Wikilivres frwikibooks https://fr.wikibooks.org/wiki/Accueil MediaWiki 1.47.0-wmf.5 first-letter Média Spécial Discussion Utilisateur Discussion utilisateur Wikilivres Discussion Wikilivres Fichier Discussion fichier MediaWiki Discussion MediaWiki Modèle Discussion modèle Aide Discussion aide Catégorie Discussion catégorie Transwiki Discussion Transwiki Wikijunior Discussion Wikijunior TimedText TimedText talk Module Discussion module Event Event talk Parler le shimaore 0 3201 767497 760310 2026-06-05T17:47:25Z Aniyata 976 123945 Vendredi c'était la première fois et la dernière fois que tu insultes la mère de amina 767497 wikitext text/x-wiki {{feuille volante}} Ce guide est amené à s'étoffer progressivement, suivant ainsi les progressions des futurs résidents sur Mayotte et les informations de wikistes ayant déjà pratiqué la langue. Le but premier de ce wikilivre est de pouvoir se débrouiller avec les mahorais ne parlant que le shimaore (parents d'élèves...). == Les premiers mots en shimaore == Liste de mots avec traductions et images/photos si dispos (à placer sur commons) Maji Pour se débrouiller sur place oussi lawa yi roho m'pouwani mzee == Bibliographie == * Blanchy, Sophie (1987). ''L'interprète. Dictionnaire Mahorais - Français et Français - Mahorais''. CMAC, Mayotte. L'Harmattan, Paris. * Cornice, Abdillahi D. (1999). ''Manuel grammatical de shimaore''. Mamoudzou, Mayotte: L’Association SHIME - Le SHImaorais MEthodique. * Kordji, Chamsidine, Martine Jaquin, et alia (1999). ''Narifundrihe shimaore - Apprenons le shimaorais''. Association SHIME, Mamoudzou. * Maandhui, Ousseni (1996). ''Parlons Shimaore''. Éditions du Baobab, Mamoudzou. * Rombi, Marie-Françoise (1983). ''Le Shimaore (Île de Mayotte, Comores): Première approche d’un parler de la langue comorienne''. Paris: Société d’Études Linguistiques et Anthropologiques de France (SELAF). == Liens extérieurs == *http://ylangue.free.fr ; *http://www.mayotte-online.com/accueil.php?rubrique=tourisme&page=shimaore quelques pages pour apprendre le shimaore sur le site de Mayotte-online ; *http://dictionnairestheocratiques.olympe.in/ *[http://shime.online.fr ASSOCIATION SHIME] ; *[[w:Shimaore|Shimaore]] la page de Wikipédia sur le shimaore. [[Catégorie:Classe 8 - Langue. Linguistique. Littérature|shimaore]] dr36agh94stiwua68nmsv8prpc37b5r 767498 767497 2026-06-05T21:54:52Z DavidL 1746 Révocation d’une modification de [[Special:Contributions/Aniyata 976|Aniyata 976]] ([[User talk:Aniyata 976|discussion]]) vers la dernière version de [[User:Xhungab|Xhungab]] 760310 wikitext text/x-wiki {{feuille volante}} Ce guide est amené à s'étoffer progressivement, suivant ainsi les progressions des futurs résidents sur Mayotte et les informations de wikistes ayant déjà pratiqué la langue. Le but premier de ce wikilivre est de pouvoir se débrouiller avec les mahorais ne parlant que le shimaore (parents d'élèves...). == Les premiers mots en shimaore == Liste de mots avec traductions et images/photos si dispos (à placer sur commons) Maji=eau == Les premières phrases en shimaore == Pour se débrouiller sur place oussi lawa yi roho m'pouwani mzee == Bibliographie == * Blanchy, Sophie (1987). ''L'interprète. Dictionnaire Mahorais - Français et Français - Mahorais''. CMAC, Mayotte. L'Harmattan, Paris. * Cornice, Abdillahi D. (1999). ''Manuel grammatical de shimaore''. Mamoudzou, Mayotte: L’Association SHIME - Le SHImaorais MEthodique. * Kordji, Chamsidine, Martine Jaquin, et alia (1999). ''Narifundrihe shimaore - Apprenons le shimaorais''. Association SHIME, Mamoudzou. * Maandhui, Ousseni (1996). ''Parlons Shimaore''. Éditions du Baobab, Mamoudzou. * Rombi, Marie-Françoise (1983). ''Le Shimaore (Île de Mayotte, Comores): Première approche d’un parler de la langue comorienne''. Paris: Société d’Études Linguistiques et Anthropologiques de France (SELAF). == Liens extérieurs == *http://ylangue.free.fr ; *http://www.mayotte-online.com/accueil.php?rubrique=tourisme&page=shimaore quelques pages pour apprendre le shimaore sur le site de Mayotte-online ; *http://dictionnairestheocratiques.olympe.in/ *[http://shime.online.fr ASSOCIATION SHIME] ; *[[w:Shimaore|Shimaore]] la page de Wikipédia sur le shimaore. [[Catégorie:Classe 8 - Langue. Linguistique. Littérature|shimaore]] gpwozsfbvlcy8elmdwsryg1k3v054i3 Wikilivres:Compilations/Dictionnaire de philosophie 4 30507 767521 766859 2026-06-06T08:40:50Z PandaMystique 119061 767521 wikitext text/x-wiki {{Compilation}} '''Livre en cours d'écriture''' == Dictionnaire de philosophie == ;A :[[Dictionnaire de philosophie/A (logique)|A]] :[[Dictionnaire de philosophie/A priori|A priori]] :[[Dictionnaire de philosophie/Abduction|Abduction]] :[[Dictionnaire de philosophie/Aboulie|Aboulie]] :[[Dictionnaire de philosophie/Absolu|Absolu]] :[[Dictionnaire de philosophie/Absolutisme|Absolutisme]] :[[Dictionnaire de philosophie/Abstraction|Abstraction]] :[[Dictionnaire de philosophie/Absurde|Absurde]] :[[Dictionnaire de philosophie/Acatalépsie|Acatalépsie]] :[[Dictionnaire de philosophie/Accident|Accident]] :[[Dictionnaire de philosophie/Action|Action]] :[[Dictionnaire de philosophie/Affection|Affection]] :[[Dictionnaire de philosophie/Agnosticisme|Agnosticisme]] :[[Dictionnaire de 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Descartes|Descartes]] :[[Dictionnaire de philosophie/Désir|Désir]] :[[Dictionnaire de philosophie/Désobéissance|Désobéissance]] :[[Dictionnaire de philosophie/Déterminisme|Déterminisme]] :[[Dictionnaire de philosophie/Diallèle|Diallèle]] :[[Dictionnaire de philosophie/Dialectique|Dialectique]] :[[Dictionnaire de philosophie/Différence ontologique|Différence ontologique]] :[[Dictionnaire de philosophie/Divertissement|Divertissement]] :[[Dictionnaire de philosophie/Doute|Doute]] :[[Dictionnaire de philosophie/Droit|Droit]] :[[Dictionnaire de philosophie/Dualisme|Dualisme]] ;E :[[Dictionnaire de philosophie/Égalité|Égalité]] :[[Dictionnaire de philosophie/Émergence|Émergence]] :[[Dictionnaire de philosophie/Empédocle|Empédocle]] :[[Dictionnaire de philosophie/Empirisme|Empirisme]] :[[Dictionnaire de philosophie/Épistémologie|Épistémologie]] :[[Dictionnaire de philosophie/Erreur|Erreur]] :[[Dictionnaire de philosophie/Esthétique dans la pensée chinoise|Esthétique dans la pensée chinoise]] 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:[[Philosophie/Perception|Perception]] :Personne ::[[Dictionnaire de philosophie/Personne non-humaine|Personne non-humaine]] :''Philosophie'' ::[[Philosophie/Une brève introduction|Introduction]] ::[[Philosophie/Philosophie de l'esprit|Philosophie de l'esprit]] ::[[Philosophie/Philosophie analytique|Philosophie analytique]] :[[Philosophie de l'esprit/Physicalisme|Physicalisme]] :[[Dictionnaire de philosophie/Polythéisme|Polythéisme]] </div> <div style="padding: 1.5em; background: linear-gradient(135deg, #ffffff40 0%, #e0e4e840 100%); border-radius: 10px; box-shadow: 0 3px 10px rgba(0,0,0,0.1);"> :{{page|Pyrrhon d'Élis}} </div> <div style="padding: 1.5em; background: linear-gradient(135deg, #ffffff40 0%, #e0e4e840 100%); border-radius: 10px; box-shadow: 0 3px 10px rgba(0,0,0,0.1);"> </div></div> {{PhiloRecherche}} {{autocat}} a5f6kj6e2ivwrvuu7c611igfweksqwx Python pour le calcul scientifique/Éléments de programmation 0 72883 767496 767493 2026-06-05T12:10:27Z Cdang 1202 /* Utilisation de Pandas */ lien web 767496 wikitext text/x-wiki Rappel : les programmes commencent par : <syntaxhighlight lang="python"> #!/usr/bin/python3 import numpy as np import matplotlib.pyplot as plt </syntaxhighlight> == Entrées et sorties == Pour permettre à l'utilisateur ou à l'utilisatrice d'entrer une valeur, nous utilisons la fonction <code lang="python">input()</code> comme évoqué précédemment (chapitre ''[[../Premiers programmes|Premiers programmes]]''), avec la syntaxe <code lang="python">''variable'' = input(''texte'')</code>. Notez que la valeur renvoyée par <code lang="python">input()</code> est une chaîne de caractères. Si vous voulez autre chose, typiquement un nombre, il faut convertir cette chaîne. Par exemple, nous demandons ici d'entrer une longueur sous la forme d'une valeur numérique : <syntaxhighlight lang="python"> longueurDefaut = 10.0 texteDemandeLongueur = f"Veuillez entrer la longueur en millimètres (valeur par défaut {longueurDefaut} mm) : " longueur = input(texteDemandeLongueur) if longueur=="": longueur=longueurDefaut else: longueur=float(longueur) print(longueur) </syntaxhighlight> Pour afficher un texte, on utilise la fonction <code lang="python">print()</code>, également présentée dans le chapitre ''[[../Premiers programmes|Premiers programmes]]'', avec la syntaxe <code lang="python">print(''texte'')</code>. Le texte à afficher peut être de n'importe quel type (entier, réel en virgule flottante, booléen, chaîne de caractères…) mais si l'on veut « mélanger » les types, il faut tout convertir en chaînes de caractères, avec la fonction <code lang="python">str()</code>, et concaténer les chaînes avec <code lang="python">+</code>. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> print("La longueur vaut : "+str(longueur)+" mm.") </syntaxhighlight> Nous pouvons aussi utiliser une « chaîne “f” » ''({{lang|en|f-string}})'' : on met un le <code lang="python">f</code> devant le guillemet ouvrant et dans la chaîne, on met un champ sous la forme <code lang="python">{''nomDeVariable''}</code>. L'exemple ci-dessus devient alors : <syntaxhighlight lang="python"> print(f"La longueur vaut : {longueur} mm.") </syntaxhighlight> Les chaînes « f » sont détaillées dans la section ''[[#Chaînes de caractères|Chaînes de caractères]]'' ci-dessous. Si l'on veut introduire un retour à la ligne dans la chaîne, on utilise les caractères <code lang="python">\n</code> (contre-oblique suivie de la lettre N minuscule). Par exemple <syntaxhighlight lang="python"> print("Ceci est un texte\navec un retour à la ligne.") </syntaxhighlight> == Types de variables == === Généralités === Python définit « tout seul » le type de la variable : « <code>3</code> » sera un entier ''({{lang|en|integer}})'', « <code>3.0</code> » sera un réel à virgule flottante ''({{lang|en|float}})'', « <code>"3"</code> » sera une chaîne de caractères ''({{lang|en|string}})''. On peut connaître le type d'une variable avec la fonction <code>type()</code>. On peut tester certaines valeurs, avec le module <code>NumPy</code> : * <code>np.isnan(x)</code> indique si les valeurs de ''x'' sont des NaN ''({{lang|en|not a number}})'' ; si ''x'' est une matrice, le résultat est une matrice de booléens, l'élément [''i'', ''j''] est <code>True</code> si <code>x[i, j]</code> est un NaN ; * <code>np.isinf(x)</code> indique si les valeurs de ''x'' sont ±∞ ; si ''x'' est une matrice, le résultat est une matrice booléenne de même dimension. On peut forcer un type : * <code>int(x)</code> : transforme la valeur ''x'' en nombre entier ; * <code>long(x)</code> : " en entier long (précision illimitée) ; * <code>float(x)</code> : " en nombre réel à virgule flottante ; * <code>str(x)</code> : " en chaîne de caractères ; * <code>complex(Re, Im)</code> : crée le nombre complexe ''Re'' + ''Im''·j, j désignant la racine carrée de –1 ; * <code>list()</code> : crée une liste ; * <code>tuple()</code> : crée un n-uplet. Par exemple <syntaxhighlight lang="python"> type(3) # <class 'int'> type(float(3)) # <class 'float'> complex(1, 1) == 1 + 1j # True list("blabla") # ['b', 'l', 'a', 'b', 'l', 'a'] </syntaxhighlight> Python distingue plusieurs genres de types : * Un itérable est un objet dont on peut extraire les éléments un par un ; ce sont les objets pour lesquels on peut écrire <code> for i in ''iterable'':</code>. Il s'agit essentiellement des listes, n-uplets, chaînes de caractères, ensembles, dictionnaires et fichiers. * Un modifiable ''({{lang|en|mutable}})'' est un objet que l'on peut modifier ; par exemple une liste est modifiable — on peut changer la valeur d'un élément, en ajouter ou en enlever un — mais les n-uplets non, pas plus qu'une chaîne de caractères ou un nombre. * Un identifiable (''{{lang|en|hashable}}'', le ''{{lang|en|hashage}}'' étant une signature caractéristique d'un objet) : objet possédant un identifiant unique. Un objet identifiable est toujours non-modifiable ''({{lang|en|unmutable}})''. === Types numériques === ==== Entiers ==== Nous pouvons définir les entiers au format octal ou hexadécimal : il faut débuter le nombre par respectivement <code>0o</code> (le chiffre zéro et la lettre o) et <code>0x</code> (le chiffre zéro et la lettre x). À l'inverse, la fonction <code>hex()</code> renvoie une chaîne correspondant à l'écriture d'un entier au format hexadécimal, et <code>oct()</code> renvoie la chaîne correspondant à l'éciture en octal. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> print(0o10, ";", 0x10) # 8 ; 16 print(hex(20)) # 0x14 </syntaxhighlight> ==== Réels ==== Les réels disposent de fonctions spécifiques appelées « méthodes ». Une méthode est une fonction spécifique à un type d'objets. Étant conçue ''ad hoc'', elle est souvent plus économe en ressource et en temps qu'une fonction générique. Pour appliquer la méthode <code>meth()</code> à la variable <code>x</code>, on écrit : <code>x.meth()</code>. Nous avons déjà présenté la méthode <code>''float''.as_integer_ration()</code> qui donne la fraction réduite égale à la valeur du nombre. Les réels disposent de plusieurs autres méthodes : * <code>''float''.trunc()</code> : tronque le nombre réel ; * <code>''float''.floor()</code>, <code>''float''.ceil()</code> : renvoie l'entier le plus proche, respectivement inférieur ou supérieur ; * <code>''float''.hex()</code> : renvoie une chaîne de caractères correspondant à l'écriture du nombre en hexadécimal. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> a = 20. print(a.hex()) # 0x1.4000000000000p+4 print(10..hex()) # 0x1.4000000000000p+3 </syntaxhighlight> Dans le deuxième exemple, nous appliquons la méthode <code>''float''.hex()</code> directement au nombre <code>10.</code> ; le point est obligatoire car sinon, c'est un entier, pour lequel la méthode n'est pas définie. Notez que la ''méthode'' <code>''float''.hex()</code> est différentes de la ''fonction'' <code>hex()</code> : la première concerne les réels, la seconde les entiers. ==== Complexes ==== Nous avons déjà mentionné la méthode <code>''complex''.conjugate()</code> qui donne le conjugué du nombre. Un nombre complexe dispose de deux attributs : * <code>''complex''.real</code> : sa partie réelle ; * <code> ''complex''.imag</code> : sa partie imaginaire. Par exemple : <syntaxhighlight lang = "python"> a = 5+2j print(a.conjugate(), ";", a.real, ";", a.imag) # (5-2j) ; 5.0 ; 2.0 </syntaxhighlight> === Chaînes de caractères === ; Ressources : {{lien web | url = https://docs.python.org/3/tutorial/inputoutput.html | titre = 7. Input and Output | site = Python Documentation | consulté le = 2019-04-06 }} : {{lien web | url = https://docs.python.org/3/library/string.html | titre = <code>string</code> — Common string operations | site = Python Documentation | consulté le = 2026-06-05 }} ==== Généralités ==== Il existe en fait trois manières de définir une chaîne de caractères : * avec des guillemets simples ou doubles comme vu précédemment : <code>"…"</code> ou bien <code>'…'</code> ; * avec trois guillemets doubles : <code>"""…"""</code> : cela permet d'avoir une chaîne de caractères s'étendant sur plusieurs lignes, les retours de ligne étant pris en compte ; c'est utilisé en particulier pour la description des fonctions (''{{lang|en|docstrings}}'', voir ci-après) ; * avec des guillemets précédés d'un « r », <code>r"…"</code> ou <code>r'…'</code> : cela permet d'interpréter les barres de fraction inverses « \ » comme un caractère « normal » et non comme un caractère d'échappement (voir ci-après) ; cela est utile lorsque l'on utilise les possibilités LaTeX dans le tracé de graphiques (voir plus loin) ; * avec des guillemets précédés d'un « f », <code>f"…"</code> ou <code>f'…'</code> : cela permet d'utiliser des variables formatées (voir ci-après). Une chaîne de caractères n'est pas modifiable. Si l'on veut remplacer un caractère, l'insérer ou le supprimer, il faut transformer la chaîne en liste, avec la commande <code>list()</code>, puis rassembler la liste en la joignant ''({{lang|en|join}})'' à une chaîne vide : <syntaxhighlight lang="python"> chaine = "blabla" chaineList = list(chaine) chaineList[2] = "c" chaine = "".join(chaineList) print(chaine) # blcbla </syntaxhighlight> Dans une chaîne simple <code>"…"</code> ou <code>'…'</code>, on peut introduire un retour à la ligne avec <code>\n</code>. ==== Substitution de variables ==== Lorsque l'on veut utiliser des variables, on fait précéder les guillemets d'un « f » et l'on écrit les noms de vrariables entre accolades. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> monde = "world" chaine = f"Hello {monde}!" print(chaine) # Hello world! </syntaxhighlight> On peut indiquer la taille de la chaîne générée à partir de la variable sous la forme <code>{nomVariable:taille}</code>, la taille étant un entier. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> chiffre1 = 1 nom1 = "un" chiffre2 = 2 nom2 = "deux" chaine = f"{nom1:5} : {chiffre1:5d}\n{nom2:5} : {chiffre2:5d}" print(chaine) # un : 1 # deux : 2 </syntaxhighlight> Vous remarquez que l'on ajoute un « d » pour les entiers décimaux, et que les nombres sont alignés à droite. Si le nombre est un nombre réal à virgule flottante ''({{lang|en|float}})'', on peut indiquer le nombre de décimales sous la forme <code>.''n''f</code> : <syntaxhighlight lang="python"> chaine = f"{np.pi:.5f}" print(chaine) # 3.15169 </syntaxhighlight> Avec la syntaxe <code>''m''.''n''f</code>, on indique également que la totalité du nombre doit occuper ''m'' caractères. Pour convertir un nombre en caractère Unicode correspondant, on utilise la lettre c : <syntaxhighlight lang="python"> nompi = 0x03c0 # Caractère Unicode π : U+03C0 chaine = f"{nompi:c} = {np.pi:.5f}" print(chaine) # π = 3.14159 </syntaxhighlight> La classe ''str'' dispose également de la méthode <code>.format()</code>. On indique un n-uplet de chaînes (ou de nombres) à la méthode et l'on met des accolades dans la chaîne principale ; les accolades sont remplacées dans l'ordre des chaînes de la méthode. On peut changer l'ordre en indiquant quelle valeur utiliser dans quelle accolade. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> chaine1 = "On compte {} puis {}".format(1, 2) chaine2 = "On compte {0} puis {1}. Mais à rebours, on compte {1} puis {0}.".format("un", "deux") print(chaine1, "\n", chaine2) # On compte 1 puis 2 # On compte un puis deux. Mais à rebours, on compte deux puis un. </syntaxhighlight> L'utilisation du caractère pourcent « % » permet d'utiliser la mise en forme <code>sprintf()</code> du langage C : <syntaxhighlight lang="python"> chaine = "π = %.5f" % np.pi print(chaine) # π = 3.14159 </syntaxhighlight> ; Exemple <nowiki>:</nowikI> barre de progression : Voici une fonction affichant une barre de progression, pour la ''i''-ème étape d'un processus ayant ''n'' étapes (pour la notion de fonction, voir la section ci-après ''[[#Fonction|Fonction]]''). : NB : nous avons utilisé les codes Unicode pour l'exemple, mais on peut évidemment copier le caractère, par exemple depuis une table Unicode ou une page Web<ref>Pour le point médian : ''{{W|Table des caractères Unicode/U0080}}'' ou ''{{W|Point médian}}''. Pour le pavé : ''{{W|Table des caractères Unicode/U2580}}''.</ref>, et le coller dans le code, comme nous l'avons fait dans le commentaire. <syntaxhighlight lang="Python"> def barre_progression(i, n, largeur=40): """ Affiche une barre de progression Entrées : — i : étape en cours, entier ; — n : nombre d'étapes à réaliser, entier ; — largeur : nombre de caractères total de la barre, entier. Sortie : affichage de la barre de progression. """ taux = i/n fait = int(largeur * taux) barre = f"{0x2588:c}" * fait + f"{0x00b7:c}" * (largeur - fait) # U+2588 : pavé "█" ; U+00B7 : point médian "·" print(f"Progression | {barre} | {100*taux:3.1f} %") barre_progression(25, 100) # Progression | ██████████······························ | 25.0 % </syntaxhighlight> ==== Méthodes des chaînes ==== Le type ''str'' dispose d'un certain nombre de méthodes. Nous avons déjà vu les méthodes <code>''str''.join()</code> et <code>''str''.format()</code>, en voici quelques autres : * <code>''str''.capitalize()</code> : met le premier caractère en capitale (majuscule) et les autres en minuscule ; * <code>''str''.lower()</code> : met tout en minuscules ''({{lang|en|lowercase}})'' ; * <code>''str''.upper()</code> : met tout en capitales ''({{lang|en|lowercase}})'' ; * <code>''str''.center(''n'')</code> : met la chaîne au centre d'une chaîne de longueur ''n'', en complétant avec des espaces ; on peut compléter avec d'autres caractères avec <code>''str''.center(''n'', ''c'')</code>, par exemple <code>"a".center(7, ".")</code> donne <code>"....a...."</code> ; * <code>''str''.ljust(''n'', ''c'')</code> et <code>''str''.rjust(''n'', ''c'')</code> : comme <code>.center()</code> mais la chaîne est respectivement alignée au fer à gauche ''({{lang|en|left}})'' et à droite ''({{lang|en|right}})'' ; * <code>''str''.isdigit()</code> : booléen vrai si tous les caractères sont des nombres ; * <code>''str''.find(''sous-chaine'')</code>, <code>''str''.rfind(''sous-chaine'')</code> : indique respectivement le premier emplacement et le dernier emplacement de la sous-chaîne dans la chaîne, ou bien <code>-1</code> si la sous-chaîne est absente ; * <code>''str''.partition(''séparateur'')</code> : retourne un triplet avec la portion de chaîne avant le séparateur, le séparateur puis la portion de chaîne après le séparateur ; * <code>''str''.replace(''ancien'', ''nouveau'')</code> : remplace la chaîne ''ancien'' par la chaîne ''nouveau'' dans la chaîne ; * <code>''str''.split(''séparateur'')</code> : découpe la chaîne au niveau des séparateurs et renvoie une liste. ==== Autres fonctions ==== La fonction <code>chr()</code> transforme un code Unicode en caractère. Par exemple, <code>chr(97)</code> donne <code>"a"</code> et <code>chr(0x03c0)</code> donne <code>"π"</code>. Si on veut créer une liste de caractères qui se suivent, on peut par exemple utiliser : <syntaxhighlight lang="python"> [chr(x) for x in range(97, 102)] # ['a', 'b', 'c', 'd', 'e'] </syntaxhighlight> Si on veut créer une liste de nombres sous la forme de chaînes de caractères, on peut utiliser la commande <code>str()</code> vue ci-dessus. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> [str(x) for x in range(1, 6)] # ['1', '2', '3', '4', '5'] </syntaxhighlight> Pour la syntaxe, voir ci-dessous la section [[#Définition en compréhension|''Définition en compréhension'']]. Ainsi, dans l'exemple de la barre de progression ci-dessus, on peut utiliser la solution suivante pour constituer la barre : <syntaxhighlight lang="python"> barre = chr(0x2588) * fait + chr(0x00b7) * (largeur - fait) # U+2588 : bloc ; U+00B7 : point médian </syntaxhighlight> Rappel : le module <code>html</code> permet d'utiliser les entités HTML : <syntaxhighlight lang="python"> import html … print(html.entities.html5["alpha;"]+html.entities.html5["middot;"]) # α· </syntaxhighlight> L'entité HTML <code>&xxx;</code> s'obtient par <code>html.entities.html5["xxx;"]</code>, donc en enlevant la perluète ; mais cela ne fonctionne pas avec les codes Unicode. Pour cela, on peut utiliser la commande <code>html.unescape()</code>. Ainsi, dans l'exemple de la barre de progression ci-dessus, on peut utiliser la solution suivante pour constituer la barre : <syntaxhighlight lang="python"> barre = html.unescape("&#x2588;") * fait + html.entities.html5["middot;"] * (largeur - fait) # U+2588 : bloc ; middot : point médian </syntaxhighlight> ou bien <syntaxhighlight lang="python"> barre = barre = html.unescape("&#x2588;" * fait + "&middot;" * (largeur - fait)) # U+2588 : bloc ; middot : point médian </syntaxhighlight> La commande <code>html.unescape()</code> interprète donc une chaîne complète, par exemple <syntaxhighlight lang="python"> print(html.unescape("L'esperluette est le caractère &laquo;&nbsp;&amp;&nbsp;&raquo;.")) # L'esperluette est le caractère « & ». </syntaxhighlight> == Manipulation de listes == Les listes sont une structure de données fondamentale en Python. ; Ressources * {{lien web | url = https://docs.python.org/3/tutorial/datastructures.html | langue = en | titre = 5. Data structures | site = Python documentation | consulté le = 2019-03-16 }} === Copie d'une liste === Contrairement à d'autres types, lorsque vos écrivez <code>b = a</code> avec des listes, vous ne créez pas une copie de la variable <code>a</code>, vous créez un ''alias'' : l'objet <code>b</code> est un autre nom de l'objet <code>a</code>. En particulier, si vous modifiez <code>b</code>, vous modifiez en fait <code>a</code>. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> a = [1, 2, 3, 4] b = a b[2] = 5 print(a, b) # [1, 2, 5, 4] [1, 2, 5, 4] </syntaxhighlight> Si l'on veut créer une copie de <code>a</code>, il faut utiliser <code>a[:]</code> ou bien <code>a.copy()</code> : <syntaxhighlight lang="python"> a = [1, 2, 3, 4] b = a[:] c = a.copy() b[2] = 5 c[2] = 6 print(a, b, c) # [1, 2, 3, 4] [1, 2, 5, 4] [1, 2, 6, 4] </syntaxhighlight> === Méthodes de listes === Pour modifier une liste, vous disposez des méthodes suivantes : * <code>a.append(x)</code> : ajoute l'élément <code>x</code> à la fin de la liste <code>a</code> ; * <code>a.extend(x)</code> : ajoute la liste <code>x</code> à la fin de la liste <code>a</code> ; * <code>a.append(i, x)</code> : aoute l'élément <code>x</code> ''avant'' l'interstice ''i'' de la liste <code>a</code> ; * <code> x = a.pop(i)</code> : enlève l'élément ''i'' de la liste <code>a</code> et le met dans la variable <code>x</code> ; <code> x = a.pop()</code> enlève le dernier élément de la liste ; * <code>a.clear()</code> : vide la liste <code>a</code> ; * <code>a.sort()</code> : trie la liste par ordre croissant ; * <code>a.sort(reverse = True)</code> : trie par ordre décroissant ; * <code>a.reverse()</code> : inverse l'ordre de <code>a</code>. Pour supprimer l'élément à l'indice ''i'', au lieu d'utiliser <code>a.pop(i)</code>, on peut aussi utiliser <syntaxhighlight lang="python"> del(a[i]) </syntaxhighlight> Pour trier une liste, on peut aussi utiliser la fonction <code>sorted()</code>, ce qui permet par exemple de conserver la liste originale, non triée : <code>b = sorted(a)</code>. La fonction <code>sorted()</code> fonctionne avec tous les objets « itérables » comme par exemple une chaîne de caractères : <syntaxhighlight lang="python"> a = "ahjbfk" print(sorted(a)) # ['a', 'b', 'f', 'h', 'j', 'k'] </syntaxhighlight> Pour mettre en évidence la performance de la méthode <code>''list''.sort()</code> par rapport à la fonction générique <code>sorted()</code> : <syntaxhighlight lang="python"> import numpy as np import time a = np.random.rand(int(1e7)) t1 = time.perf_counter() b = sorted(a) # Fonction générique t2 = time.perf_counter() a.sort() # Méthode spécifique t3 = time.perf_counter() print("Sorted :", t2-t1, " s ; .sort :", t3-t2, "s ; rapport :", (t2-t1)/(t3-t2)) # Sorted : 14.2... s ; .sort : 1.1... s ; rapport : 12.6... </syntaxhighlight> Par rapport à une valeur donnée : * <code>a.remove(x)</code> : retire la première occurrence de la valeur <code>x</code> de la liste <code>a</code> ; * <code>a.index(x)</code> : indique l'indice où se trouve la première occurrence de la valeur <code>x</code> ; * <code>a.count(x)</code> : indique le nombre de fois que l'on trouve la valeur <code>x</code> dans la liste <code>a</code>. === Définition en compréhension === La [[w:fr:Liste en compréhension|définition en compréhension]] ''({{lang|en|list comprehension}})'' est une méthode permettant de construire des listes en indiquant simplement des axiomes, des consignes de filtrage. Cette méthode est élégante car proche de la notation mathématique et compacte, mais c'est une méthode itérative donc lente par rapport à une méthode vectorisée fournie par le module NumPy. Par exemple, pour créer la liste des carrés des nombres entiers entre 0 et 9, il suffit d'écrire <syntaxhighlight lang="python"> carre = [x**2 for x in range(10)] </syntaxhighlight> ce qui se rapproche de la notation d'ensemble <math>\{x^2 | x \in [0 ; 9] \}</math>. Si l'on veut la liste des nombres strictement inférieurs à 20 dont le carré est supérieur à 10, on peut écrire : <syntaxhighlight lang="python"> X = [x for x in range(20) if x**2 > 10] </syntaxhighlight> ce qui se rapproche de la notation d'ensemble <math>\{x | x \in [0 ; 19], x^2 > 10 \}</math>. Pour mettre en évidence la performance du calcul vectorisé par rapport à la méthode itérative : <syntaxhighlight lang="python"> import time import numpy as np n = int(1e7) # taille de la liste t1 = time.perf_counter() carre = [x**2 for x in range(n)] # Définition en compréhension t2 = time.perf_counter() carre2 = np.arange(n)**2 # Calcul vectorisé t3 = time.perf_counter() print("En compréhension : ", t2-t1, "s ; vectorisé :", t3-t2, "s ; rapport :", (t2-t1)/(t3-t2)) # En compréhension : 4.515... s ; vectorisé : 0.156... s ; rapport : 28.982... </syntaxhighlight> == Structure d'un programme == Un programme est simplement une suite d'instructions. Dans les environnements Unix BSD, un programme Python peut être considéré comme un script c'est-à-dire qu'il suffit de taper son nom dans l'invite de commande ''({{lang|en|shell}})'' sans avoir à invoquer <code>python</code>. Le programme doit alors commencer par un en-tête normalisé surnommé ''{{lang|en|[[wikt:shebang|shebang]]}}'' : <syntaxhighlight lang="python"> #!/usr/bin/env python3 </syntaxhighlight> Ce ''{{lang|en|shebang}}'' est inutile avec Jupyter. L'en-tête peut également contenir la description de l'encodage du fichier texte, typiquement : <syntaxhighlight lang="python"> # coding: utf-8 </syntaxhighlight> Le codage UTF-8 est le codage par défaut pour Python 3, il est donc inutile de l'indiquer. Les commentaires sont introduits par le croisillon <code>#</code>. On peut grouper une suite d'instructions dans un bloc. Un bloc d'instructions commence par deux-points « <code>:</code> » et est identé, c'est-à-dire qu'il a une marge constituée de quatre espaces — on peut aussi utiliser une tabulation mais il ne faut pas mélanger les deux méthodes ; les tabulations sont déconseillées, il vaut mieux utiliser quatre espaces<ref>{{lien web | url = https://www.python.org/dev/peps/pep-0008/#tabs-or-spaces | titre = Tabs or Spaces? | site = Python documentation | consulté le = 2019-03-14 }}</ref>. Pour terminer le bloc, il suffit simplement de revenir en début de ligne ; contrairement à d'autres langages, il n'y a pas de commende de fin ''({{lang|en|end}})'', c'est l'indentation qui définit le bloc. : # début du bloc ''instruction 1'' ''instruction 2'' … ''dernière instruction du bloc'' ''instruction hors bloc'' Par exemple, une exécution conditionnelle <code>if</code> ou une boucle <code>for</code> exécute un bloc d'instruction. Si l'on a besoin d'un bloc d'instruction qui « ne fait rien », on utilise l'instruction <code>pass</code>. == Structures de contrôle == '''Boucle itérative''' La boucle itérative s'écrit : <syntaxhighlight lang="python"> for <variable> in <itérable>: <bloc d’instructions> </syntaxhighlight> Si l'on veut que la variable prenne ''n'' valeurs de 0 à ''n'' – 1, on utilise l'instruction <code>range()</code> : <syntaxhighlight lang="python"> for i in range(5): print(i) print("Fin de la boucle") </syntaxhighlight> <code>[▶]</code> 0 1 2 3 4 Fin de la boucle En fait, la commande <code>range()</code> extrait des valeurs de l'ensemble des nombres entiers ; on peut ainsi utiliser le découpage en tranches, par exemple <code>range(2, 5)</code>pour avoir la « liste » <code>[2, 3, 4]</code>. Notez que <code>range()</code> ne crée pas à proprement parler une liste, cela crée un objet de type ''« {{lang|en|range}} »'' (plage, intervalle) ; pour avoir une liste, il faut écrire <code>list(range(n))</code>. Dans une boucle, la commande <code>continue()</code> saute la fin du bloc d'instruction et passe à la valeur suivante de la boucle. La commande <code>break()</code> interrompt la boucle et passe à la suite. '''Exécution conditionnelle''' L'exécution conditionnelle s'écrit : <syntaxhighlight lang="python"> if <booléen>: <bloc d’instructions> </syntaxhighlight> On peut utiliser les commandes <code>elif</code> ''(else if'') et <code>else</code> : <syntaxhighlight lang="python"> if <booléen>: <bloc d’instructions> elif <booléen>: <bloc d’instructions> else: <bloc d’instructions> </syntaxhighlight> Notez que le test d'une condition est gourmand en ressources. S'il s'agit de savoir si l'on effectue une opération mathématique simple ou pas, on peut remplacer le test par une multiplication par un booléen (<code>True</code> vaut 1, <code>False</code> vaut 0). Par exemple, plutôt que d'écrire <syntaxhighlight lang="python"> if a > 0: b = b - c </syntaxhighlight> mieux vaut écrire : <syntaxhighlight lang="python"> b = b - (a > 0)*c </syntaxhighlight> '''Boucle antéconditionnée''' La boucle antéconditionnée s'écrit : <syntaxhighlight lang="python"> while <booléen>: <bloc d’instructions> </syntaxhighlight> Cette boucle peut contenir des instructions <code>continue()</code> et <code>break()</code>. == Fonction == La déclaration d'une fonction utilise la commande <code>def</code>. La fonction est un bloc d'instructions. Si elle doit renvoyer des valeurs, on utilise la commande <code>return</code>. Par exemple <syntaxhighlight lang="python"> def nombres(n): """But : Entrer plusieurs nombres Entrée : n, entier : quantité de nombre à saisir. Sortie : foo : liste de n réels. """ # description de la fonction foo = [] # initialisation for i in range(n): foo = foo+[float(input("Entrez un nombre"))] return foo a = nombres(3) print(a) </syntaxhighlight> La fonction commence par une chaîne de caractères qui la décrit. Cette chaîne peut être récupérée automatiquement par certains logiciels pour faire une documentation automatique. Si la description prend plusieurs lignes, elle commence et finit par trois double-guillemets <code>"""…"""</code> ; en fait, par convention, même si cela n'est pas obligatoire, les descriptions sont toutes encadrées de trois double-guillemets. Cette description est appelée ''{{lang|en|docstring (documentation string)}}''. Pour récupérer les ''{{lang|en|docstrings}}'' : <syntaxhighlight lang="python"> def foo(): """Cette fonction ne fait rien""" pass print(foo.__doc__) # Cette fonction ne fait rien </syntaxhighlight> L'instruction <code>input()</code> permet à l'utilisateur de saisir une valeur. La valeur est retournée sous la forme d'une chaîne de caractères qui est ensuite convertie en nombre réel avec l'instruction <code>float()</code>. On peut définir une valeur par défaut en l'indiquant dans l'en-tête de la définition de la fonction, de la manière suivante : <syntaxhighlight lang="python"> def nombres(n=1): # valeur par défaut : 1 """But : Entrer plusieurs nombres Entrée : n, entier : quantité de nombre à saisir. Sortie : foo : liste de n réels. """ # description de la fonction foo = [] # initialisation for i in range(n): foo = foo+[float(input("Entrez un nombre"))] return foo </syntaxhighlight> Si le paramètre à initialiser est de type modifiable ''({{lang|en|mutable}})'', comme par exemple une liste, il faut procéder comme suit : <syntaxhighlight lang="python"> def fooFonction(fooListe=None): # valeur par défaut : n'existe pas """Description""" if fooListe = None: fooListe = [] # initialisation <suite des instructions> </syntaxhighlight> Par défaut, les variables sont locales. On peut rendre une variable globale avec l'instruction <code>global</code> ''à l'intérieur de la fonction'', avant l'utilisation de la variable. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> a = 1 b = 1 def toto(): """Test de variable globale. Entrée : aucune. Sortie : aucune.""" global a a = 2 b = 2 toto() print("a =", a, "; b =", b) # a = 2 ; b = 1 </syntaxhighlight> Pour être plus précis : si une variable n'est pas assignée dans une fonction, alors Python va chercher une variable du même nom à l'extérieur de la fonction. Mais à partir du moment où la variable est assignée dans la fonction, elle devient locale ''sauf'' si l'on a utilisé l'instruction <code>global</code>. Si l'on s'attend à un nombre indéfini d'arguments, on utilise la notion d'empaquetage/dépaquetage ''({{lang|en|packing/unpacking}})''<ref>{{lien web | url = https://deusyss.developpez.com/tutoriels/Python/args_kwargs/ | titre = Introduction à *args et **kwargs | consulté le = 2019-03-09 | site = Developpez.com }}.</ref>. L'empaquetage consiste à mettre les arguments dans un n-uplet, le dépaquetage consiste à développer un n-uplet en plusieurs variables. Cela se fait en mettant un astérisque ''({{lang|en|splat}})'' « <code>*</code> » devant le nom de la variable. Par convention, on utilise le nom de variable <code>*args</code> mais cela n'est pas obligatoire. <syntaxhighlight lang="python"> def concatenation(*args): """Concatène des chaînes de caractères Entrée : *args, n-uplet de chaînes de caractères. Sortie : resultat, chaîne de caractères.""" resultat = "" for i in args: resultat = resultat + i return resultat concatenation("a", "foo", "toto") # 'afoototo' </syntaxhighlight> À l'inverse, si une fonction doit recevoir plusieurs paramètres, on peut à la place lui transmettre une liste à dépaqueter : <syntaxhighlight lang="python"> def addition(a, b): """Ajoute deux nombres Entrées : — a : réel ; — b : réel. Sortie : a+b, réel""" return a+b arg = (1, 2) addition(*arg) # 3 </syntaxhighlight> On peut aussi empaqueter/dépaqueter un dictionnaire, on utilise pour cela deux astérisques « <code>**</code> ». Par convention, on utilise le nom <code>**kwargs</code> sans que cela soit obligatoire. L'instruction <code>lambda</code> permet de créer de petites fonctions ne contenant pas de boucle ni de branchement conditionnel. Cependant, si la déclaration est courte et compacte, le code n'est pas toujours facilement lisible ; l'utilisation de cette instruction n'est pas recommandée. Par exemple l'expression <syntaxhighlight lang="python"> f = lambda x: 2*x </syntaxhighlight> est la même chose que <syntaxhighlight lang="python"> def f(x): """Calcule le double. Entrée : x, réel. Sortie : 2*x, réel.""" return 2*x </syntaxhighlight> {{note|L'instruction <code>eval()</code> exécute une chaîne de caractères, c'est-à-dire traite une chaîne de caractères comme si c'étaient des instructions données à Python. Cette instruction est à éviter pour deux raisons : # Un utilisateur malveillant pourrait entrer du code malveillant dans la chaîne de caractères. # L'exécution est lente puisque Python doit compiler la chaîne à la volée. Cette instruction peut en général être remplacée par une autre instruction. }} == Gestion des erreurs == Dans un bloc d'instructions, on peut utiliser la structure <code>try:… except:</code>. Le bloc après <code>try</code> est exécuté ; si une erreur se déclare dans ce bloc, alors le bloc <code>except</code> s'exécute. Par exemple <syntaxhighlight lang="python"> try: 1/0 # Génère une erreur except: print("Division par zéro") # Cette instruction est donc exécutée </syntaxhighlight> On peut compléter avec <code>else:</code> et <code>finally:</code> : <syntaxhighlight lang="python"> try: <code à exécuter> except: <s’exécute en cas d’erreur> else: <s’exécute s’il n’y a pas d’erreur> finally: <s’exécute dans tous les cas> </syntaxhighlight> On peut séparer les différents types d'erreur : <syntaxhighlight lang="python"> try: <code à exécuter> except ValueError: print("Valeur erronée") except TypeError: print("Type erroné") </syntaxhighlight> Les types d'erreur les plus courants sont : * <code>NameError</code> : le nom de variable n'existe pas ; * <code>TypeError</code> : la valeur n'est pas du bon type ; * <code>ValueError</code> : la valeur n'est pas compatible avec ce qui est attendu ; * <code>RuntimeError</code> : type d'erreur général. On peut aussi créer ses propres erreurs : si une situation erronée survient, on peut « lever » une exception avec <code>raise</code>. Par exemple <syntaxhighlight lang="python"> if a < 0: raise ValueError("La valeur doit être positive") </syntaxhighlight> ; Ressources * {{lien web | url = https://docs.python.org/3/tutorial/errors.html | titre = Errors and exceptions | lang = en | site = Python documentation | consulté le = 2019-03-12 }} * {{lien web | url = https://docs.python.org/3/library/exceptions.html | titre = Built-in Exceptions | lang = en | site = Python documentation | consulté le = 2019-03-12 }} == Exercices == === Calcul du PGCD et du PPCM par l'algorithme d'Euclide === {{loupe|w:Algorithme d'Euclide}} Écrire un programme Python qui demande deux nombres entiers et affiche leurs PGCD et PPCM. Le programme utilisera l'algorithme d'Euclide. {{boîte déroulante début|solution}} <syntaxhighlight lang="python"> """Programme : euclide.py Auteur : User:cdang date : 2019-02-19 dates de modification : ---------------------------------------------------------------------------- version de Python : 3 module requis : aucun ---------------------------------------------------------------------------- Objectif : calcule le PGCD et le PPCM de deux nombres entiers. Entrée ------ au clavier, saisie de deux nombres entiers. Sorties ------- à l'écran, affichage du PGCD et du PPCM. """ # *************** # *************** # ** Fonctions ** # *************** # *************** def euclide(): """Calcule le PGCD et le PPCM avec l'algorithme d'Elclide Entrée ------ Aucune, la saisie des paramètres fait partie de la fonction Sortie ------ affichage du PGCD et du PPCM """ print("***** Algorithme d'Euclide *****\n") a0 = int(input("Premier nombre entier : a = ")) b0 = int(input("Second nombre entier : b = ")) a = a0 b = b0 r = a%b # initialisation while (r != 0) : # algorithme d'Euclide a = b b = r r = a%b # affichage des résultats print("PGCD(", a0, ", ", b0, ") = ", b) print("PPCM(", a0, ", ", b0, ") = ", a0*b0//b) # ************************* # ************************* # ** Programme principal ** # ************************* # ************************* euclide() </syntaxhighlight> On peut simplifier la boucle centrale : <syntaxhighlight lang="python"> while b: # s'exécute tant que b n'est pas 0 a, b = b, a % b # affectation de liste à liste return a </syntaxhighlight> {{boîte déroulante fin}} Notez que le module NumPy propose l'instruction <code>gcd()</code> : <syntaxhighlight lang="python"> import numpy … print(numpy.gcd(a, b)) </syntaxhighlight> === Tours de Hanoï === {{loupe|w:Tours de Hanoï}} Écrire un programme Python qui demande le nombre ''n'' de plateaux et affiche les manipulations nécessaires pour déplacer la pile d'un emplacement à un autre. Le programme utilisera l'algorithme récursif. {{boîte déroulante début|solution}} <syntaxhighlight lang="python"> """nom : hanoi.py auteur : User:cdang date de création : 2019-02-19 dates de modification : ---------------------------------------------------------------------------- version de Python : 3 module requis : aucun ---------------------------------------------------------------------------- Objectif : résout le problème des tours de Hanoï Entrées ------- trois chaînes de caractères (nom des piliers) Sorties ------- une chaîne de caractères (liste des opérations) """ # *************** # *************** # ** Fonctions ** # *************** # *************** def hanoi(a, b, c, n): """Résout le problème des tours de Hanoï de manière récursive But : déplace la pile de n disques du piler a au pilier b Entrées ------- a, b c : chaînes de 1 caractère, référence des emplacements ; n : entier, nombre de disques sur l'emplacement a Sorties ------- operations : chaînes de caractères décrivant les opérations """" if n>1: operations = hanoi(a, c, b, n-1) operations = operations+a+"→"+b+" ; " operations = operations+hanoi(c, b, a, n-1) else: operations = a+"→"+b+" ; " return operations # ************************* # ************************* # ** Programme principal ** # ************************* # ************************* resultat = hanoi("1", "2", "3", 3) print(resultat) </syntaxhighlight> {{boîte déroulante fin}} === Lancer de rayons === [[Fichier:Lentille hemispherique perspective.svg|vignette|Lentille hémisphérique.]] Considérons une lentille hémisphérique de rayon R faite d’un verre d’indice de réfraction ''n''. Nous plaçons une source ponctuelle à une distance ''d'' du dioptre plan, sur l’axe optique. Tracer des rayons partant de la source et traversant la lentille. {{clear}} {{Boîte déroulante/début |titre=Analyse d’optique géométrique}} [[Fichier:Lentille hemispherique analyse geometrique.svg|vignette|Analyse géométrique du problème.]] Il s’agit d’un problème ayant une symétrie de révolution par rapport à l’axe optique. Nous pouvons nous réduire à un problème plan en nous plaçant dans un plan contenant l’axe optique ; l’axe optique est encore un axe de symétrie orthogonale, nous pouvons donc nous contenter d'étudier un demi-plan. Pour simplifier, nous plaçons le centre du dioptre sphérique à l’origine O du repère. L’axe optique est l’axe ''x'' et l'axe perpendiculaire, vertical sur la figure, c’est l’axe ''y''. Les coordonnées de la source sont donc (-''d'' ; 0). Le rayon issu de la source et faisant un angle θ avec l’axe ''x'' frappe le dioptre plan à l’altitude ''h''. Nous avons : : ''h'' = ''d'' ⋅ tan θ. L’angle d’incidence vaut θ. D’après la loi de Snell-Descartes, l'angle de réfraction θ<sub>2</sub> vaut : : θ<sub>2</sub> = arcsin((sin θ) / ''n''). Le rayon réfracté passe par le