐτῆς διῖκται. » « Οὐκ ἔγωγ´, » εἶπεν ὁ Θαλῆς· « τούτοις γὰρ ὥσπερ ἀστραγάλοις, ὅταν τύχῃ, παίζουσα χρῆται καὶ διαβάλλεται πρὸς τοὺς ἐντυχόντας. ἀλλὰ καὶ φρόνημα θαυμαστὸν καὶ νοῦς ἔνεστι πολιτικὸς καὶ φιλάνθρωπον ἦθος, καὶ τὸν πατέρα τοῖς πολίταις πραότερον ἄρχοντα παρέχει καὶ δημοτικώτερον. » « Εἶεν, » ὁ Νειλόξενος ἔφη, « καὶ φαίνεται βλέποντι πρὸς τὴν λιτότητα καὶ ἀφέλειαν αὐτῆς· Ἀνάχαρσιν δὲ πόθεν οὕτω τημελεῖ φιλοστόργως; » « Ὅτι, » ἔφη, « σώφρων ἀνήρ ἐστι καὶ πολυμαθής, καὶ τὴν δίαιταν αὐτῇ καὶ τὸν καθαρμόν, ᾧ χρῶνται Σκύθαι περὶ τοὺς κάμνοντας, ἀφθόνως καὶ προθύμως παραδέδωκε. καὶ νῦν οἶμαι περιέπειν αὐτὴν τὸν ἄνδρα καὶ φιλοφρονεῖσθαι, μανθάνουσάν τι καὶ προσδιαλεγομένην. » Ἤδη δὲ πλησίον οὖσιν ἡμῖν τοῦ ἀνδρῶνος ἀπήντησεν Ἀλεξίδημος ὁ Μιλήσιος (ἦν δὲ Θρασυβούλου τοῦ τυράννου νόθος) καὶ ἐξῄει τεταραγμένος καὶ σὺν ὀργῇ τινι πρὸς αὑτὸν οὐδὲν ἡμῖν γε σαφὲς διαλεγόμενος. ὡς δὲ τὸν Θαλῆν εἶδε, μικρὸν ἀνενεγκὼν καὶ καταστάς « οἵαν ὕβριν, » εἶπεν, « εἰς ἡμᾶς Περίανδρος ὕβρικεν, ἐκπλεῦσαι μὲν οὐκ ἐάσας ὡρμημένον ἀλλὰ προσμεῖναι δεηθεὶς τὸ δεῖπνον, ἐλθόντι δὲ νέμων κλισίαν ἄτιμον, Αἰολεῖς δὲ καὶ νησιώτας (καὶ τίνας γὰρ οὐχί;) Θρασυβούλου προτιμῶν· Θρασύβουλον γὰρ ἐν ἐμοὶ τὸν πέμψαντα προπηλακίσαι βουλόμενος καὶ καταβαλεῖν ὡς δὴ περιορῶν δῆλός ἐστιν. » « Εἶτ´, » ἔφη, « σὺ δέδιας μὴ καθάπερ Αἰγύπτιοι τοὺς ἀστέρας ὑψώματα καὶ ταπεινώματα λαμβάνοντας ἐν τοῖς τόποις οὓς διεξίασι γίγνεσθαι βελτίονας ἢ χείρονας ἑαυτῶν λέγουσιν, οὕτως ἡ περὶ σὲ διὰ τὸν τόπον ἀμαύρωσις ἢ ταπείνωσις γένηται; καὶ τοῦ Λάκωνος ἔσῃ φαυλότερος, ὃς ἐν χορῷ τινι κατασταθεὶς εἰς τὴν ἐσχάτην χώραν ὑπὸ τοῦ ἄρχοντος ‘εὖ γ´,’ εἶπεν, ‘ἐξεῦρες, ὡς καὶ αὕτα ἔντιμος γένηται.’ οὐ καταλαβόντας, » ἔφη, « τόπον μετὰ τίνας κατακείμεθα δεῖ ζητεῖν, μᾶλλον δ´ ὅπως εὐάρμοστοι τοῖς συγκατακειμένοις ὦμεν, ἀρχὴν καὶ λαβὴν φιλίας εὐθὺς ἐν αὐτοῖς ζητοῦντες, μᾶλλον δ´ ἔχοντες τὸ μὴ δυσκολαίνειν ἀλλ´ ἐπαινεῖν ὅτι τοιούτοις συγκατεκλίθημεν· ὡς ὅ γε τόπῳ κλισίας δυσχεραίνων δυσχεραίνει τῷ συγκλίτῃ μᾶλλον ἢ τῷ κεκληκότι, καὶ πρὸς ἀμφοτέρους ἀπεχθάνεται. » « Λόγος, » ἔφη, « ταῦτ´ ἄλλως ἐστίν » ὁ Ἀλεξίδημος, « ἔργῳ δὲ καὶ τοὺς σοφοὺς ὑμᾶς ὁρῶ τὸ τιμᾶσθαι διώκοντας, » καὶ ἅμα παραμειψάμενος ἡμᾶς ἀπῆλθε. Καὶ ὁ Θαλῆς πρὸς ἡμᾶς τὴν ἀτοπίαν τοῦ ἀνθρώπου θαυμάζοντας, « ἔμπληκτος, » ἔφη, « καὶ ἀλλόκοτος φύσει, ἐπεὶ καὶ μειράκιον ὢν ἔτι, μύρου σπουδαίου Θρασυβούλῳ κομισθέντος, εἰς ψυκτῆρα κατεράσας μέγαν καὶ προσεγχέας ἄκρατον ἐξέπιεν, ἔχθραν ἀντὶ φιλίας Θρασυβούλῳ διαπεπραγμένος. » Ἐκ τούτου περιελθὼν ὑπηρέτης « κελεύει σε Περίανδρος, » ἔφη, « καὶ Θαλῆν παραλαβόντα τοῦτον ἐπισκέψασθαι τὸ κεκομισμένον ἀρτίως αὐτῷ πότερον ἄλλως γέγονεν ἤ τι σημεῖόν ἐστι καὶ τέρας· αὐτὸς μὲν γὰρ ἔοικε τεταράχθαι σφόδρα, μίασμα καὶ κηλῖδα τῆς θυσίας ἡγούμενος. » ἅμα δ´ ἀπῆγεν ἡμᾶς εἴς τι οἴκημα τῶν περὶ τὸν κῆπον. ἐνταῦθα νεανίσκος ὡς ἐφαίνετο νομευτικός, οὔπω γενειῶν ἄλλως τε τὸ εἶδος οὐκ ἀγεννής, ἀναπτύξας τινὰ διφθέραν ἔδειξεν ἡμῖν βρέφος ὡς ἔφη γεγονὸς ἐξ ἵππου, τὰ μὲν ἄνω μέχρι τοῦ τραχήλου καὶ τῶν χειρῶν ἀνθρωπόμορφον, τὰ λοιπὰ δ´ ἔχον ἵππου, τῇ δὲ φωνῇ καθάπερ τὰ νεογνὰ παιδάρια κλαυθμυριζόμενον. ὁ μὲν οὖν Νειλόξενος, « Ἀλεξίκακε » εἰπών, ἀπεστράφη τὴν ὄψιν, ὁ δὲ Θαλῆς προσέβλεπε τῷ νεανίσκῳ πολὺν χρόνον, εἶτα μειδιάσας (εἰώθει δ´ ἀεὶ παίζειν πρὸς ἐμὲ περὶ τῆς τέχνης) « ἦ που τὸν καθαρμόν, ὦ Διόκλεις, » ἔφη, « κινεῖν διανοῇ καὶ παρέχειν πράγματα τοῖς ἀποτροπαίοις, ὥς τινος δεινοῦ καὶ μεγάλου συμβάντος; » « Τί δ´, » εἶπον, « οὐ μέλλω; στάσεως γάρ, ὦ Θαλῆ, καὶ διαφορᾶς τὸ σημεῖόν ἐστι, καὶ δέδια μὴ μέχρι γάμου καὶ γενεᾶς ἐξίκηται, πρὶν ἢ τὸ πρῶτον ἐξιλάσασθαι μήνιμα, τῆς θεοῦ δεύτερον ὡς ὁρᾷς προφαινούσης. » Πρὸς τοῦτο μηδὲν ἀποκρινάμενος ὁ Θαλῆς ἀλλὰ γελῶν ἀπηλλάττετο. καὶ τοῦ Περιάνδρου πρὸς τὰς θύρας ἀπαντήσαντος ἡμῖν καὶ διαπυθομένου περὶ ὧν εἴδομεν, ἀφεὶς ὁ Θαλῆς με καὶ λαβόμενος τῆς ἐκείνου χειρὸς ἔφη, « ἃ μὲν Διοκλῆς κελεύει δράσεις καθ´ ἡσυχίαν· ἐγὼ δέ σοι παραινῶ νέοις οὕτω μὴ χρῆσθαι νομεῦσιν ἵππων, ἢ διδόναι γυναῖκας αὐτοῖς. » Ἔδοξε μὲν οὖν μοι τῶν λόγων ἀκούσας ὁ Περίανδρος ἡσθῆναι σφόδρα· καὶ γὰρ ἐξεγέλασε καὶ τὸν Θαλῆν περιβαλὼν κατησπάσατο. κἀκεῖνος « οἶμαι δ´, » εἶπεν, « ὦ Διόκλεις, καὶ πέρας ἔσχε τὸ σημεῖον· ὁρᾷς γὰρ ἡλίκον κακὸν γέγονεν ἡμῖν, Ἀλεξιδήμου συνδειπνεῖν μὴ θελήσαντος. » </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §3'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ce fut en tenant de tels propos chemin faisant, que nous arrivâmes à la maison. '''Thalès''' ne voulut pas se baigner : « Je me suis frotté d’huile. » dit-il. Il se promena donc de côté et d’autre, regardant les champs de course, les palestres, et le bois sacré, voisin de la mer, que l’on avait bien convenablement disposé. Ce n’était pas qu’il fût frappé par aucun de ces préparatifs, mais il voulait ne pas avoir l’air de mépriser '''Périandre''' et de faire peu de cas de l’empressement avec lequel celui-ci honorait ses hôtes. Pour les autres convives, à mesure qu’ils s’étaient parfumés ou baignés, les serviteurs les introduisaient par la galerie dans la salle du banquet. Or '''Anacharsis''' s’était installé dans cette galerie, et devant lui une jeune fille se tenait, lui séparant les cheveux avec ses mains. Lorsqu’entra '''Thalès''', elle s’élança très librement à sa rencontre, et '''Thalès''', après l’avoir embrassée, lui dit en riant : « Continue à rendre bien beau notre étranger, afin qu’étant devenu la douceur même il ne conserve pas au milieu de nous une mine à faire peur et un aspect sauvage. » Je lui demandai quelle était cette jeune enfant : « Quoi ! » me dit-il, « vous ne connaissez pas la savante et célèbre '''Eumétis''' ! car c’est ainsi que son père la nomme : le plus communément on l’appelle '''Cléobuline''', du nom paternel. » Et '''Niloxène''' : « C’est sans doute à cause de son talent et de son habileté pour les énigmes, que vous faites l’éloge de cette jeune fille : car quelques-unes de celles qu’elle a proposées sont parvenues jusqu’en ''Égypte''. » — « Ce n’est pas à cause de cela », répondit '''Thalès''' : « les énigmes sont pour elle des joujoux dont elle s’amuse à l’occasion pour faire sa partie avec ceux qui se rencontrent. Mais ce qui est admirable en elle c’est sa profondeur d’esprit, son sens politique, l’aménité de son caractère, et le talent qu’elle a de rendre plus douce l’autorité de son père et d’inspirer à celui-ci des sentiments plus humains à l’égard du peuple. » — « Soit », dit '''Niloxène''' ; « et cela se reconnaît à voir sa modestie et sa simplicité. Mais d’où vient qu’elle prend un soin si amoureux de la toilette d’'''Anacharsis''' ? » — Parce que c’est, répondit '''Thalès''', « un sage, un homme des plus instruits, et parce qu’il lui a communiqué, avec de nombreux détails et de grand coeur, l’ensemble des pratiques sanitaires et des purifications que les ''Scythes'' appliquent au traitement des malades. Et dans ce moment je suppose qu’elle l’entoure de soins et d’amitiés parce qu’elle s’instruit de quelque chose en conversant avec lui. » Comme nous étions déjà près de la salle, '''Alexidème''' le ''Milésien'' vint à notre rencontre. C’était un bâtard du tyran '''Thrasybule'''. Il était sorti tout troublé, et avec une sorte de fureur il se parlait à lui-même, mais ses paroles n’avaient rien de clair pour nous. Quand il eut vu '''Thalès''', il se remit un peu ; puis, s’arrêtant tout court : « Quel affront '''Périandre''' vient de nous faire ! Je voulais mettre à la voile : il ne l’a pas permis ; il m’a supplié de rester à son festin, et quand j’arrive, il me donne une des dernières places, faisant passer des [[w:Éoliens|''Éoliens'']], des insulaires (je ne sais qui il ne me préfère pas), les faisant passer, dis je, avant '''Thrasybule''', car c’est '''Thrasybule''' en ma personne, c’est celui par lequel je suis envoyé qu’il a l’intention de traîner dans la boue et de ravaler comme le méprisant : la chose est bien claire. » — « Eh quoi ! » lui dit '''Thalès''', « êtes-vous comme les ''Égyptiens'', qui prétendent que les astres, suivant qu’ils prennent une position élevée ou basse en parcourant leur orbite, ont une condition meilleure ou pire qu’ils ne l’avaient ? Craignez-vous, pareillement, qu’autour de vous, en raison de la place où vous serez, il ne se produise obscurité ou dépression ? Serez-vous moins résigné que certain ''Spartiate'' ? À je ne sais quelle représentation il avait été placé au dernier rang par le maître des cérémonies : « Voilà qui va bien », lui dit-il : « tu as trouvé moyen de rendre honorable ce lieu même. Quand nous avons pris une place nous ne devons pas chercher au-dessous de qui nous sommes installés, mais plutôt comment nous nous mettrons en bon accord avec nos voisins. À leur occasion nous ferons voir tout d’abord, ou plutôt nous l’éprouverons réellement, un désir d’initiative et de prise de possession en matière d’amitié, et nous manifesterons ce désir en nous félicitant, loin d’en montrer du dépit, de ce que l’on nous a placés en une telle compagnie. Mais celui qui se plaint du rang qu’on lui donne à table montre plus de mécontentement contre son commensal que contre son hôte, et il se rend odieux à l’un et à l’autre. » — « Paroles que tout cela, » dit '''Alexidème''', « et paroles sans portée ! Mais je vois que de fait, vous autres sages, vous recherchez aussi les honneurs. » En même temps il s’éloigna de nous et disparut. Une conduite si étrange nous semblait étonnante. « C’est », nous dit '''Thalès''', « un homme écervelé et naturellement bizarre. Vous allez en juger. Il était encore tout jeune ; on avait apporté à '''Thrasybule''' un parfum d’un très haut prix. '''Alexidème''' le versa dans un grand vase à rafraîchir, y mêla du vin pur, et avala le tout, rendant son père odieux au lieu de le faire aimer. » Au même moment parut un serviteur : « Vous êtes invité par '''Périandre''' », me dit-il, « à venir, en vous faisant accompagner de '''Thalès''' que voici, examiner l’objet qu’on lui a récemment apporté, afin que vous disiez si c’est une création toute fortuite, ou bien un présage et une monstruosité; car, pour ce qui est de '''Périandre''', il a l’air grandement troublé, pensant que c’est une souillure et une profanation pour son sacrifice. » En même temps, il nous emmena vers une des salles qui donnaient sur le jardin. Là un jeune homme paraissant appartenir à la classe des bergers, qui n’avait pas encore de barbe et dont la physionomie ne manquait pas de noblesse, déploya une espèce de couverture en cuir, et nous montra un petit enfant né, disait-il, d’une cavale. Par le haut, jusqu’au cou et aux mains, cette créature était de forme humaine ; mais le reste était d’un cheval, et sa voix avait quelque chose des vagissements poussés par les petits enfants qui viennent de naître. « Dieu préservateur ! » s’écria '''Niloxène''', et il détourna les yeux. Mais '''Thalès''' fixa longtemps son regard sur le jeune pâtre; puis s’étant mis à sourire, (car il avait l’habitude de plaisanter toujours avec moi sur ma profession) : « Eh bien, '''Dioclès''', » dit-il, « songez-vous à préparer quelque expiation, et à donner de la besogne aux dieux préservateurs, comme vous trouvant en présence de quelque événement grave et considérable ? » — « Pourquoi non ? » répondis-je : « j’y vois le présage de troubles et de discordes qui s’étendront, j’en ai peur, jusqu’à un mariage et une génération avant que le courroux de la déesse ait été apaisé, puisqu’elle fait, vous le savez, une seconde manifestation ». À ces paroles '''Thalès''' ne répondit rien : il se contenta de rire et de s’en aller. Et comme '''Périandre''' était à la porte, s’avançant pour nous interroger sur ce que nous venions de voir, '''Thalès''' me quitta et le prit par la main : « Ce que '''Dioclès''' prescrira, vous l’exécuterez à loisir », lui dit-il ; « mais moi j’ai un conseil à vous donner : pour faire paître vos juments ne prenez pas de jeunes garçons, ou bien à ceux-ci donnez des femmes. » Ces paroles me semblèrent causer, des qu’il les eut entendues, une vive satisfaction à '''Périandre''', car il éclata de rire et serra très affectueusement '''Thalès''' dans ses bras. '''Thalès''' alors : « '''Dioclès''' », me dit-il, « si je conjecture bien, le prodige reçoit déjà son accomplissement. Car vous voyez quel grand malheur nous est arrivé, '''Alexidème''' n’ayant pas voulu souper avec nous. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §3'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage du caractère désinvolte de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§4. Ἐπεὶ δ´ εἰσήλθομεν, ἤδη μεῖζον ὁ Θαλῆς φθεγξάμενος « ποῦ δ´ » εἶπεν « ὁ ἀνὴρ κατακλινάμενος ἐδυσχέρανεν; » ἀποδειχθείσης δὲ τῆς χώρας περιελθὼν ἐκεῖ κατέκλινεν ἑαυτὸν καὶ ἡμᾶς « ἀλλὰ κἂν ἐπριάμην » εἰπών « Ἀρδάλῳ κοινωνεῖν μιᾶς τραπέζης. » ἦν δὲ Τροιζήνιος ὁ Ἄρδαλος, αὐλῳδὸς καὶ ἱερεὺς τῶν Ἀρδαλείων Μουσῶν, ἃς ὁ παλαιὸς Ἄρδαλος ἱδρύσατο ὁ Τροιζήνιος.<br /><p style="text-align: centre">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">καὶ ὁ Θαλῆς ἐμὲ προσαγορεύσας ἐπάνω τοῦ Βίαντος κατακείμενον « τί οὐκ ἔφρασας, » εἶπεν, « ὦ Διόκλεις, Βίαντι τὸν Ναυκρατίτην ξένον ἥκοντα μετὰ προβλημάτων βασιλικῶν αὖθις ἐπ´ αὐτόν, ὅπως νήφων καὶ προσέχων ἑαυτῷ τὸν λόγον δέχηται; » Καὶ ὁ Βίας « ἀλλ´ οὗτος μέν, » ἔφη, « πάλαι δεδίττεται ταῦτα παρακελευόμενος, ἐγὼ δὲ τὸν Διόνυσον οἶδα τά τ´ ἄλλα δεινὸν ὄντα καὶ Λύσιον ἀπὸ σοφίας προσαγορευόμενον, ὥστ´ οὐ δέδια τοῦ θεοῦ μεστὸς γενόμενος μὴ ἀθαρσέστερον ἀγωνίσωμαι. » Τοιαῦτα μὲν ἐκεῖνοι πρὸς ἀλλήλους ἅμα δειπνοῦντες ἔπαιζον·</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §4'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§4. Après que nous fûmes entrés, '''Thalès''' ayant déjà élevé plus haut la voix: « Où donc », dit-il, « l’avait-on placé, cet homme qui s’en est formalisé ? » Quand on lui eut montré l’endroit il fit le tour de la salle, et ce fut là-même qu’il se plaça et nous installa. « En vérité », ajouta-t-il, « j’aurais payé pour partager la même table qu’'''Ardalus'''. » Cet '''Ardalus''' était un joueur de flûte [[w:Trézène_(ville)|''Trézénien'']] [[#Trézène|<span id="Trézène_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], prêtre des ''muses Ardalides'' auxquelles l’antique [[w:Ardalos|'''Ardalus''']] de ''Trézène'' avait dressé des statues.<br /><p style="text-align: centre">[...]<br /><p style="text-indent: 15px">Moi, j’étais au-dessus de '''Bias''', et '''Thalès''' m’ayant interpellé : « '''Dioclès''' », me dit-il, « pourquoi n’avez-vous pas dit à '''Bias''' que l’étranger de ''Naucratie'' est venu une seconde fois le trouver avec des questions de la part de son prince, afin que ce soit à jeun qu’il reçoive ces communications et qu’il y applique son esprit ? » Et '''Bias''' : « Il y a longtemps », dit-il, « que '''Dioclès''' me menace de m’y contraindre ; mais je sais que '''Bacchus''', entre autres attributions merveilleuses, possède une sagacité qui l’a fait surnommer le dieu qui délie, de sorte que je ne crains pas, étant rempli de la divinité, que la confiance m’abandonne au moment de la lutte. » C’est ainsi que, pendant le repas, ils échangeaient entre eux des plaisanteries.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §4'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Trézène_back|<span id="Trézène"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τροιζήν / Troizḗn [[wikt:en:Τροιζήν#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:polis|Cité grecque]] du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], sur la côte nord de l’[[w:Argolide|Argolide]].'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe VII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexions de '''Thalès''' sur le défi de sagacité posé par le roi des ''Éthiopiens'' au roi d’''Égypte'', [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']], consistant à boire la mer. Ce dernier fait appel à '''Bias''' pour la résoudre, et celui-ci souhaite l’examiner en commun avec les sages. '''Chilon''' explique qu’il ne s’agit pas de faire disparaître tant d’eau salée, mais de rendre la domination d’'''Amasis''' potable et douce à ses sujets (§6).</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§7. [...] Ἐπὶ τούτῳ δ´ ὁ '''Θαλῆς''' ἔφησεν, εὐδαιμονίαν ἄρχοντος νομίζειν, εἰ τελευτήσειε γηράσας κατὰ φύσιν.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §7'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§7. [...] Après lui '''Thalès''' prit la parole : « J’estime que le bonheur pour un souverain, c’est s’il meurt de vieillesse et naturellement. ».</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §7'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IX.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexions de '''Thalès''' sur le défi de sagacité posé par le roi d’''Égypte'', [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']], au roi des ''Éthiopiens'', consistant en une série de questions : « Qu’y a-t-il de plus ancien ? Le temps. — De plus grand ? Le monde. — De plus habile ? La vérité. — De plus beau ? La lumière. — De plus commun ? La mort. — De plus utile ? Dieu. — De plus nuisible ? Le mauvais Génie. — De plus puissant ? La Fortune. — De plus facile ? Le plaisir. ». '''Amasis''' fait encore appel à '''Bias''' pour analyser les réponses du roi des ''Éthiopiens'', qui les examinent également en commun avec les sages.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. Τούτων πάλιν ἀναγνωσθέντων, ὦ Νίκαρχε, γενομένης σιωπῆς Θαλῆς ἠρώτησε τὸν Νειλόξενον εἰ προσήκατο τὰς λύσεις ὁ Ἄμασις. ἐκείνου δ´ εἰπόντος ὅτι τὰς μὲν ἀπεδέξατο ταῖς δ´ ἐδυσκόλαινε, « καὶ μὴν οὐδέν, » εἶπεν ὁ Θαλῆς, « ἀνεπίληπτόν ἐστιν, ἀλλ´ ἔχει πάντα διαμαρτίας μεγάλας καὶ ἀγνοίας. οἷον εὐθὺς ὁ χρόνος πῶς ἂν εἴη πρεσβύτατον, εἰ τὸ μὲν αὐτοῦ γεγονὸς τὸ δ´ ἐνεστώς ἐστι τὸ δὲ μέλλον; ὁ γὰρ μεθ´ ἡμᾶς ἐσόμενος χρόνος καὶ πραγμάτων τῶν νῦν καὶ ἀνθρώπων νεώτερος ἂν φανείη. τὸ δὲ τὴν ἀλήθειαν ἡγεῖσθαι σοφίαν οὐδὲν ἐμοὶ δοκεῖ διαφέρειν τοῦ τὸ φῶς ὀφθαλμὸν ἀποφαίνειν. εἰ δὲ τὸ φῶς καλόν, ὥσπερ ἐστὶν, ἐνόμιζε, πῶς τὸν ἥλιον αὐτὸν παρεῖδε; τῶν δ´ ἄλλων ἡ μὲν περὶ θεῶν καὶ δαιμόνων ἀπόκρισις θράσος ἔχει καὶ κίνδυνον, ἀλογίαν δὲ καὶ πολλὴν ἡ περὶ τῆς τύχης· οὐ γὰρ ἂν μετέπιπτε ῥᾳδίως οὕτως, ἰσχυρότατον οὖσα τῶν ὄντων καὶ ῥωμαλεώτατον. οὐ μὴν οὐδ´ ὁ θάνατος κοινότατόν ἐστιν· οὐ γάρ ἐστι πρὸς τοὺς ζῶντας. ἀλλ´ ἵνα μὴ δοκῶμεν εὐθύνειν τὰς τῶν ἑτέρων ἀποφάσεις, ἰδίας ταῖς ἐκείνου παραβάλωμεν· ἐμαυτὸν δὲ παρέχω πρῶτον, εἰ βούλεται Νειλόξενος, ἐρωτᾶν καθ´ ἕκαστον. ὡς οὖν ἐγένοντο τότε, κἀγὼ νῦν διηγήσομαι τὰς ἐρωτήσεις καὶ τὰς ἀποκρίσεις· ‘Τί πρεσβύτατον;’ [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|‘θεός,’]] » ἔφη Θαλῆς· « ‘ἀγέν νητον γάρ ἐστι.’ ‘Τί μέγιστον;’ ‘τόπος· τἄλλα μὲν γὰρ ὁ κόσμος, τὸν δὲ κόσμον οὗτος περιέχει.’ ‘Τί κάλλιστον;’ ‘κόσμος· πᾶν γὰρ τὸ κατὰ τάξιν τούτου μέρος ἐστί.’ ‘Τί σοφώτατον;’ ‘χρόνος· τὰ μὲν γὰρ εὕρηκεν οὗτος ἤδη, τὰ δ´ εὑρήσει.’ ‘Τί κοινότατον;’ ‘ἐλπίς· καὶ γὰρ οἷς ἄλλο μηδέν, αὕτη πάρεστι.’ ‘Τί ὠφελιμώτατον;’ ‘ἀρετή· καὶ γὰρ τἄλλα τῷ χρῆσθαι καλῶς ὠφέλιμα ποιεῖ.’ ‘Τί βλαβερώτατον;’ ‘κακία· καὶ γὰρ τὰ πλεῖστα βλάπτει παραγενομένη.’ ‘Τί ἰσχυρότατον;’ ‘ἀνάγκη· μόνον γὰρ ἀνίκητον.’ ‘Τί ῥᾷστον;’ ‘τὸ κατὰ φύσιν, ἐπεὶ πρὸς ἡδονάς γε πολλάκις ἀπαγορεύουσιν.’ » </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §9'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. Cette lecture ainsi reproduite, mon cher '''Nicarque''', il se fit un moment de silence. Après quoi '''Thalès''' demanda à '''Niloxène''' si '''Amasis''' avait accepté de telles solutions. Il répondit que ce monarque avait accepté les unes et qu’il avait été mécontent des autres. « C’est qu’en effet », dit '''Thalès''', « il n’en est aucune qui soit irréprochable, et toutes sont grandement entachées d’erreur et d’ignorance. Ainsi, d’abord, comment le temps pourrait-il être ce qu’il y a de plus ancien, puisque, une partie étant écoulée, je le veux bien, une autre est le présent, une autre est l’avenir ? Le temps qui doit venir après nous est évidemment plus jeune que les hommes d’aujourd’hui, que les événements actuels. Croire que ce qu’il y a de plus habile, ce soit la vérité, c’est, à mon avis, ne pas émettre une autre opinion que celle-ci : l’oeil et la lumière sont tout un. Si du reste l’''Éthiopien'' a cru, ce qui est réel, la lumière plus belle que tout, pourquoi a-t-il négligé de nommer le soleil lui-même ? Des autres réponses, celle qui concerne la Divinité et le Génie est aussi téméraire que dangereuse ; et ce qu’il dit de la Fortune est tout à fait déraisonnable : car elle ne changerait pas avec tant de facilité, si elle était ce qu’il y a de plus puissant et de plus fort au monde. De même, la mort n’est pas ce qu’il y a de plus commun, puisqu’elle n’est pas commune aux vivants. Mais pour que nous ne semblions pas nous borner à redresser les réponses des autres, il faut y opposer nos propres solutions. Je m’y offre le premier, si '''Niloxène''' veut reprendre chaque question ». Telles que furent faites alors et les demandes et les réponses, je vais vous les reproduire aujourd’hui : Qu’y a-t-il de plus ancien ? C’est dieu, répondit '''Thalès''', attendu qu’il est incréé. — De plus grand ? L’espace : car si le monde contient le reste, à son tour il est contenu dans l’espace. — De plus beau ? Le monde : car tout ce qui est bien ordonné en fait partie. ― De plus habile ? Le temps : car c’est lui qui a découvert et qui découvrira tout. — De plus commun ? L’espérance : car ceux même qui n’ont rien autre chose la possèdent. — De plus utile ? La vertu : car elle rend toutes les autres choses utiles par le bon usage qu’elle en fait. — De plus nuisible ? Le vice : car il corrompt tout par sa présence. — De plus puissant ? La nécessité : car elle est seule invincible. De plus facile ? Ce qui est selon la nature : car, pour ce qui est du plaisir, il amène souvent la lassitude.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §9'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexion de '''Thalès''' sur les gouvernements où la loi est égale pour tous.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§11. Ἐπὶ τούτῳ '''Θαλῆς''' τὴν μήτε πλουσίους ἄγαν μήτε πένητας ἔχουσαν πολίτας.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §11'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§11. Après lui '''Thalès''' : « que c’est celle qui n’a ni des citoyens trop riches, ni des citoyens trop pauvres. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §11'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexion de '''Thalès''' sur la manière dont une maison doit être réglée.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§12. Τοῦτον οὖν ἄριστον ὁ '''Σόλων''' εἶπεν αὑτῷ δοκεῖν οἶκον, ὅπου τὰ χρήματα μήτε κτωμένοις ἀδικία μήτε φυλάττουσιν ἀπιστία μήτε δαπανῶσι μετάνοια πρόσεστιν. Ὁ δὲ '''Βίας''' ἐν ᾧ τοιοῦτός ἐστιν ὁ δεσπότης δι´ αὑτὸν οἷος ἔξω διὰ τὸν νόμον. Ὁ δὲ '''Θαλῆς''' ἐν ᾧ πλείστην ἄγειν τῷ δεσπότῃ σχολὴν ἔξεστιν.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §12'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§12. '''Solon''' déclara que, selon lui, « la meilleure maison est celle où le bien qui s’y trouve est possédé sans injustice, conservé sans défiance, dépensé sans repentir. » '''Bias''' : « celle où, à l’intérieur, le maître est, par respect pour lui-même, ce qu’il est au dehors par respect pour la loi. » '''Thalès''' : « celle où le maître peut avoir un très grand loisir. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §12'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de l’''espièglerie'' de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§14. [...] '''Ἐπιστήσαντος''' δὲ τοῦ λόγου τὸ συμπόσιον ὁ μὲν '''Θαλῆς''' ἐπισκώπτων εὖ φρονεῖν ἔφη τὸν '''Ἐπιμενίδην''' ὅτι μὴ βούλεται πράγματα ἔχειν ἀλῶν τὰ σιτία καὶ πέττων ἑαυτῷ, καθάπερ '''Πιττακός'''. « ἐγὼ γάρ, » εἶπε, « τῆς ξένης ἤκουον ᾀδούσης πρὸς τὴν μύλην, ἐν [[w:Eresós|''Ἐρέσῳ'']] γενόμενος, ἄλει, μύλα, ἄλει· καὶ γὰρ '''Πιττακὸς''' ἄλει μεγάλας ''Μυτιλάνας'' βασιλεύων. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §14'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§14. [...] Ces paroles ayant mis en arrêt les convives, '''Thalès''' dit en raillant qu’'''Epiménide''' avait bien raison de ne pas vouloir se donner l’embarras de moudre et de cuire lui-même son manger, comme faisait '''Pittacus''' : « Car je me souviens », ajouta-t-il, « qu’étant à ''Lesbos'', j’entendis mon hôtesse chanter à sa meule : Va ton train, meule, va ton train, puisque '''Pittacus''', le roi de la grande ''Mitylène'', s’occupe bien à moudre. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §14'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une doctrine de '''Thalès''' sur l’importance vitale de l’agriculture.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§15. [...] « Οὐδαμῶς, » ὁ '''Κλεόδωρος''', « ἔμοιγ´, » εἶπεν, « εἰ δεῖ τὸ φαινόμενον εἰπεῖν, καὶ μάλιστα παρακειμένης τραπέζης, ἣν ἀναιροῦσιν αἰρομένης τροφῆς φιλίων θεῶν βωμὸν οὖσαν καὶ ξενίων. ὡς δὲ '''Θαλῆς''' λέγει τῆς γῆς ἀναιρεθείσης σύγχυσιν τὸν ὅλον ἕξειν κόσμον, οὕτως οἴκου διάλυσις ἐστι· συναναιρεῖται γὰρ αὐτῇ πῦρ ἑστιοῦχον ἑστία κρατῆρες ὑποδοχαὶ ξενισμοί, φιλανθρωπότατα καὶ πρῶτα κοινωνήματα πρὸς ἀλλήλους, μᾶλλον δὲ σύμπας ὁ βίος, εἴ γε διαγωγή τίς ἐστιν ἀνθρώπου πράξεων ἔχουσα διέξοδον, ὧν ἡ τῆς τροφῆς χρεία καὶ παρασκευὴ τὰς πλείστας παρακαλεῖ. [...] »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §15'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§15. [...] « S’il faut dire ce que je pense », reprit '''Cléodème''', « ce n’est nullement mon avis, et surtout quand est dressée la table, que l’on supprime si la nourriture est supprimée et qui est l’autel des dieux amis et hospitaliers. Et s’il est vrai, comme dit '''Thalès''', que la suppression de la terre dût entraîner le désordre et la ruine du monde entier, de même anéantir la table ce serait anéantir la maison. Avec la table disparaîtraient le feu qui consacre le foyer, le foyer lui-même, les coupes, les réceptions, les hospitalités, qui sont les plus affectueux et les premiers rapports de communauté entre les hommes; ou plutôt disparaîtrait la vie entière, s’il est vrai que la vie soit une sorte de courant formé par la série des actes de l’homme, actes dont le plus grand nombre est commandé par le besoin et la préparation de la nourriture.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §15'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XVII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une parole sage de '''Thalès''' : Ne croire ni ses ennemis sur les choses croyables, ni ses amis sur les choses incroyables.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§17. τέλος δὲ γελάσας πρὸς ἡμᾶς « βούλομαι μέν, » ἔφη, « πρὸς τὸ παρὸν φράσαι τὸ προσηγγελμένον· ὀκνῶ δ´ ἀκούσας '''Θαλέω''' ποτ´ εἰπόντος ὅτι δεῖ τὰ μὲν εἰκότα λέγειν, τὰ δ´ ἀμήχανα σιωπᾶν. » Ὑπολαβὼν οὖν ὁ '''Βίας''' « ἀλλὰ καὶ τοῦτ´, » ἔφη, « '''Θαλέω''' τὸ σοφόν ἐστιν, ὅτι δεῖ τοῖς μὲν ἐχθροῖς καὶ περὶ τῶν πιστῶν ἀπιστεῖν, τοῖς δὲ φίλοις καὶ τὰ ἄπιστα πιστεύειν, ἐχθροὺς μέν, ἔγωγ´ ἡγοῦμαι, τοὺς πονηροὺς καὶ ἀνοήτους, φίλους δὲ τοὺς χρηστοὺς καὶ φρονίμους αὐτοῦ καλοῦντος. οὐκοῦν, »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §17'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§17. [...] A la fin il s’adressa à nous en éclatant de rire : « Je voudrais vous faire connaître, sans plus attendre, ce que '''Gorgias''' vient de me conter; et pourtant j’hésite, parce que j’ai autrefois entendu dire à '''Thalès''' qu’il faut dire les choses vraisemblables et taire les impossibles. « Mais, reprit '''Bias''', « c’est à '''Thalès''' aussi qu’appartient cette sage parole : qu’il faut ne pas croire ses ennemis même sur les choses croyables, et croire ses amis même sur celles qui ne le sont pas : par ennemis il entendait, je suppose, les méchants et les sots, par amis, les gens vertueux et sensés. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §17'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XXI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une doctrine de '''Thalès''' sur la résidence de l'âme dans toutes les parties du monde les plus essentielles.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§21. Μετὰ δὲ τοῦτον ὁ '''Ἀνάχαρσις''' εἶπεν ὅτι τοῦ '''Θαλέω''' καλῶς ὑπολαμβάνοντος ἐν πᾶσιν εἶναι τοῖς κυριωτάτοις μέρεσι τοῦ κόσμου καὶ μεγίστοις ψυχήν, [...].</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §21'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§21. Après '''Pittacus''', '''Anacharsis''' prit la parole : « Puisque, comme '''Thalès''' l’a magnifiquement établi, une âme réside dans toutes les parties du monde les plus essentielles, [...].</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §21'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== Du démon de '''Socrate''' ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe VI.</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Témoignage de l’aversion de '''Thalès''' pour les [[w:Tyran|''tyrans'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid;"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">§6. Ταῦτα τοῦ '''Θεοκρίτου''' λέγοντος ὁ '''Λεοντίδης''' ἐξῄει μετὰ τῶν φίλων, ἡμεῖς δ´ εἰσελθόντες ἠσπαζόμεθα τὸν '''Σιμμίαν''' ἐπὶ τῆς κλίνης καθεζόμενον οὐ κατατετευχότα τῆς δεήσεως, οἶμαι, μάλα σύννουν καὶ διαλελυπημένον· ἀποβλέψας δὲ πρὸς ἅπαντας ἡμᾶς ‘ὦ '''Ἡράκλεις''',’ εἶπεν ‘ἀγρίων καὶ βαρβάρων ἠθῶν· εἶτ´ οὐχ ὑπέρευ '''Θαλῆς''' ὁ παλαιὸς ἀπὸ ξένης ἐλθὼν διὰ χρόνου τῶν φίλων ἐρωτώντων ὅ τι καινότατον ἱστορήκοι ’τύραννον‘ ἔφη ’γέροντα.‘ καὶ γὰρ ᾧ μηδὲν ἰδίᾳ συμβέβηκεν ἀδικεῖσθαι, τὸ βάρος αὐτὸ καὶ τὴν σκληρότητα τῆς ὁμιλίας δυσχεραίνων ἐχθρός ἐστι τῶν ἀνόμων καὶ ἀνυπευθύνων δυναστειῶν.[...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome II, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/demonsocrategr.htm Περι του Σωκρατους Δαιμονιου - Le Démon de Socrate], §6'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§6. Pendant que [[w:Théocrite|'''Théocritos''']] [[#Théocrite|<span id="Théocrite_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] parlait, '''Léontidas''' sortit avec ses amis, et nous entrâmes chez '''Simmias''', que nous saluâmes affectueusement. Il était assis sur son lit, et j’attribuai à l’insuccès de sa demande son air pensif et affligé. Après nous avoir regardés tous : « Par '''Hercule''' ! s’écria-t-il, quelles mœurs sauvages et barbares ! Eh bien ! n’avait-il pas cent fois raison le '''Thalès''' des anciens jours ? Comme il était revenu d’un long voyage à l’étranger, ses amis lui demandaient ce qu’il avait vu de plus curieux : « Un tyran parvenu à la vieillesse », répondit-il. Car ceux même qui n’ont pas éprouvé de la part d’un despote une injustice personnelle, supportent avec peine le poids et la dureté d’un semblable régime. On déteste tout pouvoir qui est en dehors de la loi et qui ne veut rendre de comptes à personne. [...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome III, [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_3,_1870.djvu/74|Περι του Σωκρατους Δαιμονιου - Le Démon de Socrate]], [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_3,_1870.djvu/83|§6]]'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Théocrite_back|<span id="Théocrite"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεόκριτος / Theókritos [[wikt:en:Θεόκριτος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif et du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe κρίνω / krínō, « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Commander, organiser. 3. S’enquérir, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (voix moyenne, voix passive) Décider d’un concours ; (voix moyenne et voix passive) Se disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Discerner entre le bien et le mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. 11. Sécréter, cacher, dissimuler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival récessif‎ -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Poète'', auteur de [[w:Mime|''mimes'']] (imitations comiques du langage ou des gestes), d’[[w:Poésie_pastorale|''idylles pastorales'']] et de [[w:Épopée|''contes épiques'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]]<sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Théocrite#cite_ref-2|''Syracuse'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:250_av._J.-C.|-250]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)'''<br /><br /> </div>{{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§6. Pendant que '''Théocritos''' discourait ainsi, '''Léontidas''' sortit avec ses amis ; nous entrâmes et saluâmes '''Simmias''', qui était assis sur son lit, tout soucieux et triste, parce que sa demande avait été rejetée sans doute. En nous regardant tous, il s’écria : « '''Héraclès''' ! les moeurs sauvages et barbares ! Ah ! que '''Thalès''' l’ancien avait raison de répondre, lorsqu’après un long voyage à l’étranger ses amis lui demandaient ce qu’il avait remarqué de plus extraordinaire : « Un tyran âgé ». Même un homme qui a eu la chance de n’être pour son compte victime d’aucune injustice exècre déjà le poids et la dureté de ce commerce et est ennemi des dictatures, des dominations arbitraires.[...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome II, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/demonsocrate.htm Περι του Σωκρατους Δαιμονιου - Le Démon de Socrate], §6'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== Les [[w:Alimentation_en_Grèce_antique#Banquets|''Symposiaques'']] [[#Symposiaques|<span id="Symposiaques_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], ou questions de table ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Symposiaques|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Symposiaques_back|<span id="Symposiaques"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien συμπόσιον / sympósion [[wikt:en:συμπόσιον#Ancient_Greek|(en)]], « Seconde partie d’un repas pendant laquelle un groupe restreint de convives buvaient et discutaient sur un sujet. » ; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun σῠμπότης / sŭmpótēs [[wikt:en:συμπότης#Ancient_Greek|(en)]], « compagnon de boisson » ; <br /><p style="margin: 0 4em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe σῠν- / sŭn- [[wikt:en:συν-#Ancient_Greek|(en)]], « avec, ensemble » ;<br /><p style="margin: 0 4em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ποτής / potḗs [[wikt:en:ποτής#Ancient_Greek|(en)]], « boisson » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe -ῐον / -ĭon [[wikt:en:-ιον#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Entretiens dans un banquet, propos de table. '''<br /><br /> </div>{{Boîte déroulante fin}} ===== <div style="text-align: center;">Livre III</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> ====== <div style="text-align: center;">Question VI. Sur le temps où il est à propos de se rapprocher d’une femme.</div> ====== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Témoignage du statut marital de '''Thalès''' et de sa relation avec sa mère</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid;"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Καθάπερ οὖν '''Θαλῆς''' ὁ σοφὸς ὑπὸ τῆς μητρὸς ἐνοχλούμενος γῆμαι κελευούσης πῶς ὑπεξέφυγε παρήγαγε λέγων πρὸς αὐτὴν ἐν ἀρχῇ μέν « οὔπω καιρὸς ὦ μῆτερ, » ὕστερον δ´ « οὐκέτι καιρὸς ὦ μῆτερ », οὕτως ἄρα καὶ πρὸς ἀφροδίσια κράτιστον {ἔσται} ἔχειν ἕκαστον, ὥστε κατακλινόμενον λέγειν «οὔπω καιρός», ἀνιστάμενον δ´ « οὐκέτι καιρός ».</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome III, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/sympos3.htm#VI Προβλημα Ϛ. Περὶ καιροῦ συνουσίας. - Question VI. Quel est le temps le plus propre à l'amour?]'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div></div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ainsi donc, comme le sage '''Thalès''', fatigué par sa mère qui l’engageait à se marier, trouva le moyen de lui échapper et de lui donner le change en lui disant une première fois : « Il n’est pas encore temps, ma mère », et, lorsqu’elle insistait encore après qu’il avait passé l’âge : « Il n’est plus temps » ; de même, pour ce qui regarde les plaisirs de l’amour, le mieux sera que chacun se détermine à dire, en se mettant au lit : « Il n’est pas temps encore », et, en sortant du lit : « il n’est plus temps ».</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome III, [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_3,_1870.djvu/268|Question VI. Sur le temps où il est à propos de se rapprocher d’une femme]], [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_3,_1870.djvu/271|§3]]'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Le sage '''Thalès''', pressé par sa mère de se marier, lui répondit avec beaucoup d’adresse. Au commencement, il lui dit : Ma mère, il n’est pas encore temps. Quand il eut passé la fleur de son âge, et qu’elle lui fit de nouvelles instances, il lui répondit : Il n’est plus temps. De même, par rapport à la question proposée, le mieux serait que chacun pût se dire le soir en se couchant : Il n'm’est pas encore temps ; et le matin, quand il se lève : Il n’est plus temps. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome III, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/sympos3.htm#VI Προβλημα Ϛ. Περὶ καιροῦ συνουσίας. - Question VI. Quel est le temps le plus propre à l'amour?]'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== De la malignité d’'''Hérodote''' ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== Les opinions des Philosophes ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> ===== <div style="text-align: center;">Livre I</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Livre II</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Livre III</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Livre IV</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== Les animaux de terre ont-ils plus d'adresse que ceux de mer? ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== D’'''Isis''' et d’'''Osiris'''==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IX.</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Témoignage d’un voyage de '''Thalès''' en ''Égypte'', de rencontres avec des prêtres et de récit sur leur divinités.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid;"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">§9. [...] '''Ἑκαταῖος''' δ´ ὁ ''Ἀβδηρίτης'' φησὶ τούτῳ καὶ πρὸς ἀλλήλους τῷ ῥήματι χρῆσθαι τοὺς ''Αἰγυπτίους'', ὅταν τινὰ προσκαλῶνται· προσκλητικὴν γὰρ εἶναι τὴν φωνήν. Διὸ τὸν πρῶτον θεόν, ὃν τῷ παντὶ τὸν αὐτὸν νομίζουσιν, ὡς ἀφανῆ καὶ κεκρυμμένον ὄντα προσκαλούμενοι καὶ παρακαλοῦντες ἐμφανῆ γενέσθαι καὶ δῆλον αὐτοῖς ''Ἀμοῦν'' λέγουσιν.<br /><p style="text-indent: 15px">§10. Ἡ μὲν οὖν εὐλάβεια τῆς περὶ τὰ θεῖα σοφίας '''Αἰγυπτίων''' τοσαύτη {ἦν}, μαρτυροῦσι δὲ καὶ τῶν ''Ἑλλήνων'' οἱ σοφώτατοι, '''Σόλων''' '''Θαλῆς''' '''Πλάτων''' '''Εὔδοξος''' '''Πυθαγόρας''', ὡς δ´ ἔνιοί φασι, καὶ '''Λυκοῦργος''' εἰς ''Αἴγυπτον'' ἀφικόμενοι καὶ συγγενόμενοι τοῖς ἱερεῦσιν.[...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1870<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. [...] '''Hécatée''' d’''Abdère'' dit que les ''Égyptiens'' emploient ce mot pour s’appeler les uns les autres, attendu qu’il est essentiellement appellatif. C’est pourquoi, s’adressant au premier Dieu, le même, selon eux, que l’Univers, comme à un être invisible et caché, ils l’exhortent avec supplications, en l’appelant "Amoun", à se faire voir et à se découvrir à eux. Voilà jusqu’à quel point était grande la réserve qui caractérisait la philosophie religieuse des ''Égyptiens''.<br /><p style="text-indent: 15px">§10. C’est ce que témoignent les plus éclairés d’entre les ''Grecs'': '''Solon''', '''Thalès''', '''Platon''', '''Eudoxe''', '''Pythagore''', et aussi, d’après quelques-uns, '''Lycurgue'''. Ils étaient allés en ''Égypte'' et avaient eu des conférences avec les prêtres. [...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §§9, 10'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Sur_Isis_et_Osiris|ici]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. [...] '''Hécatée''' d’''Abdère'' dit que les ''Egyptiens'' s’en servent pour s’appeler les uns les autres; que ce nom est de sa nature appellatif ; que ce peuple , qui croit que le premier des dieux, qu’il confond avec l’univers, est un dieu caché et inconnu, l’invoque et le prie de se découvrir à eux, en lui disant ''Amoun'' ;<br /><p style="text-indent: 15px">§10. tant ce peuple portait de retenue et de réserve dans sa philosophie religieuse ! C’est ce qu'attestent unanimement les plus sages d’entre les ''Grecs'', '''Solon''', '''Thalès''', '''Platon''', '''Eudoxe''', '''Pythagore''', et, suivant quelques uns, '''Lycurgue''' lui-même, qui tous voyagèrent en ''Egypte'', et y conférèrent avec les prêtres du pays.[...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §§9, 10'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XXXIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la théorie de '''Thalès''' de l’eau principe de tous les êtres.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ἥλιον δὲ καὶ Σελήνην οὐχ ἅρμασιν ἀλλὰ πλοίοις ὀχήμασι χρωμένους περιπολεῖν φασιν αἰνιττόμενοι τὴν ἀφ´ ὑγροῦ τροφὴν αὐτῶν καὶ γένεσιν. Οἴονται δὲ καὶ '''Ὅμηρον''' ὥσπερ '''Θαλῆν''' μαθόντα παρ´ ''Αἰγυπτίων'' ὕδωρ ἀρχὴν ἁπάντων καὶ γένεσιν τίθεσθαι· τὸν γὰρ '''Ὠκεανὸν''' '''Ὄσιριν''' εἶναι, τὴν δὲ '''Τηθὺν''' '''Ἶσιν''' ὡς τιθηνουμένην πάντα καὶ συνεκτρέφουσαν. [...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1870<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ils disent que le soleil et la lune parcourent leur route perpétuelle non pas sur des chars, mais sur des bâtiments de navigation: signifiant par là, que c’est le principe humide qui les entretient et qui leur a donné naissance. Ils croient aussi que c’est des ''Egyptiens'' qu’'''Homère''', et après lui '''Thalès''', ont appris à établir l’eau comme principe générateur de tous les êtres. Ils veulent qu’'''Osiris''' soit l’'''Océan''', qu’'''Isis''' soit '''Téthys''', laquelle nourrit et entretient tout ce qui existe.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Sur_Isis_et_Osiris|ici]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ils disent que le soleil et la lune parcourent les cieux, portés, non sur des chars, mais sur des vaisseaux, pour signifier que tout est nourri et mis en mouvement par l’eau. Ils pensent que c’est des ''Egyptiens'' qu’'''Homère''' et '''Thalès''' avaient pris cette opinion, que l’eau est le principe de tous les êtres, qu’'''Osiris''' est l’'''Océan''', et qu’'''Isis''' est '''Thétis''', qui nourrit et alimente toutes les substances.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Valère_Maxime|'''Valère Maxime''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Valère_Maxime|<sup>📚</sup>]] == === Actions et paroles mémorables, VII, § 2 === :8. Il y a aussi un mot admirable de Thalès. On lui demandait si les actions des hommes échappaient à la connaissance des dieux. "Leurs pensées non plus", répondit-il. Aussi faut-il nous appliquer à avoir, je ne dis pas seulement les mains, mais encore le cœur pur, dans la persuasion que la divinité est témoin des mouvements les plus secrets de nos âmes. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Tatien_le_Syrien|'''Tatien''']] le [[w:Assyrie_(province_romaine)|''Syrien'']] ''(vers [[w:120|120]], en [[w:Halicarnasse|''Halicarnasse'']] en [[w:Assyrie_(province_romaine)|Assyrie]] — vers [[w:173|173]], en Assyrie)'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Tatien_le_Syrien|<sup>📚</sup>]] == === Discours aux Grecs, 41 === = [[w:Lucien_de_Samosate|'''Lucien de Samosate''']] ''(vers [[w:120|120]], à [[w:Samosate|Samosate]] — vers [[w:180|180]], en [[w:Égypte_romaine_et_byzantine|Égypte]])'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Lucien_de_Samosate|<sup>📚</sup>]] = === Dialogues des morts === https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6227866x/f7.item https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6227866x/f103.double === Hippias ou le bain === :(2) Mon but est de prouver que les constructeurs de machines qui méritent le plus notre admiration sont ceux qui, distingués par leur science théorique, ont laissé en outre à la postérité des monuments de leur art et des œuvres de leur génie, tandis que les hommes, qui se sont seulement exercés dans la parole méritent plutôt le nom de sophistes que celui de savants. C'est sur la liste traditionnelle de ces artistes que nous voyons figurer Archimède et Socrate de Cnide, qui inventèrent, l'un les moyens de soumettre à Ptolémée la ville de Memphis, sans recourir à un siège, mais en détournant et en divisant le cours du Nil ; l'autre, ceux d'incendier les galères des ennemis. Avant eux, Thalès de Milet, ayant promis à Crésus de faire passer à pied sec à son armée les eaux du fleuve Halys, imagina de les détourner en une seule nuit derrière le camp ; et pourtant ce n'était pas un mécanicien de profession, mais un sage d'un esprit inventif et à l'intelligence duquel on pouvait s'en rapporter. === Exemples de longévité === :(18) Solon, Thalès et Pittacus, que l'on compte au nombre des Sept sages, vécurent chacun cent années. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Clément_d%27Alexandrie|'''Clément''']] d'[[w:Histoire_d%27Alexandrie#Annexion|''Alexandrie'']] ''(vers [[w:150|150]]'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Athènes#Antiquité|Athènes]] — vers [[w:215|215]]'' <sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Kayseri|Kayseri]])'' [[s:Auteur:Clément_d’Alexandrie|<sup>📚</sup>]] == === Stromates, I, 65 === <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Claude_Élien|'''Claude Élien''']] ''(vers [[w:175|175]]''<sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Préneste|Préneste]] — vers [[w:235|235]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', en [[w:Rome_antique|Rome]])'' [[s:Auteur:Élien_le_sophiste|<sup>📚</sup>]] == === Histoires diverses === :On a vu des philosophes à la tête des affaires publiques : d'autres, se bornant à cultiver leur raison, ont passé leur vie dans le repos. Entre les premiers sont Zaleucus et Charondas qui réformèrent, l'un, le gouvernement des Locriens, l'autre, d'abord celui des Catanéens, puis, après qu'il eut été exilé de Catane, celui des Rhéginiens. Archytas servit utilement les Tarentins. Les Athéniens durent tout à Solon. Bias et Thalès rendirent les mêmes services à l'Ionie, Chilon à Lacédémone, Pittacus à Mitylène, Cléobule à Rhodes. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Sextus_Empiricus|'''Sextus Empiricus''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Sextus_Empiricus|<sup>📚</sup>]] == Hypot III, 30, et Liv I contre les phys., sect. 319 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f305.item.r=thales <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Lactance|'''Lactance''']] ''(vers [[w:250|250]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Henchir_Kssiba#Histoire|Civitas Popthensis]] — vers [[w:325|325]]''<sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'', en [[w:Gaule#La_Gaule_dans_l'Antiquité_tardive|Gaule]])'' == Épit. 4 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f300.image.r=thales) Inst. 111, 16 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f621.item.r=thales) <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Jamblique|'''Jamblique''']] ''(vers [[w:250|250]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Qinnasrīn|Chalcis ad Belum]] — vers [[w:333|333]]''<sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'')'' == === Vie de Pythagore === ==== chap. II ==== (https://web.archive.org/web/20110721184914/http://www.aurumsolis.info/index.php?option=com_phocadownload&view=category&download=1%3Aiamblichus-the-pythagorean-life&id=19%3Awritings-from-the-founders&Itemid=143&lang=en) <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Eusèbe_de_Césarée|'''Eusèbe''']] de [[w:Césarée#Césarée_au_début_du_christianisme|''Césarée'']] ''(vers [[w:265|265]]'' <sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à Césarée — [[w:340|340]]'' <sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'', à Césarée)'' [[s:Auteur:Eusèbe_de_Césarée|<sup>📚</sup>]] == Preparation Évangélique, XI, 2 Prepar. évang. I, 8, page 22-25 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f310.image.r=thales <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Diogène_Laërce|<sup>📚</sup>]] == ''Ce texte est un extrait de la traduction de Robert Genaille (1933)'' Thalès[1], au dire d’Hérodote, de Douris et de Démocrite, était fils d’Examios et de Cléobuline, et membre de la famille des Thélides, Phéniciens descendant en droite ligne d’Agénor[2] et de Cadmus[3], s’il faut en croire Platon. Le premier, il porta le nom de sage, au temps où Damasias était archonte à Athènes[4]. C’est sous le même archontat que fut créée l’expression : « les sept sages » (cf. Démocrite de Phalère, Registre des Archontes). Thalès fut inscrit comme citoyen de Milet quand il vint dans cette ville avec Nélée chassé de Phénicie. Une autre tradition très courante veut qu’il soit natif de Milet et qu’il descende d’une bonne famille. Il s’occupa de politique avant d’étudier la nature. On croit qu’il ne laissa aucun écrit, car l’Astrologie nautique qu’on lui attribue est de Phocos de Samos. Callimaque[5] croit qu’il découvrit la Petite Ourse et le raconte en vers iambiques : Il mesura, dit-on, les étoiles du Chariot Sur quoi les Phéniciens règlent leur navigation. D’autres auteurs disent qu’il écrivit seulement deux ouvrages, un sur le solstice et un sur l’équinoxe, car il pensait le reste inaccessible. Il passe pour avoir le premier étudié l’astrologie et prédit les éclipses de soleil et les solstices (cf. Eudème, Histoire de l’astrologie)[6]. Xénophane et Hérodote le louent à ce propos, et leur témoignage est confirmé par celui d’Héraclite et de Démocrite. On dit encore (cf. le poète Choirilos) qu’il fut le premier à affirmer l’immortalité des âmes. Le premier il dessina la course du soleil d’un solstice à l’autre, et démontra que comparée au soleil, la lune en est la cent vingtième partie. C’est encore lui qui fixa à trente jours la durée du mois, et qui écrivit le premier traité sur la Nature. Aristote et Hippias disent aussi qu’il accordait une âme aux choses qu’on croit inanimées ; il en donnait pour preuve l’ambre et la pierre de Magnésie. Selon Pamphile[7], il apprit des Égyptiens la géométrie, inscrivit dans un cercle le triangle rectangle, et pour cette découverte immola un bœuf. D’autres, comme Apollodore le calculateur, attribuent cette invention à Pythagore. Thalès a encore développé et précisé l’invention du Phrygien Euphorbe citée par Callimaque dans ses Iambes et concernant le triangle scalène, et tout ce qui touche aux considérations sur les lignes. Il semble encore avoir été en politique un homme de bon conseil. Ainsi, quand Crésus[8] envoya une ambassade aux Milésiens pour demander leur alliance, il s’y opposa, et son intervention sauva la ville, puisque Cyrus l’emporta. Héraclite cite une opinion de Clytos selon laquelle Thalès aurait eu une vie retirée et solitaire. Les uns disent qu’il se maria et eut un fils nommé Kibissos. D’autres prétendent qu’il resta célibataire et adopta le fils de sa sœur, qu’on lui demanda un jour pourquoi il ne cherchait pas à avoir des enfants, et qu’il répondit : « Par amour pour les enfants. » Sa mère l’exhortait à se marier, il lui répondit : « Non, par Zeus, il n’est pas encore temps. » Elle l’y invita une nouvelle fois quand il eut pris de l’âge, mais il lui dit : « Il n’est plus temps. » D’après Hiéronyme de Rhodes (Notes, livre II), il voulut montrer combien il était facile de s’enrichir ayant prévu pour l’année une abondante récolte d’huile, il prit à loyer une oliveraie et gagna beaucoup d’argent[9]. Il soupçonna que l’eau était le principe des choses, que le monde était animé et rempli de démons. On dit qu’il découvrit les saisons de l’année, et qu’il la divisa en trois cent soixante-cinq jours. Il ne suivit les leçons d’aucun maître, sauf en Égypte, où il fréquenta les prêtres du pays. A ce propos, Hiéronyme dit qu’il mesura les Pyramides en calculant le rapport entre leur ombre et celle de notre corps. Si l’on en croit Minuès, il vivait au temps de Thrasybule, qui fut tyran de Milet[10]. L’histoire du trépied trouvé par des pêcheurs et dédié aux sages par le peuple de Milet est bien connue. Des jeunes gens d’Ionie achetèrent à des pêcheurs milésiens leur coup de filet. Ils tirèrent de l’eau un trépied. On se querella et les Milésiens envoyèrent une ambassade à Delphes. Voici quel fut l’oracle de la divinité : Race de Milet, tu interroges Phébus au sujet d’un trépied ? Au plus sage de tous, je donne ce trépied[11]. Ils le donnent alors à Thalès, qui le donne à un autre, et cet autre à un autre, et ainsi de suite jusqu’à Solon, qui, déclarant que seul le dieu était le plus sage de tous, rendit le trépied à Delphes. Callimaque, dans ses Iambes, rapporte cette histoire autrement ; il la tient de Léandre de Milet. Il dit qu’un certain Bathyclès d’Arcadie laissa en mourant une coupe pour qu’elle fût donnée à l’homme le plus sage. Elle fut donc donnée à Thalès, et après être passée de main en main et avoir fait le tour des sages, elle revint à Thalès. Celui-ci en fit don alors à Apollon de Didyme, en ces termes selon le poème de Callimaque : Thalès me donne au protecteur du peuple du Nil, Thalès qui a reçu deux fois ce présent, ce qui, en prose, se dit ainsi : « Thalès de Milet, fils d’Examios, à Apollon delphien, ce présent qu’il a reçu deux fois des Grecs. » Celui qui portait la coupe de sage en sage, le fils de Bathyclès, s’appelait Thyrion (cf. Éleusis, Livre sur Achille, et Alexon de Mynde, Fables, livre IX). Eudoxe de Cnide et Évanthès de Milet disent de leur côté qu’un ami de Crésus reçut du roi un vase d’or, pour le donner au plus sage des Grecs, qu’il le donna à Thalès et que ce vase parvint jusqu’à Chilon. Celui-ci consulta la Pythie, pour savoir qui était plus sage que lui. Elle répondit que c’était Myson (je parlerai de lui : Eudoxe le met parmi les sages à la place de Cléobule et Platon à la place de Périandre.) Voici la réponse que lui fit la Pythie : Il y a un habitant de l’Oeta, Myson, né à Chénée, Qui plus que toi est riche de sages pensées. L’homme qui consulta l’oracle pour Chilon s’appelait Anacharsis. Dédale le Platonicien et Cléarque disent que la coupe fut envoyée par Crésus à Pittacos, et que c’est ainsi qu’elle passa de main en main. D’après Andron, d’autre part (Livre du trépied), les Argiens décidèrent que le trépied serait attribué comme prix de vertu au plus sage des Grecs. Aristodème de Sparte fut choisi et c’est lui qui donna le trépied à Chilon. Alcée est aussi partisan d’Aristodème dont il parle dans les vers suivants : :Comme jadis Aristodème, dit-on, :Prononça à Sparte cette parole bien juste : :C’est de l’argent, un homme, oui de l’argent, :Car l’homme vertueux n’est jamais pauvre. D’autres disent encore que Périandre envoya à Thrasybule, tyran de Milet, un navire chargé, que ce navire fit naufrage dans la mer de Cos, et que quelque temps après le trépied fut trouvé par des pêcheurs. Phanodicos dit que le trépied fut trouvé dans la mer Attique, porté à la ville, et que l’assemblée du peuple s’étant réunie le fit porter à Bias. Pourquoi cela, je le dirai quand je parlerai de Bias. Selon d’autres auteurs, le trépied avait été fabriqué par Héphaïstos et donné en présent de la part de ce dieu à Pélops lors de son mariage. Il vint ensuite à Ménélas, fut enlevé avec Hélène par Alexandre, jeté dans la mer de Cos à l’instigation de la Spartiate qui prévoyait qu’il serait un sujet de querelle. Plus tard, en ce lieu, des Lébédiens achetèrent le produit d’un coup de filet et c’est le trépied qui fut tiré de l’eau. Il y eut querelle avec les pêcheurs, on vint jusqu’à Cos, et comme on ne s’accordait pas, on s’adressa à Milet, qui était la capitale. Les Milésiens envoyèrent des députés qui ne furent pas écoutés, aussi firent-ils la guerre aux gens de Cos. Comme de chaque côté il mourait beaucoup de gens, l’oracle déclara qu’il fallait donner le trépied au plus sage. Les deux camps s’entendirent alors pour l’attribuer à Thalès, qui par la suite le consacra à Apollon de Didyme. Pour en revenir à la réponse de l’oracle aux gens de Cos, elle disait ceci : La querelle entre Ioniens et Méropes ne cessera pas Avant que le trépied d’or qu’Héphaïstos jeta dans la mer N’ait quitté votre ville pour la maison de l’homme Qui connaît le présent, l’avenir et le passé. La réponse aux Milésiens fut la suivante : Race de Milet, tu interroges Phoebus au sujet d’un trépied... comme il a été dit plus haut. En voilà assez sur ce sujet[12]. Hermippe, dans ses Vies, rapporte à Thalès ce qui est dit par d’autres de Socrate : il aimait à dire qu’il remerciait la fortune de trois choses : d’être un humain et non une bête, d’être un homme et non une femme, enfin d’être un Grec, et non un barbare. On raconte encore qu’étant sorti de chez lui pour contempler les astres, il tomba dans un puits[13]. Une vieille femme survenant se moqua de lui en ces mots : « Comment, Thalès, toi qui n’es pas capable de voir ce qui est à tes pieds, t’imagines-tu pouvoir connaître ce qui est dans le ciel ? » Timon[14] a bien connu aussi la science de Thalès en astronomie, et dans ses Silles, il le loue en ces termes : Comme Thalès, un des sept sages, qui fut savant astronome. L’Argien Lobon dit que ses écrits font un total de quelque deux cents vers, et que sous sa statue on écrivit : Thalès de Milet repose ici dans le sol qui l’a nourri, Il fut un sage, et le premier des astrologues. Voici un de ses poèmes : Le trop parler n’est pas marque d’esprit. Trouvez une seule chose sage, Choisissez une seule chose belle, Et vous clouerez le bec à bien des bavards. On lui attribue encore les sentences suivantes : de tous les êtres, le plus ancien, c’est Dieu, car il n’a pas été engendré ; le plus beau, c’est le monde, car il est l’ouvrage du dieu ; le plus grand, c’est l’espace, car il contient tout ; le plus rapide, c’est l’esprit, car il court partout ; le plus fort, c’est la nécessité, car elle vient à bout de tout ; le plus sage, c’est le temps, parce qu’il découvre tout. La mort, dit-il, ne diffère en rien de la vie. On lui répond : « Pourquoi, alors, ne te donnes-tu pas la mort ? » ; « Parce que vie ou mort, c’est tout un », réplique-t-il. Quelqu’un lui demande ce qui du jour ou de la nuit fut créé d’abord ; il répond : « La nuit est en avance d’un jour. » On lui demande si les mauvaises actions d’un homme échappent au regard des dieux. Il répond : « Ils voient même les mauvaises pensées. » Un homme adultère lui demandait s’il pouvait jurer qu’il n’avait pas commis d’adultère. Il répondit : « Le parjure n’est pas pire que l’adultère. » On lui demandait ce qui était difficile : « Se connaître » dit-il ; ce qui était facile : donner un conseil à autrui ; ce qui était le plus doux : jouir ; ce que c’était que la divinité : un être sans commencement ni fin ; encore une chose difficile : voir un tyran âgé ; comment supporter aisément l’infortune : en voyant ses ennemis plus malheureux encore ; comment vivre vertueusement : en ne faisant pas ce que nous reprochons à autrui ; qui est heureux : l’homme bien portant, riche, courageux et instruit. Il disait encore que l’on doit penser à ses amis aussi bien en leur absence qu’en leur présence, que la beauté ne vient pas d’un beau visage, mais de belles actions. « Ne t’enrichis pas injustement, conseillait-il, et veille à ne pas être cité en justice pour de mauvaises paroles contre tes proches et tes amis. Comme tu traites tes parents, tes enfants te traiteront. » Du Nil[15] il disait qu’il débordait quand ses eaux étaient repoussées par les vents étésiens qui soufflent contre son cours. Apollodore dans ses Chroniques dit que Thalès naquit la première année de la trente-cinquième olympiade[16]. Il mourut dans sa soixante-dix-huitième année ou, comme le dit Sosicrate, dans sa quatre-vingt-dixième année, car ce fut dans la cinquante-huitième olympiade. Il vécut du temps de Crésus, auquel il promit de faire traverser l’Hallys[17] sans pont, en détournant le cours du fleuve. Il y eut cinq autres personnages du nom de Thalès (cf. Démétrios de Magnésie, Homonymes) : un rhéteur de Callatie, au style prétentieux, un peintre de Sicyone, de noble origine, un troisième, très ancien, du temps d’Hésiode, d’Homère et de Lycurgue, un quatrième, mentionné par Douris dans son traité de la peinture, un cinquième, plus jeune et peu connu, cité par Denys dans ses Critiques. Pour en revenir à notre sage, il mourut en regardant les jeux gymniques, pour avoir eu trop chaud et trop soif et par suite de sa fatigue et de son grand âge. Voici son épitaphe : :Ce tombeau, certes, est bien petit, :Mais la renommée de l’homme est allée au ciel. :C’est celui de Thalès le très sage. J’ai écrit sur lui les vers suivants dans le premier livre de mes épigrammes ou « vers de mètres divers[18] : :Tandis qu’il regardait les jeux, ô Zeus Hélios, :Tu as ravi du stade le sage Thalès. :Je te loue de l’avoir rapproché du ciel. Il était si vieux :Que de la terre il ne pouvait plus voir les astres. Thalès est l’auteur du fameux « connais-toi toi-même » qu’Antisthène (Livre des Filiations) attribue à Phémonoé, en déclarant que Chilon se l’appropria mensongèrement. Sur les sept sages, qu’il est juste de citer maintenant l’un après l’autre, voici la tradition. Damon de Cyrène, qui blâme tous les philosophes dans ses écrits, s’attaque surtout aux sept sages. Anaximène dit que tous étaient poètes. Dicéarque dit qu’ils n’étaient ni sages ni philosophes, mais hommes d’esprit et législateurs. Archétimos de Syracuse a décrit leurs assemblées chez Cypsélos[19] et dit qu’il y assista personnellement. Euphoros dit que tous, sauf Thalès, fréquentèrent Crésus. D’autres disent qu’ils se réunirent à Panionium, à Corinthe et à Delphes. On rapporte même leurs paroles, et qui a prononcé telle ou telle. Exemple : Le Spartiate Chilon fut sage, Lui qui dit : Rien de trop, Tout est bien qui vient en son temps ! On n’est pas d’accord sur leur nombre. Léandre, au lieu de Cléobule et de Myson, met Léophante, fils de Gorsias, ou Lébédios d’Éphèse et Épiménide de Crète. Platon, dans le Protagoras[20], met Myson à la place de Périandre. Éphoros met Anacharsis à la place de Myson et d’autres ajoutent Pythagore. Selon Dicéarque, il y en a quatre sur qui tout le monde est d’accord : Thalès, Bias, Pittacos et Solon. Le même auteur en nomme six autres, parmi lesquels il en choisit trois : Aristodème, Pamphile, le Lacédémonien Chilon, Cléobule, Anacharsis et Périandre. D’autres ajoutent Acousilaos, Caba ou Scala, un Argien. Hermippe, dans son livre sur les sages, dit qu’ils furent dix-sept et que chacun en choisit sept selon ses préférences. Ce sont Solon, Thalès, Pittacos, Bias, Chilon, Cléobule, Périandre, Anacharsis, Acousilaos, Épiménide, Léophante, Phérécyde, Aristodème, Pythagore, Lasos, fils de Charmantidas ou de Sisambrinos ou, selon Aristoxène, de Chabrinus, Hermonée, Anaxagore. Hippobotos (Catalogue des Philosophes) les inscrit ainsi : Orphée, Linos, Solon, Périandre, Anacharsis, Cléobule, Myson, Thalès, Bias, Pittacos, Épicharme et Pythagore. Voici des lettres attribuées à Thalès[21] : ==== Thalès à Phérécyde ==== « J’apprends que vous vous disposez à présenter aux Grecs le premier traité ionien des choses divines. Vous agiriez peut-être plus sagement en lisant votre ouvrage à vos amis, qu’en communiquant à n’importe quelles gens des écrits qui ne peuvent guère leur être utiles. « Si cela vous plaît, j’aimerais profiter de vos recherches et, si vous m’y invitez, je viendrai vous trouver au plus tôt. Car Solon d’Athènes et moi, qui avons déjà traversé deux fois la mer pour aller visiter la Crète, et pour aller en Égypte nous entretenir avec les prêtres et les astronomes du lieu, nous sommes assez sages pour ne pas hésiter à la traverser de nouveau pour aller vous voir. « Je parle de Solon, parce qu’il viendra avec moi si vous le permettez. Vous êtes un sédentaire, vous allez rarement en Ionie, vous n’aimez guère aller voir les étrangers, et vous ne songez, j’imagine, qu’à écrire. « Mais nous qui n’écrivons pas, nous parcourons volontiers la Grèce et l’Italie. » ==== Thalès à Solon ==== « Si vous quittez Athènes, vous aurez, je crois, tout avantage à venir vous établir à Milet, parmi les colons athéniens. Il n’y a là pour vous aucun danger. Si vous hésitez, sous prétexte que nous, Milésiens, sommes gouvernés par un tyran (je sais que vous haïssez tout pouvoir absolu), songez du moins que vous aurez plaisir à vivre avec nous qui sommes vos amis. Je sais que Bias vous a écrit et vous invite à aller à Priène. Si vous trouvez préférable d’habiter la ville de Priène, j’irai vivre là-bas avec vous. » <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Ausone|'''Ausone''']] ''([[w:309|309]]/[[w:310|310]], à [[w:Bazas|Bazas]] ou à [[w:Bordeaux#Burdigala,_cité_romaine_(Ier_siècle_-_Ve_siècle)|Bordeaux]] — [[w:394|394]]/[[w:395|395]], entre [[w:Langon_(Gironde)|Langon]] et [[w:La_Réole|La Réole]])'' <sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Ausone|<sup>📚</sup>]] == === Le Jeu des Sept Sages === :Thalès a trouvé [texte grec] pour nous défendre de nous porter cautions, parce qu'il y a du danger à répondre ainsi pour d'autres[iv]. Nous donnons-là un avis qui ne plaira pas beaucoup aux emprunteurs. :THALÈS : Je suis Thalès de Milet ; j'ai dit, comme le poète Pindare, que l'eau est, le principe de toute chose. C'est à moi que des pêcheurs donnèrent autrefois [un trépied d'or] qu'ils avaient tiré de la mer : ils m'avaient choisi pour obéir au dieu de Délos, qui envoyait ce présent à un sage. Je refusai de le recevoir, je le leur rendis pour le porter à d'autres que je croyais plus dignes. Envoyé à tous les sept Sages, et renvoyé par eux, il nie fut rapporté. Je le reçus alors pour le consacrer à Apollon : car si Phébus a voulu qu'on choisit un sage, ce n'était pas d'un homme, mais d'un dieu qu'il fallait l'entendre. Je suis donc ce Thalès : mais un motif m'amène sur la scène. Comme les deux sages qui m'ont précédé, je viens défendre la sentence dont je suis l'auteur. Elle déplaira, mais non certes aux esprits prudents que l'expérience a instruits et rendus plus avisés. Nous avons dit : [texte grec], ou, en latin : Cautionne, mais tu t'en trouveras mal. Je pourrais parcourir mille exemples pour vous montrer des cautions et des répondants bien et dûment convaincus de repentir. Mais je ne veux nommer personne. Que chacun de, vous ré-fléchisse, et compte en lui-même combien de gens ont perdu ou souffert de s'être ainsi portés cautions pour d'autres. Toutefois, si un pareil service a du charme pour vous, n'y renoncez ni les uns ni les autres. :Alors que les uns applaudissent, et que les autres, si je les blesse, me sifflent. :THALÈS DE MILET. :AVANT d'oser une mauvaise action, à défaut de Témoin redoute ta conscience. La vie s'éteint, mais la gloire de la mort ne meurt point. Ce que tu veux faire, abstiens-toi de le dire. C'est un supplice de craindre ce qu'on ne peut empêcher. Si tu blâmes avec raison, ton hostilité même est profitable ; si tu loues mal à propos, ton amitié même est nuisible. Rien de trop. - Arrêtons-nous, et qu'ici même il n'y ait rien de trop. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Proclus|'''Proclus''']] ''(le 7 ou 8 février [[w:412|412]], à [[w:Constantinople|Constantinople]] — le 17 avril [[w:485|485]], à [[w:Histoire_d%27Athènes#Antiquité_tardive|Athènes]])''<sup>[[w:Ve_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Proclus|<sup>📚</sup>]] == === Commentaire sur le premier livre d'Euclide, 65, 3 === ὥσπερ οὖν παρὰ τοῖς Φοίνιξιν διὰ τὰς ἐμπορείας καὶ τὰ συναλλάγματα τὴν ἀρχὴν ἔλαβεν ἡ τῶν ἀριθμῶν ἀκριβὴς γνῶσις, οὕτω δὴ καὶ παρ' Αἰγυπτίοις ἡ γεωμετρία διὰ τὴν εἰρημένην αἰτίαν εὕρηται. Θαλῆς δὲ πρῶτον εἰς Αἴγυπτον ἐλθὼν μετήγαγεν εἰς τὴν Ἑλλάδα τὴν θεωρίαν ταύτην καὶ πολλὰ μὲν αὐτὸς εὗρεν, πολλῶν δὲ τὰς ἀρχὰς τοῖς μετ' αὐτὸν ὑφηγήσατο τοῖς μὲν καθολικώτερον ἐπιβάλλων, τοῖς δὲ αἰσθητικώτερον. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == « [[w:Souda|'''Suidas''']] » ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:IXe_siècle|IX<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Suidas|<sup>📚</sup>]] == === La Souda === Θαλῆς, Ἐξαμύου καὶ Κλεοβουλίνης, Μιλήσιος, ὡς δὲ Ἡρόδοτος Φοῖνιξ: γεγονὼς πρὸ Κροίσου, ἐπὶ τῆς λε# ὀλυμπιάδος, κατὰ δὲ Φλέγοντα γνωριζόμενος ἤδη ἐπὶ τῆς ζ#. ἔγραψε περὶ μετεώρων ἐν ἔπεσι, Περὶ ἰσημερίας, καὶ ἄλλα πολλά. ἐτελεύτησε δὲ γηραιός, θεώμενος γυμνικὸν ἀγῶνα, πιληθεὶς δὲ ὑπὸ τοῦ ὄχλου καὶ ἐκλυθεὶς ὑπὸ τοῦ καύματος. πρῶτος δὲ Θαλῆς τὸ τοῦ σοφοῦ ἔσχεν ὄνομα καὶ πρῶτος τὴν ψυχὴν εἶπεν ἀθάνατον ἐκλείψεις τε καὶ ἰσημερίας κατείληφεν. ἀποφθέγματα δὲ αὐτοῦ πλεῖστα: καὶ τὸ θρυλλούμενον: γνῶθι σαυτόν. τὸ γάρ, ἐγγύα, πάρα δ' ἄτα, Χίλωνός ἐστι μᾶλλον, ἰδιοποιησαμένου αὐτό: καὶ τό, μηδὲν ἄγαν. ibx7vuppdttr5z1lenhxqnwhm92ykvn 767089 767044 2026-05-28T20:02:23Z Alex Mtlr 103840 /* Paragraphe II. */ 767089 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Thalès de Milet|'''Thalès de Milet''']]</div> |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_période_République_Romaine|Période République Romaine]]''' |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_période_Grèce_Hellénistique|Période de la Grèce Hellénistique]]''' |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC|Période de la Grèce Classique]]''' |} {{EnTravaux}} <span style="font-size:18pt;">Période du Principat de l’[[w:Empire_romain|''Empire'']] [[#Empire|<span id="Empire_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[w:Rome_antique|''Romain'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Rome_back|<sup>🔄</sup>]]</span> <p style="text-align: right;">(16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']] — fin du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], création du système [[w:Tétrarchie|''tétrarchique'']] [[#tétrarchie|<span id="tétrarchie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] par [[w:Dioclétien|'''Dioclétien''']] [[#Dioclétien|<span id="Dioclétien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] pour faire face aux [[w:Invasions_barbares#Première_période_:_les_mouvements_migratoires_germaniques_du_IIIe_siècle|''incursions barbares'']]) {{Boîte déroulante début|titre=NdA Empire|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Empire_back|<span id="Empire"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin imperium [[wikt:en:imperium#Latin|(en)]], « 1. L’empire, l’État, le gouvernement impérial, le royaume, la domination. 2. Le droit ou le pouvoir de commander ou d’avoir le contrôle ; domination. 3. Commandement ou autorité absolue sur l’empire (ou un autre régime politique) ; souveraineté ; domination. 4. (militaire) Autorité militaire, commandement (d’une armée). 5. L’exercice de l’autorité, de la règle, de la loi, du contrôle, de la souveraineté. 6. Un commandement, un ordre, une direction, une injonction.) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe imperō, « 1. (avec datif) Commander, donner des ordres à, imposer, exiger. 2. Gouverner. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe prépositionnal in-, « 1. Dans, à l’intérieur. 2. Contre; dans; sur; vers. 3. (utiliser comme un intensifieur). 4. Attaché à des [[w:Aspect_inchoatif|''verbes inchoatifs'']], il peut exprimer le sens d’un changement en cours ou d’un achèvement partiel. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ du verbe parō [[wikt:en:paro#Latin|(en)]], « 1. Arranger, ordonner, concevoir. 2. Fournir, meubler, préparer. 3. Résoudre, viser, décider. 4. Obtenir, acquérir, se procurer, se faire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif‎ -ium [[wikt:en:-ium#Latin|(en)]], désignant parfois des offices et des groupes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon l’historien, spécialiste de l’[[w:Grèce_antique|''antiquité grecque'']], [[w:Moses_Finley|Moses Finley]], définit un empire par tout {{Info|''« exercice durable par un État d’une autorité, d’un pouvoir, ou d’un contrôle sur un ou plusieurs États, communautés ou peuples »''|Moses Finley, Économie et société en Grèce antique, La Découverte, 2007.}}. L’historien [[w:Jean_Tulard|Jean Tulard]], précise cette définition par {{Info|''cinq traits suivants''|Jean Tulard, Les Empires occidentaux de Rome à Berlin, PUF, 1997.}} :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Une volonté expansionniste ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Une organisation centralisée ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Des peuples encadrés par une armature politique et fiscale commune ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La croyance en une supériorité d’essence ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Un début et une fin clairement identifiés. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#tétrarchie_back|<span id="tétrarchie"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien τετραρχία / tetrarkhía;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe τετρα- / tétra- [[wikt:en:τετρα-#Ancient_Greek|(en)]], « quatre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -αρχία / -arkhía [[wikt:en:-αρχία#Ancient_Greek|(en)]], « -archie (forme de gouvernement ou de règle) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Système de gouvernement de l’Empire ''romain'' mis en place par Dioclétien à la fin du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], pour faire face aux invasions barbares. Il consiste en la division de la direction de l’empire entre, d’une part deux [[w:Empereur_romain|''empereurs'']] — les [[w:Auguste_(titre)|''augustes'']] —, d’autre part deux ''lieutenants'' (successeurs désignés des ''augustes'') — les [[w:C%C3%A9sar_(titre)|''césars'']]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Dioclétien_back|<span id="Dioclétien"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Gaius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Aurelius|nomen, nom de famille}} {{Info|Valerius|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, surnommé Dioclētiānus [[wikt:en:Diocletian#English|(en)]] lorsqu’il a été proclamé empereur par ses troupes;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Militaire et empereur, connu pour avoir séparé et élargi les services civils et militaires de l’empire, et réorganisé les divisions provinciales de l’empire, établissant le gouvernement le plus vaste et le plus bureaucratique de l’histoire de l’empire. En [[w:286|286]], il nomme son ''césar'', ou adjoint et successeur, [[w:Maximien_Hercule|Maximien]] ''Auguste'', co-empereur, et partage l’Empire entre l’Orient et l’Occident, puis en 293, y nomme respectivement [[w:Galère_(empereur_romain)|Maximien Galère]] et [[w:Constance_Chlore|Constance Chlore]] comme ''césar''.<br/><br/></div> ''' {{Boîte déroulante fin}} == [[w:Sénèque|'''Sénèque''']] [[#Sénèque|<span id="Sénèque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:5_av._J.-C.|-5]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> / [[w:1|1]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Corduba|Corduba]] — 12 avril [[w:65|65]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans une maison de plaisance, la « quatrième pierre milliaire », contraint au [[w:Suicide_forcé|''suicide forcé'']] par l’empereur [[w:Néron|'''Néron''']] après avoir été dénoncé dans la [[w:Conjuration_de_Pison|''Conjuration de Pison'']], sans preuve selon [[w:Tacite|'''Tacite''']] [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/tacite/annales15.htm <sup>Annales, l.V, §§LX-LXVI.</sup>]) [[s:Auteur:Sénèque_le_Jeune|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –)}}] [[Fichier:Duble_herma_of_Socrates_and_Seneca_Antikensammlung_Berlin_03_.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Double-hermès du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], unique portrait de '''Sénèque''' nommé et authentifié, et associé à celui de '''Socrate''', dont le point commun est celui d’avoir été contraint de se donner la mort. Copie ''romaine'' d’un modèle fait du vivant même du philosophe [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA180#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –), Iconographie}}] [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA201#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>➕➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –), Iconographie - contribution de J. Lang}}].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Matériau : Marbre blanc-brunâtre, légèrement veiné, finement cristallin.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ''Rome'', 1813.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Staatliche Museen zu Berlin, Antikensammlung, SK. 391 [https://recherche.smb.museum/detail/698814/doppelherme-des-sokrates-und-seneca-mit-namensbeischriften-der-dargestellten <sup>🔍</sup>].]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Homme politique romain, philosophe stoïcien et dramaturge, il devient tour à tour conseiller à la cour impériale sous '''Caligula''' puis '''Claude''', est exilé en 41 en ''Corse'', où il écrit ses premiers traités philosophiques avant d’être rappelé comme tuteur du jeune '''Néron''' en 49, et enfin, lorsque ce dernier accède au pouvoir, en devient le conseiller et l’un des personnages les plus influents de l’Empire.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Sénèque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Sénèque_back|<span id="Sénèque"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Lucius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Annaeus|nomen, nom de famille}} {{Info|Seneca|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} === [[w:Sénèque#Physique|Questions naturelles]] === <p style="text-align: right;">[[s:Questions_naturelles|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage de philosophie naturelle écrit vers 65. Il ne s’agit pas d’une [[w:Encyclopédie|encyclopédie]] [[#encyclopédie|<span id="encyclopédie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] systématique comme l’[[w:Histoire_naturelle_(Pline_l'Ancien)|''Histoire naturelle'']] [[#Histoire_naturelle|<sup>⤵️</sup>]] de [[w:Pline_l'Ancien|'''Pline l’Ancien''']] [[#Pline_l’Ancien_I|<sup>⤵️</sup>]], bien que ces 2 œuvres représentent les rares ouvrages romains consacrés à l’étude du monde naturel. L’investigation de '''Sénèque''' se déroule principalement à travers la prise en compte des points de vue d’autres penseurs, ''grecs'' et ''romains'', bien qu’elle ne soit pas dénuée de pensées originales, dont éthiques conforment à la pensée ''stoïcienne''.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Questions naturelles|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#encyclopédie_back|<span id="encyclopédie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun [[w:Latin#Latin_humaniste|latin Renaissance]] encyclopaedīa [[wikt:en:encyclopaedia#Latin|(en)]]; de l’expression grec ancien ἐγκύκλῐος παιδείᾱ / enkúklios paideíā [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03927443/file/DONNADILLE-MR2-Pline-VERS-FINALE.pdf {{Info|<sup>🔍</sup>|Lisa Donnadille. Merveilles animalières dans les livres VIII à XI de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Littératures. 2020. ffdumas-03927443, p.21}}], « cercle de l’éducation ou des sciences, l’ensemble des sciences qui constituent une éducation complète »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἐγκύκλιος / enkúklios, littéralement « qui est rond ou tourne en rond, circulaire », ou au sens figuré « qui revient en cercle sur soi-même, périodique », « qui embrasse un cercle entier »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun παιδεία / paideía, « l’éducation »;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Si à première vue la signification de cette expression semble être sans ambiguïté, sa portée réelle et la compréhension qu’en avaient les auteurs grecs puis latins font l’objet de débats parmi les spécialistes. En effet, deux interprétations sont possibles lorsqu’un auteur de l’Antiquité a recours à cette expression dans l’un de ses textes. Dans le premier cas, cela équivaudrait à parler d’une éducation ordinaire, commune à tous ; et dans le second cas, cela ferait référence à la quantité de connaissances et de sciences qu’il faudrait maîtriser au préalable avant de commencer l’étude d’un sujet précis, qui serait dans ce cas placé en haut d’une hiérarchie dans les savoirs.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Lisa Donnadille. [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03927443/file/DONNADILLE-MR2-Pline-VERS-FINALE.pdf Merveilles animalières dans les livres VIII à XI de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Littératures. 2020. ffdumas-03927443], p.21'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ==== Livre III — De l’eau ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, Sénèque explique pourquoi il est plus important de s’intéresser à l’observation du monde, à sa connaissance et à sa compréhension plutôt qu’à sa conquête. Puis, il développe diverses théories sur la formation des rivières, les eaux souterraines et les propriétés de l’eau. Dans une critique morale aux chapitres XVII à XIX, il fustige la mauvaise pratique consistant à amener à table des poissons, notamment des rougets, vivants et à se délecter de leurs couleurs changeantes à l’agonie avant de les préparer devant les convives. En épilogue, il énonce son [[w:Eschatologie|''eschatologie'']], sa vision de la fin du monde où les êtres vivants seront anéantis par des raz-de-marée, marquant la fin d’un cycle du vivant et le début d’un autre.</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la doctrine de '''Thalès''' faisant de l’eau l’élément à l’origine de la vie et critique d’une autre de la terre flottant dessus.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''13.''' Adiciam, ut '''Thales''' ait, «ualentissimum elementum est». Hoc fuisse primum putat, ex hoc surrexisse omnia. Sed nos quoque aut in eadem sententia, aut in uicinia eius sumus. Dicimus enim ignem esse qui occupet mundum et in se cuncta conuertat; hunc euanidum languentemque considere et nihil relinqui aliud in rerum natura igne restincto quam umoren; in hoc futuri mundi spem latere. Ita ignis exitus mundi est, umor primordium. Miraris ex hoc posse amnes semper exire qui pro omnibus fuit et ex quo sunt omnia? Hic umor in diductione rerum ad quartas redactus est, sic positus ut sufficere fluminibus edendis, ut riuis, ut fontibus posset.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''14.''' Quae sequitur '''Thaletis''' inepta sententia est. Ait enim terrarum orbem aqua sustineri et uehi more nauigii mobilitateque eius fluctuare tunc cum dicitur tremere; non est ergo mirum si abundat umor ad flumina profundenda, cum in umore sit totus. Hanc ueterem et rudem sententiam explode. Nec est quod credas in hunc orbem aquam subire per rimas et facere sentinam.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n261/mode/2up ''Liber Tertivs.''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n293/mode/2up ''chap. 13.-14.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' Aqua, ait '''Thales''', valentissimum elementum est : hoc fuisse primum putat, et hoc surrexisse omnia. Sed et nos quoque aut in eadem sententia, aut in ultima sumus. Dicimus enim ignem esse, qui occupet mundum, et in se cuncta convertat ; hunc evanidum considere, et nihil relinqui aliud in rerum natura, igne restincto, quam humorem : in hoc futuri mundi spem latere. Ita ignis exitus mundi est, humor primordium. Miraris amnes ex hoc posse exire semper, qui pro omnibus fuit, et ex quo sunt omnia? Hic humor in diductione rerum ad quartas redactus est, sic positus, ut fluminibus edendis sufficere, ut rivis, ut fontibus posset. Quæ sequitur, '''Thaletis''' inepta sententia est : ait enim , terrarum orbem aqua sustineri, et vehi more navigii, mobilitateque ejus fluctuare, tum quum dicitur tremere. Non est ergo mirum, si abundat humor ad flumina fundenda, quum mundus in humore sit totus. Hanc veterem et rudem sententiam explode : nec est quod credas, in hunc orbem aquam subire per rimas et facere sentiuam.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA327#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Troisième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA342#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' L’eau, dit '''Thalès''', est le plus puissant des éléments, le premier en date, celui par qui tout a pris vie. Nous pensons comme '''Thalès''', au moins sur le dernier point. En effet, nous prétendons que le feu doit s’emparer du monde entier et convertir tout en sa propre substance, puis s’évaporer, s’affaisser, s’éteindre et ne rien laisser autre chose dans la nature que l’eau ; qu’enfin l’eau recèle l’espoir du monde futur. Ainsi périra par le feu cette création dont l’eau fut le principe. Es-tu surpris que des fleuves sortent incessamment d’un élément qui a tenu lieu de tout, et duquel tout est sorti ? Quand les éléments furent séparés les uns des autres, l’eau fut réduite au quart de l’univers, et placée de manière à suffire à l’écoulement des fleuves, des ruisseaux, des fontaines. Mais voici une idée absurde de ce même '''Thalès'''. Il dit que la terre est soutenue par l’eau sur laquelle elle vogue comme un navire ; qu’à la mobilité d’un tel support sont dues les fluctuations qu’on appelle tremblements de terre. Ce ne sera donc pas merveille qu’il y ait assez d’eau pour entretenir les fleuves, si tout le globe est dans l’eau. Ce système grossier et suranné n’est que risible ; tu ne saurais admettre que l’eau pénètre notre globe par ses interstices, et que la cale est entr’ouverte.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_3|''Livre III. chap. 13.'']], traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles3.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' L’eau, dit '''Thalès''', est le plus puissant des éléments : elle existait avant tout, elle est le principe de tout. Nous pensons comme '''Thalès''', au moins sur le dernier point. En effet, nous croyons que le feu, s’emparant du monde entier, convertira tout en sa propre substance : mais il finira par cesser ses ravages, et quand il sera éteint, dans toute la nature il ne restera que l’eau, et cette eau renfermera le germe et l’espérance d’un monde futur. Ainsi par le feu s’accomplira la destruction de l’univers, et par l’eau sa réorganisation. Êtes-vous surpris, maintenant, qu’après avoir tenu lieu de tous les éléments, et les avoir produits tous, l’eau suffise à l’entretien perpétuel des fleuves ? Quand les éléments furent séparés les uns des autres, l’eau fut réduite au quart de l’univers, et dans une proportion convenable pour suffire à l’alimentation des fontaines, des ruisseaux et des rivières. Mais voici une idée absurde du même '''Thalès''' : il dit que la terre est soutenue par l’eau, et qu’elle flotte sur elle comme un navire ; que les tremblements de terre sont causés par les oscillations et les mouvements du fluide qui la soutient. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait assez d’eau pour alimenter les fleuves, puisque tout le globe est dans l’eau. Mais rejetons cette vieille et informe hypothèse, qui assimile les sources aux flots que la cale entr’ouverte laisse pénétrer dans le vaisseau.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA327#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Troisième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA342#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. III.'''<br />''Opiniõ de Thales touchant l’eau.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L’eau , comme dit '''Thales''' , e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>t</nowiki> le plus fort des Elemens. Il croit me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le premier , & que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es en ont pris nai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance. Pour moy ie {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uis de cette opinion , ou du moins de la derniere partie de cette opinion. Car nous [[#nous_stoiciens_NdT_dR|<span id="nous_stoiciens_NdT_dR_back"><sup>1</sup></span>]] di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le feu qui enueloppera tout le monde , & qui conuertira en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es; qu’il deuiendra {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans force quand il n’aura plus de nourriture , qu’apres que le feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}era e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}teint il ne demeurera rien de re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te à la nature que l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement , & que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t en elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule que con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}perance d’vn monde futur. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le feu e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t la fin du monde , & l’eau en e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le commencement. Vous e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonnez-vous donc que les fleuues pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir d’vn Element , qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t fait pour toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es & dont toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e font ? Lors que la nature fit le departement des Elemens , l’eau fut placée de telle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte , qu’elle peut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uffire pour les fleuues , pour les rui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux , pour les fontaines. Mais ce que '''Thales''' dit en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uitte e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ridicule , car il dit que le Globe de la terre e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenu par les eaux ; qu’elles le portent comme vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau , & qu’elles l’agitent de la me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte , lors que nous croyons qu’il tremble. Il ne faut donc pas s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonner , s’il ya tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ez d’eau pour former de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i grands fleuues , puis que tout le monde nage fur l’eau. Mais me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ez cette vieille , & cette gro{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iere opinion , & ne croyez pas que l’eau vienne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la terre , comme par des fentes & par des creua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es , & qu’elle y {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement comme dans le fond d’vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#nous_stoiciens_NdT_dR_back|<span id="nous_stoiciens_NdT_dR"><sup>1.</sup></span>]] Les Stoïciens.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA202#v=onepage&q&f=true ''Livre Troisiesme. Des eaux.''], [https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA234#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ==== Livre IV — Du Nil ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, '''Sénèque''' fait l’éloge de [[w:Lucilius_le_Jeune|'''Lucilius''']] [[#Lucilius|<span id="Lucilius_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] avant de lui expliquer les dangers de la flatterie. Puis, il décrit la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Nil_back|<sup>🔄</sup>]], expose les théories tentant de l’expliquer et les réfute. En épilogue, il fait le procès du luxe, et plus particulièrement celui d’acheter de la neige, et donc de marchandiser l’eau, regrettant qu’on ne puisse faire de même avec l’air et le soleil.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Lucilius|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Lucilius_back|<span id="Lucilius"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Lucilius [[wikt:en:Lucilius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Gouverneur ''romain'' de Sicile durant le règne de [[w:Néron|Néron]], ainsi qu’un ami et un correspondant de Sénèque.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], [[w:Campanie#Histoire|''Campanie'']], [[w:Quatorze_régions_de_la_Rome_augustéenne#Regio_I_:_Porte_Capène|''Regio I'']])'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Sénèque''' d’une théorie explicite de '''Thalès''' sur la crue du ''Nil'' (théorie identique mais supposément implicite rapportée par [[w:Hérodote|'''Hérodote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Chapitre_XX|<sup>🔄</sup>]]).</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''2.''' [...] Si '''Thaleti''' credis, etesiae descendenti ''Nilo'' resistunt et cursum eius acto contra ostia mari sustinent. Ita reuerberatus in se recurrit, nec crescit, sed exitu prohibitus resistit et quacumque mox potuit ui congestus erumpit. '''Euthymenes''' ''Massiliensis'' testimonium dicit: «Nauigaui, inquit, ''Atlanticum'' mare. Inde ''Nilus'' fluit, maior, quamdiu etesiae tempus obseruant; tunc enim eicitur mare instantibus uentis. Cum resederunt, et pelagus conquiescit minorque descendenti inde uis ''Nilo'' est. Ceterum dulcis mari sapor est et similes ''Niloticis'' beluae». Quare ergo, si ''Nilum'' etesiae prouocant, et ante illos incipit incrementum eius et post eos durat? Praeterea non fit maior quo illi flauere uehementius, nec remittitur incitaturque, prout illis impetus fuit; quod fieret, si illorum uiribus cresceret. Quid quod etesiae litus ''Aegyptium'' uerberant et contra illos ''Nilus'' descendit, inde uenturus unde illi, si origo ab illis esset? Praeterea ex mari purus et caeruleus efflueret, non, ut nunc, turbidus ueniret. Adde quod testimonium eius testium turba coarguitur. Tunc erat mendacio locus; cum ignota essent externa, licebat illis fabulas mittere. Nunc uero tota exteri maris ora mercatorum nauibus stringitur, quorum nemo narrat initium ''Nili'' aut mare saporis alterius: quae natura credi uetat, quia dulcissimum quodque et leuissimum sol trahit. Praeterea quare hieme non crescit? Et tunc potest uentis concitari mare, aliquanto quidem majoribus; nam etesiae temperati sunt. Quod si e mari ferretur ''Atlantico'', semel oppleret ''Aegyptum''. At nunc per gradus crescit.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n7/mode/2up ''Liber Qvartvs A.''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n41/mode/2up ''chap. 2.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] Si '''Thaleti''' credis, Etesiæ descendenti ''Nilo'' resistunt, et cursus ejus acto contra ostia mari sustinent : ita reverberatus in se recurrit : nec crescit, sed exitu prohibitus resistit, et quacumque mox potuit, inconcessus erumpit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Euthymenes''' ''Massiliensis'' testimonium dicit : « Navigavi, inquit, ''Atlanticum'' mare. Inde ''Nilus'' fluit major, quamdiu Etesiæ tempus observant : tunc enim ejicitur mare instantibus ventis. Quum resederint, et pelagus conquiescit, minorque descendenti inde vis ''Nilo'' est. Ceterum dulcis maris sapor est, et similes ''Niloticis'' belluæ. » Quare ergo, si ''Nilum'' Etesiæ provocant, et ante illos incipit incrementum ejus, et post eos durat ? Præterea non fit major, quo illi flavere vehementius. Nec remittitur, incitaturque, prout illis impetus fuit : quod fieret, si illorum viribus cresceret. Quid, quod Etesiæ littus ''ægyptium'' verberant, et contra illos ''Nilus'' descendit, inde venturus, unde illi, si origo ab illis esset ? Præterea ex mari purus et cæruleus efflueret, non ut nunc turbidus venit. Adde, quod testimonium ejus testium turba coarguitur. Tunc erat mendacio locus, quum ignota essent externa. Licebat illis fabulas mittere. Nunc vero tota exteri maris ora mercatorum navibus stringitur : quorum nemo narrat nunc cæruleum ''Nilum'', aut mare saporis alterius ; quod et natura credi vetat, quia dulcissimum quodque et levissimum sol trahit. Præterea quare hieme non crescit ? et tunc potest ventis concitari mare, aliquando quidem majoribus ; nam Etesiæ temperati sunt. Quod si e mari ferretur ''Atlantico'', semel oppleret ''Ægyptum''. At nunc per gradus crescit.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA371#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Quatrième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA385#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] À en croire '''Thalès''', les vents étésiens repoussent le ''Nil'' à sa descente dans la mer, et suspendent son cours en poussant la mer contre ses embouchures. Ainsi refoulé, il revient sur lui-même, sans pour cela grossir ; mais l’issue lui étant barrée, il s’arrête, et bientôt, partout où il le peut, force le passage qui lui est refusé. [[w:Euthymènes|'''Euthymène''']] [[#Euthymènes|<span id="Euthymènes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], de ''Marseille'', en parle comme témoin : « J’ai navigué, dit-il, sur la mer ''Atlantique''. Elle cause le débordement du ''Nil'', tant que les vents étésiens se soutiennent ; car c’est leur souffle qui alors pousse cette mer hors de son lit. Dès qu’ils tombent, la mer aussi redevient calme, et le ''Nil'' à sa descente déploie moins de puissance. Du reste, l’eau de cette mer est douce, et nourrit des animaux semblables à ceux du ''Nil''. » Mais pourquoi, si les vents étésiens font gonfler le ''Nil'', la crue commence-t-elle avant la saison de ces vents, et dure-t-elle encore après ? D’ailleurs le fleuve ne grossit pas à mesure qu’ils soufflent plus violemment. Son plus ou moins de fougue n’est point réglé sur celle des vents étésiens, ce qui aurait lieu, si leur action le faisait hausser. Et puis ils battent la côte ''égyptienne'', le ''Nil'' descend à leur encontre : il faudrait qu’il vînt du même point qu’eux, si son accroissement était leur ouvrage. De plus, il sortirait pur et azuré de la mer, et non pas trouble comme il est. Ajoute que le témoignage d’'''Euthymène''' est réfuté par une foule d’autres. Le mensonge avait libre carrière, quand les plages étrangères étaient inconnues ; on pouvait de là nous envoyer des fables, À présent, la mer extérieure est côtoyée sur tous ses bords par des trafiquants dont pas un ne raconte qu’aujourd’hui le ''Nil'' soit azuré ou que l’eau de la mer soit douce. La nature elle-même repousse cette idée ; car les parties les plus douces et les plus légères sont pompées par le soleil. Et encore pourquoi le ''Nil'' ne croît-il pas en hiver ? Alors aussi la mer peut être agitée par des vents quelque peu plus forts que les étésiens, qui sont modérés. Si le mouvement venait de l’Atlantique, il couvrirait tout d’un coup l’Égypte : or l’inondation est graduelle.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_4|''Livre IV.'']] ''chap. 2.'', traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles4.htm ici])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Joseph Baillard de 1914|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Euthymènes_back|<span id="Euthymènes"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὐθυμένης / Euthuménēs [[wikt:en:Εὐθυμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ de l’adjectif εὐθύς / euthús, « 1. Droit, direct : (au sens moral) direct, ouvert, franc. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ + du nom commun μενος / ménos, « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ + du suffixe nominal‎ propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Navigateur et explorateur de la mer Extérieure le long des côtes africaines (actuelle Atlantique sud).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIeme_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Marseille_antique#Massalia,_une_cité_grecque|''Massalia'']], actuelle Marseille)'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] Selon '''Thalès''', le phénomène a pour cause les vents Étésiens, qui s’opposent au cours du ''Nil'' et font rebrousser ses eaux en sens inverse du mouvement qui le porte vers la mer. Refoulés sur eux-mêmes, les flots refluent sans pour cela grossir ; mais l’issue leur étant fermée, ils s’arrêtent, et bientôt ils s’ouvrent partout où ils peuvent le passage qui leur est refusé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Euthymène''' de ''Marseille'' en parle comme témoin : « J’ai navigué, dit-il, sur la mer ''Atlantique''. Le ''Nil'' roule des eaux plus abondantes, tant que durent les vents Étésiens ; car alors ils refoulent la mer sur le fleuve. Dès qu’ils se sont abattus et que la mer est devenue calme, le ''Nil'', qui peut redescendre vers celle-ci, diminue. Au reste, les eaux de cette mer sont douces et contiennent des animaux semblables à ceux du ''Nil''. » Dans cette hypothèse, qui donne les vents Étésiens pour cause des crues du ''Nil'', qu’on me dise pourquoi ces crues précèdent les vents, persistent quand les vents ne sont plus, enfin n’augmentent plus d’intensité et de violence, et ne diminuent pas selon la violence et l’impétuosité du vent même ; c’est pourtant ce qui devrait arriver, si les vents déterminaient la hausse des eaux. De plus, les vents Étésiens battent directement la côte ''égyptienne'' : pourquoi donc le ''Nil'' descend-il contre le souffle de ces vents, tandis qu’il devrait couler dans la même direction, s’il leur devait ses débordements ? Enfin, pourquoi, au lieu d’être diaphanes et azurés, ces flots, qu’on fait venir de la mer, sont-ils chargés de limon ? Ajoutez qu’une foule de témoignages réfutent '''Euthymène'''. On pouvait mentir, quand les plages étrangères étaient inconnues : c’était alors le temps des fables ; mais aujourd’hui mille vaisseaux marchands côtoient la mer extérieure ; personne ne dit que le ''Nil'' ait des flots d’azur ; personne ne donne à la mer une saveur douce, que la nature refuse à ses eaux : car le soleil en pompe sans cesse la partie la plus douce et la plus légère ; ensuite pourquoi le ''Nil'' ne croîtrait-il point pendant l’hiver ? la mer alors peut être battue par les vents, par des vents plus violents que les Étésiens, qui sont modérés. Enfin, si le mouvement venait de l’Atlantique, l’Égypte entière serait inondée tout d’un coup : or, l’inondation est graduelle.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA371#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Quatrième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA385#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. II.'''<br />''En quelle fai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>ó</nowiki> {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait l’accroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du Nil.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...] Si vous en croyez '''Thales''' , les vents Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tent au ''Nil'' en de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cendant dans la mer; & arre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on cours, en pou{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant la mer contre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ept emboucheures. Si bien qu’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant repou{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte il retourne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy-me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me , & ne croi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas comme l’on pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e , mais par ce qu’il trouue vn ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tacle qui l’empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}che de pa{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er outre , il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t contraint de s’arre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ter , & ne pouuant plus pour{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uiure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a cour{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e , il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pand par où il peut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e répandre. '''Euthimenes''' de ''Mar{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eille'' en rend ce te{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}moignage. I’ay nauigé, dit il, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la mer ''Atlantique'' , & c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t par elle que le ''Nil'' deuient plus grand, lors que les vents Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent ; car alors cette mer {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ort pour ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i dire d’elle-me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me par la force & par la violence de ces vents. Mais lors qu’ils ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent plus la mer demeure tranquille, & le Nil ne trouue plus rien qui l’empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}che de de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cendre , Au re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te l’eau de la mer e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t douce en ce temps-là , & l’on y void des be{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblables à celles du Nil. Mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont enfler le Nil, pourquoy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on débordement commence il auant qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent & pourquoy dure - il encore lors qu’ils ont ce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouffler. Dauantage ils ne s’enfle pas plus que de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tume , quand ces vents {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent auecque plus de violence qu’ils ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont ordinairement. Enfim il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e hau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e & ne s’abai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon que leur impetuo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t plus ou moins grande , ce qui arriveroit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans doute s’il s’enfloit par la force de ces véts. Mais comme les Ete{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens battent directement les bords de l’Egypte, & que le Nil de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cend contre eux ; il faudroit s’ils e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toient cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on accroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement , qu’il commença{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t par l’endroit d’où ils viennent. Outre cela il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortiroit tout pur de la mer, & de la couleur de la mer, & ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit pas trouble & limonneux , comme il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. Et apres tout le te{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}moignage d’'''Euthimene''' , e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t condamné par le plus grand nombre. Il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit permis de mentir quand on n’auoit point de connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance des pays e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trangers ; & alors on pouuoit facilement nous en enuoyer des fables. Mais aujourd’huy tous les riuages des mers les plus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}loignées {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont remplis de vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux de marchands, & pas vn ne nous apporte que le ''Nil'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit de la couleur de la mer, ou que la mer ait vn autre gou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. Quand nous aurions des rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons pour nous la per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uader , la nature nous empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cheroit de le croire par ce que le Soleil en attire ce qu’il y a de plus leger & de plus doux. Dauantage pourquoy ne croi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-il pas en Hyuer , puis que la met en ce temps là peut e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre agitée par des vents plus violents, que les Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours moderez. Que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le ''Nil'' venoit de la mer ''Atlantique'' , il couuriroit l’Egypte tout d’vn coup, & neantmoins il ne la couure que peu à peu.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA3#v=onepage&q&f=true ''Livre Qvatriesme. De la Nege, de la Greſle, & de la Pluye.''], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA37#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ==== Livre VI — Des tremblements de terre ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, '''Sénèque''' énonce le plan du livre, des causes des tremblements de terre et des peurs qu’ils provoquent, en s’appuyant sur celui de ''Campanie'' qui a récemment causé d’importants dégâts à ''Pompéi'' et à ''Herculanum''. Des chapitres IV à XX, de nombreuses théories sismiques sont présentées, la plupart liées au nom d’un philosophe qui les prône. Le feu, l’eau et l’air sont cités comme causes, et plusieurs d’entre-elles les combinent. À partir du chapitre XXIV, '''Sénèque''' développe sa propre opinion : l’air pénétrant, qui remplit complètement les cavités souterraines sous une forte pression, en est la cause. En épilogue, il explique à '''Lucilius''' quel comportement adopté en de telles situations, à savoir être courageux en ne craignant pas la mort</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation d’une théorie de '''Thalès''' de la Terre flottant sur l’eau, et témoignage d’une de ses preuves portant sur les tremblements de terre.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''6.''' In aqua causam esse nec ab uno dictum est nec uno modo. '''Thales''' ''Milesius'' totam terram subiecto iudicat umore portari et innare, siue illud oceanum uocas, siue magnum mare, siue alterius naturae simplicem adhuc aquam et umidum elementum. Hac, inquit, unda sustinetur orbis uelut aliquod grande nauigium et graue his aquis quas premit. Superuacuum est reddere causas propter quas existimat grauissimam partem mundi non posse spiritu tam tenui fugacique gestari; non enim nunc de situ terrarum sed de motu agitur. Illud argumenti loco ponit aquas esse in causa quibus hic orbis agitetur, quod in omni maiore motu erumpunt fere noui fontes, sicut in nauigiis quoque euenit ut, si inclinata sunt et abierunt in latus, aquam sorbeant, quae in omni eorum onere quae uehit, si immodice depressa sunt, aut superfunditur aut certe dextra sinistraque solito magis surgit. Hanc opinionem falsam esse non est diu colligendum. Nam, si terra aqua sustineretur et ea aliquando concuteretur, semper moueretur, nec agitari illam miraremur sed manere; deinde tota concuteretur, non ex parte; numquam enim nauis dimidia iactatur. Nunc uero terrarum non uniuersarum sed ex parte motus est. Quomodo ergo fieri potest ut, quod totum uehitur, totum non agitetur, si eo quo uehitur agitatum est? — At quare aquae erumpunt? — Primum omnium saepe tremuit terra et nihil umoris noui fluxit. Deinde, si ex hac causa unda prorumperet, a lateribus terrae circumfunderetur, sicut in fluminibus ac mari uidemus incidere ut incrementum aquarum, quotiens nauigia desidunt, in lateribus maxime appareat. Ad ultimum non tam exigua fieret quam tu dicis eruptio nec uelut per rimam sentina subreperet, sed fieret ingens inundatio ut ex infinito liquore et ferente uniuersa.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n135/mode/2up ''Liber Qvintvs - De terrae motv''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n155/mode/2up ''chap. 6.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' In aqua causam esse, nec ab uno dictum est, nec uno modo. '''Thales''' ''Milesius'' totam terram subjecto judicat humore portari et innatare : sive illud Oceanum vocas, sive magnum mare, sive alterius naturæ simplicem adhuc aquam et humidum elementum. Hac, inquit, unda sustinetur orbis, velut aliquod grande navigium et grave his aquis, quas premit. Supervacuum est reddere causas, propter quas existimat, gravissimam partem mundi non posse spiritu tam tenui fugacique gestari ; non enim nunc de situ terrarum, sed de motu agitur. Illud argumenti loco ponit, aquas esse in causa, quibus hic orbis agitatur, quod in omui majore motu erumpunt fere novi fontes : sicut in navigiis quoque evenit, ut, si inclinata sunt et abiere in latus, aquam sorbeant, quæ in omni onere eorum quæ vehit, si immodice depressa sunt, aut superfunditur, aut certe dextra sinistraque solito magis surgit. Hanc opinionem falsam esse, non est diu colligendum ; nam, si terram aqua sustineret, et ea aliquando concuteretur : semper moveretur, nec agitari illam miraremur, sed manere. Tum tota concuteretur, non ex parte : nunquam enim navis dimidia jactatur. Nunc vero non terrarum universarum, sed ex parte motus est. Quomodo ergo fieri potest, ut quod totum vehitur, totum non agitetur, si eo quo vehitur, agitatum est ? At quare aquæ erumpunt ? Primum omnium sæpe tremuit terra, et nihil humoris novi fluxit. Deinde si ex hac causa unda prorumperet, a lateribus terræ circumfunderetur : sicut in fluminibus ac mari videmus accidere, ut incrementum aquarum, quoties navigia desidunt, in lateribus maxime appareat. Ad ultimum non tam exigua fieret quam dicit eruptio, nec velut per rimam sentina subreperet, sed fieret ingens inundatio, ut ex infinito liquore, et ferente universa.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA420#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Sixième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA429#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' Que l’eau soit cause des tremblements de terre, c’est ce qu’affirment divers auteurs et avec divers arguments. '''Thalès''' de ''Milet'' estime que le globe entier a pour support une masse d’eaux sur laquelle il flotte, et qu’on peut appeler Océan ou grande mer, ou élément jusqu’ici de nature simple, l’élément humide. Cette eau, dit-il, soutient la terre ; et l’immense navire pèse sur le liquide qu’il comprime. Il est superflu d’exposer les motifs qui font croire à '''Thalès''' que la partie de l’univers la plus pesante ne saurait porter sur une substance aussi ténue, aussi fugace que l’air : il ne s’agit pas maintenant de l’assiette du globe, mais de ses secousses. '''Thalès''' apporte en preuve de son système, que presque toujours les grandes secousses font jaillir des sources nouvelles, comme il arrive dans les navires qui, lorsqu’ils penchent et s’inclinent sur le flanc, sont envahis par l’eau ; toujours, s’il y a surcharge, l’eau vient couvrir le bâtiment, ou du moins s’élève à droite et à gauche plus que de coutume. La fausseté de cette opinion se démontre sans longs raisonnements. Si la terre était soutenue par l’eau, elle tremblerait quelquefois dans toute sa masse et toujours serait en mouvement ; ce ne serait pas son agitation qui étonnerait, mais son repos. Elle s’ébranlerait tout entière, non partiellement ; car ce n’est jamais la moitié seulement d’un navire qui est battue des flots. Or, les tremblements de notre terre ne sont pas universels, mais partiels. Comment serait-il possible qu’un corps porté tout entier par l’eau ne fût pas agité tout entier, quand ce fluide est agité ? « Mais d’où viennent les eaux qu’on a vues jaillir ? » D’abord, souvent la terre tremble, sans qu’il en sorte de nouvelles eaux. Ensuite, si telle était la cause de ces éruptions, elles n’auraient lieu qu’autour des flancs du globe ; ce que nous voyons arriver sur les fleuves et en mer : l’exhaussement de l’onde, à mesure que s’enfonce le navire, se remarque surtout aux flancs du bâtiment. Enfin l’éruption dont on parle ne serait pas si minime, et comme une voie d’eau qui s’infiltre par une fente légère ; l’inondation serait immense en raison de l’abîme infini sur lequel flotterait le monde.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_6|''Livre VI.'']] ''chap. 6.'', traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles6.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' Plusieurs philosophes ont prétendu que l’eau est la cause de ces secousses : ce que chacun explique à sa manière. '''Thalès''' de ''Milet'' prétend que le globe entier a pour support une masse d’eau sur laquelle il flotte ; peu importe qu’on donne à cet amas le nom d’Océan, de grande mer ou d’eau élémentaire, eau simple. Cette eau, dit-il, soutient la terre comme un grand vaisseau pesant sur le liquide qu’il comprime. Il est inutile d’exposer les raisons qui font croire à '''Thalès''' que le corps le plus pesant de la nature ne peut être soutenu par un fluide aussi délié et aussi rare que l’air : car il s’agit ici des tremblements de terre et non de l’assiette du globe. La grande raison de '''Thales''' pour faire de l’eau la cause des secousses de la terre, c’est que, dans tout tremblement considérable, jaillissent des eaux nouvelles ainsi les vaisseaux se remplissent d’eau quand ils penchent d’un côté ; chargés à l’excès, ou ils sont submergés, ou ils s’enfoncent à droite et à gauche plus profondément dans la mer. Il ne faut pas longtemps discuter pour voir la fausseté de cette opinion. Si la terre était soutenue par les eaux, elle serait quelquefois fortement ébranlée, mais de plus elle serait toujours flottante, et il faudrait s’étonner non de son agitation , mais de son repos ; enfin, au lieu d’être ébranlée en partie, elle le serait tout entière : car jamais la moitié d’un vaisseau n’est battue des flots. Or, on sait que les secousses de la terre sont partielles et non universelles : comment se ferait-il donc que ce qui est entièrement porté par les eaux ne fût pas entièrement agité, tandis que les eaux mêmes le sont en totalité ? Mais, dit-on, qui fait jaillir les eaux ? D'abord, souvent la terre tremble sans qu’il se produise des eaux nouvelles ; ensuite, si telle était la cause de ces éruptions, les eaux se répandraient latéralement autour de la terre. Ainsi, par exemple, quand un vaisseau s’enfonce ou dans la mer ou dans les fleuves, c’est vers les bords surtout que l’accroissement devient sensible. Enfin les sources qui jaillissent ne seraient pas si peu considérables ; on ne pourrait pas les comparer à une voie d’eau qui pénètre par les fentes du fond de cale : ce serait une inondation immense comme l’abîme infini sur lequel flotterait le monde.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA420#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Sixième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA429#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. VI.'''<br />''Si l’eau e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>t</nowiki> la cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e des tréblemés de terre.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ce n'e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas vn homme {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eul qui a dit , que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e du tremblement de la terre ; & l’on ne l’a pas dit d’vne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule façó. '''Thales''' ''Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ien'' a crû que toute la terre e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit portée {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’eau , & qu’elle y nageoit, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit que vous appelliez cette eau Ocean, ou que vous l’appelliez grade mer, ou vne eau d’vne autre nature , eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}imple , element humide. C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette eau, dit-il, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenu, comme quelque vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau d’vne grandeur deme{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urée , qui charge les eaux qui le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiennent. Il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit inutile de rapporter les rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons qui luy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont croire que la plus pe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ante partie du móde ne peut e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenuë par l’air qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubtil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i fluide & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i delié ; & d’ailleurs, il ne s’agit pas icy de l’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iete de la terre , mais du tremblement de la terre. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i pour preuue que les eaux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que la terre tremble , il dit qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que point de grands tremblemens de terre, qu’on n’en voye {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uitte de nouuelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ources; que la terre re{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble en cela aux vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux qui ne peuuent pancher d’vn co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té, qu’ils ne pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de l’eau, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pand {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur toutes les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es qu’ils portent , {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont trop enfoncées; ou qui s’éleue de part & d’autre à la gauche , & à la droite. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas besoin d’vn long di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cours pour montrer la fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eté de cette opinion ; car {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenoit la terre, quelquesfois elle trembleroit toute entiere, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours en mouuement; & nous ne nous e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonnerions point de la voir remuer, mais de la voir ferme & inébranlable. Elle trembleroit toute entiere , & non pas en partie , car vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t iamais agité par vne moitié {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement ; & apres tout nous voyons que le tremblement ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pas de toute la terre , mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement d’vne partie. Comment donc {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e peut-il faire que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t porté tout entier ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit pas entierement agité , {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me qui porte e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meuë & agitée ? Mais pourquoy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ort-il de l’eau apres vn tremblement de terre ? Premierement la terre a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuent tremblé {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans qu’on en ayt veu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir de nouuelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ources. D’ailleurs {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortoit par cette rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pandroit par les co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tez de la terre , comme nous voyons dans les fleuues & dans la mer , où lors que le vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau s’enfonce on remarque que l’eau s'éleue , principalement par les co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tez. Enfin ces eaux ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortiroient pas en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i petite quantité, ny par vne fi petite ouuerture , mais il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit vne grande inondation, comme procedant de cette abondance d’eaux qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiennent tout l’vniuers.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA141#v=onepage&q&f=true ''Livre Sixiesme. Des tremblemens de terre.''], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA164#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Pline_l%27Ancien|'''Pline l’Ancien''']] [[#Pline|<span id="Pline_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:23|23]]/[[w:24|24]], à [[w:Côme|''Novum Comum'']] ou [[w:Vérone|Vérone]] — [[w:79|79]], à [[w:Stabies|Stabies]], [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|mort]] par asphyxie près de [[w:Pompéi|Pompéi]], lors de l’éruption du [[w:Vésuve|Vésuve]], en voulant observer le phénomène au plus près et en désirant porter secours aux victimes, alors en poste à [[w:Misène|''Misène'']] en tant que Préfet commandant la flotte militaire ''romaine'') <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Pline_l’Ancien|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=tRsuD3WJT-UC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA876#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Va, §204 - Plinius Secundus (Caius —)}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Haut fonctionnaire militaire et civique, issu de l’[[w:Chevalier_romain|''orde équestre'']], et écrivain prolifique dans de très nombreux domaines.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Pline l’Ancien|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Pline_back|<span id="Pline"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Plinius|nomen, nom de famille}} {{Info|Secundus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} === [[w:Histoire_naturelle_(Pline_l'Ancien)|Histoire naturelle]] === <p style="text-align: right;">[[s:Histoire_naturelle_(Pline)|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage de 37 livres dédié à l’empereur [[w:Titus_(empereur_romain)|'''Titus''']] [[#Titus|<span id="Titus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], dont il a été le ''{{Lang|la|contubernium}}'' pendant son service en tant que commandant des armées du ''Rhin'' en ''Germanie'' en [[w:47|47]]. '''Pline''' définit lui-même son enquête [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Histoire/Enquête_I|<sup>🔄</sup>]] sur la nature comme une reproduction de la vie — ''{{Lang|la|rerum natura, hoc est uita narratur}}'' (Livre I, Préface, 10), qu’il inscrit dans la tradition encyclopédique [[#encyclopédie_back|<sup>⤴️</sup>]] grecque mais s’en différencie par son exhaustivité : ''{{Lang|la|Jam omnia attingenda, quæ Græci}}'' ''{{Lang|grc|τάς έγχυχλοπαιδείας}}'' ''{{Lang|la|vocant : et tamen ignota aut incerta ingeniis facta; alia vero ita multis prodita, ut in fastidium sint adducta}}'' (Préface, 11). Il a, dans ce but, compilé « vingt mille faits dignes d’intérêt, tirés de la lecture d’environ deux mille volumes, [...] provenant de cent auteurs de choix » — ''{{Lang|la|Viginti millia rerum dignarum cura ex lectione voluminum circiter duum millium, [...] ex exquisitis auctoribus centum}}'' (Préface, 13).</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Titus|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Titus_back|<span id="Titus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Titus [[wikt:en:Titus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Commandant militaire, notamment pendant la [[w:Premi%C3%A8re_guerre_jud%C3%A9o-romaine|''première guerre judéo-romaine'']], au cours de laquelle il prend ''Jérusalem'' que ses troupes mettent à sac et fait détruire le [[w:Second_temple_de_Jérusalem#Destruction|''Second Temple'']], et empereur ''romain'', de la dynastie des [[w:Flaviens|''Flaviens'']], de [[w:79|79]] à [[w:81|81]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(30 décembre [[w:39|39]] , ''Rome'' — 13 septembre [[w:81|81]], mort par fièvre selon [[w:Suétone|Suétone]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/suetone/titus.htm <sup>VdDC, Titus</sup>] ou par empoisonnement avec du venin de [[w:Aplysia|''lièvre marin'']] par son propre frère [[w:Domitien|Domitien]] selon [[w:Philostrate_d%27Ath%C3%A8nes|Philostrate]] [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/apollonius6.htm <sup>AdT, l. VI, chap. 32</sup>])<sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ==== Livre II ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Enquête sur l’astronomie et la physique du monde, basée sur les quatre éléments : air, terre, eau et feu.</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre IX.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la première prédiction grecque d’une éclipse solaire (ou lunaire selon les traductions) par '''Thalès'''.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IX.''' Et rationem quidem defectus utriusque primus ''Romani'' generis in vulgus extulit '''Sulpicius Gallus''', qui consul cum '''Marcello''' fuit, sed tum tribunus militum, sollicitudine exercitu liberato, pridie quam '''Perseus''' rex superatus a '''Paulo''' est, in concionem ab imperatore productus ad prædicendam eclipsim, mox et composito volumine. Apud Græcos autem investigavit primus omnium '''Thales''' ''Milesius'', Olympiadis XLVIII anno quarto, prædicto solis defectu, qui '''Alyatte''' rege factus est, Urbis conditæ; anno CLXX. Post eos utriusque sideris cursum in sexcentos annos præcinuit '''Hipparchus''', menses gentium, diesque et horas, ac situs locorum, et visus populorum complexus, ævo teste, haud alio modo, quam consiliorum naturæ particeps. Viri ingentes supraque mortalium naturam, tantorum numinum lege deprehensa, et misera hominum mente absoluta, in defectibus scelera aut mortem aliquam siderum pavente (quo in metu fuisse '''Stesichori''' et '''Pindari''' vatum sublimia ora palam est deliquio Solis), et in Luna veneficia arguente mortalitate, et ob id crepitu dissono auxiliante. Quo pavore, ignarus causæ, '''Nicias''' ''Atheniensium'' imperator, veritus classem portu educere, opes eorum afflixit. Macti ingenio este, cæli interpretes, rerumque naturæ capaces, argumenti repertores, quo deos hominesque vinxistis. Quis enim hæc cernens, et statos siderum (quoniam ita placuit appellare) labores, non suæ necessitati mortalis genitus ignoscat ? Nunc confessa de iisdem breviter atque capitulatim attingam, ratione admodum necessariis locis strictimque reddita : nam neque instituti operis talis argumentatio est : neque omnium rerum afferri posse causas, minus mirum est, quam consfare in aliquibus.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/98/mode/2up ''Livre II.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/106/mode/2up ''chap. IX.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/130|ici]] et 1829 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f45.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IX.''' Le premier ''Romain'' qui exposa publiquement la théorie des éclipses du soleil et de la lune est [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<sup>🔄</sup>]], qui fut consul avec [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Marcellus-166_back|<sup>🔄</sup>]], mais qui alors était tribun militaire. La veille du jour où [[w:Persée_(roi)|'''Persée''']] [[#Persée_(roi)|<span id="Persée_(roi)_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] fut défait par [[w:Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus|'''Paul-Emile''']] [[#Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus|<span id="Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] il parut par ordre du général, afin de prévenir les alarmes de l’armée, devant les troupes assemblées pour annoncer l’éclipse qui allait survenir; peu de temps après, il composa un livre sur ce sujet. Le premier qui s’en occupa chez les ''Grecs'' fut '''Thalès''' de ''Milet'', dans la quatrième année de la quarante-huitième olympiade (an 585 av. J. C. [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#éclipse_back|<sup>🔄</sup>]]), l’an 170 de la fondation de ''Rome'', et prédit une éclipse de lune qui arriva sous le roi [[w:Alyatte_II|'''Alyatte''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alyatte_back|<sup>🔄</sup>]]. Après eux, [[w:Hipparque_(astronome)|'''Hipparque''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hipparque_back|<sup>🔄</sup>]] dressa pour six cents ans la table du cours du soleil et de la lune, déterminant les mois des divers calendriers, les jours, les heures, les localités et les aspects, suivant les contrées. Le cours des ans ne lui a donné aucun démenti, et il semble avoir été admis aux conseils de la nature. Génies puissants et élevés au dessus de l’humanité, ils ont découvert la loi qui régit ces grandes divinités, et ils ont délivré de ses craintes l’esprit misérable des hommes, qui dans les éclipses, tantôt croyaient voir une influence malfaisante ou une espèce de mort des astres, crainte qui, comme on sait, a, pour l’éclipse du soleil, troublé [[w:Stésichore|'''Stésichore''']] [[#Stésichore|<span id="Stésichore_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] et [[w:Pindare|'''Pindare''']] [[#Pindare|<span id="Pindare_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], poètes sublimes, et tantôt attribuaient l’obscurcissement de la lune à des maléfices, et lui venaient en aide par un bruit dissonnant. Redoutant ce phénomène, dont il ignorait la cause, [[w:Nicias|'''Nicias''']] [[#Nicias|<span id="Nicias_back"><sup>'''V'''</sup></span>]], général des ''Athéniens'', n’osa pas faire sortir la flotte du port de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], et ruina la puissance de sa patrie. Redoublez de génie, interprètes du ciel, vous dont l’intelligence, embrassant la nature, a inventé des théories qui ont créé un lien entre les dieux et les hommes [[#Vicistis_JH|<span id="Vicistis_JH_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ! A la vue de ce spectacle, à la vue des labeurs (puisque c’est le nom qu’on a voulu donner aux éclipses), des labeurs réguliers auxquels les astres sont soumis, quel mortel ne pardonnerait à la nécessité sous laquelle il est né ? Maintenant je vais parler, d’une manière brève et sommaire, des points sur lesquels on est d’accord en cette matière. Je ne donnerai que de courtes explications, et là où il sera tout à fait nécessaire; car les explications n’entrent pas dans le plan de cet ouvrage, et il n’y a pas moins de mérite à énumérer les causes de toutes choses qu’à s’appesantir sur quelques-unes.</div> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Vicistis_JH_back|<span id="Vicistis_JH"><sup>1</sup></span>]] Vicistis Vulg. — Vinxistis cod. Dalech. — Vinxistis me parait meilleur. Comp. ce que dit Pline plus loin, ch. 24, sur l’affinité de l’esprit humain avec les astres.'''</td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/98/mode/2up ''Livre II.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/106/mode/2up ''chap. IX.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(édition 1848 également disponible [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/130|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Jean Hardouin 1883|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Persée_(roi)_back|<span id="Persée_(roi)"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περσεύς / Perseús[[wikt:en:Περσεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Dernier roi de [[w:Royaume_de_Mac%C3%A9doine|''Macédoine'']] de la dynastie des [[w:Antigonides|''Antigonides'']], vaincu en [[w:-168|-168]] à la [[w:bataille de Pydna|bataille de ''Pydna'']] à l’issue de la [[w:troisième guerre macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']], causant la disparition du ''Royaume de Macédoine''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_212_av._J.