points de coordonnées (0, ''h''). L’équation de la droite est donc : : ''y'' = a ⋅ ''x'' + ''h'' avec : ''a'' = tan θ<sub>2</sub>. L’équation du cercle de centre O et de rayon R est : : ''x''<sup>2</sup> + ''y''<sup>2</sup> = R<sup>2</sup>. Les coordonnées (''x''<sub>M</sub>, ''y''<sub>M</sub>) de l’intersection M du rayon avec le dioptre sphérique vérifient les deux équations. Par substitution, nous obtenons une équation du second degré en ''x'' que nous savons résoudre : : ''x''<sub>M</sub><sup>2</sup> + (''a'' ⋅ ''x''<sub>M</sub> + ''h'')<sup>2</sup> = R<sup>2</sup> : ⇔ (1 + ''a''<sup>2</sup>) ⋅ ''x''<sub>M</sub><sup>2</sup> + 2 ⋅ ''a'' ⋅ ''h'' ⋅ ''x''<sub>M</sub> + ''h''<sup>2</sup> – R<sup>2</sup> = 0. D’après les propriétés du cercle, le rayon est perpendiculaire à la tangente. Le rayon [OM] est donc normal au dioptre en M. Nous pouvons déterminer l’angle d’incidence θ<sub>i</sub> par le produit scalaire : : <math>\begin{pmatrix} 1 \\ a \end{pmatrix} \cdot \begin{pmatrix} x_\mathrm{M} \\ y_\mathrm{M} \end{pmatrix} = \sqrt{1^2 + a^2} \cdot \mathrm{R} \cdot \cos(\theta_\mathrm{i})</math> ce qui nous permet de calculer cet angle : : <math>\theta_\mathrm{i} = \operatorname{arcos} \left ( \frac{x_\mathrm{M} + a \cdot y_\mathrm{M}}{\mathrm{R} \cdot \sqrt{1^2 + a^2} } \right )</math> Comme nous passons vers un milieu d’indice plus faible, il y a un risque de réflexion totale. L’angle limite est : : θ<sub>max</sub> = arcsin(1/''n''). Si l’on a θ<sub>i</sub> &gt; θ<sub>max</sub>, le rayon repart vers l’intérieur. Nous ne traçons pas le rayon car cela nous emmènerait trop loin dans l’analyse. En revanche, si θ<sub>i</sub> ≤ θ<sub>max</sub>, alors nous pouvons appliquer la loi de Snell-Descartes pour avoir l’angle de réfraction θ<sub>e</sub> : : θ<sub>e</sub> = arcsin(''n'' ⋅ sin θ<sub>i</sub>). Pour tracer le rayon sortant, il nous faut l’angle θ<sub>3</sub> par rapport à l’horizontale. L’angle du rayon [OM] par rapport à l’horizontal vaut arctan(''y''<sub>M</sub> / ''x''<sub>M</sub>), nous avons donc : θ<sub>3</sub> = arctan(''y''<sub>M</sub> / ''x''<sub>M</sub>) + θ<sub>e</sub>. {{Boîte déroulante/fin}} {{Boîte déroulante/début |titre=Analyse algorithmique}} '''Structure des données''' Le problème est décrit par trois paramètres : # Le rayon <code>R1</code> de la lentille, en milliètres (réel en virgule flottante). # L’indice du verre, <code>n</code> sans dimension (réel en virgule flottante). L’indice de l’air vaut 1. # La distance de la source au dioptre d’entrée plan, <code>d</code> en millimètres (réel en virgule flottante). Un rayon est caractérisé par quatre paramètres : # L’angle d’émission <code>theta1</code> en radians (réel en virgule flottante). # L’angle de réfraction dans la lentille <code>theta2</code> en radians (réel en virgule flottante). # Les cordonnées <code>M</code> en millimètre (vecteur de dimension 2 <code>([x, y])</code> de réels en virgule flottante) du point d’intersection du rayon avec le dioptre sphérique. # L’angle de réfraction dans l’air après la lentille <code>theta3</code> en radians (réel en virgule flottante). Pour le calcul et le tracé, nous avons besoin des paramètres intermédiaires suivants : * l’altitude ''y'' = <code>h</code> en millimètres (réel en virgule flottante) à laquelle le rayon frappe le dioptre plan d’entrée ; * l’angle d’incidence du rayon avec le dioptre sphérique <code>thetaint</code> en radians (réel en virgule flottante). Les angles sont stockés en radians car c’est l’unité naturelle pour le calcul mais nous affichons les valeurs en degrés. Comme le calcul de conversion est récurrent, nous conservons les facteurs <code>degversrad</code> (conversion des degrés vers les radians, facteur valant π/180, réel en virgule flottante) et <code>radversdeg</code> (conversion des radians vers les degrés, facteur valant 180/π, réel en virgule flottante). '''Fonctions''' Nous avons besoin d’une fonction qui calcule les trois paramètres du rayon <code>(theta2, M, theta3)</code> à partir de l’angle d’émission <code>theta1</code>. Nous appelons cette fonction <code>lanceRayon()</code>. Cette fonction fait appelle à une fonction qui calcule l’angle du rayon réfracté à partir de l’angle du rayon incident <code>theta1</code>, les deux angles étant par rapport à la normale au dioptre au point considéré. Nous appelons cette fonction <code>refrac()</code>. La recherche de l’intersection <code>M</code> du rayon avec le dioptre sphérique nécessite de résoudre une équation du second degré. Nous utilisons pour cela la recherche des racines du polynôme en <code>x</code> avec la fonction <code lang="python">numpy.polynomial.polynomial.polyroots()</code>. D’après la configuration du problème géométrique, si l’on s’assure que le rayon frappe bien la lentille (0 ≤ <code>h</code> ≤ <code>R1</code>) alors nous sommes sûrs que le problème a deux solutions réelles (une positive et une négative) ou, dans le cas dégénéré où <code>h == R1</code>, une valeur unique <code>x == 0</code>. Comme nous recherchons la valeur positive, nous sélectionons la plus grande des deux racines. Pour la gestion de la réflexion interne : dans la fonction <code>refrac()</code>, nous vérifions les conditions de réflexion totale et si elles sont remplies, alors nous générons une erreur (commandes <code lang="python">try… except</code> et <code lang="python">raise ValueError</code>). Cette erreur est propagée à la fonction <code>lanceRayon()</code> : <code>lanceRayon()</code> appelle la fonction <code>refrac()</code> et si cette fonction renvoie une erreur, alors <code>lanceRayon()</code> renvoie également une erreur. Pour trouver l’angle d’émission <code>thetaLimite</code> provoquant la réflexion totale (en radians, réel en virgule flottante), nous effectuons une recherche par dichotomie : * nous partons de l’angle maximum possible, lorsque le rayon frappe le sommet de la lentille, et nous appelons la fonction <code>lanceRayon()</code> ; si cela ne génère pas d’erreur, alors nous pouvons aller jusqu’à cette valeur, la recherche est terminée ; si cela génère une erreur, alors nous divisons la valeur par deux ; * à une étape de la recherche donnée, si <code>lanceRayon()</code> ne génère pas d’erreur avec l’angle testé, alors nous savons que l’angle limite est supérieur à cette valeur ; cette valeur minore donc la valeur recherchée ; si au contraire <code>lanceRayon()</code> génère une erreur, alors c’est que l’angle est trop important, cette valeur majore donc la valeur recherchée ; nous pouvons ainsi resserer l’intervalle de recherche ; * nous nous arrêtons lorsque les valeurs haute et basse sont suffisamment proche. Concrètement : # Nous définissons une variable <code>angleHaut</code> angle en radians, réel en virgule flottante) qui est l’angle d’émission le plus bas connu provoquant la réflexion totale. # Nous définissons une variable <code>angleBas</code> angle en radians, réel en virgule flottante) qui est l’angle d’émission le plus haut connu ne provoquant pas de réflexion totale. Sa valeur initiale est 0. L’angle limite recherché est donc entre <code>angleBas</code> et <code>angleHaut</code>. # Nous définissons l’angle <code>angleTest</code> comme étant la moyenne entre <code>angleBas</code> et <code>angleHaut</code>. Si <code>lanceRayon(angleTest)</code> génère une erreur, alors <code>angleTest</code> est la nouvelle valeur d’<code>angleHaut</code> (puisque c’est une valeur provoquant la réflexion totale et qu’elle est plus basse que la valeur actuelle d’<code>angleHaut</code>). À l’inverse, si <code>lanceRayon(angleTest)</code> ne génère pas d’erreur, alors <code>angleTest</code> est la nouvelle valeur d’<code>angleBas</code> (puisque c’est une valeur ne provoquant pas la réflexion totale et qu’elle est plus haute que la valeur actuelle d’<code>angleBas</code>). # Nous arrêtons la procédure lorsque l’écart entre <code>angleBas</code> et <code>angleHaut</code> est inférieur à {{unité|10|échelle=<sup>–3</sup>|rad}} (valeur arbitraire). La valeur retenue est la valeur finale d’<code>angleBas</code> (puisque l’on veut être sûr qu’il n’y ait pas de réflexion totale). La valeur affichée est la valeur en degrés arrondie au dixième. {{Boîte déroulante/fin}} {{Boîte déroulante/début |titre=Solution}} Nous demandons à l’utilisateur ou à l’utilisatrice les valeurs des paramètres du problème : rayon de la lentille, distance de la source, indice de réfraction du verre. Nous vérifions que les valeurs entrées sont bien des nombres ; si c’est une chaîne vide, alors nous utilisons une valeur par défaut. Nous créons une fonction <code>refrac()</code> qui permet de calculer l’angle réfracté à partir de l’angle d’incidence et des indices de réfraction. S’il y a rélexion totale, alors nous générons une erreur. La fonction <code>lanceRayon()</code> calcule les différents points de passage du rayon. Elle appelle pour cela la fonction <code>refrac()</code>. Si un appel de la commande <code>refrac()</code> génère une erreur, alors nous générons également une erreur. Nous déterminons l’angle d’émision du rayon <code>thetaLimite</code> qui provoque une réflecxion totale. Pour cela, nous créons une fonction <code>rechercheLimite()</code> qui cherche par dichotomie. Nous traçons un rayon tous les 5° jusqu’à la valeur limite. <syntaxhighlight lang="python"> #!/usr/bin/env python3 # coding: utf-8 """nom : lancerRayons.py auteur : User:cdang date de création : 2022-05-06 dates de modification : ---------------------------------------------------------------------------- version de Python : 3 module requis : NumPy, matplotlib ---------------------------------------------------------------------------- Objectif : trace des trajets optique avec une lentille hémisphérique Entrées ------- Le rayon de la lentille, la distance de la source, l’indice de réfraction du verre, trois chaînes de caractères saisies par l’utilisateur·rice et qui sont converties en réels. Sorties ------- La valeur limite de l’angle (réel) et le tracé de plusieurs rayons. """ # ****************************************************** # ****************************************************** # ** Lancer de rayons pour une lentille hémisphérique ** # ****************************************************** # ****************************************************** import numpy as np import matplotlib.pyplot as plt import numpy.polynomial.polynomial as nppol # ************** # * Constantes * # ************** # Pour la conversion degrés ↔ radians radversdeg = 180/np.pi degversrad = 1/radversdeg # ************* # * Fonctions * # ************* def boucleEntreeNombre(messageSaisie, valeurDefaut): """Permet de s’assurer que l’utilisateur·rice a bien entré un nombre. Entrée : — message à afficher (chaîne de caractères) ; — valeur par défaut (réel à virgule flottante). Sortie : nombre (réel à virgule flottante).""" messageErreur = "Veuillez entrer une valeur numérique (ou vide pour accepter la valeur par défaut).\n" execute = True while execute: strNombre = input(messageSaisie+f" (valeur par défaut {valeurDefaut}) : ") if strNombre == "": nombre = valeurDefaut execute = False else: try: nombre = float(strNombre) except: print(messageErreur) else: execute = False return nombre def initialisation(): """L’utilisateur·rice entre les variables du problème. Entrées : aucune. Sorties : — R1 (mm) : rayon de la lentille ; — d (mm) : distance de la source au dioptre plan ; — n (sans dimension) : indice de réfraction du verre.""" R1 = boucleEntreeNombre("Rayon de la lentille en mm", 20.0) d = boucleEntreeNombre("Distance de la source au dioptre plan en mm", 20.0) n = boucleEntreeNombre("Indice de réfraction (sans dimension)", 1.5) return (R1, d, n) def refrac(n1, n2, theta1): """Calcule l’angle de réfraction theta2 (radians) en fonction — de l’angle d’incidence theta1 (radians); — de l’indice de réfraction n1 du premier milieu ; — de l’indice de réfraction n2 du second milieu.""" reflexionTotale=False rapport=n2/n1 rapportinv=np.reciprocal(rapport) if n1 > n2: thetal = np.arcsin(rapport) # angle limite pour la réflexion totale if theta1 >= thetal: reflexionTotale=True if reflexionTotale: print("Réflexion totale") raise ValueError else: return np.arcsin(rapportinv*np.sin(theta1)) def lanceRayon(n1, n2, d, R, theta1): """Détermine le rayon issu de la source située à une distance d (mm) du bareau et avec une élévation de theta1 (radians), en fonction des indices de réfraction n1 et n2. Les éléments retournés sont : — la hauteur h (mm) à laquelle le rayon frappe le barreau ; — l’angle de réfraction theta2 (radians)) dans le barreau ; — l’angle de réfraction theta3 (radians) à la sortie du barreau — le point M(x, y) (mm) auquel le rayon sort du barreau.""" h = d*np.tan(theta1) if h >= R: print("Le rayon est au-dessus du barreau") raise ValueError else: theta2 = refrac(n1, n2, theta1) a = np.tan(theta2) x = max(nppol.polyroots([h*h - R*R, 2*a*h, 1+a*a])) # recherche de l’intersection du rayon avec le cercle y = a*x + h M = np.array([x, y]) thetaint = np.arccos((x + a*y)/(R*np.sqrt(1 + a*a))) theta3 = np.arctan(y/x) - refrac(n2, n1, thetaint) return (h, theta2, theta3, M) def rechercheLimite(n1, n2, d, R): """Recherche l’angle limite pour la réflexion totale. Entrée : — indice de réfraction des milieux 1 et 2, n1 et n2 ; — distance au barreau, d(mm). Sortie : angle limite theta (radians)""" angleHaut = np.arctan(R/d) angleBas = 0 angleTest = angleHaut try: lanceRayon(n1, n2, d, angleTest, R) except: condition = True # il y a réflexion total en haut de la lentille else: condition = False # il n’y a jamais réflexion totale dans la lentille while condition: #dichotomie angleTest = np.mean([angleHaut, angleBas]) # on ajuste la valeur de test try: lanceRayon(n1, n2, d, R, angleTest) except: angleHaut = angleTest # réflexion totale : on abaisse la valeur maximale else: angleBas = angleTest # pas de réflexion totale : on monte la valeur minimale condition = ((angleHaut - angleBas) >= 0.001) # on a cerné la limite à 0,001 rad près if not condition: angleTest = angleBas return angleTest # *********************** # * Programme principal * # *********************** (R1, d, n) = initialisation() xmax = round(R1 + d) thetaLimite = rechercheLimite(1, n, d, R1) thetaLimiteDeg = thetaLimite*radversdeg print(f"Angle limite pour la réflexion totale : {thetaLimiteDeg:.1f}°.\n") anglesDeg = np.arange(0, thetaLimiteDeg, 5)[1:] # trace un rayon tous les 5° anglesRad = anglesDeg*degversrad nb = len(anglesDeg) h = np.zeros(nb) # initialisation des vecteurs de valeurs theta2 = np.zeros(nb) theta3 = np.zeros(nb) M = np.zeros((nb, 2)) for i in range(nb): (h[i], theta2[i], theta3[i], M[i, :]) = lanceRayon(1, n, d, R1, anglesRad[i]) (h_lim, theta2_lim, theta3_lim, M_lim) = lanceRayon(1, n, d, R1, thetaLimite) # tracé anglesCercle = 0.5*np.pi*(np.linspace(1, 0, 20)) x_cercle = R1*np.cos(anglesCercle) # coordonnées des pints du cercle y_cercle = R1*np.sin(anglesCercle) fig = plt.plot([-d,xmax], [0, 0], "k-.", linewidth="0.5") # tracé de l’axe optique for i in range(nb): plt.plot([-d, 0, M[i, 0], xmax], [0, h[i], M[i, 1], M[i, 1] + (xmax - M[i, 0])*np.tan(theta3[i])], label=f"{anglesDeg[i]:.0f}°") plt.plot([-d, 0, M_lim[0], xmax], [0, h_lim, M_lim[1], M_lim[1] + (xmax - M_lim[0])*np.tan(theta3_lim)], label=f"{0.1*int(np.trunc(10*thetaLimite*radversdeg)):.1f}°") plt.plot(x_cercle, y_cercle, "k", linewidth="0.5") # tracé du cercle plt.plot([0,0], [0, R1], "k", linewidth="0.5") # tracé du premier dioptre #plt.axis("square") plt.gca().set_aspect("equal", adjustable="box") plt.xlabel("x (mm)") plt.ylabel("y (mm)") plt.title("Lentille hémisphérique, lancer de rayons") plt.legend() plt.savefig("lentille_hemispherique_lancer_rayon.svg", format="svg") plt.show() </syntaxhighlight> {{Boîte déroulante/fin}} == Mesurer le temps == Le module <code>time</code> fournit les fonctions suivantes : * <code>time.gmtime()</code> : renvoie la date et l'heure du méridien de Greenwich (''{{lang|en|Greenwich mean time}}'', GMT), sous la forme d'un dictionnaire (année, mois, jour du mois, heure, minute, seconde, jour de la semaine, jour de l'année, heure d'été/hiver), ** jour de la semaine est un entier entre 0 (lundi) et 6 (dimanche), ** jour du mois est un entier entre 1 et 366 ; * <code>time.localtime()</code> : comme le précédent, mais l'heure est l'heure locale ; * <code>time.time()</code> : donne le nombre de seconde qui se sont écoulées depuis le 1er janvier 1970 ; * <code>time.gmtime(n)</code> et <code>time.localtime(n)</code> transforment un nombre de secondes (écoulées depuis le 1er janvier 1970) en une date au format (année, mois, jour, etc.), n-uplet de neuf valeurs ; <code>time.mktime()</code> fait le contraire, il transforme un n-uplet de neuf valeurs (années, mois, jour, etc.) en un nombre de secondes (écoulées depuis le 1er janvier 1970) ; * <code>time.sleep(n)</code> : provoque une pause dans le déroulement du programme de ''n'' secondes ; * <code>time.perf_counter()</code> : indique une date en seconde ; s'utilise pour mesurer la durée d'exécution d'une partie du code, en faisant la différence entre deux relevés. Concernant la date et l'heure sous la forme d'un n-uplet, on peut extraire l'heure de la manière suivante : <syntaxhighlight lang="python"> import time a = time.localtime() print("Il est ", a[3], "h", a[4]) # ou bien print("Il est ", a.tm_hour, "h", a.tm_min) </syntaxhighlight> Pour mesurer la performance d'une portion de code : <syntaxhighlight lang="python"> import time t1 = time.perf_counter() <suite d’instructions> t2 = time.perf_counter() print("Durée d'exécution :", t2-t1 </syntaxhighlight> == Programmation orientée objet == Nous n'allons pas ici faire un cours de programmation orientée objet (POO), nous allons aborder le sujet de manière pragmatique. De manière schématique, un « objet » est une « super-variable ». Cette super-variable peut contenir plusieurs variables, appelées « attributs » ; elle contient en fait un dictionnaire (paires « nom d'attribut : valeur d'attribut »). Elle peut aussi contenir des fonctions spécifiques appelées « méthodes ». De même qu'une variable a un type, un objet fait partie d'une « classe ». La classe est le modèle de l'objet ; en franglais informatique, on dit que l'objet est une instance de la classe. La POO est donc un formalisme : lorsque l'on définit des variables et des fonctions concernant un même type d'objet (au sens commun du terme), on les empaquette dans une classe. Il faut donc d'abord définir la classe, puis attribuer cette classe à un objet (« instancier » la classe). Considérons par exemple que nous voulons travailler sur des [[w:Engrenage|engrenages]] ; pour simplifier, nous nous contentons d'engrenages à dentures droites. Une roue dentée, un pignon, est essentiellement définie par son nombre de dents Z et par son module ''m'' qui correspond à la largeur de dents<ref>ainsi que par son épaisseur ''e'' et le matériau dont elle est faite mais nous allons négliger ces paramètres pour la simplicité de l'étude.</ref>. Nous allons définir trois méthodes : la méthode <code>.diametrePrimitif()</code> qui calcule le diamètre primitif de la roue dentée, <code>.pas()</code> qui calcule la largeur des dents au niveau du cercle primitif et <code>.rapport()</code> qui calcule le rapport de transmission de deux roues engrenées Z<sub>1</sub>/Z<sub>2</sub>. La méthode <code>.rapport()</code> vérifie par ailleurs que les roues ont le même module, condition indispensable pour former un engrenage. Nous définissons la classe ainsi : <syntaxhighlight lang="python"> class pignon: """roue dentée""" # explication de la classe pi = 3.141592653589793 # pour calculer le pas def __init__(self, Z=13, m=0.06): # instructions lancées lors de la déclaration """Valeurs des attributs""" self.Z = Z # nombre de dents self.m = m # module def diametrePrimitif(self): """Calcule le diamètre primitif""" return self.m*self.Z def pas(self): """Calcule le pas""" return self.pi*self.m def rapport(roueDentee, self): """Calcule le rapport de transmission""" if roueDentee.m != self.m: # gestion de l'erreur raise ValueError("Les pignons doivent avoir le même module") else: return roueDentee.Z/self.Z </syntaxhighlight> Nous remarquons que lorsque nous déclarons les méthodes, le paramètre <code>self</code> correspond à l'objet lui-même. Ainsi, dans la méthode <code>.rapport()</code>, la variable <code>self.Z</code> est le nombre de dents de la roue elle-même et <code>roueDentee.Z</code> est le nombre de dents de la roue passée en paramètre. Pour déclarer les roues, nous écrivons : <syntaxhighlight lang="python"> roue1 = pignon() # attribution de la classe, « instanciation » roue1.Z = 13 # définition des caractéristiques du pignon « roue1 » roue1.m = 2 roue2 = pignon(16, 2) # manière alternative </syntaxhighlight> Nous pouvons alors utiliser les objets de la manière suivante : <syntaxhighlight lang="python"> print(roue1.Z) # 13 print(roue1.diametrePrimitif()) # 26 R = roue1.rapport(roue2) # 0.8125 </syntaxhighlight> La commande <code>dir(a)</code> affiche tous les attributs et méthodes de l'objet <code>a</code>. ; Ressources : {{lien web | url = https://docs.python.org/3/tutorial/classes.html | titre = Classes | site = Python documentation | consulté le = 2019-03-08 }} == Interface graphique avec Tk == === Généralités === Une interface graphique utilisateur (GUI, ''{{lang|en|graphic user interface}}'') est un ensemble de boîtes permettant d'interagir avec l'utilisateur, c'est-à-dire qui permettent la saisie d'informations, l'exécution d'actions et l'affichage d'informations. L'interface se compose d'éléments appelés ''{{lang|en|widgets}}''. Les éléments ''({{lang|en|widgets}})'' classiques sont : * boîte de dialogue ''({{lang|en|dialog box}})'' : fenêtre contenant d'autres éléments ; * étiquette ''({{lang|en|label}})'' : texte affiché ; * liste déroulante ''({{lang|en|drop-down list}})'' : zone permettant le choix d'une option, la liste se déployant lorsque l'on clique sur la zone ; * zone de texte, champ de saisie ''({{lang|en|text box}})'' : zone permettant de taper du texte ; * boîte combinée ''({{lang|en|combo box}})'' : zone de saisie de texte contenant une liste déroulante qui permet de choisir des éléments prédéfinis ; * bouton ''({{lang|en|button}})'' : objet effectuant une action lorsque l'on clique dessus ; * case à cocher ''({{lang|en|checkbox, tickbox}})'' : objet permettant d'activer ou de désactiver une option lorsque l'on clique dessus ; * bouton radio, case d'option ''({{lang|en|radio button}})'' : objet permettant d'activer une option en désactivant les autres options ; une seule option peut être activée à la fois. === Avec Tk === Plusieurs modules permettent de gérer les interfaces graphiques. Nous choisissons ici le module développé sur la bibliothèque Tk qui est une bibliothèque multiplateforme. Pour cela, nous importons le module <code>tkinter</code> ainsi que le