-C.|-212]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Pella_(cité_antique)|''Pella'']], au nord de l’actuelle ''Grèce'' — [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Alba_Fucens|''Alba Fucens'']], au centre de l’actuelle ''Italie'') <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus_back|<span id="Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus"><sup>II</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Lucius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Æmilius|nomen, nom de famille}} {{Info|Paullus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, surnommé [[wikt:Macedonicus#Latin|Macedonicus]] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat'']] à la suite de sa victoire;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 2 reprises en [[w:Années_182_av._J.-C.|-182]] et [[w:Années_169_av._J.-C.|-169]]. Il remporta la victoire contre le ''royaume de Macédoine'' à ''Pydna'' en battant le roi Persée [[#Persée_(roi)|<sup>I</sup>]], ce qui mit fin à la dynastie des ''Antigonides''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_230_av._J.-C.|-230]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — ''ca.'' [[w:Années_160_av._J.-C.|-160]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'') <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Stésichore_back|<span id="Stésichore"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Στησίχορος /Stēsíkhoros [[wikt:en:Στησίχορος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἵστημι /hístēmi, « 1. (voix transitive, active des temps présent, imparfait, futur et 1er aoriste) : • Faire se tenir debout, se tenir debout; • Arrêter, rester, vérifier; • Mettre en place : - Faire monter, élever, réveiller, remuer; - Nommer, désigner; - Établir, instituer; • Mettre dans la balance, peser. 2. (voix intransitive, moyenne et passive, voix active du 2e aoriste, parfait et plus-que-parfait) : • Se tenir debout; • Se tenir immobile : (au sens figuré) Rester ferme; • Être dressé ou debout, se lever, s’élever : - (en général) Se lever, commencer; - (en marquant le pas) Être; - Être désigné. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun χορός / khorós, « 1. Danse en rond. 2. Danse accompagnée de chant, danse chorale. 3. Chœur, chorale, groupe de chanteurs et de danseurs. 4. Groupe, troupe. 5. Rangée. 6. Lieu de danse. 7. (théâtre) Chœur »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète lyrique grec, considéré comme l’un des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poètes lyriques'']] de la Grèce antique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_630_av._J.-C.|-630]]<sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Metauria|''Metauria'']], colonie de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], au sud de la région de [[w:Calabre|''Calabre'']], au sud de l’Italie — ''ca.'' [[w:Années_555_av._J.-C.|-555]]<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Catane|''Catane'']], colonie de la ''Grande-Grèce'', à l’est de la [[w:Sicile|''Sicile'']]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pindare_back|<span id="Pindare"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πίνδᾰρος /Píndaros [[wikt:en:Πίνδαρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète lyrique grec, considéré comme l’un des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poètes lyriques'']] de la Grèce antique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_518_av._J.-C.|-518]]<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Cynocéphales|''Cynocéphales'']], cité grecque située près de [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']], en [[w:Béotie|''Béotie'']] — [[w:Années_438_av._J.-C.|-438]]<sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Árgos|''Árgos'']], cité grecque de la région de l’[[w:Argolide|''Argolide'']], à l’est de la [[w:Péloponnèse|''péninsule du Péloponnèse'']]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_back|<span id="Nicias"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Νῑκίᾱς /Nīkíās [[wikt:en:Νικίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun νίκη / níkē [[wikt:en:νίκη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le fait de gagner : la victoire, le succès [avec le génitif "sur, dans quelque chose"] : • Les choses gagnées dans la victoire, les fruits de la victoire; • La supériorité, l’avantage. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique et général ''athénien'' durant la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']], qui oppose la [[w:Ligue_de_Délos|''ligue de Délos'']], menée par ''Athènes'', et la [[w:Ligue_du_Péloponnèse|''ligue du Péloponnèse'']], sous l’[[w:Hégémonie|hégémonie]] de ''Sparte'' de [[w:Années_431_av._J.-C.|-431]] à [[w:Années_404_av._J.-C.|-404]]. Sa supersition liée à une éclipse lunaire, s’étant produite lors de l’[[w:Expédition_de_Sicile|''expédition de Sicile'']], est également relatée par [[w:Thucydide|Thucydide]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre7.htm#L <sup>{{Info|HdlgdP|Histoire de la guerre du Péloponnèse}} l.VII, §.L</sup>] et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#23 <sup>{{Info|DlS|De la Superstition}} l.I</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_470_av._J.-C.|-470]], ''Athènes'' — ''ca.'' [[w:Années_413_av._J.-C.|-413]], ''Syracuse'')<sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Des découvertes astronomiques : part de chaque observateur dans la science.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''IX.''' '''Sulpicius Gallus''' [[#Sulpicius_Gallus_AdG|<span id="Sulpicius_Gallus_AdG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] fut le premier ''Romain'' qui expliqua au vulgaire la raison des éclipses de soleil et de lune. Il fut consul avec '''Marcus Marcellus''' ; mais il n’était que tribun militaire lorsque la veille de la victoire que '''Paul Emile''' remporta sur '''Persée''' [[#Pridie_quam_Perses_rex_AdG|<span id="Pridie_quam_Perses_rex_AdG_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], son général le fit paraître devant l’armée assemblée, pour lui annoncer l’éclipse qui allait arriver, et la délivrer de l’alarme qu’elle aurait pu en concevoir. Il composa bientôt après un volume sur ce sujet. Parmi les ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' [[#Primus_omnium_Thales_AdG|<span id="Primus_omnium_Thales_AdG_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] dirigea le premier ses recherches sur ce phénomène, et la quatrième année de la 48e olympiade, qui répond à l’an 170 [[#Anno_CLXX_AdG|<span id="Anno_CLXX_AdG_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] de ''Rome'', il prédit l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’'''Alyatte''' [[#Alyatte_rege_AdG|<span id="Alyatte_rege_AdG_back"><sup>'''5'''</sup></span>]]. Après eux, '''Hipparque''' dressa des tables du cours de ces deux astres pour six cents ans [[#In_sexcentos_annos_AdG|<span id="In_sexcentos_annos_AdG_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : mois, heures, jours, situations respectives des lieux, aspects du ciel selon les diverses nations [[#Menses_gentium_etc_AdG|<span id="Menses_gentium_etc_AdG_back"><sup>'''7'''</sup></span>]], tout y est compris, tout a été vérifié par le temps [[#Aevo_teste_AdG|<span id="Aevo_teste_AdG_back"><sup>'''8'''</sup></span>]]; on croirait l’astronome admis au conseil de la nature. Génies vastes et plus qu’humains, d’avoir ainsi surpris la loi de ces deux grandes divinités [[#Numinum_AdG|<span id="Numinum_AdG_back"><sup>'''9'''</sup></span>]], et affranchi d’effroi la malheureuse espèce humaine, qui tremblait en voyant dans chaque éclipse l’annonce de quelque grand crime, ou craignait la mort des astres [[#In_defectibus_scelera_etc_AdG|<span id="In_defectibus_scelera_etc_AdG_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] (effroi dont '''Stésichore''' et '''Pindare''' [[#Pindari_AdG|<span id="Pindari_AdG_back"><sup>'''11'''</sup></span>]], ces poètes sublimes, ne furent point exempts dans les éclipses de soleil), ou qui attribuait à des enchantemens celles de la lune, et venait à son secours en faisant un bruit discordant [[#Crepitu_dissono_AdG|<span id="Crepitu_dissono_AdG_back"><sup>'''12'''</sup></span>]]. C’est pour en avoir ignoré la cause, que, frappé de cette même terreur, '''Nicias''' [[#Nicias_AdG|<span id="Nicias_AdG_back"><sup>'''13'''</sup></span>]], général des ''Athéniens'', n’osa pas faire sortir sa flotte du port, et causa la ruine de leur puissance. Gloire à vous, interprètes du ciel, génies aussi étendus que la nature, inventeurs d’une science qui enchaîne à une même destinée les dieux et les mortels ! Quel est donc l’homme qui, voyant les astres en travail (pour me servir du nom qu’il a plu de donner aux crises qu’ils, subissent périodiquement), ne se soumettra pas à sa destinée?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Je vais maintenant toucher brièvement et sommairement les points sur lesquels on est d’accord dans cette matière, et j’en rendrai raison en passant, lorsque cela sera tout-à-fait nécessaire; car un développement de preuves n’est pas le but de l’ouvrage que j’ai entrepris, et il n’y a pas, je pense, moins de mérite à pouvoir rendre raison de toutes choses, qu’à s’arrêter à en prouver quelques-unes.</div> {{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}} <div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#Sulpicius_Gallus_AdG_back|<span id="Sulpicius_Gallus_AdG"><sup>1</sup></span>]] [[w:Tite-Live|Tite-Live]], XLIV, 37, [[w:Quintilien|Quintilien]], I, 10, [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]], [[w:Vies_parallèles|''Vie de Paul Emile'']], [[w:Frontin|Frontin]], I, etc., prétendent, comme Pline, que Sulpicius Gallus prédit l’éclipse anx soldats romains. [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cicéron_back|<sup>🔄</sup>]] ([[w:De_Republica|''Répub.'']], I, 15 , page 44, ''édit. Maj.'') dit au contraire que l’éclipse était déjà arrivée lorsque Sulpicius Gailus commençait à s’efforcer d’ôter aux soldats romains la terreur qu’ils avaient conçue de cet événement, en leur expliquant les causes des éclipses.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pridie_quam_Perses_rex_AdG_back|<span id="Pridie_quam_Perses_rex_AdG"><sup>2</sup></span>]] Selon Tite-Live (XLIV, 37), l’éclipse eut lieu dans la soirée du 3 septembre, cent huit ans avant J.-C., entre sept et dix heures (''ab hora secunda usque ad quartam noctis, quam pridie nonas sept, secula est dies''). M. [[w:Christian_Ludwig_Ideler|Ideler]] (''Chronologie'', II, 104) a calculé cette éclipse. Il a trouvé, comme M. de Nauze, que, selon le calendrier Julien, elle arriva dans la soirée du 21 juin de l’an 168 avant J.-C. à Rome, la lune commença à s’éclipser vers 5h.44’ du soir ; depuis 6h.51’ jusqu’à 8h.18’, la lune fut totalement éclipsée, ; à 9h.,24’, la lune ne fut plus obscurcie du tout. En Macédoine, tous ces phénomènes arrivèrent 39 minutes plus tard. Le 21 juin, le soleil se coucha à Rome et en Macédoine vers 7h.33’, et s’y montra alors à 44 1/2’ h. équatoriales. Ainsi, la première heure de la nuit finissait vers 8h.17’, la seconde vers 9h.2’, la troisième vers 9h.46’, la quatrième vers 10h.31’. La lune fut donc éclipsée totalement au moment où elle se leva dans la Macédoine, et cette éclipse totale y finit dans la seconde heure de la nuit ; au milieu de la quatrième, la lune ne fut plus obscurcie du tout. S’il est vrai, que cette éclipse lunaire, comme Pline, Tite-Live et d’autres le disent, fut prédite par Sulpicius Gallus, l’on devrait avouer que ce Romain s’entendait très-bien au calcul des éclipses lunaires. Mais les récits de Cicéron et de [[w:Valère_Maxime|Valère-Maxime]] ne seraient-ils pas plus vrais que ceux de Pline et de Tite-Live ?''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Primus_omnium_Thales_AdG_back|<span id="Primus_omnium_Thales_AdG"><sup>3</sup></span>]] Le même fait est rapporté par [[w:Hérodote|Hérodote]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_back|<sup>🔄</sup>]], I, 74, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] [[#Diogène_Laërce_back|<sup>⤵️</sup>]], I, 6 , par [[w:Clément_d'Alexandrie|Clément d’Alexandrie]] [[#Clément_d'Alexandrie_back|<sup>⤵️</sup>]], ''Strom.'', I, page 302 , par Plutarque, ''Opinions des Philosophes'', II, 24, par [[w:Jean_Tzétzès|Tzetzès]], ''Chil.'' II, v. 869, et par Hardouin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Oltmann a publié une dissertation dans laquelle, à l’aide des tables astronomiques les plus modernes, il est arrivé à ce résultat, que l’éclipse solaire dont il est question ici eut lieu le 3o septembre 610 ans avant J.-C. L’éclipse était totale pour les environs de la ville d’[[w:Erzurum|Érzerum]] sur le [[w:Kızılırmak_(fleuve)|Halys]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Halys_back|<sup>🔄</sup>]], où [[w:Volney|Volney]] place le champ de bataille des rois [[w:Alyatte_II|Halyattes]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alyatte_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Cyaxare|Cyaxare]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cyaxare_back|<sup>🔄</sup>]]. La quatre-vingtième partie du disque solaire seule ne fut pas éclipsée pour le lieu de la terre où Oltmann place le champ de bataille, qui est situé, selon lui, sous 36° long. à l’est de Terro et sous 40° lat. sept. Dans le pays des Ioniens où Thalès prédit l’éclipse, selon Hérodote, l’éclipse se monta à 11 1/2’. M. [[w:Alphonse_Des_Vignoles|Desvignolles]] (''Chronologie de l’histoire sainte'', t. II, pag. 245 et suiv.) fixe l’éclipsé prédite par Thales au 38 mai de l’an 585 avant J.-C. ; son opinion a été adoptée depuis par presque tous les chronologistes et historiens, et par [[w:Gabriel_Brotier|Brotier]] et M. Alexandre. Elle a été réfutée avec succès par Oltmann, qui s’est servi de tables astronomiques bien plus exactes que celles de M. Desvignolles ; en effet, celui-ci a démontré par ses calculs que l’éclipse totale du soleil du 28 mai de l’an 585 avant J.-C., ne fut pas totale dans les lieux où les troupes du roi lydien Halyatte combattirent contre celles du roi Cyaxare ; que, dans ces régions, elle ne se monta pas à plus de 7 1/2 pouces, et que, d’ailleurs, le soleil ne s’était pas encore levé lorsque Féclipse était le plus forte pour les habitans des pays nommés. Mais Hérodote dit positivement que l’éclipse prédite par Thalès fut totale dans ces contrées, et qu’elle eut lieu en plein jour. (Voyez IDELER, ''Chronologie'', t. I, pag. 209 et 210.) Nous remarquerons pourtant avant de finir cette note que la date de Desvignolles est plus conforme que celle d’Oltmann à l’année dans laquelle l’éclipse prédite par Thalès, arriva selon Pline. En effet, le naturaliste romain dit que cette année est la six cent quatre-vingt-cinquième avant J.—C., et c’est justement le 28 mai de cette année que l’éclipse prédite par Thalès arriva, selon M. Desvignolles.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Volney pense que l’éclipse en question arriva le 3 février de de l’an 626. Oltman a démontré, dans son Mémoire sur l’éclipse de Thalès, que celle de Volney était déjà passée lorsque le soleil se leva sur le champ de bataille des rois Halyattes et Cyaxare.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Anno_CLXX_AdG_back|<span id="Anno_CLXX_AdG"><sup>4</sup></span>]] L’an 170. C’est ainsi que l’on doit lire, et non CLX, comme l’ont fait Hardouin et Poinsinet; la quatrième année de la quarante-huitième olympiade, correspondant à l’an 170 de Rome, si l’on suppose avec [[w:Varron_(écrivain)|Varron]] que cette ville a été fondée dans la deuxième année de la 6e olympiade.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Alyatte_rege_AdG_back|<span id="Alyatte_rege_AdG"><sup>5</sup></span>]] Le nom de ce roi est écrit avec un esprit rude dans Hérodote, ce qui a donné lieu à [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Poinsinet]] et à d’autres traducteurs de Pline de substituer le mot Halyatte à celui d’Alyatte.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Alyatte ou Halyatte fut roi de la Lydie et père de Crésus. Il faisait la guerre à Cyaxare, roi des Mèdes, lorsque l’éclipse solaire en question interrompit le combat.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#In_sexcentos_annos_AdG_back|<span id="In_sexcentos_annos_AdG"><sup>6</sup></span>]] On lit dans [[w:Georges_le_Syncelle|le Syncelle]] (''Chronolog.'', pag. 17) que les Chaldéens ont connu une période de six cents années solaires. [[w:Flavius_Josèphe|Josèphe]] [[#Flavius_Josèphe_back|<sup>⤵️</sup>]] ([[w:Antiquités_judaïques|''Ant. jud.'']], I, page 17 et 18, édit. Havercamp) dit que Dieu donna une longue vie aux patriarches pour qu’ils pussent cultiver avec succès les sciences astronomiques et géométriques, ce qu’ils n’auraient pu faire s’ils n’avaient pas vécu au moins six cents ans ; car la grande année ne finit pas plus tôt. Ainsi, il est certain qu’avant Hipparque les Chaldéens et d’autres peuples asiatiques ont connu une période de six cents années solaires. Mais [[w:Jean-Dominique_Cassini|Cassini]] ([[w:Jean-Dominique_Cassini#Mémoires_de_l’Académie_royale_des_sciences|''Anciens mém. de l’Acad.'']], t. VIII, pag. 4 et 5) et [[w:Jean_Sylvain_Bailly|Bailly]] (''Hist. de l’astr. ancienne'', t. II, liv. 3, Eclairciss.) ont prouvé que tous les six cents ans les nouvelles et pleines lunes n’arrivent pas seulement au même jour et à la même heure qu’auparavant, mais encore à la même minute. Ne serait-il donc pas probable qu’Hipparque, comme le dit Ideler (''Historische untersuchungen uber die astronomischen beobachtungen der alten'', Berlin 1806, page 417) a connu cette période chaldéenne, et que delà résulte l’étendue de six cents ans donnée à son calendrier selon Pline.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Abel_Burja|Abel-Burja]] de Leipzig a tâché d’expliquer d’une autre manière la durée du calendrier d’Hipparque (''Astronomisches Jahrbuch'', 1797, pag. 233 et 234). [[w:Claude_Ptolémée|Ptolémée]] et [[w:Censorin_(grammairien)|Censorin]] racontent qu’Hipparque est auteur d’une période soli-lunaire de trois cent quatre années solaires. En la prenant deux fois, on obtient une période de six cent huit ans. Celle-ci fut abrégée par Hipparque de huit ans, afin d’obtenir un nombre entier de siècles pour son calendrier. Ideler a fait une objection très-juste contre cette opinion de Burja ; c’est que la période de six cent huit ans n’a aucun avantage sur celle de trois cent quatre ans. On ne voit donc pas ce qui a pu engager Hipparque à préférer le nombre de six cents ans à celui de trois cents, lorsqu’il composait son calendrier.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Menses_gentium_etc_AdG_back|<span id="Menses_gentium_etc_AdG"><sup>7</sup></span>]] C’est-à-dire il écrivit des éphémérides dans lesquelles il avait calculé d’avance les néomenies et les pleines lunes. Il fit aussi entrer dans son calendrier les longueurs des jours et des heures variables, [[w:ὧραι|ὧραι]] καιρικαι, ainsi que les aspects du ciel, ''visus populorum'', tels qu’ils eurent lieu chez les habitans de différentes contrées de la terre. Il ajouta une table des longitudes et des latitudes des principaux pays et villes du globe. Ptolémée (''Géogr.'', I, ch. 4) en dit autant d’Hipparque.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Aevo_teste_AdG_back|<span id="Aevo_teste_AdG"><sup>8</sup></span>]] Les tables d’Hipparque étaient dressées pour six cents ans. Cet astronome florissait vers cent cinquante ans avant J.-C. Ainsi, du temps de Pline, on avait encore à jouir de ces tables pour quatre cents ans environ. POINSINET.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Numinum_AdG_back|<span id="Numinum_AdG"><sup>9</sup></span>]] Pline donne souvent l’épithète de divinités aux planètes, à la lune, au soleil, à la terre et aux étoiles fixes.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#In_defectibus_scelera_etc_AdG_back|<span id="In_defectibus_scelera_etc_AdG"><sup>10</sup></span>]] Nous transcrivons ici ce beau passage de l’Uranographie de M. [[w:Louis-Benjamin_Francœur|Francoeur]], qui mérite d’être mis en parallèle avec celui de Pline pour l’élégance du style et les pensées, et qui renferme le meilleur commentaire que nous puissions donner de tout ce que Pline dit des terreurs que les éclipses causaient autrefois aux hommes ignorans. « L’histoire, dit M. Francoeur (page 93), est pleine des exemples de l’effroi causé par les éclipses, et des dangers que produisent l’ignorance et la superstition. Nicias avait résolu de quitter la Sicile avec son armée ; effrayé par une éclipse de lune, et voulant temporiser plusieurs jours pour s’assurer si l’astre n’avait rien perdu après cet évènenement, il manqua ainsi l’occasion de sa retraite; son armée fut détruite ; Nicias périt, et ce malheur commença la ruine d’Athènes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Souvent on a vu des hommes adroits tirer parti de la frayeur du peuple pour l’amener à remplir leurs desseins. Christophe Colomb, réduit à faire subsister ses soldats des dons volontaires d’une nation sauvage et indigente, était prêt à voir tarir cette ressource et à périr de faim ; il annonce qu’il va priver le monde de la lumière de la lune. L’éclipse commence et la terreur s’empare des Indiens, qui reviennent apporter aux pieds de Colomb les tributs accoutumés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Drusus (TACITE , Annales, I, 28) apaisa une sédition dans son armée, en prédisant une éclipse de lune, et, selon Tite-Live, Sulpicius Gallus, dans la guerre de Paul-Emile contre Persée, usa du même stratagème. Periclès, [[w:Agathocle_de_Syracuse|Agathocles de Syracuse]], [[w:Dion_de_Syracuse|Dion]], roi de Sicile, ont failli être victimes de l’ignorance de leurs soldats. [[w:Alexandre_le_Grand|Alexandre]], près d’[[w:Bataille_de_Gaugamèles|Arbelles]], est réduit à user de toute son adresse pour calmer la terreur qu’une éclipse avait jetée parmi ses troupes. Les hommes supérieurs, plutôt que de plier sous les circonstances qui les maîtrisent, mettent leur art à les tourner à leur profit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Combien de fables établies d’après l’opinion que les éclipses sont l’effet du courroux céleste qui se venge des iniquités de l’homme en le privant de la lumière! Tantôt [[w:Diane_(mythologie)|Diane]] va trouver [[w:Endymion|Endymion]] dans les montagnes de Carie; tantôt les magiciennes de Thessalie font descendre la lune sur les herbes qu’elles destinent aux enchantemens. »<br /><br /><p style="text-align: center;">''Carmina vel cælo possunt deducere lunam.''<br /><p style="text-align: right; text-indent: 15px;">Virg., ''Eclog.'' VIII.<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Ici c’est un dragon qui dévore l’astre, et qu’on cherche à épouvanter par des cris ; le dieu tient le soleil enfermé dans un tuyau, et nous ôte ou nous rend la vue de cet astre à l’aide d’un volet, etc. Les progrès des sciences ont fait connaître le ridicule de ces opinions et de ces craintes, depuis qu’on a vu qu’il était possible de calculer par les tables astronomiques, et de prévoir long-temps d’avance l’instant où la colère du ciel devait éclater.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Cependant, naguère encore, l’épouvante a causé les revers des armées de Louis XIV, près de Barcelone, lors de l’éclipse totale de l’an 1706 [[w:en:Solar_eclipse_of_May_12,_1706|(en)]], et la devise, ''nec pluribus impar'', a prêté aux allusions injurieuses ! »''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pindari_AdG_back|<span id="Pindari_AdG"><sup>11</sup></span>]] Pindare était le plus fameux poète de la Grèce après Homère. Il vint au monde l’an 134 avant l’ère chrétienne. POINSINET.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Plutarque (''De la face de la lune'', pag. 931) dit aussi que Stésichore et Pindare craignaient beaucoup les éclipses. Le dernier poète a peint les terreurs que lui causaient ces phénomènes dans son poëme sur le soleil. HARDOUIN et DALECHAMP.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Crepitu_dissono_AdG_back|<span id="Crepitu_dissono_AdG"><sup>12</sup></span>]] Cet usage superstitieux dont Plutarque parle au long dans sa vie de Paul-Émile, a fourni un vers fort plaisant à Juvénal, lorsqu’après avoir épuisé toute sorte d’exagération pour représenter le bruit qu’une femme fait en criant, il finit par dire :<br /><br /><p style="text-align: center;">''Una laboranti poterit succurrere lunæ.''<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Elle seule, au besoin, décharmerait la lune. » POINSINET.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_AdG_back|<span id="Nicias_AdG"><sup>13</sup></span>]] Le même fait est raconté par Plutarque dans la vie de Nicias, par Quintilien, I, 10, et par d’autres écrivains anciens. HARDOUIN.''' </td> </tr> </table><br/><br/></div>{{Boîte déroulante fin}} <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f10.item <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Second</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f14.item ''Livre II.''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f46.item ''chap. IX.''], traduction nouvelle par M. [[w:Stéphane_Ajasson_de_Grandsagne|Ajasson de Grandsagne]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f311.item <sup>NOTES</sup>], C. L. F. Panckoucke, Paris, 1829</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">''Des inventions a[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tronomiques, & de leurs Auteurs.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''L'''E PREMIER d’entre les ''Romains'' qui rendit publique la théorie des éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil & de lune, fut '''Sulpicius Gallus''' [[#Sulpicius_Gallus_LPdS|<span id="Sulpicius_Gallus_LPdS_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], celui que '''Marcus Marcellus''' eut pour Collegue au Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulat : mais il n’étoit que Tribun Militaire [[#Tribun_Militaire_LPdS|<span id="Tribun_Militaire_LPdS_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ipa l’allarme qu’auroient pu prendre nos troupes la veille de la victoire remportée {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur '''Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ée''' par '''Paul Emile''' ; car ce Général l’ayant produit devant les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oldats a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblés, il leur prédit une éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e qui devoit arriver [[#éclipse_LPdS|<span id="éclipse_LPdS_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] ; il compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a même en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite un Ouvrage {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet. Parmi les ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' prédit l’an quatrieme de la quarante-huitieme olympiade l’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil qui arriva {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le regne de '''Halyattes''' [[#Halyattes_LPdS|<span id="Halyattes_LPdS_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], l’an cent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oixante de la fondation de [[#cent_soixante_LPdS|<span id="cent_soixante_LPdS_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] ''Rome''. Après eux, Hipparque [[#Hipparque_LPdS|<span id="Hipparque_LPdS_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] dre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a des Tables en vers [[#En_vers_LPdS|<span id="En_vers_LPdS_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] du cours de ces deux aftres pour fix cents ans. Dans ces Tables , de l’exactitude deſquelles notre âge rend encore témoignage [[#témoignage_LPdS|<span id="témoignage_LPdS_back"><sup>'''8'''</sup></span>]], il embra{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e les éphémérides propres à chaque nation [[#chaque_nation_LPdS|<span id="chaque_nation_LPdS_back"><sup>'''9'''</sup></span>]], les jours, les heures, le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ite re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pectif de chaque lieu, & les divers a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pects du ciel relativement aux divers peuples, comme {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la Nature l’eût admis à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eil intime. Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages vraiment grands! génies plus qu’humains, d’avoir ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urpris les loix qui font mouvoir ces va{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances du ciel ; & d’avoir guéri de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es allarmes l’imagination malade des hommes, qui ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’alors, ou avoient toujours vu dans les éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es l’annonce effrayante de quelque grand crime & de quelque mort (terreur dont Sté{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ikhore [[#Stésikhore_LPdS|<span id="Stésikhore_LPdS_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] & Pindare [[#Pindare_LPdS|<span id="Pindare_LPdS_back"><sup>'''11'''</sup></span>]], ces Poètes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ublimes, ne furent point exempts à l’égard des éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olaires), ou attribuoient les ténebres dont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couvre la lune à des maléfices opérés par le mêlange de certaines herbes magiques ; & croyoient devoir la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecourir par un bruit di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cordant [[#bruit_discordant_LPdS|<span id="bruit_discordant_LPdS_back"><sup>'''12'''</sup></span>]]. Cette même terreur fut cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que le Général Nicias [[#Nicias_LPdS|<span id="Nicias_LPdS_back"><sup>'''13'''</sup></span>]], peu au fait des cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iques, & n’o{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant pas, par {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uper{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tition, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a flotte du Port, mit Athenes à deux doigts de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a perte. Honneur [[#Honneur_LPdS|<span id="Honneur_LPdS_back"><sup>'''14'''</sup></span>]] à vous, Interpretes du Ciel ! E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}prits [[#Esprits_LPdS|<span id="Esprits_LPdS_back"><sup>'''15'''</sup></span>]] dont l’étendue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urpa{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e celle de la Nature ; Inventeurs d’une méthode qui a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujettit les dieux comme les hommes, à une même de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tinée ! Eh! qui pourroit, en voyant les a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres même ''en cri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e'' (pour me {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir de l’expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion commune), ne pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oumettre à la néce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité où {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a condition mortelle l’enchaîne.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Pré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entement je vais toucher par articles fort courts & fort précis les points {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quels on s’accorde le plus. Je ré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oudrai, chemin fai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant, quelques que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tions, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que le cas l’exigera, mais toujours d’une maniere très {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ommaire ; car une analy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e en forme d’arguments {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivis excéderoit le but de cet Ouvrage : & puis, je pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e qu’il n’y a pas moins de mérite à rendre une rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on plau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, qu’à rendre une rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on bien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olide de deux ou trois cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement.</div> {{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}} <div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#Sulpicius_Gallus_LPdS_back|<span id="Sulpicius_Gallus_LPdS"><sup>1</sup></span>]] Son premier prénom étoit Caïus. Voyez à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet Tite-Live, l. 44. Valere maxime, l. 8. Quintilien, l. I. ch. 10. Plutarque, vie de Paul-Emile, &c.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Tribun_Militaire_LPdS_back|<span id="Tribun_Militaire_LPdS"><sup>2</sup></span>]] Ce grade répond à celui de Major-général des Troupes.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#éclipse_LPdS_back|<span id="éclipse_LPdS"><sup>3</sup></span>]] Cette éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Tite-Live, fut annoncée aux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oldats pour la nuit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivante. Sulpicius Gallus leur prédit que la lune s’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit entre la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econde heure de la nuit & la quatrieme. Plutarque ajoute qu’on étoit alors à l’i{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ue de l’été (''{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub exitum a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatis''). [[w:Paulin_II_d'Aquilée|Paul d’Aquilée]] écrit que cette éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e arriva aux nones de Septembre (''nonas Septembris''), c’est-à-dire au 4 Septembre : c’étoit l’an 168 avant J.C. {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon le calcul d’[[w:James_Ussher|U{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erius]].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Halyattes_LPdS_back|<span id="Halyattes_LPdS"><sup>4</sup></span>]] Il paroît que Ciceron & Eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ebe {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trompent lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’ils placent cet événement {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous ''A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages'' : [[w:Hermolaos_(Macédoine)|Hermolaüs]] s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t trompé d’après eux, en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituant ''A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages'' à ''Halyattes'' dans le texte de Pline, contre la foi des manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits, & contre le témoignage d’Herodote qui place cet événement dans une guerre entre Halyattes, Roi de Sardes, & Cyaxare, Roi des Medes, pere d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#cent_soixante_LPdS_back|<span id="cent_soixante_LPdS"><sup>5</sup></span>]] Les deux manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits royaux portent ''anno CLX'' : c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t la leçon qu’il faut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivre. En effet, Rome, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Varron, fut fondée l’an 2 de la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme olympiade, c’est-à-dire, dans l’année olympiadique 22. Mais comme chaque olympiade, depuis leur premiere in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution, commençoit après le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ol{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tice d’été, & comme l’année Romaine avoit toujours commencé au plus tard en Mars {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous Romulus, & depuis en Janvier {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous Numa, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit que la premiere année de Rome, qui répondoit à l’année olympiadique 22, répondoit en même-tems, de quatre mois au moins, à l’année olympíadique 23. Selon ce calcul, la quatrieme année de la quarante-huitieme olympiade, répond en partie à l’an 160, & en partie à l’an 161 de la fondation de Rome, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que 48 olympiades font cent quatre-vingt-douze années, de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i vous ôtez 22 ans écoulés, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Varron, entre la premiere olympiade & la fondation de Rome, il re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tera 160 ans, & 161 ans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’on a égard à l’enjambement réciproque des années olympiadiques {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les années Romaines, & des années Romaines {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les années olympiadiques. Il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t donc évident que le calcul de Pline (''anno CLX'') e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te, en admettant l’hypothe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e chronologique de Varron, à laquelle on voit bien que notre Auteur s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t conformé en cette occa{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion particuliere encore qu’en plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres rencontres il paroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affecter de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivre le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}y{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tême de Caton : vici{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}itude pardonnable dans un ouvrage de compilation où Pline a dû, comme malgré lui, adopter tantôt le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tyle d’un Auteur, tantôt celui d’un autre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ource où il pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit pour l’heure. Si Pline eût {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivi l’hypothe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de Caton qui place la fondation de Rome deux ans plus tard que Varron, il eût fait tomber le rapport {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’année 157 ou 158 de la fondation de Rome. C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le parti que prend le Pere Hardouin, & c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t de là qu’il part pour propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er une correction dans le texte. Mais encore une fois, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commettre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oi-même une faute que d’en trouver une chez Pline en cette occa{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion ; pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que cet Auteur a été en droit de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}y{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tème Varronien, ou ce qui revient au même, de con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erver la date Varronienne dont s’étoit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervi l’Auteur de qui il emprunte le fait hi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}torique en que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hipparque_LPdS_back|<span id="Hipparque_LPdS"><sup>6</sup></span>]] Voyez les notes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le premier livre au mot ''Hipparque'' : HIPPARCHUS (de Nicée, en Bithinie comme l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erve [[w:Souda|Suidas]]), flori{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit dans la quatre-vingt-quatorzieme olympiade. Nous avons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es trois livres d’Enarrations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les Phénomenes d’[[w:Aratos_de_Soles|Aratus]] & d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]], traduits par le [[w:Paul_Petau|P. Petau]]. Il avoit compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é un autre livre ''De {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tellarum inerrantium Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titutione'', {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Suidas. Son livre du mois lunaire e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cité par [[w:Claude_Galien|Galien]].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#En_vers_LPdS_back|<span id="En_vers_LPdS"><sup>7</sup></span>]] ''En Vers.'' Je préfume que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-là le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ens de ''præcinere'', qui ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ignifie pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement prédire, mais prédire en chant, c’est-à-dire en Vers. Sur ce pied-là, ce {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit d’un Poëme dans le genre de celui d’[[w:Aratos_de_Soles|Aratus]], dont il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit ici que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion. Si par hazard Pline n’a point prétendu parler d’un Poëme, au-moins s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervi d’une expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion propre à dé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igner ce genre d’écrire. Pour décider la que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion, il faudroit avoir tous les ouvrages d’Hipparque, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur-tout celui-ci.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#témoignage_LPdS_back|<span id="témoignage_LPdS"><sup>8</sup></span>]] Ces tables étoient dre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ées pour {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix cents ans. Or Hipparque flori{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit 150 ans avant J.C. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i du tems de Pline, on avoit encore à jouir de ces tables pour quatre cents ans ou environ.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#chaque_nation_LPdS_back|<span id="chaque_nation_LPdS"><sup>9</sup></span>]] La lune ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e levant pas & ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couchant pas à la même heure pour toutes les nations, les diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es époques & pha{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es qu’elle forme n’appartiennent pas non plus au même point de tems pour tous les peuples, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que les uns ont la nuit quand les autres ont le jour; & que même lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que la lune s’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, la partie de l’heure où ce phénomene e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible, n’a pas la même évaluation pour tous les climats qui l’apperçoivent. Hipparque avoit donc eu égard à cette différence d’époques, relativement aux diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es longitudes, &par-con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}équent aux diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es nations, tellement que les tables de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es éphémérides étoient accommodées à l’u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}age de tous les peuples : ouvrage dont on ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auroit trop regretter la perte, & qui jetteroit le plus grand jour {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’ancienne géographie.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Stésikhore_LPdS_back|<span id="Stésikhore_LPdS"><sup>10</sup></span>]] Ste{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ikhore, l’un des plus fameux Poètes de la Grece, dont, par malheur, nous avons perdu tous les ouvrages, à l’exception d’une vingtaine de lignes décou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ues. Il vivoit dans la quarante-deuxieme olympiade, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire, vers l’an {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix cents dix avant J.C.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pindare_LPdS_back|<span id="Pindare_LPdS"><sup>11</sup></span>]] Pindare, le plus fameux Poète de la Grece après Homere. Il vint au monde l’an 134 avant l’ere chrétienne.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#bruit_discordant_LPdS_back|<span id="bruit_discordant_LPdS"><sup>12</sup></span>]] Cet u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}age {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uper{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titieux a fourni un Vers fort plai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant à Juvenal, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’après avoir épui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é toute {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte d’exagération pour repré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}enter le bruit qu’une femme fait en criant, il finit par dire :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Una laboranti poterit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uccurrere luna.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule au be{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oin décharmeroit la lune.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_LPdS_back|<span id="Nicias_LPdS"><sup>13</sup></span>]] C’étoit un Général Athénien, qui fut malheureux dans pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que toutes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es expéditions. Les Athéniens finirent par le condamner à mort. Il étoit contemporain d’[[w:Alcibiade|Alcibiade]] & de [[w:Lamachos|Lamachus]], & leur collegue dans le commandement. Voyez {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le fait dont parle ici Pline, Quintilien, l. I. ch. 10, & Plutarque à l’article Nicias.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Honneur_LPdS_back|<span id="Honneur_LPdS"><sup>14</sup></span>]] Au lieu de ''macte ingenio'', le Pere Hardouin lit ''macti'' ; mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon les meilleurs Latini{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes ''macte'' e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t indéclinable, ou pour mieux dire, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t un adverbe qui répond au ''bravò'' des Italiens. Fe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tus prétend que ''macte'' e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t un compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de ''magis auctus''.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Esprits_LPdS_back|<span id="Esprits_LPdS"><sup>15</sup></span>]] Cette apo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trophe de Pline aux A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes rappelle ces beaux Vers d'Ovide {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le même {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet :<br />Felices animos quibus hæc cogno{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cere primise<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Inque Domos {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uperas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}candere cura fuit!<br />Credibile e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t illos pariter vitli{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que joci{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Altius humanis ex{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eruifle caput,<br />Non Venus aut Vinum {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ublimia pectora fregit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Officiumve {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ori, militiæve labor :<br />Nec levis ambitio, perfu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aque gloria fuco,<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Magnarumve fames {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ollicitavit opum.<br />Admovere oculis di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tantia {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idera no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tris,<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ætheraque ingenio {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uere {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uo.<br />Sic petitur cœlum: non ut ferat O{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}lan Olympus<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Summaque Peliacus {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idera tangat apex, &c.<br /><p style="text-align: right; text-indent: 15px;">Ovid. {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. l. I.''' </td> </tr> </table><br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Premier</u>], [https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=RA1-PA3#v=onepage&q&f=true ''Livre Second.''], [https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=RA1-PA59#v=onepage&q&f=true ''Des inventions astronomiques, & de leurs Auteurs.''], traduction en françois, avec le texte latin rétabli d’après les meilleures leçons manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crites ; accompagnée de Notes critiques pour l’éclairci{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du texte, & d’Ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances des Anciens comparées avec les découvertes des Modernes, par M. [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Louis Poinsinet de Sivry]], Chez la veuve Desaint, Paris, 1771</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre XVIII ==== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Enquête sur l’agriculture</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LVII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie astronomique de '''Thalès''', du [[w:Lever_héliaque|''coucher matinal'']] des [[w:Pléiades_(astronomie)|''Pléiades'']] 25 jours après l’[[w:Équinoxe_de_septembre|''équinoxe d’automne'']].</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LVII.''' Primum omnium dierum ipsorum anni solisque motus prope inexplicabilis ratio est. Ad CCCLXV adjiciunt etiamnum intercalarios diei noctisque quadrantes. Ita fit, ut tradi non possint certa siderum tempora. Accedit confessa rerum obscuritas, nunc præcurrenle, nec paucis diebus, tempestatum significatu, quod προϰειμασιν Græci vocant : nunc postveniente, quod ἐπιϰεἰμασιν : et plerumque alias citius, alias tardius cæli effectu ad terram deciduo : vulgo serenitate reddita, confectum sidus audimus. Præterea quum omnia hæc statis sideribus cæloque affixis constent, interveniunt motu stellarum grandines, imbres, et ipsi non levi effectu, ut docuimus, turbantque conceptæ spei ordinem. ldque ne nobis tantum putemus accidere, et reliqua fallit animalia sagaciora circa hoc, ut quo vita eorum constet : æstivasque alites præposteri aut præproperi rigores necant, hibernas æstus. Ideo '''Virgilius''' errantium quoque siderum rationem ediscendam præcipit, admonens observandum frigidæ Saturni stellæ transitum. Sunt qui certissimum veris indicium arbitrentur ob infirmitatem animalis, papilionis proventum. Id eo ipso anno, quum commentaremur hæc, notatum est, proventum eorum ter repetito frigore exstinctum, advenasque volucres a. d. VI kalendas februarii spem veris attulisse, mox sævissima hieme conflictatas. Res anceps : primum omnium a cælo peti legem : deinde eam argumentis esse quærendam. Super omnia est mundi convexitas, terrarumque globi differentia, eodem sidere alio tempore aliis aperiente se gentibus : quo fit ut causa ejus non lisdem diebus ubique valeat. Addidere difficultatem et auclores diversis in locis observando, mox etiam in iisdem diversa prodendo. Très autem fuere sectæ : ''Chaldæa'', ''Ægyptia'', ''Græca''. His addidit apud nos quartam Cæsar dictator, annos ad solis cursum redigens singulos, '''Sosigene''' perito scientiæ ejus adhibito. Et ea ipsa ratio postea comperto errore correcta est : ita ut XII annis continuis non intercalaretur, quia cœperat sidera annus morari, qui prius antecedebat. Et '''Sosigenes''' ipse trinis commentationibus, quanquam diligentior cæteris, non cessavit tamen addubitare, ipse semet corrigendo. Auctores prodidere ea, quos prætexuimus volumini huic, raro ullius sententia cum alio congruente. Minus hoc in reliquis mirum, quos diversi excusaverint tractus. Eorum qui in eadem regione dissedere, unam discordiam ponemus exempli gratia : occasum matutinum Vergiliarum '''Hesiodus''' (nam hujus quoque nomine exstat Astrologia) tradidit fieri, quum æquinoctium autumni conficeretur, '''Thales''' vigesimo quinto die ab æquinoctio, '''Anaximander''' vigesimo nono, '''Euctemon''' XLVIII. Nos sequemur observationem Cæsaris : maximeque hæc erit ''Italiæ'' ratio. Dicemus tamen et aliorum placita : quoniam non unius terræ, sed totius naturæ interpretes sumus, non auctoribus positis (id enim verbosum est), sed regionibus : legentes tantum meminerint, brevitatis gratia, quum ''Altica'' nominata fuerit, simul intelligere ''Cycladas'' insulas ; quum ''Macedonia'', ''Magnesiam'', ''Thraciam'' ; quum ''Ægyptus'', ''Phœnicen'', ''Cyprum'', ''Ciliciam'' ; quum ''Bœotia'', ''Locridem'', ''Phocidem'', et finitimos semper tractus ; quum ''Hellespontus'', ''Cherronesum'', et continentia usque ''Atho'' montem ; quum ''Ionia'', ''Asiam'', et insulas ''Asiæ'' ; quum ''Peloponnesus'', ''Achaiam'', et ad ''Hesperum'' jacentes terras. ''Chaldæi Assyriam'' et ''Babyloniam'' demonstrabunt. ''Africam'', ''Hispanias'', ''Gallias'' sileri non erit mirum. Nemo enim observavit in iis, qui siderum proderet exortus. Non tamen difficili ratione dignoscentur in illis quoque terris digestione circulorum, quam in sexto volumine fecimus : qua cognatio cæli, non gentium modo, verum urbium quoque singularum intelligitur, nota ex his terris, quas nominavimus, sumta convexitate circuli, pertinentis ad quas quisque quæret terras, et ad earum siderum exortus, per omnium circulorum pares umbras. Indicandum et illud, tempestates ipsas ardores suos habere quadrinis annis : et easdem non magna differentia reverti ratione solis : octonis vero augeri easdem, centesima revolvente se luna.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/652/mode/2up ''Livre XVIII.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/684/mode/2up ''Chap. LVII.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition de 1831 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f339.item ici] et de 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/708|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LVII.''' Avant tout, le calcul des jours même de l’année et du mouvement solaire est d’une difficulté presque insurmontable. Aux trois cent soixante-cinq jours on ajoute des jours intercalaires, produits de quarts de jour et de nuit ; de là vient qu’on ne peut indiquer des époques fixes pour les astres. Ajoutez une obscurité des choses avouée de tous : tantôt en effet la mauvaise saison, s’annonçant, anticipe même de plusieurs jours, ce que les Grecs appellent προϰεἰμασις (avant-hiver), et la belle saison retarde, ce qui est nommé ἐπιϰεἰμασις (arriere-hiver) : l’effet du ciel tombe sur la terre tantôt plus vite, tantôt plus tardivement ; et d’ordinaire c’est quand la sérénité est rétablie que nous entendons dire que l’action de l’astre est accomplie. En outre, car tous ces phénomènes dépendent d’astres réglés et fixés au ciel, le mouvement des étoiles amène intercurremment des grêles, des pluies qui ne sont pas non plus d’une faible action, comme nous l’avons enseigné (XVII, 2), et qui troublent l’ordre espéré. Et ne pensons pas que ces méprises n’arrivent qu’à nous; les autres animaux s’y trompent, bien que plus sagaces que nous sur ce point, vu que leur vie en dépend : l’on voit les oiseaux d’été tués par des froids hâtifs ou tardifs, et les oiseaux d’hiver par des chaleurs hâtives ou tardives. Aussi [[w:Virgile|'''Virgile''']] [[#Virgile|<span id="Virgile_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ([[w:Géorgiques|''Georg.'']], I, 335) recommande-t-il d’étudier encore le cours des astres errants, avertissant d’observer le passage de Saturne, planète froide. Il en est qui regardent comme l’indice le plus sûr du printemps l’apparition des papillons, à cause de la délicatesse de cet insecte. Or, l’année même où nous écrivions ceci (an 830 de ''Rome''), il a été noté que les papillons, ayant éclos, furent détruits à trois reprises par le froid, et que les oiseaux étrangers, ayant apporté l’espérance du printemps avant le 6 des calendes de février (27 janvier), eurent bientôt après à essuyer un hiver très-rigoureux. La double difficulté est d’abord d’avoir à demander au ciel la règle de toute chose, puis d’être obligé de contrôler cette règle par des faits apparents. Avant tout signalons la convexité du monde et les différences du globe terrestre, qui font que le même astre se montre à des temps divers suivant les nations, de sorte que l’influence ne s’en fait pas sentir partout aux mêmes jours. La difficulté a été encore accrue par les auteurs qui ont observé en des lieux différents, ou même qui, ayant observé dans les mêmes lieux, ont publié des résultats divergents. Il y a eu trois écoles, la ''Chaldéenne'', l’Égyptienne, la ''Grecque''. Une quatrième a été formée chez nous par le dictateur [[w:Jules_César|'''César''']], qui ramena l’année à la révolution solaire avec l’aide de [[w:Sosigène_d'Alexandrie|'''Sosigène''']] [[#Sosigène|<span id="Sosigène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], astronome habile. Et ce calcul même, où l’on découvrit une erreur, a été corrigé : pendant douze années consécutives on ne fit pas d’intercalation, attendu que l’année, qui auparavant anticipait, maintenant retardait sur les astres. '''Sosigène''' lui-même, quoique plus exact que les autres, n’a pas cessé, dans trois mémoires, de témoigner de ses doutes en se corrigeant lui-même. Les auteurs que nous avons indiqués au commencement de ce livre [[#auteurs_JH|<span id="auteurs_JH_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ont révélé ces discordances, l’avis de l’un s’accordant rarement avec l’avis de l’autre. Cela est moins étonnant dans ceux qui s’excuseront par la différence des lieux. Parmi ceux qui dans le même pays sont en désaccord, nous choisirons un exemple de dissidence : [[w:Hésiode|'''Hésiode''']] [[#Hésiode|<span id="Hésiode_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (car nous avons aussi sous son nom un livre sur les astres) a rapporté que le [[w:Lever_héliaque|''coucher matinal'']] des [[w:Pléiades_(astronomie)|''Pléiades'']] se faisait au moment de l’[[w:Équinoxe_de_septembre|''équinoxe d’automne'']] ; '''Thalès''', qu’il se faisait vingt-cinq jours après cet équinoxe; [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaximandre_back|<sup>🔄</sup>]], vingt-neuf; [[w:Euctémon|'''Euctémon''']] [[#Euctémon|<span id="Euctémon_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], quarante-huit. Quant à nous, nous suivrons les calculs de '''César''' : ils se rapportent spécialement à l’Italie. Toutefois, nous relaterons aussi les opinions des autres ; car nous sommes les interprètes, non d’un seul pays, mais de la nature entière. Nous nommerons, non pas les auteurs, ce qui serait trop long, mais les pays. Les lecteurs auront seulement à se souvenir que, pour abréger, sous le nom d’[[w:Attique|''Attique'']] nous entendons aussi les [[w:Cyclades|''Cyclades'']]; sous celui de [[w:Macédoine_(province_romaine)|''Macédoine'']], la [[w:Magnésie_antique|''Magnésie'']] et la [[w:Thrace_(province_romaine)|''Thrace'']]; sous celui d’[[w:Égypte_romaine_et_byzantine|''Égypte'']], la [[w:Syrie-Phénicie_(province_romaine)|''Phénicie'']], [[w:Chypre_(province_romaine)|''Chypre'']] et la [[w:Cilicie|''Cilicie'']]; sous celui de [[w:Béotie#Antiquité|''Béotie'']], la [[w:Locride_(Grèce)|''Locride'']], la [[w:Phocide#Antiquité_et_période_byzantine|''Phocide'']] et les contrées limitrophes ; sous celui d’[[w:Hellespontique|''Hellespont'']], la [[w:Chersonèse_(cité_grecque)|''Chersonèse'']] et le continent jusqu’au [[w:Mont_Athos|''mont Athos'']]; sous celui d’[[w:Ionie|''Ionie'']], l’Asie et les îles ''Asiatiques'' ; sous celui de [[w:Péloponnèse#Antiquité|''Péloponnèse'']], l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']] et les terres situées à l’occident; la [[w:Chaldée|''Chaldée'']] indiquera la [[w:Histoire_de_la_Syrie#Antiquité|''Syrie'']] et la [[w:Babylone_(civilisation)|''Babylonie'']]. On ne s’étonnera pas que je passe sous silence l’[[w:Afrique_romaine|''Afrique'']], l’[[w:Hispanie_romaine|''Espagne'']] et les [[w:Gaule|''Gaules'']], car personne dans ces contrées n’a laissé d’observations sur le lever des astres. Toutefois, il ne sera pas difficile de le calculer, même dans ces contrées, en étudiant la disposition des cercles que nous avons présentés dans le sixième livre (VI, 39). Grâce à cette étude, on connaît les relations astronomiques nou-seulement des nations, mais encore des villes en particulier : étant donnés les cercles déterminés par l’égalité des ombres, on choisit, dans les terres que nous avons nommées, le cercle qui a rapport à la localité objet du problème, et qui détermine en même temps le lever des astres pour cette localité. Il faut encore remarquer (II, 48) que tous les quatre ans les saisons ont leurs excès, et qu’elles reviennent les mêmes sans grande différence, en raison du soleil ; mais que tous les huit ans elles ont un redoublement, à la révolution de la centième lune.</div> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#auteurs_JH_back|<span id="auteurs_JH"><sup>1</sup></span>]] Ce passage porte à croire que les auteurs dont Pline s’était servi pour composer chacun des livres de son ouvrage avaient été placés en tête du livre auquel ils se rapportaient. Les éditions mettent cette liste d’auteurs à la suite de la table de chaque livre, dans la table générale dressée par Pline lui-même.'''</td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/652/mode/2up ''Livre XVIII.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/684/mode/2up ''Chap. LVII.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]] [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/708/mode/2up <sup>NOTES</sup>], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/708|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Jean Hardouin 1883|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Virgile_back|<span id="Virgile"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Publius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Vergilius|nomen, nom de famille}} {{Info|Maro|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète latin renommé dans les styles [[w:Épopée|''épique'']] (l’[[w:Énéide|''Énéide'']]), [[w:Poésie_pastorale|''pastorale'']] (les [[w:Bucoliques|''Bucoliques'']]) et [[w:Poésie_didactique|''didactique'']] (les [[w:Géorgiques|''Géorgiques'']]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(15 octobre [[w:Années_70_av._J.-C.|-70]], [[w:Virgilio_(Lombardie)#Histoire|''Andes'']], au sud-est de l’actuelle [[w:Lombardie#Histoire|''Lombardie'']], au nord de l’Italie — 21 septembre [[w:Années_19_av._J.-C.|-19]], [[w:Brindisi#Histoire|''Brundisium'']], au sud-est des actuelles [[w:Pouilles#Domination_romaine|''Pouilles'']], au sud-est de l’Italie)<sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Sosigène_back|<span id="Sosigène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σωσῐγένης / Sōsigénēs [[wikt:en:Σωσιγένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe σῴζω / sṓizō, « 1. Sauver : • Guérir ; • (rare chez Homère) Garder en sécurité, préserver ; • Garder, observer, maintenir ; • (généralement au milieu) Garder à l’esprit, se souvenir ; • Conduire en toute sécurité (à) ; • Secourir ; • Conserver pour. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun‎ γένος / génos [[wikt:en:γένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Race, souche, parenté : Descendance directe, par opposition à une relation collatérale. 2. Progéniture, descendant : (collectif) progéniture, postérité. 3. (en général) Race d’êtres : • Famille, clan, maison ; • Tribu, nation, race, en tant que subdivision de ἔθνος / éthnos [[wikt:en:ἔθνος#Ancient_Greek|(en)]] ; • Caste ; • Race d’animaux. 4. Âge, génération, période de la vie. 5. Sexe, genre : (grammaire) Genre grammatical. 6. Classe, sorte, genre : • (logique) L’opposé de εἶδος / eîdos [[wikt:en:εἶδος#Ancient_Greek|(en)]] ; • (taxonomie) Classe : • (taxonomie) Genre ; • Espèce de plante ; culture, produit ; matériau ; • Élément. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Astronome grec, connu pour avoir participer à la conception du [[w:Calendrier_julien|''calendrier julien'']] (instauré par Jules César en [[w:Années_46_av._J.-C.|-46]]/[[w:Années_45_av._J.-C.|-45]], lorsqu’il était [[w:Pontifex_maximus|''pontifex maximus'']]), avec une année commune de 365 jours divisée en 12 mois, et un jour intercalaire ajouté tous les 4 ans, lors des années bissextiles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hésiode_back|<span id="Hésiode"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡσῐ́οδος / Hēsíodos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète ''grec'', renommé pour 2 ouvrages :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• [[w:Théogonie_(Hésiode)|''la Théogonie'']], une généalogie des dieux (dans laquelle il présente la multitude des dieux célébrés par les mythes grecs où trois générations divines se succèdent : celle d’Ouranos, celle de Cronos, celle de Zeus qui sort triomphant) et une cosmogonie (qui retrace la création du monde à partir du Chaos) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• et [[w:Les_Travaux_et_les_Jours|''les Travaux et les Jours'']], un almanac sur l’agriculture à destination de son frère Perses.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Euctémon_back|<span id="Euctémon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ευκτήμων / Euktémōn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Astronome ''athénien'', contemporain et collègue de l’astronome [[w:Méton|Méton]], avec qui, il a fait une série d’observations des [[w:Solstice|''solstices'']] afin de déterminer la durée de l’[[w:Année_tropique|''année tropique'']] [https://ecliptiqc.ca/Almageste_Livre3.php#III1 <sup>Ptolémée, Almageste, liv. III, chap. 1</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Des découvertes astronomiques : part de chaque observateur dans la science.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''LVII.''' D’abord, il est presque impossible de déterminer d’une manière précise le nombre des jours de l’année et le cours du soleil [[#Primum_omnium_dierum_AdG|<span id="Primum_omnium_dierum_AdG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Aux trois cent soixante-cinq jours qui composent l’année, on ajoute le quart d’un jour et d’une nuit, pour en faire ensuite un jour intercalaire ; de là il suit qu’on ne saurait indiquer avec précision le moment du lever et du coucher des astres. On convient qu’il y a encore dans cette théorie beaucoup d’obscurité ; en effet, les saisons quelquefois commencent plusieurs jours avant le terme qui leur a été fixé, ce que les ''Grecs'' appellent ''procheimasis'' ; d’autres fois, plusieurs jours après, ce qu’ils appellent ''épicheimasis'' [[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG|<span id="Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Presque toujours l’action des astres se fait sentir sur la terre ou plus tôt ou plus tard qu’il ne devrait ; aussi dit-on communément, lorsque le beau temps est revenu, que tel astre a produit son effet. Ces phénomènes dépendent des astres fixés à la voûte des cieux, ainsi que des étoiles, dont les mouvemens particuliers excitent des grêles et des pluies qui sont d’une très-grande conséquence pour les biens de la terre, comme nous l’avons observé, et amènent dans la température des changemens sur lesquels le laboureur ne pouvait compter. Non-seulement les hommes y sont trompés, mais aussi les animaux, bien plus habiles que nous à prévoir ces vicissitudes, puisque d’ailleurs leur vie en dépend ; en effet, on a vu des oiseaux d’été périr par des froids arrivés trop tôt ou trop tard, et des oiseaux d’hiver par des chaleurs également imprévues. Aussi '''Virgile''' veut-il qu’on étudie aussi le cours des ''planètes'', et qu’on observe avec soin le passage du froid ''Saturne'' [[#Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG|<span id="Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG_back"><sup>'''3'''</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quelques-uns fixent le commencement du printemps à l’apparition des papillons, parce que ces insectes sont fort délicats. Néanmoins on a observé, dans l’année même où j’écris cette partie de mon ouvrage, que le froid, ayant repris trois fois, a fait périr autant de fois les papillons, et que les hirondelles qui, s’étaient montrées dès le 6 des [[w:Calendes|''kalendes'']] de février, et semblaient annoncer le retour du printemps, ont eu à essuyer un rigoureux hiver.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">C’est donc une science très-problématique que celle de l’influence des astres, et les inductions qu’elle fournit sont fort douteuses [[#Res_anceps_AdG|<span id="Res_anceps_AdG_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui augmente la difficulté, c’est la convexité du ciel et la différence des climats de la terre : le même astre se montre ici dans un temps, et là dans un autre ; d’où il suit que son influence ne se fait pas sentir en même temps partout. Pour surcroît d’embarras, les observations recueillies par les auteurs ont été faites dans des lieux différens, et ceux du même pays ne s’accordent pas même entre eux. On compte trois écoles astronomiques, la ''chaldéenne'', l’égyptienne et la ''grecque''. Le dictateur '''César''' en a fondé, chez les ''Romains'', une quatrième, lorsqu’aidé de '''Sosigène''', habile astronome, il fixa la longueur de l’année à une révolution du soleil. On trouva dans la suite que son calendrier était défectueux, parce que l’année, auparavant plus courte, se trouvait alors plus longue que le cours du soleil. Pour y remédier, il fallut, pour douze années consécutives, supprimer les jours intercalaires. '''Sosigène''' lui-même, le mathématicien le plus exact de son temps, après avoir revu jusqu’à trois fois ses calculs, sembla toujours douter de leur justesse, et ne cessa jamais de se corriger lui-même. De tous les auteurs qui ont traité ce sujet, et que nous avons cités au commencement de ce livre, il en est rarement deux qui soient de même avis. Cette divergence d’opinions est moins surprenante et plus excusable chez ceux qui écrivaient en des pays différens. Mais que dire de ceux qui, habitant le même pays, sont néanmoins d’avis différens ? En voici un exemple : '''Hésiode''', qui nous a laissé aussi un ouvrage sur le cours des astres, fixe le coucher matutinal des ''Pléiades'' au moment de l’équinoxe d’automne ; '''Thales''' prétend qu’il n’arrive que vingt-cinq jours après ; '''Anaximandre''' en met vingt-neuf ; '''Euctémon''', quarante-huit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quant à nous, nous suivrons les calculs de '''César''', qui se rapportent spécialement à l’Italie ; mais nous rapporterons aussi les observations étrangères, car notre plan n’est pas de traiter d’un seul pays, mais de la nature entière. Pour être moins longs, nous citerons les pays, et non les auteurs ; et, pour abréger davantage encore, les lecteurs se souviendront que, sous le nom d’Attique, il faut aussi entendre les ''Cyclades'' ; sous le nom de ''Macédoine'', la ''Magnésie'' et la ''Thrace'' ; sous le nom d’Égypte , la ''Phénicie'', l’île de ''Cypre'' et la ''Cilicie'' ; sous celui de ''Béotie'', la ''Locride'', la ''Phocide'' et les contrées voisines ; sous le nom d’Hellespont, la ''Chersonèse'' et partie du continent jusqu’au mont ''Athos'' ; sous le nom de l’Ionie, l’Asie et les îles ''Asiatiques'' ; sous le nom du ''Péloponnèse'', l’Achaïe et les pays adjacens au couchant ; enfin sous le nom de ''Chaldée'', l’Assyrie et la ''Babylonie''. On ne sera pas étonné que nous ne parlions ni de l’Afrique, ni de l’Espagne, ni des ''Gaules''. Aucun auteur dans ces contrées n’a laissé d’observations sur le lever ou le coucher des astres. Il ne sera pas difficile néanmoins de déterminer l’époque de ces phénomènes dans ces contrées, en étudiant la disposition des cercles, telle que nous l’avons présentée dans le sixième livre. Par ce moyen, on déterminera la position astronomique, non-seulement de chaque pays, mais encore de chaque ville dont nous avons pu parler, en prenant par les ombres égales de tous les cercles, une portion du cercle de telle contrée qu’on voudra choisir, et en calculant son rapport avec le lever des astres. Il faut faire observer encore que tous les quatre ans les chaleurs reviennent à peu près les mêmes pour chaque saison, en raison du mouvement du soleil, et que toutes les huitièmes années elles sont plus fortes, à cause de la centième lunaison.</div> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Primum_omnium_dierum_AdG_back|<span id="Primum_omnium_dierum_AdG"><sup>1</sup></span>]] Cf. sur la plupart des difficultés que le texte de notre auteur révèle, les notes relatives à l’astronomie, au livre II. L’année romaine fut d’abord celle des [[w:Albe_la_Longue|''Albains'']], c’est-à-dire lunaire ; dix mois la composaient, mars en était le premier : elle avait cinquante jours de moins que l’année lunaire réelle, et soixante-un de moins que l’année solaire, c’est-à-dire trois cent quatre jours seulement ; c’était là l’[[w:Calendrier_romain|{{Info|''année de Romulus''|le calendrier dit romuléen}}]]. [[w:Calendrier_romain|{{Info|''Numa''|le calendrier dit pompilien}}]] ajouta deux mois à cette année, janvier et février, et elle se trouva être composée de trois cent cinquante-cinq jours. Elle demeura ainsi jusqu’à Jules César, où commence l’[[w:Calendrier_julien|''année julienne'']], qui se compose de trois cent soixante-cinq jours, huit heures, auxquels [[w:Calendrier_grégorien|''Grégoire le Grand'']] ajouta onze minutes, pour arriver à la plus grande exactitude possible.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back|<span id="Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG"><sup>2</sup></span>]] L’entrée du soleil dans tel ou tel signe du zodiaque, son passage à l’équateur, etc., ne sont pas toujours le signal d’un changement dans la température. [[w:Végèce|Végèce]] a parlé des jours prokéimasiques et épikéiniasiques :''' {{Info|''Aut enim circa diem statutum, aut ante, vel postea, tempestates fieri, compertum est : unde præcedentes, ωροϰεἰμασιν : nascentes die solenni, επιϰεἰμασιν : subsequentes, μεταϰεἰμασιν, græco vocabulo nuncuperaverunt''|Car on a constaté que les tempêtes se produisent soit vers le jour fixé, soit avant, soit après : d’où les précédents, ωροϰεἰμασιν : nés le jour solennel, επιϰεἰμασιν : les suivants, μεταϰεἰμασιν, étaient appelés par le mot grec. TdA.}} '''(IV, 40).''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG_back|<span id="Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG"><sup>3</sup></span>]] <p style="margin: 0 6em; text-indent: 0px">'''{{Info|Hoc metuens, cæli menses et sidera serva,<br />Frigida Saturni sese quo stella receptet.|Craignant cela, gardez les lunes et les étoiles du ciel, le froid de Saturne lui-même, où l’étoile les recevra. TdA.}}'''<p style="text-align: right; margin: 0 6em; text-indent: 0px">''Georg.'', I, 335.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Res_anceps_AdG_back|<span id="Res_anceps_AdG"><sup>4</sup></span>]] Voici enfin quelques idées philosophiques qui se trouvent sous la plume de Pline ; malheureusement la cause par laquelle notre auteur explique l’influence des astres est problématique, et montre que les sciences astronomiques des anciens laissaient beaucoup à désirer. Les Grecs croyaient qu’il y avait autant de cieux que de planètes ; le huitième ciel, ou le firmament, était celui dès étoiles fixés.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Occasum_matutinum_Vergiliarum_Hesiodus_AdG_back|<span id="Occasum_matutinum_Vergiliarum_Hesiodus_AdG"><sup>5</sup></span>]] L’ouvrage auquel Pline fait allusion a été mentionné par [[w:Théon_d'Alexandrie|Théon]] qui le nomme Αστριϰὴ βίϐλος [[w:en:Astronomia_(poem)|(en)]]. Cet ouvrage est perdu.'''</td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Onzième</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f196.item ''Livre XVIII.''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f340.item ''chap. LVII.''], traduction nouvelle par M. [[w:Stéphane_Ajasson_de_Grandsagne|Ajasson de Grandsagne]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f453.item <sup>NOTES</sup>], C. L. F. Panckoucke, Paris, 1829</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">''Divi[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ion des jours & des nuits [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uivant le cours du Soleil ; lever & coucher des étoiles ; ordre des [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons ; tems où l’on [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eme les bleds d’hiver.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''D'''’ABORD il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que impo{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible de déterminer au ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te le nombre des jours de l’année, & le cours du Soleil ; car comme aux trois cents {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oixante & cinq jours dont l’année e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ée, on ajoute le quart d’un jour & d’une nuit, autrement {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, qui, au bout de quatre ans, font un jour intercalaire [[#jour_intercalaire_LPdS|<span id="jour_intercalaire_LPdS_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], il arrive qu’on ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auroit a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igner avec certitude le tems du lever & du coucher des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres. En {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd lieu, l’on convient qu’il y a dans cette théorie beaucoup d’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité ; car quelquefois les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons [[#quelques_les_saisons_LPdS|<span id="quelques_les_saisons_LPdS_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] commencent plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours avant le terme qui leur a été fixé, ce que les Grecs appellent ''prokheïma{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}is'' ; & d’autres fois plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours après, ce que ces mêmes Grecs expriment par le mot ''epikheïma{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}is'' : & l’on éprouve très {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouvent que l’action des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ait {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la terre, tantôt plutôt, tantôt plus tard. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i dit-on communément, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que le beau tems e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t revenu, que tel a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre a produit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on effet. D’ailleurs comme tout cela dépend des globes céle{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes, leur mouvement relatif excite quelquefois des grêles & des pluies, qui, comme nous l’avons déja [[#déjà_fait_observer_LPdS|<span id="déjà_fait_observer_LPdS_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] fait ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erver, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de la plus grande con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}équence pour les biens de la terre, & qui renver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pérance qu’on avoit du beau tems. Et non {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement les hommes y {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont trompés, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les animaux, quoiqu’ils aient bien plus de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agacité que nous pour pre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir ces vici{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}itudes du ciel, d’autant que leur vie en dépend. En effet, on voit quelquefois les oi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux d’été mourir par des froids qui viennent trop tard ou trop tôt, & les oi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux d’hiver par des chaleurs qui arrivent de même. C’est pourquoi '''Virgile''' veut qu’on étudie au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le cours des planetes, & qu’on ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erve à quelle partie du zodiaque répond la planete du froid Saturne [[#Saturne_LPdS|<span id="Saturne_LPdS_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Quelques-uns croient que le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igne le plus certain du printems commencé, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’on voit des papillons, & cela parceque ces in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont fort délicats. Néanmoins on a remarqué que dans l’année même [[#lAnnée_dÉcriture_LPdS|<span id="lAnnée_dÉcriture_LPdS_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] où j’écris ceci, le froid ayant recommencé ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois fois, a fait mourir autant de fois les papillons ; & que les hirondelles, qui, s’étant montrées dès le vingt-{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ept de Janvier, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embloient annoncer le retour du printems, ont en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uyé un très cruel hiver.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t donc une {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cience très problématique que celle de l’influence des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, & les inductions que l’on en tire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont fort douteuses. Mais ce qui cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e le plus d’incertitude, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cette convexité du ciel & la différence des climats de la terre, parceque le même a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e montre ici dans un tems, & là dans un autre, d’où il ré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulte que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on influence ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir en même tems par-tout. Un autre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urcroît de difficulté, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t que les ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations recueillies par les Auteurs ont été faites en différents lieux, & que ceux même qui ont écrit dans le même endroit ne s’accordent nullement entre eux dans ce qu’ils écrivent. On compte ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois différentes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortes de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectes en A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomie ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}avoir, celle des Chaldéens [[#secte_des_Chaldéens_LPdS|<span id="secte_des_Chaldéens_LPdS_back"><sup>'''5*'''</sup></span>]], celle des Egyptiens & celle des Grecs. On peut même dire que le Dictateur Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar [[#Dictateur_César_LPdS|<span id="Dictateur_César_LPdS_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}it, chez les Romains, une quatrieme, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il rédui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}it chaque année au cours du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervant à cet effet du travail de So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igene, très habile A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronome. Néanmoins on découvrit en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite que le calendrier de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar étoit défectueux [[#calendrier_César_défectueux_LPdS|<span id="calendrier_César_défectueux_LPdS_back"><sup>'''7'''</sup></span>]], parceque l’année qui auparavant étoit plus courte que le cours du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouvoit alors plus longue : & pour corriger cette erreur, on ordonna que pendant douze années de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite, il n’y auroit point de jour intercalaire [[#correction_erreur_LPdS|<span id="correction_erreur_LPdS_back"><sup>'''8'''</sup></span>]]. So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igene lui-même, quoique Mathématicien plus exact que les autres, ne lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a pas de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e conduire con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tamment en homme qui doutoit de la ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on propre calcul, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il en fit ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois différentes corrections. De tous les Auteurs [[#Auteurs_calendrier_LPdS|<span id="Auteurs_calendrier_LPdS_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] qui ont écrit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette matiere, & que nous avons allégués au commencement de ce livre, il s’en trouve rarement deux qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oient de même {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entiment. Cette variété e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urprenante, comme au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i plus excu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}able, chez ceux qui écrivoient en des pays différents. Mais que dire de ceux qui, écrivant dans le même pays, n’ont pas lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é d’être partagés d’opinion ? En voici un exemple. '''Hé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iode''', dont il y a au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i un ouvrage [[#ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS|<span id="ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le cours des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, dit que les Pléiades {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couchent le matin dans le tems même de l’équinoxe d’automne. '''Thalès''' [[#opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS|<span id="opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS_back"><sup>'''11'''</sup></span>]] dit que cela arrive vingt-cinq jours après. '''Anaximandre''' en met vingt-neuf ; '''Euctémon''' [[#Euctémon_LPdS|<span id="Euctémon_LPdS_back"><sup>'''12'''</sup></span>]] quarante-huit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quant à nous, nous {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivrons le calcul de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, ayant principalement égard à l’Italie. Nous ne lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erons néanmoins de rapporter les opinions étrangeres, parceque notre objet n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas de traiter d’un {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eul pays, mais de la Nature entiere. Seulement, pour éviter les longueurs, nous n’indiquerons que les pays où chaque opinion a lieu, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans faire mention des auteurs de ces a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ertions : & pour abréger encore davantage, les Lecteurs voudront bien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouvenir que quand il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t parlé de l’Attique, il faut, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous ce nom, entendre au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les Cyclades ; que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de Macédoine, il faut entendre au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la Magné{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie & la Thrace ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Egypte, la Phénicie, l’i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}le de Chypre & la Cilicie; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous celui de la Béotie, la Locride, la Phocide & les contrées voi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ines ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Hel le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pont, la pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}le de Thrace & le pays de terre ferme, ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’au mont Athos ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Ionie, l’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie & les i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}les A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iatiques ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom du Péloponne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, l’Achaïe & les contrées [[#contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS|<span id="contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS_back"><sup>'''13'''</sup></span>]] adjacentes qu’elle a à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on couchant ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom des Chaldéens, l’Assyrie & la Babylonie. Il ne faudra pas s’étonner {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i je ne parle ici ni de l’Afrique, ni de l’Espagne, ni des Gaules, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que ces pays n’ont eu aucun Auteur qui ait écrit du cours des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, ni de leur lever. Toutefois il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}era pas difficile de connoître le tems où ils {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e levent dans ces pays-là même, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}truit de l’arrangement des cercles céle{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes, tel que nous l’avons expliqué au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme livre de cet ouvrage ; car, par ce moyen, & par les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eules notions que nous avons expo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ées en donnant une nomenclature des lieux, on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aura la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition, non {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement de chaque pays, mais encore de chaque ville, en prenant par les ombres égales de tous les cercles, un {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}egment du cercle de tel pays qu’on voudra choi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ir, & en cherchant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on rapport avec le lever des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres. Il faut remarquer au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i que de quatre [[#Columelle_LPdS|<span id="Columelle_LPdS_back"><sup>'''14'''</sup></span>]] en quatre ans les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons & les chaleurs reviennent à peu près les mêmes, & cela à cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e du mouvement du Soleil ; & que de huit en huit ans ces mêmes chaleurs reviennent plus con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idérables, en vertu de la centieme lunai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on.</div> {{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}} <div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#jour_intercalaire_LPdS_back|<span id="jour_intercalaire_LPdS"><sup>1</sup></span>]] Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur toute cette que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion, nos notes 13 & 14 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le huitieme chapitre du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd livre de Pline, tome 1, p. 41 & 42 :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 5em;">(13) [[w:Suétone|Suétone]] s’exprime mieux, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il écrit : chaque quatrieme année ''quarto quoque anno''. Il est vrai que, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon le [[w:Jean_Hardouin|Pere Hardouin]], il faut comprendre dans la période de cinq ans, dont parle Pline, la premiere & la cinquieme année comme Bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles ; ce qui revient aux quatre années de Suétone, dont la quatrieme avoit un ''bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ex'' ; mais en vérité cette explication est des plus forcées. Je {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erois donc d’avis qu’il faudroit lire dans Pline comme dans Suétone, ''quarto anno'', {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nous n’apprenions d’ailleurs de cet Hi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}torien, que dès le regne d’Augu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te il s’étoit déja gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs abus & altérations dans l’année Julienne. On voit du moins qu’il y réforma plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, sous prétexte de la remettre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le pied où Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar l’avoit in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituée. Cela me donneroit à pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er qu’on fit dès-lors attention à la fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eté & à l’excédence du calcul Julien ; mais qu’Augu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te, par respect pour la mémoire de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, affecta d’imputer la faute à la négligence des Prêtres chargés à Rome de l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pection du Calendrier ; qu’au demeurant, on découvrit l’abus, & qu’on e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aya d’y remédier, en n’ajoûtant un jour entier à l’année ordinaire que chaque ''cinquieme année'' comme Pline paroît l’articuler ici expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement. Mais d’ailleurs il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t évident qu’à la longue le période bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile de quatre années en quatre années prévalut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur celui de chaque cinquieme année, dont parle Pline ; & même il paroît que ceux qui, par la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite, voulurent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}upputer les tems, récapitulerent, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans exception, toutes les bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles quartenaires écoulées depuis l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution Julienne ; car en 1582, on trouva par ce moyen que l’année étoit reculée de dix jours & plus; d’autant que l’excédence du calcul Julien, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e à l’année révolue 365 jours & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, au lieu de 365 jours 5 heures 49 minutes, 8 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econdes 17 tierces & 13 quarts qu’elle a réellement, forme tous les ans environ 11 minutes de trop, & tous les cent trente-quatre ans un jour entier d’excès. Le Pape Grégoire XIII trouvant donc l’année reculée de plus de dix jours ; ce qui dérangeoit l’économie annuelle des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olemnités, remédia à cet inconvénient en retranchant de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on autorité dix jours au mois d’Octobre de l’année 1582, où l’on étoit alors ; & en réglant qu’à l’avenir tous les quatre cents ans on omettroit trois années bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles. Ce réglement devint une loi pour pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que toute l’Europe chrétienne. L’autre maniere de compter fut appellée l’ancien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tyle. La Grande-Bretagne a long-tems per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té à s’en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir malgré {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on abus manife{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te. Enfin le Parlement d’Angleterre, par acte du mois de Septembre 1752, a adopté la réforme Grégorienne.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 4em;">(14) Le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, en fai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant le tour du cercle oblique, parcourt réellement 360 degrés ou {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections ; pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que tout cercle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e divi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e en 360 parties appellées degrés : mais la me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ure de chaque degré du cercle parcouru annuellement par le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, excede tant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit peu, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire de quelques légeres fractions de tems, la durée de chacun de nos jours révolus ; durée qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t, comme on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ait, que de 24 heures préci{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es ; le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quelles, comparées à un degré, en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, au bout de l’année, 365 & plus pour le cercle, au lieu de 360 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement que le cercle requerroit. D’après une connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de ces principes, Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e voyant Dictateur, Grand-Pontife, & maître du monde, entreprit, l’an 140 avant J. C. de réformer les abus qui s’étoient gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}és, tant dans l’année Pompilienne, ou de Numa, que dans celle des Pontifes, encore plus irréguliere que celle de Numa. A cet effet, il fit venir d’Alexandrie le Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igenes. Celui-ci décida fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement que le cercle des jours de l’année révolue excédoit du nombres 5 joint au quart de 1 les 360 degrés du cercle oblique parcouru par le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil : expo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é faux, auquel le Dictateur, occupé d’autres {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oins, déféra {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans autre examen. Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar régla donc, de l’avis de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronome, que l’année {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit divisée en 365 jours ; & quant au quart de jour re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant, qui produit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, il ordonna qu’on n’y auroit aucun égard pour chaque année particuliere ; mais que chaque quatrieme année on réuniroit la totalité de quatre fois {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, qui en font vingt-quatre, pour en compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er un jour entier; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i cette quatrieme année auroit 366 jours. Il régla de plus, que ce jour intercalaire, ou ajoûté à chaque quatrieme année, seroit le 24 Février. Les Romains nommoient ce jour-là ''bis {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}exto calendas Martii'', c’est-à-dire, le ''{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme avant les calendes de Mars'' ; d’où il arriva que l’année où tomboit ce jour intercalaire fut appellée bis-{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#quelques_les_saisons_LPdS_back|<span id="quelques_les_saisons_LPdS"><sup>2</sup></span>]] Végece dit pareillement, liv. 4, chap. 40 : ''Aut enim circa diem {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatutum, aut ante, vel po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tea, tempe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tates fieri compertum e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t : unde præcedentes, ωροϰεἰμασιν : na{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}centes die {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olenni, επιϰεἰμασιν : {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equentes, μεταϰεἰμασιν, Græco vocabulo nuncuperaverunt'' [[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back|<sup>⤴️</sup>]]. On lit au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i chez [[w:Columelle|Columelle]], dans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a Préface :''' {{Info|''Neque enim ſemper eumdem, cælum & annus, velut ex præſcripto habitum gerunt : nec omnibus annis eodem vultu venit aſtas, aut hyems, &c.''|Car le ciel et l’année ne portent pas toujours le même habit, comme par un précepte : ni l’automne n’arrive chaque année avec la même apparence, ni l’hiver, etc. TdA}} </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#déjà_fait_observer_LPdS_back|<span id="déjà_fait_observer_LPdS"><sup>3</sup></span>]] Au liv. 17, chap. 2.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Saturne_LPdS_back|<span id="Saturne_LPdS"><sup>4</sup></span>]] Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i qu’il l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}inue dans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es ''Géorg.'' liv. I, v. 335 :'''<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 0px">{{Info|Hoc metuens, cæli menses et sidera serva,<br />Frigida Saturni sese quo stella receptet.|Craignant cela, gardez les lunes et les étoiles du ciel, le froid de Saturne lui-même, où l’étoile les recevra. TdA.}} </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#lAnnée_dÉcriture_LPdS_back|<span id="lAnnée_dÉcriture_LPdS"><sup>5</sup></span>]] Pline, au quatorzieme livre, chap. 4, comptoit deux cents trente ans depuis la mort de [[w:Cicéron|Cicéron]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cicéron_I|<sup>🔄</sup>]], arrivée l’an de Rome 600. L’année qu’il indique ici, & où il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouvoit avoir compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre livres de plus, e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t probablement la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivante, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire l’année 831 de la fondation de Rome.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#secte_des_Chaldéens_LPdS_back|<span id="secte_des_Chaldéens_LPdS"><sup>5*</sup></span>]] Sur l’année Chaldéenne, qui étoit la même que la Judaïque, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez [[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ebe]], ''Præpar. Evang.'' liv. 9, chap. 17, où il fait Abraham inventeur de l’a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomie chez les Chaldéens. Les A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trologues Chaldéens étoient ordinairement des Prêtres des Dieux, tels que [[w:Bérose|Béro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e]], auquel les Athéniens éleverent dans leur Gymna{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e une {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatue à langue dorée. Sur quoi voyez Pline, liv. 7, chap. 37. Ce Béro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e étoit un Prêtre de [[w:Bēl|Belus]] ; il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cité par [[w:Clément_d'Alexandrie|Clément d’Alexandrie]], & par [[w:Flavius_Josèphe|Jo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eph]] [[#Flavius_Josèphe_I|<sup>⤵️</sup>]], contre Apion, liv. 1. Sur l’année Egyptienne, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’ancienne année Grecque, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez [[w:Hérodote|Hérodote]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_I|<sup>🔄</sup>]] liv. 2, n°. 4. Cicéron rend ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tice à l’étude que firent des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres les Egyptiens & les Babyloniens, liv. 1, de ''Divinat.'' n°. 16 :''' {{Info|''Ægyptii, & Babylonii, in camporum patentium aquoribus habitantes, cùm ex terra nihil emineret, quod contemplationi cæli officere poſſet, omnem curam in ſiderum cognitione poſuerunt''|Les Égyptiens et les Babyloniens, vivant dans les eaux des plaines découvertes, alors que rien ne dépassait de la terre qui pût gêner la contemplation du ciel, mettaient tous leurs soins dans la connaissance des étoiles. TdA}}. </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Dictateur_César_LPdS_back|<span id="Dictateur_César_LPdS"><sup>6</sup></span>]] Voyez les notes 13 & 14 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le chap. 8 du liv. 2, tome 1, p. 41 & 42.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#calendrier_César_défectueux_LPdS_back|<span id="calendrier_César_défectueux_LPdS"><sup>7</sup></span>]] Voyez les notes indiquées dans la note précédente ; & joignez-y les ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivantes, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de M. De{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}places, p. 339 : « Le calendrier chrétien, ayant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivi la réformation de Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouva qu’en l’année 1582, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le Pape Grégoire XIII, l’équinoxe étoit remontée ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’au 11 de Mars, au lieu du 21, où elle devoit être. Ce Pape, après avoir con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulté Clavius & Ciaconius, les plus habiles A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes du tems, ordonna qu’en cette même année 1582, on compteroit le 5 du mois d’Octobre, au lieu du 15, afin de retrancher les dix jours qui s’étoient gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}és de trop, en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivant la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}upputation Julienne, depuis le Concile de Nicée, tenu en 325 : on convint encore de continuer l’intercalation d’un jour tous les quatre ans ; & qu’en outre, pour éviter dans la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite pareille erreur, il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit fait un retranchement de trois jours intercalaires, dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pace de quatre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iecles, à cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e des onze minutes qui manquent aux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures des années, dont on compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e l’année intercalaire, ou bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile ; ces trois jours {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e retranchent en l’année qui finit les trois premiers {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iecles. De célebres A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes modernes ont fait voir que, malgré cette précaution, il y auroit encore, au bout de quatre cents ans, plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours de variation dans l’équinoxe ».''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#correction_erreur_LPdS_back|<span id="correction_erreur_LPdS"><sup>8</sup></span>]] Etabli par Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, & qui revenoit tous les quatre ans. Ecoutons Suétone, vie de ce Dictateur, chap. 40 : {{Info|''Faſtos correxit, jampridem vitio Pontiſicum, per intercalandi licentiam adeo turbatos, ut neque meſſium feria aſtati, neque vindemiarum autumno competerent, annumque ad curſum ſolis accommodevit, ut CCCLXV dierum eſſet, & intercalario menſe ſublato, unus dies quarto quoque anno intercalaretur, &c''|Il corrigea les jeûnes, qui avaient toujours été une faute pontique, si perturbés par la permission de l’intercalation, que ni les fêtes du mois ne tenaient, ni les récoltes ne correspondaient à l’automne, et il ajusta l’année à la course du soleil, de sorte que c’était 365 jours, et après le mois intercalaire, un jour était intercalé tous les quatre ans, etc. TdA}}. On s’apperçut que cette correction de Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar étoit elle-même fautive. On tenta de nouveau de remédier au vice du calendrier ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur quoi con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez Solin, chapitre 1, p. 5 ; le P. Petau, ''de Doctr. temp.'' chap. 3 ; mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur-tout [[w:Macrobe|Macrobe]], qui s’exprime ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i, liv. 1, ''Saturn.'' chap. 14, p. 255 :''' {{Info|''Sacerdotes ſibi errorem novum ex ipſa emendatione ſecerunt. Nam cùm oporteret diem, qui ex quadrantibus conſit, quarto quoque anno conſecto, antequam quintus inciperet, intercalare, illi quarto non peracto ſed incipiente, intercalabant. Hic error ſex & triginta annis permanſit : quibus annis intercalati ſunt dies duodecim, cùm deberent intercalari novem. Sed hunc quoque errorem ſerò deprehenſum correxit Auguſtus, qui annos duodecim ſine intercalari die tranſigi juſſit : ut illi tres dies, qui per annos triginta & ſex vitio ſacerdotalis ſeſtinationis excreverant, ſequentibus annis duodecim, nullo die intercalato, devorarentur. Poſt hoc unum diem, ſecundùm ordinationem Caſaris, quinto quoque incipiente anno intercalari juſſit : & omnem hunc ordinem area tabula ad aternam cuſtodiam inciſione mandavit.''|Les prêtres retranchèrent une nouvelle erreur de leur correction. Car lorsqu’il fallait intercaler le jour qui est composé de quadrants, la quatrième année consécutive, avant que la cinquième ne commence, on intercalait ceux lorsque la quatrième n’était pas terminée mais commençait. Cette erreur a duré trente-six ans : années au cours desquelles douze jours ont été intercalés, alors qu’il aurait fallu en intercaler neuf. Mais cette erreur fut également détectée par Auguste, qui ordonna que douze années s’écoulèrent sans jour intercalaire : afin que ces trois jours, qui avaient été excrétés pendant les trente-six années du vice sacerdotal de cessation, soient dévorés dans le douze années suivantes, sans jour intercalaire. Après ce jour, selon l’ordonnance de César, il décréta que la cinquième année serait également intercalée : et tout l’ordre fut ordonné d’être gravé par le conseil du domaine pour la garde éternelle. TdA}}. </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Auteurs_calendrier_LPdS_back|<span id="Auteurs_calendrier_LPdS"><sup>9</sup></span>]] Ces Auteurs {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont Hiéron, Philomêtor, Attale, Archelaüs, Xénophon, Magon, Caton, Silanus, Varron, &c. dont Pline a fait mention {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la fin du chapitre 3.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS_back|<span id="ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS"><sup>10</sup></span>]] Nous apprenons de Théon que cet ouvrage {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nommoit l’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trique, Ἀςριϰὴ ϐίϐλος. Voyez au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur ce même ouvrage, une Epigramme de [[w:Callimaque_de_Cyr%C3%A8ne|Callimaque]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_I_de_Cyrène_II|<sup>🔄</sup>]], citée dans la vie d’Aratus, qui fait partie de l’Uranologie de [[w:Denis_Pétau|Petau]], liv. 2, ''Var. Di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ert.'' chap. 9, p. 97.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS_back|<span id="opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS"><sup>11</sup></span>]] Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette opinion de Thalès, ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur celles d’Hé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iode & d’Anaximandre, l’Uranologie citée note précédente.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Euctémon_LPdS_back|<span id="Euctémon_LPdS"><sup>12</sup></span>]] ''Euctemon'' ; ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i portent les manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits, & non pas ''Eudemon''. J’ai traité d’Euctêmon (en Grec Εὐϰτημον) dans les notes alphabétiques du premier livre, & plus récemment dans la note 21 du chapitre précédent.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS_back|<span id="contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS"><sup>13</sup></span>]] Telles que l’Elide, l’Arcadie, la Me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}lénie.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Columelle_LPdS_back|<span id="Columelle_LPdS"><sup>14</sup></span>]] Columelle, liv. 3, chap. 6 :''' {{Info|''Quo tempore ſol in eamdem partem ſigniſeri per eoſdem numeros redit, per quos cursus ſui principium cæperat : quem circuitum meatus dierum integrorum mille quadringentorum ſexaginta unius [[w:Apocatastase|ὰ τοκατάςασιν]] vocant ſtudioſi rerum cæleſtium''|A ce moment-là, le soleil revient dans la même direction au moyen des mêmes nombres par lesquels il a commencé sa course : laquelle course de mille quatre cent soixante et un jours entiers est appelée ὰ τοκατάςασιν par ceux qui étudient les choses célestes. TdA}}.</td> </tr> </table><br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Sixieme</u>], [https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PA257#v=onepage&q&f=true ''Livre Dix-huitieme.''], [https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PA455#v=onepage&q&f=true ''Diviſion des jours & des nuits ſuivant le cours du Soleil ; lever & coucher des étoiles ; ordre des ſaiſons ; tems où l’on ſeme les bleds d’hiver.''], traduction en françois, avec le texte latin rétabli d’après les meilleures leçons manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crites ; accompagnée de Notes critiques pour l’éclairci{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du texte, & d’Ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances des Anciens comparées avec les découvertes des Modernes, par M. [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Louis Poinsinet de Sivry]], Chez la veuve Desaint, Paris, 1771</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Flavius_Josèphe|'''Flavius Josèphe''']] [[#Flavius_Josèphe|<span id="Flavius_Josèphe_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:37|37]]/[[w:38|38]], à [[w:Histoire_de_Jérusalem#Période_romaine_et_byzantine_(63_av._J.-C._-_638)|''Jérusalem'']] — vers [[w:100|100]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']]) [[w:Ier_siècle|<sup>⏳</sup>]] [[s:Auteur:Flavius_Josèphe|<sup>📚</sup>]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:historiographe|Historiographe]] ''romain'' [[w:Juifs|''juif'']] d’origine [[w:Judée_(province romaine)|''judéenne'']], il participe activement au début de la ''première guerre judéo-romaine'' en tant que commandant militaire de ''Galilée'' contre les Romains, avant de se rendre à [[w:Vespasien|'''Vespasien''']] [[#Vespasien|<span id="Vespasien_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] lors de la prise de la garnison juive de la forteresse de [[w:Jotapata|''Jotapata'']] en juillet 67, et de devenir intermédiaire, interprète et négociateur entre les ''romains'' et les ''Juifs'' lors du siège de ''Jérusalem'' conduit par '''Titus''' [[#Titus_back|<sup>⤴️</sup>]] en 70. Après la fin de la grande révolte ''judéenne'', en 71, il s’établit auprès de son protecteur à ''Rome'' où il obtient la [[w:citoyenneté_romaine|''citoyenneté romaine'']].</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Flavius Josèphe|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Flavius_Josèphe_back|<span id="Flavius_Josèphe"><sup>I</sup></span>]] De son nom de naissance Joseph ben (fils de) Matthatias, de l’hébreu יוסף בן מתתיהו / Yossef [[wikt:en:יוסף#Hebrew|(en)]] ben [[wikt:en:בן#Noun|(en)]] Matityahou [[wikt:en:מתתיהו#Hebrew|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• de la troisième personne du singulier [[w:Jussif|''jussive'']], signifiant ainsi « peut-il ajouter », du verbe הוֹסִיף / hosíf [[wikt:en:הוסיף#Hebrew|(en)]], « 1. Ajouter (quelque chose) à (quelque chose d'autre). 2. (littéraire) Continuer (à faire quelque chose). 3. (archaïque) Coordonné avec un autre verbe pour indiquer que l’action de ce verbe "ajoute" d’une manière ou d’une autre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• du nom commun בֵּן / bén, « 1. Fils. 2. (ne produit plus de mot ou d’expression) Un descendant mâle direct. 3. Un mec, un garçon. 4. (n’est plus productif, état de construction) Possesseur de (connaissance, capacité, etc.). 5. (État construit) Utilisé pour exprimer l’âge d’un homme, d’un garçon ou le référent d’un nom masculin : âge, âgé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• de la contraction du nom commun מַתָּנַת / mataná [[wikt:en:מתנה#Hebrew|(en)]], « cadeau, présent, don »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe נתן / natán [[wikt:en:נתן#Verb|(en)]], « 1. Donner. 2. Autoriser, permettre, laisser. 3. (archaïque) Mettre, placer. 4. (archaïque, hébreu biblique) Se transformer en. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ et du nom propre יהוה / YHWH [[wikt:en:יהוה#Hebrew|(en)]], « (Judaïsme) Tétragramme : mot en quatre lettres hébraïques utilisé comme nom [[wikt:ineffable#Français|''ineffable'']] de Dieu dans la Bible hébraïque, diversement rendu par Yahweh ou Jéhovah. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Son tria nomina à l’obtention de sa ''citoyenneté romaine'' est {{Info|Titus|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Flavius|nomen, nom de famille}} {{Info|Josephus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, prenant ainsi le nom de son bienfaiteur :<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Vespasien_back|<span id="Vespasien"><sup>II</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Titus|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Flavius|nomen, nom de famille}} {{Info|Vespasianus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:L%C3%A9gat_(Rome_antique)|''Légat'']] lors de la [[w:Conqu%C3%AAte_romaine_de_la_Grande-Bretagne|''conquête de la Bretagne en 43'']] et lors de la [[w:Premi%C3%A8re_guerre_jud%C3%A9o-romaine|''rébellion juive de 66'']] en [[w:Jud%C3%A9e_(province_romaine)|''Judée'']]. Fin décembre 69, il est couronné empereur par le [[w:S%C3%A9nat_romain|''Sénat'']] après la guerre civile de l’[[w:Ann%C3%A9e_des_quatre_empereurs|''année des quatre empereurs'']], et fonde la dynastie des [[w:Flaviens|''Flaviens'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(17 novembre [[w:9|9]], près de [[w:Reate|''Reate'']] dans la région centrale italienne du [[w:Latium|''Latium'']] — 23/24 juin [[w:79|79]], à la station thermale de [[w:Aquae_Cutiliae|''Aquae Cutiliae'']], à l’est de ''Reate'')<sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup><br/><br/></div> ''' {{Boîte déroulante fin}} === [[w:Contre_Apion|Contre Apion]] === <p style="text-align: right;">[[s:Contre_Apion|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | [https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n156/mode/1up {{Info|'''Éditions & Manuscrits'''|Flavius Josèphe Contre Apion, Théodore Reinach & Léon Blum, 1930}}] |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * La traduction ''latine'' a été imprimée dès 1480 à [[w:Vérone#Époque_moderne|''Vérone'']] par '''Pierre Maufer''' [[w:en:Petrus_Maufer|(en)]]. L’édition de cette traduction, due à [[w:Sigismund_Gelenius|'''Sigismond Gelenius''']] (''Paris'', 1535), qui constitue la « [[w:Vulgate|Vulgate]] », présente un texte souvent « amélioré » de façon arbitraire. La seule édition critique est celle de '''Ch. Boysen''' (''Vienne'', 1898) qui fait partie du [[w:Corpus_scriptorum_ecclesiasticorum_latinorum|{{Info|''Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum''|Le corpus des écrits ecclésiastiques latins}}]]. Elle repose principalement sur les manuscrits L(aurentianus LXVI, 2), B(odleianus Canonicianus 148), R(egius Parisinus 5049) de la I<sup>re</sup> classe, C(heltenhamensis Phillipicus 12311), P(arisinus 1615), Pa(rsinus 5054) de la seconde. * Le texte grec est édité pour la première fois dans l’édition complète de '''Josèphe''' à [[w:Bâle#XVIe_siècle|''Bâle'']], chez [[w:Johann_Froben|''Froben'']], en 1544 par [[w:Arnoldus_Arlenius|'''Arlenius''']] qui a peut-être fait usage du ''Schleusingensis'' (un des fils du Laurentianus), mais a introduit grand nombre de corrections tantôt heureuses, et tantôt arbitraires. Par la suite notre traité n’a guère été imprimé que comme partie intégrante d’éditions complètes des œuvres de '''Josèphe'''. Les plus importantes sont celles de '''E. Bernard''' (1700), de [[w:John_Hudson_(classiciste)|'''Hudson''']] (1720) — le premier qui ait utilisé L —, de [[w:Sigebert_Havercamp|'''Havercamp''']] (1726), simple compilateur, de [[w:Karl_Wilhelm_Dindorf|'''L. Dindorf''']] (1847), de [[w:Immanuel_Bekker|'''Imm. Bekker''']] (1856), tout à fait manquée. L’édition critique de '''Niese''' [[w:en:Benedikt_Niese|(en)]] (1889) est la base de tous les travaux ultérieurs, notamment des éditions de '''Naber''' (1896) et de [[w:Henry_St._John_Thackeray|'''H. St. J. Thackeray''']] (coll. Loeb, 1926 : il n’a encore paru que le ''C. Apion'', la ''Vita'' et le commencement de la ''Guerre'') qui ont pu profiter aussi des conjectures de '''Cobet''', de '''Holwerda''', et de '''Herwerden'''.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dernière œuvre écrite par '''Flavius Josèphe''', vers [[w:93|93]], dont l’objectif est de répondre aux critiques qu’ont soulevées ses [[w:Antiquit%C3%A9s_juda%C3%AFques|''Antiquités judaïques'']], de défendre l’ancienneté du peuple ''juif'' et du [[w:Judaïsme#Judaïsme_antique|''judaïsme'']] (Livre I) et les accusations d’[[w:Apion_(grammairien)|'''Apion''']] [[#Apion|<span id="Apion_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] (Livre II).</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Apion|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Apion_back|<span id="Apion"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Apion#Latin|Ἀπίων / Apíôn]]; <br/><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[w:Grammaticus|''Grammairien'']] [[#grammairien|<span id="grammairien_back"><sup>II</sup></span>]] et [[w:Polygraphe_(auteur)|''polygraphe'']] [[#polygraphe|<span id="Grammairien_back"><sup>III</sup></span>]] ''grec'' d’Alexandrie.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] — première moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#grammairien_back|<span id="grammairien"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin grammaticus [[wikt:en:grammaticus#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien γραμματικός / grammatikós [[wikt:en:γραμματικός#Noun|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun γρᾰ́μμᾰ / grámma [[wikt:en:γράμμα#Noun|(en)]], « 1. Ce qui est écrit, ce qui est dessiné. 2. Lettre. 3. (au pluriel) Alphabet. 4. Écriture, livre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ du verbe γράφω / gráphō [[wikt:en:γράφω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Homérique) égratigner, couper en dedans. 2. Dessiner, esquisser, peindre. 3. Écrire. 4. Écrire, proposer une loi. 5. ([[w:Diathèse#Moyen|''voix moyenne'']]) : • (''[[w:Réflexivité_(grammaire)|réflexif]] indirect'') Écrire pour soi, noter ; • Accuser, poursuivre. 6. ([[w:Conjugaison_latine|''passif parfait'']]) Être écrit, être sous forme écrite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du suffixe nominal de résultat‎ -μα / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe adjectival -ῐκός / -ikós, de ou se rapportant à, de la manière de ; « -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Enseignant responsable de la deuxième étape du système éducatif traditionnel, après l’apprentissage de l’alphabet, la lecture et l’écriture, et l’initiation au calcul avec un abaque chez un ''magister ludi'' [[w:en:Ludi_magister|(en)]] et avant celle de l’art du discours chez un [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l'Antiquité_grecque|''rhéteur'']]. Le travail du grammairien était d’enseigner la lecture, l’analyse de textes des poètes antiques tels qu’Homère, Tite-Live et Virgile, et la grammaire [https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.antiquite.ac-versailles.fr%2Feducatio%2Fedrom2.htm#federation=archive.wikiwix.com&tab=url {{Info|<sup>➕</sup>|« L’école du grammaticus », ac-Versailles}}] [https://philo-lettres.fr/latin/rome_vie-quotidienne/ecole-romaine/ {{Info|<sup>➕➕</sup>|« L’École dans l’antiquité romaine, philo-lettres}}]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#polygraphe_back|<span id="polygraphe"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:polygraphe|πολύγραφος / polýgraphos]], « qui écrit beaucoup de sujets »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de l’adjectif πολῠ́ς / polús [[wikt:en:πολύς#Ancient_Greek|(en)]], « (de nombre, au pluriel) Beaucoup de : • (avec des noms de multitude) Grand ; • (de quantité, avec des noms de masse) beaucoup de ; • (rare, d'une personne) Grand, puissant ; • (de son) Fort ; • (attributivement, adverbial) Fortement, pleinement ; • (d'espace) Large, grand ; • (de distance) Loin ; • (de temps) Long, en retard. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du verbe γράφω / gráphō [[wikt:en:γράφω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Homérique) égratigner, couper en dedans. 2. Dessiner, esquisser, peindre. 3. Écrire. 4. Écrire, proposer une loi. 5. (''voix moyenne'') : • (''réflexif indirect'') Écrire pour soi, noter ; • Accuser, poursuivre. 6. (''passif parfait'') Être écrit, être sous forme écrite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le terme semble avoir été employé au cours de l’Antiquité dans un sens différent de celui que nous l’entendons aujourd’hui, pas dans le sens de diversité mais, de façon restreinte, le fait de composer un grand nombre de textes [https://eriac.univ-rouen.fr/la-polygraphie-comme-norme/ {{Info|<sup>➕</sup>|Isabelle Gassino, Université de Rouen et Dimitri Kasprzyk, université de Brest, « Colloque "La polygraphie comme norme" », 16 et 17 novembre 2017.}}].'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ==== Livre I ==== ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">Témoignage de '''Thales''' comme : * l’un des premiers ''philosophes grecs'' ayant traité des choses célestes et divines ; * disciple des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' (premier témoignage) ; * auteur de court(s)/rare(s) ouvrages (supposément unanimement admis), que les ''Grecs'' considéreraient comme les plus anciens, et douteraient, selon '''Flavius Josèphe''', de leur authenticité.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">qui autem historias apud eos conscribere temptauerunt, id est hi, qui circa '''Cadmum''' ''Milesium'', et '''Acusilaus''' ''Argiuus'' et post hunc quicumque alii fuisse referuntur, paululum tempus ''Persicam'' apud ''Helladium'' militiam praecesserunt. sed etiam eos, qui de caelestibus et diuinis primitus apud ''Graecos philosophati'' sund, id est '''Pherecydem''' ''Syrum'' et '''Pythagoram''' et '''Thaletem''' omnes concorditer confidentur ''Aegyptiorum'' et ''Chaldaeorum'' fuisse discipulos et breuiter conscripsisse quae a ''Graecis'' omnium antiquissima iudicantur ita ut uix ea credant ab illis fuisse conscripta.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[w:Corpus_scriptorum_ecclesiasticorum_latinorum|<u>Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum</u>]], [https://verlag.oeaw.ac.at/produkt/flavii-iosephi-opera-ex-versione-latina-antiqua-pars-vi-de-iudaeorum-vetustate-sive-contra-apionem-libri-ii/601067?name=flavii-iosephi-opera-ex-versione-latina-antiqua-pars-vi-de-iudaeorum-vetustate-sive-contra-apionem-libri-ii&product_form=5107 <u>Tome XXXVII, Flavius Iosephus, Contra Apionem</u>], ''Livre I'', ''chap. II.'', ''l.13, 14'', p.64, 1898</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Οἱ μέντοι τὰς ἱστορίας ἐπιχειρήσαντες συγγράφειν παρ' αὐτοῖς, λέγω δὲ τοὺς περὶ '''Κάδμον''' τε τὸν ''Μιλήσιον'' καὶ τὸν ''Ἀργεῖον'' '''Ἀκουσίλαον''' καὶ μετὰ τοῦτον εἴ τινες ἄλλοι λέγονται γενέσθαι, βραχὺ τῆς ''Περσῶν'' ἐπὶ τὴν ''Ἑλλάδα'' στρατείας τῷ χρόνῳ προύλαβον. Ἀλλὰ μὴν καὶ τοὺς περὶ τῶν οὐρανίων τε καὶ θείων πρώτους παρ' ''Ἕλλησι φιλοσοφήσαντας'', οἷον '''Φερεκύδην''' τε τὸν ''Σύριον'' καὶ '''Πυθαγόραν''' καὶ '''Θάλητα''', πάντες συμφώνως ὁμολογοῦσιν ''Αἰγυπτίων'' καὶ ''Χαλδαίων'' γενομένους μαθητὰς ὀλίγα συγγράψαι, καὶ ταῦτα τοῖς ''Ἕλλησιν'' εἶναι δοκεῖ πάντων ἀρχαιότατα καὶ μόλις αὐτὰ πιστεύουσιν ὑπ' ἐκείνων γεγράφθαι.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/Apion1gr.htm <u>Φλαίίου Ἰωσήπου, περὶ ἀρχαιότητος Ἰουδαίων</u>, ''λόγος α''], ''chap. II.'', ''l.13, 14'', 1898</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quant aux Grecs qui ont entrepris d’écrire l’histoire, comme [[w:Cadmos_de_Milet|'''Cadmos''' de ''Milet'']], [[w:Acousilaos|'''Acousilaos''' d’Argos]] et ceux qu’on cite après lui, ils n’ont vécu que peu de temps [[#Cadmos_NdT_LB|<span id="Cadmos_NdT_LB_back"><sup>1</sup></span>]] avant [[w:Guerres_médiques|''l’expédition des Perses contre la Grèce'']]. Mais bien certainement les premiers ''philosophes grecs'' qui aient traité des choses célestes et divines, comme [[w:Phérécyde_de_Syros|'''Phérécyde''' de ''Syros'']] [[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back"><sup>2</sup></span>]], '''Pythagore''' et '''Thalès'''[[#Thales_NdT_LB|<span id="Thales_NdT_LB_back"><sup>3</sup></span>]] furent, tout le monde s’accorde là-dessus, les disciples des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' avant de composer leurs courts ouvrages, et ces écrits sont aux yeux des ''Grecs'' les plus anciens de tous ; à peine même les croient-ils authentiques.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cadmos_NdT_LB_back|<span id="Cadmos_NdT_LB"><sup>1.</sup></span>]] En réalité, Cadmos paraît avoir fleuri vers le milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle]] [{{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB"><sup>2</sup></span>]] Seul texte qui attribue une origine égyptienne ou chaldéenne aux doctrines de Phérécyde de Syros. Cependant [[w:Theodor_Gomperz|Gompers]], [https://archive.org/details/bub_gb_QrfVAAAAMAAJ/page/n434/mode/1up Griechische Denker, I, 430], identifie ᾿Ογηνός avec l’Ouginna babylonien.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thales_NdT_LB_back|<span id="Thales_NdT_LB"><sup>3</sup></span>]] On retrouve chez [[w:Apollonios_de_Tyane|Apollonios de Tyane]] ([[w:Jamblique|Jamblique]] [[#Jamblique_back|<sup>⤵️</sup>]], Vit. Pyth. [[#Vie_de_Pythagore_back|<sup>⤵️</sup>]], 12) et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] l’idée que Thalès de Milet fut disciple des Égyptiens ; l’adjonction des Chaldéens est propre Josèphe.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Flavius Josèphe, Contre Apion</u>], ''Livre I'', [https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n49/mode/1up?view=theater&q=Thales ''chap. 2''], traduction du grec ancien par Léon Blum, agrégé des Lettres, professeur au lycée Janson-de-Sailly, texte établi et annotée par [[w:Théodore_Reinach|Théodore Reinach]] Membre de l’[[w:Institut_de_France|Institut]], professeur au Collège de France, 1930<br />(édition bilingue de 1911 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/Apion1.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quant aux Grecs qui ont entrepris d’écrire l’histoire, comme '''Cadmos''' de ''Milet'', '''Acousilaos''' d’''Argos'' et ceux qu’on nomme après lui, ils n’ont vécu que peu de temps[2] avant l’expédition des ''Perses'' contre la ''Grèce''. [14]. De même, les premiers ''philosophes grecs'' qui aient traité des choses célestes et divines, comme '''Phérécyde''' de ''Syros''[3], '''Pythagore''' et '''Thalès'''[4] furent, tout le monde s’accorde là dessus, les disciples des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' avant de composer leurs rares ouvrages, et ces écrits sont aux yeux des ''Grecs'' les plus anciens de tous ; à peine même les croient-ils authentiques.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cadmos_NdT_LB_back|<span id="Cadmos_NdT_LB"><sup>1.</sup></span>]] En réalité, Cadmos paraît avoir fleuri vers le milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle]] [{{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB"><sup>2</sup></span>]] Seul texte qui attribue une origine égyptienne ou chaldéenne aux doctrines de Phérécyde de Syros. Cependant [[w:Theodor_Gomperz|Gompers]], [https://archive.org/details/bub_gb_QrfVAAAAMAAJ/page/n434/mode/1up Griechische Denker, I, 430], identifie ᾿Ογηνός avec l’Ouginna babylonien.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thales_NdT_LB_back|<span id="Thales_NdT_LB"><sup>3</sup></span>]] On retrouve chez [[w:Apollonios_de_Tyane|Apollonios de Tyane]] ([[w:Jamblique|Jamblique]] [[#Jamblique_back|<sup>⤵️</sup>]], Vit. Pyth. [[#Vie_de_Pythagore_back|<sup>⤵️</sup>]], 12) et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] l’idée que Thalès de Milet fut disciple des Égyptiens ; l’adjonction des Chaldéens est propre Josèphe.