module <code>ttk</code>, ce dernier proposant des options plus « modernes » : <syntaxhighlight lang="python"> import tkinter as tk from tkinter import ttk </syntaxhighlight> Voici un programme permettant comme précédemment de calculer le rapport de transmission d'un engrenage. Nous détaillons sa construction ci-après. <syntaxhighlight lang="python"> # référence : https://tkdocs.com/tutorial/firstexample.html import tkinter as tk from tkinter import ttk # *************** # *************** # ** Fonctions ** # *************** # *************** def calcule(*args): """Calcule le rapport de transmission d'un engrenage""" try: valeurZ1 = float(IUz1.get()) valeurM1 = float(IUm1.get()) valeurZ2 = float(IUz2.get()) valeurM2 = float(IUm2.get()) if valeurM1 != valeurM2: IUrapport.set("Erreur de module") else: IUrapport.set(valeurZ2/valeurZ1) except: IUrapport.set("erreur") # ************************* # ************************* # ** Interface graphique ** # ************************* # ************************* # fenetre principale fenetre = tk.Tk() fenetre.title("Rapport de réduction") # élément (widget) cadre contenant tout le reste cadre = ttk.Frame(fenetre, padding="3 3 12 12") cadre.grid(column=0, row=0, sticky=(tk.N, tk.W, tk.E, tk.S)) # le cadre s'étire si l'on étire la fenêtre fenetre.columnconfigure(0, weight=1) fenetre.rowconfigure(0, weight=1) # Paramètres du système (variables) IUz1 = tk.StringVar() IUm1 = tk.StringVar() IUz2 = tk.StringVar() IUm2 = tk.StringVar() IUrapport = tk.StringVar() # Création des zones de saisie z1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz1) m1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUm1) z2_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz2) m2_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUm2) # Création des étiquettes statiques z1_label = ttk.Label(cadre, text="z1") m1_label = ttk.Label(cadre, text="m1") z2_label = ttk.Label(cadre, text="z2") m2_label = ttk.Label(cadre, text="m2") rapport_statique = ttk.Label(cadre, text="Rapport de transmission : ") # Création de l'étiquette dynamique rapport_dynamique = ttk.Label(cadre, textvariable=IUrapport) # Création du bouton bouton = ttk.Button(cadre, text="Calcul", command=calcule) # Placement des éléments (widgets) z1_label.grid(column=1, row=1, sticky=tk.W) z1_entry.grid(column=2, row=1, sticky=(tk.W, tk.E)) m1_label.grid(column=1, row=2, sticky=tk.W) m1_entry.grid(column=2, row=2, sticky=(tk.W, tk.E)) z2_label.grid(column=1, row=3, sticky=tk.W) z2_entry.grid(column=2, row=3, sticky=(tk.W, tk.E)) m2_label.grid(column=1, row=4, sticky=tk.W) m2_entry.grid(column=2, row=4, sticky=(tk.W, tk.E)) rapport_statique.grid(column=1, row=5, sticky=tk.W) rapport_dynamique.grid(column=2, row=5, sticky=(tk.W, tk.E)) bouton.grid(column=2, row=6, sticky=tk.W) # ajoute une gouttière entre les éléments for enfant in cadre.winfo_children(): enfant.grid_configure(padx=5, pady=5) # Emplacement initial du curseur z1_entry.focus() # effet de la touche [entrée] fenetre.bind("<Return>", calcule) # ************************* # ************************* # ** Programme principal ** # ************************* # ************************* # Affichage et activation de la fenêtre fenetre.mainloop() </syntaxhighlight> [[Fichier:Organisation interface Tk Python.svg|vignette|upright=2|Organisation des ''widgets''.]] '''Explications''' Nous commençons par définir la boîte de dialogue que nous appelons <code>fenetre</code> ; c'est un objet <code>Tk</code> et nous lui donnons un titre « » : <syntaxhighlight lang="python"> fenetre = tk.Tk() fenetre.title("Rapport de réduction") </syntaxhighlight> Puis, nous définissons un cadre attaché à cette fenêtre et qui va nous permettre « d'accrocher » les autres éléments, ce qui permet de garder une apparence satisfaisante lorsque l'on retaille la fenêtre : <syntaxhighlight lang="python"> cadre = ttk.Frame(fenetre) </syntaxhighlight> Le cadre va comporter six lignes ''({{lang|en|row}})'' et deux colonnes ''({{lang|en|column}})''. Nous allons placer une étiquette ''({{lang|en|label}})'' « z1 » : <code>text="z1"</code>. Cette étiquette se trouve dans une case du cadre, celle de la première colonne et la première ligne : <code>grid(column=1, row=1)</code>. Par rapport à cette case, elle est collée à « l'ouest » (W, ''{{lang|en|west}}'', gauche) de la case : <code>sticky=tk.W</code>. <syntaxhighlight lang="python"> z1_label = ttk.Label(cadre, text="z1") # Création de l'étiquette z1_label.grid(column=1, row=1, sticky=tk.W) # Placement de l'étiquette </syntaxhighlight> Notez que l'on aurait pu écrire directement : <syntaxhighlight lang="python"> ttk.Label(cadre, text="z1").grid(column=1, row=1, sticky=tk.W) </syntaxhighlight> mais le fait de séparer la création de l'élément et son placement facilite la maintenance (recherche d'erreur, évolution du code). Pour tout ce qui est dynamique, c'est-à-dire les zone de saisie des valeurs et l'affichage du résultat, il faut définir des « chaînes variables » ''({{lang|variable strings}})'' : <syntaxhighlight lang="python"> IUz1 = tk.StringVar() </syntaxhighlight> Cette variable est une variable globale à la création. Nous pouvons alors placer la zone de saisie ''({{lang|en|entry}})'' à côté de l'étiquette lui correspondant. Nous nommons la zone de saisie <code>z1_entry</code> : <syntaxhighlight lang="python"> z1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz1) </syntaxhighlight> Nous faisons de même pour les trois autres paramètres de l'engrenage, ''m''<sub>1</sub>, ''z''<sub>2</sub> et ''m''<sub>2</sub>. Le résultat est également une chaîne variable globale. Par rapport à notre mise en page, elle se situe dans la case colonne 2 ligne 5, centrée sur cette case (collé à l'est et à l'ouest) : <syntaxhighlight lang="python"> rapport = tk.StringVar() rapport_dynamique = ttk.Label(cadre, textvariable=rapport) rapport_dynamique.grid(column=2, row=5, sticky=(tk.W, tk.E)) </syntaxhighlight> Il nous faut encore définir une fonction de manière classique, nous l'appelons « calcule ». Les variables étant globales, on les utilise directement. On récupère les valeurs avec la méthode <code>get()</code> et nous modifions la valeur avec la méthode <code>set()</code> : <syntaxhighlight lang="python"> def calcule(): valeurZ1 = float(IUz1.get()) valeurZ2 = float(IUz2.get()) IUrapport.set(valeurZ2/valeurZ1) </syntaxhighlight> Cette fonction est déclenchée lorsque l'on clique sur le bouton « Calcul » situé dans la case du cadre ligne 6 colonne 2 : <syntaxhighlight lang="python"> bouton = ttk.Button(cadre, text="Calcul", command=calcule) bouton.grid(column=2, row=6, sticky=tk.W) </syntaxhighlight> ou bien si l'on appuie sur la touche <code>[entrée]</code> du clavier : <syntaxhighlight lang="python"> fenetre.bind("<Return>", calcule) </syntaxhighlight> À tout ceci, nous ajoutons des « gouttières » (marges, ''{{lang|en|paddings}}'') afin d'espacer les éléments. Il faut ensuite « activer » la fenêtre pour qu'elle s'affiche. La méthode est <code>mainloop()</code> (boucle principale) : « boucle » (elle est active en permanence et attend des actions sur ses éléments), <syntaxhighlight lang="python"> fenetre.mainloop() </syntaxhighlight> Nous avons ci-dessus mis la plupart du code en programme principal. Nous pouvons aussi programmer de manière fonctionnelle, en mettant la plupart du code dans des fonctions ; cependant, pour que la fenêtre et les variables dynamiques soient globales à tout le programme, elles doivent être déclarées dans le programme principal. Nous pouvons aussi mêler la programmation orientée objet. {{boîte déroulante début|Calcul du rapport de transmission en programmation fonctionnelle et orientée objet}} <syntaxhighlight lang="python"> # référence : https://tkdocs.com/tutorial/firstexample.html import tkinter as tk from tkinter import ttk # ************* # ************* # ** Classes ** # ************* # ************* class pignon: """roue dentée""" # explication de la classe pi = 3.141592653589793 # pour calculer le pas def __init__(self, Z=13, m=0.06): """Valeurs des attributs""" # instructions lancées lors de la déclaration self.Z = Z # nombre de dents self.m = m # module def diametrePrimitif(self): """Calcule le diamètre primitif""" return self.m*self.Z def pas(self): """Calcule le pas""" return self.pi*self.m def rapport(roueDentee, self): """Calcule le rapport de transmission""" if roueDentee.m != self.m: # gestion de l'erreur raise ValueError("Les pignons doivent avoir le même module") else: return roueDentee.Z/self.Z # ************************ # ************************ # ** Variables globales ** # ************************ # ************************ # fenetre principale fenetre = tk.Tk() # Paramètres du système (variables) IUz1 = tk.StringVar() IUm1 = tk.StringVar() IUz2 = tk.StringVar() IUm2 = tk.StringVar() IUrapport = tk.StringVar() # *************** # *************** # ** Fonctions ** # *************** # *************** def calcule(*args): """Calcule le rapport de transmission d'un engrenage""" try: valeurZ1 = float(IUz1.get()) valeurM1 = float(IUm1.get()) valeurZ2 = float(IUz2.get()) valeurM2 = float(IUm2.get()) if valeurM1 != valeurM2: IUrapport.set("Erreur de module") else: roue1 = pignon(valeurZ1, valeurM1) roue2 = pignon(valeurZ2, valeurM2) IUrapport.set(roue1.rapport(roue2)) except: IUrapport.set("Erreur") # *********************** # * Interface graphique * # *********************** def configureFenetre(): """Configuration de la fenêtre principale""" fenetre.title("Rapport de réduction") # élément (widget) cadre contenant tout le reste cadre = ttk.Frame(fenetre, padding="3 3 12 12") cadre.grid(column=0, row=0, sticky=(tk.N, tk.W, tk.E, tk.S)) # le cadre s'étire si l'on étire la fenêtre fenetre.columnconfigure(0, weight=1) fenetre.rowconfigure(0, weight=1) # Création des zones de saisie z1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz1) m1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUm1) z2_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz2) m2_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUm2) # Création des étiquettes statiques z1_label = ttk.Label(cadre, text="z1") m1_label = ttk.Label(cadre, text="m1") z2_label = ttk.Label(cadre, text="z2") m2_label = ttk.Label(cadre, text="m2") rapport_statique = ttk.Label(cadre, text="Rapport de transmission : ") # Création de l'étiquette dynamique rapport_dynamique = ttk.Label(cadre, textvariable=IUrapport) # Création du bouton bouton = ttk.Button(cadre, text="Calcul", command=calcule) # Placement des éléments (widgets) z1_label.grid(column=1, row=1, sticky=tk.W) z1_entry.grid(column=2, row=1, sticky=(tk.W, tk.E)) m1_label.grid(column=1, row=2, sticky=tk.W) m1_entry.grid(column=2, row=2, sticky=(tk.W, tk.E)) z2_label.grid(column=1, row=3, sticky=tk.W) z2_entry.grid(column=2, row=3, sticky=(tk.W, tk.E)) m2_label.grid(column=1, row=4, sticky=tk.W) m2_entry.grid(column=2, row=4, sticky=(tk.W, tk.E)) rapport_statique.grid(column=1, row=5, sticky=tk.W) rapport_dynamique.grid(column=2, row=5, sticky=(tk.W, tk.E)) bouton.grid(column=2, row=6, sticky=tk.W) # ajoute une gouttière entre les éléments for enfant in cadre.winfo_children(): enfant.grid_configure(padx=5, pady=5) # Emplacement initial du curseur z1_entry.focus() # effet de la touche [entrée] fenetre.bind("<Return>", calcule) # ************************* # ************************* # ** Programme principal ** # ************************* # ************************* configureFenetre() # Affichage et activation de la fenêtre fenetre.mainloop() </syntaxhighlight> {{boîte déroulante fin}} === Avec PyQt === Le module PyQt (prononcer \ˈpaɪ.kjut\) permet d'utiliser la bibliothèque Qt dévelopée par Riverbank Computing. Il permet notamment de créer des interfaces graphiques. La communication entre objets Qt se fait par une mécanismes de « signal/emplacement » ''({{lang|en|signal/slot}})''. Un emplacement ''({{lang|en|slot}})'' est une fonction ''({{lang|en|callable}})'' ; un signal est un attribut d'un objet. Si l'attribut signal est défini pour l'emplacement, alors on dit que l'emplacement est relié à un signal. Par exemple, un objet <code>QPushButton</code> dispose du signal <code>clicked</code> qui est émis lorsque l'on clique dessus ; on peut ainsi faire exécuter un emplacement (fonction appelable) <code>action()</code> lorsque l'on clique sur le bouton par le biais du signal <code>clicked</code> : <syntaxhighlight lang="python"> from PyQt5.QtWidgets import QPushButton bouton = QPushButton("Appuies-moi dessus") button.clicked.connect(action()) </syntaxhighlight> {{voir|{{lien web |url=https://www.riverbankcomputing.com/static/Docs/PyQt6/ |titre=Reference guide PyQt6 |site=Riverbank Computing|consulté le=2026-0604}} }} {{...}} == Annotations == Une annotation est un commentaire qui sert à expliciter un type de variable. La syntaxe est différente des commentaires « classiques » : cela permet d'avoir un affichage différent avec les éditeurs de texte ayant une coloration syntaxique, et ces informations peuvent être récupérées par des logiciels extérieurs pour effectuer une documentation automatique ou bien des vérifications de type. Cependant : * comme les commentaires normaux, ils n'ont aucune influence lors de l'exécution du texte ; en particulier : * rien n'oblige à annoter les variables ; * il est possible d'avoir une variable ayant un type différent de son annotation ; le fait de pouvoir définir et changer le type de variable à la volée est une fonctionnalité fondamentale de Python. La syntaxe pour une annotation est : : nom_de_variable + deux-points + espace + type par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> a: int </syntaxhighlight> Notez qu'ici, la variable n'est ''pas'' créée. Pour la créer, il faut lui affecter une valeur. Il est possible de l'affecter après ou bien sur la même ligne avec la syntaxe : : nom_de_variable + deux-points + espace + type + espace + égal + espace + valeur par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> a: int a = 5 # est équivalent à a: int = 5 </syntaxhighlight> Même si l'annotation n'a pas d'impact sur l'exécution, le type doit être un type existant sinon cela génère une erreur de syntaxe. Les types classiques sont : : <code>int</code> — <code>float</code> — <code>str</code> — <code>bool</code> — <code>list</code> — <code>tuple</code> — <code>dict</code> Il est également possible de mettre une chaîne de caractères : <syntaxhighlight lang="python"> a: "ce que je veux" = 3.1516 </syntaxhighlight> On peut annoter une fonction. Il est possible d'annoter les variables déclarées au sein de la fonction, mais pas les variables globales (puisqu'elle ne sont pas définie au sein de la fonction). On peut aussi annoter : * les variables passées en paramètre, avec la même syntaxe dans les parenthèses ; * annoter le type de la variable de sortie (retournée) en la faisant précéder de <code>-&gt;</code> : <syntaxhighlight lang="python"> def plusCinq(a: float = 0) -> float: return a + 5 </syntaxhighlight> ; Ressources * {{lien web | url = https://www.python.org/dev/peps/pep-0526/ | titre = PEP 526 -- Syntax for Variable Annotations | site = Python.org | consulté le = 2019-04-05 | lang = en }} * {{lien web | url = https://www.python.org/dev/peps/pep-3107/ | titre = PEP 3107 -- Function Annotations | site = Python.org | consulté le = 2019-04-05 | lang = en }} == Décorateur == Un décorateur est une fonction qui s'applique à une fonction, à la manière de la composition mathématique ''g'' ∘ ƒ = ''g''(ƒ). Mais cette composition affecte la fonction elle-même ; l'utilisateur appelle la fonction ƒ mais c'est la fonction ''g'' ∘ ƒ qui s'exécute. Cette fonction ''g'' est appelée le décorateur. L'intérêt est de pouvoir modifier une fonction sans modifier le code de la fonction elle-même. Pour appliquer une décoration, il faut : # Déclarer le décorateur : une fonction qui s'applique à une autre fonction. # Affecter le décorateur à la fonction visée : en mettant <code>@''décoration''</code> juste avant la définition de la fonction. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> def decorateur(f): print("Avant la fonction") f() print("après la fonction") @decorateur def afficheFoo(): print("Foo.") afficheFoo # Avant la fonction # Foo. # Après la fonction </syntaxhighlight> Lorsque l'on appelle <code>afficheFoo</code>, on appelle en fait <code>decorateur(afficheFoo)</code>. Si la fonction à modifier admet des paramètres, il faut définir une fonction enveloppante dans le décorateur. Par exemple, nous définissons ci-dessous un décorateur <code>deuxFois()</code> qui fait s'exécuter deux fois de suite la fonction : <syntaxhighlight lang="python"> def deuxFois(f): def conteneurFonction(*args, **kwargs): f(*args, **kwargs) f(*args, **kwargs) return conteneurFonction @deuxFois def plusCinq(a: int = 0): print(a + 5) plusCinq(2) # 7 # 7 print(plusCinq.__name__) # conteneurFonction </syntaxhighlight> Nous voyons que l'application du décorateur a modifié le nom de la fonction — pas le nom de la variable qui contient la fonction mais bien son nom « intime ». Pour éviter cela, on utilise la méthode <code>wraps()</code> du module <code>functools</code> : <syntaxhighlight lang="python"> import functools def deuxFois(f): @functools.wraps(f) def conteneurFonction(*args, **kwargs): f(*args, **kwargs) f(*args, **kwargs) return conteneurFonction @deuxFois def plusCinq(a: int = 0): print(a + 5) plusCinq(2) # 7 # 7 print(plusCinq.__name__) # plusCinq </syntaxhighlight> On peut par exemple utiliser un décorateur pour la mémoïsation. La mémoïsation est une méthode consistant à mémoriser les valeurs d'une fonction au fur et à mesure de son utilisation ; ainsi, si l'on veut évaluer la fonction avec les mêmes entrées, on se contente d'aller chercher la valeur enregistrée ce qui est plus rapide. On sacrifie donc la place mémoire au profit de la rapidité. On peut trouver des décorateurs de mémoïsation aux adresses suivantes : * https://wiki.python.org/moin/PythonDecoratorLibrary#Memoize * https://gist.github.com/robcowie/1357800 ; Ressources : {{lien web | url = https://www.python.org/dev/peps/pep-0318/ | titre = PEP 318 -- Decorators for Functions and Methods | site = Python.org | lang = en | consulté le = 2019-04-05 }} == Manipulation de fichiers == === Importer le contenu d'un fichier === Python possède la fonction <code lang="python">open()</code> qui permet d'ouvrir un fichier. Ouvrir signifie qu'il crée un objet de type <code>file</code> qui possède notamment les méthodes <code lang="python">read()</code> et <code lang="python">write()</code>. Il peut s'agir d'un objet de type « fichier binaire » ''({{lang|en|binary file}})'' ou « fichier texte » ''({{lang|en|text file}})''. Si par exemple on veut utiliser (et donc lire) le contenu du fichier texte <code>monfichier.txt</code>, on écrit : <syntaxhighlight lang="python"> fichier = open("monfichier.txt", "rt") … fichier.close() </syntaxhighlight> Le paramètre <code>"rt"</code> signifie que nous ouvrons le fichier en lecture ''({{lang|en|read}})'' et qu'il s'agit d'un objet de type fichier texte. Notons deux choses : * en faisant cela, nous ne faisons qu'associer le fichier à un objet Python, nous n'avons pas encore importé les données ; * si nous ouvrons le fichier, il faut le fermer par la suite ; c'est pourquoi nous utilisons la méthode <code lang="python">.close()</code>. Pour éviter d'avoir à fermer le fichier, nous pouvons l'ouvrir au sein d'un contexte : <syntaxhighlight lang="python"> with open("monfichier.txt", "rt") as fichier: … </syntaxhighlight> Notons aussi que la chaîne de caractères indiquant le nom du fichier peut contenir le chemin d'accès au répertoire (dossier), mais sous Microsoft Windows, il faut utiliser des barres de fractions <code>/</code> pour séparer les sous-répertoires au lieu de la barre inversée habituelle, par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> chemin = "C:/Temp/monfichier.txt" with open(chemin, "rt") as fichier: … </syntaxhighlight> Pour mettre les données du fichier dans la variable <code>contenu</code>, nous écrivons donc : <syntaxhighlight lang="python"> with open("monfichier.txt", "rt") as fichier: contenu = fichier.read() print(contenu) </syntaxhighlight> et si nous ne voulons lire que les <code>n</code> premiers caractères (<code>n</code> étant un entier), nous utilisons <code lang="python">contenu = fichier.read(n)</code>. Cette lecture est séquentielle, c'est-à-dire que si nous appliquons la méthode plusieurs fois, nous reprenons la lecture là où nous l'avons laissée. Si nous voulons lire une ligne, nous utilisons la méthode <code lang="python">.readline()</code>. La lecture ligne par ligne est également séquentielle. Nous pouvons aussi créer une liste dont chaque élément est une ligne du fichier ; nous utilisons alors la méthode <code lang="python">.readlines()</code> (notez le pluriel). Chaque élément de la liste se termine par le caractère de fin de ligne <code lang="python">\n</code>. Pour l'enlever, nous pouvons utiliser la méthode <code lang="python">.rstrip()</code> pour chaque élément de la liste, par exemple. L'exemple complet est alors : <syntaxhighlight lang="python"> with open("monfichier.txt", "rt") as fichier: contenu = fichier.readlines() contenu = [item.rstrip() for item in contenu] print(contenu) </syntaxhighlight> === Exporter du contenu vers un fichier === Si nous voulons créer un fichier texte pour y mettre le contenu de la variable <code>texte</code>, alors nous utilisons : <syntaxhighlight lang="python"> with open("monfichier.txt", "wt") as fichier: contenu = fichier.write(texte) </syntaxhighlight> Le module principal important pour la manipulation de fichiers est est <code lang="python">os</code>. === Exploiter le contenu d'un fichier texte === Avec un fichier texte, la méthode <code lang="python">.read()</code> crée une variable de type texte. Nous pouvons séparer cette variable en différentes lignes avec la méthode <code lang="python">.splitlines()</code>. Cela crée une liste de chaînes de caractères, chaque chaîne étant une ligne. Si maintenant une ligne contient plusieurs données séparées par un séparateur commun, par exemple un espace, nous pouvons séparer les données par la méthode <code lang="python">.split(''séparateur'')</code>. Cela crée une liste de chaînes de caractères, chaque chaîne étant une donnée. Si par exemple le fichier est du type CSV ''({{lang|en|comma separated values}}'', valeurs séparées par une virgule), l'exploitation du fichier est : <syntaxhighlight lang="python"> with open("monfichier.txt", "rt") as fichier: contenu = fichier.read() contenu = contenu.splitlines() contenu = [item.split(",") for item in contenu] </syntaxhighlight> La variable <code>contenu</code> est une liste de listes. Pour avoir la ''n''<sup>e</sup> valeurs de la ''m''<sup>e</sup> ligne, on utilise : <syntaxhighlight lang="python"> contenu[m-1][n-1] </syntaxhighlight> Si