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Flavius Josèphe, De l’ancienneté du peuple juif (Contre Apion)</u>, ''Livre I'', [[s:Page:Flavius_Josephe_-_Leon_Blum_-_Contre_Apion,_Leroux,_Paris,_1902.djvu/17|''Chap. 2'']], traduction de Léon Blum, agrégé des lettres, professeur au lycée du Havre, sous la direction de [[w:Théodore_Reinach|Théodore Reinach]], 1902.</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Plutarque|'''Plutarque''']] [[#Plutarque|<span id="Plutarque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:45|45]]'' <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Chéronée|Chéronée]] en [[w:Béotie|Béotie]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:125|125]]'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>)[[s:Auteur:Plutarque|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Plutarch at Delphi.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Buste probable de Plutarque du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] ou [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|EC|de l’Ère Commune}}, en marbre de [[w:Marbre_de_Paros|''Paros'']].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Provenance : découvert lors de fouilles près de l’angle sud-est du [[w:Temple d'Apollon (Delphes)|''temple d’Apollon'']] de [[w:Delphes|''Delphes'']], au côté d'une [[w:Fichier:Plutarch_stele_inscription_100_AD,_AM_of_Delphi_4070060092.jpg|''stèle'']] portant une inscription gravée : ΔΕΛΦΟΙ ΧΑΙΡΩΝΕΥΣΙΝ ΟΜΟΥ ΠΛΟΥΤΑΡΧΟΝ ΕΘΗΚΑΝ ΤΟΙΣ ΑΜΦΙΚΤΥΟΝΩΝ ΔΟΓΜΑΣΙ ΠΕΙΘΟΜΕΝΟΙ — Les ''Delphiens'', avec les ''Chéronéens'', dédièrent ce(tte image de) Plutarque, suivant les préceptes de l’[[w:Amphictyonie|''Amphictyonie'']].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Salle XIV, [[w:Mus%C3%A9e_arch%C3%A9ologique_de_Delphes|''Musée archéologique de Delphes'']].]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Biographe, philosophe et moraliste grec, auteur d’une œuvre importante, comportant un ensemble varié de traités et de dialogues consacrés à des questions de philosophie morale, mais abordant aussi des sujets littéraires, politiques, scientifiques, religieux.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Plutarque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Plutarque_back|<span id="Plutarque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien πλούταρχος / ploútarkhos [[wikt:en:Πλούταρχος#Ancient_Greek|(en)]], « maître des richesses » ; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun πλοῦτος / ploûtos [[wikt:en:πλοῦτος#Ancient_Greek|(en)]], « richesses » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun ἀρχός / arkhós, « souverain, chef, prince »)'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} {{Boîte déroulante début|titre=Remarque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>''' Dans la ''Vie de [[w:Lycurgue_(législateur)|Lycurgue]]'' et la ''Vie d’Agis et Cléomène'' (''Vies parallèles''), et le traité ''Un philosophe doit surtout converser avec les princes'' (''Œuvres morales''), il est fait mention d’un Thalès : il s’agit de [[w:Thalétas|Thalétas]], aussi appelé Thalès de [[w:Crète|''Crète'']], un musicien et poète, originaire de la cité de [[w:Gortyne|''Gortyne'']] en ''Crète'', et actif à la fin du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] et au début du siècle suivant.'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} === [[w:Vies_parallèles|Vies parallèles]] [[#Vies_parallèles|<span id="Vies_parallèles_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Recueil de 50 biographies de grands hommes de l’histoire, dont 46 présentées par paires : un ''Grec'' mis en parallèle avec un ''Romain''.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Vies parallèles|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Vies_parallèles_back|<span id="Vies_parallèles"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Βίοι Παράλληλοι / Bíoi Parállêloi'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ==== Vie de [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon|<sup>🔄</sup>]] ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Biographie de '''Solon''', qui précède celle de [[w:Publius_Valerius_Publicola_(consul_en_-509)|'''Publicola''']] [[#Publicola|<span id="Publicola_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], et avec laquelle '''Plutarque''' la compare.</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Vie de Solon|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Publicola_back|<span id="Publicola"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Publius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Valerius|nomen, nom de famille}} {{Info|Publicola ou Poplicola|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, « celui qui prend soin de l’armée. »[https://academic.oup.com/bics/advance-article/doi/10.1093/bics/qbaf002/8117642?login=false {{Info|<sup>🔍</sup>|M. Gallo, « Misinterpreting a compound name. The origin of the agnomen Publicola in Dionysius of Halicarnassus and Plutarch », Bulletin of the Institute of Classical Studies,‎ 22 avril 2025}}].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]] de la [[w:république_romaine|''République Romaine'']], à quatre reprises : en [[w:-509|-509]], [[w:-508|-508]], [[w:-507|-507]] et [[w:-504|-504]], et l’un des instaurateurs légendaires de la ''République Romaine'' en -509, suite au viol et au suicide de [[w:Lucrèce_(dame_romaine)|Lucrèce]], une femme aristocratique ''romaine'', par [[w:Sextus_Tarquin|Sextus Tarquin]], le fils du dernier [[w:Roi_de_Rome|roi de ''Rome'']] [[w:Tarquin_le_Superbe|Tarquin le Superbe]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(date et lieu de naissance inconnu.e.s — [[w:-503|-503]], soit sur le champ de bataille pendant les [[w:Guerres_romano-sabelliennes|''guerres romano-sabelliennes'']], soit de maladie)<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> '''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== ====== <div style="text-align: center;">Paragraphe III.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de '''Thalès''' ''commerçant''</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''III.''' Κωλύει δὲ οὐδὲν τὸν ἀγαθὸν καὶ πολιτικὸν ἄνδρα μήτε τῶν περιττῶν τὴν κτῆσιν ἐν σπουδῇ τίθεσθαι μήτε τῆς χρείας τῶν ἀναγκαίων καὶ ἱκανῶν καταφρονεῖν. Ἐν δὲ τοῖς τότε χρόνοις, καθ' Ἡσίοδον, ἔργον οὐδὲν ἦν ὄνειδος, οὐδὲ τέχνη διαφορὰν ἔφερεν, ἐμπορία δὲ καὶ δόξαν εἶχεν οἰκειουμένη τὰ βαρβαρικὰ καὶ προξενοῦσα φιλίας βασιλέων καὶ πραγμάτων ἐμπείρους ποιοῦσα πολλῶν. Ἔνιοι δὲ καὶ πόλεων οἰκισταὶ γεγόνασι μεγάλων, ὡς καὶ Μασσαλίας Πρῶτις ὑπὸ Κελτῶν τῶν περὶ τὸν Ῥοδανὸν ἀγαπηθείς. Καὶ Θαλῆν δέ φασιν ἐμπορίᾳ χρήσασθαι καὶ Ἱπποκράτην τὸν μαθηματικόν, καὶ Πλάτωνι τῆς ἀποδημίας ἐφόδιον ἐλαίου τινὸς ἐν Αἰγύπτῳ διάθεσιν γενέσθαι.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§3'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''III.''' Mais rien n’empêche l’homme de bien, le citoyen dévoué à son pays, de garder un juste milieu : il peut ne point s’attacher à la poursuite du superflu, sans pour cela mépriser le nécessaire et ce qui suffit à ses besoins.<br />Dans ce temps-là, pour parler comme [[w:Hésiode|'''Hésiode''']] [[#Hésiode|<span id="Hésiode_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[#Hésiode_NdT_AP|<span id="Hésiode_NdT_AP_back"><sup>1</sup></span>]], il n’y avait pas de travail qui fût honteux; aucun art ne mettait de différence entre les hommes : le négoce surtout était honoré, qui met en possession des avantages dont jouissent les étrangers, gagne l’amitié des rois, et donne une grande expérience. On a même vu des trafiquants fonder de grandes villes : ainsi [[w:Mythe_fondateur_de_Marseille|'''Protis''']] bâtit [[w:Marseille_antique|''Marseille'']], après s'être concilié l’amitié des ''Gaulois'' qui habitent les bords du [[w:Rhône#Histoire|''Rhône'']]. '''Thales''' se livra, dit-on, au négoce, ainsi qu’[[w:Hippocrate_de_Chios|'''Hippocrate''']] [[#Hippocrate|<span id="Hippocrate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] le mathématicien[[#Hippocrate_NdT_AP|<span id="Hippocrate_NdT_AP_back"><sup>2</sup></span>]] ; et [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon|<sup>🔄</sup>]] vendit de l’huile en [[w:Basse_Époque|''Égypte'']] , pour fournir aux frais de son voyage.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hésiode_NdT_AP_back|<span id="Hésiode_NdT_AP"><sup>1.</sup></span>]] Œuvres et Jours, vers 309.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hippocrate_NdT_AP_back|<span id="Hippocrate_NdT_AP"><sup>2</sup></span>]] Cet Hippocrate n’est point connu d’ailleurs.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§3'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/184/mode/1up?view=theater p.184], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Hésiode_back|<span id="Hésiode"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡσῐ́οδος / Hēsĭ́odos [[wikt:en:Ἡσίοδος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Berger sur les pentes du Mont [[w:Mont_Hélicon|Hélicon]] et un des plus grands poètes grecs. Il s’agit plus précisément d’un ''aède'' (il « chante » ses vers avec sa lyre) et un ''rhapsode'' (il « coud » des chants entre eux)[https://odysseum.eduscol.education.fr/hesiode-un-des-premiers-poetes-grecs {{Info|<sup>🔍</sup>|Hésiode, un des premiers poètes grecs - Odysseum, la maison numérique des Humanités}}]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hippocrate_back|<span id="Hippocrate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῐ̔πποκρᾰ́της / Hĭppokrắtēs [[wikt:en:Ἱπποκράτης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / hĭ́ppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « cheval »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun‎ κρᾰ́τος / krắtos [[wikt:en:κράτος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Puissance, force. 2. Acte de force, acte de bravoure. 3. (au pluriel) Actes de violence. 4. Domination, pouvoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal -ης / -ēs.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Mathématicien (géomètre) et astronome « para-pythagoricien », dont l’œuvre ne nous est pas parvenue.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA764&vq=Hippocrate&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA764#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §151 - Hippocrate de Chios}}]'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: center; margin: 0 2em;">'''II. Dans sa jeunesse il se livre au commerce maritime; la modicité de sa fortune et son goût pour la sagesse l’y décident. Faveur du commerce à cette époque ; grands noms qui l’ont illustré.'''<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais rien n’empêche qu’un homme de bien, un sage politique tienne à cet égard un juste milieu, et que sans rechercher des richesses superflues, il ne méprise pas celles qui sont nécessaires et qui suffisent. Dans ce temps-là, comme dit [[w:Hésiode|'''Hésiode''']], aucun travail n’était regardé comme honteux; aucun art ne mettait de différence entre les hommes. Le commerce maritime surtout était honorable; il ouvrait des communications utiles avec les nations étrangères, procurait des alliances avec les rois, et donnait une grande expérience. On a même vu des commerçants fonder de grandes villes. Ainsi '''Protus''' gagna l’amitié des Gaulois qui habitaient les bords du ''Rhône'', et bâtit ''Marseille''. '''Thalès''' et '''Hippocrate''' le mathématicien firent aussi le commerce ; et '''Platon''' vendit de l’huile en ''Égypte'' pour fournir aux frais de son voyage.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Mais rien n’empêche l’homme de-bien et l’homme politique ni se mettre en souci (rechercher) l’acquisition des choses superflues, ni mépriser l’usage des choses nécessaires et suffisantes. Or dans les temps d’alors, selon '''Hésiode''', aucun travail n’était sujet-de-honte, ni aucun métier n’apportait de différence entre les citoyens mais même le commerce-maritime avait de la gloire, rendant-amies les nations-barbares, et procurant des amitiés de rois, et faisant les hommes expérimentés d’affaires nombreuses. Et quelques-uns aussi sont devenus fondateurs de grandes villes, comme aussi le '''Protus''' de ''Marseille'' ayant été aimé par les ''Celtes'' ceux autour du ''Rhône''. Et on dit aussi '''Thalès''', avoir fait-usage du commerce-maritime et '''Hippocrate''' le mathématicien, et la vente d'une certaine huile en ''Égypte'' avoir été pour '''Platon''' ressource du voyage.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ====== <div style="text-align: center;">Paragraphe IV.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la sagesse de '''Thalès''' en ''philosophie naturelle''</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IV.''' Φιλοσοφίας δὲ τοῦ ἠθικοῦ μάλιστα τὸ πολιτικόν, ὥσπερ οἱ πλεῖστοι τῶν σοφῶν, ἠγάπησεν. Ἐν δὲ τοῖς φυσικοῖς ἁπλοῦς ἐστι λίαν καὶ ἀρχαῖος, ὡς δῆλον ἐκ τούτων· [...].<br /><p style="text-indent: 15px">Καὶ ὅλως ἔοικεν ἡ Θάλεω μόνου σοφία τότε περαιτέρω τῆς χρείας ἐξικέσθαι τῇ θεωρίᾳ· τοῖς δὲ ἄλλοις ἀπὸ τῆς πολιτικῆς ἀρετῆς τοὔνομα τῆς σοφίας ὑπῆρξε.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§4'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f20.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IV.''' Il s’attacha, comme presque tous les sages d’alors, à cette partie de la philosophie morale qui traite de la politique. Pour la philosophie naturelle, il en était aux rudiments, et aux notions du vieux temps sans plus; [...].<br /><p style="text-indent: 15px;">Aussi bien n’y eut-il, en somme, que '''Thalès''' dont la science dépassât alors les notions d’un usage vulgaire : tous les autres ne durent qu’à leurs connaissances politiques leur réputation de sagesse.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§4'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">A l’exemple des sages de son temps, il cultiva principalement cette partie de la morale qui traite de la politique. Il n’avait en physique que des connaissances très-superficielles, et en était aux premiers éléments de cette science, [...].<br/><p style="text-indent: 15px">En général '''Thalès''' fut, de tous les sages d’alors, le seul qui porta au delà des besoins de la vie la théorie des sciences ; tous les autres ne durent qu’à leurs connaissances politiques leur réputation de sagesse.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f20.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Mais de la partie morale de la philosophie il embrassa surtout la partie politique, comme la plupart des sages d’alors. Mais dans les sciences physiques il est extrêmement simple (ignorant) et primitif, [...]. Et en-un-mot la science de '''Thalès''' seul paraît s’être avancée alors par la théorie plus loin que le besoin ; et le nom de la science a appartenu aux autres par-suite des qualités politiques.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f21.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ====== <div style="text-align: center;">Paragraphe V.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Version alternative du récit de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bathyclès_back|<sup>🔄</sup>]] par [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_back|<sup>🔄</sup>]].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Γενέσθαι δὲ μετ' ἀλλήλων ἔν τε Δελφοῖς ὁμοῦ λέγονται καὶ πάλιν ἐν Κορίνθῳ, Περιάνδρου σύλλογόν τινα κοινὸν αὐτῶν καὶ συμπόσιον κατασκευάσαντος. Ἔτι δὲ μᾶλλον εἰς ἀξίωμα καὶ δόξαν αὐτοὺς κατέστησεν ἡ τοῦ [[w:τρίπους#Grec_ancien|'''τρίποδος''']] περίοδος καὶ διὰ πάντων ἀνακύκλησις καὶ ἀνθύπειξις μετ' εὐμενείας φιλοτίμου γενομένη. Κῴων γάρ, ὥς φασι, καταγόντων σαγήνην, καὶ ξένων ἐκ Μιλήτου πριαμένων τὸν βόλον οὔπω φανερὸν ὄντα, χρυσοῦς ἐφάνη τρίπους ἑλκόμενος, ὃν λέγουσιν Ἑλένην πλέουσαν ἐκ Τροίας αὐτόθι καθεῖναι χρησμοῦ τινος ἀναμνησθεῖσαν παλαιοῦ. Γενομένης δὲ τοῖς ξένοις πρῶτον ἀντιλογίας πρὸς τοὺς ἁλιέας περὶ τοῦ τρίποδος, εἶτα τῶν πόλεων ἀναδεξαμένων τὴν διαφορὰν ἄχρι πολέμου προελθοῦσαν, ἀνεῖλεν ἀμφοτέροις ἡ Πυθία τῷ σοφωτάτῳ τὸν τρίποδα ἀποδοῦναι. Καὶ πρῶτον μὲν ἀπεστάλη πρὸς Θαλῆν εἰς Μίλητον, ἑκουσίως τῶν Κῴων ἑνὶ δωρουμένων ἐκείνῳ περὶ οὗ πρὸς ἅπαντας ὁμοῦ Μιλησίους ἐπολέμησαν. Θάλεω δὲ Βίαντα σοφώτερον ἀποφαίνοντος αὑτοῦ πρὸς ἐκεῖνον ἧκεν· ἀπ' ἐκείνου δ' αὖθις ἀπεστάλη πρὸς ἄλλον ὡς σοφώτερον. Εἶτα περιϊὼν καὶ ἀναπεμπόμενος οὕτως ἐπὶ Θαλῆν τὸ δεύτερον ἀφίκετο, καὶ τέλος εἰς Θήβας ἐκ Μιλήτου κομισθεὶς τῷ Ἰσμηνίῳ Ἀπόλλωνι καθιερώθη. Θεόφραστος δέ φησι,πρῶτον μὲν εἰς Πριήνην Βίαντι τὸν τρίποδα πεμφθῆναι, δεύτερον δ' εἰς Μίλητον Θαλῇ Βίαντος ἀποπέμψαντος· οὕτω δὲ διὰ πάντων πάλιν εἰς Βίαντα περιελθεῖν, τέλος δὲ εἰς Δελφοὺς ἀποσταλῆναι. Ταῦτα μὲν οὖν ὑπὸ πλειόνων τεθρύληται, πλὴν ὅτι τὸ δῶρον ἀντὶ τοῦ τρίποδος οἱ μὲν φιάλην ὑπὸ Κροίσου πεμφθεῖσαν, οἱ δὲ ποτήριον Βαθυκλέους ἀπολιπόντος εἶναι λέγουσιν.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§5'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f22.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' On raconte que les sept sages se réunirent une fois à [[w:Delphes|''Delphes'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Delphes_back|<sup>🔄</sup>]], et une autre fois à [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Corinthe_back|<sup>🔄</sup>]], où [[w:Périandre|'''Périandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Périandre_back|<sup>🔄</sup>]] les avait convoqués pour leur offrir un banquet. Rien ne contribua tant à leur réputation et à leur gloire, que le renvoi qu’ils se firent successivement l’un à l’autre du trépied d’or, et l’honorable humilité avec laquelle ils refusèrent le prix tour à tour. Des hommes de [[w:Kos_(Dodécanèse)#Kos_à_l'époque_hellénistique|''Cos'']] [[#Cos|<span id="Cos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] venaient, dit-on, de jeter leur filet en mer : des étrangers de ''Milet'' achetèrent le coup, avant que les pêcheurs y eussent regardé. Il se trouva, dans le filet, un trépied d’or qu’[[w:Hélène_(mythologie)|'''Hélène''']] [[#Hélène|<span id="Hélène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], à ce qu’on prétend, pour obéir à un ancien oracle, avait jeté dans la mer à son retour de [[w:Troie|''Troie'']] [[#Troie|<span id="Troie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]]. Ce fut un sujet de débat, d’abord entre les pêcheurs et les étrangers, ensuite entre les deux villes, qui prirent parti dans la querelle : la guerre allait s’allumer, lorsque la [[w:Pythie|''Pythie'']] [[#Pythie|<span id="Pythie_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], que les deux partis avaient consultée, commanda de donner le trépied au plus sage. On l’envoya d’abord à ''Milet'', pour '''Thalès''', et ceux de ''Cos'' cédèrent sans peine à un seul particulier ce qu’ils allaient disputer par les armes à tous les ''Milésiens'' ensemble. '''Thalès''' déclara que [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bias_back|<sup>🔄</sup>]] était plus sage que lui, et le lui fit passer. '''Bias''', avec la même modestie, le fit passer à un autre; et le trépied, après avoir été envoyé successivement à tous les sept, revint une seconde fois à '''Thalès'''. Enfin, il fut transporté de ''Milet'' à [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']] [[#Thèbes|<span id="Thèbes_back"><sup>'''V'''</sup></span>]], et consacré à Apollon [[w:en:Ismenus|''Isménien'']]. Cependant [[w:Théophaste|'''Théophaste''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Théophaste_back|<sup>🔄</sup>]] dit qu’on envoya le trépied d’abord à '''Bias''', dans ''Priène'' ; que '''Bias''' le fit porter à '''Thalès''' ; qu’après avoir passé alternativement chez tous les sages, il revint à '''Bias''', et qu’il finit par être envoyé à ''Delphes''. Telle est la tradition commune : seulement quelques-uns prétendent qu’il s’agissait de décerner non point un trépied, mais un vase que [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Crésus_back|<sup>🔄</sup>]] avait envoyé ; et, suivant d’autres, c’était une coupe, héritage de '''Bathyclès'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§5'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cos_back|<span id="Cos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῶς / Kôs [[wikt:en:Κῶς#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque l’archipel du [[w:Dodécanèse|''Dodécanèse'']], au Sud-Est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']], au large des côtes ''turques''. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hélène_back|<span id="Hélène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑλένη / Helénē [[wikt:en:Ἑλένη#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Fille de [[w:Zeus|Zeus]] et de [[w:Léda (mythologie)|Léda]], considérée comme la plus belle femme du monde, uniquement surpassée par la déesse [[w:Aphrodite|Aphrodite]]. Elle est mariée à [[w:Ménélas|Ménélas]], roi de [[w:Sparte|Sparte]], et est enlevée par [[w:Pâris|Pâris]], prince [[w:Troie|''troyen'']] [[#Troie|<sup>'''III'''</sup>]], ce qui déclencha la [[w:guerre de Troie|guerre de Troie]] qui opposa ''Grecs'' et ''Troyens''. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Troie_back|<span id="Troie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τροίᾱ / Troíā [[wikt:en:Τροία#Ancient_Greek|(en)]] ; [[w:Troie#Toponymie|''toponymie incertaine'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Cité semi-légendaire, située sur la colline d’''[[w:site archéologique de Troie|{{lang|tr|Hisarlık}}]]'', à l’entrée de l’''[[w:Hellespont|Hellespont]]'', non loin de la ''[[w:mer Égée|mer Égée]]'', au nord-ouest de la ''péninsule anatolienne'', dans la région ''[[w:Troade|Troade]]'' en ''[[w:Asie Mineure|Asie Mineure]]''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le site a fait l’objet de nombreuses campagnes de fouilles, à la suite de celles entreprises par [[w:Heinrich Schliemann|Heinrich Schliemann]] en 1870, ponctuées par des découvertes fortement médiatisées, qui ont popularisé son identification avec la Troie homérique (qui reste un sujet de débat en l’absence de preuve décisive), le lieu principal des événements du ''[[w:cycle troyen|cycle troyen]]'' rapportés dans les ''[[w:Épopée|poèmes épiques]]'' ''[[w:Homère|homériques]]'' l’''[[w:Iliade|Iliade]]'' et l’''[[w:Odyssée|Odyssée]]''. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pythie_back|<span id="Pythie"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Πῡθῐ́ᾱ / Pūthĭ́ā,<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Πῡθώ / Pūthṓ, « [[w:Delphes#Histoire_du_site|''Pythô'']], ancien nom de ''Delphes'' » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe adjectival féminin -ῐος / -ĭos [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]], « relatif à, appartenant à (de) ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Divination_dans_la_Grèce_antique|''Oracle'']] du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] à ''Delphes''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:XIVe_siècle_av._J.-C.|XIV<sup>ème</sup>]]/[[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}} — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Thèbes_back|<span id="Thèbes"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θῆβαι / Thêbai [[w:Θῆβαι#Ancient_Greek|(en)]], désigne indistinctement la cité ''grecque'' comme [[w:Thèbes_(Égypte)|celle ''égyptienne'']] ; mais leur étymologie diffère : pour celle de la cité grecque, de l’[[w:Ionien-attique|''ionien-attique'']] Θήβη / Thḗbē ; du grec mycénien 𐀳𐀣 / te-qa (/Tʰēgʷā/) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque de la région de [[w:Béotie#Antiquité|''Béotie'']], au centre de la ''Grèce''.'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">On raconte que les sept sages se trouvèrent un jour ensemble à ''Delphes'', et une autre fois à ''Corinthe'', chez '''Périandre''', qui les avait réunis pour un banquet. Rien ne contribua autant à leur réputation et à leur gloire, que la modestie empressée avec laquelle ils se renvoyèrent l’un à l’autre le trépied d’or. Des ''Milésiens'' qui se trouvaient à l’île de ''Cos'', avaient acheté d’avance de quelques pêcheurs ce que retirerait de l’eau le filet qu’ils allaient y jeter. Quand on l’eut tiré, il s’y trouva un trépied d’or qu’'''Hélène''', à ce qu’on prétend, pour obéir à un oracle, avait jeté dans la mer, à son retour de ''Troie''. Cet incident donna lieu à une vive dispute d’abord entre les pêcheurs et les étrangers, ensuite entre les deux villes, qui prirent parti dans la querelle et étaient près d’en venir aux mains, lorsque la ''Pythie'' consultée leur ordonna de porter ce trépied au plus sage. On l’envoya d’abord à '''Thalès''', et ceux de ''Cos'' cédèrent sans peine à un seul particulier ce qu’ils allaient disputer par les armes à tous les ''Milésiens'' ensemble. '''Thalès''' le renvoya à '''Bias''', qui, disait-il, était plus sage que lui ; '''Bias''', avec la même modestie, le fit passer à un autre ; et après avoir été envoyé successivement à tous les sept, il revint une seconde fois à '''Thalès''' : enfin il fut porté à ''Thèbes'', et consacré à ''Apollon Isménien''. '''Théophraste''' dit qu’on l’envoya d’abord à '''Bias''', qui demeurait à ''Priène'' ; que '''Bias''' le fit porter à '''Thalès''' ; qu’après avoir été envoyé alternativement à tous les sages, il revint à '''Bias''', et qu’enfin il fut porté à ''Delphes''. Telle est la tradition la plus commune sur ce fait ; seulement quelques auteurs disent que ce n’était pas un trépied, mais un vase que '''Crésus''' envoyait à ''Delphes''; suivant d’autres, c’était une coupe que '''Bathyclès''' avait laissée.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f22.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Or ils (les sept sages) sont dits s’être trouvés aussi ensemble les uns avec les autres et à ''Delphes'' et de nouveau à ''Corinthe'', '''Périandre''' ayant préparé une certaine réunion commune d’eux et un banquet. Or le tour du trépied, et sa circulation à travers tous et sa cession se faisant avec une bienveillance pleine-d’émulation mit eux encore davantage en considération et renommée. Car des ''habitants-de-Cos'', comme on dit, jetant le filet, et des hôtes venus de ''Milet'' ayant acheté le coup qui n’était pas encore apparent, un trépied d’-or apparut étant retiré, lequel on dit '''Hélène''' naviguant pour revenir de ''Troie'' avoir jeté là, s’étant souvenue d’un certain oracle ancien. Mais une contestation ayant eu lieu d’abord aux hôtes vis-à-vis des pécheurs au sujet du trépied, ensuite les villes ayant pris-sur-elles le différend qui alla jusqu'à une guerre, la ''Pythie'' répondit aux-uns-et-aux-autres de donner le trépied au plus sage des hommes. Et d’abord il fut envoyé à '''Thalès''' à ''Milet'', les ''habitants-de-Cos'' donnant volontairement à celui-là seul le trépied, au sujet duquel ils avaient fait-la-guerre contre tous les ''Milésiens'' à-la-fois. Mais '''Thalès''' déclarant '''Bias''' plus sage que lui-même, il renvoya vers celui-là. Et de nouveau il fut envoyé par celui-là vers un autre, comme plus sage. Ensuite faisant-le-tour et étant envoyé-successivement ainsi il arriva pour la seconde fois à '''Thalès''' ; et à la fin transporté de ''Milet'' à ''Thèbes'', il fut consacré à ''Apollon Isménien''. Mais '''Théophraste''' dit le trépied avoir été envoyé d’abord à la vérité à ''Priène'' à '''Bias''', mais en-second-lieu à ''Milet'' à '''Thalès''', '''Bias''' l’ayant renvoyé ; et ainsi à travers tous (de l’un à l’autre) être venu-en-faisant-le-tour de nouveau à '''Bias''', et à la fin avoir été envoyé à ''Delphes''. Ces choses donc ont été répandues par plusieurs, excepté qu’ils disent le présent au lieu du trépied les uns être un vase à boire envoyé par '''Crésus''', les autres une coupe. '''Bathyclès''' rayant laissée (laissée par '''Bathyclès'''). </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f23.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit d’une entrevue de '''Thalès''' avec '''Solon''', de son stoïcisme, de son célibat et de l’adoption du fils de sa sœur, '''Cybistus'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> '''VI.''' Ἰδίᾳ δ' Ἀναχάρσεώς τε πρὸς Σόλωνα καὶ πάλιν Θάλεω συνουσίαν τινὰ καὶ λόγους ἀναγράφουσι τοιούτους. [...]<br /><p style="text-indent: 15px"> '''VII.''' Πρὸς Θαλῆν δ' εἰς Μίλητον ἐλθόντα τὸν Σόλωνα θαυμάζειν ὅτι γάμου καὶ παιδοποιΐας τὸ παράπαν ἠμέληκε. Καὶ τὸν Θαλῆν τότε μὲν σιωπῆσαι, διαλιπόντα δ' ὀλίγας ἡμέρας ἄνδρα παρασκευάσαι ξένον, ἀρτίως ἥκειν φάσκοντα δεκαταῖον ἐξ Ἀθηνῶν. Πυθομένου δὲ τοῦ Σόλωνος εἰ δή τι καινὸν ἐν ταῖς Ἀθήναις, δεδιδαγμένον ἃ χρὴ λέγειν τὸν ἄνθρωπον, « οὐδέν,» εἰπεῖν, « ἕτερον, εἰ μὴ νὴ Δία νεανίσκου τινὸς ἦν ἐκφορὰ καὶ προὔπεμπεν ἡ πόλις. Ἦν γὰρ υἱός, ὡς ἔφασαν, ἀνδρὸς ἐνδόξου καὶ πρωτεύοντος ἀρετῇ τῶν πολιτῶν· οὐ παρῆν δέ, ἀλλ' ἀποδημεῖν ἔφασαν αὐτὸν ἤδη πολὺν χρόνον.» « Ὡς δυστυχὴς ἐκεῖνος,» φάναι τὸν Σόλωνα. « Τίνα δὲ ὠνόμαζον αὐτόν;» « ἤκουσα,» φάναι, « τοὔνομα,» τὸν ἄνθρωπον, « ἀλλ' οὐ μνημονεύω· πλὴν ὅτι πολὺς λόγος ἦν αὐτοῦ σοφίας καὶ δικαιοσύνης.» Οὕτω δὴ καθ' ἑκάστην ἀπόκρισιν τῷ φόβῳ προσαγόμενον τὸν Σόλωνα καὶ τέλος ἤδη συντεταραγμένον αὐτὸν ὑποβάλλειν τοὔνομα τῷ ξένῳ, πυνθανόμενον μὴ Σόλωνος ὁ τεθνηκὼς υἱὸς ὠνομάζετο. Φήσαντος δὲ τοῦ ἀνθρώπου, τὸν μὲν ὁρμῆσαι παίειν τὴν κεφαλὴν καὶ τἆλλα ποιεῖν καὶ λέγειν ἃ συμβαίνει τοῖς περιπαθοῦσι, τὸν δὲ Θαλῆν ἐπιλαβόμενον αὐτοῦ καὶ γελάσαντα, « ταῦτά τοι,» φάναι, « ὦ Σόλων, ἐμὲ γάμου καὶ παιδοποιΐας ἀφίστησιν, ἃ καὶ σὲ κατερείπει τὸν ἐρρωμενέστατον. Ἀλλὰ θάρρει τῶν λόγων ἕνεκα τούτων· οὐ γάρ εἰσιν ἀληθεῖς.» ταῦτα μὲν οὖν Ἕρμιππος ἱστορεῖν φησι Πάταικον, ὃς ἔφασκε τὴν Αἰσώπου ψυχὴν ἔχειν.<br /><p style="text-indent: 15px">'''VIII.''' Ἄτοπος δὲ καὶ ἀγεννὴς ὁ τῷ φόβῳ τῆς ἀποβολῆς τὴν κτῆσιν ὧν χρὴ προϊέμενος· οὕτω γὰρ ἄν τις οὐ πλοῦτον, οὐ δόξαν, οὐ σοφίαν ἀγαπήσειε παραγενομένην, δεδιὼς στέρεσθαι. Καὶ γὰρ ἀρετήν, ἧς κτῆμα μεῖζον οὐδὲν οὐδ' ἥδιον, ἐξισταμένην ὑπὸ νόσων καὶ φαρμάκων ὁρῶμεν· αὐτῷ τε '''Θαλῇ''' μὴ γήμαντι πλέον οὐδὲν εἰς ἀφοβίαν, εἰ μὴ καὶ φίλων κτῆσιν ἔφυγε καὶ οἰκείων καὶ πατρίδος. Ἀλλὰ καὶ παῖδα θετὸν ἔσχε ποιησάμενος αὐτὸς τὸν τῆς ἀδελφῆς, ὥς φασι, '''Κύβισθον'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§§6-8'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="margin: 0 2em; text-align: justify; direction: ltr;">'''VI.''' '''Solon''' connut [[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anacharsis_back|<sup>🔄</sup>]] et '''Thalès''', et l’on cite des mots qui s’étaient dits dans leurs entrevues. <br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''Solon''' alla à ''Milet'', pour voir '''Thalès''' : là, il lui témoigna sa surprise dans ce qu’il n’avait jamais voulu se marier et avoir des enfants. '''Thalès''' ne répondit rien sur l’heure; mais, quelques jours après, il fit paraître un étranger, qui disait arriver d’''Athènes'', et qu’il n’en était parti que depuis dix jours. '''Solon''' demanda à cet homme s’il n’y avait rien de nouveau à ''Athènes''. Celui-ci, à qui '''Thalès''' avait fait la leçon, répondit qu’il n’y avait rien de nouveau , sinon la mort d’un jeune homme dont toute la ville menait les funérailles. C’était, en effet, à ce qu’on disait, le fils d’un personnage considérable, d’une vertu éprouvée : le père n’était pas alors à ''Athènes'', et il voyageait depuis longtemps. « L’infortuné père! s’écria '''Solon'''. Mais comment s’appelait-il? — Je l’ai entendu nommer, répondit l’étranger, mais j’ai oublié son nom ; je me souviens seulement qu’on ne parlait que de sa sagesse et de sa justice. » A chacune de ces réponses, '''Solon''' sentait augmenter ses craintes; enfin, ne se possédant plus , il suggéra le nom à l’étranger, et lui demanda si le mort n’était pas le fils de '''Solon'''. « Oui. » répondit l’étranger. A cette parole, '''Solon''' se frappa la tête, et il se mit à faire et à dire tout ce qu’inspire une douleur violente. Alors '''Thalès''' lui prit la main, et lui dit en riant : « Voilà, '''Solon''', ce qui m’éloigne de me marier et d’avoir des enfants. J’ai redouté le coup sous lequel tu fléchis, toi le plus ferme des hommes. Mais rassure-toi; car il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on vient de te dire. » [[w:Hermippe_de_Smyrne|'''Hermippus''']] [[#Hermippe|<span id="Hermippe_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] rapporte cette histoire d’après '''Patécus''', celui qui prétendait avoir hérité de l’âme d’[[w:Ésope|'''Ésope''']] [[#Ésope|<span id="Ésope_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].<br /><p style="text-indent: 15px">Pourtant il y a faute de sens et de cœur à refuser d’acquérir les choses nécessaires, par la crainte de les perdre. A ce compte, on devra n’aimer ni la richesse, ni la gloire, ni la sagesse, quand on les possède, de peur d’en être privé. En effet, la vertu, le plus grand des biens et le plus doux, nous quitte quelquefois par l’action de certaines maladies ou de certains breuvages. '''Thalès''' lui-même, en ne se mariant point, n’était pas pour cela à l’abri de la crainte, à moins qu’il n'eût renoncé aussi à ses parents, à ses amis, à sa patrie. Mais il n’en était rien : il avait adopté, dit-on, '''Cybisthus''', le fils de sa sœur. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§6'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Hermippe_back|<span id="Hermippe"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre [[w:Nom_théophore|''théophore'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#théophore_back|<sup>🔄</sup>]] grec ancien Ἕρμιππος / Hérmippos [[wikt:en:Ἕρμιππος#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « Hermès » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun ἵππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « cheval » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">« Péripatéticien » grec, disciple de [[w:Callimaque_de_Cyr%C3%A8ne|Callimaque de ''Cyrène'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_back|<sup>🔄</sup>]], auteur de nombreuses biographies toutes perdues, mais listées par plusieurs auteurs.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA497&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §86 - Hermippe de Smyrne}}] <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Ésope_back|<span id="Ésope"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Αἴσωπος / Aísōpos [[wikt:en:Αἴσωπος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun αἶσα / aîsa, « destin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun ὄψ / óps, « voix »;<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Auteur grec de fable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA497&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA240#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §60 - Ésope(Αἴσωπος)}}]'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Voici les particularités qu’on raconte d’une entrevue de '''Solon''' avec '''Anacharsis''', et d’un entretien qu’il eut avec '''Thalès'''.<br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VI.''' '''Solon''', étant allé à ''Milet'' pour voir '''Thalès''', lui témoigna sa surprise de ce qu’il n’avait jamais voulu se marier et avoir des enfants. '''Thalès''' ne lui répondit rien dans le moment; mais ayant laissé passer quelques jours, il fit paraître un étranger qui disait arriver d’''Athènes'', d’où il était parti depuis dix jours. '''Solon''' lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau, lorsqu’il en était parti. Cet homme, à qui '''Thalès''' avait fait la leçon, lui répondit qu’il n’y avait autre chose que la mort d’un jeune homme dont toute la ville accompagnait le convoi. C’était, disait-on, le fils d’un des premiers et des plus vertueux citoyens, qui n'’était pas alors à ''Athènes'' et qui voyageait depuis longtemps, « Le malheureux père! s’écria Solon. Comment s’appelle-t-il? ― Je l’ai entendu nommer, répondit l’étranger; mais j’ai oublié son nom; je me souviens seulement qu’on ne parlait que de sa sagesse et de sa justice. » A chacune de ces réponses, les craintes de '''Solon''' augmentaient; enfin, troublé, hors de lui-même, il suggéra le nom à l’étranger, et lui demanda si ce jeune homme n’était pas le fils de '''Solon'''. « C’est lui-même, » dit l’autre. A cette parole, '''Solon''', se frappant la tête, se mit à faire et à dire tout ce que la douleur la plus violente peut inspirer. Alors '''Thalès''' l’arrêta et lui dit en souriant : « Voilà, '''Solon''', ce qui m’a éloigné de me marier et d’avoir des enfants; j’ai redouté le coup qui vous accable aujourd’hui, et contre lequel toute votre fermeté est impuissante. Mais rassurez-vous ; il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on vient de vous dire. » '''Hermippus''' rapporte cette histoire d’après le récit qu’en fait '''Patécus''', qui prétendait avoir hérité de l’âme d’'''Ésope'''.<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VII.''' Cependant c’est manquer de sens et de courage que de renoncer à acquérir des choses nécessaires par la crainte de les perdre. A ce compte, il ne faudrait aimer ni la richesse, ni la gloire, ni la sagesse, quand on les possède, de peur d’en être privé. La vertu même, le plus grand et le plus agréable des biens, se perd souvent par l’effet. de quelques maladies ou de certains breuvages. '''Thalès''' lui-même, en ne se mariant point, n’était pas à l’abri de toute crainte, à moins qu’il ne renonçât aussi à ses parents, à ses amis et à sa patrie. Mais au contraire, il avait adopté '''Cybistus''', le fils de sa sœur. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Mais en particulier on rapporte une certaine entrevue et de tels discours et d’'''Anacharsis''' à '''Solon''' et une-autre-fois de '''Thalès'''.<br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VI.''' Et on raconte '''Solon''' étant venu vers '''Thalès''' à ''Milet'' s’étonner de ce qu’il avait négligé absolument le mariage et la création-d’enfants. Et '''Thalès''' alors à la vérité s’être tu, mais ayant laissé-d’intervalle peu-de jours, avoir aposté un homme étranger, disant être arrivé récemment parti-depuis-dix-jours d’''Athènes''. Et '''Solon''' s’étant informé si donc il y a quelque chose de nouveau à ''Athènes'', l’homme instruit des choses qu’il faut dire n’avoir dit aucune autre chose, si ce n’est :<br /><p style="text-indent: 15px"> « Par '''Jupiter''', il y avait le convoi d’un certain jeune-homme, et la ville l’accompagnait. Car il était fils, comme on disait, d’un homme illustre et étant-le-premier des citoyens par la vertu; mais il n’était-pas-présent, mais on disait lui être-en-voyage depuis un temps déjà long.<br /><p style="text-align: left; text-indent: 15px">― Combien cet homme-là est malheureux! avoir dit '''Solon'''. Mais quel (comment) appelaient-ils lui ?<br /><p style="text-align: left; text-indent: 15px">― J’ai entendu le nom, avoir dit l’homme (répondit l’étranger), mais je ne me le rappelle pas; excepté qu’un discours fréquent était de la sagesse et de la justice de lui. »<br /><p style="text-indent: 15px">'''Solon''' donc étant-approché ainsi de-la crainte à chaque réponse, et à la fin déjà étant tout-troublé, lui-même avoir suggéré le nom à l’étranger, demandant si le mort n’était pas nommé fils de '''Solon'''. Et l’homme ayant dit-oui, celui-ci ('''Solon''') avoir commencé à frapper sa tête, et à faire et à dire les autres choses, qu’il arrive de faire et de dire à ceux affligés-à-l’excès. Mais '''Thalès''' ayant arrêté lui, et ayant ri, avoir dit :<br /><p style="text-indent: 15px">« Ces choses donc, ô '''Solon''', écartent moi du mariage et de la création-d’enfants, lesquelles abattent même toi le très-fort. Mais aie-confiance quant-à ces discours: car ils ne sont pas vrais. »<br /><p style="text-indent: 15px">'''Hermippe''' donc dit '''Patécus''', qui disait-souvent avoir l’âme d’'''Ésope''', raconter ces choses. <br /><p style="text-indent: 15px">'''VII.''' Or il est absurde et dépourvu de courage celui rejetant par la crainte de la perte l’acquisition des choses qu’il faut; car ainsi quelqu’un n’aimerait pas la richesse, n’aimerait pas la gloire, n’aimerait pas la sagesse étant survenue à lui, craignant (par crainte) d’en être privé. Et en effet nous voyons la vertu, au prix de laquelle aucune possession n’est plus grande, ni plus agréable, déplacée (chassée) par des maladies et des breuvages; et rien de plus n’être pour l’exemption-de-crainte à '''Thalès''' lui-même ne s’étant pas marié, s’il n’avait pas évité la possession et d’amis et de parents et de patrie. Mais même il eut un fils adoptif se l’étant fait tel lui-même, celui de sa sœur, comme on dit '''Cybisthe'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f27.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ====== <div style="text-align: center;">Paragraphe XV.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Testament d’inhumation de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XV.''' Καὶ φόβοι τινὲς ἐκ δεισιδαιμονίας ἅμα καὶ φάσματα κατεῖχε τὴν πόλιν, οἵ τε μάντεις ἄγη καὶ μιασμοὺς δεομένους καθαρμῶν προφαίνεσθαι διὰ τῶν ἱερῶν ἠγόρευον. Οὕτω δὴ μετάπεμπτος αὐτοῖς ἧκεν ἐκ Κρήτης Ἐπιμενίδης ὁ Φαίστιος, ὃν ἕβδομον ἐν τοῖς σοφοῖς καταριθμοῦσιν ἔνιοι τῶν οὐ προσιεμένων τὸν Περίανδρον. Ἐδόκει δέ τις εἶναι θεοφιλὴς καὶ σοφὸς περὶ τὰ θεῖα τὴν ἐνθουσιαστικὴν καὶ τελεστικὴν σοφίαν, διὸ καὶ παῖδα νύμφης ὄνομα Βάλτης καὶ Κούρητα νέον αὐτὸν οἱ τότε ἄνθρωποι προσηγόρευον. <br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Τὸ δὲ μέγιστον, ἱλασμοῖς τισι καὶ καθαρμοῖς καὶ ἱδρύσεσι κατοργιάσας καὶ καθοσιώσας τὴν πόλιν ὑπήκοον τοῦ δικαίου καὶ μᾶλλον εὐπειθῆ πρὸς ὁμόνοιαν κατέστησε. Λέγεται δὲ τὴν Μουνυχίαν ἰδὼν καὶ καταμαθὼν πολὺν χρόνον, εἰπεῖν πρὸς τοὺς παρόντας ὡς τυφλόν ἐστι τοῦ μέλλοντος ἄνθρωπος· ἐκφαγεῖν γὰρ ἂν Ἀθηναίους τοῖς αὑτῶν ὀδοῦσιν, εἰ προῄδεσαν ὅσα τὴν πόλιν ἀνιάσει τὸ χωρίον· ὅμοιον δέ τι καὶ Θαλῆν εἰκάσαι λέγουσι· κελεῦσαι γὰρ αὐτὸν ἔν τινι τόπῳ τῆς Μιλησίας φαύλῳ καὶ παρορωμένῳ τελευτήσαντα θεῖναι, προειπὼν ὡς ἀγορά ποτε τοῦτο Μιλησίων ἔσται τὸ χωρίον. Ἐπιμενίδης μὲν οὖν μάλιστα θαυμασθείς, καὶ χρήματα διδόντων πολλὰ καὶ τιμὰς μεγάλας τῶν Ἀθηναίων, οὐδὲν ἢ θαλλὸν ἀπὸ τῆς ἱερᾶς ἐλαίας αἰτησάμενος καὶ λαβὼν ἀπῆλθεν. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§15'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item là])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="margin: 0 2em; text-align: justify; direction: ltr;">'''XV.''' Au chagrin que ces pertes causèrent à ceux-ci [les ''Athéniens''], se joignirent des craintes superstitieuses dont la ville [''Athènes''] fut frappée, et qui venaient d’apparitions de spectres et de fantômes. Les devins déclarèrent aussi que l’état des victimes qu’ils avaient offertes annonçait des crimes et des profanations qu’il fallait expier. On fit donc venir de ''Crète'' [[w:Épiménide|'''Épiménide''']] [[#Épiménide|<span id="Épiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] le [[w:Phaistos|''Phestien'']] [[#Phaistos|<span id="Phaistos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], qui est mis au nombre des sept sages par ceux qui n’y comptent pas '''Périandre'''. Il passait pour un homme chéri des dieux, doué d’une grande sagesse, fort instruit des choses divines, surtout versé dans la science des inspirations et dans la connaissance des mystères; on l’appelait, même de son vivant, le nouveau [[w:Curètes|'''Curète''']], le fils de la nymphe '''Balté'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais ce qui était plus important, il fit un grand nombre d’expiations et de sacrifices, il fonda plusieurs temples; et par ces différentes cérémonies il purifia entièrement la ville, en bannit l’impiété et l’injustice, et la rendit plus soumise, plus disposée à l’union et à la paix. On rapporte aussi que lorsqu’il vit le fort de [[w:Munichie|''Munychium'']] [[#Munichie|<span id="Munichie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], il le considéra longtemps, et dit à ceux qui l’accompagnaient : Que les hommes sont aveugles sur l’avenir ! Si les ''Athéniens'' pouvaient prévoir tous les maux que ce lieu doit un jour causer à leur ville, ils l’emporteraient à belles dents ». '''Thalès''' eut aussi, dit-on, un pressentiment à peu près semblable. Il ordonna qu’on l’enterrât dans le lieu le plus sauvage et le plus désert du territoire de ''Milet''; et il prédit aux ''Milésiens'' qu’un jour leur marché public y serait transporté. Les ''Athéniens'', pleins de reconnaissance et d’admiration pour '''Épiménide''', voulurent le combler d’honneurs et de présents; mais il ne demanda qu’une branche de l’olivier sacré, qui lui fut accordée, et il s’en retourna en ''Crète''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§15'',[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Épiménide_back|<span id="Épiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπιμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète, philosophe et [[w:Iatromante|''iatromante'']] crétois.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Phaistos_back|<span id="Phaistos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαιστός / Phaistós [[wikt:en:Φαιστός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne ville du Sud de la [[w:Histoire_de_la_Crète#Antiquité|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Munichie_back|<span id="Munichie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μουνιχία / Mounikhia [[wikt:en:Μουνυχία#Grec_ancien|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom d’une colline du [[w:Le_Pirée|''Pirée'']] et de l’[[w:Port_de_Munichie|un des ports du ''Pirée'']].'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XII.''' Au chagrin que ces pertes causèrent à ceux-ci, se joignirent des craintes superstitieuses dont la ville fut frappée, et qui venaient d’apparitions de spectres et de fantômes. Les devins déclarèrent aussi que l’état des victimes annonçait des crimes et des profanations qu’il fallait expier. On fit donc venir de ''Crète'' '''Épiménide''' le ''Phestien'' qui est mis au nombre des sept sages par ceux qui n’y comptent pas '''Périandre'''. Il passait pour un homme chéri des dieux, doué d’une grande sagesse, fort instruit des choses divines, surtout versé dans la science des inspirations et dans la connaissance des mystères; on l’appelait, même de son vivant, le nouveau '''Curète''', le fils de la nymphe '''Balté'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais ce qui était plus important, il fit un grand nombre d’expiations et de sacrifices; il fonda plusieurs temples; et par ces différentes cérémonies, il purifia entièrement la ville, en bannit l’impiété et l’injustice, et la rendit plus soumise, plus disposée à l’union et à la paix. On rapporte aussi que lorsqu’il vit ''Munychie'', il la considéra longtemps, et dit à ceux qui l’accompagnaient :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> « Que les hommes sont aveugles sur l’avenir! Si les ''Athéniens'' pouvaient prévoir tous les maux que ce lieu doit un jour causer à leur ville, il l’emporteraient à belles dents. »<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> '''Thalès''' eut aussi, dit-on, un pressentiment à peu près semblable. Il ordonna qu’on l’enterrât dans le lieu le plus sauvage et le plus désert du territoire de ''Milet''; et il prédit aux ''Milésiens'' qu’un jour leur marché public y serait transporté. Les ''Athéniens'', pleins de reconnaissance et d’admiration pour '''Épiménide''', voulurent le combler d’honneurs et de présents; mais il ne demanda qu’une branche de l’olivier sacré, qui lui fut accordée, et il s’en retourna en ''Crète''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f58.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Et certaines craintes nées de la superstition en-même-temps aussi des apparitions occupaient la ville; et les devins disaient des impiétés et des souillures ayant-besoin de purifications être indiquées par les victimes. Et ainsi vint à eux mandé (ils firent venir) de ''Crète'' '''Épiménide''' le ''Phestien'', que quelques-uns de ceux n’admettant pas '''Périandre''' comptent le septième parmi les sages. Or il avait-la-réputation d’être un homme ami-des-dieux, et habile dans la science de-l’inspiration et des-mystères. C’est-pourquoi les hommes d’alors appelaient lui et fils de la nymphe de nom (nommée) '''Balté''', et nouveau '''Curète'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais le plus grand (le plus important), ayant initié-aux-mystères et ayant purifié la ville par certaines expiations et purifications et fondations, il la rendit prêtant-l’oreille à la justice et plus obéissante pour la concorde. Et il est dit, ayant vu ''Munychie'' et l’ayant examinée un temps long, avoir dit à ceux présents, que l’homme est un être aveugle sur l’avenir ; car les ''Athéniens'' avoir dû manger ''Munychie'' avec les dents d’eux-mêmes, s’ils avaient prévu en combien de choses cette place affligera la ville. Et on dit aussi '''Thalès''' avoir conjecturé quelque chose de semblable; lui avoir ordonné en effet de placer lui ayant cessé de vivre dans un certain lieu de la ''Milésie'' méprisé et dédaigné, ayant prédit que cet endroit sera (serait) un jour le marché des ''Milésiens''. '''Épiménide''' donc ayant été admiré très-grandement, et les ''Athéniens'' lui donnant des sommes nombreuses et des honneurs grands, n’ayant demandé rien qu’un rameau détaché de l’olivier sacré et l’ayant pris (reçu) s’en alla.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f59.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">═✳═</div> === [[w:Œuvres_morales|Œuvres morales]] === <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Ensemble de 78 textes de traitant de sujets extrêmement variés (religieux, éthiques, politiques, philosophiques, littéraires, historiques), et s'inscrivant dans des genres littéraires également divers (traité, différentes sortes de dialogues, lettres, réponses à des Questions ([[wikt:ζήτημα#Grec_ancien|''zetemata'']]), « dits » ([[w:Apophtegme|''apophtegmes'']])).</div> ==== Le Banquet des Sept Sages ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Dialogue faisant intervenir 20 personnages, dont une liste des sept sages : '''Thalès''', [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bias_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Chilon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Cléobule|'''Cléobule''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cléobule_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Pittacos_de_Mytil%C3%A8ne|'''Pittacos''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pittacos_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Périandre|'''Périandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Périandre_back|<sup>🔄</sup>]].<br />À ceux-ci se rajoutent : [[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anacharsis_back|<sup>🔄</sup>]], '''Ésope''', '''Dioclès''', '''Nicarque''', [[w:Cléobuline|'''Cléobuline''']] [[#Cléobuline|<span id="Cléobuline_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], '''Mélissa''', '''Niloxène''', '''Alexidème''', '''Ardalus''', '''Cléodème''', '''Mnésiphile''', '''Chersias''', [[w:Gorgias|'''Gorgias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Gorgias_back|<sup>🔄</sup>]].</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Le Banquet des Septs Sages|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cléobuline_back|<span id="Cléobuline"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κλεοβουλίνη / Kleoboulinè ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de Κλεόβουλος / Kleóboulos [[wikt:en:Κλεόβουλος#Ancient_Greek|(en)]], « Cléobule, le père de Cléobuline » <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival féminin -ῑ́νη / -ī́nē [[wikt:en:-ίνη#Ancient_Greek|(en)]], relatif à la matière, au temps, etc. : « fait de, pendant la durée de » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe et poétesse grecque, célèbre pour ses énigmes, fille du [[w:Tyran|''tyran'']] Cléobule, qui la surnommerait Εὔμητις / Eúmētis, « la Prudente » selon Plutarque. '''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe I.</div> ===== :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§1. Ἦ που προϊὼν ὁ χρόνος, ὦ '''Νίκαρχε''', πολὺ σκότος ἐπάξει τοῖς πράγμασι καὶ πᾶσαν ἀσάφειαν, εἰ νῦν ἐπὶ προσφάτοις οὕτω καὶ νεαροῖς λόγοι ψευδεῖς συντεθέντες ἔχουσι πίστιν. οὔτε γὰρ μόνων, ὡς ὑμεῖς ἀκηκόατε, τῶν ἑπτὰ γέγονε τὸ συμπόσιον, ἀλλὰ πλειόνων ἢ δὶς τοσούτων (ἐν οἷς καὶ αὐτὸς ἤμην, συνήθης μὲν ὢν '''Περιάνδρῳ''' διὰ τὴν τέχνην, ξένος δὲ '''Θάλεω'''· παρ´ ἐμοὶ γὰρ κατέλυσεν ὁ ἀνὴρ '''Περιάνδρου''' κελεύσαντος), οὔτε τοὺς λόγους ὀρθῶς ἀπεμνημόνευσεν ὅστις ἦν ὑμῖν ὁ διηγούμενος· ἦν δ´ ὡς ἔοικεν οὐδεὶς τῶν παραγεγονότων. ἀλλ´ ἐπεὶ σχολή τε πάρεστι πολλὴ καὶ τὸ γῆρας οὐκ ἀξιόπιστον ἐγγυήσασθαι τὴν ἀναβολὴν τοῦ λόγου, προθυμουμένοις ὑμῖν ἀπ´ ἀρχῆς ἅπαντα διηγήσομαι. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §1'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§1. '''D<span style ="font-size:85%;">IOCLÈS</span>'''. Certainement le long cours des âges, mon cher '''Nicarque''', jettera sur les faits d’épaisses ténèbres et une complète incertitude, puisque dès aujourd’hui, à propos de choses si récentes et si nouvelles, des relations mensongères et controuvées obtiennent crédit. Car d’abord le banquet en question ne se composait pas seulement des sept sages, comme vous autres l’avez ouï dire. Les convives étaient plus du double de ce nombre. J’en faisais moi-même partie, comme familier de '''Périandre''' en raison de notre profession commune, et comme hôte de '''Thalès''' : ce dernier était en effet descendu chez moi sur la recommandation de '''Périandre'''. Ensuite, on ne vous en a pas rapporté fidèlement les entretiens lorsqu’on vous a fait ce récit. Il faut que celui de qui vous le tenez n’ait pas été un des convives. Mais puisque nous avons un ample loisir et que la vieillesse est un garant trop peu sûr pour nous autoriser à remettre cet entretien, je vais, suivant votre désir unanime, vous en raconter tous les détails à partir du commencement. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §1'', traduction par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_1,_1870.djvu/424|ici]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''D<span style ="font-size:85%;">IOCLÈS</span>'''. Quelle incertitude et quelle obscurité la succession des temps ne doit-elle pas répandre sur l’histoire, mon cher '''Nicarque''', puisque, dans des faits récents, et qui se sont passés presque sous nos yeux, le faux prend la place du vrai ? Ce banquet n’était pas, comme on vous l’a dit, composé seulement des sept sages ; les convives étaient plus du double de ce nombre. J’y assistai moi-même, et comme ami de '''Périandre''', avec qui ma profession ma lié depuis longtemps [[#Dioclès_NdT_DR|<span id="Dioclès_NdT_DR_back"><sup>1</sup></span>]], et comme hôte de '''Thalès''', à qui '''Périandre''' avait fait marquer son logement chez moi. Celui qui vous a fait le récit de ce qui s’y est passé n’en était sûrement pas, et vous a trompé sur presque tous les points. Mais, puisque nous en avons le loisir, et que notre âge avancé ne nous permet guère de différer, je vais vous satisfaire et vous en raconter tous les détails.</div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Dioclès_NdT_DR_back|<span id="Dioclès_NdT_DR"><sup>1.</sup></span>]] Dioclès était devin.''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la simplicité de '''Thalès''', de sa mesure de la pyramide d’''Égypte'', et de son aversion des [[w:Tyran|''tyrans'']] et des rois.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§2. Παρεσκευάκει μὲν γὰρ οὐκ ἐν τῇ πόλει τὴν ὑποδοχὴν ὁ Περίανδρος, ἀλλ´ ἐν τῷ περὶ τὸ Λέχαιον ἑστιατορίῳ παρὰ τὸ τῆς Ἀφροδίτης ἱερόν, ἧς ἦν καὶ ἡ θυσία. μετὰ γὰρ τὸν ἔρωτα τῆς μητρὸς αὐτοῦ προεμένης τὸν βίον ἑκουσίως οὐ τεθυκὼς τῇ Ἀφροδίτῃ, τότε πρῶτον ἔκ τινων ἐνυπνίων τῆς Μελίσσης ὥρμησε τιμᾶν καὶ θεραπεύειν τὴν θεόν. Τῶν δὲ κεκλημένων ἑκάστῳ συνωρὶς ἱκανῶς κεκοσμημένη προσήχθη· καὶ γὰρ ὥρα θέρους ἦν, καὶ τὴν ὁδὸν ἅπασαν ὑπὸ πλήθους ἁμαξῶν καὶ ἀνθρώπων ἄχρι θαλάττης κονιορτὸς καὶ θόρυβος κατεῖχεν. ὁ μέντοι Θαλῆς τὸ ζεῦγος ἐπὶ ταῖς θύραις ἰδὼν καὶ μειδιάσας ἀφῆκεν. ἐβαδίζομεν οὖν ἐκτραπόμενοι διὰ τῶν χωρίων, καθ´ ἡσυχίαν, καὶ μεθ´ ἡμῶν τρίτος ὁ Ναυκρατίτης Νειλόξενος, ἀνὴρ ἐπιεικὴς καὶ τοῖς περὶ Σόλωνα καὶ Θαλῆν γεγονὼς ἐν Αἰγύπτῳ συνήθης. ἐτύγχανε δὲ πρὸς Βίαντα πάλιν ἀπεσταλμένος· ὧν δὲ χάριν οὐδ´ αὐτὸς ᾔδει, πλὴν ὑπενόει πρόβλημα δεύτερον αὐτῷ κομίζειν ἐν βιβλίῳ κατασεσημασμένον· εἴρητο γάρ, εἰ Βίας ἀπαγορεύσειεν, ἐπιδεῖξαι τοῖς σοφωτάτοις Ἑλλήνων τὸ βιβλίον. « Ἕρμαιον » ὁ Νειλόξενος ἔφη « μοι γέγονεν ἐνταῦθα λαβεῖν ἅπαντας ὑμᾶς, καὶ κομίζω τὸ βιβλίον ὡς ὁρᾷς ἐπὶ τὸ δεῖπνον. » ἅμα δ´ ἡμῖν ἐπεδείκνυε. Καὶ ὁ Θαλῆς γελάσας « εἴ τι κακόν, » εἶπεν, « αὖθις εἰς Πριήνην· διαλύσει γὰρ ὁ Βίας, ὡς διέλυσεν αὐτὸς τὸ πρῶτον. » « Τί δ´ ἦν, » ἔφην ἐγώ, « τὸ πρῶτον; » « Ἱερεῖον, » εἶπεν, « ἔπεμψεν αὐτῷ, κελεύσας τὸ πονηρότατον ἐξελόντα καὶ χρηστότατον ἀποπέμψαι κρέας. ὁ δ´ ἡμέτερος εὖ καὶ καλῶς τὴν γλῶτταν ἐξελὼν ἔπεμψεν· ὅθεν εὐδοκιμῶν δῆλός ἐστι καὶ θαυμαζόμενος. » « Οὐ διὰ ταῦτ´ » ἔφη « μόνον » ὁ Νειλόξενος, « ἀλλ´ οὐ φεύγει τὸ φίλος εἶναι καὶ λέγεσθαι βασιλέων καθάπερ ὑμεῖς, ἐπεὶ σοῦ γε καὶ τἄλλα θαυμάζει, καὶ τῆς [[wikt:en:πυραμίδος#Ancient_Greek|πυραμίδος]] τὴν μέτρησιν ὑπερφυῶς ἠγάπησεν, ὅτι πάσης ἄνευ πραγματείας καὶ μηδενὸς ὀργάνου δεηθεὶς ἀλλὰ τὴν βακτηρίαν στήσας ἐπὶ τῷ πέρατι τῆς σκιᾶς ἣν ἡ πυραμὶς ἐποίει, γενομένων τῇ ἐπαφῇ τῆς ἀκτῖνος δυεῖν τριγώνων, ἔδειξας ὃν ἡ σκιὰ πρὸς τὴν σκιὰν λόγον εἶχε τὴν πυραμίδα πρὸς τὴν βακτηρίαν ἔχουσαν. ἀλλ´, ὅπερ ἔφην, διεβλήθης μισοβασιλεὺς εἶναι, καί τινες ὑβριστικαί σου περὶ τυράννων ἀποφάσεις ἀνεφέροντο πρὸς αὐτόν, ὡς ἐρωτηθεὶς ὑπὸ Μολπαγόρου τοῦ Ἴωνος τί παραδοξότατον εἴης ἑωρακώς, ἀποκρίναιο ‘τύραννον γέροντα,’ καὶ πάλιν ἔν τινι πότῳ, περὶ τῶν θηρίων λόγου γενομένου, φαίης κάκιστον εἶναι τῶν μὲν ἀγρίων θηρίων τὸν τύραννον, τῶν δ´ ἡμέρων τὸν κόλακα· ταῦτα γάρ, εἰ καὶ πάνυ προσποιοῦνται διαφέρειν οἱ βασιλεῖς τῶν τυράννων, οὐκ εὐμενῶς ἀκούουσιν. » « Ἀλλὰ τοῦτο μέν, » εἶπεν ὁ Θαλῆς, « Πιττακοῦ ἐστιν, εἰρημένον ἐν παιδιᾷ ποτε πρὸς Μυρσίλον· ἐγὼ δὲ θαυμάσαιμ´ ἄν, » ἔφη, « οὐ τύραννον ἀλλὰ [[wikt:κυβερνήτης#Grec_ancien|'''κυβερνήτην''']] γέροντα θεασάμενος. πρὸς δὲ τὴν μετάθεσιν τὸ τοῦ νεανίσκου πέπονθα τοῦ βαλόντος μὲν ἐπὶ τὴν κύνα πατάξαντος δὲ τὴν μητρυιὰν καὶ εἰπόντος ‘οὐδ´ οὕτω κακῶς.’ διὸ καὶ Σόλωνα σοφώτατον ἡγησάμην οὐ δεξάμενον τυραννεῖν. καὶ Πιττακὸς οὗτος εἰ μοναρχίᾳ μὴ προσῆλθεν, οὐκ ἂν εἶπεν ὡς ‘χαλεπὸν ἐσθλὸν ἔμμεναι.’ Περίανδρος δ´ ἔοικεν ὥσπερ ἐν νοσήματι πατρῴῳ τῇ τυραννίδι κατειλημμένος οὐ φαύλως ἐξαναφέρειν, χρώμενος ὁμιλίαις ὑγιειναῖς ἄχρι γε νῦν καὶ συνουσίας ἀνδρῶν νοῦν ἐχόντων ἐπαγόμενος, ἃς δὲ '''Θρασύβουλος''' αὐτῷ κολούσεις τῶν ἄκρων οὑμὸς πολίτης ὑφηγεῖται μὴ προσιέμενος. γεωργοῦ γὰρ [[wikt:en:αἶρα#Ancient_Greek|αἴρας]] καὶ [[wikt:ononis|ὀνώνιδας]] ἀντὶ [[wikt:πυρός#Grec_ancien|πυρῶν]] καὶ [[wikt:κριθή#Grec_ancien|κριθῶν]] συγκομίζειν ἐθέλοντος οὐδὲν διαφέρει τύραννος ἀνδραπόδων μᾶλλον ἄρχειν ἢ ἀνδρῶν βουλόμενος· ἓν γὰρ ἀντὶ πολλῶν κακῶν ἀγαθὸν αἱ δυναστεῖαι τὴν τιμὴν ἔχουσι καὶ τὴν δόξαν, ἄνπερ ἀγαθῶν ὡς κρείττονες ἄρχωσι καὶ μεγάλων μείζονες εἶναι δοκῶσι· τὴν δ´ ἀσφάλειαν ἀγαπῶντας ἄνευ τοῦ καλοῦ προβάτων ἔδει πολλῶν καὶ ἵππων καὶ βοῶν ἄρχειν, μὴ ἀνθρώπων. ἀλλὰ γὰρ εἰς οὐδὲν προσήκοντας ἐμβέβληκεν ἡμᾶς, » ἔφη, « ὁ ξένος οὑτοσὶ λόγους, ἀμελήσας λέγειν τε καὶ ζητεῖν ἃ ἁρμόττει ἐπὶ δεῖπνον βαδίζουσιν. ἦ γὰρ οὐκ οἴει, καθάπερ ἑστιάσοντος ἔστι τις παρασκευή, καὶ δειπνήσοντος εἶναι; Συβαρῖται μὲν γὰρ ὡς ἔοικε πρὸ ἐνιαυτοῦ τὰς κλήσεις ποιοῦνται τῶν γυναικῶν, ὅπως ἐκγένοιτο κατὰ σχολὴν παρασκευασαμέναις ἐσθῆτι καὶ χρυσῷ φοιτᾶν ἐπὶ τὸ δεῖπνον· ἐγὼ δὲ πλείονος οἶμαι χρόνου δεῖσθαι τὴν ἀληθινὴν τοῦ δειπνήσοντος ὀρθῶς παρασκευήν, ὅσῳ χαλεπώτερόν ἐστιν ἤθει τὸν πρέποντα κόσμον ἢ σώματι τὸν περιττὸν ἐξευρεῖν καὶ ἄχρηστον. οὐ γὰρ ὡς ἀγγεῖον ἥκει κομίζων ἑαυτὸν ἐμπλῆσαι πρὸς τὸ δεῖπνον ὁ νοῦν ἔχων, ἀλλὰ καὶ σπουδάσαι τι καὶ παῖξαι καὶ ἀκοῦσαι καὶ εἰπεῖν ὡς ὁ καιρὸς παρακαλεῖ τοὺς συνόντας, εἰ μέλλουσι μετ´ ἀλλήλων ἡδέως ἔσεσθαι. καὶ γὰρ καὶ ὄψον πονηρὸν ἔστι παρώσασθαι, κἂν οἶνος ᾖ φαῦλος, ἐπὶ τὰς νύμφας καταφυγεῖν· σύνδειπνος δὲ κεφαλαλγὴς καὶ βαρὺς καὶ ἀνάγωγος παντὸς μὲν οἴνου καὶ ὄψου πάσης δὲ μουσουργοῦ χάριν ἀπόλλυσι καὶ λυμαίνεται, καὶ οὐδ´ ἀπεμέσαι τὴν τοιαύτην ἀηδίαν ἕτοιμόν ἐστιν, ἀλλ´ ἐνίοις εἰς ἅπαντα τὸν βίον ἐμμένει τὸ πρὸς ἀλλήλους δυσάρεστον, ὥσπερ ἑωλοκρασία τις ὕβρεως ἢ ὀργῆς ἐν οἴνῳ γενομένης. ὅθεν ἄριστα Χίλων, καλούμενος ἐχθές, οὐ πρότερον ὡμολόγησεν ἢ πυθέσθαι τῶν κεκλημένων ἕκαστον. ἔφη γὰρ ὅτι σύμπλουν ἀγνώμονα δεῖ φέρειν καὶ σύσκηνον οἷς πλεῖν ἀνάγκη καὶ στρατεύεσθαι· τὸ δὲ συμπόταις ἑαυτὸν ὡς ἔτυχε καταμιγνύειν οὐ νοῦν ἔχοντος ἀνδρός ἐστιν. ὁ δ´ Αἰγύπτιος σκελετός, ὃν ἐπιεικῶς εἰσφέροντες εἰς τὰ συμπόσια προτίθενται καὶ παρακαλοῦσι μεμνῆσθαι τάχα δὴ τοιούτους ἐσομένους, καίπερ ἄχαρις καὶ ἄωρος ἐπίκωμος ἥκων, ὅμως ἔχει τινὰ καιρόν, καὶ εἰ μὴ πρὸς τὸ πίνειν καὶ ἡδυπαθεῖν ἀλλὰ πρὸς φιλίαν καὶ ἀγάπησιν ἀλλήλων προτρέπεται, καὶ παρακαλεῖ τὸν βίον μὴ τῷ χρόνῳ βραχὺν ὄντα πράγμασι κακοῖς μακρὸν ποιεῖν. » </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §2'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§2. La réception avait été préparée par '''Périandre''', non pas dans la ville même, mais dans son [[w:Cénacle|''cénacle'']] du port de [[w:Léchaion|''Léchée'']], près du temple de '''Vénus''' en l’honneur de laquelle il y avait même un sacrifice. Car depuis l’incestueux amour à la suite duquel sa mère avait volontairement abandonné la vie, '''Périandre''' n’avait pas sacrifié à '''Vénus''' ; et c’était alors la première fois que, d’après certains songes de '''Mélissa''' il s’était décidé à honorer la déesse et à lui rendre des hommages. Pour chacun des invités on avait amené un attelage approprié convenablement. Nous étions en été, et tout le long de la route, en raison du grand nombre de chariots et de piétons, ce n’était jusqu’à la mer que poussière et que bruit. Pourtant '''Thalès''', ayant vu l’attelage à notre porte, se mit à sourire et le renvoya. Nous partîmes donc à pied en faisant un détour, et à travers champs nous cheminâmes à loisir. Un troisième compagnon s’était joint à nous, '''Niloxène''' de ''Naucratie'', homme plein de mérite, que '''Thalès''' et '''Solon''' avaient autrefois beaucoup connu en ''Égypte''. Il se trouvait envoyé de nouveau vers '''Bias''' ; mais pour quelle mission ? Il n’en savait rien lui-même, hormis qu’il se soupçonnait porteur d’une seconde question à résoudre, contenue dans un pli cacheté; et il lui avait été dit, au cas où '''Bias''' renoncerait, de la présenter aux plus sages d’entre les Grecs. « C’est », dit '''Niloxène''', « une chance heureuse que de vous trouver ici tous, et j’apporte, comme vous voyez, cette lettre pour le banquet. » En même temps, il nous la faisait voir. '''Thalès''' se mit à rire : « Si c’est une question épineuse », dit-il, « qu’on aille encore à ''Priène'' : '''Bias''' la résoudra comme il a résolu la première. » — « Quelle était donc cette première question ? » lui demandai-je. — « Le roi d’Égypte », dit '''Thalès''', « avait envoyé à '''Bias''' une victime, en lui faisant dire d’en couper ce qu’il y avait de plus mauvais et de meilleur, et de le lui renvoyer. Notre sage, avec un discernement merveilleux, en ôta la langue et la fit porter au Roi. Voilà ce qui lui a valu une estime et une admiration si déclarée ». — « Cette raison n’est pas la seule », ajouta '''Niloxène''' ; « c’est encore, que '''Bias''' ne fuit pas, comme vous autres, l’amitié des rois eux-mêmes. Ainsi, vous, '''Thalès''', le roi d’Égypte vous admire beaucoup, et, entre autres choses, il a été, au-delà de ce qu’on peut dire, ravi de la manière dont vous avez mesuré la pyramide sans le moindre embarras et sans avoir eu besoin d’aucun instrument. Après avoir dressé votre bâton à l’extrémité de l’ombre que projetait la pyramide, vous construisîtes deux triangles par la tangence d’un rayon, et vous démontrâtes qu’il y avait la même proportion entre la hauteur du bâton et la hauteur de la pyramide qu’entre la longueur des deux ombres. Mais, comme j’ai dit, on vous accuse de détester les rois ; quelques boutades injurieuses prononcées par vous contre des ''tyrans'' ont été rapportées à [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']]. Par exemple, l’Ionien '''Molpagore''' vous ayant demandé ce que vous aviez jamais vu de plus extraordinaire, vous lui auriez répondu : « C’est un tyran parvenu à la vieillesse. » Une autre fois, dans un festin, la conversation étant venue à tomber sur les bêtes féroces, vous auriez dit : « La plus méchante bête parmi les animaux sauvages, c’est le tyran, et parmi les animaux apprivoisés le flatteur. » De tels propos ne sont pas de ceux que les rois entendent avec plaisir, lors même qu’ils affectent de n’avoir rien de commun avec les tyrans. » Pour cette dernière réponse, dit '''Thalès''', elle est de '''Pittacus''' : il l’avait adressée un jour en plaisantant à '''Myrsile'''. Quant au premier propos, ce n’était pas « un tyran » que j’avais dit, mais « un [[wikt:κυβερνήτης#Grec_ancien|''pilote'']] », qui soit parvenu à la vieillesse. Toutefois, puisqu’on a changé la destination du mot, je fais comme le jeune homme qui, ayant jeté une pierre à un chien, atteignit sa belle-mère et s’écria : Même ainsi, ce n’est pas mal. » C’est pourquoi je regardai '''Solon''' comme éminemment sage lorsqu’il n’accepta pas la tyrannie ; et '''Pittacus''', s’il n’eût approché de la monarchie, n’aurait pas eu à dire : « Il est difficile d’être homme de bien. » Quant à '''Périandre''', il semble qu’ayant été saisi par le souverain pouvoir comme par une maladie de famille, il ne s’en tire pas trop mal. Il use, au moins jusqu’à présent, de sociétés salutaires. Il réunit, pour entretenir commerce avec eux, ses hommes remplis de sens ; et le conseil que lui a donné mon compatriote [[w:Thrasybule_de_Milet|'''Thrasybule''']] [[#Thrasybule|<span id="Thrasybule_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], de décapiter l’aristocratie, il ne l’a pas accepté. Entre un laboureur qui aimerait mieux voir dans son champ de l’[[w:Ivraie|''ivraie'']] ou de l’[[w:Orobanche|''orobanche'']] que de l’orge ou du blé, et un tyran qui veut régner sur des esclaves plutôt que sur des hommes de coeur, je ne vois aucune différence. Un seul bien compense les maux nombreux attachés au pouvoir des tyrans : c’est la gloire et l’honneur qui leur sont réservés lorsque, commandant à des hommes vertueux, ils sont plus vertueux eux-mêmes, et qu’au milieu de grands ils se montrent plus grands. Ceux qui préfèrent leur sûreté en renonçant à ce beau rôle, étaient faits pour réunir sous leur main beaucoup de moutons, de chevaux et de boeufs, mais non des hommes. » « Du reste », continua '''Thalès''', « ce sont propos sans portée aucune que ceux où nous a jetés cet étranger, et nous avons omis de dire et de chercher les choses qui conviennent bien à des gens partis pour un banquet. Ne croyez-vous pas, '''Nicarque''', qu’il y ait des préparatifs à faire quand on vient prendre place à un festin, comme il y en a pour celui qui doit le donner ? Les [[w:Sybaris|''Sybarites'']] [[#Sybaris|<span id="Sybaris_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], à ce qu’il paraît, s’y prennent un an d’avance pour adresser leurs invitations aux femmes, afin qu’elles puissent à loisir préparer leur toilette et leurs bijoux en or avant de se rendre au festin; et, selon moi, il faut plus de temps encore à un convive pour les préparatifs vraiment nécessaires, parce qu’il est plus difficile de trouver un ajustement convenable pour son moral que la vaine et inutile parure dont on s’inquiète pour son corps. Un homme sensé ne se transporte pas à un festin comme un bocal qu’il s’agit d’y remplir. Il songe à trouver là une occasion de passer tour à tour du sérieux au badinage, d’entendre et de tenir lui-même ces propos auxquels la circonstance invite les convives s’ils veulent se rendre la réunion agréable les uns aux autres. En effet on est libre de repousser un mauvais ragoût, et si le vin ne vaut rien on peut « recourir aux [[w:Naïades|''Naïades'']] »; mais un convive qui vous donne mal à la tête, qui est lourd, qui ne sait pas se conduire, vous fait perdre et vous gâte le plaisir de tout vin, de toute bonne chère, de toute musique. On n’est même pas le maître de se débarrasser aussi complétement qu’on le voudrait d’un tel désagrément. Quelques-uns en gardent tant qu’ils vivent du mécontentement les uns contre les autres : il leur semble qu’il leur reste comme un arrière-goût de viandes mal digérées, parce qu’ils conservent le souvenir d’injures ou de colères échangées dans le vin. C’est pour cela que '''Chilon''', invité hier, n’a pas voulu promettre avant d’avoir su le nom de chacun des convives : « Car on est bien obligé, a-t-il dit, de supporter un désagréable compagnon de traversée, de tente, quand il faut être sur terre ou à l’armée ; mais se mêler indifféremment à table avec les premiers venus, n’est pas le propre d’un homme sensé. » Le squelette des ''Égyptiens'', qu’ils ont la sage coutume de produire et de placer dans la salle du festin afin d’engager à se souvenir que l’on sera bientôt comme lui, survient là comme un convive assez désagréable et intempestif, mais enfin la présence s’en explique. Si cette vue n’excite pas à boire et à se réjouir, elle engage du moins à s’aimer, à se chérir les uns les autres, et elle exhorte à ne pas allonger par des tracas pénibles une existence dont la durée est si courte. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §2'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Thrasybule_back|<span id="Thrasybule"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θρᾰσῠ́βουλος / Thrăsŭ́boulos [[wikt:en:Θρασύβουλος#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de l’adjectif [[wikt:θρασύς#Grec_ancien|θρᾰσύς / thrăsús]], « confiant, audacieux » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun [[wikt:βουλή#Grec_ancien|βουλή / boulế]], « Volonté. Décision, conseil. Conseil, sénat athénien. »; du verbe [[wikt:βούλομαι#Grec_ancien|βούλομαι / boúlomai]], « Vouloir, désirer, souhaiter. Vouloir bien, consentir à. » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ -ος (-os).<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sybaris_back|<span id="Sybaris"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῠ́βᾰρῐς / Sŭ́bărĭs [[wikt:en:Σύβαρις#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Colonisation grecque|Colonie grecque]] du sud de l’Italie (en [[w:Calabre|Calabre]] actuelle), fondée au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] dans le cadre du mouvement d’établissement et d’[[w:Colonisation_grecque|''essaimage'']] des Grecs vers l’Occident, particulièrement en [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']]. Réputée dès l’Antiquité pour sa richesse devenue proverbiale, ainsi que pour son emprise sur les peuples voisins et différentes cités grecques de son voisinage, elle est détruite à l’issue d’une [[w:Guerre entre Sybaris et Crotone|guerre]] qui l’oppose à [[w:Crotone|''Crotone'']] à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et enfouie sous les eaux du fleuve ''Crathis'' (aujourd’hui [[Crati]]), avant de voir son site réoccupé, soixante ans plus tard, par la colonie [[w:Panhellénisme|''panhellénique'']] de [[w:Thourioï|''Thourioï'']].'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Périandre''' avait fait préparer le banquet, non à la ville même, mais au ''port de Léchée'' [[#Léchée_NdT_DR|<span id="Léchée_NdT_DR_back"><sup>1</sup></span>]], dans une salle voisine du ''temple de Vénus'', à qui l'’on devait offrir un sacrifice. Depuis que sa mère, victime d'’un malheureux amour [[#Cratée_NdT_DR|<span id="Cratée_NdT_DR_back"><sup>2</sup></span>]], s'’était donné la mort, il n'’avait pas encore sacrifié à cette déesse, et c'’était la première fois qu'’il y pensait, d'’après un songe de '''Mélisse''' [[#Mélisse_NdT_DR|<span id="Mélisse_NdT_DR_back"><sup>3</sup></span>]]. Nous étions dans les plus grandes chaleurs de l'’été. Le grand nombre des voitures et des gens de pied qui fréquentaient le chemin qui conduit à la mer, l'’avaient couvert de poussière et le rendaient fort incommode pour les voyageurs. On avait amené, pour chaque convive, un char commode et proprement orné. '''Thalès''', en voyant le sien à ma porte, se mit à sourire et le refusa. Nous primes donc, à travers les champs, un sentier détourné, et nous allâmes, en nous promenant, suivis de '''Niloxène''' de ''Naucrate'' [[#Niloxène_NdT_DR|<span id="Niloxène_NdT_DR_back"><sup>4</sup></span>]], homme du plus grand mérite, que '''Thalès''' et '''Solon''' avaient autrefois beaucoup connu en ''Égypte''. Il était envoyé, pour la seconde fois, vers '''Bias''', sans savoir lui-même quel était l'’objet de sa mission. Il se doutait seulement que la lettre dont '''Amasis''' l'’avait chargé contenait une seconde question à résoudre. Il avait ordre, en cas que '''Bias''' refusât d'’y répondre, de la proposer aux plus sages d'’entre les ''Grecs''. Dès qu'il m'’eut aperçu, il me dit en me montrant sa lettre : « J'’ai du bonheur aujourd'’hui. Cette lettre vous trouve tous réunis. Je la porte au banquet, comme vous voyez. - Si c'’est une question épineuse, dit '''Thalès''' en souriant, retournez à ''Priene'' [[#Priene_NdT_DR|<span id="Priene_NdT_DR_back"><sup>5</sup></span>]], '''Bias''' la résoudra, comme il a résolu la première. - Quelle était cette première question, demandai-je à '''Thalès''' ? - Le roi d'’Égypte, me répondit-il, avait envoyé une victime à '''Bias''', en lui faisant dire d'’en couper ce qu'’il y avait de meilleur et de plus mauvais, et de le lui renvoyer. Notre sage, fort habilement en ôta la langue, qu'’il lui fit porter. Voilà ce qui lui a mérité l'’estime et l'’admiration de ce prince. - Ajoutez encore à cette première raison, dit '''Niloxène''', que '''Bias''' ne dédaigne pas, comme vous, l'’amitié des rois ; car '''Amasis''' n'’a pas moins d'’estime pour vous ; il admire surtout la manière dont vous mesurâtes, avec la plus grande facilité et sans aucun instrument mathématique, la hauteur de la pyramide. En dressant votre bâton à l'’extrémité de l'’ombre qu'’elle faisait sur la terre, le rayon solaire qui touchait le sommet de la pyramide et l'’extrémité du bâton forma deux triangles ; et vous démontrâtes qu'’il y avait la même proportion entre la hauteur du bâton et celle de la pyramide qu'’entre la longueur des ombres projetées par l'’une et par l'’autre. Mais, comme je viens de le dire, on vous accuse, auprès de lui, d'’être l'’ennemi des rois, et on lui a rapporté plusieurs propos injurieux que vous avez tenus contre les tyrans [[#tyrans_NdT_DR|<span id="tyrans_NdT_DR_back"><sup>6</sup></span>]] ; entre autres que l’''Ionien'' '''Molpagore''' [[#Molpagore_NdT_DR|<span id="Molpagore_NdT_DR_back"><sup>7</sup></span>]] vous ayant demandé ce qui vous paraîtrait plus extraordinaire dans la vie, vous lui répondîtes : de voir vieillir un tyran. Une autre fois, comme on vint à parler, dans un repas, du naturel des animaux, vous dîtes que le plus méchant des animaux sauvages était le tyran, et des animaux domestiques, le flatteur. Les rois, quoiqu'’ils affectent de ne rien avoir de commun avec les tyrans, n'’aiment pas cependant ces sortes de discours. Cette dernière réponse, dit '''Thalès''', est de '''Pittacus''' ; il la fit un jour, en plaisantant, à ''Myrsile'' [[#Myrsile_NdT_DR|<span id="Myrsile_NdT_DR_back"><sup>8</sup></span>]]. Dans la première, je parlais d'’un pilote, et non pas d'un tyran. Mais puisqu'on en a fait application au tyran, je dirai comme ce jeune homme qui, jetant une pierre à son chien, en avait atteint sa belle-mère : « Le coup n'est pas perdu. » Aussi jamais Solon ne montra-t-il plus de sagesse, à mon gré, que lorsqu'il refusa la tyrannie ; et si Pittacus n'eût pas été contraint de l'accepter, il n'eût point dit qu'il est à charge d'être vertueux¹ . Il est vrai que Périandre, qui a succédé à l'autorité des tyrans, paraît jusqu'ici opposer à ce mal héréditaire un remède puissant, par le soin qu'il a de rechercher les entretiens et les avis salutaires des hommes vertueux , et par l'horreur qu'il a témoignée pour le conseil barbare que notre compatriote Thrasybule lui donnait de faire mourir les grands. Un tyran qui veut commander à des esclaves, plutôt qu'à des hommes, ressemble à un laboureur qui aimerait mieux voir son champ couvert de passereaux et de sauterelles que d'orge et de froment. Le seul bien qui puisse compenser tant de maux attachés au pouvoir des tyrans, c'est d'avoir, même sur les plus grands et les plus vertueux de leurs sujets, la supériorité de l'honneur et de la vertu. Ceux qui préfèrent la sûreté à la gloire sont faits pour commander à des troupeaux, et non pour gouverner des hommes. « Mais Niloxène nous a jetés dans une conversation absolument étrangère à notre objet, et nous a fait négliger ce qui devait nous occuper en allant au banquet. Ne pensez-vous pas que les conviés ont, aussi bien que leur hôte, des apprêts à faire . Les Sybarites, dit-on, prient les femmes à souper un an d'avance, afin qu'elles puissent préparer à loisir leurs habits et leurs bijoux 2. Pour moi, je pense qu'il faut encore plus de temps à un convive pour faire tous les préparatifs convenables, parcequ'il est bien plus difficile d'orner son esprit comme il faut, que de donner à son corps une parure vaine et superflue. Un homme sensé doit aller à un festin, non pour y remplir son estomac, comme un vase, mais pour écouter et tenir à son tour des propos utiles ou amusants, suivant les circonstances . C'est le seul moyen de rendre le repas agréable aux convives. En effet, on peut laisser un mauvais ragoût, et recourir à l'eau quand le vin n'est pas bon; mais un convive désagréable, importun et fatigant, fait perdre tout le plaisir de la bonne chère et de la musique. On ne peut se délivrer de l'ennui qu'il cause , et souvent même une parole vive ou offensante qu'il se sera permise dans la liberté de la table, fait naître des aversions et des ressentiments qui ne finissent qu'avec la vie. Aussi Chilon, invité hier à ce banquet, ne voulut-il accepter qu'après qu'on lui eut nommé tous les convives . Il disait avec raison, que quand on est sur mer.ou dans un camp, il faut nécessairement supporter les compagnons qui nous sont associés, quelque fâcheux qu'ils soient ; mais dans un festin, il n'est pas d'un homme sensé de se mêler indifféremment avec toutes sortes de personnes. Le squelette que les Égyptiens placent ordinairement à côté d'eux dans leurs repas, en s'exhortant à penser qu'ils seront bientôt dans le même état, est, à la vérité, un compagnon de table assez triste et assez déplacé. Il est néanmoins utile, sinon pour les exciter au plaisir, du moins pour les porter à la bienveillance et à l'amitié réciproque, et pour les avertir de ne pas remplir d'aigreur et de querelles le temps si court de la vie 1. » </div> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Léchée_NdT_DR_back|<span id="Léchée_NdT_DR"><sup>1</sup></span>]] L’isthme de ''Corinthe'' avait deux ports, l’un sur la côte orientale, appelé ''Cenchrées'' ; et l’autre sur la côte occidentale, nommé ''Léchée''. Pausanias, qui a donné une description si détaillée de la ''Grèce'', parle d’un ''temple de Vénus'', bâti sur le port de ''Cenchrées'', et dont la statue était de marbre ; mais il ne fait pas mention de celui que cite Plutarque, et qu’il place près du port occidental. ''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cratée_NdT_DR_back|<span id="Cratée_NdT_DR"><sup>2</sup></span>]] La mère de Périandre se nommait Cratée. On peut voir dans Parthenius la manière dont elle conçut et nourrit une passion incestueuse pour son fils, les moyens qu'elle prit pour la satisfaire sans être connue, et comment elle fut découverte. Les remords qu’elle en eut l’obligèrent de se donner la mort.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Mélisse_NdT_DR_back|<span id="Mélisse_NdT_DR"><sup>3</sup></span>]] Mélisse était fille de Proclès, roi d’[[w:Épidaure_(cité_antique)|''Épidaure'']]. On prétend que Périandre en devint éperdument amoureux pour l’avoir vue dans l’habillement ordinaire aux femmes du ''Péloponnèse''. Cette passion toutefois ne l’empêcha pas de partager son cœur entre elle et plusieurs concubines. Elles parvinrent à l’irriter contre elle au point qu’un jour, par un mouvement de jalousie, il la frappa d’un coup de pied, sans songer qu’elle était enceinte, et la fit mourir.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Niloxène_NdT_DR_back|<span id="Niloxène_NdT_DR"><sup>4</sup></span>]] Niloxène signifie hôte du ''Nil'' : ce nom semble indiquer que c’est un personnage supposé.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Priene_NdT_DR_back|<span id="Priene_NdT_DR"><sup>5</sup></span>]] Ville d’''Ionie'', colonie des ''Thébains'' et patrie de Bias.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#tyrans_NdT_DR_back|<span id="tyrans_NdT_DR"><sup>6</sup></span>]] Par le mot [[wikt:τύραννος#Grec_ancien|τύραννος]], que nous ne pouvons rendre en français que par celui de tyran, les ''Grecs'' entendaient, non pas seulement, comme nous, un prince injuste et cruel ; mais, en général, tout homme qui s’était emparé de l’autorité monarchique dans un état libre, sans qu’elle lui fût légitimement acquise.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Molpagore_NdT_DR_back|<span id="Molpagore_NdT_DR"><sup>7</sup></span>]] Ce Molpagore est peut-être le père d’Aristagore, que Darius établit tyran à ''Milet''.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Myrsile_NdT_DR_back|<span id="Myrsile_NdT_DR"><sup>8</sup></span>]] Myrsile n’est guère mieux connu que Molpagore. Strabon le met au nombre de ces ''Lesbiens'' ambitieux, qui, du temps de Pittacus, s’étaient emparés de l’autorité souveraine à ''Lesbos'', et dont le poète [[w:Alcée_de_Mytilène|Alcée]] avait flétri la mémoire. ''' </td> </tr> </table> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe III.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la reconnaissance de la sagesse de '''Cléobuline''' ''« Eumétis »'' par '''Thalès''', de l’humilité de ce dernier et de son [[w:Cynisme|''cynisme'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ἐν τοιούτοις λόγοις γενόμενοι κατὰ τὴν ὁδὸν ἀφικόμεθα πρὸς τὴν οἰκίαν, καὶ λούσασθαι μὲν ὁ Θαλῆς οὐκ ἠθέλησεν, ἀληλιμμένοι γὰρ ἦμεν· ἐπιὼν δὲ τούς τε δρόμους ἐθεᾶτο καὶ τὰς παλαίστρας καὶ τὸ ἄλσος τὸ παρὰ τὴν θάλατταν ἱκανῶς διακεκοσμημένον, ὑπ´ οὐδενὸς ἐκπληττόμενος τῶν τοιούτων, ἀλλ´ ὅπως μὴ καταφρονεῖν δοκοίη μηδ´ ὑπερορᾶν τοῦ Περιάνδρου τῆς φιλοτιμίας. τῶν δ´ ἄλλων τὸν ἀλειψάμενον ἢ λουσάμενον οἱ θεράποντες εἰσῆγον εἰς τὸν ἀνδρῶνα διὰ τῆς στοᾶς. Ὁ δ´ Ἀνάχαρσις ἐν τῇ στοᾷ καθῆστο, καὶ παιδίσκη προειστήκει τὴν κόμην ταῖς χερσὶ διακρίνουσα. ταύτην ὁ Θαλῆς ἐλευθεριώτατά πως αὐτῷ προσδραμοῦσαν ἐφίλησε καὶ γελάσας « οὕτως, » ἔφη, « ποίει καλὸν τὸν ξένον, ὅπως ἡμερώτατος ὢν μὴ φοβερὸς ᾖ τὴν ὄψιν ἡμῖν μηδ´ ἄγριος. » Ἐμοῦ δ´ ἐρομένου περὶ τῆς παιδὸς ἥτις εἴη, « τὴν σοφήν, » ἔφη, « καὶ περιβόητον ἀγνοεῖς Εὔμητιν; οὕτω γὰρ ταύτην ὁ πατὴρ αὐτός, οἱ δὲ πολλοὶ πατρόθεν ὀνομάζουσι Κλεοβουλίνην. » Καὶ ὁ Νειλόξενος εἶπεν « ἦ που τὴν περὶ τὰ αἰνίγματα δεινότητα καὶ σοφίαν, » ἔφη, « τῆς κόρης ἐπαινεῖς· καὶ γὰρ εἰς Αἴγυπτον ἔνια τῶν προβαλλομένων ὑπ´ αὐτῆς διῖκται. » « Οὐκ ἔγωγ´, » εἶπεν ὁ Θαλῆς· « τούτοις γὰρ ὥσπερ ἀστραγάλοις, ὅταν τύχῃ, παίζουσα χρῆται καὶ διαβάλλεται πρὸς τοὺς ἐντυχόντας. ἀλλὰ καὶ φρόνημα θαυμαστὸν καὶ νοῦς ἔνεστι πολιτικὸς καὶ φιλάνθρωπον ἦθος, καὶ τὸν πατέρα τοῖς πολίταις πραότερον ἄρχοντα παρέχει καὶ δημοτικώτερον. » « Εἶεν, » ὁ Νειλόξενος ἔφη, « καὶ φαίνεται βλέποντι πρὸς τὴν λιτότητα καὶ ἀφέλειαν αὐτῆς· Ἀνάχαρσιν δὲ πόθεν οὕτω τημελεῖ φιλοστόργως; » « Ὅτι, » ἔφη, « σώφρων ἀνήρ ἐστι καὶ πολυμαθής, καὶ τὴν δίαιταν αὐτῇ καὶ τὸν καθαρμόν, ᾧ χρῶνται Σκύθαι περὶ τοὺς κάμνοντας, ἀφθόνως καὶ προθύμως παραδέδωκε. καὶ νῦν οἶμαι περιέπειν αὐτὴν τὸν ἄνδρα καὶ φιλοφρονεῖσθαι, μανθάνουσάν τι καὶ προσδιαλεγομένην. » Ἤδη δὲ πλησίον οὖσιν ἡμῖν τοῦ ἀνδρῶνος ἀπήντησεν Ἀλεξίδημος ὁ Μιλήσιος (ἦν δὲ Θρασυβούλου τοῦ τυράννου νόθος) καὶ ἐξῄει τεταραγμένος καὶ σὺν ὀργῇ τινι πρὸς αὑτὸν οὐδὲν ἡμῖν γε σαφὲς διαλεγόμενος. ὡς δὲ τὸν Θαλῆν εἶδε, μικρὸν ἀνενεγκὼν καὶ καταστάς « οἵαν ὕβριν, » εἶπεν, « εἰς ἡμᾶς Περίανδρος ὕβρικεν, ἐκπλεῦσαι μὲν οὐκ ἐάσας ὡρμημένον ἀλλὰ προσμεῖναι δεηθεὶς τὸ δεῖπνον, ἐλθόντι δὲ νέμων κλισίαν ἄτιμον, Αἰολεῖς δὲ καὶ νησιώτας (καὶ τίνας γὰρ οὐχί;) Θρασυβούλου προτιμῶν· Θρασύβουλον γὰρ ἐν ἐμοὶ τὸν πέμψαντα προπηλακίσαι βουλόμενος καὶ καταβαλεῖν ὡς δὴ περιορῶν δῆλός ἐστιν. » « Εἶτ´, » ἔφη, « σὺ δέδιας μὴ καθάπερ Αἰγύπτιοι τοὺς ἀστέρας ὑψώματα καὶ ταπεινώματα λαμβάνοντας ἐν τοῖς τόποις οὓς διεξίασι γίγνεσθαι βελτίονας ἢ χείρονας ἑαυτῶν λέγουσιν, οὕτως ἡ περὶ σὲ διὰ τὸν τόπον ἀμαύρωσις ἢ ταπείνωσις γένηται; καὶ τοῦ Λάκωνος ἔσῃ φαυλότερος, ὃς ἐν χορῷ τινι κατασταθεὶς εἰς τὴν ἐσχάτην χώραν ὑπὸ τοῦ ἄρχοντος ‘εὖ γ´,’ εἶπεν, ‘ἐξεῦρες, ὡς καὶ αὕτα ἔντιμος γένηται.’ οὐ καταλαβόντας, » ἔφη, « τόπον μετὰ τίνας κατακείμεθα δεῖ ζητεῖν, μᾶλλον δ´ ὅπως εὐάρμοστοι τοῖς συγκατακειμένοις ὦμεν, ἀρχὴν καὶ λαβὴν φιλίας εὐθὺς ἐν αὐτοῖς ζητοῦντες, μᾶλλον δ´ ἔχοντες τὸ μὴ δυσκολαίνειν ἀλλ´ ἐπαινεῖν ὅτι τοιούτοις συγκατεκλίθημεν· ὡς ὅ γε τόπῳ κλισίας δυσχεραίνων δυσχεραίνει τῷ συγκλίτῃ μᾶλλον ἢ τῷ κεκληκότι, καὶ πρὸς ἀμφοτέρους ἀπεχθάνεται. » « Λόγος, » ἔφη, « ταῦτ´ ἄλλως ἐστίν » ὁ Ἀλεξίδημος, « ἔργῳ δὲ καὶ τοὺς σοφοὺς ὑμᾶς ὁρῶ τὸ τιμᾶσθαι διώκοντας, » καὶ ἅμα παραμειψάμενος ἡμᾶς ἀπῆλθε. Καὶ ὁ Θαλῆς πρὸς ἡμᾶς τὴν ἀτοπίαν τοῦ ἀνθρώπου θαυμάζοντας, « ἔμπληκτος, » ἔφη, « καὶ ἀλλόκοτος φύσει, ἐπεὶ καὶ μειράκιον ὢν ἔτι, μύρου σπουδαίου Θρασυβούλῳ κομισθέντος, εἰς ψυκτῆρα κατεράσας μέγαν καὶ προσεγχέας ἄκρατον ἐξέπιεν, ἔχθραν ἀντὶ φιλίας Θρασυβούλῳ διαπεπραγμένος. » Ἐκ τούτου περιελθὼν ὑπηρέτης « κελεύει σε Περίανδρος, » ἔφη, « καὶ Θαλῆν παραλαβόντα τοῦτον ἐπισκέψασθαι τὸ κεκομισμένον ἀρτίως αὐτῷ πότερον ἄλλως γέγονεν ἤ τι σημεῖόν ἐστι καὶ τέρας· αὐτὸς μὲν γὰρ ἔοικε τεταράχθαι σφόδρα, μίασμα καὶ κηλῖδα τῆς θυσίας ἡγούμενος. » ἅμα δ´ ἀπῆγεν ἡμᾶς εἴς τι οἴκημα τῶν περὶ τὸν κῆπον. ἐνταῦθα νεανίσκος ὡς ἐφαίνετο νομευτικός, οὔπω γενειῶν ἄλλως τε τὸ εἶδος οὐκ ἀγεννής, ἀναπτύξας τινὰ διφθέραν ἔδειξεν ἡμῖν βρέφος ὡς ἔφη γεγονὸς ἐξ ἵππου, τὰ μὲν ἄνω μέχρι τοῦ τραχήλου καὶ τῶν χειρῶν ἀνθρωπόμορφον, τὰ λοιπὰ δ´ ἔχον ἵππου, τῇ δὲ φωνῇ καθάπερ τὰ νεογνὰ παιδάρια κλαυθμυριζόμενον. ὁ μὲν οὖν Νειλόξενος, « Ἀλεξίκακε » εἰπών, ἀπεστράφη τὴν ὄψιν, ὁ δὲ Θαλῆς προσέβλεπε τῷ νεανίσκῳ πολὺν χρόνον, εἶτα μειδιάσας (εἰώθει δ´ ἀεὶ παίζειν πρὸς ἐμὲ περὶ τῆς τέχνης) « ἦ που τὸν καθαρμόν, ὦ Διόκλεις, » ἔφη, « κινεῖν διανοῇ καὶ παρέχειν πράγματα τοῖς ἀποτροπαίοις, ὥς τινος δεινοῦ καὶ μεγάλου συμβάντος; » « Τί δ´, » εἶπον, « οὐ μέλλω; στάσεως γάρ, ὦ Θαλῆ, καὶ διαφορᾶς τὸ σημεῖόν ἐστι, καὶ δέδια μὴ μέχρι γάμου καὶ γενεᾶς ἐξίκηται, πρὶν ἢ τὸ πρῶτον ἐξιλάσασθαι μήνιμα, τῆς θεοῦ δεύτερον ὡς ὁρᾷς προφαινούσης. » Πρὸς τοῦτο μηδὲν ἀποκρινάμενος ὁ Θαλῆς ἀλλὰ γελῶν ἀπηλλάττετο. καὶ τοῦ Περιάνδρου πρὸς τὰς θύρας ἀπαντήσαντος ἡμῖν καὶ διαπυθομένου περὶ ὧν εἴδομεν, ἀφεὶς ὁ Θαλῆς με καὶ λαβόμενος τῆς ἐκείνου χειρὸς ἔφη, « ἃ μὲν Διοκλῆς κελεύει δράσεις καθ´ ἡσυχίαν· ἐγὼ δέ σοι παραινῶ νέοις οὕτω μὴ χρῆσθαι νομεῦσιν ἵππων, ἢ διδόναι γυναῖκας αὐτοῖς. » Ἔδοξε μὲν οὖν μοι τῶν λόγων ἀκούσας ὁ Περίανδρος ἡσθῆναι σφόδρα· καὶ γὰρ ἐξεγέλασε καὶ τὸν Θαλῆν περιβαλὼν κατησπάσατο. κἀκεῖνος « οἶμαι δ´, » εἶπεν, « ὦ Διόκλεις, καὶ πέρας ἔσχε τὸ σημεῖον· ὁρᾷς γὰρ ἡλίκον κακὸν γέγονεν ἡμῖν, Ἀλεξιδήμου συνδειπνεῖν μὴ θελήσαντος. » </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §3'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ce fut en tenant de tels propos chemin faisant, que nous arrivâmes à la maison. '''Thalès''' ne voulut pas se baigner : « Je me suis frotté d’huile. » dit-il. Il se promena donc de côté et d’autre, regardant les champs de course, les palestres, et le bois sacré, voisin de la mer, que l’on avait bien convenablement disposé. Ce n’était pas qu’il fût frappé par aucun de ces préparatifs, mais il voulait ne pas avoir l’air de mépriser '''Périandre''' et de faire peu de cas de l’empressement avec lequel celui-ci honorait ses hôtes. Pour les autres convives, à mesure qu’ils s’étaient parfumés ou baignés, les serviteurs les introduisaient par la galerie dans la salle du banquet. Or '''Anacharsis''' s’était installé dans cette galerie, et devant lui une jeune fille se tenait, lui séparant les cheveux avec ses mains. Lorsqu’entra '''Thalès''', elle s’élança très librement à sa rencontre, et '''Thalès''', après l’avoir embrassée, lui dit en riant : « Continue à rendre bien beau notre étranger, afin qu’étant devenu la douceur même il ne conserve pas au milieu de nous une mine à faire peur et un aspect sauvage. » Je lui demandai quelle était cette jeune enfant : « Quoi ! » me dit-il, « vous ne connaissez pas la savante et célèbre '''Eumétis''' ! car c’est ainsi que son père la nomme : le plus communément on l’appelle '''Cléobuline''', du nom paternel. » Et '''Niloxène''' : « C’est sans doute à cause de son talent et de son habileté pour les énigmes, que vous faites l’éloge de cette jeune fille : car quelques-unes de celles qu’elle a proposées sont parvenues jusqu’en ''Égypte''. » — « Ce n’est pas à cause de cela », répondit '''Thalès''' : « les énigmes sont pour elle des joujoux dont elle s’amuse à l’occasion pour faire sa partie avec ceux qui se rencontrent. Mais ce qui est admirable en elle c’est sa profondeur d’esprit, son sens politique, l’aménité de son caractère, et le talent qu’elle a de rendre plus douce l’autorité de son père et d’inspirer à celui-ci des sentiments plus humains à l’égard du peuple. » — « Soit », dit '''Niloxène''' ; « et cela se reconnaît à voir sa modestie et sa simplicité. Mais d’où vient qu’elle prend un soin si amoureux de la toilette d’'''Anacharsis''' ? » — Parce que c’est, répondit '''Thalès''', « un sage, un homme des plus instruits, et parce qu’il lui a communiqué, avec de nombreux détails et de grand coeur, l’ensemble des pratiques sanitaires et des purifications que les ''Scythes'' appliquent au traitement des malades. Et dans ce moment je suppose qu’elle l’entoure de soins et d’amitiés parce qu’elle s’instruit de quelque chose en conversant avec lui. » Comme nous étions déjà près de la salle, '''Alexidème''' le ''Milésien'' vint à notre rencontre. C’était un bâtard du tyran '''Thrasybule'''. Il était sorti tout troublé, et avec une sorte de fureur il se parlait à lui-même, mais ses paroles n’avaient rien de clair pour nous. Quand il eut vu '''Thalès''', il se remit un peu ; puis, s’arrêtant tout court : « Quel affront '''Périandre''' vient de nous faire ! Je voulais mettre à la voile : il ne l’a pas permis ; il m’a supplié de rester à son festin, et quand j’arrive, il me donne une des dernières places, faisant passer des [[w:Éoliens|''Éoliens'']], des insulaires (je ne sais qui il ne me préfère pas), les faisant passer, dis je, avant '''Thrasybule''', car c’est '''Thrasybule''' en ma personne, c’est celui par lequel je suis envoyé qu’il a l’intention de traîner dans la boue et de ravaler comme le méprisant : la chose est bien claire. » — « Eh quoi ! » lui dit '''Thalès''', « êtes-vous comme les ''Égyptiens'', qui prétendent que les astres, suivant qu’ils prennent une position élevée ou basse en parcourant leur orbite, ont une condition meilleure ou pire qu’ils ne l’avaient ? Craignez-vous, pareillement, qu’autour de vous, en raison de la place où vous serez, il ne se produise obscurité ou dépression ? Serez-vous moins résigné que certain ''Spartiate'' ? À je ne sais quelle représentation il avait été placé au dernier rang par le maître des cérémonies : « Voilà qui va bien », lui dit-il : « tu as trouvé moyen de rendre honorable ce lieu même. Quand nous avons pris une place nous ne devons pas chercher au-dessous de qui nous sommes installés, mais plutôt comment nous nous mettrons en bon accord avec nos voisins. À leur occasion nous ferons voir tout d’abord, ou plutôt nous l’éprouverons réellement, un désir d’initiative et de prise de possession en matière d’amitié, et nous manifesterons ce désir en nous félicitant, loin d’en montrer du dépit, de ce que l’on nous a placés en une telle compagnie. Mais celui qui se plaint du rang qu’on lui donne à table montre plus de mécontentement contre son commensal que contre son hôte, et il se rend odieux à l’un et à l’autre. » — « Paroles que tout cela, » dit '''Alexidème''', « et paroles sans portée ! Mais je vois que de fait, vous autres sages, vous recherchez aussi les honneurs. » En même temps il s’éloigna de nous et disparut. Une conduite si étrange nous semblait étonnante. « C’est », nous dit '''Thalès''', « un homme écervelé et naturellement bizarre. Vous allez en juger. Il était encore tout jeune ; on avait apporté à '''Thrasybule''' un parfum d’un très haut prix. '''Alexidème''' le versa dans un grand vase à rafraîchir, y mêla du vin pur, et avala le tout, rendant son père odieux au lieu de le faire aimer. » Au même moment parut un serviteur : « Vous êtes invité par '''Périandre''' », me dit-il, « à venir, en vous faisant accompagner de '''Thalès''' que voici, examiner l’objet qu’on lui a récemment apporté, afin que vous disiez si c’est une création toute fortuite, ou bien un présage et une monstruosité; car, pour ce qui est de '''Périandre''', il a l’air grandement troublé, pensant que c’est une souillure et une profanation pour son sacrifice. » En même temps, il nous emmena vers une des salles qui donnaient sur le jardin. Là un jeune homme paraissant appartenir à la classe des bergers, qui n’avait pas encore de barbe et dont la physionomie ne manquait pas de noblesse, déploya une espèce de couverture en cuir, et nous montra un petit enfant né, disait-il, d’une cavale. Par le haut, jusqu’au cou et aux mains, cette créature était de forme humaine ; mais le reste était d’un cheval, et sa voix avait quelque chose des vagissements poussés par les petits enfants qui viennent de naître. « Dieu préservateur ! » s’écria '''Niloxène''', et il détourna les yeux. Mais '''Thalès''' fixa longtemps son regard sur le jeune pâtre; puis s’étant mis à sourire, (car il avait l’habitude de plaisanter toujours avec moi sur ma profession) : « Eh bien, '''Dioclès''', » dit-il, « songez-vous à préparer quelque expiation, et à donner de la besogne aux dieux préservateurs, comme vous trouvant en présence de quelque événement grave et considérable ? » — « Pourquoi non ? » répondis-je : « j’y vois le présage de troubles et de discordes qui s’étendront, j’en ai peur, jusqu’à un mariage et une génération avant que le courroux de la déesse ait été apaisé, puisqu’elle fait, vous le savez, une seconde manifestation ». À ces paroles '''Thalès''' ne répondit rien : il se contenta de rire et de s’en aller. Et comme '''Périandre''' était à la porte, s’avançant pour nous interroger sur ce que nous venions de voir, '''Thalès''' me quitta et le prit par la main : « Ce que '''Dioclès''' prescrira, vous l’exécuterez à loisir », lui dit-il ; « mais moi j’ai un conseil à vous donner : pour faire paître vos juments ne prenez pas de jeunes garçons, ou bien à ceux-ci donnez des femmes. » Ces paroles me semblèrent causer, des qu’il les eut entendues, une vive satisfaction à '''Périandre''', car il éclata de rire et serra très affectueusement '''Thalès''' dans ses bras. '''Thalès''' alors : « '''Dioclès''' », me dit-il, « si je conjecture bien, le prodige reçoit déjà son accomplissement. Car vous voyez quel grand malheur nous est arrivé, '''Alexidème''' n’ayant pas voulu souper avec nous. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §3'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage du caractère désinvolte de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§4. Ἐπεὶ δ´ εἰσήλθομεν, ἤδη μεῖζον ὁ Θαλῆς φθεγξάμενος « ποῦ δ´ » εἶπεν « ὁ ἀνὴρ κατακλινάμενος ἐδυσχέρανεν; » ἀποδειχθείσης δὲ τῆς χώρας περιελθὼν ἐκεῖ κατέκλινεν ἑαυτὸν καὶ ἡμᾶς « ἀλλὰ κἂν ἐπριάμην » εἰπών « Ἀρδάλῳ κοινωνεῖν μιᾶς τραπέζης. » ἦν δὲ Τροιζήνιος ὁ Ἄρδαλος, αὐλῳδὸς καὶ ἱερεὺς τῶν Ἀρδαλείων Μουσῶν, ἃς ὁ παλαιὸς Ἄρδαλος ἱδρύσατο ὁ Τροιζήνιος.<br /><p style="text-align: centre">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">καὶ ὁ Θαλῆς ἐμὲ προσαγορεύσας ἐπάνω τοῦ Βίαντος κατακείμενον « τί οὐκ ἔφρασας, » εἶπεν, « ὦ Διόκλεις, Βίαντι τὸν Ναυκρατίτην ξένον ἥκοντα μετὰ προβλημάτων βασιλικῶν αὖθις ἐπ´ αὐτόν, ὅπως νήφων καὶ προσέχων ἑαυτῷ τὸν λόγον δέχηται; » Καὶ ὁ Βίας « ἀλλ´ οὗτος μέν, » ἔφη, « πάλαι δεδίττεται ταῦτα παρακελευόμενος, ἐγὼ δὲ τὸν Διόνυσον οἶδα τά τ´ ἄλλα δεινὸν ὄντα καὶ Λύσιον ἀπὸ σοφίας προσαγορευόμενον, ὥστ´ οὐ δέδια τοῦ θεοῦ μεστὸς γενόμενος μὴ ἀθαρσέστερον ἀγωνίσωμαι. » Τοιαῦτα μὲν ἐκεῖνοι πρὸς ἀλλήλους ἅμα δειπνοῦντες ἔπαιζον·</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §4'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§4. Après que nous fûmes entrés, '''Thalès''' ayant déjà élevé plus haut la voix: « Où donc », dit-il, « l’avait-on placé, cet homme qui s’en est formalisé ? » Quand on lui eut montré l’endroit il fit le tour de la salle, et ce fut là-même qu’il se plaça et nous installa. « En vérité », ajouta-t-il, « j’aurais payé pour partager la même table qu’'''Ardalus'''. » Cet '''Ardalus''' était un joueur de flûte [[w:Trézène_(ville)|''Trézénien'']] [[#Trézène|<span id="Trézène_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], prêtre des ''muses Ardalides'' auxquelles l’antique [[w:Ardalos|'''Ardalus''']] de ''Trézène'' avait dressé des statues.<br /><p style="text-align: centre">[...]<br /><p style="text-indent: 15px">Moi, j’étais au-dessus de '''Bias''', et '''Thalès''' m’ayant interpellé : « '''Dioclès''' », me dit-il, « pourquoi n’avez-vous pas dit à '''Bias''' que l’étranger de ''Naucratie'' est venu une seconde fois le trouver avec des questions de la part de son prince, afin que ce soit à jeun qu’il reçoive ces communications et qu’il y applique son esprit ? » Et '''Bias''' : « Il y a longtemps », dit-il, « que '''Dioclès''' me menace de m’y contraindre ; mais je sais que '''Bacchus''', entre autres attributions merveilleuses, possède une sagacité qui l’a fait surnommer le dieu qui délie, de sorte que je ne crains pas, étant rempli de la divinité, que la confiance m’abandonne au moment de la lutte. » C’est ainsi que, pendant le repas, ils échangeaient entre eux des plaisanteries.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §4'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Trézène_back|<span id="Trézène"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τροιζήν / Troizḗn [[wikt:en:Τροιζήν#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:polis|Cité grecque]] du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], sur la côte nord de l’[[w:Argolide|Argolide]].'''<br/><br/></div> {{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe VII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexions de '''Thalès''' sur le défi de sagacité posé par le roi des ''Éthiopiens'' au roi d’''Égypte'', [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']], consistant à boire la mer. Ce dernier fait appel à '''Bias''' pour la résoudre, et celui-ci souhaite l’examiner en commun avec les sages. '''Chilon''' explique qu’il ne s’agit pas de faire disparaître tant d’eau salée, mais de rendre la domination d’'''Amasis''' potable et douce à ses sujets (§6).</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§7. [...] Ἐπὶ τούτῳ δ´ ὁ '''Θαλῆς''' ἔφησεν, εὐδαιμονίαν ἄρχοντος νομίζειν, εἰ τελευτήσειε γηράσας κατὰ φύσιν.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §7'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§7. [...] Après lui '''Thalès''' prit la parole : « J’estime que le bonheur pour un souverain, c’est s’il meurt de vieillesse et naturellement. ».</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §7'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IX.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexions de '''Thalès''' sur le défi de sagacité posé par le roi d’''Égypte'', [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']], au roi des ''Éthiopiens'', consistant en une série de questions : « Qu’y a-t-il de plus ancien ? Le temps. — De plus grand ? Le monde. — De plus habile ? La vérité. — De plus beau ? La lumière. — De plus commun ? La mort. — De plus utile ? Dieu. — De plus nuisible ? Le mauvais Génie. — De plus puissant ? La Fortune. — De plus facile ? Le plaisir. ». '''Amasis''' fait encore appel à '''Bias''' pour analyser les réponses du roi des ''Éthiopiens'', qui les examinent également en commun avec les sages.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. Τούτων πάλιν ἀναγνωσθέντων, ὦ Νίκαρχε, γενομένης σιωπῆς Θαλῆς ἠρώτησε τὸν Νειλόξενον εἰ προσήκατο τὰς λύσεις ὁ Ἄμασις. ἐκείνου δ´ εἰπόντος ὅτι τὰς μὲν ἀπεδέξατο ταῖς δ´ ἐδυσκόλαινε, « καὶ μὴν οὐδέν, » εἶπεν ὁ Θαλῆς, « ἀνεπίληπτόν ἐστιν, ἀλλ´ ἔχει πάντα διαμαρτίας μεγάλας καὶ ἀγνοίας. οἷον εὐθὺς ὁ χρόνος πῶς ἂν εἴη πρεσβύτατον, εἰ τὸ μὲν αὐτοῦ γεγονὸς τὸ δ´ ἐνεστώς ἐστι τὸ δὲ μέλλον; ὁ γὰρ μεθ´ ἡμᾶς ἐσόμενος χρόνος καὶ πραγμάτων τῶν νῦν καὶ ἀνθρώπων νεώτερος ἂν φανείη. τὸ δὲ τὴν ἀλήθειαν ἡγεῖσθαι σοφίαν οὐδὲν ἐμοὶ δοκεῖ διαφέρειν τοῦ τὸ φῶς ὀφθαλμὸν ἀποφαίνειν. εἰ δὲ τὸ φῶς καλόν, ὥσπερ ἐστὶν, ἐνόμιζε, πῶς τὸν ἥλιον αὐτὸν παρεῖδε; τῶν δ´ ἄλλων ἡ μὲν περὶ θεῶν καὶ δαιμόνων ἀπόκρισις θράσος ἔχει καὶ κίνδυνον, ἀλογίαν δὲ καὶ πολλὴν ἡ περὶ τῆς τύχης· οὐ γὰρ ἂν μετέπιπτε ῥᾳδίως οὕτως, ἰσχυρότατον οὖσα τῶν ὄντων καὶ ῥωμαλεώτατον. οὐ μὴν οὐδ´ ὁ θάνατος κοινότατόν ἐστιν· οὐ γάρ ἐστι πρὸς τοὺς ζῶντας. ἀλλ´ ἵνα μὴ δοκῶμεν εὐθύνειν τὰς τῶν ἑτέρων ἀποφάσεις, ἰδίας ταῖς ἐκείνου παραβάλωμεν· ἐμαυτὸν δὲ παρέχω πρῶτον, εἰ βούλεται Νειλόξενος, ἐρωτᾶν καθ´ ἕκαστον. ὡς οὖν ἐγένοντο τότε, κἀγὼ νῦν διηγήσομαι τὰς ἐρωτήσεις καὶ τὰς ἀποκρίσεις· ‘Τί πρεσβύτατον;’ [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|‘θεός,’]] » ἔφη Θαλῆς· « ‘ἀγέν νητον γάρ ἐστι.’ ‘Τί μέγιστον;’ ‘τόπος· τἄλλα μὲν γὰρ ὁ κόσμος, τὸν δὲ κόσμον οὗτος περιέχει.’ ‘Τί κάλλιστον;’ ‘κόσμος· πᾶν γὰρ τὸ κατὰ τάξιν τούτου μέρος ἐστί.’ ‘Τί σοφώτατον;’ ‘χρόνος· τὰ μὲν γὰρ εὕρηκεν οὗτος ἤδη, τὰ δ´ εὑρήσει.’ ‘Τί κοινότατον;’ ‘ἐλπίς· καὶ γὰρ οἷς ἄλλο μηδέν, αὕτη πάρεστι.’ ‘Τί ὠφελιμώτατον;’ ‘ἀρετή· καὶ γὰρ τἄλλα τῷ χρῆσθαι καλῶς ὠφέλιμα ποιεῖ.’ ‘Τί βλαβερώτατον;’ ‘κακία· καὶ γὰρ τὰ πλεῖστα βλάπτει παραγενομένη.’ ‘Τί ἰσχυρότατον;’ ‘ἀνάγκη· μόνον γὰρ ἀνίκητον.’ ‘Τί ῥᾷστον;’ ‘τὸ κατὰ φύσιν, ἐπεὶ πρὸς ἡδονάς γε πολλάκις ἀπαγορεύουσιν.’ » </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §9'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. Cette lecture ainsi reproduite, mon cher '''Nicarque''', il se fit un moment de silence. Après quoi '''Thalès''' demanda à '''Niloxène''' si '''Amasis''' avait accepté de telles solutions. Il répondit que ce monarque avait accepté les unes et qu’il avait été mécontent des autres. « C’est qu’en effet », dit '''Thalès''', « il n’en est aucune qui soit irréprochable, et toutes sont grandement entachées d’erreur et d’ignorance. Ainsi, d’abord, comment le temps pourrait-il être ce qu’il y a de plus ancien, puisque, une partie étant écoulée, je le veux bien, une autre est le présent, une autre est l’avenir ? Le temps qui doit venir après nous est évidemment plus jeune que les hommes d’aujourd’hui, que les événements actuels. Croire que ce qu’il y a de plus habile, ce soit la vérité, c’est, à mon avis, ne pas émettre une autre opinion que celle-ci : l’oeil et la lumière sont tout un. Si du reste l’''Éthiopien'' a cru, ce qui est réel, la lumière plus belle que tout, pourquoi a-t-il négligé de nommer le soleil lui-même ? Des autres réponses, celle qui concerne la Divinité et le Génie est aussi téméraire que dangereuse ; et ce qu’il dit de la Fortune est tout à fait déraisonnable : car elle ne changerait pas avec tant de facilité, si elle était ce qu’il y a de plus puissant et de plus fort au monde. De même, la mort n’est pas ce qu’il y a de plus commun, puisqu’elle n’est pas commune aux vivants. Mais pour que nous ne semblions pas nous borner à redresser les réponses des autres, il faut y opposer nos propres solutions. Je m’y offre le premier, si '''Niloxène''' veut reprendre chaque question ». Telles que furent faites alors et les demandes et les réponses, je vais vous les reproduire aujourd’hui : Qu’y a-t-il de plus ancien ? C’est dieu, répondit '''Thalès''', attendu qu’il est incréé. — De plus grand ? L’espace : car si le monde contient le reste, à son tour il est contenu dans l’espace. — De plus beau ? Le monde : car tout ce qui est bien ordonné en fait partie. ― De plus habile ? Le temps : car c’est lui qui a découvert et qui découvrira tout. — De plus commun ? L’espérance : car ceux même qui n’ont rien autre chose la possèdent. — De plus utile ? La vertu : car elle rend toutes les autres choses utiles par le bon usage qu’elle en fait. — De plus nuisible ? Le vice : car il corrompt tout par sa présence. — De plus puissant ? La nécessité : car elle est seule invincible. De plus facile ? Ce qui est selon la nature : car, pour ce qui est du plaisir, il amène souvent la lassitude.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §9'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexion de '''Thalès''' sur les gouvernements où la loi est égale pour tous.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§11. Ἐπὶ τούτῳ '''Θαλῆς''' τὴν μήτε πλουσίους ἄγαν μήτε πένητας ἔχουσαν πολίτας.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §11'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§11. Après lui '''Thalès''' : « que c’est celle qui n’a ni des citoyens trop riches, ni des citoyens trop pauvres. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §11'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexion de '''Thalès''' sur la manière dont une maison doit être réglée.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§12. Τοῦτον οὖν ἄριστον ὁ '''Σόλων''' εἶπεν αὑτῷ δοκεῖν οἶκον, ὅπου τὰ χρήματα μήτε κτωμένοις ἀδικία μήτε φυλάττουσιν ἀπιστία μήτε δαπανῶσι μετάνοια πρόσεστιν. Ὁ δὲ '''Βίας''' ἐν ᾧ τοιοῦτός ἐστιν ὁ δεσπότης δι´ αὑτὸν οἷος ἔξω διὰ τὸν νόμον. Ὁ δὲ '''Θαλῆς''' ἐν ᾧ πλείστην ἄγειν τῷ δεσπότῃ σχολὴν ἔξεστιν.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §12'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§12. '''Solon''' déclara que, selon lui, « la meilleure maison est celle où le bien qui s’y trouve est possédé sans injustice, conservé sans défiance, dépensé sans repentir. » '''Bias''' : « celle où, à l’intérieur, le maître est, par respect pour lui-même, ce qu’il est au dehors par respect pour la loi. » '''Thalès''' : « celle où le maître peut avoir un très grand loisir. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §12'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de l’''espièglerie'' de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§14. [...] '''Ἐπιστήσαντος''' δὲ τοῦ λόγου τὸ συμπόσιον ὁ μὲν '''Θαλῆς''' ἐπισκώπτων εὖ φρονεῖν ἔφη τὸν '''Ἐπιμενίδην''' ὅτι μὴ βούλεται πράγματα ἔχειν ἀλῶν τὰ σιτία καὶ πέττων ἑαυτῷ, καθάπερ '''Πιττακός'''. « ἐγὼ γάρ, » εἶπε, « τῆς ξένης ἤκουον ᾀδούσης πρὸς τὴν μύλην, ἐν [[w:Eresós|''Ἐρέσῳ'']] γενόμενος, ἄλει, μύλα, ἄλει· καὶ γὰρ '''Πιττακὸς''' ἄλει μεγάλας ''Μυτιλάνας'' βασιλεύων. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §14'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§14. [...] Ces paroles ayant mis en arrêt les convives, '''Thalès''' dit en raillant qu’'''Epiménide''' avait bien raison de ne pas vouloir se donner l’embarras de moudre et de cuire lui-même son manger, comme faisait '''Pittacus''' : « Car je me souviens », ajouta-t-il, « qu’étant à ''Lesbos'', j’entendis mon hôtesse chanter à sa meule : Va ton train, meule, va ton train, puisque '''Pittacus''', le roi de la grande ''Mitylène'', s’occupe bien à moudre. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §14'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une doctrine de '''Thalès''' sur l’importance vitale de l’agriculture.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§15. [...] « Οὐδαμῶς, » ὁ '''Κλεόδωρος''', « ἔμοιγ´, » εἶπεν, « εἰ δεῖ τὸ φαινόμενον εἰπεῖν, καὶ μάλιστα παρακειμένης τραπέζης, ἣν ἀναιροῦσιν αἰρομένης τροφῆς φιλίων θεῶν βωμὸν οὖσαν καὶ ξενίων. ὡς δὲ '''Θαλῆς''' λέγει τῆς γῆς ἀναιρεθείσης σύγχυσιν τὸν ὅλον ἕξειν κόσμον, οὕτως οἴκου διάλυσις ἐστι· συναναιρεῖται γὰρ αὐτῇ πῦρ ἑστιοῦχον ἑστία κρατῆρες ὑποδοχαὶ ξενισμοί, φιλανθρωπότατα καὶ πρῶτα κοινωνήματα πρὸς ἀλλήλους, μᾶλλον δὲ σύμπας ὁ βίος, εἴ γε διαγωγή τίς ἐστιν ἀνθρώπου πράξεων ἔχουσα διέξοδον, ὧν ἡ τῆς τροφῆς χρεία καὶ παρασκευὴ τὰς πλείστας παρακαλεῖ. [...] »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §15'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§15. [...] « S’il faut dire ce que je pense », reprit '''Cléodème''', « ce n’est nullement mon avis, et surtout quand est dressée la table, que l’on supprime si la nourriture est supprimée et qui est l’autel des dieux amis et hospitaliers. Et s’il est vrai, comme dit '''Thalès''', que la suppression de la terre dût entraîner le désordre et la ruine du monde entier, de même anéantir la table ce serait anéantir la maison. Avec la table disparaîtraient le feu qui consacre le foyer, le foyer lui-même, les coupes, les réceptions, les hospitalités, qui sont les plus affectueux et les premiers rapports de communauté entre les hommes; ou plutôt disparaîtrait la vie entière, s’il est vrai que la vie soit une sorte de courant formé par la série des actes de l’homme, actes dont le plus grand nombre est commandé par le besoin et la préparation de la nourriture.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §15'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XVII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une parole sage de '''Thalès''' : Ne croire ni ses ennemis sur les choses croyables, ni ses amis sur les choses incroyables.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§17. τέλος δὲ γελάσας πρὸς ἡμᾶς « βούλομαι μέν, » ἔφη, « πρὸς τὸ παρὸν φράσαι τὸ προσηγγελμένον· ὀκνῶ δ´ ἀκούσας '''Θαλέω''' ποτ´ εἰπόντος ὅτι δεῖ τὰ μὲν εἰκότα λέγειν, τὰ δ´ ἀμήχανα σιωπᾶν. » Ὑπολαβὼν οὖν ὁ '''Βίας''' « ἀλλὰ καὶ τοῦτ´, » ἔφη, « '''Θαλέω''' τὸ σοφόν ἐστιν, ὅτι δεῖ τοῖς μὲν ἐχθροῖς καὶ περὶ τῶν πιστῶν ἀπιστεῖν, τοῖς δὲ φίλοις καὶ τὰ ἄπιστα πιστεύειν, ἐχθροὺς μέν, ἔγωγ´ ἡγοῦμαι, τοὺς πονηροὺς καὶ ἀνοήτους, φίλους δὲ τοὺς χρηστοὺς καὶ φρονίμους αὐτοῦ καλοῦντος. οὐκοῦν, »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §17'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§17. [...] A la fin il s’adressa à nous en éclatant de rire : « Je voudrais vous faire connaître, sans plus attendre, ce que '''Gorgias''' vient de me conter; et pourtant j’hésite, parce que j’ai autrefois entendu dire à '''Thalès''' qu’il faut dire les choses vraisemblables et taire les impossibles. « Mais, reprit '''Bias''', « c’est à '''Thalès''' aussi qu’appartient cette sage parole : qu’il faut ne pas croire ses ennemis même sur les choses croyables, et croire ses amis même sur celles qui ne le sont pas : par ennemis il entendait, je suppose, les méchants et les sots, par amis, les gens vertueux et sensés. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §17'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XXI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une doctrine de '''Thalès''' sur la résidence de l'âme dans toutes les parties du monde les plus essentielles.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§21. Μετὰ δὲ τοῦτον ὁ '''Ἀνάχαρσις''' εἶπεν ὅτι τοῦ '''Θαλέω''' καλῶς ὑπολαμβάνοντος ἐν πᾶσιν εἶναι τοῖς κυριωτάτοις μέρεσι τοῦ κόσμου καὶ μεγίστοις ψυχήν, [...].</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §21'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§21. Après '''Pittacus''', '''Anacharsis''' prit la parole : « Puisque, comme '''Thalès''' l’a magnifiquement établi, une âme réside dans toutes les parties du monde les plus essentielles, [...].</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §21'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;"></div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://www.google.fr/books/edition/Oeuvres_morales_de_Plutarque/QnRQAAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=0 Le banquet des sept sages]'' pp.325, 326, traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== Du démon de '''Socrate''' ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe VI.</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Témoignage de l’aversion de '''Thalès''' pour les [[w:Tyran|''tyrans'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid;"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">§6. Ταῦτα τοῦ '''Θεοκρίτου''' λέγοντος ὁ '''Λεοντίδης''' ἐξῄει μετὰ τῶν φίλων, ἡμεῖς δ´ εἰσελθόντες ἠσπαζόμεθα τὸν '''Σιμμίαν''' ἐπὶ τῆς κλίνης καθεζόμενον οὐ κατατετευχότα τῆς δεήσεως, οἶμαι, μάλα σύννουν καὶ διαλελυπημένον· ἀποβλέψας δὲ πρὸς ἅπαντας ἡμᾶς ‘ὦ '''Ἡράκλεις''',’ εἶπεν ‘ἀγρίων καὶ βαρβάρων ἠθῶν· εἶτ´ οὐχ ὑπέρευ '''Θαλῆς''' ὁ παλαιὸς ἀπὸ ξένης ἐλθὼν διὰ χρόνου τῶν φίλων ἐρωτώντων ὅ τι καινότατον ἱστορήκοι ’τύραννον‘ ἔφη ’γέροντα.‘ καὶ γὰρ ᾧ μηδὲν ἰδίᾳ συμβέβηκεν ἀδικεῖσθαι, τὸ βάρος αὐτὸ καὶ τὴν σκληρότητα τῆς ὁμιλίας δυσχεραίνων ἐχθρός ἐστι τῶν ἀνόμων καὶ ἀνυπευθύνων δυναστειῶν.[...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome II, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/demonsocrategr.htm Περι του Σωκρατους Δαιμονιου - Le Démon de Socrate], §6'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§6. Pendant que [[w:Théocrite|'''Théocritos''']] [[#Théocrite|<span id="Théocrite_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] parlait, '''Léontidas''' sortit avec ses amis, et nous entrâmes chez '''Simmias''', que nous saluâmes affectueusement. Il était assis sur son lit, et j’attribuai à l’insuccès de sa demande son air pensif et affligé. Après nous avoir regardés tous : « Par '''Hercule''' ! s’écria-t-il, quelles mœurs sauvages et barbares ! Eh bien ! n’avait-il pas cent fois raison le '''Thalès''' des anciens jours ? Comme il était revenu d’un long voyage à l’étranger, ses amis lui demandaient ce qu’il avait vu de plus curieux : « Un tyran parvenu à la vieillesse », répondit-il. Car ceux même qui n’ont pas éprouvé de la part d’un despote une injustice personnelle, supportent avec peine le poids et la dureté d’un semblable régime. On déteste tout pouvoir qui est en dehors de la loi et qui ne veut rendre de comptes à personne. [...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome III, [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_3,_1870.djvu/74|Περι του Σωκρατους Δαιμονιου - Le Démon de Socrate]], [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_3,_1870.djvu/83|§6]]'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Théocrite_back|<span id="Théocrite"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεόκριτος / Theókritos [[wikt:en:Θεόκριτος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif et du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe κρίνω / krínō, « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Commander, organiser. 3. S’enquérir, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (voix moyenne, voix passive) Décider d’un concours ; (voix moyenne et voix passive) Se disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Discerner entre le bien et le mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. 11. Sécréter, cacher, dissimuler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival récessif‎ -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Poète'', auteur de [[w:Mime|''mimes'']] (imitations comiques du langage ou des gestes), d’[[w:Poésie_pastorale|''idylles pastorales'']] et de [[w:Épopée|''contes épiques'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]]<sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Théocrite#cite_ref-2|''Syracuse'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:250_av._J.-C.|-250]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)'''<br /><br /> </div>{{Boîte déroulante fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§6. Pendant que '''Théocritos''' discourait ainsi, '''Léontidas''' sortit avec ses amis ; nous entrâmes et saluâmes '''Simmias''', qui était assis sur son lit, tout soucieux et triste, parce que sa demande avait été rejetée sans doute. En nous regardant tous, il s’écria : « '''Héraclès''' ! les moeurs sauvages et barbares ! Ah ! que '''Thalès''' l’ancien avait raison de répondre, lorsqu’après un long voyage à l’étranger ses amis lui demandaient ce qu’il avait remarqué de plus extraordinaire : « Un tyran âgé ». Même un homme qui a eu la chance de n’être pour son compte victime d’aucune injustice exècre déjà le poids et la dureté de ce commerce et est ennemi des dictatures, des dominations arbitraires.[...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome II, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/demonsocrate.htm Περι του Σωκρατους Δαιμονιου - Le Démon de Socrate], §6'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== Les [[w:Alimentation_en_Grèce_antique#Banquets|''Symposiaques'']] [[#Symposiaques|<span id="Symposiaques_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], ou questions de table ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> {{Boîte déroulante début|titre=NdA Symposiaques|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Symposiaques_back|<span id="Symposiaques"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien συμπόσιον / sympósion [[wikt:en:συμπόσιον#Ancient_Greek|(en)]], « Seconde partie d’un repas pendant laquelle un groupe restreint de convives buvaient et discutaient sur un sujet. » ; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun σῠμπότης / sŭmpótēs [[wikt:en:συμπότης#Ancient_Greek|(en)]], « compagnon de boisson » ; <br /><p style="margin: 0 4em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe σῠν- / sŭn- [[wikt:en:συν-#Ancient_Greek|(en)]], « avec, ensemble » ;<br /><p style="margin: 0 4em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ποτής / potḗs [[wikt:en:ποτής#Ancient_Greek|(en)]], « boisson » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe -ῐον / -ĭon [[wikt:en:-ιον#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Entretiens dans un banquet, propos de table. '''<br /><br /> </div>{{Boîte déroulante fin}} ===== <div style="text-align: center;">Livre III</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> ====== <div style="text-align: center;">Question VI. Sur le temps où il est à propos de se rapprocher d’une femme.</div> ====== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Témoignage du statut marital de '''Thalès''' et de sa relation avec sa mère</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid;"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Καθάπερ οὖν '''Θαλῆς''' ὁ σοφὸς ὑπὸ τῆς μητρὸς ἐνοχλούμενος γῆμαι κελευούσης πῶς ὑπεξέφυγε παρήγαγε λέγων πρὸς αὐτὴν ἐν ἀρχῇ μέν « οὔπω καιρὸς ὦ μῆτερ, » ὕστερον δ´ « οὐκέτι καιρὸς ὦ μῆτερ », οὕτως ἄρα καὶ πρὸς ἀφροδίσια κράτιστον {ἔσται} ἔχειν ἕκαστον, ὥστε κατακλινόμενον λέγειν «οὔπω καιρός», ἀνιστάμενον δ´ « οὐκέτι καιρός ».</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome III, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/sympos3.htm#VI Προβλημα Ϛ. Περὶ καιροῦ συνουσίας. - Question VI. Quel est le temps le plus propre à l'amour?]'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div></div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ainsi donc, comme le sage '''Thalès''', fatigué par sa mère qui l’engageait à se marier, trouva le moyen de lui échapper et de lui donner le change en lui disant une première fois : « Il n’est pas encore temps, ma mère », et, lorsqu’elle insistait encore après qu’il avait passé l’âge : « Il n’est plus temps » ; de même, pour ce qui regarde les plaisirs de l’amour, le mieux sera que chacun se détermine à dire, en se mettant au lit : « Il n’est pas temps encore », et, en sortant du lit : « il n’est plus temps ».</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome III, [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_3,_1870.djvu/268|Question VI. Sur le temps où il est à propos de se rapprocher d’une femme]], [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_3,_1870.djvu/271|§3]]'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Le sage '''Thalès''', pressé par sa mère de se marier, lui répondit avec beaucoup d’adresse. Au commencement, il lui dit : Ma mère, il n’est pas encore temps. Quand il eut passé la fleur de son âge, et qu’elle lui fit de nouvelles instances, il lui répondit : Il n’est plus temps. De même, par rapport à la question proposée, le mieux serait que chacun pût se dire le soir en se couchant : Il n'm’est pas encore temps ; et le matin, quand il se lève : Il n’est plus temps. »</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome III, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/sympos3.htm#VI Προβλημα Ϛ. Περὶ καιροῦ συνουσίας. - Question VI. Quel est le temps le plus propre à l'amour?]'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== De la malignité d’'''Hérodote''' ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== Les opinions des Philosophes ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> ===== <div style="text-align: center;">Livre I</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Livre II</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Livre III</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Livre IV</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== Les animaux de terre ont-ils plus d'adresse que ceux de mer? ==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div> ==== D’'''Isis''' et d’'''Osiris'''==== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IX.</div> ===== <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Témoignage d’un voyage de '''Thalès''' en ''Égypte'', de rencontres avec des prêtres et de récit sur leur divinités.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid;"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">§9. [...] '''Ἑκαταῖος''' δ´ ὁ ''Ἀβδηρίτης'' φησὶ τούτῳ καὶ πρὸς ἀλλήλους τῷ ῥήματι χρῆσθαι τοὺς ''Αἰγυπτίους'', ὅταν τινὰ προσκαλῶνται· προσκλητικὴν γὰρ εἶναι τὴν φωνήν. Διὸ τὸν πρῶτον θεόν, ὃν τῷ παντὶ τὸν αὐτὸν νομίζουσιν, ὡς ἀφανῆ καὶ κεκρυμμένον ὄντα προσκαλούμενοι καὶ παρακαλοῦντες ἐμφανῆ γενέσθαι καὶ δῆλον αὐτοῖς ''Ἀμοῦν'' λέγουσιν.<br /><p style="text-indent: 15px">§10. Ἡ μὲν οὖν εὐλάβεια τῆς περὶ τὰ θεῖα σοφίας '''Αἰγυπτίων''' τοσαύτη {ἦν}, μαρτυροῦσι δὲ καὶ τῶν ''Ἑλλήνων'' οἱ σοφώτατοι, '''Σόλων''' '''Θαλῆς''' '''Πλάτων''' '''Εὔδοξος''' '''Πυθαγόρας''', ὡς δ´ ἔνιοί φασι, καὶ '''Λυκοῦργος''' εἰς ''Αἴγυπτον'' ἀφικόμενοι καὶ συγγενόμενοι τοῖς ἱερεῦσιν.[...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1870<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. [...] '''Hécatée''' d’''Abdère'' dit que les ''Égyptiens'' emploient ce mot pour s’appeler les uns les autres, attendu qu’il est essentiellement appellatif. C’est pourquoi, s’adressant au premier Dieu, le même, selon eux, que l’Univers, comme à un être invisible et caché, ils l’exhortent avec supplications, en l’appelant "Amoun", à se faire voir et à se découvrir à eux. Voilà jusqu’à quel point était grande la réserve qui caractérisait la philosophie religieuse des ''Égyptiens''.<br /><p style="text-indent: 15px">§10. C’est ce que témoignent les plus éclairés d’entre les ''Grecs'': '''Solon''', '''Thalès''', '''Platon''', '''Eudoxe''', '''Pythagore''', et aussi, d’après quelques-uns, '''Lycurgue'''. Ils étaient allés en ''Égypte'' et avaient eu des conférences avec les prêtres. [...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §§9, 10'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Sur_Isis_et_Osiris|ici]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. [...] '''Hécatée''' d’''Abdère'' dit que les ''Egyptiens'' s’en servent pour s’appeler les uns les autres; que ce nom est de sa nature appellatif ; que ce peuple , qui croit que le premier des dieux, qu’il confond avec l’univers, est un dieu caché et inconnu, l’invoque et le prie de se découvrir à eux, en lui disant ''Amoun'' ;<br /><p style="text-indent: 15px">§10. tant ce peuple portait de retenue et de réserve dans sa philosophie religieuse ! C’est ce qu'attestent unanimement les plus sages d’entre les ''Grecs'', '''Solon''', '''Thalès''', '''Platon''', '''Eudoxe''', '''Pythagore''', et, suivant quelques uns, '''Lycurgue''' lui-même, qui tous voyagèrent en ''Egypte'', et y conférèrent avec les prêtres du pays.[...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §§9, 10'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XXXIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la théorie de '''Thalès''' de l’eau principe de tous les êtres.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ἥλιον δὲ καὶ Σελήνην οὐχ ἅρμασιν ἀλλὰ πλοίοις ὀχήμασι χρωμένους περιπολεῖν φασιν αἰνιττόμενοι τὴν ἀφ´ ὑγροῦ τροφὴν αὐτῶν καὶ γένεσιν. Οἴονται δὲ καὶ '''Ὅμηρον''' ὥσπερ '''Θαλῆν''' μαθόντα παρ´ ''Αἰγυπτίων'' ὕδωρ ἀρχὴν ἁπάντων καὶ γένεσιν τίθεσθαι· τὸν γὰρ '''Ὠκεανὸν''' '''Ὄσιριν''' εἶναι, τὴν δὲ '''Τηθὺν''' '''Ἶσιν''' ὡς τιθηνουμένην πάντα καὶ συνεκτρέφουσαν. [...]</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1870<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm ici])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ils disent que le soleil et la lune parcourent leur route perpétuelle non pas sur des chars, mais sur des bâtiments de navigation: signifiant par là, que c’est le principe humide qui les entretient et qui leur a donné naissance. Ils croient aussi que c’est des ''Egyptiens'' qu’'''Homère''', et après lui '''Thalès''', ont appris à établir l’eau comme principe générateur de tous les êtres. Ils veulent qu’'''Osiris''' soit l’'''Océan''', qu’'''Isis''' soit '''Téthys''', laquelle nourrit et entretient tout ce qui existe.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Sur_Isis_et_Osiris|ici]])</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ils disent que le soleil et la lune parcourent les cieux, portés, non sur des chars, mais sur des vaisseaux, pour signifier que tout est nourri et mis en mouvement par l’eau. Ils pensent que c’est des ''Egyptiens'' qu’'''Homère''' et '''Thalès''' avaient pris cette opinion, que l’eau est le principe de tous les êtres, qu’'''Osiris''' est l’'''Océan''', et qu’'''Isis''' est '''Thétis''', qui nourrit et alimente toutes les substances.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Valère_Maxime|'''Valère Maxime''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Valère_Maxime|<sup>📚</sup>]] == === Actions et paroles mémorables, VII, § 2 === :8. Il y a aussi un mot admirable de Thalès. On lui demandait si les actions des hommes échappaient à la connaissance des dieux. "Leurs pensées non plus", répondit-il. Aussi faut-il nous appliquer à avoir, je ne dis pas seulement les mains, mais encore le cœur pur, dans la persuasion que la divinité est témoin des mouvements les plus secrets de nos âmes. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Tatien_le_Syrien|'''Tatien''']] le [[w:Assyrie_(province_romaine)|''Syrien'']] ''(vers [[w:120|120]], en [[w:Halicarnasse|''Halicarnasse'']] en [[w:Assyrie_(province_romaine)|Assyrie]] — vers [[w:173|173]], en Assyrie)'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Tatien_le_Syrien|<sup>📚</sup>]] == === Discours aux Grecs, 41 === = [[w:Lucien_de_Samosate|'''Lucien de Samosate''']] ''(vers [[w:120|120]], à [[w:Samosate|Samosate]] — vers [[w:180|180]], en [[w:Égypte_romaine_et_byzantine|Égypte]])'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Lucien_de_Samosate|<sup>📚</sup>]] = === Dialogues des morts === https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6227866x/f7.item https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6227866x/f103.double === Hippias ou le bain === :(2) Mon but est de prouver que les constructeurs de machines qui méritent le plus notre admiration sont ceux qui, distingués par leur science théorique, ont laissé en outre à la postérité des monuments de leur art et des œuvres de leur génie, tandis que les hommes, qui se sont seulement exercés dans la parole méritent plutôt le nom de sophistes que celui de savants. C'est sur la liste traditionnelle de ces artistes que nous voyons figurer Archimède et Socrate de Cnide, qui inventèrent, l'un les moyens de soumettre à Ptolémée la ville de Memphis, sans recourir à un siège, mais en détournant et en divisant le cours du Nil ; l'autre, ceux d'incendier les galères des ennemis. Avant eux, Thalès de Milet, ayant promis à Crésus de faire passer à pied sec à son armée les eaux du fleuve Halys, imagina de les détourner en une seule nuit derrière le camp ; et pourtant ce n'était pas un mécanicien de profession, mais un sage d'un esprit inventif et à l'intelligence duquel on pouvait s'en rapporter. === Exemples de longévité === :(18) Solon, Thalès et Pittacus, que l'on compte au nombre des Sept sages, vécurent chacun cent années. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Clément_d%27Alexandrie|'''Clément''']] d'[[w:Histoire_d%27Alexandrie#Annexion|''Alexandrie'']] ''(vers [[w:150|150]]'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Athènes#Antiquité|Athènes]] — vers [[w:215|215]]'' <sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Kayseri|Kayseri]])'' [[s:Auteur:Clément_d’Alexandrie|<sup>📚</sup>]] == === Stromates, I, 65 === <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Claude_Élien|'''Claude Élien''']] ''(vers [[w:175|175]]''<sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Préneste|Préneste]] — vers [[w:235|235]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', en [[w:Rome_antique|Rome]])'' [[s:Auteur:Élien_le_sophiste|<sup>📚</sup>]] == === Histoires diverses === :On a vu des philosophes à la tête des affaires publiques : d'autres, se bornant à cultiver leur raison, ont passé leur vie dans le repos. Entre les premiers sont Zaleucus et Charondas qui réformèrent, l'un, le gouvernement des Locriens, l'autre, d'abord celui des Catanéens, puis, après qu'il eut été exilé de Catane, celui des Rhéginiens. Archytas servit utilement les Tarentins. Les Athéniens durent tout à Solon. Bias et Thalès rendirent les mêmes services à l'Ionie, Chilon à Lacédémone, Pittacus à Mitylène, Cléobule à Rhodes. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Sextus_Empiricus|'''Sextus Empiricus''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Sextus_Empiricus|<sup>📚</sup>]] == Hypot III, 30, et Liv I contre les phys., sect. 319 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f305.item.r=thales <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Lactance|'''Lactance''']] ''(vers [[w:250|250]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Henchir_Kssiba#Histoire|Civitas Popthensis]] — vers [[w:325|325]]''<sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'', en [[w:Gaule#La_Gaule_dans_l'Antiquité_tardive|Gaule]])'' == Épit. 4 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f300.image.r=thales) Inst. 111, 16 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f621.item.r=thales) <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Jamblique|'''Jamblique''']] ''(vers [[w:250|250]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Qinnasrīn|Chalcis ad Belum]] — vers [[w:333|333]]''<sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'')'' == === Vie de Pythagore === ==== chap. II ==== (https://web.archive.org/web/20110721184914/http://www.aurumsolis.info/index.php?option=com_phocadownload&view=category&download=1%3Aiamblichus-the-pythagorean-life&id=19%3Awritings-from-the-founders&Itemid=143&lang=en) <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Eusèbe_de_Césarée|'''Eusèbe''']] de [[w:Césarée#Césarée_au_début_du_christianisme|''Césarée'']] ''(vers [[w:265|265]]'' <sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à Césarée — [[w:340|340]]'' <sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'', à Césarée)'' [[s:Auteur:Eusèbe_de_Césarée|<sup>📚</sup>]] == Preparation Évangélique, XI, 2 Prepar. évang. I, 8, page 22-25 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f310.image.r=thales <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Diogène_Laërce|<sup>📚</sup>]] == ''Ce texte est un extrait de la traduction de Robert Genaille (1933)'' Thalès[1], au dire d’Hérodote, de Douris et de Démocrite, était fils d’Examios et de Cléobuline, et membre de la famille des Thélides, Phéniciens descendant en droite ligne d’Agénor[2] et de Cadmus[3], s’il faut en croire Platon. Le premier, il porta le nom de sage, au temps où Damasias était archonte à Athènes[4]. C’est sous le même archontat que fut créée l’expression : « les sept sages » (cf. Démocrite de Phalère, Registre des Archontes). Thalès fut inscrit comme citoyen de Milet quand il vint dans cette ville avec Nélée chassé de Phénicie. Une autre tradition très courante veut qu’il soit natif de Milet et qu’il descende d’une bonne famille. Il s’occupa de politique avant d’étudier la nature. On croit qu’il ne laissa aucun écrit, car l’Astrologie nautique qu’on lui attribue est de Phocos de Samos. Callimaque[5] croit qu’il découvrit la Petite Ourse et le raconte en vers iambiques : Il mesura, dit-on, les étoiles du Chariot Sur quoi les Phéniciens règlent leur navigation. D’autres auteurs disent qu’il écrivit seulement deux ouvrages, un sur le solstice et un sur l’équinoxe, car il pensait le reste inaccessible. Il passe pour avoir le premier étudié l’astrologie et prédit les éclipses de soleil et les solstices (cf. Eudème, Histoire de l’astrologie)[6]. Xénophane et Hérodote le louent à ce propos, et leur témoignage est confirmé par celui d’Héraclite et de Démocrite. On dit encore (cf. le poète Choirilos) qu’il fut le premier à affirmer l’immortalité des âmes. Le premier il dessina la course du soleil d’un solstice à l’autre, et démontra que comparée au soleil, la lune en est la cent vingtième partie. C’est encore lui qui fixa à trente jours la durée du mois, et qui écrivit le premier traité sur la Nature. Aristote et Hippias disent aussi qu’il accordait une âme aux choses qu’on croit inanimées ; il en donnait pour preuve l’ambre et la pierre de Magnésie. Selon Pamphile[7], il apprit des Égyptiens la géométrie, inscrivit dans un cercle le triangle rectangle, et pour cette découverte immola un bœuf. D’autres, comme Apollodore le calculateur, attribuent cette invention à Pythagore. Thalès a encore développé et précisé l’invention du Phrygien Euphorbe citée par Callimaque dans ses Iambes et concernant le triangle scalène, et tout ce qui touche aux considérations sur les lignes. Il semble encore avoir été en politique un homme de bon conseil. Ainsi, quand Crésus[8] envoya une ambassade aux Milésiens pour demander leur alliance, il s’y opposa, et son intervention sauva la ville, puisque Cyrus l’emporta. Héraclite cite une opinion de Clytos selon laquelle Thalès aurait eu une vie retirée et solitaire. Les uns disent qu’il se maria et eut un fils nommé Kibissos. D’autres prétendent qu’il resta célibataire et adopta le fils de sa sœur, qu’on lui demanda un jour pourquoi il ne cherchait pas à avoir des enfants, et qu’il répondit : « Par amour pour les enfants. » Sa mère l’exhortait à se marier, il lui répondit : « Non, par Zeus, il n’est pas encore temps. » Elle l’y invita une nouvelle fois quand il eut pris de l’âge, mais il lui dit : « Il n’est plus temps. » D’après Hiéronyme de Rhodes (Notes, livre II), il voulut montrer combien il était facile de s’enrichir ayant prévu pour l’année une abondante récolte d’huile, il prit à loyer une oliveraie et gagna beaucoup d’argent[9]. Il soupçonna que l’eau était le principe des choses, que le monde était animé et rempli de démons. On dit qu’il découvrit les saisons de l’année, et qu’il la divisa en trois cent soixante-cinq jours. Il ne suivit les leçons d’aucun maître, sauf en Égypte, où il fréquenta les prêtres du pays. A ce propos, Hiéronyme dit qu’il mesura les Pyramides en calculant le rapport entre leur ombre et celle de notre corps. Si l’on en croit Minuès, il vivait au temps de Thrasybule, qui fut tyran de Milet[10]. L’histoire du trépied trouvé par des pêcheurs et dédié aux sages par le peuple de Milet est bien connue. Des jeunes gens d’Ionie achetèrent à des pêcheurs milésiens leur coup de filet. Ils tirèrent de l’eau un trépied. On se querella et les Milésiens envoyèrent une ambassade à Delphes. Voici quel fut l’oracle de la divinité : Race de Milet, tu interroges Phébus au sujet d’un trépied ? Au plus sage de tous, je donne ce trépied[11]. Ils le donnent alors à Thalès, qui le donne à un autre, et cet autre à un autre, et ainsi de suite jusqu’à Solon, qui, déclarant que seul le dieu était le plus sage de tous, rendit le trépied à Delphes. Callimaque, dans ses Iambes, rapporte cette histoire autrement ; il la tient de Léandre de Milet. Il dit qu’un certain Bathyclès d’Arcadie laissa en mourant une coupe pour qu’elle fût donnée à l’homme le plus sage. Elle fut donc donnée à Thalès, et après être passée de main en main et avoir fait le tour des sages, elle revint à Thalès. Celui-ci en fit don alors à Apollon de Didyme, en ces termes selon le poème de Callimaque : Thalès me donne au protecteur du peuple du Nil, Thalès qui a reçu deux fois ce présent, ce qui, en prose, se dit ainsi : « Thalès de Milet, fils d’Examios, à Apollon delphien, ce présent qu’il a reçu deux fois des Grecs. » Celui qui portait la coupe de sage en sage, le fils de Bathyclès, s’appelait Thyrion (cf. Éleusis, Livre sur Achille, et Alexon de Mynde, Fables, livre IX). Eudoxe de Cnide et Évanthès de Milet disent de leur côté qu’un ami de Crésus reçut du roi un vase d’or, pour le donner au plus sage des Grecs, qu’il le donna à Thalès et que ce vase parvint jusqu’à Chilon. Celui-ci consulta la Pythie, pour savoir qui était plus sage que lui. Elle répondit que c’était Myson (je parlerai de lui : Eudoxe le met parmi les sages à la place de Cléobule et Platon à la place de Périandre.) Voici la réponse que lui fit la Pythie : Il y a un habitant de l’Oeta, Myson, né à Chénée, Qui plus que toi est riche de sages pensées. L’homme qui consulta l’oracle pour Chilon s’appelait Anacharsis. Dédale le Platonicien et Cléarque disent que la coupe fut envoyée par Crésus à Pittacos, et que c’est ainsi qu’elle passa de main en main. D’après Andron, d’autre part (Livre du trépied), les Argiens décidèrent que le trépied serait attribué comme prix de vertu au plus sage des Grecs. Aristodème de Sparte fut choisi et c’est lui qui donna le trépied à Chilon. Alcée est aussi partisan d’Aristodème dont il parle dans les vers suivants : :Comme jadis Aristodème, dit-on, :Prononça à Sparte cette parole bien juste : :C’est de l’argent, un homme, oui de l’argent, :Car l’homme vertueux n’est jamais pauvre. D’autres disent encore que Périandre envoya à Thrasybule, tyran de Milet, un navire chargé, que ce navire fit naufrage dans la mer de Cos, et que quelque temps après le trépied fut trouvé par des pêcheurs. Phanodicos dit que le trépied fut trouvé dans la mer Attique, porté à la ville, et que l’assemblée du peuple s’étant réunie le fit porter à Bias. Pourquoi cela, je le dirai quand je parlerai de Bias. Selon d’autres auteurs, le trépied avait été fabriqué par Héphaïstos et donné en présent de la part de ce dieu à Pélops lors de son mariage. Il vint ensuite à Ménélas, fut enlevé avec Hélène par Alexandre, jeté dans la mer de Cos à l’instigation de la Spartiate qui prévoyait qu’il serait un sujet de querelle. Plus tard, en ce lieu, des Lébédiens achetèrent le produit d’un coup de filet et c’est le trépied qui fut tiré de l’eau. Il y eut querelle avec les pêcheurs, on vint jusqu’à Cos, et comme on ne s’accordait pas, on s’adressa à Milet, qui était la capitale. Les Milésiens envoyèrent des députés qui ne furent pas écoutés, aussi firent-ils la guerre aux gens de Cos. Comme de chaque côté il mourait beaucoup de gens, l’oracle déclara qu’il fallait donner le trépied au plus sage. Les deux camps s’entendirent alors pour l’attribuer à Thalès, qui par la suite le consacra à Apollon de Didyme. Pour en revenir à la réponse de l’oracle aux gens de Cos, elle disait ceci : La querelle entre Ioniens et Méropes ne cessera pas Avant que le trépied d’or qu’Héphaïstos jeta dans la mer N’ait quitté votre ville pour la maison de l’homme Qui connaît le présent, l’avenir et le passé. La réponse aux Milésiens fut la suivante : Race de Milet, tu interroges Phoebus au sujet d’un trépied... comme il a été dit plus haut. En voilà assez sur ce sujet[12]. Hermippe, dans ses Vies, rapporte à Thalès ce qui est dit par d’autres de Socrate : il aimait à dire qu’il remerciait la fortune de trois choses : d’être un humain et non une bête, d’être un homme et non une femme, enfin d’être un Grec, et non un barbare. On raconte encore qu’étant sorti de chez lui pour contempler les astres, il tomba dans un puits[13]. Une vieille femme survenant se moqua de lui en ces mots : « Comment, Thalès, toi qui n’es pas capable de voir ce qui est à tes pieds, t’imagines-tu pouvoir connaître ce qui est dans le ciel ? » Timon[14] a bien connu aussi la science de Thalès en astronomie, et dans ses Silles, il le loue en ces termes : Comme Thalès, un des sept sages, qui fut savant astronome. L’Argien Lobon dit que ses écrits font un total de quelque deux cents vers, et que sous sa statue on écrivit : Thalès de Milet repose ici dans le sol qui l’a nourri, Il fut un sage, et le premier des astrologues. Voici un de ses poèmes : Le trop parler n’est pas marque d’esprit. Trouvez une seule chose sage, Choisissez une seule chose belle, Et vous clouerez le bec à bien des bavards. On lui attribue encore les sentences suivantes : de tous les êtres, le plus ancien, c’est Dieu, car il n’a pas été engendré ; le plus beau, c’est le monde, car il est l’ouvrage du dieu ; le plus grand, c’est l’espace, car il contient tout ; le plus rapide, c’est l’esprit, car il court partout ; le plus fort, c’est la nécessité, car elle vient à bout de tout ; le plus sage, c’est le temps, parce qu’il découvre tout. La mort, dit-il, ne diffère en rien de la vie. On lui répond : « Pourquoi, alors, ne te donnes-tu pas la mort ? » ; « Parce que vie ou mort, c’est tout un », réplique-t-il. Quelqu’un lui demande ce qui du jour ou de la nuit fut créé d’abord ; il répond : « La nuit est en avance d’un jour. » On lui demande si les mauvaises actions d’un homme échappent au regard des dieux. Il répond : « Ils voient même les mauvaises pensées. » Un homme adultère lui demandait s’il pouvait jurer qu’il n’avait pas commis d’adultère. Il répondit : « Le parjure n’est pas pire que l’adultère. » On lui demandait ce qui était difficile : « Se connaître » dit-il ; ce qui était facile : donner un conseil à autrui ; ce qui était le plus doux : jouir ; ce que c’était que la divinité : un être sans commencement ni fin ; encore une chose difficile : voir un tyran âgé ; comment supporter aisément l’infortune : en voyant ses ennemis plus malheureux encore ; comment vivre vertueusement : en ne faisant pas ce que nous reprochons à autrui ; qui est heureux : l’homme bien portant, riche, courageux et instruit. Il disait encore que l’on doit penser à ses amis aussi bien en leur absence qu’en leur présence, que la beauté ne vient pas d’un beau visage, mais de belles actions. « Ne t’enrichis pas injustement, conseillait-il, et veille à ne pas être cité en justice pour de mauvaises paroles contre tes proches et tes amis. Comme tu traites tes parents, tes enfants te traiteront. » Du Nil[15] il disait qu’il débordait quand ses eaux étaient repoussées par les vents étésiens qui soufflent contre son cours. Apollodore dans ses Chroniques dit que Thalès naquit la première année de la trente-cinquième olympiade[16]. Il mourut dans sa soixante-dix-huitième année ou, comme le dit Sosicrate, dans sa quatre-vingt-dixième année, car ce fut dans la cinquante-huitième olympiade. Il vécut du temps de Crésus, auquel il promit de faire traverser l’Hallys[17] sans pont, en détournant le cours du fleuve. Il y eut cinq autres personnages du nom de Thalès (cf. Démétrios de Magnésie, Homonymes) : un rhéteur de Callatie, au style prétentieux, un peintre de Sicyone, de noble origine, un troisième, très ancien, du temps d’Hésiode, d’Homère et de Lycurgue, un quatrième, mentionné par Douris dans son traité de la peinture, un cinquième, plus jeune et peu connu, cité par Denys dans ses Critiques. Pour en revenir à notre sage, il mourut en regardant les jeux gymniques, pour avoir eu trop chaud et trop soif et par suite de sa fatigue et de son grand âge. Voici son épitaphe : :Ce tombeau, certes, est bien petit, :Mais la renommée de l’homme est allée au ciel. :C’est celui de Thalès le très sage. J’ai écrit sur lui les vers suivants dans le premier livre de mes épigrammes ou « vers de mètres divers[18] : :Tandis qu’il regardait les jeux, ô Zeus Hélios, :Tu as ravi du stade le sage Thalès. :Je te loue de l’avoir rapproché du ciel. Il était si vieux :Que de la terre il ne pouvait plus voir les astres. Thalès est l’auteur du fameux « connais-toi toi-même » qu’Antisthène (Livre des Filiations) attribue à Phémonoé, en déclarant que Chilon se l’appropria mensongèrement. Sur les sept sages, qu’il est juste de citer maintenant l’un après l’autre, voici la tradition. Damon de Cyrène, qui blâme tous les philosophes dans ses écrits, s’attaque surtout aux sept sages. Anaximène dit que tous étaient poètes. Dicéarque dit qu’ils n’étaient ni sages ni philosophes, mais hommes d’esprit et législateurs. Archétimos de Syracuse a décrit leurs assemblées chez Cypsélos[19] et dit qu’il y assista personnellement. Euphoros dit que tous, sauf Thalès, fréquentèrent Crésus. D’autres disent qu’ils se réunirent à Panionium, à Corinthe et à Delphes. On rapporte même leurs paroles, et qui a prononcé telle ou telle. Exemple : Le Spartiate Chilon fut sage, Lui qui dit : Rien de trop, Tout est bien qui vient en son temps ! On n’est pas d’accord sur leur nombre. Léandre, au lieu de Cléobule et de Myson, met Léophante, fils de Gorsias, ou Lébédios d’Éphèse et Épiménide de Crète. Platon, dans le Protagoras[20], met Myson à la place de Périandre. Éphoros met Anacharsis à la place de Myson et d’autres ajoutent Pythagore. Selon Dicéarque, il y en a quatre sur qui tout le monde est d’accord : Thalès, Bias, Pittacos et Solon. Le même auteur en nomme six autres, parmi lesquels il en choisit trois : Aristodème, Pamphile, le Lacédémonien Chilon, Cléobule, Anacharsis et Périandre. D’autres ajoutent Acousilaos, Caba ou Scala, un Argien. Hermippe, dans son livre sur les sages, dit qu’ils furent dix-sept et que chacun en choisit sept selon ses préférences. Ce sont Solon, Thalès, Pittacos, Bias, Chilon, Cléobule, Périandre, Anacharsis, Acousilaos, Épiménide, Léophante, Phérécyde, Aristodème, Pythagore, Lasos, fils de Charmantidas ou de Sisambrinos ou, selon Aristoxène, de Chabrinus, Hermonée, Anaxagore. Hippobotos (Catalogue des Philosophes) les inscrit ainsi : Orphée, Linos, Solon, Périandre, Anacharsis, Cléobule, Myson, Thalès, Bias, Pittacos, Épicharme et Pythagore. Voici des lettres attribuées à Thalès[21] : ==== Thalès à Phérécyde ==== « J’apprends que vous vous disposez à présenter aux Grecs le premier traité ionien des choses divines. Vous agiriez peut-être plus sagement en lisant votre ouvrage à vos amis, qu’en communiquant à n’importe quelles gens des écrits qui ne peuvent guère leur être utiles. « Si cela vous plaît, j’aimerais profiter de vos recherches et, si vous m’y invitez, je viendrai vous trouver au plus tôt. Car Solon d’Athènes et moi, qui avons déjà traversé deux fois la mer pour aller visiter la Crète, et pour aller en Égypte nous entretenir avec les prêtres et les astronomes du lieu, nous sommes assez sages pour ne pas hésiter à la traverser de nouveau pour aller vous voir. « Je parle de Solon, parce qu’il viendra avec moi si vous le permettez. Vous êtes un sédentaire, vous allez rarement en Ionie, vous n’aimez guère aller voir les étrangers, et vous ne songez, j’imagine, qu’à écrire. « Mais nous qui n’écrivons pas, nous parcourons volontiers la Grèce et l’Italie. » ==== Thalès à Solon ==== « Si vous quittez Athènes, vous aurez, je crois, tout avantage à venir vous établir à Milet, parmi les colons athéniens. Il n’y a là pour vous aucun danger. Si vous hésitez, sous prétexte que nous, Milésiens, sommes gouvernés par un tyran (je sais que vous haïssez tout pouvoir absolu), songez du moins que vous aurez plaisir à vivre avec nous qui sommes vos amis. Je sais que Bias vous a écrit et vous invite à aller à Priène. Si vous trouvez préférable d’habiter la ville de Priène, j’irai vivre là-bas avec vous. » <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Ausone|'''Ausone''']] ''([[w:309|309]]/[[w:310|310]], à [[w:Bazas|Bazas]] ou à [[w:Bordeaux#Burdigala,_cité_romaine_(Ier_siècle_-_Ve_siècle)|Bordeaux]] — [[w:394|394]]/[[w:395|395]], entre [[w:Langon_(Gironde)|Langon]] et [[w:La_Réole|La Réole]])'' <sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Ausone|<sup>📚</sup>]] == === Le Jeu des Sept Sages === :Thalès a trouvé [texte grec] pour nous défendre de nous porter cautions, parce qu'il y a du danger à répondre ainsi pour d'autres[iv]. Nous donnons-là un avis qui ne plaira pas beaucoup aux emprunteurs. :THALÈS : Je suis Thalès de Milet ; j'ai dit, comme le poète Pindare, que l'eau est, le principe de toute chose. C'est à moi que des pêcheurs donnèrent autrefois [un trépied d'or] qu'ils avaient tiré de la mer : ils m'avaient choisi pour obéir au dieu de Délos, qui envoyait ce présent à un sage. Je refusai de le recevoir, je le leur rendis pour le porter à d'autres que je croyais plus dignes. Envoyé à tous les sept Sages, et renvoyé par eux, il nie fut rapporté. Je le reçus alors pour le consacrer à Apollon : car si Phébus a voulu qu'on choisit un sage, ce n'était pas d'un homme, mais d'un dieu qu'il fallait l'entendre. Je suis donc ce Thalès : mais un motif m'amène sur la scène. Comme les deux sages qui m'ont précédé, je viens défendre la sentence dont je suis l'auteur. Elle déplaira, mais non certes aux esprits prudents que l'expérience a instruits et rendus plus avisés. Nous avons dit : [texte grec], ou, en latin : Cautionne, mais tu t'en trouveras mal. Je pourrais parcourir mille exemples pour vous montrer des cautions et des répondants bien et dûment convaincus de repentir. Mais je ne veux nommer personne. Que chacun de, vous ré-fléchisse, et compte en lui-même combien de gens ont perdu ou souffert de s'être ainsi portés cautions pour d'autres. Toutefois, si un pareil service a du charme pour vous, n'y renoncez ni les uns ni les autres. :Alors que les uns applaudissent, et que les autres, si je les blesse, me sifflent. :THALÈS DE MILET. :AVANT d'oser une mauvaise action, à défaut de Témoin redoute ta conscience. La vie s'éteint, mais la gloire de la mort ne meurt point. Ce que tu veux faire, abstiens-toi de le dire. C'est un supplice de craindre ce qu'on ne peut empêcher. Si tu blâmes avec raison, ton hostilité même est profitable ; si tu loues mal à propos, ton amitié même est nuisible. Rien de trop. - Arrêtons-nous, et qu'ici même il n'y ait rien de trop. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Proclus|'''Proclus''']] ''(le 7 ou 8 février [[w:412|412]], à [[w:Constantinople|Constantinople]] — le 17 avril [[w:485|485]], à [[w:Histoire_d%27Athènes#Antiquité_tardive|Athènes]])''<sup>[[w:Ve_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Proclus|<sup>📚</sup>]] == === Commentaire sur le premier livre d'Euclide, 65, 3 === ὥσπερ οὖν παρὰ τοῖς Φοίνιξιν διὰ τὰς ἐμπορείας καὶ τὰ συναλλάγματα τὴν ἀρχὴν ἔλαβεν ἡ τῶν ἀριθμῶν ἀκριβὴς γνῶσις, οὕτω δὴ καὶ παρ' Αἰγυπτίοις ἡ γεωμετρία διὰ τὴν εἰρημένην αἰτίαν εὕρηται. Θαλῆς δὲ πρῶτον εἰς Αἴγυπτον ἐλθὼν μετήγαγεν εἰς τὴν Ἑλλάδα τὴν θεωρίαν ταύτην καὶ πολλὰ μὲν αὐτὸς εὗρεν, πολλῶν δὲ τὰς ἀρχὰς τοῖς μετ' αὐτὸν ὑφηγήσατο τοῖς μὲν καθολικώτερον ἐπιβάλλων, τοῖς δὲ αἰσθητικώτερον. <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == « [[w:Souda|'''Suidas''']] » ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:IXe_siècle|IX<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Suidas|<sup>📚</sup>]] == === La Souda === Θαλῆς, Ἐξαμύου καὶ Κλεοβουλίνης, Μιλήσιος, ὡς δὲ Ἡρόδοτος Φοῖνιξ: γεγονὼς πρὸ Κροίσου, ἐπὶ τῆς λε# ὀλυμπιάδος, κατὰ δὲ Φλέγοντα γνωριζόμενος ἤδη ἐπὶ τῆς ζ#. ἔγραψε περὶ μετεώρων ἐν ἔπεσι, Περὶ ἰσημερίας, καὶ ἄλλα πολλά. ἐτελεύτησε δὲ γηραιός, θεώμενος γυμνικὸν ἀγῶνα, πιληθεὶς δὲ ὑπὸ τοῦ ὄχλου καὶ ἐκλυθεὶς ὑπὸ τοῦ καύματος. πρῶτος δὲ Θαλῆς τὸ τοῦ σοφοῦ ἔσχεν ὄνομα καὶ πρῶτος τὴν ψυχὴν εἶπεν ἀθάνατον ἐκλείψεις τε καὶ ἰσημερίας κατείληφεν. ἀποφθέγματα δὲ αὐτοῦ πλεῖστα: καὶ τὸ θρυλλούμενον: γνῶθι σαυτόν. τὸ γάρ, ἐγγύα, πάρα δ' ἄτα, Χίλωνός ἐστι μᾶλλον, ἰδιοποιησαμένου αὐτό: καὶ τό, μηδὲν ἄγαν. bkrtam9o9duvoyo9v6904vntajlm88t Mathc initiation/a81 0 79157 767128 745274 2026-05-29T11:23:22Z Xhungab 23827 767128 wikitext text/x-wiki __NOTOC__ [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] {{Partie{{{type|}}}|Logarithmes Exponentielles}} : En mathématiques, le logarithme de base b d'un nombre réel strictement positif est la puissance à laquelle il faut élever la base b pour obtenir ce nombre... [https://fr.wikipedia.org/wiki/Logarithme Wikipédia] : <br> Copier la bibliothèque dans votre répertoire de travail : * [[Mathc initiation/h81_00|x_a.h ................. Déclaration des fichiers h]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c30a2|x_def.h .............. Déclaration des utilitaires]] '''Propriétés des logarithmes :''' * [[Mathc initiation/h81_a|fa.h ]] <-------> [[Mathc initiation/c81_a| ln(x*y) = ln(x)+ln(y)]] * [[Mathc initiation/h81_b|fb.h ]] <-------> [[Mathc initiation/c81_b| ln(x/y) = ln(x)-ln(y)]] * [[Mathc initiation/h81_c|fc.h ]] <-------> [[Mathc initiation/c81_c| ln(x^n) = n*ln(x)]] ''Changement de base :'' * [[Mathc initiation/h81_d|fd.h ]] <-------> [[Mathc initiation/c81_d| log_a(x) = ln(x)/ln(a)]] '''Propriétés des exponentielles :''' * [[Mathc initiation/000r|fe.h ]] <-------> [[Mathc initiation/000u| exp(x+y) = exp(x)*exp(y)]] * [[Mathc initiation/000s|ff.h ]] <-------> [[Mathc initiation/000v| exp(x-y) = exp(x)/exp(y)]] * [[Mathc initiation/001E|fh.h ]] <-------> [[Mathc initiation/001F| exp(x)**n = exp(n*x)]] ''Changement de base :'' * [[Mathc initiation/000t|fg.h ]] <-------> [[Mathc initiation/000w| a**x = exp(x ln(a))]] : . : '''Remarques : Changement de bases avec les formes logarithmes et exponentielles ''' Le changement de base permet, par exemple de dériver une fonction qui n'a pas de règle de dérivation. * '''[[Mathc_initiation/a00a3|log_a(x)]]''' peut être remplacé par '''ln(x)/ln(a)''' que l'on sait dériver. * '''[[Mathc_initiation/a00a0| a**x]]''' peut être remplacé par '''e**(x ln(a))''' que l'on sait dériver. : . : '''Calculons quelques logarithmes :''' * [[Mathc initiation/001D|Une introduction ]] : . : {{AutoCat}} n8d9l5g7tjoqpjbe4enu92d8ww333dc Mathc initiation/h81 00 0 79158 767131 748773 2026-05-29T11:24:55Z Xhungab 23827 767131 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_a.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_a.h */ /* --------------------------------- */ #include <stdio.h> #include <stdlib.h> #include <ctype.h> #include <time.h> #include <math.h> #include <string.h> /* --------------------------------- */ #include "x_def.h" /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} 2hp24i53prjz2pggkkn25lnode1qfea Mathc complexes/a31 0 79763 767088 752142 2026-05-28T19:12:02Z Xhungab 23827 767088 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|det_z_a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : det_z_a.c */ /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ void fun(int r) { double **A = r_mZ(i_mZ(r,r),9); clrscrn(); printf(" Copy/Paste into the octave window. \n\n"); p_Octave_mZ(A,"A", P0 ,P0); printf(" det(A)\n\n\n"); printf(" det(A) = "); p_Z(det_Z(A), S4,P0, S5,P0); printf("\n\n\n"); f_mZ(A); } /* ------------------------------------ */ int main(void) { time_t t; srand(time(&t)); do { fun(rp_I(RC5)+RC1); } while(stop_w()); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> Copy/Paste into the octave window. A=[ +2-1*i,-6+2*i,-7-6*i; -6+6*i,+7+8*i,+9-7*i; +9-9*i,-2+6*i,+1-6*i] det(A) det(A) = +1175+2210i Press return to continue. </syntaxhighlight> [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} lgnu653jxwrjnitbvp7lk2i6891y3uz Mathc complexes/a63 0 79803 767086 736990 2026-05-28T19:08:02Z Xhungab 23827 767086 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c02a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Xave as : c02a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ #define FACTOR_E +1.E-2 /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ void fun(int r,int c) { double **A = r_mZ(i_mZ(r,c),99); double **A_T = ctranspose_mZ(A,i_mZ(c,r)); double **V = i_mZ(r,c); double **U = i_mZ(r,c); double **U_T = i_mZ(c,r); // :c,r double **U_TA = i_mZ(c,c); // c,r r,c :c,c double **U_TAr = i_mZ(c,r); // c,r :c,r double **X = i_mZ(c,c); // c,r r,c :c,c U_TArV clrscrn(); printf(" A :"); p_mZ(A, S10,P2, S8,P2, C3); printf(" U :"); X_U_mZ(A_T,U,FACTOR_E); p_mZ(U, S10,P4, S8,P4, C3); printf(" V :"); X_V_mZ(A_T,V,FACTOR_E); p_mZ(V, S10,P4, S8,P4, C3); ctranspose_mZ(U,U_T); printf(" X = U_T * A * V :"); mul_mZ(U_T, A, U_TA); // U_TA : c,c c_mZ(U_TA, U_TAr); // U_TAr : c,r mul_mZ(U_TAr, V, X); // V : r,c p_mZ(X, S10,P4, S9,P4, C3); f_mZ(A); f_mZ(A_T); f_mZ(V); f_mZ(U); f_mZ(U_T); f_mZ(U_TA); f_mZ(U_TAr); f_mZ(X); } /* ------------------------------------ */ int main(void) { time_t t; srand(time(&t)); do { fun(R3,C2); } while(stop_w()); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> A : -45.00 +16.00i -23.00 -36.00i +30.00 +70.00i +14.00 +60.00i -83.00 -4.00i +53.00 +6.00i U : +0.3850 -0.2686i -0.2489 -0.1329i -0.5146 -0.4037i +0.5684 +0.2165i +0.5931 -0.0000i +0.7419 +0.0000i V : +0.2376 +0.9133i -0.0833 -0.3202i +0.3308 +0.0000i +0.9437 +0.0000i +0.0000 +0.0000i +0.0000 +0.0000i X = U_T * A * V : +2.4775-126.0690i +0.0000 +0.0000i +0.0000 -0.0000i +75.0029 +43.8979i Press return to continue Press X return to stop </syntaxhighlight> [[Mathc complexes/a29|.]] {{AutoCat}} 7mt78olmb1xujfja4ojz0cvx052etif Mathc initiation/a223 0 80553 767136 710594 2026-05-29T11:27:37Z Xhungab 23827 767136 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_hfile.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_hfile.h */ /* --------------------------------- */ #include <stdio.h> #include <stdlib.h> #include <ctype.h> #include <time.h> #include <math.h> #include <string.h> /* --------------------------------- */ #include "x_def.h" #include "x_strcg.h" #include "x_strct.h" #include "x_fx.h" /* --------------------------------- */ #include "kg_c.h" #include "x_length2d.h" /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} 9wp8xbwqoz1gn5y6newftypwtar9e7h Mathc initiation/a366 0 80768 767140 747603 2026-05-29T11:29:36Z Xhungab 23827 767140 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|g_an.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : g_an.h */ /* ------------------------------------ */ void G_a_n( CTRL_splot w, tvalue n, double (*P_a_n)(int n) ) { FILE *fp = fopen("a_main.plt","w"); fprintf(fp," set zeroaxis lt 8\n" " set grid\n" " plot [%0.3f:%0.3f] [%0.3f:%0.3f]\\\n" " \"a_n\" with point lt 7 ps 1 \n", w.xmin,w.xmax,w.ymin,w.ymax); fclose(fp); fp = fopen("a_n","w"); for(n.value=n.min; n.value<=n.max; ++n.value) fprintf(fp," %0.0f %6.3f\n",n.value,(*P_a_n)(n.value)); fclose(fp); } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} or96aimy9tmudum246k6xbek3a947ol Mathc initiation/a372 0 80775 767144 716583 2026-05-29T11:32:21Z Xhungab 23827 767144 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_afile.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_afile.h */ /* --------------------------------- */ #include <stdio.h> #include <stdlib.h> #include <ctype.h> #include <time.h> #include <math.h> #include <string.h> /* --------------------------------- */ #include "x_def.h" /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} ltuslov4ynr748ohqg980ytqhje8kk0 Mathc initiation/a514 0 80966 767147 717095 2026-05-29T11:34:37Z Xhungab 23827 767147 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_afile.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_afile.h */ /* --------------------------------- */ #include <stdio.h> #include <stdlib.h> #include <ctype.h> #include <time.h> #include <math.h> #include <string.h> /* --------------------------------- */ #include "x_def.h" /* --------------------------------- */ #include "x_lt_dt.h" /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} knwi0bqfldjqi9ehb6m8yam4srnmjy0 Mathc initiation/a515 0 80967 767139 717096 2026-05-29T11:29:05Z Xhungab 23827 767139 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_lt_dt.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as x_lt_dt.h */ /* ---------------------------------- */ double LT_dt( double (*P_F)(double t), double a, double b, int n, double s ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; double t = 0.; for(i = 0; i <= n; i++) { if(i ==0 || i== n){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (a + i*(b-a)/n); M += m * exp(-s*t) * (*P_F)(t); } return( ((b -a)*M) / (3*n) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} drwxufljhydhq25vfrwu3n21roz1uh6 Mathc initiation/a569 0 81035 767129 725762 2026-05-29T11:23:48Z Xhungab 23827 767129 wikitext text/x-wiki __NOTOC__ [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] : : : {{Partie{{{type|}}}|* Fractions Partielles}} : Exemple pour les intégrales : / / / | 1 | 1 | - 1 | ---------- = | --- + | ------- | s (s + 1) | s | (s + 1) / / / Exemple pour les transformés inverses de Laplace : 1 1 1 L<sup>-1</sup>{ ---------- } = L<sup>-1</sup>{ --- } - L<sup>-1</sup>{ ------- } s (s + 1) s (s + 1) {{Partie{{{type|}}}|[[Mathc initiation/a609|* '''Rappel :''']]}} : . : {{Partie{{{type|}}}|[[Mathc initiation/a567|* Fractions partielles : 1/s 1/(s + 1) = A/s + B/(s + 1)]]}} {{Partie{{{type|}}}|[[Mathc initiation/a568|* Fractions partielles : (5s+7)/s(s+1)(s-2) = A/s + B/(s+1) + C/(s-2)]]}} : . : {{Partie{{{type|}}}|[[Mathc initiation/a610|* '''Utilisons octave :''']]}} : . : {{AutoCat}} snpsef931mbhk11w50et05y7qugh5jm Mathc initiation/a570 0 81038 767141 719178 2026-05-29T11:30:21Z Xhungab 23827 767141 wikitext text/x-wiki __NOTOC__ [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] : : '''la Transformée Inverse de Laplace : La Méthode d'Expansion d'Heaviside.''' '''__n_''' '''P(s) \ P(r_n)''' '''L<sup>-1</sup>{----} = | ------- exp(r_n t)''' '''Q(s) /___ Q'(r_n)''' '''k=1''' ou '''r_n''' sont les n '''racine de Q(s)''' '''Exemples :''' P(s) (5s^2+7) (5s^2+7) ---- = --------------- = --------------- Q(s) (s+1)(s-2)(s+3) (s^3+2s^2-5s-6) '''Racine de Q :''' r1=(-1); r2=(2); r3=(-3); '''Dérivé de Q :''' Q'(s) = 3s^2+4s-5 la Transformée Inverse de Laplace : La Méthode d'Expansion d'Heaviside : P(s) P(r1) P(r2) P(r3) L<sup>-1</sup>{----} = ------ e^(r1 t) + ------ e^(r3 t) + ------ e^(r3 t) Q(s) Q'(r1) Q'(r2) Q'(r3) (5(-1)^2+7) (5(2)^2+7) (5(-3)^2+7) = --------------- e^((-1)t) + ------------- e^((2)t) + --------------- e^((-3)t) 3(-1)^2+4(-1)-5 3(2)^2+4(2)-5 3(-3)^2+4(-3)-5 12 27 52 = -- e^(-t) + -- e^(2 t) + -- e^(-3 t) -6 15 10 9 26 = -2 e^(-t) + - e^(2 t) + -- e^(-3 t) 5 5 ---- {{AutoCat}} ru4qrmdh7ix1hjqoxlr426dfp9yucf7 Mathc initiation/a599 0 81092 767149 720250 2026-05-29T11:35:34Z Xhungab 23827 767149 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_hfile.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as x_hfile.h */ /* ---------------------------------- */ #include <stdio.h> #include <stdlib.h> #include <ctype.h> #include <time.h> #include <math.h> #include <string.h> /* ---------------------------------- */ #define LOOP (2*100) /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ #include "x_def.h" #include "x_fcoef.h" /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} e5pib6i96biwcsvcwuahl2f5gpa4djj Mathc initiation/a600 0 81093 767142 720251 2026-05-29T11:30:52Z Xhungab 23827 767142 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_fcoef.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ---------------------------------- */ /* save as x_fcoef.h */ /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double fourier_a0( double (*P_f)(double x), double a, double b ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= LOOP; i++) { if(i ==0 || i== LOOP){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * (*P_f)(a + i*(b-a)/LOOP); } return( ((b -a)*M) / (3*LOOP) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double fourier_an( double (*P_f)(double t), double a, double b, double omega, double n ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; double t; for(i = 0; i <= LOOP; i++) { if(i ==0 || i== LOOP){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (a + i*(b-a)/LOOP); M += m * (*P_f)(t)*cos(n*omega*t); } return( ((b -a)*M) / (3*LOOP) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ double fourier_bn( double (*P_f)(double t), double a, double b, double omega, double n ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; double t; for(i = 0; i <= LOOP; i++) { if(i ==0 || i==LOOP){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} t = (a + i*(b-a)/LOOP); M += m * (*P_f)(t)*sin(n*omega*t); } return( ((b -a)*M) / (3*LOOP) ); } /* ---------------------------------- */ /* ---------------------------------- */ </syntaxhighlight> {{AutoCat}} bdthcqr8kpi5fdpbef2uvh6e5zbuaa7 Mathc initiation/000b 0 81435 767118 767021 2026-05-29T10:07:19Z Xhungab 23827 767118 wikitext text/x-wiki __NOTOC__ [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] : [[Mathc initiation/a08| Sommaire]] : {{Partie{{{type|}}}|Fonctions : Dessiner une fonction}} : . : Rappel pour '''gnuplot''' : * '''Linux''' : ** Exécuter un exemple C. ** Ajouter une nouvelle fenêtre dans votre terminal de travail. ** Vous serez automatiquement dans le bon répertoire pour lancer gnuplot. ** Tapez : gnuplot * '''Windows''' : ** Pour sélectionner le bon répertoire sous Windows ** Choisissez l'icône ChDir (change directory) ** Puis l'icône Open pour sélectionner un fichier de commande de gnuplot. * '''Animation''' : ** Tapotez sur l'icône '''replot''' de gnuplot. : . : Copier la bibliothèque dans votre répertoire de travail : * [[Mathc initiation/0000|x_hfile.h ............ Déclaration des fichiers h]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c30a2|x_def.h .............. Déclaration des utilitaires]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c64a4|x_strct.h ............ Déclaration des structures pour la variable t]] * [[Mathc initiation/Fichiers c : c47cb|x_strcg.h ........... Déclaration des structures pour gnuplot]] * [[Mathc initiation/0001|kg_feq.h ............ Dessiner à partir d'une chaîne de caractères]] * [[Mathc initiation/0002|kg_f.h ................ Dessiner à partir d'une fonction]] * [[Mathc initiation/0003|kg_fab.h ............ Dessiner à partir d'une fonction [a ... b] ]] * [[Mathc initiation/0004|kg_fabp.h .......... Ajouter un point ]] * [[Mathc initiation/0005|kg_f0ab9.h ........ Ajouter deux points. Compléter la courbe]] Les fonctions f : * [[Mathc initiation/000c|fa.h ]] Les fichiers principaux : * [[Mathc initiation/0006| c00a.c ]] ... avec kg_feq.h * [[Mathc initiation/0007| c00b.c ]] ... avec kg_f.h * [[Mathc initiation/0008| c00c.c ]] ... avec kg_fab.h * [[Mathc initiation/0009| c00d.c ]] ... avec kg_fab.h * [[Mathc initiation/000a| c00e.c ]] ... avec kg_f0ab9.h : . : {{AutoCat}} jl67d7kxbaux7yzo49cmimdkuya9esk Mathc initiation/0006 0 81444 767113 737643 2026-05-29T10:03:27Z Xhungab 23827 767113 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000b| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00a.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fa.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = +0.0; w.xmax = +2.0*PI; w.ymin = -1.0; w.ymax = +1.0; G_feq_2d( w, feq); clrscrn(); printf(" Draw the function y = %s \n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n",feq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner à partir d'une chaîne de caractères''' [[File:The function sinus with gnuplot 01.png|thumb|Drawing the function sinus with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the function y = sin(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} q2mbrar1j6i64pznuwbkev8f3q9o1i6 Mathc initiation/0007 0 81445 767114 737644 2026-05-29T10:04:06Z Xhungab 23827 767114 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000b| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00b.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00b.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fa.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = +0.0; w.xmax = +2.0*PI; w.ymin = -1.0; w.ymax = +1.0; double step = .1; G_f_2d( w, step, f); clrscrn(); printf(" Draw the function y = %s \n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n",feq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner à partir d'une fonction''' [[File:The function sinus with gnuplot 01.png|thumb|Drawing the function sinus with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the function y = sin(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} 97b1ew1nqbpeo5wqsxu7kfsni8d5y1p Mathc initiation/0008 0 81446 767115 737645 2026-05-29T10:04:54Z Xhungab 23827 767115 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000b| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00c.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00c.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fa.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = +0.0; w.xmax = +2.0*PI; w.ymin = -1.0; w.ymax = +1.0; double a = PI/4.; double b = 3.*PI/4.; double step = .1; G_fab_2d( w, a,b, step, f); clrscrn(); printf(" Draw the function y = %s \n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n",feq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner à partir d'une fonction [a ... b]''' [[File:The function sinus with gnuplot 02.png|thumb|Drawing the function sinus with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the function y = sin(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} m3zfqg5p2kohmkrvjqxfj5z2ta700co Mathc initiation/0009 0 81447 767116 737646 2026-05-29T10:05:34Z Xhungab 23827 767116 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000b| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00d.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00d.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fa.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = +0.0; w.xmax = +2.0*PI; w.ymin = -1.0; w.ymax = +1.0; tvalue p; p.value = PI/2.; p.min = PI/4.; p.max = 3.*PI/4.; p.step = .1; G_fabp_2d( w, f, p); clrscrn(); printf(" Draw the function y = %s \n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n",feq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner à partir d'une fonction [a ... b]. Ajouter un point''' [[File:The function sinus with gnuplot 03.png|thumb|Drawing the function sinus with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the function y = sin(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} 8qoh2u6epr00noyky3ytpvba19toq5x Mathc initiation/000a 0 81448 767117 737647 2026-05-29T10:06:13Z Xhungab 23827 767117 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000b| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00e.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00e.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fa.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = +0.0; w.xmax = +2.0*PI; w.ymin = -1.0; w.ymax = +1.0; tvalue p; p.value = PI/2.; p.min = PI/4.; p.max = 3.*PI/4.; p.step = .1; G_f0ab9p_2d( w, f, p); clrscrn(); printf(" Draw the function y = %s \n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n",feq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner à partir d'une fonction [a ... b]. Ajouter deux points. Compléter la courbe''' [[File:The function sinus with gnuplot 04.png|thumb|Drawing the function sinus with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the function y = sin(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} rhfcv0oyt3y1uty7swd8a4rjpo060ok Mathc initiation/000k 0 81450 767125 725764 2026-05-29T11:19:01Z Xhungab 23827 767125 wikitext text/x-wiki __NOTOC__ [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] : [[Mathc initiation/a08| Sommaire]] : {{Partie{{{type|}}}|Fonctions : Dessiner une fonction et son inverse}} : . : Rappel pour '''gnuplot''' : * '''Linux''' : ** Exécuter un exemple C. ** Ajouter une nouvelle fenêtre dans votre terminal de travail. ** Vous serez automatiquement dans le bon répertoire pour lancer gnuplot. ** Tapez : gnuplot * '''Windows''' : ** Pour sélectionner le bon répertoire sous Windows ** Choisissez l'icône ChDir (change directory) ** Puis l'icône Open pour sélectionner un fichier de commande de gnuplot. * '''Animation''' : ** Tapotez sur l'icône '''replot''' de gnuplot. : . : Copier la bibliothèque dans votre répertoire de travail : * [[Mathc initiation/000d|x_hfile.h ............ Déclaration des fichiers h]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c30a2|x_def.h .............. Déclaration des utilitaires]] * [[Mathc initiation/Fichiers h : c64a4|x_strct.h ............ Déclaration des structures pour la variable t]] * [[Mathc initiation/Fichiers c : c47cb|x_strcg.h ........... Déclaration des structures pour gnuplot]] * [[Mathc initiation/000e|kg_fgab.h .......... Dessiner f et f**-1]] Les fonctions f : * [[Mathc initiation/000f|f*.h ]] Les fichiers principaux : * [[Mathc initiation/000g| c00a.c ]] * [[Mathc initiation/000h| c00b.c ]] * [[Mathc initiation/000i| c00c.c ]] * [[Mathc initiation/000j| c00d.c ]] * [[Mathc initiation/000l| c00e.c ]] * [[Mathc initiation/000m| c00f.c ]] : . : {{AutoCat}} 0dhi8c9mj9e6jac9ht4i15voc8epbnx Mathc initiation/000g 0 81454 767119 737648 2026-05-29T11:12:11Z Xhungab 23827 767119 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000k| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00a.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fa.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = -2.0; w.xmax = +2.; w.ymin = -2.0; w.ymax = +2.0; tvalue ft; ft.min = -PI/2.; ft.max = +PI/2.; ft.step = .1; tvalue gt; gt.min = -1.; gt.max = +1.; gt.step = .1; G_fgab_2d( w, ft,f,feq, gt,g,geq); clrscrn(); printf(" Draw the functions y = %s(x), y = %s(x)\n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n", feq,geq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner une fonction et son inverse''' [[File:The function f and its inverse 01.png|thumb|Draw the function f and its inverse with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the functions y = sin(x), y = asin(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} 1inumlgbp0y03zewcsjofraav5wttwr Mathc initiation/000h 0 81455 767120 737649 2026-05-29T11:12:53Z Xhungab 23827 767120 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000k| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00b.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00b.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fb.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = -2.0; w.xmax = +4.; w.ymin = -1.5; w.ymax = +3.5; tvalue ft; ft.min = +0.; ft.max = +PI; ft.step = .1; tvalue gt; gt.min = -1.; gt.max = +1.; gt.step = .1; G_fgab_2d( w, ft,f,feq, gt,g,geq); clrscrn(); printf(" Draw the functions y = %s(x), y = %s(x)\n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n", feq,geq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner une fonction et son inverse''' [[File:The function f and its inverse 02.png|thumb|Draw the function f and its inverse with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the functions y = cos(x), y = acos(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} eqqe13vf1eg00f9g3dbehqf6myx5ymy Mathc initiation/000i 0 81456 767121 737650 2026-05-29T11:13:39Z Xhungab 23827 767121 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000k| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00c.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00c.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fc.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = -5.0; w.xmax = +5.0; w.ymin = -5.0; w.ymax = +5.0; tvalue ft; ft.min = -PI/2.; ft.max = +PI/2.; ft.step = .1; tvalue gt; gt.min = -5.; gt.max = +5.; gt.step = .1; G_fgab_2d( w, ft,f,feq, gt,g,geq); clrscrn(); printf(" Draw the functions y = %s(x), y = %s(x)\n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n", feq,geq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner une fonction et son inverse''' [[File:The function f and its inverse 03.png|thumb|Draw the function f and its inverse with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the functions y = tan(x), y = atan(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} tvem4flttglmqxen7dh7c2nvg6g2xjl Mathc initiation/000j 0 81457 767122 737651 2026-05-29T11:14:21Z Xhungab 23827 767122 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000k| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00d.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00d.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fd.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = -5.0; w.xmax = +5.0; w.ymin = -5.0; w.ymax = +5.0; tvalue ft; ft.min = -5.; ft.max = +5.; ft.step = .1; tvalue gt; gt.min = -5.; gt.max = +5.; gt.step = .1; G_fgab_2d( w, ft,f,feq, gt,g,geq); clrscrn(); printf(" Draw the functions y = %s(x), y = %s(x)\n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n", feq,geq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner une fonction et son inverse''' [[File:The function f and its inverse 04.png|thumb|Draw the function f and its inverse with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the functions y = exp(x), y = ln(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} iuqhh3oi80o2p3yrh1e02bm36vf6feq Mathc initiation/000l 0 81458 767123 737652 2026-05-29T11:15:09Z Xhungab 23827 767123 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000k| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00e.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00e.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "fe.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = -0.0; w.xmax = +2.; w.ymin = -0.0; w.ymax = +2.0; tvalue ft; ft.min = -0.; ft.max = +2.; ft.step = .1; tvalue gt; gt.min = -0.; gt.max = +2.; gt.step = .01; G_fgab_2d( w, ft,f,feq, gt,g,geq); clrscrn(); printf(" Draw the functions y = %s(x), y = %s(x)\n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n", feq,geq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner une fonction et son inverse''' [[File:The function f and its inverse 05.png|thumb|Draw the function f and its inverse with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the functions y = xP2(x), y = sqrt(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} qen4rhs35tmtnnvag0icgaryo45vcrs Mathc initiation/000m 0 81459 767124 737653 2026-05-29T11:15:48Z Xhungab 23827 767124 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] [[Mathc initiation/000k| Sommaire]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00f.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as c00f.c */ /* --------------------------------- */ #include "x_hfile.h" #include "ff.h" /* --------------------------------- */ int main(void) { CTRL_splot w; w.xmin = -1.0; w.xmax = +5.; w.ymin = -1.0; w.ymax = +5.0; tvalue ft; ft.min = -0.; ft.max = +PI/2.; ft.step = .1; tvalue gt; gt.min = +1.; gt.max = +5.; gt.step = .1; G_fgab_2d( w, ft,f,feq, gt,g,geq); clrscrn(); printf(" Draw the functions y = %s(x), y = %s(x)\n\n" " ... load \"a_main.plt\" ... with gnuplot.\n\n\n", feq,geq); stop(); return 0; } /* --------------------------------- */ /* --------------------------------- */ </syntaxhighlight> '''Dessiner une fonction et son inverse''' [[File:The function f and its inverse 06.png|thumb|Draw the function f and its inverse with gnuplot]] '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="C"> Draw the functions y = csc(x), y = acsc(x) ... load "a_main.plt" ... with gnuplot. Press return to continue. </syntaxhighlight> {{AutoCat}} 3ucn5q1ci7zk3cbqe2by2kz9nt5xo1d Chanter les psaumes/ModeleSemaine 0 81483 767042 757411 2026-05-28T13:17:31Z Sicarov 109010 767042 wikitext text/x-wiki <center><big> {| class="wikitable" |- |<center> '''<big>Psautier de Saint Irénée</big>'''<br> '''''Laudes et Vêpres''''' {{4/4}} :<big> [[Chanter les psaumes/Semaine I|'''I''']] - [[Chanter les psaumes/Semaine II|'''II''']] - [[Chanter les psaumes/Semaine III|'''III''']] - [[Chanter les psaumes/Semaine IV|'''IV''']]</big><br> ''Office des lectures'' {{0/4}} : [[Chanter les psaumes/Semaine I Office des lectures|I]] - [[Chanter les psaumes/Semaine II Office des lectures|II]] - [[Chanter les psaumes/Semaine III Office des lectures|III]] - [[Chanter les psaumes/Semaine IV Office des lectures|IV]]<br> ''Milieu du jour'' {{1/4}} : [[Chanter les psaumes/Semaine I Milieu du jour|I]] - [[Chanter les psaumes/Semaine II Milieu du jour|II]] - [[Chanter les psaumes/Semaine III Milieu du jour|III]] - [[Chanter les psaumes/Semaine IV Milieu du jour|IV]] <br> ''Complie'' {{1/4}} :[[Chanter les psaumes/Complie| Chaque soir ]]<br> [[Chanter les psaumes/Cantiques évangéliques |Cantiques évangéliques de St Irénée]]<br> '''<big>Tons de l'Assomption</big>'''<br><small>''Louange, méditation, supplication''</small><br><big> [[Chanter les psaumes/Tons à deux stiques|30 Tons à ''deux'' stiques]] </big> <br> [[Chanter les psaumes/Tons à quatre stiques|30 Tons à ''quatre'' stiques]]<br> [[Chanter les psaumes/Tons à trois et six stiques|20 Tons à ''trois et six'' stiques]]<br> [[Chanter les psaumes/Tons 2-4 Benedictus ou Magnificat|Tons Benedictus ou Magnificat]]<br> {{:Chanter les psaumes/Tons divers}} <small style="display:block;text-align:right">[[{{BASEPAGENAME}}/ModeleSemaine|-->]]</small></center> |} </center>>/big> {{AutoCat}} tmmw6g4ntythy0n7l15cgz9p5bf1f7m 767043 767042 2026-05-28T13:19:56Z Sicarov 109010 767043 wikitext text/x-wiki <center><big> {| class="wikitable" |- |<center> '''<big>Psautier de Saint Irénée</big>'''<br> '''''Laudes et Vêpres''''' {{4/4}} :<big> [[Chanter les psaumes/Semaine I|'''I''']] - [[Chanter les psaumes/Semaine II|'''II''']] - [[Chanter les psaumes/Semaine III|'''III''']] - [[Chanter les psaumes/Semaine IV|'''IV''']]</big><br> ''Office des lectures'' {{0/4}} : [[Chanter les psaumes/Semaine I Office des lectures|I]] - [[Chanter les psaumes/Semaine II Office des lectures|II]] - [[Chanter les psaumes/Semaine III Office des lectures|III]] - [[Chanter les psaumes/Semaine IV Office des lectures|IV]]<br> ''Milieu du jour'' {{1/4}} : [[Chanter les psaumes/Semaine I Milieu du jour|I]] - [[Chanter les psaumes/Semaine II Milieu du jour|II]] - [[Chanter les psaumes/Semaine III Milieu du jour|III]] - [[Chanter les psaumes/Semaine IV Milieu du jour|IV]] <br> ''Complie'' {{1/4}} :[[Chanter les psaumes/Complie| Chaque soir ]]<br> [[Chanter les psaumes/Cantiques évangéliques |Cantiques évangéliques de St Irénée]]<br> '''<big>Tons de l'Assomption</big>'''<br><small>''Louange, méditation, supplication''</small><br><big> [[Chanter les psaumes/Tons à deux stiques|30 Tons à ''deux'' stiques]] </big> <br> [[Chanter les psaumes/Tons à quatre stiques|30 Tons à ''quatre'' stiques]]<br> [[Chanter les psaumes/Tons à trois et six stiques|20 Tons à ''trois et six'' stiques]]<br> [[Chanter les psaumes/Tons 2-4 Benedictus ou Magnificat|Tons Benedictus ou Magnificat]]<br> {{:Chanter les psaumes/Tons divers}} <small style="display:block;text-align:right">[[{{BASEPAGENAME}}/ModeleSemaine|-->]]</small></center> |} </center></big> {{AutoCat}} nd8kdjoai8m4qt7poznadtvb5wsn8oq Mathc matrices/01v 0 81619 767151 749903 2026-05-29T11:36:30Z Xhungab 23827 767151 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00e.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00e.c */ /* ------------------------------------ */ #include "v_a.h" /* ------------------------------------ */ void fun(int r) { double **A = r_mR( i_mR(r,r), 9); double **AT = transpose_mR(A, i_mR(r,r)); double **AplsAT = add_mR(A,AT, i_mR(r,r)); double **AmnsAT = sub_mR(A,AT, i_mR(r,r)); clrscrn(); printf(" A "); p_mR(A, S7,P3, C6); printf(" Symmetric matrix : A + AT "); p_mR(AplsAT, S7,P3, C6); printf(" Skew matrix : A - AT "); p_mR(AmnsAT, S7,P3, C6); f_mR(A); f_mR(AT); f_mR(AplsAT); f_mR(AmnsAT); } /* ------------------------------------ */ int main(void) { time_t t; srand(time(&t)); do { fun(rp_I(R4)+R1); } while(stop_w()); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Soit une matrice carré A : (A+AT) est symétrique, (A-AT) est anti-symétrique''' '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> A +3.000 +7.000 -7.000 +6.000 -9.000 +3.000 +1.000 +6.000 -1.000 +3.000 +8.000 +4.000 +9.000 +2.000 +7.000 +4.000 Symmetric matrix : A + AT +6.000 -2.000 -8.000 +15.000 -2.000 +6.000 +4.000 +8.000 -8.000 +4.000 +16.000 +11.000 +15.000 +8.000 +11.000 +8.000 Skew matrix : A - AT +0.000 +16.000 -6.000 -3.000 -16.000 +0.000 -2.000 +4.000 +6.000 +2.000 +0.000 -3.000 +3.000 -4.000 +3.000 +0.000 Press return to continue Press X return to stop </syntaxhighlight> {{AutoCat}} cd8coejo8l4rs2bm4wcbqnp30ygufki Mathc matrices/01w 0 81625 767157 749904 2026-05-29T11:39:17Z Xhungab 23827 767157 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc matrices (livre)]] Installer et compiler ces fichiers dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00f.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00f.c */ /* ------------------------------------ */ #include "v_a.h" /* ------------------------------------ */ void fun(int r) { double **A = r_mR( i_mR(r,r), 9); 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A -1.000 -7.000 -5.000 +4.000 +3.000 +4.000 -8.000 +7.000 -4.000 +6.000 +7.000 +1.000 -7.000 -4.000 -1.000 +8.000 A = (A + AT)/2 + (A - AT)/2 -1.000 -7.000 -5.000 +4.000 +3.000 +4.000 -8.000 +7.000 -4.000 +6.000 +7.000 +1.000 -7.000 -4.000 -1.000 +8.000 Press return to continue Press X return to stop </syntaxhighlight> {{AutoCat}} qu22gieql13hgkecc7mc2kiw9ors3iw Mathc complexes/01g 0 81731 767152 737823 2026-05-29T11:36:55Z Xhungab 23827 767152 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ void fun(int r) { double **A = r_mZ( i_mZ(r,r), 9); double **AT = ctranspose_mZ(A, i_mZ(r,r)); double **AplsAT = add_mZ(A,AT, i_mZ(r,r)); double **AmnsAT = sub_mZ(A,AT, i_mZ(r,r)); clrscrn(); printf(" A "); p_mZ(A, S6,P0, S4,P0, C5); printf(" Hermitian matrix : A + AT "); p_mZ(AplsAT, S6,P0, S4,P0, C5); printf(" Skew-Hermitian matrix : A - AT "); p_mZ(AmnsAT, S6,P0, S4,P0, C5); f_mZ(A); f_mZ(AT); f_mZ(AplsAT); f_mZ(AmnsAT); } /* ------------------------------------ */ int main(void) { time_t t; srand(time(&t)); do { fun(rp_I(R4)+R1); } while(stop_w()); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Soit une matrice carré A : (A+AT) est hermitienne, (A-AT) est anti-hermitienne''' '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> A +7 +2i -9 -1i -8 +5i -7 -2i -6 +2i -2 +9i -7 -3i -6 +7i +1 -4i -1 +6i +2 -5i +3 +2i +5 -4i -8 -4i +6 -2i -9 +2i Hermitian matrix : A + AT +14 +0i -15 -3i -7 +9i -2 +2i -15 +3i -4 +0i -8 -9i -14 +11i -7 -9i -8 +9i +4 +0i +9 +4i -2 -2i -14 -11i +9 -4i -18 +0i Skew-Hermitian matrix : A - AT +0 +4i -3 +1i -9 +1i -12 -6i +3 +1i +0 +18i -6 +3i +2 +3i +9 +1i +6 +3i +0 -10i -3 +0i +12 -6i -2 +3i +3 +0i +0 +4i Press return to continue Press X return to stop </syntaxhighlight> {{AutoCat}} kt2p0z09z89563rqob5f75759j34dg0 Mathc complexes/01h 0 81732 767143 737824 2026-05-29T11:31:50Z Xhungab 23827 767143 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc complexes (livre)]] Installer et compiler ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|c00a.c|largeur=70%|info=|icon=Crystal128-source-c.svg}} <syntaxhighlight lang="c"> /* ------------------------------------ */ /* Save as : c00a.c */ /* ------------------------------------ */ #include "w_a.h" /* ------------------------------------ */ void fun(int r) { double **A = r_mZ( i_mZ(r,r), 9); double **AT = ctranspose_mZ(A, i_mZ(r,r)); double **AplsAT = add_mZ(A,AT, i_mZ(r,r)); double **AmnsAT = sub_mZ(A,AT, i_mZ(r,r)); double **AplsAT2 = smul_mZ(1./2., AplsAT, i_mZ(r,r)); double **AmnsAT2 = smul_mZ(1./2., AmnsAT, i_mZ(r,r)); double **A2 = add_mZ(AplsAT2,AmnsAT2, i_mZ(r,r)); clrscrn(); printf(" A "); p_mZ(A, S6,P0, S4,P0, C5); printf(" Hermitian matrix : A + AT "); p_mZ(AplsAT, S6,P0, S4,P0, C5); printf(" Skew-Hermitian matrix : A - AT "); p_mZ(AmnsAT, S6,P0, S4,P0, C5); stop(); clrscrn(); printf(" A "); p_mZ(A, S6,P0, S4,P0, C5); printf(" A = (A + AT)/2 + (A - AT)/2"); p_mZ(A2, S6,P0, S4,P0, C5); f_mZ(A); f_mZ(A2); f_mZ(AT); f_mZ(AplsAT); f_mZ(AmnsAT); f_mZ(AplsAT2); f_mZ(AmnsAT2); } /* ------------------------------------ */ int main(void) { time_t t; srand(time(&t)); do { fun(rp_I(R4)+R1); } while(stop_w()); return 0; } /* ------------------------------------ */ /* ------------------------------------ */ </syntaxhighlight> '''Soit une matrice carré A : A = (A+AT)/2 + (A-AT)/2''' '''Exemple de sortie écran :''' <syntaxhighlight lang="c"> A +1 +8i +5 +9i +4 +4i +1 -8i +2 +4i +3 -6i -6 -9i -9 +4i +5 -5i +1 -6i -2 +4i -9 +3i +6 +5i -8 +8i +6 +9i +9 +2i +3 -1i -5 +3i +3 +3i +5 +6i -7 -5i -9 -5i +3 +7i -2 -3i -2 -6i Hermitian matrix : A + AT +2 +0i +8 +15i +2 +0i +10 -10i -5 +9i +8 -15i -12 +0i -18 +1i +8 -4i -8 -1i +2 +0i -18 -1i +12 +0i -13 +5i +9 +2i +10 +10i +8 +4i -13 -5i +6 +0i +3 +9i -5 -9i -8 +1i +9 -2i +3 -9i -4 +0i Skew-Hermitian matrix : A - AT +0 +16i +2 +3i +6 +8i -8 -6i +9 -1i -2 +3i +0 -18i +0 +7i +2 -6i +10 -11i -6 +8i +0 +7i +0 +10i -3 +11i +3 +16i +8 -6i -2 -6i +3 +11i +0 +6i +7 +3i -9 -1i -10 -11i -3 +16i -7 +3i +0 -12i Press return to continue. A +1 +8i +5 +9i +4 +4i +1 -8i +2 +4i +3 -6i -6 -9i -9 +4i +5 -5i +1 -6i -2 +4i -9 +3i +6 +5i -8 +8i +6 +9i +9 +2i +3 -1i -5 +3i +3 +3i +5 +6i -7 -5i -9 -5i +3 +7i -2 -3i -2 -6i A = (A + AT)/2 + (A - AT)/2 +1 +8i +5 +9i +4 +4i +1 -8i +2 +4i +3 -6i -6 -9i -9 +4i +5 -5i +1 -6i -2 +4i -9 +3i +6 +5i -8 +8i +6 +9i +9 +2i +3 -1i -5 +3i +3 +3i +5 +6i -7 -5i -9 -5i +3 +7i -2 -3i -2 -6i Press return to continue Press X return to stop </syntaxhighlight> {{AutoCat}} 8epbo8t136j2pulx5efbj9ruply47ob Neurosciences/La barrière hémato-encéphalique 0 82423 767112 744032 2026-05-29T09:33:51Z Mewtow 31375 /* Des capillaires continus protégés par des astrocytes */ 767112 wikitext text/x-wiki Le cerveau est séparé de la circulation sanguine, par une '''barrière hémato-encéphalique''' qui isole le cerveau du reste du corps. Elle est présente sur tous les vaisseaux sanguins cérébraux, ou presque. Les molécules sanguines ne peuvent pas toutes passer à travers la barrière hémato-encéphalique : si certaines le peuvent, d'autres ne le peuvent pas. On dit que la barrière hémato-encéphalique a une '''perméabilité sélective'''. C'est d'ailleurs la raison d'être de la barrière hémato-encéphalique : empêcher le passage de "molécules nuisibles" à travers les capillaires, pour éviter qu'elles passent dans le cerveau. Les ions (calcium, potassium, sodium, et autres) ne peuvent pas traverser cette barrière, leur concentration étant importante pour le bon fonctionnement des potentiels d'action. D'autres molécules importantes, comme le glucose ou d'autres nutriments, peuvent la traverser. Beaucoup de médicaments ne peuvent pas passer la barrière hémato-encéphalique, ce qui est parfois un avantage, parfois un défaut. C'est un défaut si la molécule a le potentiel d'agir positivement sur le cerveau, mais que la barrière hémato-encéphalique lui empêche d'rentrer. Par exemple, imaginons qu'on découvre une molécule thérapeutique qui permettrait d'augmenter la neurogenèse (la fabrication de nouveaux neurones). Si elle passait à travers la barrière hémato-encéphalique, elle pourrait soigner des maladies comme Alzheimer. Mais elle ne servirait à rien si elle ne pouvait pas rentrer dans le cerveau ! À l'inverse, ce peut être un avantage dans certains cas. Par exemple, une molécule noradrénergique utilisée pour traiter les troubles du rythme cardiaque ne devrait, idéalement, pas agir sur le cerveau. Si elle ne passe pas à travers la barrière hémato-encéphalique, tout va pour le mieux : la molécule n'agira pas sur le cerveau, ce qui fait des effets secondaires d'évités. Par contre, si ce n'est pas le cas, cela pourrait causer des effets secondaires neurologiques ou psychiatriques assez graves. : Avant de poursuivre, sachez que nous utiliserons souvent l'abréviation, BHE pour désigner la barrière hémato-encéphalique. ==La barrière hémato-encéphalique : les capillaires cérébraux== La barrière hémato-encéphalique se situe au niveau des vaisseaux sanguins du système nerveux, à quelques exceptions. Les exceptions en question sont des vaisseaux où la barrière hémato-encéphalique n'existe pas, mais ils sont très rares. Pour être précis, les vaisseaux sanguins protégés par la barrière hémato-encéphalique sont les capillaires, à savoir les petits vaisseaux suffisamment fins pour laisser passer de l'oxygène, du CO2, des nutriments, quelques petites molécules. Les capillaires ne doivent pas être confondus avec les artères et les veines, des vaisseaux plus gros. La différence principale est que les capillaires sont composés d'une unique couche de cellules jointes, juxtaposées les unes à côté des autres (l'ensemble forme ce qu'on appelle un épithélium). Les artères ajoutent plusieurs couches en plus de l'épithélium, dont une couche de muscles qui aident à contracter ou dilater l'artère, et un second épithélium qui enveloppe l'artère. Même chose pour les veines, avec cependant des couches en plus. Les artères et veines du système nerveux ne sont pas différentes de celles trouvées dans le reste du corps. Par contre, les capillaires cérébraux sont totalement différents sur deux points. ===Des capillaires continus protégés par des astrocytes=== La barrière hémato-encéphalique est formée par deux choses : le vaisseaux capillaire lui-mêmes, et une couche protectrice d'astrocytes tout autour. La première barrière est liée au fait que les capillaires du système nerveux central sont moins étanches que les capillaires normaux. La seconde barrière est formée par les astrocytes, qui entourent les vaisseau sanguins. [[File:Blood brain barrier.png|centre|vignette|upright=2|Barrière hémato-encéphalique.]] Les capillaires peuvent se classer en trois types, suivant la manière dont l’épithélium est formé : capillaires sinusoïdaux, fenêtrés et continus. La différence est que les deux sont perclus de trous, mais pas le dernier. Dans les '''capillaires sinusoïdaux''', les cellules de l'épithélium sont liées les unes aux autres, grâce à des espèces de crochets moléculaires, mais d'une manière assez lâche. Les crochets attachent les cellules à leurs voisines, mais laissent des espaces entre les cellules, qui peut prendre la forme de fentes. Cela permet de laisser des cellules comme des globules blancs et des globule rouges, des grosses protéines, mais ils peuvent aussi malheureusement laisser passer les virus et quelques toxines. [[File:202104 Sinusoidal capillary.svg|centre|vignette|upright=1|Capillaires sinusoïdal.]] Les capillaires fenêtrés et continus ont des cellules collées les unes aux autres par des jonctions communicantes, les mêmes que celles qui servent pour les synapses électriques. Elles sont beaucoup plus nombreuses que les crochets moléculaires des capillaires normaux, ce qui colle mieux les cellules du capillaire. En conséquence, les espaces entre cellules n'existent pas, ce qui ne permet pas de laisser passer des cellules, virus ou protéines. Mais par contre, les '''capillaires fenêtrés''' ont des pores qui traversent les cellules du vaisseaux sanguin et permettent de laisser passer de grosses molécules, comme des protéines, mais aussi des virus et autres bactéries de petite taille. [[File:202104 Fenestrated capillary.svg|centre|vignette|upright=1|Capillaires fenêtré.]] Les '''capillaires continus''' ne laissent ni espace entre cellules, ni pore, ni quoique ce soit. En conséquence, ils sont vraiment imperméables, au point qu'ils fournissent une première barrière contre les agressions extérieures, notamment contre les virus, les bactéries ou les toxines de grande taille. De tel capillaires ne se trouvent qu'en deux endroits : les muscles squelettiques, et le système nerveux. La première barrière hémato-encéphalique est le fait que tous les capillaires du système nerveux sont des capillaires continus. [[File:202104 Continuous capillary.svg|centre|vignette|upright=1|Capillaires continu.]] Ensuite, la seconde couche est formée par les astrocytes qui entourent les vaisseaux. Plus précisément, les capillaires cérébraux ne sont pas entourés de muscles, comme leurs congénères, mais sont recouverts par des astrocytes et des péricytes. Le tout forme une double couche : une première couche formé par le vaisseau sanguin, une seconde couche formée par astrocytes. Une molécule qui souhaite passer cette barrière doit donc travers plus d'obstacles qu'ailleurs. La protection est meilleure comparé à la paroi d'un vaisseau sanguin, les membranes astrocytaires faisant office de renforcement. [[File:Blood Brain Barrier.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Barrière hémato-encéphalique]] : Les capillaires continus se trouvent aussi dans l'endonèvre des nerfs, où ils forment une barrière sang-nerf, similaire à la barrière hémato-encéphalique. ===Les espaces périvasculaires/de Virchow–Robin=== Outre la barrière hémato-encéphalique, certains vaisseaux sanguins cérébraux sont entourés par un manchon rempli de fluide : l''''espace périvasculaire''', aussi appelé ''espace de Virchow–Robin''. Ils sont surtout présents sur les vaisseaux des méninges, dans les couches situées sous l'arachnoïde et la pie-mère. Mais on en trouve aussi autour des vaisseaux des ganglions de la base et de quelques autres vaisseaux. Le cas le plus important est de loin les vaisseaux qui alimentent les organes circumventriculaires, à savoir des aires cérébrales qui ne sont pas protégées par la barrière hémato-encéphalique, sans doute pour assurer leur protection immunologique. On en trouve aussi en dehors du cerveau, dans le foie, le thymus et quelques autres organes, mais ceci est une autre histoire... Les espaces périvasculaires possèdent des fonctions variées, qui vont de l'immunité à la régulation du transfert d'ions et de solutés. Ils servent, entre autres, de protection immunologique. Preuve en est la présence d'un grand nombre de globules blancs, surtout lors d'infections : lymphocytes T et B, monocytes, etc. Mais leur rôle principal est la régulation des échanges de fluide avec le cerveau, de permettre un échange sang<->cerveau aisé des solutés, ions et autres petites molécules solubles. ==Le passage des molécules à travers la barrière hémato-encéphalique : généralités== La barrière hémato-encéphalique est donc composée des capillaires sanguins du cerveau, parfois recouvert par une couche d'astrocytes. Les cellules des capillaires sanguins sont appelées des '''cellules endothéliales'''. Les molécules doivent donc traverser une couche de cellules endothéliales, pour ensuite être absorbée par les astrocytes qui s'occupent de métaboliser ce qui doit l'être. La traversée d'une cellule endothéliale demande que la molécule traverse la membrane de cette cellule deux fois : une fois pour le passage sang->cellule endothéliale, une seconde fois pour sortir de la cellule endothéliale et rentrer dans le cerveau. Il y a donc deux passages à travers une membrane cellulaire, et cela nous amène à parler plus en détail des membranes cellulaires. Il existe divers mécanismes qui permettent à des molécules de traverser les membranes cellulaires des cellules endothéliales. Les mécanismes sont résumés dans le schéma ci-dessous. Nous allons les détailler un par un dans ce qui suit, mais les images devraient vous donner une petite idée de comment fonctionnent ces mécanismes. [[File:Blood-brain barrier transport en.png|centre|vignette|upright=2.5|Mécanismes de transport à travers la barrière hémato-encéphalique.]] Les mécanismes en question peuvent se classer en deux types. Les mécanismes de '''transport passifs''' utilisent un gradient de concentration, ce qui permet de faire passer une molécule d'un endroit où elle est très concentrée vers un endroit où elle l'est moins. Ils ne consomment pas d'énergie. A l'inverse, les mécanismes de '''transport actif''' consomment de l'énergie sous forme d'ATP, mais sont capables d'aller contre un gradient de concentration. Pour donner un exemple, les pompes ioniques sont des mécanismes de transport actif, les canaux ioniques sont du transport passif. Il existe une sorte d'équivalent mais pour les molécules plus grosses. ===La diffusion simple et le transport paracellualire=== Les deux mécanismes de transport les plus simples sont le transport paracellulaire et la diffusion simple. Avec ceux deux-là, de très petites molécules peuvent passer la BHE directement, en suivant un gradient de concentration, sans rencontrer d'obstacle digne de ce nom. La BHE est naturellement perméable pour ces petites molécules. Ce sont donc des mécanismes de transport passif. Le premier est le '''transport paracellulaire''', où les molécules passent entre les cellules endothéliales des capillaires sanguins. Les cellules endothéliales sont certes collées les unes au autres, mais pas parfaitement. Il reste toujours quelques espaces qui peuvent laisser passer de petites molécules. Le terme paracellulaire est assez parlant : para- pour dire à côté, et cellulaire. Cependant, dans le cerveau, ce mécanisme de transport est rendu impossible. Les capillaires sanguins sont continus, il n'y a pas d'espace entre les cellules endothéliales. Les cellules endothéliales sont collées les unes au autres grâce à des jonctions communicantes et autres jonctions cellulaires, qui ne laissent presque pas d'espace libre. En conséquence, le transport paracellulaire est empêché, ce qui en fait un premier mécanisme de protection, une première barrière hémato-encéphalique. Les molécules du sang doivent donc traverser les cellules endothéliales, pas passer à côté. Le second mécanisme de transport passif est la '''diffusion simple'''. Avec elle, une molécule passe à travers la barrière hémato-encéphalique sans rencontrer d'obstacles, comme dans du beurre, sans recourir à des canaux ioniques ni quoique ce soit d'équivalent. [[File:Scheme simple diffusion in cell membrane-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Diffusion simple.]] Pour comprendre quelles molécules peuvent traverser ainsi, faisons un rappel rapide sur les membranes cellulaires, ainsi que sur les molécules hydrophobes et hydrophiles. Les molécules sont souvent classés en molécules hydrophiles (attirées par l'eau) et hydrophobes (repoussées par l'eau). Le caractère hydrophile et hydrophobe est lié à des interactions électriques avec les molécules d'eau. Les molécules hydrophiles sont généralement polaires, avec une charge positive à un côté de la molécule et un côté négatif de l'autre. Par contre, les molécules hydrophobe sont généralement neutres. Les molécules hydrophiles se dissolvent très bien dans l'eau, alors que les molécules hydrophobes ne se dissolvent pas, et cela n'a rien de surprenant. Par contre, le caractère hydrophobe/hydrophile a aussi un impact sur la dissolution dans des graisses, les lipides. Les molécules hydrophobes sont généralement liposolubles, ce qui veut dire qu'elles se dissolvent dans les graisses, les lipides. A l'inverse, les molécules hydrophiles ne se dissolvent pas dans les graisses. Et il se trouve que la membrane cellulaire est composée d'une double couche de lipides ! Chaque molécule de lipide a une tête hydrophile (attirée par l'eau), et une queue hydrophobe (qui est repoussée par l'eau). La membrane a donc un cœur hydrophobe et un extérieur hydrophile. Les molécules hydrophiles ne traversent pas le cœur hydrophobe, car elles ne se dissolvent pas dans les lipides. Par contre, les molécules hydrophobes traversent la membrane cellulaire sans trop de soucis. La traversée d'une membrane cellulaire n'est donc pas la même entre une molécule hydrophobe et une molécule hydrophile. [[File:Fluid Mosaic.svg|centre|vignette|upright=2|Membrane cellaulaire.]] La diffusion simple n'est donc possible que si la molécule peut se dissoudre dans la membrane cellulaire, donc se dissoudre dans des lipides. En clair, c'est limité aux molécules hydrophobes, liposolubles. De plus, les molécules doivent être assez petites, les grosses molécules ne peuvent pas traverser facilement. Une molécule plus grosse que la membrane aura du mal à se dissoudre dedans. Pour résumer : diffusion simple possible seulement pour les molécules hydrophobes assez petites. L'exemple le plus simple est celui de l'oxygène. Les gaz dissous dans le sang traversent presque tous la BHE : oxygène, mais aussi CO2, azote, etc. Mais cela concerne aussi des molécules. Par exemple, l'éthanol (l'alcool) traverse les membranes cellulaire sans aucun problème, y compris la BHE. Comme autre exemple, les stéroïdes traversent les membranes cellulaires sans problèmes, et cela vaut aussi bien pour les hormones sexuelles que le cortisol. Hormones sexuelles et cortisol rentrent dans le cerveau sans problème, ils traversent la barrière hémato-encéphalique. Par contre, des molécules importantes ne passent pas diffusion libre : l'eau, le glucose, les acides aminés, les protéines, les ions. Vous avez bien lu : l'eau ne traverse pas les membranes cellulaires. Et c'est évident, car l'eau est hydrophile. Le glucose est aussi concerné car il se dissous bien dans l'eau, et vous pouvez le constater en mettant du sucre dans de l'eau. Les ions sont naturellement dissous dans l'eau, donc hydrophiles. Les acides aminés et protéines sont soit trop gros, soit trop hydrophiles pour traverser la membrane cellulaire. Les molécules hydrophiles ne peuvent pas traverser les membranes cellulaires avec la diffusion simple, pas plus que les très grosses molécules. Les ions sont concernés, car les ions étant par nature dissous dans l'eau, ils sont hydrophiles. Les molécules hydrophiles doivent donc traverser les membranes cellulaires par un autre mécanisme. Voyons lesquels. ===Les transporteurs transmembranaires=== Les molécules hydrophiles peuvent traverser les membranes cellulaires grâce à des protéines transmembranaires, à savoir qui traversent la membrane cellulaire de part en part. Une partie de ces protéines transmembranaires permettent à une molécule de traverser la membrane cellulaire, d'où leur nom de '''transporteurs transmembranaires''', simplifié en transporteurs. Nous avons déjà vu des transporteurs transmembranaires dans ce cours : les pompes et canaux ioniques en sont ! Ce sont juste des transporteurs spécialisées dans le transport des ions, comme on aurait pu le deviner. Les petites et grosses molécules utilisent des transporteurs différents des canaux et pompes ioniques, mais qui fonctionnent sur le même principe. Il existe des '''transporteurs actifs''', qui demandent de l'énergie sous forme d'ATP pour fonctionner. Ils peuvent fonctionner même en l'absence de gradient de concentration, voire fonctionner même si le gradient de concentration est défavorable. La plupart des transporteurs actifs de la BHE visent à rejeter des molécules indésirables dans le sang. Par exemple, de nombreuses pompes ioniques visent à rejeter des ions dans le sang. Si ces ions rentrent dans la cellule endothéliale, ils seront rejetés par ces pompes. Les pompes en question portent des noms assez complexes, la plus connue étant ceux de la famille des ''Organo anion transporters''. Et il existe aussi des pompes non-ioniques, pour des molécules indésirables plus grosses. Un exemple est celui de la ''Glycoprotéine P'', qui empeche de nombreux médicaments de traverser la BHE, sans compter qu'elle rejette aussi de nombreuses molécules organiques. Si les transporteurs actifs sont des pompes qui rejettent des molécules dans le sang, d'autres transporteurs servent au contraire à faciliter l'entrée de molécules dans le cerveau. La plupart sont des '''transporteurs passifs''', à savoir qu'ils demandent un gradient de concentration pour fonctionner. Ils servent en quelque sorte de sas d'entrée, qui permet aux molécules de traverser la membrane si le gradient de concentration est favorable. Les molécules suivent le gradient de concentration et vont vers la zone la moins concentrée, mais seulement si le sas d'entrée/transporteur est ouvert. En quelque sorte, ce sont l'équivalent des canaux ioniques ouvert/fermés mais pour les grosses molécules. Pour distinguer ce mécanisme de transport de la diffusion simple, on dit que les canaux ioniques et transporteurs font de la '''diffusion facilitée''', dans le sens où le transporteur/canal ionique facilite la traversée de la membrane. Le processus d'entrée via un transporteur se fait en quelques étapes. Pour commencer, la molécule va se lier au transporteur, de la même manière qu'un neurotransmetteur se lie à son récepteur. Suite à cette liaison, le transporteur va être déstabilisé par diverses interactions électriques avec la molécule. Il va changer de forme et se reconfigurer. Cette reconfiguration fait que la molécule, auparavant sur la face extérieure, se retrouve sur la face intérieure de la membrane cellulaire. Enfin, la molécule se détache : elle a traversé la membrane. [[File:Scheme facilitated diffusion in cell membrane-fr.svg|centre|vignette|upright=2.5|Diffusion facilitée : canal ionique à gauche, transporteurs à droite.]] Les transporteurs servent de portes d'entrées qui permettent le passage des molécules à travers une membrane cellulaire. En conséquence, ils sont finement régulés de manière à ne laisser les molécules qu'avec parcimonie, suffisamment pour ne pas avoir de déficience cérébrale, mais pas assez pour perturber le fonctionnement cérébral. Par exemple, le passage des ions est sévèrement contrôlé, afin de protéger le cerveau des variations de concentration ionique du sang. Par exemple, suite à un repas trop salé, la concentration intracérébrale en sodium doit rester la même, le sodium ne doit pas traverser la barrière-hémato-encéphalique. A l'inverse, lors d'un manque de sodium intra-cérébral, la barrière hémato-encéphalique laissera passer ces ions sodium. La régulation de l'équilibre ionique du cerveau est assez simple : il suffit d'ouvrir ou de fermer des canaux ioniques selon les besoins. ===Le transport vésiculaire=== Il existe aussi un dernier mode de transport, appelé le '''transport vésiculaire''', qui est particulièrement adapté au transport de grosses molécules. Avec lui, les molécules peuvent traverser une cellule endothéliale en un seul passage, sans avoir à traverser de membrane cellulaire proprement dit. Les molécules sont transportées à travers la barrière hémato-encéphalique dans un sac de lipides appelé une vésicule. La vésicule se forme par invagination de la membrane cellulaire, qui se replie sur elle-même pour former une vésicule. La vésicule traverse alors la cellule endothéliale, puis se colle sur la membrane de l'autre côté. Elle fusionne alors avec la membrane, avec l'aide d'un paquet d'enzymes. La fusion relâche le contenu de la vésicule dans le milieu ambiant, dans le cerveau. [[File:Vesicle Budding, Motility and Fusion.jpg|centre|vignette|upright=2|Transport par vésicules intra-cellulaires. La vésicule se forme à gauche par invagination de la membrane cellulaire, la vésicule traverse la cellule, puis fusionne avec la membrane de l'autre côté.]] ==L'entrée des molécules dans le cerveau : quelques exemples== La BHE laisse passer certaines molécules via l'intermédiaire de transporteurs, du transport vésiculaire et de la diffusion simple. Outre les canaux ioniques, la BHE dispose de transporteurs passifs pour le glucose, mais aussi pour l'eau (des aquaporines), ainsi que pour les acides aminés essentiels. Dans ce qui va suivre, nous allons voir quelques exemples, en étudiant le cas du cuivre et du fer. L'exemple du cuivre aide à faire comprendre comment les transporteurs permettent de faire passer des molécules du sang au cerveau. L'exemple du fer est un cas particulier qui mélange transporteurs et transport vésiculaire. ===L'entrée du cuivre dans le cerveau=== Le premier exemple, que nous allons voir en détail, est le transport du cuivre. Pour rappel, pour traverser la barrière hémato-encéphalique, il faut traverser deux membranes cellulaires : celle entre le sang et la cellule du capillaire sanguin, celle entre le capillaire sanguin et le cerveau. Pour cela, le cuivre a deux transporteurs Le premier permet au cuivre de passer du sang à l'intérieur des cellules des vaisseaux sanguins, il porte le nom de ''High affinity copper uptake protein 1'', aussi appelé CTR1. Le second est le transporteur ATP7A, qui émet le cuivre dans le cerveau. Les mêmes transporteurs permettent au cuivre de rentrer dans les neurones et les cellules gliales. Les deux expriment des transporteurs CTR1 pour faire entrer le cuivre dans les neurones/astrocytes/oligodendrocytes/autres. En cas d'excès de cuivre dans le cerveau, l'excès est éliminé dans le liquide cérébrospinal ou dans le sang. Les cellules qui font la barrière entre cerveau et méninges disposent pour cela d'un transporteur dédié, le ATP7B, qui émet du cuivre dans le liquide cérébrospinal. Le cuivre en excès dans le liquide cérébrospinal est lui émis dans le sang, grâce là encore avec un transporteur ATP7A situés dans les cellules des vaisseaux sanguins. [[File:Metabolisme cerebral du cuivre.png|centre|vignette|upright=2.5|Métabolisme cérébral du cuivre]] ===L'entrée du fer dans le cerveau=== Comme pour le cuivre, bien qu'étant un ion simple, l'entrée du fer dans le cerveau ne passe pas par des canaux ioniques ou pompes. La raison est qu'il n'y a presque pas d'ion fer isolés, dissous dans le sang. Le fer absorbé par l'intestin est immédiatement capturé par une molécule de transport, appelée la '''transferrine'''. Elle capture le fer libre, le transporte dans le sang et le relâche au niveau des tissus qui en ont besoin. Il faut noter que l'on distingue l'apo-transferrine et l'holo-transferrine, la première étant de la transferrine seule, l'autre étant de la transferrine qui a capturé du fer. L'apo- et l'holo-transferrine n'ont pas la même forme tridimensionnelle, ce qui a des conséquences. La transferrine entre dans le cerveau via transport vésiculaire. L'holo-transferrine sanguine se fixe sur des récepteurs à la transferrine, présents à la surface des cellules endothéliales. La fixation sur ces récepteurs entraine l'internalisation de la molécule d'holo-transferrine, la formation de la vésicule. Seule l'holo-transferrine se lie aux transporteurs des cellules endothéliales, pas l'apo-transferrine, pour des raisons de conformation tridimensionnelle. Ensuite, la vésicule traverse la cellule endothéliale, puis fusionne avec sa membrane de l'autre côté de la cellule, ce qui relâche la transferrine et le fer dans le cerveau. Ce transport vésiculaire basique est la première voie d'entrée du fer dans le cerveau, mais c'est la moins importante en pratique. En effet, il s'agit d'une voie directe, passive, sans mécanisme de régulation poussé. Mais le cerveau a des besoins en fer qui doivent être sérieusement régulés, pour éviter tout excès de Fer. Rappelons en effet qu'un excès de fer est toxique pour les cellules, neurones et cellules gliales comprises. Pour cela, la barrière hémato-encéphalique dispose d'autres moyens de transport du fer, qui sont régulables. Outre le transport vésiculaire simple, il existe deux autres voies de transport, qui permettent au fer de traverser la barrière hématoencéphalique. Les deux commencent de la même manière : la transferrine est internalisée dans une vésicule. Sauf que le Fer en excès est extrait des vésicules. L'extraction du Fer se fait en deux étapes : la première détache le fer de la transferrine dans la vésicule, la seconde le fait sortir de la vésicule à travers un "canal ionique" appelé le DMT1, inséré à la surface de la vésicule. La vésicule est alors renvoyée vers la paroi du vaisseau sanguin et fusionne avec, le récepteur de la transferrine est ainsi recyclé. Le Fer extrait de la vésicule est du fer dissous dans la cellule endothéliale. Il peut alors subir deux voies de transfert différentes. La première passe par une protéine de transport membranaire qui relâche le Fer dans le cerveau, qui agit un petit peu comme un "canal ionique". La protéine en question s'appelle la '''ferroportine''', elle est présente dans le cerveau, dans les intestins et d'autres cellules. Il faut noter que le Fer transporté par la ferroportine est toujours un ion <math>Fe^{2+}</math> et non les autres formes ioniques (<math>Fe^{3+}</math> ou <math>Fe^{+}</math>). C'est le contraire de la transferrine qui capture des ions <math>Fe^{3+}</math>. L'action de la ferroportine est régulée par une molécule appelée l''''hepcidine''', qui a plusieurs actions. Premièrement, elle "ouvre" ou "ferme" le "canal ionique" de la ferroportine. Deuxièmement, elle peut détruire les molécules de ferroportine en les marquant comme prête pour dégradation dans les lysosomes. Elle régule ainsi l'entrée du fer à ce qui est utile au cerveau : s'il subit un excès de Fer, il produira de l'hepcidine pour "désactiver" la ferroportine et séquestrer le fer dans les cellules endothéliales. La production de l'hepcidine cérébrale est le fait des astrocytes. Une seconde voie séquestre le fer en excès dans la cellule endothéliale, pour être relâché en cas de besoin. Pour cela, les réserves de fer sont stockées dans une molécule appelée la '''ferritine''', une molécule de ferritine pouvant capturer près de 5000 atomes de fer. Pour relâcher le fer, la ferritine est internalisée dans une seconde vésicule, qui fusionne avec la membrane. Les cellules endothéliales ont donc des réserves de fer sous forme de ferritine, qu'elles peuvent relâcher dans le cerveau si le besoin s'en fait sentir. Les mécanismes pour ce faire sont encore mal connus. Le fer est alors absorbé par un astrocyte. Les trois voies posibles sont résumées dans le schéma ci-dessous. [[File:Fer et barrière hemato-encéphalique.png|centre|vignette|upright=3|Fer et barrière hemato-encéphalique]] ===L'entrée du manganèse dans le cerveau=== Le cas du manganèse est assez similaire à celui du fer. Le manganèse est important pour le métabolisme général e la plupart des cellules. Mais il doit être présent en petites quantités, de fortes quantités pouvant être toxiques. Aussi, comme le fer et le cuivre, son entrée dans le cerveau est fortement régulée. L'entrée du manganèse dans le cerveau est presque identique à celle du fer. Le manganèse est transporté par la transferrine, comme le fer, et passe à travers le transporteur DMT1 et la ferroportine. Il traverse la barrière hémato-encéphalique par l'intermédiaire des voies d'entrée du fer, donc. Par contre, la barrière hémato-encéphalique dispose aussi de pompes ioniques qui expulsent le manganèse en trop dans le sang. Précisément, la pompe qui expulse le manganèse en trop dans le sang est la protéine SLC30A10. Le manganèse s'accumule dans le cerveau aux mêmes endroits que le fer : dans les ganglions de la base. Les effets d'une intoxication au manganèse sont donc similaires à ceux d'un excès cérébral de fer : syndrome parkinsonien, autres troubles moteurs comme des dystonies. Une intoxication en manganèse est généralement lié à une exposition professionnelle, mais il existe de rares maladies génétiques liées à des mutations de la protéine SLC30A10 qui entrainent un excès cérébral en manganèse. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=L'activité électrique du cerveau | prevText=L'activité électrique du cerveau | next=Le métabolisme cérébral | nextText=Le métabolisme cérébral }}{{autocat}} </noinclude> 32f9bl13akl17ffafyacuiy72du7n2f Ubuntu/Pour aller plus loin 0 82983 767090 766953 2026-05-28T22:11:12Z Matthius 11787 /* Pour les techniciens */ 767090 wikitext text/x-wiki <noinclude>{{Ubuntu}}</noinclude> {{avertissement|Ce chapitre est à reprendre entièrement, pour ne garder que les points directement liés à Ubuntu et <u>avérés</u>}} = La philosophie UBUNTU = La philosophie UBUNTU est basée sur l'humain par [https://archive.org/details/Egyptologie/09+L'Ubuntu+et+la+Conscience+de+soi.mkv Jean-Charles Coovi Gomèz]. = Objectifs = WINDOWS, ANDROID et MAC, les logiciels et le matériel privatifs ne sont pas sécurisés et peuvent ralentir automatiquement. Voilà l'intérêt des logiciels et licences libres pour le matériel informatique. Seulement, on ne parle pas ici de sécurité mais de sûreté, parce que des failles peuvent exister dans le libre mais sont connues par nettement moins de monde. == Débutants == Les logiciels et licences libres permettent de créer afin de s'épanouir en découvrant les limites de l'humain, avec l'aide des écrans sans lumière surtout. Ainsi on peut participer aux logiciels libres modestement en traduisant ou en programmant. Les distributions GNU LINUX et BSD sont des logiciels qui vous permettent de prolonger nettement la vie de l'électronique des grandes marques connues. BSD sert à créer du logiciel propriétaire tout en partageant pour GNU LINUX notamment. GNU LINUX permet de libérer des logiciels. GNU LINUX permet de faire fonctionner beaucoup plus de programmes qu'on ne le croit avec pour origine un seul paquet nommée WINE. WINE permettait de transformer des programmes WINDOWS en applications GNU Linux par la virtualisation. STEAM a transformé le paquet WINE pour créer PROTON et venir recréer WINE 11 et PROTON 11 ensuite, parce que BOTTLES a repris le développement de PLAYONLINUX et WINE tout en se rémunérant grâce à ça. Les logiciels payants demandent des logiciels payants. Par exemple, avant que STEAM ne fasse fonctionner beaucoup de jeux, PLAYONLINUX, repris par WINBOAT, WINUX, et BOTTLES qui fait payer son installation, PLAYONLINUX donc permettait d'installer rapidement et gratuitement sur tous les GNU LINUX pratiquement toutes les vieilles versions des logiciels WINDOWS n'utilisant pas .NET, certaines versions de .NET étant par ailleurs compatible avec MONO. '''Que s’est-il passé ?''' Beaucoup d’indépendants s’occupent du maintien de logiciels libres, logiciels qui ont pour beaucoup été créés en groupe donc pour beaucoup en entreprises. Seulement les briques ou les paquets qui font GNU LINUX évoluent constamment, pour beaucoup grâce à des entreprises. L’objectif de PLAYONLINUX qui nécessitait beaucoup de transformations régulières a été atteint par STEAM donc STEAM prend le relais. Par contre STEAM ce sont les jeux donc il ne crée des installations que pour les jeux. Donc BOTTLES se crée aussi en deuxième Fork grâce aux partages de PLAYONLINUX puis de STEAM. BOTTLES est toujours libre grâce à WINUX voire WINBOAT. '''Pourquoi GNU LINUX ne deviendrait-il pas payant ?''' Il existe des GNU LINUX privatifs comme ANDROID, puis récemment WINDOWS et les IPHONE donc il y a bien des noyaux GNU LINUX payants. Vous pouvez par exemple faire fonctionner certains UBUNTU sur WINDOWS sans que ça n'ait de réel intérêt puisque vous gardez les bugs, la lourdeur et les portes dérobées de WINDOWS. Seulement la licence libre consiste à pouvoir exécuter, étudier, transformer, redistribuer les logiciels libres. Donc normalement ANDROID le premier GNU LINUX privatif aurait dû être libre. Il l’est devenu. Il existe des partages d’ANDROID réguliers mais intermittents. Pour réaliser qu’ANDROID soit toujours libre, il aurait fallu que le pays où on crée les smartphones, la CHINE, le fasse dès le début. Seulement la CHINE n’a vu l’intérêt de partager pour l’économie de travail des robots et des machines que quand elle avait pris un ascendant intellectuel et industriel. Maintenant, pour la CHINE, il est inadmissible de perdre toute une série de machines uniquement pour une raison logicielle. Par exemple, la CHINE participe à GNU LINUX DEBIAN pour ses processeurs 3D nommés LOONGARCH. Les licences libres permettent l’économie de travail qu’avait montrée LEIBNIZ. == En cas d'éventuelle attaque == Tous les processeurs disposent d'une porte dérobée permettant de les annihiler. Écrire avec GNU Linux démarrant sur une clé USB ou mieux sur un lecteur DVD sur une carte mère PCI EXPRESS 2 pas trop chère, avec en plus un ordinateur jamais sur le réseau disposant au mieux d'un graveur DVD permet d'envoyer plus facilement de manière sécurisée. Si on vous demande un contrôle de sécurité il s'agit d'avoir un compte qui sera difficilement sûr. Le mot de passe doit être gardé sur papier, jamais sur ordinateur. Aucun mot de passe ni donnée privée ne doit être facilement sur Internet. Aidez-vous d'un ami pour protéger vos données comme par exemple un ami qui garde votre smartphone ou une copie de données pour vous protéger. = En 2019 = {{refnec|En 2019, on a trouvé plein de failles de sécurité dans GNU Linux}}. GNU LINUX est le seul moyen pour préserver l'information en 2019. Contactez votre GUL pour installer GNU LINUX sur un ordinateur BIOS ou UEFI de marque. Tout doit se faire en filaire chez soi. N'importe qui peut accéder très facilement à n'importe quel point d'accès WIFI ou ordinateur. Les imprimantes USB 2 se mettent à jour si elles sont reliées à l'ordinateur avec des gros câbles USB 2. Toutes les imprimantes USB 3 peuvent se mettre à jour automatiquement. Les bureaux MATE, CINNAMON, GNOME 2 ou 3, installés sur un vieil ordinateur de marque en BIOS ou DOS, permettent de ne pas être redirigé à un autre endroit du monde de façon illicite. Un GNU LINUX récent ou un vieux GNU Linux entièrement patché sont les deux logiciels les plus adaptés ou fiables au monde, sur des ordinateurs BIOS ou DOS de préférence. MATE, utilisé par Richard Stallman, permet de participer à son projet GNU HERD. = Pour les techniciens = Il s'agit d'installer deux GNU LINUX mis à jour avec un seul /tmp non effacé et les données personnelles allant toutes sur /home (à ne pas formater), sauvegardées sur disque ou clé USB, données personnelles sur disque dur si vous voulez vous protéger. Vous pouvez aussi installer une partition swap de la taille de la mémoire vive à la racine de votre mémoire de stockage après l'EFI pour accélérer encore plus GNU LINUX. Cela permet notamment de pas avoir à acheter pour les ordinateurs récents une mémoire de stockage M2 de grande capacité si on met certains programmes comme le gaming sur le disque dur. On peut ainsi avoir deux GNU LINUX rapides avec une racine de 40 à 60 Go et une partition contenant /tmp de 4 Go, le tout sur une mémoire de stockage M2 de 128 Go. Cela permet de tester correctement une mise à jour. On peut par exemple effacer la partition racine d'un GNU LINUX pour installer une autre distribution GNU LINUX à la place tout en gardant les données personnelles. Aucun environnement ne peut empêcher la redirection illicite au niveau mondial et les redirections personnalisées des DNS en France. Un DNS sert à vous fournir les adresses Internet. Il s'agit de choisir des serveurs de noms de domaine français alternatifs pour les français. Les logiciels peuvent être transformés par Internet. Les ordinateurs peuvent être crashés très facilement, si vous n'avez pas un environnement libre, du matériel BIOS ou DOS de marque reconnu et reconnaissant GNU LINUX. Quand LINUX ralentit lorsque vous êtes sur Internet, c'est qu'on se renseigne peut-être sur vous. Cela veut peut-être aussi dire que vous pouvez accéder à une information cruciale. GNU LINUX DEBIAN est l'environnement serveur sécurisable le plus facilement, avec en plus des migrations locales maîtrisées facilement. Il s'agit en réalité de le sécuriser manuellement en empêchant l'accès aux comptes et aux sources du serveur, tout simplement parce qu'on peut facilement accéder à tout ce qui est utilise le va et vient comment Internet. Aussi la technologie Duplex n'existe toujours pas au niveau logiciel pour les particuliers au deuxième trimestre 2019. La technologie Duplex pour Internet, utilisant les push et pull séparés drastiquement grâce aux maillages continentaux et à la duplication des hubs sous-marins, permet de vérifier la provenance des informations. Tant que la technologie Duplex n'est pas dans les routeurs, il est très facile d'accéder à tout ordinateur. LINUX Deepin permet d'agir vite mais censure parce que privatif, donc privé. Il demande les processeurs AMD 64 Simple Core, sur tour ATX de préférence ou ITX avec carte mère BIOS et périphériques de marque, ou ordinateur BIOS ou DOS. Les marques devenues chinoises distribuées en occident sur ATX voire ITX sont MSI, ASUS, GIGABYTE, ASROCK, voire ACER. Une tour ATX est un ordinateur dans un grand boîtier. Une tour permet de passer facilement vers une nouvelle technologie. Pour les portables neufs en 2021, vous pouvez commander un ordinateur DELL, voire LENOVO ou SUNWAY pour avoir UBUNTU, LONGSOON pour avoir DEEPIN et DEBIAN. Il y aurait ASUS en portable et il y a GIGABYTE, MSI, AS Rock, ou des marques chinoises ou asiatiques. Des grandes surfaces peuvent proposer des portables BIOS ou DOS sous UBUNTU. Les ordinateurs HP et ASUS ont un bel avenir en occident. Les ordinateurs DOS de la marque DEEQ peuvent venir du Maroc ou de Pologne. Les ordinateurs DOS de cette marque Simple Core ne sont pas attaquables facilement, tout comme les IBM Thinkpad et les marques les plus âgées utilisant BIOS et les partitions DOS. Le Blue-Ray et la cassette magnétique permettent de sauvegarder les données des particuliers ou PME pour la vie grâce aux BD-R de marques, types Verbatim ou TDK, avec l'archivage privé. Les lecteurs Blue-Ray peuvent dorénavant être déliés d'Internet. Les DVD ou Blue-ray ReWritable ne servent à rien. Préférez les disques durs ou les cassettes magnétiques. Materiel.net, LDLC voire BOULANGER ou une grande surface permettent d'acheter des portables sans rien dessus. = Créer son GUL ou son GULL = Un GUL ou LUG en anglais peut être un Groupe d'Utilisateurs du Libre ou de Linux. Un GULL ou LLUGG en anglais peut être un Groupe d'Utilisateurs de Logiciels Libres ou de Licences Libres. Tout d'abord, l'humain ou UBUNTU est un être sociable. Donc il s'agit effectivement de permettre le partage donc la participation dans tout groupement. Il s'agit d'interdire de virer quiconque sur les chat. Le groupe bénéficiera du débat de l'ensemble des parties grâce à cela. L'humain comprend de lui-même qu'il doit partir ou pas. == Hacking et rétro-ingénierie == Un Hacker-Space, un Repair Café, une Maison de Consommation ou un Groupe de Rétro-Ingénierie essaient de rendre libres des technologies privatives. On recrée l'espoir d'un monde meilleur. Mais ces maisons aident surtout les autres à se réapproprier leurs biens de consommations en réparant et en comprenant le matériel, pour savoir comment acheter ou se défendre, en philosophant par le lien et le journalisme sur la morale et l'éthique, voire le droit. === C ou RUST vs PASCAL === Un programmeur peut réécrire alors grâce à l'intelligence artificielle un logiciel dans un langage intéressant, comme LAZARUS FREE PASCAL pour lequel on crée très peu de problèmes de mémoire grâce à la protection des pointeurs ralentissant PASCAL quand on utilise les pointeurs. Il n'y a pas besoin de la protection des pointeurs pour les calculs, ou pour les objets composants qui sont propres à l’EDI LAZARUS. PASCAL permet par exemple avec PASLLM de faire fonctionner les Modèles de Langage PYTHON entièrement libres plus rapidement. C est un peu plus rapide sauf pour les applications complexes prenant moins de mémoire avec les composants PASCAL OBJET créant le Développement Rapide d'Applications, DRA ou RAD qui fut créé par MICROSOFT. Avec le JAVA des instructions C compatibles pour beaucoup avec tout langage compilé sont dorénavant dans les processeurs. Je pense donc que RUST ne permet pas de résoudre les failles du C à cause de PASCAL, plus simple que RUST. Il faut un évangéliste RUST pour mener sur RUST tout comme il faut aussi un évangéliste C. Ça n'est pas pour rien que PASCAL a été choisi pour créer des OS comme le premier MAC OS. FREE PASCAL utilise l'assembleur mais peut être plus lent que le C sur certaines instructions. Ainsi on essaye d'ajouter ces instructions C à FREE PASCAL. C est choisi juste parce qu’il est plus rapide que PASCAL sur les tests de performance n'incluant pas l'OBJET PASCAL ou pire oubliant les instructions PASCAL nommées INC, DEC, APPENDSTR. Mon application libre PASCAL BOOST permet de régler ce dernier oubli. C est dorénavant plus connu comme RUST, RUST qui est un langage servant à confirmer qu’il faut des ingénieurs pour coder, alors que les écoliers français ont créé 30 000 logiciels en 2025. = Groupe d'Utilisateurs Linux = Contrairement à ce qu'on pense, le pays de GNU Linux en ce début de siècle est la Chine. En effet, la Chine s'est aperçue plusieurs fois que le logiciel privatif était foireux. Tout d'abord, la Chine a interdit WINDOWS pour cause de non renouvellement de mises à jour. Quand la Chine a élaboré l'USB 3, il y a eu confirmation de cette méprise. Ils se sont ensuite aperçu que GNU Linux était le plus rapide des logiciels pour leur super-calculateur. Par contre, les salariés chinois possèdent l'entreprise dans laquelle ils sont. = Groupe d'Utilisateurs du Libre = Au début du XXIe siècle, le mot Libre est dorénavant utilisé à la place de Free pour défendre des droits. On a comparé le logiciel Libre à la liberté de l'utilisateur. L'appellation Libre pour un GUL ou LUG peut aborder plein de thèmes différents. En effet on s'aperçoit que les logiciels libres fonctionnent comme le principe de liberté. Ainsi, au début, on met en place ce principe de liberté, puis ce droit est inaliénable. Un GNU Linux parfait a été modifié tant qu'on l'élaborait pour devenir l'environnement le moins modifiable possible. Cela permet non seulement la sûreté, mais en plus, à force d'être attaqué en juin 2019, la fiabilité et la sécurité. Selon Richard Stallman, le droit à la liberté, l'égalité et la fraternité est permis par le respect et la protection de la chronologie de ces six entités : * Respect, partage, diffusion et défense des discours par mutualisation, consultation, protection et indexation des archives protégées par blockchain et duplication, qui sont tous dans le domaine public, mais aussi avec les livres du domaine public et les livres libres, devenant tous les deux bien commun. * L'association promue par les chinois en ce début de siècle avec le confucianisme, précédée par la théorie du secret, les jeux pour comprendre et créer, avec la monnaie productive publique, venant tous trois des égyptiens, Platon pour définir la réflexion et philosophie scientifiques des égyptiens, avec le trafic face à la République des grecs signalé par Platon jusqu'à la France à monnaie privée définissant l'état, donc le bénéfice pour les générations futures avec Louis XI et Jeanne d'Arc puis Jean Bodin, des purges financières de Louis XII puis les purges de la corruption sous Louis XIII avec Richelieu, puis Mazarin et Anne d'Autriche sous Louis XIV pour les États-Nations et la suppression des péages à Westphalie, puis Colbert pour le protectionnisme face au trafic, puis Leibniz pour l'économie de travail par le génie, puis Emer de Vattel pour le Droit des Gens, puis Lazare Carnot et Gaspard Monge pour le génie par les défis selon les égyptiens, puis Hamilton pour le crédit productif public face à la dette, puis Friedrich Herbart pour l'éducation par la passion, puis Henry Charles Carey pour la science économique par et pour la créativité humaine, Roosevelt pour le Glass-Steagall Act et la commission Pecora, Lyndon Larouche pour le développement par les infrastructures et les ressources, avec les groupements promus par Friedrich List, Henry Charles Carey, Sadi Carnot, Jean-Baptiste De Guise (syndicats, collectifs, fondations, associations, voire coopératives), avec aussi les lois anti-trusts aboutissant à l'économie jubilaire. * La liberté de la presse, défendue par les États-Unis au XIXe, puis avec la France au XIXe et par le Conseil National de la Résistance, avec notamment Georges Boris, les communistes, Charles De Gaulle et Mendès France, avec aussi la pluralité et le rôle incitatif des radios et de la TNT, sécurisables le plus facilement en local ou par liaison satellite. * La création d'assemblées représentatives pour décider moralement et économiquement de lois (législatif) comme les assemblées communales après la messe à la fin du Moyen Âge en France selon Marion Sigaut, pour décider de projets donc faire de la politique (exécutif), pour défendre, ou créer et diffuser des droits par l'intérêt général (élections réparties et sénat, constitution contenant les droits fondamentaux de l'humain selon le Droit des Gens, le droit au talent selon Howard Gardner, au génie par la raison créative humaine selon la constitution américaine du XVIIIe, médiations, participations nationales). * Les logiciels voire licences libres par propagation qui seuls permettent la liberté sur la technologie, technologie nécessitant de comprendre l'économie réelle, pour permettre le génie industriel favorisant l'agriculture (GNU et FSF (mondial et États-Unis), FSFE (européen), April (France), Adullact (mutualisations logicielles régionales), IRILL  (recherche)). Les élections doivent par exemple être vérifiées par un [https://sourceforge.net/projects/municipales/ serveur libre]. * Le respect de la vie privée par la propriété privée et l'archivage privé en période de conjoncture, avec la citoyenneté en période productive, défendus par des financements différents en France par les Maisons de Consommation (groupements régionaux) liées aux médiateurs (entités permettant de remettre en question certains services ou biens, pour défendre ses droits), la ou les CNIL (état ou mieux État-Nation à monnaie publique), la Quadrature du Net (droit numérique), Framasoft (services et logiciels libres), French Data Network (accès à Internet) et Emmaüs (préservation de biens et services)). En France et en Algérie, nous sommes rendus à la deuxième et troisième entités en 2019. = Groupe d'Utilisateurs de Licences Libres = Pour défendre les logiciels libres et les œuvres libres, des Groupes d'Utilisateurs de Licences Libres ou Libre Licences Users Group peuvent être créés. = Groupe d'apprenants et libre = Il a déjà existé des classes réparties de 2000 élèves pour apprendre à apprendre à lire et écrire. Le professeur doit être passionné et pédagogue pour développer sa classe de 2000 apprenants. Un groupe de personnes voulant s'émanciper en apprenant à apprendre avec le Libre pourrait s'appeler en anglais un Learning to Teach User Group. Toast Masters est utilisé en ce début de siècle. Des professeurs de français élaborent une défense du droit d'enseigner en émancipant. Apprendre à apprendre permet de créer des professeurs en sachant uniquement écrire (français ou anglais). C'était ce qui se passait en France avec l'informatique dans les années 1980. Écrire permet de retenir en construisant, pour mieux élaborer. Les logiciels libres favorisent la créativité en permettant d'écrire l'environnement, afin de mieux retenir. Les professeurs militeraient alors pour le droit au talent par la combinaison des intelligences multiples de chacun. Il se crée une huitième intelligence en cas d'échec du professeur. L'enfant doit grandir par l'intelligence, pas pour l'intelligence. Puis on militerait pour le droit au génie(français ou anglais), qui consiste de permettre à quiconque de chercher une vérité en essayant de se questionner, puis sa vérité pour trouver son bonheur avec ses amis, puis la vérité pour trouver le bonheur avec les groupes et un ami partenaire, ce que l'âme demande. On utilise pour cela la réflexion scientifique, philosophique, artistique et journalistique de Platon en dialoguant et méditant, en testant et expérimentant, en analysant et théorisant des systèmes, pour évoluer chaque jour, par la poésie ou le chant afin de comprendre ses émotions ou la société, la construction puis l'architecture qui permet d'élaborer la société, la politique selon les grecs, consistant à discuter pour réaliser des projets ou solutions naturelles donc scientifiques. = Groupe d'Utilisateurs de Logiciels Libres = Le pays des Logiciels Libres et des Licences Libres est les États-Unis grâce à Richard Stallman. Un GULL ou LLUG spécialisé dans le droit s'occupe des licences libres ou libres licenses. Il s'agit de créer en ce début de vingt et unième siècle le droit lié à l'informatique, seulement permis par les licences libres, comme le démontre Richard Stallman. L'économie voire le Développement Rapide d'Applications interviennent dans ce droit. La licence libre la plus forte est la GNU GPL qui permet le mieux de protéger un logiciel. Il s'agit d'une licence de propagation. Si votre savoir-faire semble important ou perdu, le partager par propagation à l'ensemble du monde en obligeant sur le long terme à le modifier pour redistribution, bénéficie à l'humanité avec une propagation à la vitesse de la lumière s'il est partagé. La licence GNU LGPL est plus faible. On l'utilise si son logiciel permet beaucoup de participations et si la réutilisation privative empêche le développement du partage. Le logiciel privatif n'existe que par la monnaie privée et le manque de solidarité. La GNU GPL aura permis la participation. Aucune participation à un logiciel ne signifie pas forcément qu'il est inintéressant si votre logiciel est beaucoup téléchargé. Les licences libres pour les licences de diffusion Creative Commons sont la CC by SA la plus forte, puis la CC SA qui ne permet pas d'identifier les auteurs facilement, puis la CC quand on ne fait qu'un partage pédagogique par exemple. Les licences NC et ND ne sont pas libres. Cependant, l'ensemble des licences Creative Commons peuvent être utilisées pour défendre sa parole, sachant qu'au départ on est paranoïaque. = À propos du livrel d'origine = Le livrel d'origine est [https://archive.org/details/Astucieux-Linux/ L'Astucieux GNU Linux]. {{AutoCat}} qfjhtpccwyhl4smws2ixy0gkwlba6ac Dictionnaire de philosophie/Concept 0 83088 767093 753324 2026-05-29T04:22:17Z PandaMystique 119061 /* Modification via Scriptorium */ 767093 wikitext text/x-wiki {{DicoPhilo|Concept}} Le concept figure parmi les notions centrales de la philosophie. Il désigne généralement une représentation mentale abstraite et générale, une unité de pensée qui permet d'appréhender le réel dans sa dimension universelle. Depuis l'Antiquité grecque jusqu'aux débats contemporains, la question de la nature du concept, de son origine, de son rapport aux objets singuliers et au langage, n'a cessé de traverser la réflexion philosophique, donnant lieu à des positions métaphysiques, épistémologiques et logiques diverses. == Origines et définitions == === L'héritage grec === La notion de concept trouve ses racines dans la philosophie grecque antique, même si le terme lui-même n'apparaît que tardivement dans l'histoire de la pensée occidentale. Chez Platon (428/427-348/347 av. J.-C.), les Idées ou Formes (''eidos'') constituent des réalités intelligibles, éternelles et immuables, dont les choses sensibles ne sont que des copies imparfaites<ref>Platon, ''La République'', livres VI-VII, trad. G. Leroux, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2002, p. 312-345</ref>. L'Idée du Beau, du Juste ou du Lit possède une existence propre, indépendante des beaux objets, des actions justes ou des lits particuliers que nous rencontrons dans l'expérience sensible. Cette conception suppose une séparation ontologique entre le monde intelligible et le monde sensible. Aristote (384-322 av. J.-C.) critique cette séparation platonicienne et propose une théorie alternative de l'universel. Pour le Stagirite, la forme (''morphê'') ou l'essence (''ousia'') n'existe pas séparément des substances individuelles, mais réside en elles comme principe d'intelligibilité<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Z, 7-9, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1974, p. 371-398</ref>. L'universel est certes pensé par l'intellect agent (''nous poiêtikos''), mais il s'abstrait à partir des données sensibles particulières. Cette position, qualifiée de réalisme modéré, affirme que l'universel existe dans les choses (''in rebus''), tandis que le concept existe dans l'esprit comme résultat d'une abstraction. === La querelle médiévale des universaux === Au Moyen Âge, la question du statut des universaux devient l'un des débats majeurs de la philosophie scolastique<ref>Alain de Libera, ''La Querelle des universaux. De Platon à la fin du Moyen Âge'', Paris, Seuil, 1996, p. 15-89</ref>. Trois positions principales s'affrontent : le réalisme, le nominalisme et le conceptualisme. Le '''réalisme''' médiéval, défendu notamment par Guillaume de Champeaux (vers 1070-1121), soutient que les universaux possèdent une réalité substantielle, existant avant les choses particulières (''ante res''). Cette thèse s'inscrit dans la tradition platonicienne et augustinienne, faisant des universaux des idées dans l'esprit divin<ref>Étienne Gilson, ''La Philosophie au Moyen Âge'', Paris, Payot, 1986, p. 259-267</ref>. Le '''nominalisme''', illustré par Guillaume d'Ockham (vers 1285-1347), nie toute réalité aux universaux en dehors de l'esprit qui les conçoit. Selon Ockham, seuls existent les individus singuliers ; les termes universels ne sont que des noms (''nomina'') ou des signes conventionnels permettant de désigner plusieurs individus présentant des ressemblances<ref>Guillaume d'Ockham, ''Somme de logique'', I, 14-17, trad. J. Biard, Mauvezin, Trans-Europ-Repress, 1988, p. 59-78</ref>. Le concept n'est qu'un signe mental (''signum mentale''), un acte de pensée sans correspondant ontologique universel. Le '''conceptualisme''', défendu par Pierre Abélard (1079-1142), adopte une position intermédiaire : les universaux n'existent ni comme substances séparées ni comme pures dénominations, mais comme concepts dans l'intellect, fondés sur les ressemblances réelles entre les choses singulières<ref>Pierre Abélard, ''Logica ingredientibus'', dans ''Philosophical Writings'', éd. P. V. Spade, Indianapolis, Hackett, 1995, p. 26-56</ref>. == La modernité et le tournant subjectiviste == === Descartes et l'idée claire et distincte === René Descartes (1596-1650) inaugure une nouvelle approche du concept en le pensant d'abord comme '''idée''' présente dans l'esprit. Dans les ''Méditations métaphysiques'', Descartes distingue trois types d'idées : innées, adventices et factices<ref>René Descartes, ''Méditations métaphysiques'', III, dans ''Œuvres'', éd. C. Adam et P. Tannery, Paris, Vrin, 1996, t. IX, p. 29-41</ref>. Les idées innées, telles celles de Dieu, de l'âme ou des vérités mathématiques, sont présentes en nous indépendamment de l'expérience sensible. Le critère de vérité réside dans la clarté et la distinction de ces idées. Une idée claire est celle qui se présente immédiatement à l'esprit attentif ; une idée distincte est celle qui n'est pas confondue avec d'autres. Cette théorie cartésienne fait du concept une réalité mentale dont la validité dépend de sa transparence à la conscience. Elle ouvre la voie à l'idéalisme moderne en plaçant la représentation au centre de la réflexion épistémologique. === L'empirisme britannique et la critique du concept === Les philosophes empiristes britanniques remettent en cause la doctrine des idées innées et proposent une genèse empirique du concept. John Locke (1632-1704) affirme que l'esprit à la naissance est une ''tabula rasa'', une page blanche sur laquelle l'expérience inscrit progressivement ses contenus<ref>John Locke, ''Essai sur l'entendement humain'', livre II, chap. 1, trad. J.-M. Vienne, Paris, Vrin, 2001, p. 109-118</ref>. Les idées simples proviennent de la sensation ou de la réflexion ; les idées complexes résultent de la combinaison, de la comparaison ou de l'abstraction opérées par l'entendement sur les idées simples. George Berkeley (1685-1753) radicalise l'empirisme en contestant l'existence des idées abstraites générales. Pour l'évêque de Cloyne, toute idée est particulière et déterminée ; ce qui donne l'apparence d'universalité, c'est l'usage que nous faisons de certaines idées particulières comme signes représentant d'autres idées semblables<ref>George Berkeley, ''Traité des principes de la connaissance humaine'', Introduction, § 6-20, trad. D. Berlioz, Paris, Flammarion, 1991, p. 69-83</ref>. David Hume (1711-1776) pousse plus loin encore la critique empiriste. Il distingue les impressions, données immédiates et vivaces de la sensation, et les idées, copies affaiblies des impressions dans la mémoire et l'imagination<ref>David Hume, ''Enquête sur l'entendement humain'', section II, trad. A. Leroy, Paris, Flammarion, 1983, p. 67-73</ref>. Les idées générales ne sont que des collections d'idées particulières associées à un même terme par habitude. Hume sape ainsi les fondements métaphysiques du concept en le réduisant à un mécanisme psychologique d'association. === Kant et la révolution copernicienne === Emmanuel Kant (1724-1804) opère une véritable révolution dans la compréhension du concept. Dans la ''Critique de la raison pure'', il distingue deux sources de la connaissance : la sensibilité, faculté réceptive qui reçoit les données de l'intuition, et l'entendement, faculté spontanée qui produit les concepts<ref>Emmanuel Kant, ''Critique de la raison pure'', « Esthétique transcendantale » et « Analytique transcendantale », trad. A. Tremesaygues et B. Pacaud, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2012, p. 55-225</ref>. Kant établit une distinction fondamentale entre '''intuitions''' et '''concepts'''. Les intuitions sont des représentations singulières et immédiates ; les concepts sont des représentations générales et médiates. « Les pensées sans contenu sont vides, les intuitions sans concepts sont aveugles. »<ref>Kant, ''Critique de la raison pure'', A 51/B 75, op. cit., p. 77</ref> La connaissance résulte de la synthèse de l'intuition sensible et du concept intellectuel. Kant distingue en outre les concepts '''empiriques''', formés par abstraction à partir de l'expérience, les concepts '''purs''' ou '''catégories''', structures a priori de l'entendement (substance, causalité, unité, etc.), et les '''idées''' de la raison (âme, monde, Dieu), qui dépassent toute expérience possible<ref>Kant, ''Critique de la raison pure'', « Dialectique transcendantale », op. cit., p. 279-470</ref>. Les catégories constituent les conditions de possibilité de l'expérience : sans elles, aucun objet ne pourrait être pensé. == L'idéalisme allemand et le concept spéculatif == === Hegel et le devenir du concept === Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) confère au concept (''Begriff'') une portée métaphysique inédite. Pour lui, le concept n'est pas une simple représentation subjective, mais le mouvement même par lequel la réalité se structure et se comprend elle-même<ref>G.W.F. Hegel, ''Science de la logique'', livre III : « La Doctrine du concept », trad. P.-J. Labarrière et G. Jarczyk, Paris, Aubier, 1981, p. 17-89</ref>. Le concept hégélien est le déploiement dialectique de l'Idée absolue à travers les moments de l'universel, du particulier et du singulier. Dans la ''Phénoménologie de l'esprit'', Hegel montre comment la conscience s'élève progressivement de la certitude sensible immédiate jusqu'au savoir absolu, en passant par diverses figures de l'expérience<ref>G.W.F. Hegel, ''Phénoménologie de l'esprit'', trad. J. Hyppolite, Paris, Aubier, 1941, t. I, p. 85-171</ref>. Le concept n'est pas donné d'emblée, mais se constitue dans un processus historique et logique. Il est vie, mouvement, négativité : il nie les déterminations immédiates pour les dépasser dans une synthèse supérieure. L'originalité de Hegel consiste à identifier le rationnel et le réel : « Ce qui est rationnel est effectif, et ce qui est effectif est rationnel. »<ref>Hegel, ''Principes de la philosophie du droit'', Préface, trad. J.-F. Kervégan, Paris, PUF, 2013, p. 105</ref> Le concept n'est pas un instrument extérieur à la réalité pour la penser, mais la structure même de cette réalité en tant qu'elle est esprit (''Geist''). == L'analyse logique du concept == === Frege et la distinction sens/référence === Gottlob Frege (1848-1925), fondateur de la logique moderne, introduit une distinction capitale entre le '''sens''' (''Sinn'') et la '''référence''' (''Bedeutung'') des expressions linguistiques<ref>Gottlob Frege, « Über Sinn und Bedeutung » (1892), dans ''Écrits logiques et philosophiques'', trad. Cl. Imbert, Paris, Seuil, 1971, p. 102-126</ref>. Deux expressions peuvent avoir la même référence (désigner le même objet) tout en ayant des sens différents : ainsi, « l'étoile du matin » et « l'étoile du soir » désignent toutes deux la planète Vénus, mais leur mode de donation diffère. Pour Frege, les concepts (''Begriffe'') sont des fonctions insaturées dont les valeurs sont des valeurs de vérité<ref>Frege, « Funktion und Begriff » (1891), dans ''Écrits logiques et philosophiques'', op. cit., p. 80-101</ref>. Un concept est une fonction qui, pour un objet donné en argument, donne le Vrai ou le Faux. Par exemple, le concept « être un nombre premier » appliqué à 7 donne le Vrai, appliqué à 6 donne le Faux. Cette conception logiciste fait du concept une entité objective, ni psychologique ni linguistique, mais purement logique, appartenant au « troisième royaume » distinct du monde physique et du monde mental<ref>Frege, « Der Gedanke » (1918), dans ''Écrits logiques et philosophiques'', op. cit., p. 170-195</ref>. Frege établit également une distinction fondamentale entre '''objets''' et '''concepts''' : alors que les objets sont saturés, complets en eux-mêmes, les concepts sont insaturés, incomplets, nécessitant d'être complétés par un objet. Cette distinction grammaticale et logique a des conséquences ontologiques : un concept ne peut jamais être objet, et réciproquement. Frege en déduit son célèbre paradoxe : « Le concept cheval n'est pas un concept », car en le nommant ainsi, on en fait un objet<ref>Frege, « Über Begriff und Gegenstand » (1892), dans ''Écrits logiques et philosophiques'', op. cit., p. 127-141</ref>. === Russell, Carnap et l'empirisme logique === Bertrand Russell (1872-1970) développe une théorie des descriptions définies qui vise à éliminer les difficultés liées aux termes ne désignant rien<ref>Bertrand Russell, « On Denoting » (1905), dans ''Logic and Knowledge'', éd. R.C. Marsh, Londres, Routledge, 1956, p. 41-56</ref>. Une description définie comme « le roi de France actuel » n'est pas un véritable nom propre, mais une expression quantifiée analysable logiquement. Russell cherche ainsi à purifier le langage de ses ambiguïtés en le reconstruisant sur des bases logiques rigoureuses. Les philosophes du Cercle de Vienne, notamment Rudolf Carnap (1891-1970), radicalisent cette approche en proposant un critère empiriste de signification : un énoncé est doué de sens si et seulement s'il est vérifiable empiriquement ou s'il est analytique (vrai en vertu de la signification des termes)<ref>Rudolf Carnap, « Überwindung der Metaphysik durch logische Analyse der Sprache » (1932), dans ''Erkenntnis'', 2, 1932, p. 219-241 ; trad. fr. « Le Dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage », dans A. Soulez (dir.), ''Manifeste du Cercle de Vienne'', Paris, PUF, 1985, p. 153-179</ref>. Les concepts métaphysiques traditionnels, ne satisfaisant pas à ce critère, sont déclarés dénués de sens. Cette position, dite « vérificationnisme », vise à éliminer les pseudo-problèmes philosophiques résultant d'un mauvais usage du langage. Willard Van Orman Quine (1908-2000) remet en cause la distinction entre énoncés analytiques et synthétiques, et avec elle l'idée même qu'il existerait des significations conceptuelles pures, indépendantes de l'expérience<ref>W.V.O. Quine, « Two Dogmas of Empiricism » (1951), dans ''From a Logical Point of View'', Cambridge, Harvard University Press, 1980, p. 20-46 ; trad. fr. « Deux dogmes de l'empirisme », dans ''Du point de vue logique'', Paris, Vrin, 2003, p. 87-112</ref>. Pour Quine, nos théories scientifiques forment un réseau holistique confronté globalement à l'expérience : aucun énoncé n'est à l'abri de la révision, y compris les lois logiques. == Philosophie continentale : Husserl, Heidegger, Deleuze == === Husserl et la phénoménologie === Edmund Husserl (1859-1938) inaugure la phénoménologie comme méthode d'analyse de la conscience et de ses vécus intentionnels. La '''réduction phénoménologique''' ou ''épochè'' consiste à mettre entre parenthèses la thèse de l'existence du monde (la croyance naturelle en la réalité objective) pour se concentrer sur les phénomènes tels qu'ils apparaissent à la conscience<ref>Edmund Husserl, ''Idées directrices pour une phénoménologie'', § 31-32, trad. P. Ricœur, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1950, p. 98-107</ref>. Husserl introduit la distinction entre '''noèse''' et '''noème'''. La noèse désigne l'acte intentionnel de la conscience (percevoir, juger, imaginer, désirer, etc.), tandis que le noème est le corrélat intentionnel de cet acte, c'est-à-dire l'objet tel qu'il est visé par la conscience<ref>Husserl, ''Idées directrices pour une phénoménologie'', § 88-96, op. cit., p. 301-335</ref>. Le noème n'est ni l'objet réel transcendant ni une simple représentation psychologique : c'est le sens objectif de l'acte, la manière dont l'objet se donne à la conscience. Le concept, dans cette perspective, relève de la structure noématique : il est le sens idéal saisi dans l'intuition eidétique. Husserl développe également une théorie de la '''variation eidétique''' : en imaginant librement des variations d'un objet (par exemple, différentes tables), la conscience peut saisir l'essence invariante (l'eidos), ce sans quoi l'objet ne serait pas ce qu'il est<ref>Husserl, ''Expérience et jugement'', § 87, trad. D. Souche-Dagues, Paris, PUF, 1970, p. 411-423</ref>. Cette méthode permet d'accéder aux concepts essentiels sans recourir à l'abstraction empirique. === Heidegger et la destruction de la métaphysique === Martin Heidegger (1889-1976) entreprend une ''Destruktion'' (déconstruction) de l'histoire de l'ontologie pour retrouver la question de l'être, oubliée depuis Platon. Dans ''Être et Temps'', Heidegger critique la conception traditionnelle du concept (''Begriff'') comme saisie (''greifen'') objectivante qui fige l'être dans la présence<ref>Martin Heidegger, ''Sein und Zeit'' (1927), § 2-7, trad. F. Vezin, Paris, Gallimard, 1986, p. 35-67</ref>. Le penser authentique ne relève pas de la logique conceptuelle, mais d'un laisser-être qui laisse l'étant se manifester dans sa vérité (''alètheia''). Heidegger distingue le '''concept''' (''Begriff''), qui appartient au registre de l'étant et de la métaphysique, et la '''pensée''' (''Denken''), qui se tient dans la proximité de l'être. Le concept, instrument de la science moderne, opère par représentation et calcul, tandis que la pensée méditative (''besinnliches Denken'') écoute l'appel de l'être<ref>Heidegger, « La Question de la technique » (1954), dans ''Essais et conférences'', trad. A. Préau, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1958, p. 9-48</ref>. === Deleuze et Guattari : créer des concepts === Gilles Deleuze (1925-1995) et Félix Guattari (1930-1992) proposent une conception originale de la philosophie comme activité créatrice de concepts. Dans ''Qu'est-ce que la philosophie ?'', ils définissent le concept comme un ensemble de composantes inséparables qui trace un plan d'immanence<ref>Gilles Deleuze et Félix Guattari, ''Qu'est-ce que la philosophie ?'', Paris, Minuit, 1991, p. 21-36</ref>. Le concept n'est ni une généralité abstraite ni une simple opinion (''doxa''), mais une singularité qui découpe une zone de consistance dans le chaos de l'expérience. Contrairement à la tradition qui voit dans le concept un universel, Deleuze et Guattari affirment son caractère événementiel et créateur. Les concepts ne préexistent pas, ils sont inventés : le ''cogito'' de Descartes, la ''monade'' de Leibniz, la ''volonté de puissance'' de Nietzsche sont autant de créations conceptuelles qui ouvrent de nouvelles possibilités de penser<ref>Deleuze et Guattari, ''Qu'est-ce que la philosophie ?'', op. cit., p. 11-20</ref>. La philosophie n'est pas la contemplation, la réflexion ou la communication, mais la création de concepts. == Le concept dans les sciences == === Épistémologie : concepts scientifiques et paradigmes === L'épistémologie contemporaine s'est penchée sur la nature et le rôle des concepts dans la connaissance scientifique. Pierre Duhem (1861-1916) et Alexandre Koyré (1892-1964) ont montré que les théories scientifiques ne procèdent pas par induction à partir de l'expérience brute, mais mettent en œuvre des cadres conceptuels qui orientent l'observation et l'expérimentation<ref>Alexandre Koyré, ''Études galiléennes'', Paris, Hermann, 1939, rééd. 1966, p. 5-48</ref>. Gaston Bachelard (1884-1962) introduit la notion d'« obstacle épistémologique » : les concepts de sens commun et les premières conceptualisations scientifiques constituent souvent des obstacles qu'il faut surmonter pour accéder à une connaissance rationnelle<ref>Gaston Bachelard, ''La Formation de l'esprit scientifique'', Paris, Vrin, 1938, p. 13-22</ref>. La science progresse par « ruptures » conceptuelles, en substituant à un concept usé un concept rectifié. Bachelard parle ainsi de « philosophie du non » pour désigner cette dialectique de la conceptualisation scientifique. Thomas Kuhn (1922-1996) radicalise cette approche avec sa théorie des paradigmes. Un paradigme scientifique est une matrice disciplinaire comprenant des lois, des théories, des applications et des instruments, mais aussi un réseau de concepts partagés par une communauté scientifique<ref>Thomas Kuhn, ''The Structure of Scientific Revolutions'', Chicago, University of Chicago Press, 1962, 2e éd. 1970, p. 10-22 ; trad. fr. ''La Structure des révolutions scientifiques'', Paris, Flammarion, 1983</ref>. Lors d'une révolution scientifique, le changement de paradigme entraîne une reconfiguration conceptuelle telle que les termes utilisés avant et après la révolution n'ont plus le même sens : c'est le phénomène d'« incommensurabilité ». === Sciences cognitives et psychologie du concept === La psychologie cognitive étudie empiriquement la formation, l'organisation et l'utilisation des concepts par l'esprit humain. Eleanor Rosch a montré que les concepts naturels ne fonctionnent pas selon le modèle classique de la définition par conditions nécessaires et suffisantes, mais selon une structure de '''prototypes'''<ref>Eleanor Rosch, « Natural Categories », ''Cognitive Psychology'', 4(3), 1973, p. 328-350</ref>. Un prototype est l'exemplaire le plus typique d'une catégorie : par exemple, le rouge-gorge est un prototype de la catégorie « oiseau » plus que le manchot. L'appartenance à une catégorie est graduelle plutôt que binaire. Les sciences cognitives contemporaines, intégrant linguistique, intelligence artificielle, neurosciences et philosophie de l'esprit, explorent la nature computationnelle ou connexionniste des concepts. Selon Jerry Fodor, les concepts sont des symboles mentaux (« langage de la pensée » ou ''mentalais'') qui obéissent à une syntaxe combinatoire<ref>Jerry Fodor, ''The Language of Thought'', Cambridge, Harvard University Press, 1975, p. 1-33</ref>. D'autres, comme Lawrence Barsalou, défendent une approche incarnée (''embodied''), selon laquelle les concepts sont enracinés dans les systèmes sensori-moteurs<ref>Lawrence Barsalou, « Grounded Cognition », ''Annual Review of Psychology'', 59, 2008, p. 617-645</ref>. == Débats contemporains == === Conceptualisme et non-conceptualisme === Un débat actuel en philosophie de l'esprit porte sur la question de savoir si toute expérience est conceptuellement structurée ou s'il existe des contenus non-conceptuels. Les '''conceptualistes''', comme John McDowell, soutiennent que l'expérience perceptive est toujours déjà articulée conceptuellement : voir un rouge déterminé, c'est mobiliser le concept de rouge<ref>John McDowell, ''Mind and World'', Cambridge, Harvard University Press, 1994, p. 3-23 ; trad. fr. ''L'Esprit et le monde'', Paris, Vrin, 2007</ref>. Les '''non-conceptualistes''', comme Christopher Peacocke, affirment au contraire que le contenu de l'expérience perceptive dépasse ce que les concepts du sujet peuvent articuler : un nourrisson ou un animal perçoit des couleurs sans posséder les concepts correspondants<ref>Christopher Peacocke, « Does Perception Have a Nonconceptual Content? », ''The Journal of Philosophy'', 98(5), 2001, p. 239-264</ref>. === Concepts et langage naturel === La philosophie du langage contemporaine s'interroge sur le rapport entre concepts et signification linguistique. Pour certains, comme Michael Dummett, le sens d'un terme linguistique réside dans les conditions de son usage correct, conditions qu'on peut identifier aux règles constitutives d'un concept<ref>Michael Dummett, ''The Logical Basis of Metaphysics'', Cambridge, Harvard University Press, 1991, p. 19-41</ref>. Pour d'autres, comme Hilary Putnam, la signification ne réside pas « dans la tête » : le concept d'eau, par exemple, n'est pas fixé par une description que le locuteur pourrait fournir, mais par la nature réelle de l'eau (H₂O), déterminée par la science<ref>Hilary Putnam, « The Meaning of 'Meaning' », dans ''Mind, Language and Reality. Philosophical Papers, vol. 2'', Cambridge, Cambridge University Press, 1975, p. 215-271</ref>. C'est la thèse de l'« externalisme sémantique ». === Philosophie féministe et analyse conceptuelle === La philosophie féministe a entrepris une critique des concepts philosophiques traditionnels en montrant qu'ils véhiculent souvent des présupposés androcentristes. Des auteures comme Sally Haslanger analysent les concepts sociaux comme « genre » et « race » en montrant qu'ils ne décrivent pas des essences naturelles, mais des catégories construites socialement et historiquement<ref>Sally Haslanger, « Gender and Race: (What) Are They? (What) Do We Want Them to Be? », ''Noûs'', 34(1), 2000, p. 31-55</ref>. Cette approche renouvelle la question de la nature des concepts en mettant l'accent sur leur dimension politique et normative. == Conclusion == La notion de concept traverse toute l'histoire de la philosophie, des Idées platoniciennes aux créations conceptuelles de Deleuze et Guattari, en passant par les catégories kantiennes, l'analyse logique frégéenne et les structures noématiques husserliennes. Le concept est à la fois ce qui permet la pensée de l'universel, ce qui structure notre expérience du monde, ce qui fonde la communication intersubjective, et ce qui évolue avec l'histoire des sciences et des cultures. Les débats contemporains attestent de la vitalité de cette notion, qu'il s'agisse d'en préciser la nature logique, cognitive ou linguistique, d'en critiquer les usages idéologiques, ou d'en explorer les variations culturelles. Loin d'être une question réglée, la philosophie du concept demeure un chantier ouvert où se rencontrent métaphysique, épistémologie, logique, philosophie de l'esprit et philosophie du langage. == Bibliographie sélective == * Aristote, ''Métaphysique'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1974 * Gaston Bachelard, ''La Formation de l'esprit scientifique'', Paris, Vrin, 1938 * George Berkeley, ''Traité des principes de la connaissance humaine'', trad. D. Berlioz, Paris, Flammarion, 1991 * René Descartes, ''Méditations métaphysiques'', Paris, Vrin, 1996 * Gilles Deleuze et Félix Guattari, ''Qu'est-ce que la philosophie ?'', Paris, Minuit, 1991 * Gottlob Frege, ''Écrits logiques et philosophiques'', trad. Cl. Imbert, Paris, Seuil, 1971 * G.W.F. Hegel, ''Science de la logique'', trad. P.-J. Labarrière et G. Jarczyk, Paris, Aubier, 1981 * Edmund Husserl, ''Idées directrices pour une phénoménologie'', trad. P. Ricœur, Paris, Gallimard, 1950 * Emmanuel Kant, ''Critique de la raison pure'', trad. A. Tremesaygues et B. Pacaud, Paris, PUF, 2012 * Alain de Libera, ''La Querelle des universaux'', Paris, Seuil, 1996 * John Locke, ''Essai sur l'entendement humain'', trad. J.-M. Vienne, Paris, Vrin, 2001 * Guillaume d'Ockham, ''Somme de logique'', trad. J. Biard, Mauvezin, Trans-Europ-Repress, 1988 * Platon, ''La République'', trad. G. Leroux, Paris, Flammarion, 2002 == Notes et références == {{references}} == Voir aussi == === Articles connexes === * [[Abstraction]] * [[Catégorie]] * [[Essence]] * [[Idée]] * [[Intentionnalité]] * [[Langage]] * [[Logique]] * [[Noème]] * [[Phénoménologie]] * [[Universel]] === Liens externes === * [https://plato.stanford.edu/entries/concepts/ Concepts], Stanford Encyclopedia of Philosophy * [https://iep.utm.edu/con-anal/ Conceptual Analysis], Internet Encyclopedia of Philosophy {{autocat}} [[Catégorie:Épistémologie]] [[Catégorie:Logique]] [[Catégorie:Philosophie de l'esprit]] [[Catégorie:Philosophie du langage]] 1gm6z083q4ktl3rum35rdg2evwg3qpr Mathc initiation/002o 0 83455 767057 758955 2026-05-28T18:33:08Z Xhungab 23827 767057 wikitext text/x-wiki [[Catégorie:Mathc initiation (livre)]] : Installer ce fichier dans votre répertoire de travail. {{Fichier|x_juwv.h|largeur=70%|info=|icon=Crystal Clear mimetype source h.png}} <syntaxhighlight lang="c"> /* --------------------------------- */ /* save as x_juwv.h */ /* --------------------------------- */ double Ju_uwv( double (*P_f)(double x, double y, double z), double (*P_X)(double u, double v, double w), double (*P_Y)(double u, double v, double w), double (*P_Z)(double u, double v, double w), double (*Pu0)(double v, double w), double (*Pu1)(double v, double w), int nu, double w, double v ) { pt3d p; 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double w = 0; int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nw; i++) { if(i ==0 || i== nw){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} w = ((*Pw0)(u,v)) + i*(((*Pw1)(u,v))-((*Pw0)(u,v)))/nw; p.x = u; p.y = v; p.z = w; M += m * (*P_f)( ((*P_X)(u,v,w)), ((*P_Y)(u,v,w)), ((*P_Z)(u,v,w))) * /* Jacobian */ fabs( fxyz_x((*P_X),H,p) * ( fxyz_y((*P_Y),H,p)*fxyz_z((*P_Z),H,p) - fxyz_z((*P_Y),H,p)*fxyz_y((*P_Z),H,p) ) - fxyz_y((*P_X),H,p) * ( fxyz_x((*P_Y),H,p)*fxyz_z((*P_Z),H,p) - fxyz_z((*P_Y),H,p)*fxyz_x((*P_Z),H,p) ) + fxyz_z((*P_X),H,p) * ( fxyz_x((*P_Y),H,p)*fxyz_y((*P_Z),H,p) - fxyz_y((*P_Y),H,p)*fxyz_x((*P_Z),H,p) ) ); } return( ((((*Pw1)(u,v)) -((*Pw0)(u,v)))*M) / (3*nw) ); } /* --------------------------------- */ double J_u_wuv( double (*P_f)(double x, double y, double z), double (*P_X)(double u, double v, double w), double (*P_Y)(double u, double v, double w), double (*P_Z)(double u, double v, double w), double (*Pw0)(double u, double v), double (*Pw1)(double u, double v), int nw, double (*Pu0)(double v), double (*Pu1)(double v), int nu, double v ) { int i = 0; 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int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= na; i++) { if(i ==0 || i== na){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} a = ((*Pa0)(b,r)) + i*(((*Pa1)(b,r))-((*Pa0)(b,r)))/na; M += m * (*P_f)(a,b,r) * r*r * sin(b); } return( ((((*Pa1)(b,r)) -((*Pa0)(b,r)))*M) / (3*na) ); } /* --------------------------------- */ double spheric_b_dadbdr( double (*P_f)(double a, double b, double r), double (*Pa0)(double b, double r), double (*Pa1)(double b, double r), int na, double (*Pb0)(double r), double (*Pb1)(double r), int nb, double r ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nb; i++) { if(i ==0 || i== nb){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * spheric_x_dadbdr( (*P_f), (*Pa0), (*Pa1), na, (((*Pb0)(r))+i*(((*Pb1)(r))-((*Pb0)(r)))/nb), r); } return( ((((*Pb1)(r)) -((*Pb0)(r)))*M) / (3*nb) ); } /* --------------------------------- */ double spheric_dadbdr( double (*P_f)(double a, double b, double r), double (*Pa0)(double b, double r), double (*Pa1)(double b, double r), int na, double (*Pb0)(double r), double (*Pb1)(double r), int nb, double r0, double r1, int nr ) { int i = 0; 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int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= na; i++) { if(i ==0 || i== na){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} a = ((*Pa0)(b,r)) + i*(((*Pa1)(b,r))-((*Pa0)(b,r)))/na; M += m * (*P_f)(a,b,r) * r*r * sin(b); } return( ((((*Pa1)(b,r)) -((*Pa0)(b,r)))*M) / (3*na) ); } /* --------------------------------- */ double spheric_b_dadrdb( double (*P_f)(double a, double b, double r), double (*Pa0)(double b, double r), double (*Pa1)(double b, double r), int na, double (*PR0)(double b), double (*PR1)(double b), int nR, double b ) { int i = 0; double m = 0.; double M = 0.; for(i = 0; i <= nR; i++) { if(i ==0 || i== nR){m = 1.;} else if(fmod(i,2) == 0){m = 2.;} else {m = 4.;} M += m * spheric_x_dadrdb( (*P_f), (*Pa0), (*Pa1), na, (((*PR0)(b))+i*(((*PR1)(b))-((*PR0)(b)))/nR), b); } return( ((((*PR1)(b)) -((*PR0)(b)))*M) / (3*nR) ); } /* --------------------------------- */ double spheric_dadrdb( double (*P_f)(double a, double b, double r), double (*Pa0)(double b, double r), double (*Pa1)(double b, double r), int na, double (*PR0)(double b), double (*PR1)(double b), int nR, double b0, double b1, int nb ) { int i = 0; 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