l'on veut extraire la ligne ''m'' il suffit d'écrire : <syntaxhighlight lang="python"> contenu[m-1] </syntaxhighlight> mais si l'on veut la colonne ''n'', le plus simple est d'utiliser une définition en compréhension : <syntaxhighlight lang="python"> [ligne[n-1] for ligne in contenu] </syntaxhighlight> Dans certains fichiers CSV, les séparateurs de valeurs ne sont pas des virgules, on peut donc utiliser un autre caractère pour le séparateur. Concernant les séparateurs particuliers : * si le séparateur est une tabulation, on utilise <code lang="python">\t</code> : <code lang="python">contenu = [item.split("\t") for item in contenu]</code> ; * si le séparateur est un nombre arbitraire d'espaces et/ou de tabulation, on ne définit aucun séparateur : <code lang="python">contenu = [item.split() for item in contenu]</code>. Si la première ligne contient les en-têtes des colonnes, on peut l'enlever avec la fonction <code lang="python">del()</code> : <syntaxhighlight lang="python"> with open("monfichier.txt", "rt") as fichier: contenu = fichier.read() contenu = contenu.splitlines() del(contenu[0]) contenu = [item.split(",") for item in contenu] </syntaxhighlight> Certains logiciels créent des fichiers en utilisant le séparateur décimal régional, qui en France est la virgule. Pour remplacer les virgules par des points, on peut utiliser la méthode <code lang="python">.replace()</code>, de préférence ''avant'' de séparer les valeurs : <syntaxhighlight lang="python"> contenu = contenu.splitlines() contenu = [item.replace(",", ".") for item in contenu] # remplace les virgules par des points contenu = [item.split(";") for item in contenu] # si le séparateur est un point-virgule </syntaxhighlight> en effet, lorsque l'on a séparé les valeurs, on a une liste de liste, il faut alors balayer les sous-listes ce qui prend plus de temps : <syntaxhighlight lang="python"> contenu = contenu.splitlines() contenu = [item.split(";") for item in contenu] # si le séparateur est un point-virgule contenu = [[subitem.replace(",", ".") for subitem in item] for item in contenu] # remplace les virgules par des points </syntaxhighlight> '''Exemple complet''' Supposons que l'on ait un fichier texte de la forme : <syntaxhighlight lang="text"> x y z V 0.0 1.5 3.2 8.657 0.4 1.5 3.2 8.392 0.2 1.5 3.2 8.485 ... </syntaxhighlight> C'est un fichier valeurs V associées à des points de coordonnées ''(x, y, z)'' (un champ V sur l'espace, donc). Nous remarquons que seule la coordonnée ''x'' change : les données concernent la droite (''y'' = 1,5 ; ''z'' = 3,2). Nous remarquons aussi que les valeurs de ''x'' ne sont pas classées par ordre croissant ni décroissant. Nous voulons au final avoir une matrice [[''x''], [V]] triée par ''x'' croissant. Pour cela, nous pouvons faire : <syntaxhighlight lang="python"> with open(nomdefichier, "rt") ad fichier: contenu = fichier.read() contenu = contenu.splitlines() contenu = [item.split(" ") for item in contenu contenu = contenu[1:] # élimine la première ligne x = np.array([float(ligne[0]) for ligne in contenu]) V = np.array([float(ligne[3]) for ligne in contenu]) donnees = np.concatenate((x.reshape(-1, 1), V.reshape(-1, 1)), axis=1) # matrice [[x], [V]] ind = np.argsort(donnees[:, 0]) donnees = donnees[ind, :] # matrice triée plt.plot(donnees[:, 0], donnees[:, 1]) </syntaxhighlight> {{note|Pour le tri, voir [[../Manipulation_de_matrices#Fonctions_et_méthodes_de_base|''Manipulation de matrices'' &gt; ''Fonctions et méthodes de base'']].}} === Cas d'un fichier CSV === Si le fichier CSV ne contient que des valeurs numériques, on peut utiliser : <syntaxhighlight lang="python"> valeurs = np.loadtxt(chemin+nomfic, delimiter=",") # si le séparateur est une virgule </syntaxhighlight> Il existe un module <code lang="python">csv</code> dédié aux fichiers CSV. La manipulation du fichier se fait comme suit : <syntaxhighlight lang="python"> import csv with open(chemin+nomfic, "rt") as fichier: lecteur = csv.reader(fichier, delimiter=",") contenu = [ligne for ligne in lecteur] print(contenu) </syntaxhighlight> === Utilisation de Pandas === Pandas<ref>https://pandas.pydata.org/</ref> est un module gérant les tableaux de données, appelés <em lang="en">data frames</em>. Voici quelques commandes utiles : <syntaxhighlight lang="python"> import numpy as np import pandas as pd M = np.random.rand(10, 10) # crée une matrice NumPy aléatoire de dimension 10 × 10 tableau = pd.DataFrame(M) # transforme la matrice en tableau DataFrame tableau.to_csv("tableau.csv") # enregistre le tableau dans un fichier CSV donnees = pd.read_csv("tableau.csv").to_numpy() # lit le fichier et transforme le tableau DataFrame en matrice NumPy </syntaxhighlight> Par défaut, la fonction <code>pd.read_csv()</code> considère que le séparateur est une virgule, et la commande <code>pd.read_table()</code> que c'est une tabulation. On peut définir le séparateur avec le paramètre <code>sep</code> : <syntaxhighlight lang="python"> donnees = pd.read_csv("tableau.csv", sep=";") </syntaxhighlight> On peut utiliser les séparateurs spéciaux : * <code>\t</code> : tabulation ; * <code>\s+</code> : nombre arbitraire d'espaces. On peut par ailleurs utiliser les paramètres suivants : * <code>dialect</code> : syntaxe du fichier, par exemple <code>dialect = "excel"</code> ; * <code>nrows</code> (entier) : nombre de lignes lues ; * <code>skiprows</code> (entier) : nombre de lignes sautées (non lues) en début de fichier ; * <code>header</code> (entier) : numéro de ligne utilisé pour l'en-tête, par exemple <code>header = 0</code> pour la première ligne ; * <code>skip_blank_lines</code> (booléen) : si la valeur est vraie (<code>True</code>), ne lit pas les lignes vide ; sinon, met une valeur <code>nan</code>. Par exemple : <syntaxhighlight lang="python"> donnees1 = pd.read_csv("tableau.csv", nrows=1, sep="\s+").to_numpy() donnees2 = pd.read_csv("tableau.csv", skiprows=3, sep="\s+").to_numpy() </syntaxhighlight> {{voir|{{lien web |url=https://pandas.pydata.org/docs/user_guide/io.html |titre=IO tools (text, CSV, HDF5, …) |site=Pandas |consulté le=2026-05-06}} }} == Exporter un programme Python == Vous pouvez créer un fichier « Python pur » <code>.py</code>. Pour cela, dans le menu <code>fichier/file</code> de Jupyter, choisir <code>télécharger/download</code> au format <code>.py</code> ; le fichier se trouve alors dans le répertoire de téléchargement du navigateur. == Recommandations == Les recommandations de programmation sont générales et ne sont en grande partie pas spécifiques à Python. {{voir|[[Découvrir_Scilab/Programmation#Recommandations]]}} == Ressources == * {{lien web | url = https://www.python.org/dev/peps/pep-0008/ | titre = PEP 8 -- Style Guide for Python Code | site = Python documentation | consulté le = 2019-03-14 }} == Notes et références == {{références}} ---- [[../Fonctions mathématiques générales|Fonctions mathématiques générales]] &lt; [[../|↑]] &gt; [[../Graphiques|Graphiques]] {{DEFAULTSORT:Elements de programmation}} [[Catégorie:Python pour le calcul scientifique (livre)]] ox7ve9kmzj5d1t91mxljc43hanlvosr Programmation PHP avec Symfony/Composant 0 73411 767494 753943 2026-06-05T12:08:25Z JackPotte 5426 /* security */ 767494 wikitext text/x-wiki <noinclude>{{Symfony}}</noinclude> == Description == Le framework Symfony permet nativement les fonctionnalités minimum dans un souci de performances, à l'instar d'un micro-framework. Par exemple son compilateur permet d'utiliser plusieurs patrons de conception (design patterns) via des mots réservés dans services.yaml : * arguments : [[Patrons de conception/Injection de dépendance|Injection de dépendance]] * decorator : [[Patrons de conception/Décorateur|Décorateur]]. * shared : [[Patrons de conception/Singleton|Singleton]]. * factory : [[Patrons de conception/Fabrique|Fabrique]]<ref>https://symfony.com/doc/current/service_container/factories.html</ref>. Toutefois, on peut lui ajouter des composants<ref>https://symfony.com/components</ref>, dont il convient de connaitre les fonctionnalités pour ne pas réinventer la roue. Pour les installer : <pre> composer require symfony/nom_du_composant </pre> Les quatre premiers ci-dessous sont inclus par défaut dans le microframework <code>symfony/skeleton</code>. == framework-bundle == Structure la configuration principale du framework sans laquelle aucun composant n'est installable<ref>https://symfony.com/doc/current/reference/configuration/framework.html</ref>. == console == [[Patrons de conception/Commande|Patrons de conception "Commande"]]. Fournit la possibilité d'exécuter le framework avec des commandes shell<ref>https://symfony.com/doc/current/components/console.html</ref>. Par exemple pour obtenir la liste de toutes les commandes disponibles dans un projet : <pre> php bin/console help list </pre> == dotenv == Gère les variables d'environnement non versionnées, contenues dans un fichier .env<ref>https://symfony.com/doc/current/components/dotenv.html</ref>. Elles peuvent aussi bénéficier de {{wt|type checking}} en préfixant les types avec ":". Ex de .env : <pre> IS_DEV_SERVER=1 </pre> Le ''services.yaml, parameters:'' récupère ensuite cette valeur et vérifie qu'il s'agit d'un booléen (via le processeur de variable d'environnement "bool") : <pre> is_dev_server: '%env(bool:IS_DEV_SERVER)%' </pre> Il existe plusieurs processeurs de variable d'environnement (en plus de "bool" et des autres types)<ref>https://symfony.com/doc/current/configuration/env_var_processors.html</ref> : * <code>base64:</code> encode en base64. * <code>default:</code> remplace le deuxième paramètre par le premier si absent. Ex : ** <code>$addTestValues: '%env(bool:default::ADD_TEST_VALUES)%'</code> injecte "null" si ADD_TEST_VALUES n'est pas défini. ** <code>$addTestValues: '%env(bool:default:ADD_TEST_VALUES2:ADD_TEST_VALUES1)%'</code> injecte le contenu de ADD_TEST_VALUES2 si ADD_TEST_VALUES1 n'est pas défini. * <code>file:</code> remplace le chemin d'un fichier par son contenu. * <code>not:</code> renvoie l'inverse. * <code>require:</code> fait un require() PHP. * <code>resolve:</code> remplace le nom d'une variable par sa valeur. * <code>trim:</code> fait un trim() PHP. Pour définir une valeur par défaut en cas de variable d'environnement manquante (sans utiliser <code>default:</code>), dans ''services.yaml, parameters:'' : <pre> env(MY_MISSING_CONSTANT): '0' </pre> == yaml == Ajoute la conversion de fichier {{w|YAML}} en tableau PHP<ref>https://symfony.com/doc/current/components/yaml.html</ref>. Ce format de données constitue une alternative plus lisible au XML pour renseigner la configuration des services. Par défaut le framework se configure avec config.yaml. == routing == [[Patrons de conception/Façade|patron de conception "Façade"]]. Installe les annotations permettant de router des URLs vers les classes des contrôleurs MVC. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Contrôleur#Routing}} == serializer == Permet de convertir des objets en tableaux ou dans les principaux formats de notation : JSON, XML, YAML et CSV<ref>https://symfony.com/doc/current/components/serializer.html</ref>. <pre> composer require symfony/serializer </pre> Ce composant est notamment utilisé pour créer des APIs. == form == Construit des formulaires HTML. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Formulaire}} == validator == Fournit des règles de validation pour les données telles que les adresses emails ou les codes postaux. Utile à coupler avec les formulaires pour contrôler les saisies. Ces règles peuvent porter sur les propriétés ou les getters. Il permet aussi de créer des groupes de validateurs, et de les ordonner par séquences. Par défaut chaque classe a automatiquement deux groupes de validateurs : "default" et celui de son nom. Si une séquence est définie, le groupe "default" n'est plus égal au groupe de la classe (celui par défaut) mais à la séquence par défaut<ref>https://symfony.com/doc/current/validation/sequence_provider.html</ref>. === Exemples === * Dans une entité : <pre> use Symfony\Component\Validator\Constraints as Assert; ... #[Assert\Email] private ?string $email = null; </pre> * Dans un formulaire (inutile à faire si c'est déjà dans l'entité) : <pre> use Symfony\Component\Validator\Constraints\Email; ... $builder->add('email', EmailType::class, [ 'required' => false, 'constraints' => [new Email()], ]) </pre> == translation == Les traductions sont stockées dans un fichier différent par domaine et par langue (code {{w|ISO 639}}). Les formats acceptés sont YAML, XML, PHP<ref>https://symfony.com/doc/current/translation.html</ref>. On peut ensuite récupérer ces dictionnaires en Twig (via le filtre "trans"), ou en PHP (via le service "translator"). Par exemple, le domaine par défaut étant "messages", le français se trouve donc dans <code>translations/messages.fr.yml</code> ou <code>translations/messages.fr-FR.yml</code>. === Installation === <pre> composer require symfony/translation </pre> Pour avoir les traductions inutilisées en anglais : <pre> bin/console debug:translation en --only-unused </pre> Pour les traductions manquantes en anglais : <pre> bin/console debug:translation en --only-missing </pre> On peut restreindre à un seul domaine avec une option : <code>--domain=mon_domaine</code> === Traduction en PHP === Le domaine et la langue sont facultatifs (car ils ont des valeurs par défaut) : <pre> $translator->trans('Hello World', domain: 'login', locale: 'fr_FR'); </pre> {{remarque|le composant Symfony Form appelle automatiquement Translations pour ses "labels".}} === Traduction en Twig === Les traductions en Twig sont appelées par le [[Programmation PHP avec Symfony/Twig#Filtre_trans|filtre "trans"]] : <pre> {% trans_default_domain 'login' %} {{ 'Hello World' |trans }} </pre> Ou : <pre> {{ 'Hello World' |trans({}, 'login', 'fr-FR') }} </pre> === Variables === * YAML : la variable est entre accolades (selon la norme de l'{{w|International Components for Unicode|ICU}}<ref>https://symfony.com/doc/current/reference/formats/message_format.html</ref>) <pre> Hello World: 'Hello World name!' </pre> * Twig : <pre> {{ Hello World |trans({"name": userName}) }} </pre> * PHP <pre> $translator->trans('Hello World', ['name' => $userName]); </pre> Dans un formulaire Symfony : <pre> $builder ->add('hello', TextType::class,([ 'label' => 'Hello World', 'label_translation_parameters' => [ 'name' => $userName, ] ])) ; </pre> Par défaut le domaine de traduction est "message" mais on peut désactiver ces dernières avec : <code>choice_translation_domain => false</code>. == event-dispatcher == [[Patrons de conception/Observateur|Patrons de conception "Observateur"]]<ref>http://www.jpsymfony.com/design_patterns/le-design-pattern-observer-avec-symfony2</ref> et [[Patrons de conception/Médiateur|"Médiateur"]]<ref>https://github.com/certificationy/symfony-pack/blob/babd3fee68a7e793767f67c6df140630f52e7f8d/data/architecture.yml#L13</ref>. Assure la possibilité d'écouter des évènements pour qu'ils déclenchent des actions. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Évènement}} == process == Permet de lancer des sous-processus en parallèle<ref>https://symfony.com/doc/current/components/process.html</ref>. Exemple qui lance une commande shell : <pre> $process = new Process(['ls']); $process->run(); </pre> {{attention|En l'absence de <code>$process->stop()</code> ou de timeout, le sous-processus peut être stoppé en redémarrant le serveur PHP.|clear=left}} Exemple de requête SQL asynchrone<ref>https://gist.github.com/appaydin/42eaf953172fc7ea6a8b193694645324</ref> : <pre> $sql = 'SELECT * FROM ma_table LIMIT 1'; $process = Process::fromShellCommandline(sprintf('../bin/console doctrine:query:sql "%s"', $sql)); $process->setTimeout(3600); $process->start(); </pre> == cache == Gère les connexions, lectures et écritures vers des serveurs de mémoire caches tels que {{w|Redis}} ou {{w|Memcached}}. Il fournit une classe ''cacheItem'' conforme à la PSR, instanciable par plusieurs adaptateurs. Le cache ne sert qu'à accélérer l'application donc une panne sur celui-ci ne doit pas la bloquer. C'est pourquoi il vaut mieux avoir un ou plusieurs caches de secours, même moins rapides, pour prendre le relais dans une chaine de caches. Pour mettre cela en place sur Symfony, définir le chaine et ses composants dans cache.yaml. {{article détaillé|Programmation PHP/Redis#Dans Symfony}} == asset == Ajoute la fonction Twig <code>asset()</code> pour accéder aux fichiers CSS, JS ou images selon leurs versions<ref>https://symfony.com/doc/current/components/asset.html</ref>. == webpack-encore == Intégration de {{w|Webpack|lang=en}} pour gérer la partie {{wt|front end}} (ex : minifications des CSS et JS). === Installation<ref>https://symfonycasts.com/screencast/stimulus/encore</ref> === <pre> composer require symfony/webpack-encore-bundle yarn install yarn build </pre> NB : si {{w|Yarn}} n'est pas installé, le faire avec {{w|npm}} : <code>apt install nodejs npm; npm install --global yarn</code>. Cela crée les fichiers package.json et yarn.lock contenant les dépendances JavaScript, le dossier assets/ contenant les JS et CSS versionnés, et le fichier webpack.config.js dans lequel ils sont appelés. De plus, des fonctions Twig permettent d'y accéder depuis les templates : <code>encore_entry_link_tags()</code> et <code>encore_entry_script_tags()</code>. Par ailleurs, cela installe le framework JS Stimulus, et interprète les {{wt|attributs de données}} pour appeler ses contrôleurs ou méthodes. === Rebuild === Pour que le code se build en cours de frappe, deux solutions<ref>https://symfony.com/doc/current/frontend/encore/simple-example.html</ref> : * Avec Yarn : ** yarn watch ** yarn dev-server * Avec npm : ** npm watch ** npm run dev-server La différence entre les deux est que le dev-server peut mettre à jour la page sans même la rafraichir. == messenger == [[Patrons de conception/Chaîne de responsabilité|Patrons de conception "Chaîne de responsabilité"]]. Messenger permet d'utiliser des queues au protocole {{w|AMQP}}. En résumé, il gère l'envoi de messages dans des bus, ces messages transitent par d'éventuels ''middlewares'' puis arrivent à destination dans des ''handlers''<ref>https://vria.eu/delve_into_the_heart_of_the_symfony_messenger/</ref>. On peut aussi persister ces messages en les envoyant dans des ''transports'' via un {{wt|DSN}}, par exemple dans RabbitMQ, Redis ou Doctrine (donc une table des SGBD les plus populaires). <pre> php bin/console debug:messenger </pre> Chaque middleware doit passer le relais au suivant ainsi : <pre> return $stack->next()->handle($envelope, $stack); </pre> Pour stopper le message dans un middleware sans qu'il arrive aux handlers : <pre> return $envelope; </pre> Chaque message peut être défini comme à traiter en synchrone ou asynchrone. {{attention|Pour le faire tourner en asynchrone en prod sans qu'il n'interrompe les traitements en cours à chaque MEP, il existe plusieurs solutions : * Processus Linux ''supervisord'' : ne convient pas aux conteneurs car ils interrompent leurs traitements à chaque relance. * Sidecar container [[Docker/Kubernetes|Kubernetes]] : idem. * Conteneur dédié qui se redéploie gracieusement après chaque MEP. Par exemple dans Kubernetes, l'option <code>ttlSecondsAfterFinished: 3600</code> garantit que le conteneur attend la fin du traitement en cours jusqu'à 1h maximum avant de se redéployer. }} == workflow == [[Patrons de conception/Commande|Patrons de conception "État"]]. Ce composant nécessite de créer (en YAML, XML ou PHP) la configuration d'un {{w|automate fini}}<ref>https://symfony.com/doc/current/workflow.html</ref>, c'est-à-dire la liste de ses transitions et états (appelés "places"). Ces graphes sont ensuite visualisables en image ainsi : <pre> use Symfony\Component\Workflow\Definition; use Symfony\Component\Workflow\Dumper\StateMachineGraphvizDumper; class WorkflowDisplayer ... $definition = new Definition($places, $transitions); echo (new StateMachineGraphvizDumper())->dump($definition); </pre> <pre> sudo apt install graphviz php WorkflowDisplayer.php | dot -Tpng -o workflow.png </pre> == browser-kit == Simule un navigateur pour les tests d'intégration. == config == Permet de manipuler des fichiers de configurations. == contracts == Pour la {{w|programmation par contrat}}. == css-selector == Pour utiliser {{w|XPath}}. == debug == Fournit des méthodes statiques pour déboguer le PHP. == dependency-injection == Normalise l'utilisation du ''container'' de services. Permet aussi d'exécuter du code pendant la compilation via un ''compiler pass'', en implémentant l'interface ''CompilerPassInterface'' avec sa méthode ''process''<ref>https://symfony.com/doc/current/components/dependency_injection/compilation.html</ref>. == dom-crawler == Fournit des méthodes pour parcourir le {{w|DOM}}. == expression-language == [[Patrons de conception/Interpréteur|Patrons de conception "Interpréteur"]]. ''Expression language ''sert à évaluer des expressions, ce qui peut permettre de définir des règles métier<ref>https://symfony.com/doc/current/components/expression_language.html</ref>. Installation : composer require symfony/expression-language Exemple : <pre> $el = new ExpressionLanguage(); $operation = '1 + 2'; echo( sprintf( "L'opération %s vaut %s", $el->compile($operation)); $el->evaluate($operation)); ) ); // Affiche : L'opération 1 + 2 vaut 3 </pre> == filesystem == Méthodes de lecture et écriture dans les dossiers et fichiers. == finder == Recherche dans les dossiers et fichiers. == security == Ensemble de sous-composants assurant la sécurité d'un site. Ex : authentification, anti-{{w|CSRF}} ou droit des utilisateurs d'accéder à une page. === Installation === <pre> composer require symfony/security-bundle </pre> === Utilisation === Dans security.yaml, on peut par exemple définir les classes qui vont assurer l'authentification (''guard''), ou celle ''User'' qui sera instanciée après. Pour obtenir l'utilisateur ou son token, on peut injecter : <pre> TokenStorageInterface $tokenStorage </pre> pour avoir l'utilisateur courant avec <code>$this->tokenStorage->getToken()->getUser()</code>. == guard == Extension de sécurité pour des authentifications complexes. == http-client == Pour lancer des requêtes HTTP depuis l'application. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/HttpClient}} == http-foundation == Fournit des classes pour manipuler les requêtes HTTP, comme ''Request'' et ''Response'' que l'on retrouve dans les contrôleurs. Par exemple : <pre> use Symfony\Component\HttpFoundation\Response; //... echo Response::HTTP_OK; // 200 echo Response::HTTP_NOT_FOUND; // 404 </pre> == http-kernel == Permet d'utiliser des évènements lors des transformations des requêtes HTTP en réponses. == inflector == Deprecated depuis Symfony 5. Accorde les mots anglais au pluriel à partir de leurs singuliers. == intl == Internationalisation, comme par exemple la classe "Locale" pour gérer une langue. == ldap == Connexion aux serveur {{w|LDAP}}. == lock == Pour verrouiller les accès aux ressources<ref>https://symfony.com/doc/current/components/lock.html</ref>. Par exemple, pour ne pas qu'une commande soit lancée deux fois simultanément, bien que le composant console aie aussi cette fonctionnalité : <pre> use Symfony\Component\Console\Command\LockableTrait; ... protected function execute(InputInterface $input, OutputInterface $output): int { if ($this->lock() === false) { return Command::SUCCESS; } ... $this->release(); return Command::SUCCESS; } </pre> == Maker bundle == Pour créer ou recréer des classes à partir de déductions<ref>https://symfony.com/bundles/SymfonyMakerBundle/current/index.html</ref>. <pre> composer require --dev symfony/maker-bundle </pre> NB : ce composant ne permet pas de générer des entités à partir d'une base de données. == mailer == Pour envoyer des emails. == mime == Manipulation des messages {{w|MIME}}. == notifier == Pour envoyer des notifications telles que des emails, des SMS, des messages instantanés, etc. == options-resolver == Gère les remplacements de propriétés par d'autres, avec certaines par défaut. == phpunit-bridge == [[Patrons de conception/Pont|Patron de conception "Pont"]] qui apporte plusieurs fonctionnalités liées aux tests unitaires, telles que la liste des tests désuets ou des mocks de fonctions PHP natif. == property-access == Pour lire les attributs de classe à partir de leurs getters, ou des tableaux. == property-info == Pour lire les métadonnées des attributs de classe. == stopwatch == Chronomètre pour mesurer des temps d'exécution. == string == API convertissant certains objets en chaine de caractères. Ex : <pre> use Symfony\Component\String\Slugger\AsciiSlugger; $slugger = new AsciiSlugger(); echo $slugger->slug('caractères spéciaux € $'); </pre> Résultat : caracteres-speciaux-EUR == templating == Extension de construction de templates. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Templating}} == var-dumper == Ajoute une fonction globale <code>dump()</code> pour déboguer des objets en les affichant avec une coloration syntaxique et des menus déroulant. Ajoute aussi <code>dd()</code> pour ''dump() and die()''. == var-exporter == Permet d'instancier une classe sans utiliser son constructeur. == polyfill* == On trouve aussi une vingtaine de composants {{wt|polyfill}}, fournissant des fonctions PHP retirées dans les versions les plus récentes. == Composants désuets == === locale (<= v2.3) === Arrêté en 2011, car remplacé par le composant ''intl''<ref>https://symfony.com/components/Locale</ref>. === icu (<= v2.6) === Arrêté en 2014, car remplacé par le composant ''intl''<ref>https://symfony.com/components/Icu</ref>. === class-loader (<= v3.3) === Arrêté en 2011, car remplacé par composer.json<ref>https://symfony.com/components/ClassLoader</ref>. == Ajoutés en 2020 == === Uid ''(sic)'' (>= v5.1) === Pour générer des {{w|UUID}}<ref>https://symfony.com/doc/current/components/uid.html</ref>. === RateLimiter (>= v5.2) === [[Patrons de conception/Proxy|Patron de conception "Proxy"]], qui permet de limiter la consommation de ressources du serveur par les clients<ref>https://symfony.com/doc/current/rate_limiter.html</ref> Installation : <pre> composer require symfony/rate-limiter </pre> Pour l'activer, ajouter la ligne suivante dans les pare-feux de security.yaml concernés : <pre> login_throttling: true </pre> === Semaphore (>= v5.2) === Pour donner l'exclusivité d'accès à une ressource<ref>https://symfony.com/doc/current/components/semaphore.html</ref>. == Ajoutés en 2021 == === PasswordHasher (>= v5.3) === Pour gérer les chiffrements<ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-5-3-passwordhasher-component</ref>. === Runtime (>= v5.3) === Pour le démarrage (bootstrap) : permettre de découpler l'application de son code de retour. <ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-5-3-runtime-component</ref>. == Ajoutés en 2022 == === HtmlSanitizer (>= v6.1) === === Clock (>= v6.2) === === Symfony UX (>= v5.4) === ==== ux-autocomplete ==== ==== ux-chartjs ==== Utilise Chart.js via Stimulus pour afficher des graphiques, via la fonction Twig <code>render_chart()</code><ref>https://symfony.com/bundles/ux-chartjs/current/index.html</ref>. ==== ux-react ==== Ajoute le framework {{w|React.js}}. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Stimulus}} ==== ux-vue ==== Ajoute le framework {{w|Vue.js}}. == Ajoutés en 2023 == === Webhook et RemoteEvent (>= v6.3) === <ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-6-3-webhook-and-remoteevent-components</ref> === AssetMapper (>= v6.3) === <ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-6-3-assetmapper-component</ref> === Scheduler (>= v6.3) === <ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-6-3-scheduler-component</ref> == Composants non listés comme tels == === apache-pack === Pour faire tourner le site sans passer par le serveur <code>symfony server:start</code>. == Références == {{Références}} nkp4sasxqoo34trmiitl1ltnm7fj28b 767495 767494 2026-06-05T12:09:12Z JackPotte 5426 /* Utilisation */ 767495 wikitext text/x-wiki <noinclude>{{Symfony}}</noinclude> == Description == Le framework Symfony permet nativement les fonctionnalités minimum dans un souci de performances, à l'instar d'un micro-framework. Par exemple son compilateur permet d'utiliser plusieurs patrons de conception (design patterns) via des mots réservés dans services.yaml : * arguments : [[Patrons de conception/Injection de dépendance|Injection de dépendance]] * decorator : [[Patrons de conception/Décorateur|Décorateur]]. * shared : [[Patrons de conception/Singleton|Singleton]]. * factory : [[Patrons de conception/Fabrique|Fabrique]]<ref>https://symfony.com/doc/current/service_container/factories.html</ref>. Toutefois, on peut lui ajouter des composants<ref>https://symfony.com/components</ref>, dont il convient de connaitre les fonctionnalités pour ne pas réinventer la roue. Pour les installer : <pre> composer require symfony/nom_du_composant </pre> Les quatre premiers ci-dessous sont inclus par défaut dans le microframework <code>symfony/skeleton</code>. == framework-bundle == Structure la configuration principale du framework sans laquelle aucun composant n'est installable<ref>https://symfony.com/doc/current/reference/configuration/framework.html</ref>. == console == [[Patrons de conception/Commande|Patrons de conception "Commande"]]. Fournit la possibilité d'exécuter le framework avec des commandes shell<ref>https://symfony.com/doc/current/components/console.html</ref>. Par exemple pour obtenir la liste de toutes les commandes disponibles dans un projet : <pre> php bin/console help list </pre> == dotenv == Gère les variables d'environnement non versionnées, contenues dans un fichier .env<ref>https://symfony.com/doc/current/components/dotenv.html</ref>. Elles peuvent aussi bénéficier de {{wt|type checking}} en préfixant les types avec ":". Ex de .env : <pre> IS_DEV_SERVER=1 </pre> Le ''services.yaml, parameters:'' récupère ensuite cette valeur et vérifie qu'il s'agit d'un booléen (via le processeur de variable d'environnement "bool") : <pre> is_dev_server: '%env(bool:IS_DEV_SERVER)%' </pre> Il existe plusieurs processeurs de variable d'environnement (en plus de "bool" et des autres types)<ref>https://symfony.com/doc/current/configuration/env_var_processors.html</ref> : * <code>base64:</code> encode en base64. * <code>default:</code> remplace le deuxième paramètre par le premier si absent. Ex : ** <code>$addTestValues: '%env(bool:default::ADD_TEST_VALUES)%'</code> injecte "null" si ADD_TEST_VALUES n'est pas défini. ** <code>$addTestValues: '%env(bool:default:ADD_TEST_VALUES2:ADD_TEST_VALUES1)%'</code> injecte le contenu de ADD_TEST_VALUES2 si ADD_TEST_VALUES1 n'est pas défini. * <code>file:</code> remplace le chemin d'un fichier par son contenu. * <code>not:</code> renvoie l'inverse. * <code>require:</code> fait un require() PHP. * <code>resolve:</code> remplace le nom d'une variable par sa valeur. * <code>trim:</code> fait un trim() PHP. Pour définir une valeur par défaut en cas de variable d'environnement manquante (sans utiliser <code>default:</code>), dans ''services.yaml, parameters:'' : <pre> env(MY_MISSING_CONSTANT): '0' </pre> == yaml == Ajoute la conversion de fichier {{w|YAML}} en tableau PHP<ref>https://symfony.com/doc/current/components/yaml.html</ref>. Ce format de données constitue une alternative plus lisible au XML pour renseigner la configuration des services. Par défaut le framework se configure avec config.yaml. == routing == [[Patrons de conception/Façade|patron de conception "Façade"]]. Installe les annotations permettant de router des URLs vers les classes des contrôleurs MVC. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Contrôleur#Routing}} == serializer == Permet de convertir des objets en tableaux ou dans les principaux formats de notation : JSON, XML, YAML et CSV<ref>https://symfony.com/doc/current/components/serializer.html</ref>. <pre> composer require symfony/serializer </pre> Ce composant est notamment utilisé pour créer des APIs. == form == Construit des formulaires HTML. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Formulaire}} == validator == Fournit des règles de validation pour les données telles que les adresses emails ou les codes postaux. Utile à coupler avec les formulaires pour contrôler les saisies. Ces règles peuvent porter sur les propriétés ou les getters. Il permet aussi de créer des groupes de validateurs, et de les ordonner par séquences. Par défaut chaque classe a automatiquement deux groupes de validateurs : "default" et celui de son nom. Si une séquence est définie, le groupe "default" n'est plus égal au groupe de la classe (celui par défaut) mais à la séquence par défaut<ref>https://symfony.com/doc/current/validation/sequence_provider.html</ref>. === Exemples === * Dans une entité : <pre> use Symfony\Component\Validator\Constraints as Assert; ... #[Assert\Email] private ?string $email = null; </pre> * Dans un formulaire (inutile à faire si c'est déjà dans l'entité) : <pre> use Symfony\Component\Validator\Constraints\Email; ... $builder->add('email', EmailType::class, [ 'required' => false, 'constraints' => [new Email()], ]) </pre> == translation == Les traductions sont stockées dans un fichier différent par domaine et par langue (code {{w|ISO 639}}). Les formats acceptés sont YAML, XML, PHP<ref>https://symfony.com/doc/current/translation.html</ref>. On peut ensuite récupérer ces dictionnaires en Twig (via le filtre "trans"), ou en PHP (via le service "translator"). Par exemple, le domaine par défaut étant "messages", le français se trouve donc dans <code>translations/messages.fr.yml</code> ou <code>translations/messages.fr-FR.yml</code>. === Installation === <pre> composer require symfony/translation </pre> Pour avoir les traductions inutilisées en anglais : <pre> bin/console debug:translation en --only-unused </pre> Pour les traductions manquantes en anglais : <pre> bin/console debug:translation en --only-missing </pre> On peut restreindre à un seul domaine avec une option : <code>--domain=mon_domaine</code> === Traduction en PHP === Le domaine et la langue sont facultatifs (car ils ont des valeurs par défaut) : <pre> $translator->trans('Hello World', domain: 'login', locale: 'fr_FR'); </pre> {{remarque|le composant Symfony Form appelle automatiquement Translations pour ses "labels".}} === Traduction en Twig === Les traductions en Twig sont appelées par le [[Programmation PHP avec Symfony/Twig#Filtre_trans|filtre "trans"]] : <pre> {% trans_default_domain 'login' %} {{ 'Hello World' |trans }} </pre> Ou : <pre> {{ 'Hello World' |trans({}, 'login', 'fr-FR') }} </pre> === Variables === * YAML : la variable est entre accolades (selon la norme de l'{{w|International Components for Unicode|ICU}}<ref>https://symfony.com/doc/current/reference/formats/message_format.html</ref>) <pre> Hello World: 'Hello World name!' </pre> * Twig : <pre> {{ Hello World |trans({"name": userName}) }} </pre> * PHP <pre> $translator->trans('Hello World', ['name' => $userName]); </pre> Dans un formulaire Symfony : <pre> $builder ->add('hello', TextType::class,([ 'label' => 'Hello World', 'label_translation_parameters' => [ 'name' => $userName, ] ])) ; </pre> Par défaut le domaine de traduction est "message" mais on peut désactiver ces dernières avec : <code>choice_translation_domain => false</code>. == event-dispatcher == [[Patrons de conception/Observateur|Patrons de conception "Observateur"]]<ref>http://www.jpsymfony.com/design_patterns/le-design-pattern-observer-avec-symfony2</ref> et [[Patrons de conception/Médiateur|"Médiateur"]]<ref>https://github.com/certificationy/symfony-pack/blob/babd3fee68a7e793767f67c6df140630f52e7f8d/data/architecture.yml#L13</ref>. Assure la possibilité d'écouter des évènements pour qu'ils déclenchent des actions. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Évènement}} == process == Permet de lancer des sous-processus en parallèle<ref>https://symfony.com/doc/current/components/process.html</ref>. Exemple qui lance une commande shell : <pre> $process = new Process(['ls']); $process->run(); </pre> {{attention|En l'absence de <code>$process->stop()</code> ou de timeout, le sous-processus peut être stoppé en redémarrant le serveur PHP.|clear=left}} Exemple de requête SQL asynchrone<ref>https://gist.github.com/appaydin/42eaf953172fc7ea6a8b193694645324</ref> : <pre> $sql = 'SELECT * FROM ma_table LIMIT 1'; $process = Process::fromShellCommandline(sprintf('../bin/console doctrine:query:sql "%s"', $sql)); $process->setTimeout(3600); $process->start(); </pre> == cache == Gère les connexions, lectures et écritures vers des serveurs de mémoire caches tels que {{w|Redis}} ou {{w|Memcached}}. Il fournit une classe ''cacheItem'' conforme à la PSR, instanciable par plusieurs adaptateurs. Le cache ne sert qu'à accélérer l'application donc une panne sur celui-ci ne doit pas la bloquer. C'est pourquoi il vaut mieux avoir un ou plusieurs caches de secours, même moins rapides, pour prendre le relais dans une chaine de caches. Pour mettre cela en place sur Symfony, définir le chaine et ses composants dans cache.yaml. {{article détaillé|Programmation PHP/Redis#Dans Symfony}} == asset == Ajoute la fonction Twig <code>asset()</code> pour accéder aux fichiers CSS, JS ou images selon leurs versions<ref>https://symfony.com/doc/current/components/asset.html</ref>. == webpack-encore == Intégration de {{w|Webpack|lang=en}} pour gérer la partie {{wt|front end}} (ex : minifications des CSS et JS). === Installation<ref>https://symfonycasts.com/screencast/stimulus/encore</ref> === <pre> composer require symfony/webpack-encore-bundle yarn install yarn build </pre> NB : si {{w|Yarn}} n'est pas installé, le faire avec {{w|npm}} : <code>apt install nodejs npm; npm install --global yarn</code>. Cela crée les fichiers package.json et yarn.lock contenant les dépendances JavaScript, le dossier assets/ contenant les JS et CSS versionnés, et le fichier webpack.config.js dans lequel ils sont appelés. De plus, des fonctions Twig permettent d'y accéder depuis les templates : <code>encore_entry_link_tags()</code> et <code>encore_entry_script_tags()</code>. Par ailleurs, cela installe le framework JS Stimulus, et interprète les {{wt|attributs de données}} pour appeler ses contrôleurs ou méthodes. === Rebuild === Pour que le code se build en cours de frappe, deux solutions<ref>https://symfony.com/doc/current/frontend/encore/simple-example.html</ref> : * Avec Yarn : ** yarn watch ** yarn dev-server * Avec npm : ** npm watch ** npm run dev-server La différence entre les deux est que le dev-server peut mettre à jour la page sans même la rafraichir. == messenger == [[Patrons de conception/Chaîne de responsabilité|Patrons de conception "Chaîne de responsabilité"]]. Messenger permet d'utiliser des queues au protocole {{w|AMQP}}. En résumé, il gère l'envoi de messages dans des bus, ces messages transitent par d'éventuels ''middlewares'' puis arrivent à destination dans des ''handlers''<ref>https://vria.eu/delve_into_the_heart_of_the_symfony_messenger/</ref>. On peut aussi persister ces messages en les envoyant dans des ''transports'' via un {{wt|DSN}}, par exemple dans RabbitMQ, Redis ou Doctrine (donc une table des SGBD les plus populaires). <pre> php bin/console debug:messenger </pre> Chaque middleware doit passer le relais au suivant ainsi : <pre> return $stack->next()->handle($envelope, $stack); </pre> Pour stopper le message dans un middleware sans qu'il arrive aux handlers : <pre> return $envelope; </pre> Chaque message peut être défini comme à traiter en synchrone ou asynchrone. {{attention|Pour le faire tourner en asynchrone en prod sans qu'il n'interrompe les traitements en cours à chaque MEP, il existe plusieurs solutions : * Processus Linux ''supervisord'' : ne convient pas aux conteneurs car ils interrompent leurs traitements à chaque relance. * Sidecar container [[Docker/Kubernetes|Kubernetes]] : idem. * Conteneur dédié qui se redéploie gracieusement après chaque MEP. Par exemple dans Kubernetes, l'option <code>ttlSecondsAfterFinished: 3600</code> garantit que le conteneur attend la fin du traitement en cours jusqu'à 1h maximum avant de se redéployer. }} == workflow == [[Patrons de conception/Commande|Patrons de conception "État"]]. Ce composant nécessite de créer (en YAML, XML ou PHP) la configuration d'un {{w|automate fini}}<ref>https://symfony.com/doc/current/workflow.html</ref>, c'est-à-dire la liste de ses transitions et états (appelés "places"). Ces graphes sont ensuite visualisables en image ainsi : <pre> use Symfony\Component\Workflow\Definition; use Symfony\Component\Workflow\Dumper\StateMachineGraphvizDumper; class WorkflowDisplayer ... $definition = new Definition($places, $transitions); echo (new StateMachineGraphvizDumper())->dump($definition); </pre> <pre> sudo apt install graphviz php WorkflowDisplayer.php | dot -Tpng -o workflow.png </pre> == browser-kit == Simule un navigateur pour les tests d'intégration. == config == Permet de manipuler des fichiers de configurations. == contracts == Pour la {{w|programmation par contrat}}. == css-selector == Pour utiliser {{w|XPath}}. == debug == Fournit des méthodes statiques pour déboguer le PHP. == dependency-injection == Normalise l'utilisation du ''container'' de services. Permet aussi d'exécuter du code pendant la compilation via un ''compiler pass'', en implémentant l'interface ''CompilerPassInterface'' avec sa méthode ''process''<ref>https://symfony.com/doc/current/components/dependency_injection/compilation.html</ref>. == dom-crawler == Fournit des méthodes pour parcourir le {{w|DOM}}. == expression-language == [[Patrons de conception/Interpréteur|Patrons de conception "Interpréteur"]]. ''Expression language ''sert à évaluer des expressions, ce qui peut permettre de définir des règles métier<ref>https://symfony.com/doc/current/components/expression_language.html</ref>. Installation : composer require symfony/expression-language Exemple : <pre> $el = new ExpressionLanguage(); $operation = '1 + 2'; echo( sprintf( "L'opération %s vaut %s", $el->compile($operation)); $el->evaluate($operation)); ) ); // Affiche : L'opération 1 + 2 vaut 3 </pre> == filesystem == Méthodes de lecture et écriture dans les dossiers et fichiers. == finder == Recherche dans les dossiers et fichiers. == security == Ensemble de sous-composants assurant la sécurité d'un site. Ex : authentification, anti-{{w|CSRF}} ou droit des utilisateurs d'accéder à une page. === Installation === <pre> composer require symfony/security-bundle </pre> === Utilisation === Dans security.yaml, on peut par exemple définir les classes qui vont assurer l'authentification (''guard''), ou celle ''User'' qui sera instanciée après. Pour obtenir l'utilisateur ou son token, on peut injecter : <pre> TokenStorageInterface $tokenStorage </pre> pour avoir l'utilisateur courant avec <code>$this->tokenStorage->getToken()?->getUser()</code>. == guard == Extension de sécurité pour des authentifications complexes. == http-client == Pour lancer des requêtes HTTP depuis l'application. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/HttpClient}} == http-foundation == Fournit des classes pour manipuler les requêtes HTTP, comme ''Request'' et ''Response'' que l'on retrouve dans les contrôleurs. Par exemple : <pre> use Symfony\Component\HttpFoundation\Response; //... echo Response::HTTP_OK; // 200 echo Response::HTTP_NOT_FOUND; // 404 </pre> == http-kernel == Permet d'utiliser des évènements lors des transformations des requêtes HTTP en réponses. == inflector == Deprecated depuis Symfony 5. Accorde les mots anglais au pluriel à partir de leurs singuliers. == intl == Internationalisation, comme par exemple la classe "Locale" pour gérer une langue. == ldap == Connexion aux serveur {{w|LDAP}}. == lock == Pour verrouiller les accès aux ressources<ref>https://symfony.com/doc/current/components/lock.html</ref>. Par exemple, pour ne pas qu'une commande soit lancée deux fois simultanément, bien que le composant console aie aussi cette fonctionnalité : <pre> use Symfony\Component\Console\Command\LockableTrait; ... protected function execute(InputInterface $input, OutputInterface $output): int { if ($this->lock() === false) { return Command::SUCCESS; } ... $this->release(); return Command::SUCCESS; } </pre> == Maker bundle == Pour créer ou recréer des classes à partir de déductions<ref>https://symfony.com/bundles/SymfonyMakerBundle/current/index.html</ref>. <pre> composer require --dev symfony/maker-bundle </pre> NB : ce composant ne permet pas de générer des entités à partir d'une base de données. == mailer == Pour envoyer des emails. == mime == Manipulation des messages {{w|MIME}}. == notifier == Pour envoyer des notifications telles que des emails, des SMS, des messages instantanés, etc. == options-resolver == Gère les remplacements de propriétés par d'autres, avec certaines par défaut. == phpunit-bridge == [[Patrons de conception/Pont|Patron de conception "Pont"]] qui apporte plusieurs fonctionnalités liées aux tests unitaires, telles que la liste des tests désuets ou des mocks de fonctions PHP natif. == property-access == Pour lire les attributs de classe à partir de leurs getters, ou des tableaux. == property-info == Pour lire les métadonnées des attributs de classe. == stopwatch == Chronomètre pour mesurer des temps d'exécution. == string == API convertissant certains objets en chaine de caractères. Ex : <pre> use Symfony\Component\String\Slugger\AsciiSlugger; $slugger = new AsciiSlugger(); echo $slugger->slug('caractères spéciaux € $'); </pre> Résultat : caracteres-speciaux-EUR == templating == Extension de construction de templates. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Templating}} == var-dumper == Ajoute une fonction globale <code>dump()</code> pour déboguer des objets en les affichant avec une coloration syntaxique et des menus déroulant. Ajoute aussi <code>dd()</code> pour ''dump() and die()''. == var-exporter == Permet d'instancier une classe sans utiliser son constructeur. == polyfill* == On trouve aussi une vingtaine de composants {{wt|polyfill}}, fournissant des fonctions PHP retirées dans les versions les plus récentes. == Composants désuets == === locale (<= v2.3) === Arrêté en 2011, car remplacé par le composant ''intl''<ref>https://symfony.com/components/Locale</ref>. === icu (<= v2.6) === Arrêté en 2014, car remplacé par le composant ''intl''<ref>https://symfony.com/components/Icu</ref>. === class-loader (<= v3.3) === Arrêté en 2011, car remplacé par composer.json<ref>https://symfony.com/components/ClassLoader</ref>. == Ajoutés en 2020 == === Uid ''(sic)'' (>= v5.1) === Pour générer des {{w|UUID}}<ref>https://symfony.com/doc/current/components/uid.html</ref>. === RateLimiter (>= v5.2) === [[Patrons de conception/Proxy|Patron de conception "Proxy"]], qui permet de limiter la consommation de ressources du serveur par les clients<ref>https://symfony.com/doc/current/rate_limiter.html</ref> Installation : <pre> composer require symfony/rate-limiter </pre> Pour l'activer, ajouter la ligne suivante dans les pare-feux de security.yaml concernés : <pre> login_throttling: true </pre> === Semaphore (>= v5.2) === Pour donner l'exclusivité d'accès à une ressource<ref>https://symfony.com/doc/current/components/semaphore.html</ref>. == Ajoutés en 2021 == === PasswordHasher (>= v5.3) === Pour gérer les chiffrements<ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-5-3-passwordhasher-component</ref>. === Runtime (>= v5.3) === Pour le démarrage (bootstrap) : permettre de découpler l'application de son code de retour. <ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-5-3-runtime-component</ref>. == Ajoutés en 2022 == === HtmlSanitizer (>= v6.1) === === Clock (>= v6.2) === === Symfony UX (>= v5.4) === ==== ux-autocomplete ==== ==== ux-chartjs ==== Utilise Chart.js via Stimulus pour afficher des graphiques, via la fonction Twig <code>render_chart()</code><ref>https://symfony.com/bundles/ux-chartjs/current/index.html</ref>. ==== ux-react ==== Ajoute le framework {{w|React.js}}. {{article détaillé|Programmation PHP avec Symfony/Stimulus}} ==== ux-vue ==== Ajoute le framework {{w|Vue.js}}. == Ajoutés en 2023 == === Webhook et RemoteEvent (>= v6.3) === <ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-6-3-webhook-and-remoteevent-components</ref> === AssetMapper (>= v6.3) === <ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-6-3-assetmapper-component</ref> === Scheduler (>= v6.3) === <ref>https://symfony.com/blog/new-in-symfony-6-3-scheduler-component</ref> == Composants non listés comme tels == === apache-pack === Pour faire tourner le site sans passer par le serveur <code>symfony server:start</code>. == Références == {{Références}} anwfn3zdk9j0hscg7ok9ihaeslqy6zp Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Éternel Retour 0 83019 767510 767167 2026-06-06T06:52:50Z PandaMystique 119061 767510 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} L''''éternel retour''' (en allemand : ''ewige Wiederkunft des Gleichen'' ou ''ewige Wiederkehr'') constitue l'un des concepts les plus énigmatiques et décisifs de la pensée de Friedrich Nietzsche. Cette doctrine, qui affirme que tous les événements de l'univers se répètent identiquement à l'infini, représente selon Nietzsche lui-même « la formule suprême de l'affirmation qui puisse jamais être atteinte »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « Ainsi parlait Zarathoustra », § 1, in ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/Munich, De Gruyter/DTV, 1980, vol. 6, p. 335.</ref>. == Genèse et formulation du concept == === La révélation à Sils-Maria === Le concept de l'éternel retour apparaît à Nietzsche en août 1881, lors d'une promenade près du lac de Silvaplana, dans l'Engadine suisse. Dans ''Ecce Homo'', il décrit ainsi ce moment d'inspiration : « La conception fondamentale de l'œuvre [''Ainsi parlait Zarathoustra''], la pensée de l'éternel retour, cette formule suprême de l'affirmation qui puisse jamais être atteinte, date d'août 1881 : elle est jetée sur une feuille de papier avec cette souscription : "6000 pieds au-delà de l'homme et du temps" »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « Ainsi parlait Zarathoustra », § 1, KSA 6, p. 335-336.</ref>. Cette expérience est confirmée par un fragment posthume du même mois, où Nietzsche écrit : « Commencement août 1881 à Sils-Maria, 6000 pieds au-dessus de la mer et bien plus haut au-dessus de toutes les choses humaines ! »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 11, été-automne 1881, KSA 9, p. 494.</ref>. === Première présentation publique === La première formulation publique du concept apparaît dans ''Le Gai Savoir'' (1882), à l'aphorisme 341 intitulé « Le poids le plus lourd » (''Das grösste Schwergewicht''). Nietzsche y présente l'éternel retour sous forme d'expérience de pensée : {{Citation bloc|Et si un jour ou une nuit, un démon te suivait dans ta plus solitaire solitude et te disait : "Cette vie, telle que tu la vis actuellement et telle que tu l'as vécue, il te faudra la revivre encore une fois et encore d'innombrables fois ; et il n'y aura rien de nouveau en elle, mais chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque soupir, et tout l'indiciblement petit et grand de ta vie devront revenir pour toi, et tout dans le même ordre et la même succession — et de même cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et de même cet instant et moi-même. L'éternelle sablier de l'existence sera retourné encore et toujours — et toi avec lui, poussière des poussières !"|Friedrich Nietzsche|''Le Gai Savoir'', § 341<ref>Friedrich Nietzsche, ''Le Gai Savoir'', § 341, KSA 3, p. 570.</ref>}} == Développement dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'' == === La scène du portique === C'est dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'' (1883-1885) que Nietzsche développe le plus amplement la doctrine de l'éternel retour. Au livre III, dans le chapitre « De la vision et de l'énigme » (''Vom Gesicht und Räthsel''), Zarathoustra présente à l'esprit de la pesanteur une énigme sous forme d'allégorie : {{Citation bloc|Vois ce portique ! Nain ! continuai-je : il a deux faces. Deux chemins se rencontrent ici : personne ne les a jamais suivis jusqu'au bout. Cette longue rue qui descend : elle dure une éternité. Et cette longue rue qui monte — c'est une autre éternité. Ces chemins se contredisent, ils se heurtent de front ; — et c'est ici, à ce portique, qu'ils se rencontrent. Le nom du portique est inscrit en haut : "Instant"|Friedrich Nietzsche|''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « De la vision et de l'énigme », 2<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « De la vision et de l'énigme », 2, KSA 4, p. 199-200.</ref>}} L'argumentation de Zarathoustra s'appuie sur l'idée que si le temps est infini vers le passé et vers le futur, et que toute chose qui peut courir a déjà dû parcourir cette longue rue descendante (le passé), alors l'instant présent lui-même, ainsi que toutes choses, doivent nécessairement avoir déjà existé et devoir éternellement revenir. === La révélation aux animaux === Au chapitre « Le Convalescent » (''Der Genesende''), les animaux de Zarathoustra — l'aigle et le serpent — proclament la doctrine : {{Citation bloc|Tout s'en va, tout revient ; éternellement roule la roue de l'être. Tout meurt, tout refleurit, éternellement se déroule l'année de l'être. Tout se brise, tout se rejoint ; éternellement se reconstruit le même édifice de l'être. Tout se sépare, tout se retrouve ; éternellement fidèle à lui-même demeure l'anneau de l'être|Les animaux de Zarathoustra|''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « Le Convalescent », 2<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « Le Convalescent », 2, KSA 4, p. 272-273.</ref>}} Cette proclamation soulève cependant l'ambiguïté du statut de l'enseignement : Zarathoustra est désigné par ses animaux comme « le maître de l'éternel retour » (''der Lehrer der ewigen Wiederkunft''), mais lui-même n'enseigne jamais explicitement cette doctrine dans l'œuvre publiée. == Les fondements conceptuels == === Les présupposés cosmologiques === Dans ses fragments posthumes, Nietzsche tente d'établir des fondements scientifiques à la doctrine de l'éternel retour. Son argumentation repose sur quatre présupposés principaux : # '''La quantité finie de force dans l'univers''' : « Si le monde peut être pensé comme une grandeur déterminée de force et comme un nombre déterminé de centres de force — et toute autre représentation reste indéterminée et par conséquent inutilisable — il s'ensuit qu'il doit parcourir un nombre calculable de combinaisons dans le grand jeu de dés de son existence »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 14, printemps 1888, KSA 13, p. 373-374.</ref>. # '''L'infinité du temps''' : Le temps étant infini tandis que la matière et l'énergie sont finies, toutes les combinaisons possibles ont déjà dû se produire. # '''La configuration spatiale de l'univers''' : Nietzsche s'appuie notamment sur les travaux de l'astrophysicien Johann Carl Friedrich Zöllner concernant un espace non-infini mais illimité, basé sur la géométrie de Riemann<ref>Cf. Paolo D'Iorio, « Cosmology and Philosophy in Nietzsche's Thought: The Mittag-Ewigkeit Complex », in ''Nietzsche-Studien'', vol. 24, 1995, p. 45-70.</ref>. # '''La nécessité absolue de tous les événements''' : Chaque instant est lié de façon nécessaire à tous les autres dans une chaîne causale infinie. === L'influence des sciences naturelles === La doctrine de l'éternel retour s'inscrit dans le contexte des débats scientifiques du XIX{{e}} siècle sur la thermodynamique. Nietzsche connaissait les travaux de : * '''Julius Robert von Mayer''' sur la conservation de l'énergie (qu'il lit en 1881) * '''Otto Caspari''' sur la connexion des choses (''Der Zusammenhang der Dinge'', 1881) * '''Rudolf Clausius''' et la théorie de la mort thermique de l'univers * '''Johann Gustav Vogt''' (''Die Kraft'', 1878) Nietzsche note : « Le principe de la conservation de la force exige l'éternel retour »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 5, été 1886-automne 1887, KSA 12, p. 209.</ref>. Il cherche ainsi à démontrer que si l'énergie totale de l'univers est constante mais finie, et que le temps est infini, alors toutes les configurations possibles doivent nécessairement se répéter.[1] == Signification philosophique et éthique == === Au-delà du nihilisme === L'éternel retour constitue pour Nietzsche une réponse au [[nihilisme]] européen. Face à la « [[Mort de Dieu|mort de Dieu]] » et à l'effondrement des valeurs transcendantes, cette doctrine propose une sanctification de la vie terrestre sans recours à un au-delà : {{Citation bloc|Ma doctrine enseigne : vis de telle sorte que tu doives souhaiter revivre, — c'est le devoir — car tu revivras de toute façon !|Friedrich Nietzsche|Fragment posthume 11, printemps-automne 1881<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 11, printemps-automne 1881, KSA 9, p. 403.</ref>}} L'éternel retour transforme ainsi chaque instant en porteur d'une éternité immanente, sans besoin d'une transcendance divine pour conférer un sens à l'existence. === L'''amor fati'' et l'affirmation totale === La doctrine culmine dans l''''amor fati''', l'amour du destin, qui exige une acceptation et une affirmation totales de la vie : {{Citation bloc|Ma formule pour la grandeur dans l'homme est ''amor fati'' : ne rien vouloir d'autre que ce qui est, ni devant soi, ni derrière soi, ni dans les siècles des siècles. Ne pas se contenter de supporter l'inévitable, encore moins se le dissimuler — tout idéalisme est une manière de se mentir devant l'inévitable —, mais l'''aimer''|Friedrich Nietzsche|''Ecce Homo'', « Pourquoi je suis si avisé », § 10<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « Pourquoi je suis si avisé », § 10, KSA 6, p. 297.</ref>}} L'éternel retour fonctionne comme un test existentiel : seul celui qui peut affirmer « C'était cela la vie ? Eh bien ! Encore une fois ! »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « De la vision et de l'énigme », 2, KSA 4, p. 272.</ref> atteint la plénitude de l'affirmation dionysiaque de l'existence. === La pensée sélective === Nietzsche envisage l'éternel retour comme un principe de sélection qui distingue les types d'hommes : {{Citation bloc|Si cette pensée prenait pouvoir sur toi, elle te transformerait tel que tu es, et peut-être t'écraserait-elle ; la question à propos de toute chose : "veux-tu ceci encore une fois et d'innombrables fois ?" pèserait sur ton action comme le poids le plus lourd !|Friedrich Nietzsche|''Le Gai Savoir'', § 341<ref>Friedrich Nietzsche, ''Le Gai Savoir'', § 341, KSA 3, p. 570.</ref>}} La doctrine opère ainsi un tri entre : * Ceux qui s'effondrent sous « le poids le plus lourd » (les faibles, les « derniers hommes ») * Ceux qui se transforment pour pouvoir affirmer leur existence éternellement (les « hommes supérieurs », le « [[Surhomme|Übermensch]] ») == Interprétations et controverses == === La question du statut de la doctrine === Les interprètes divergent profondément sur la nature de l'éternel retour : '''Interprétation cosmologique''' : [[Karl Löwith]], [[Martin Heidegger]] et d'autres considèrent que Nietzsche entendait l'éternel retour comme une thèse sur la structure réelle du cosmos<ref>Karl Löwith, ''Nietzsches Philosophie der ewigen Wiederkunft des Gleichen'', Stuttgart, Kohlhammer, 1956 .</ref><ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I et II, Pfullingen, Neske, 1961.</ref>. '''Interprétation existentielle''' : Bernd Magnus et d'autres soutiennent qu'il s'agit d'un impératif existentiel, une maxime éthique plutôt qu'une affirmation ontologique<ref>Bernd Magnus, ''Nietzsche's Existential Imperative'', Bloomington, Indiana University Press, 1978.</ref>. '''Interprétation sélective''' : [[Gilles Deleuze]] propose une lecture selon laquelle l'éternel retour serait un principe sélectif qui ne fait revenir que ce qui affirme<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 68-72.</ref>. Cette interprétation est contestée par Paolo D'Iorio qui démontre qu'elle repose sur une lecture erronée d'un fragment posthume mal transcrit<ref>Paolo D'Iorio, « La superstition des philosophes critiques. Nietzsche et Afrikan Spir », in ''Nietzsche-Studien'', vol. 22, 1993, p. 257-294.</ref>. === Problèmes logiques et paradoxes === Plusieurs objections ont été formulées contre la cohérence logique de la doctrine : '''Le paradoxe de l'identité''' : [[Georg Simmel]] a objecté qu'il est impossible de distinguer un événement de sa répétition si tout est absolument identique, rendant la notion de « retour » elle-même problématique<ref>Georg Simmel, ''Schopenhauer und Nietzsche'', Leipzig, Duncker & Humblot, 1907, p. 244-257.</ref>. '''L'argument de l'entropie''' : Les lois de la thermodynamique, notamment le second principe, semblent contredire la possibilité d'un retour cyclique parfait<ref>Discussion dans Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin, De Gruyter, 1971, p. 284-320.</ref>. '''Le problème de la liberté''' : Si tout revient à l'identique, incluant nos choix et nos pensées, quelle place reste-t-il pour la liberté humaine et la créativité ? == Contexte historique et sources == === Précédents antiques === Nietzsche s'inscrit dans une longue tradition de pensée cyclique : * '''Les présocratiques''' : [[Héraclite]] et la doctrine de l'embrasement cosmique (''ekpyrosis'') * '''Les pythagoriciens''' : La croyance en des cycles cosmiques identiques * '''Les stoïciens''' : La doctrine de la grande année cosmique et du retour éternel * '''L'Inde ancienne''' : Les cycles du ''kalpa'' et du ''samsara'' Nietzsche écrit : « J'ai découvert la Grèce — ils croyaient à l'éternel retour. C'est la croyance des mystères »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 15, été 1883, KSA 10, p. 350.</ref>. Dans ''Ecce Homo'', il note également : « La doctrine de l'éternel retour, c'est-à-dire du cycle absolu et infiniment répété de toutes choses — cette doctrine de Zarathoustra pourrait en dernier ressort avoir été enseignée aussi par Héraclite. Du moins la Stoa, qui a hérité presque toutes ses idées fondamentales d'Héraclite, en porte-t-elle des traces »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « La Naissance de la tragédie », § 3, KSA 6, p. 313.</ref>.[2] === Sources modernes === Plusieurs textes modernes ont pu influencer Nietzsche : * '''[[Heinrich Heine]]''' : Dans les ''Reisebilder'', Heine évoque l'idée d'une répétition cosmique basée sur la combinatoire finie d'atomes<ref>Heinrich Heine, ''Reisebilder'', in ''Sämtliche Werke'', éd. Ernst Elster, vol. 3, Leipzig, Bibliographisches Institut, 1887-1890, p. 314-315.</ref> * '''[[Arthur Schopenhauer|Schopenhauer]]''' : Les passages sur la mort et l'éternité dans ''Le Monde comme volonté et représentation'' * '''Eduard von Hartmann''' : Les spéculations sur la répétition de la vie dans ''Philosophie de l'Inconscient'' (1869) === Dimension mythologique et symbolique === Au-delà des arguments rationnels, l'éternel retour possède une dimension mythologique. Mazzino Montinari souligne que « la doctrine de l'éternel retour place cette pensée dans une sphère pour ainsi dire transcendantale (non transcendante) »<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche in Cosmopolis », in ''Nietzsche lesen'', Berlin, De Gruyter, 1982, p. 86.</ref>. Le symbole central en est l'anneau (''Ring''), qui unit circularité temporelle et perfection ontologique. Zarathoustra porte des « anneaux de serpent » et est qualifié d'« avocat du cercle » (''der Fürsprecher des Kreises'')<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « Le Convalescent », KSA 4, p. 271.</ref>. == Postérité et influence == === Dans la philosophie du XX{{e}} siècle === L'éternel retour a profondément marqué la philosophie existentialiste et continentale : * '''[[Martin Heidegger]]''' : Interprète l'éternel retour comme l'achèvement de la métaphysique occidentale et de la pensée de l'être comme [[volonté de puissance]] * '''[[Karl Jaspers]]''' : Voit dans l'éternel retour une tentative désespérée de créer une transcendance de substitution après la mort de Dieu * '''[[Gilles Deleuze]]''' : Propose une lecture de l'éternel retour comme « synthèse du temps » et principe sélectif * '''Eugen Fink''' : Développe une interprétation ontologique de l'éternel retour comme « jeu du monde » === En littérature et dans les arts === Le concept a inspiré de nombreux écrivains et artistes : * '''[[Milan Kundera]]''' : ''L'insoutenable légèreté de l'être'' (1984) explore les implications existentielles de l'éternel retour * '''[[Jorge Luis Borges]]''' : Plusieurs nouvelles traitent du temps cyclique et de la répétition * '''[[Gustav Mahler]]''' : La Troisième Symphonie s'inspire du chant de minuit de Zarathoustra * '''[[Richard Strauss]]''' : Le poème symphonique ''Ainsi parlait Zarathoustra'' (1896) évoque musicalement la doctrine == Évaluation critique contemporaine == === Pertinence scientifique === Les développements de la cosmologie moderne ont renouvelé l'intérêt pour les modèles cycliques de l'univers. Le théorème de récurrence de [[Henri Poincaré|Poincaré]] (1890) démontre mathématiquement que, dans certaines conditions, un système dynamique doit nécessairement revenir arbitrairement proche de son état initial<ref>Henri Poincaré, « Sur le problème des trois corps et les équations de la dynamique », in ''Acta Mathematica'', vol. 13, 1890, p. 1-270.</ref>. Certains modèles cosmologiques contemporains, comme les théories d'univers oscillants ou le modèle ekpyrotique, présentent des analogies avec la pensée nietzschéenne, bien qu'ils diffèrent dans leurs détails techniques. === Valeur philosophique et éthique === Indépendamment de sa validité scientifique, l'éternel retour demeure pertinent comme : # '''Expérience de pensée éthique''' : Un critère pour évaluer nos actions et notre rapport à l'existence # '''Critique du nihilisme''' : Une tentative de réenchanter le monde sans recours à la transcendance # '''Philosophie de l'affirmation''' : Une invitation à l'acceptation totale de la vie # '''Test existentiel''' : Un révélateur de notre capacité à assumer pleinement notre existence == Conclusion == L'éternel retour demeure l'une des doctrines les plus énigmatiques et controversées de Nietzsche. Oscillant entre spéculation cosmologique et impératif existentiel, entre mythe et démonstration scientifique, cette pensée « abyssale » (''abgründlich'') interroge radicalement notre rapport au temps, à l'existence et au sens. Que Nietzsche ait cru littéralement à la réalité physique de l'éternel retour ou qu'il l'ait conçu comme une fiction régulatrice, cette doctrine accomplit ce qu'elle se propose : elle transforme celui qui la pense en profondeur. Elle représente, selon les mots de Nietzsche lui-même, « la formule suprême de l'affirmation qui puisse jamais être atteinte », l'invitation la plus radicale à aimer la vie — non pas malgré sa finitude et son absence de sens transcendant, mais précisément à cause de son caractère immanent, terrestre et éternellement récurrent. == Références == <references /> == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 15 vol., Berlin/Munich, De Gruyter/DTV, 1980 * Friedrich Nietzsche, ''Le Gai Savoir'' (1882), trad. Patrick Wotling, Paris, Flammarion, 2007 * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'' (1883-1885), trad. Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1972 * Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'' (1888), trad. Éric Blondel, Paris, Flammarion, 1992 === Études critiques === * Günter Abel, ''Die Dynamik der Willen zur Macht und die ewige Wiederkehr'', Berlin, De Gruyter, 1984 * Marco Brusotti, ''Die Leidenschaft der Erkenntnis. Philosophie und ästhetische Lebensgestaltung bei Nietzsche von Morgenröthe bis Also sprach Zarathustra'', Berlin, De Gruyter, 1997 * Paolo D'Iorio, « Cosmology and Philosophy in Nietzsche's Thought: The Mittag-Ewigkeit Complex », in ''Nietzsche-Studien'', vol. 24, 1995, p. 45-70 * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962 * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., Pfullingen, Neske, 1961 * Karl Löwith, ''Nietzsches Philosophie der ewigen Wiederkehr des Gleichen'', Stuttgart, Kohlhammer, 1956 * Bernd Magnus, ''Nietzsche's Existential Imperative'', Bloomington, Indiana University Press, 1978 * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin, De Gruyter, 1971 * Georg Simmel, ''Schopenhauer und Nietzsche'', Leipzig, Duncker & Humblot, 1907 == Voir aussi == * [[Friedrich Nietzsche]] * [[Ainsi parlait Zarathoustra]] * [[Surhomme]] * [[Volonté de puissance]] * [[Amor fati]] * [[Nihilisme]] == Liens externes == * [http://www.nietzschesource.org Nietzsche Source] — Édition critique numérique complète des œuvres et de la correspondance * [https://plato.stanford.edu/entries/nietzsche/ Stanford Encyclopedia of Philosophy: Friedrich Nietzsche] [[Catégorie:Métaphysique]] {{DEFAULTSORT:Eternel}} foxueguhjhj2we9pssz1hzb2hod68fy 767511 767510 2026-06-06T06:54:33Z PandaMystique 119061 /* Modification via Scriptorium */ 767511 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} L''''éternel retour''' (en allemand : ''ewige Wiederkunft des Gleichen'' ou ''ewige Wiederkehr'') constitue l'un des concepts les plus énigmatiques et décisifs de la pensée de Friedrich Nietzsche. Cette doctrine, qui affirme que tous les événements de l'univers se répètent identiquement à l'infini, représente selon Nietzsche lui-même « la formule suprême de l'affirmation qui puisse jamais être atteinte »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « Ainsi parlait Zarathoustra », § 1, in ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/Munich, De Gruyter/DTV, 1980, vol. 6, p. 335.</ref>. == Genèse et formulation du concept == === La révélation à Sils-Maria === Le concept de l'éternel retour apparaît à Nietzsche en août 1881, lors d'une promenade près du lac de Silvaplana, dans l'Engadine suisse. Dans ''Ecce Homo'', il décrit ainsi ce moment d'inspiration : « La conception fondamentale de l'œuvre [''Ainsi parlait Zarathoustra''], la pensée de l'éternel retour, cette formule suprême de l'affirmation qui puisse jamais être atteinte, date d'août 1881 : elle est jetée sur une feuille de papier avec cette souscription : "6000 pieds au-delà de l'homme et du temps" »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « Ainsi parlait Zarathoustra », § 1, KSA 6, p. 335-336.</ref>. Cette expérience est confirmée par un fragment posthume du même mois, où Nietzsche écrit : « Commencement août 1881 à Sils-Maria, 6000 pieds au-dessus de la mer et bien plus haut au-dessus de toutes les choses humaines ! »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 11, été-automne 1881, KSA 9, p. 494.</ref>. === Première présentation publique === La première formulation publique du concept apparaît dans ''Le Gai Savoir'' (1882), à l'aphorisme 341 intitulé « Le poids le plus lourd » (''Das grösste Schwergewicht''). Nietzsche y présente l'éternel retour sous forme d'expérience de pensée : {{Citation bloc|Et si un jour ou une nuit, un démon te suivait dans ta plus solitaire solitude et te disait : "Cette vie, telle que tu la vis actuellement et telle que tu l'as vécue, il te faudra la revivre encore une fois et encore d'innombrables fois ; et il n'y aura rien de nouveau en elle, mais chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque soupir, et tout l'indiciblement petit et grand de ta vie devront revenir pour toi, et tout dans le même ordre et la même succession — et de même cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et de même cet instant et moi-même. L'éternelle sablier de l'existence sera retourné encore et toujours — et toi avec lui, poussière des poussières !"|Friedrich Nietzsche|''Le Gai Savoir'', § 341<ref>Friedrich Nietzsche, ''Le Gai Savoir'', § 341, KSA 3, p. 570.</ref>}} == Développement dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'' == === La scène du portique === C'est dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'' (1883-1885) que Nietzsche développe le plus amplement la doctrine de l'éternel retour. Au livre III, dans le chapitre « De la vision et de l'énigme » (''Vom Gesicht und Räthsel''), Zarathoustra présente à l'esprit de la pesanteur une énigme sous forme d'allégorie : {{Citation bloc|Vois ce portique ! Nain ! continuai-je : il a deux faces. Deux chemins se rencontrent ici : personne ne les a jamais suivis jusqu'au bout. Cette longue rue qui descend : elle dure une éternité. Et cette longue rue qui monte — c'est une autre éternité. Ces chemins se contredisent, ils se heurtent de front ; — et c'est ici, à ce portique, qu'ils se rencontrent. Le nom du portique est inscrit en haut : "Instant"|Friedrich Nietzsche|''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « De la vision et de l'énigme », 2<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « De la vision et de l'énigme », 2, KSA 4, p. 199-200.</ref>}} L'argumentation de Zarathoustra s'appuie sur l'idée que si le temps est infini vers le passé et vers le futur, et que toute chose qui peut courir a déjà dû parcourir cette longue rue descendante (le passé), alors l'instant présent lui-même, ainsi que toutes choses, doivent nécessairement avoir déjà existé et devoir éternellement revenir. === La révélation aux animaux === Au chapitre « Le Convalescent » (''Der Genesende''), les animaux de Zarathoustra — l'aigle et le serpent — proclament la doctrine : {{Citation bloc|Tout s'en va, tout revient ; éternellement roule la roue de l'être. Tout meurt, tout refleurit, éternellement se déroule l'année de l'être. Tout se brise, tout se rejoint ; éternellement se reconstruit le même édifice de l'être. Tout se sépare, tout se retrouve ; éternellement fidèle à lui-même demeure l'anneau de l'être|Les animaux de Zarathoustra|''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « Le Convalescent », 2<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « Le Convalescent », 2, KSA 4, p. 272-273.</ref>}} Cette proclamation soulève cependant l'ambiguïté du statut de l'enseignement : Zarathoustra est désigné par ses animaux comme « le maître de l'éternel retour » (''der Lehrer der ewigen Wiederkunft''), mais lui-même n'enseigne jamais explicitement cette doctrine dans l'œuvre publiée. == Les fondements conceptuels == === Les présupposés cosmologiques === Dans ses fragments posthumes, Nietzsche tente d'établir des fondements scientifiques à la doctrine de l'éternel retour. Son argumentation repose sur quatre présupposés principaux : # '''La quantité finie de force dans l'univers''' : « Si le monde peut être pensé comme une grandeur déterminée de force et comme un nombre déterminé de centres de force — et toute autre représentation reste indéterminée et par conséquent inutilisable — il s'ensuit qu'il doit parcourir un nombre calculable de combinaisons dans le grand jeu de dés de son existence »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 14, printemps 1888, KSA 13, p. 373-374.</ref>. # '''L'infinité du temps''' : Le temps étant infini tandis que la matière et l'énergie sont finies, toutes les combinaisons possibles ont déjà dû se produire. # '''La configuration spatiale de l'univers''' : Nietzsche s'appuie notamment sur les travaux de l'astrophysicien Johann Carl Friedrich Zöllner concernant un espace non-infini mais illimité, basé sur la géométrie de Riemann<ref>Cf. Paolo D'Iorio, « Cosmology and Philosophy in Nietzsche's Thought: The Mittag-Ewigkeit Complex », in ''Nietzsche-Studien'', vol. 24, 1995, p. 45-70.</ref>. # '''La nécessité absolue de tous les événements''' : Chaque instant est lié de façon nécessaire à tous les autres dans une chaîne causale infinie. === L'influence des sciences naturelles === La doctrine de l'éternel retour s'inscrit dans le contexte des débats scientifiques du XIX{{e}} siècle sur la thermodynamique. Nietzsche connaissait les travaux de : * '''Julius Robert von Mayer''' sur la conservation de l'énergie (qu'il lit en 1881) * '''Otto Caspari''' sur la connexion des choses (''Der Zusammenhang der Dinge'', 1881) * '''Rudolf Clausius''' et la théorie de la mort thermique de l'univers * '''Johann Gustav Vogt''' (''Die Kraft'', 1878) Nietzsche note : « Le principe de la conservation de la force exige l'éternel retour »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 5, été 1886-automne 1887, KSA 12, p. 209.</ref>. Il cherche ainsi à démontrer que si l'énergie totale de l'univers est constante mais finie, et que le temps est infini, alors toutes les configurations possibles doivent nécessairement se répéter.[1] == Signification philosophique et éthique == === Au-delà du nihilisme === L'éternel retour constitue pour Nietzsche une réponse au [[nihilisme]] européen. Face à la « [[Mort de Dieu|mort de Dieu]] » et à l'effondrement des valeurs transcendantes, cette doctrine propose une sanctification de la vie terrestre sans recours à un au-delà : {{Citation bloc|Ma doctrine enseigne : vis de telle sorte que tu doives souhaiter revivre, — c'est le devoir — car tu revivras de toute façon !|Friedrich Nietzsche|Fragment posthume 11, printemps-automne 1881<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 11, printemps-automne 1881, KSA 9, p. 403.</ref>}} L'éternel retour transforme ainsi chaque instant en porteur d'une éternité immanente, sans besoin d'une transcendance divine pour conférer un sens à l'existence. === L'''amor fati'' et l'affirmation totale === La doctrine culmine dans l''''amor fati''', l'amour du destin, qui exige une acceptation et une affirmation totales de la vie : {{Citation bloc|Ma formule pour la grandeur dans l'homme est ''amor fati'' : ne rien vouloir d'autre que ce qui est, ni devant soi, ni derrière soi, ni dans les siècles des siècles. Ne pas se contenter de supporter l'inévitable, encore moins se le dissimuler — tout idéalisme est une manière de se mentir devant l'inévitable —, mais l'''aimer''|Friedrich Nietzsche|''Ecce Homo'', « Pourquoi je suis si avisé », § 10<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « Pourquoi je suis si avisé », § 10, KSA 6, p. 297.</ref>}} L'éternel retour fonctionne comme un test existentiel : seul celui qui peut affirmer « C'était cela la vie ? Eh bien ! Encore une fois ! »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « De la vision et de l'énigme », 2, KSA 4, p. 272.</ref> atteint la plénitude de l'affirmation dionysiaque de l'existence. === La pensée sélective === Nietzsche envisage l'éternel retour comme un principe de sélection qui distingue les types d'hommes : {{Citation bloc|Si cette pensée prenait pouvoir sur toi, elle te transformerait tel que tu es, et peut-être t'écraserait-elle ; la question à propos de toute chose : "veux-tu ceci encore une fois et d'innombrables fois ?" pèserait sur ton action comme le poids le plus lourd !|Friedrich Nietzsche|''Le Gai Savoir'', § 341<ref>Friedrich Nietzsche, ''Le Gai Savoir'', § 341, KSA 3, p. 570.</ref>}} La doctrine opère ainsi un tri entre : * Ceux qui s'effondrent sous « le poids le plus lourd » (les faibles, les « derniers hommes ») * Ceux qui se transforment pour pouvoir affirmer leur existence éternellement (les « hommes supérieurs », le « [[Surhomme|Übermensch]] ») == Interprétations et controverses == === La question du statut de la doctrine === Les interprètes divergent profondément sur la nature de l'éternel retour : '''Interprétation cosmologique''' : [[Karl Löwith]], [[Martin Heidegger]] et d'autres considèrent que Nietzsche entendait l'éternel retour comme une thèse sur la structure réelle du cosmos<ref>Karl Löwith, ''Nietzsches Philosophie der ewigen Wiederkunft des Gleichen'', Stuttgart, Kohlhammer, 1956 .</ref><ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I et II, Pfullingen, Neske, 1961.</ref>. '''Interprétation existentielle''' : Bernd Magnus et d'autres soutiennent qu'il s'agit d'un impératif existentiel, une maxime éthique plutôt qu'une affirmation ontologique<ref>Bernd Magnus, ''Nietzsche's Existential Imperative'', Bloomington, Indiana University Press, 1978.</ref>. '''Interprétation sélective''' : [[Gilles Deleuze]] propose une lecture selon laquelle l'éternel retour serait un principe sélectif qui ne fait revenir que ce qui affirme<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 68-72.</ref>. Cette interprétation est contestée par Paolo D'Iorio qui démontre qu'elle repose sur une lecture erronée d'un fragment posthume mal transcrit<ref>Paolo D'Iorio, « La superstition des philosophes critiques. Nietzsche et Afrikan Spir », in ''Nietzsche-Studien'', vol. 22, 1993, p. 257-294.</ref>. === Problèmes logiques et paradoxes === Plusieurs objections ont été formulées contre la cohérence logique de la doctrine : '''Le paradoxe de l'identité''' : [[Georg Simmel]] a objecté qu'il est impossible de distinguer un événement de sa répétition si tout est absolument identique, rendant la notion de « retour » elle-même problématique<ref>Georg Simmel, ''Schopenhauer und Nietzsche'', Leipzig, Duncker & Humblot, 1907, p. 244-257.</ref>. '''L'argument de l'entropie''' : Les lois de la thermodynamique, notamment le second principe, semblent contredire la possibilité d'un retour cyclique parfait<ref>Discussion dans Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin, De Gruyter, 1971, p. 284-320.</ref>. '''Le problème de la liberté''' : Si tout revient à l'identique, incluant nos choix et nos pensées, quelle place reste-t-il pour la liberté humaine et la créativité ? == Contexte historique et sources == === Précédents antiques === Nietzsche s'inscrit dans une longue tradition de pensée cyclique : * '''Les présocratiques''' : [[Héraclite]] et la doctrine de l'embrasement cosmique (''ekpyrosis'') * '''Les pythagoriciens''' : La croyance en des cycles cosmiques identiques * '''Les stoïciens''' : La doctrine de la grande année cosmique et du retour éternel * '''L'Inde ancienne''' : Les cycles du ''kalpa'' et du ''samsara'' Nietzsche écrit : « J'ai découvert la Grèce — ils croyaient à l'éternel retour. C'est la croyance des mystères »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 15, été 1883, KSA 10, p. 350.</ref>. Dans ''Ecce Homo'', il note également : « La doctrine de l'éternel retour, c'est-à-dire du cycle absolu et infiniment répété de toutes choses — cette doctrine de Zarathoustra pourrait en dernier ressort avoir été enseignée aussi par Héraclite. Du moins la Stoa, qui a hérité presque toutes ses idées fondamentales d'Héraclite, en porte-t-elle des traces »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « La Naissance de la tragédie », § 3, KSA 6, p. 313.</ref>.[2] === Sources modernes === Plusieurs textes modernes ont pu influencer Nietzsche : * '''[[Heinrich Heine]]''' : Dans les ''Reisebilder'', Heine évoque l'idée d'une répétition cosmique basée sur la combinatoire finie d'atomes<ref>Heinrich Heine, ''Reisebilder'', in ''Sämtliche Werke'', éd. Ernst Elster, vol. 3, Leipzig, Bibliographisches Institut, 1887-1890, p. 314-315.</ref> * '''[[Arthur Schopenhauer|Schopenhauer]]''' : Les passages sur la mort et l'éternité dans ''Le Monde comme volonté et représentation'' * '''Eduard von Hartmann''' : Les spéculations sur la répétition de la vie dans ''Philosophie de l'Inconscient'' (1869) === Dimension mythologique et symbolique === Au-delà des arguments rationnels, l'éternel retour possède une dimension mythologique. Mazzino Montinari souligne que « la doctrine de l'éternel retour place cette pensée dans une sphère pour ainsi dire transcendantale (non transcendante) »<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche in Cosmopolis », in ''Nietzsche lesen'', Berlin, De Gruyter, 1982, p. 86.</ref>. Le symbole central en est l'anneau (''Ring''), qui unit circularité temporelle et perfection ontologique. Zarathoustra porte des « anneaux de serpent » et est qualifié d'« avocat du cercle » (''der Fürsprecher des Kreises'')<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « Le Convalescent », KSA 4, p. 271.</ref>. == Postérité et influence == === Dans la philosophie du XX{{e}} siècle === L'éternel retour a profondément marqué la philosophie existentialiste et continentale : * '''[[Martin Heidegger]]''' : Interprète l'éternel retour comme l'achèvement de la métaphysique occidentale et de la pensée de l'être comme [[volonté de puissance]] * '''[[Karl Jaspers]]''' : Voit dans l'éternel retour une tentative désespérée de créer une transcendance de substitution après la mort de Dieu * '''[[Gilles Deleuze]]''' : Propose une lecture de l'éternel retour comme « synthèse du temps » et principe sélectif * '''Eugen Fink''' : Développe une interprétation ontologique de l'éternel retour comme « jeu du monde » === En littérature et dans les arts === Le concept a inspiré de nombreux écrivains et artistes : * '''[[Milan Kundera]]''' : ''L'insoutenable légèreté de l'être'' (1984) explore les implications existentielles de l'éternel retour * '''[[Jorge Luis Borges]]''' : Plusieurs nouvelles traitent du temps cyclique et de la répétition * '''[[Gustav Mahler]]''' : La Troisième Symphonie s'inspire du chant de minuit de Zarathoustra * '''[[Richard Strauss]]''' : Le poème symphonique ''Ainsi parlait Zarathoustra'' (1896) évoque musicalement la doctrine == Évaluation critique contemporaine == === Pertinence scientifique === Les développements de la cosmologie moderne ont renouvelé l'intérêt pour les modèles cycliques de l'univers. Le théorème de récurrence de [[Henri Poincaré|Poincaré]] (1890) démontre mathématiquement que, dans certaines conditions, un système dynamique doit nécessairement revenir arbitrairement proche de son état initial<ref>Henri Poincaré, « Sur le problème des trois corps et les équations de la dynamique », in ''Acta Mathematica'', vol. 13, 1890, p. 1-270.</ref>. Certains modèles cosmologiques contemporains, comme les théories d'univers oscillants ou le modèle ekpyrotique, présentent des analogies avec la pensée nietzschéenne, bien qu'ils diffèrent dans leurs détails techniques. === Valeur philosophique et éthique === Indépendamment de sa validité scientifique, l'éternel retour demeure pertinent comme : # '''Expérience de pensée éthique''' : Un critère pour évaluer nos actions et notre rapport à l'existence # '''Critique du nihilisme''' : Une tentative de réenchanter le monde sans recours à la transcendance # '''Philosophie de l'affirmation''' : Une invitation à l'acceptation totale de la vie # '''Test existentiel''' : Un révélateur de notre capacité à assumer pleinement notre existence == Conclusion == L'éternel retour demeure l'une des doctrines les plus énigmatiques et controversées de Nietzsche. Oscillant entre spéculation cosmologique et impératif existentiel, entre mythe et démonstration scientifique, cette pensée « abyssale » (''abgründlich'') interroge radicalement notre rapport au temps, à l'existence et au sens. Que Nietzsche ait cru littéralement à la réalité physique de l'éternel retour ou qu'il l'ait conçu comme une fiction régulatrice, cette doctrine accomplit ce qu'elle se propose : elle transforme celui qui la pense en profondeur. Elle représente, selon les mots de Nietzsche lui-même, « la formule suprême de l'affirmation qui puisse jamais être atteinte », l'invitation la plus radicale à aimer la vie — non pas malgré sa finitude et son absence de sens transcendant, mais précisément à cause de son caractère immanent, terrestre et éternellement récurrent. == Références == <references /> == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 15 vol., Berlin/Munich, De Gruyter/DTV, 1980 * Friedrich Nietzsche, ''Le Gai Savoir'' (1882), trad. Patrick Wotling, Paris, Flammarion, 2007 * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'' (1883-1885), trad. Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1972 * Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'' (1888), trad. Éric Blondel, Paris, Flammarion, 1992 === Études critiques === * Günter Abel, ''Die Dynamik der Willen zur Macht und die ewige Wiederkehr'', Berlin, De Gruyter, 1984 * Marco Brusotti, ''Die Leidenschaft der Erkenntnis. Philosophie und ästhetische Lebensgestaltung bei Nietzsche von Morgenröthe bis Also sprach Zarathustra'', Berlin, De Gruyter, 1997 * Paolo D'Iorio, « Cosmology and Philosophy in Nietzsche's Thought: The Mittag-Ewigkeit Complex », in ''Nietzsche-Studien'', vol. 24, 1995, p. 45-70 * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962 * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., Pfullingen, Neske, 1961 * Karl Löwith, ''Nietzsches Philosophie der ewigen Wiederkehr des Gleichen'', Stuttgart, Kohlhammer, 1956 * Bernd Magnus, ''Nietzsche's Existential Imperative'', Bloomington, Indiana University Press, 1978 * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin, De Gruyter, 1971 * Georg Simmel, ''Schopenhauer und Nietzsche'', Leipzig, Duncker & Humblot, 1907 == Voir aussi == * [[Ainsi parlait Zarathoustra]] * Surhomme * Volonté de puissance * [[Amor fati]] * [[Nihilisme]] == Liens externes == * [http://www.nietzschesource.org Nietzsche Source] — Édition critique numérique complète des œuvres et de la correspondance * [https://plato.stanford.edu/entries/nietzsche/ Stanford Encyclopedia of Philosophy: Friedrich Nietzsche] [[Catégorie:Métaphysique]] {{DEFAULTSORT:Eternel}} oaodlkq848cqa5w6ri56abb9vlqq9w6 767512 767511 2026-06-06T06:55:20Z PandaMystique 119061 Ajout de 2 liens (Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Volonté de puissance, Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Surhomme) 767512 wikitext text/x-wiki {{Sous-pages}} L''''éternel retour''' (en allemand : ''ewige Wiederkunft des Gleichen'' ou ''ewige Wiederkehr'') constitue l'un des concepts les plus énigmatiques et décisifs de la pensée de Friedrich Nietzsche. Cette doctrine, qui affirme que tous les événements de l'univers se répètent identiquement à l'infini, représente selon Nietzsche lui-même « la formule suprême de l'affirmation qui puisse jamais être atteinte »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « Ainsi parlait Zarathoustra », § 1, in ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin/Munich, De Gruyter/DTV, 1980, vol. 6, p. 335.</ref>. == Genèse et formulation du concept == === La révélation à Sils-Maria === Le concept de l'éternel retour apparaît à Nietzsche en août 1881, lors d'une promenade près du lac de Silvaplana, dans l'Engadine suisse. Dans ''Ecce Homo'', il décrit ainsi ce moment d'inspiration : « La conception fondamentale de l'œuvre [''Ainsi parlait Zarathoustra''], la pensée de l'éternel retour, cette formule suprême de l'affirmation qui puisse jamais être atteinte, date d'août 1881 : elle est jetée sur une feuille de papier avec cette souscription : "6000 pieds au-delà de l'homme et du temps" »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « Ainsi parlait Zarathoustra », § 1, KSA 6, p. 335-336.</ref>. Cette expérience est confirmée par un fragment posthume du même mois, où Nietzsche écrit : « Commencement août 1881 à Sils-Maria, 6000 pieds au-dessus de la mer et bien plus haut au-dessus de toutes les choses humaines ! »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 11, été-automne 1881, KSA 9, p. 494.</ref>. === Première présentation publique === La première formulation publique du concept apparaît dans ''Le Gai Savoir'' (1882), à l'aphorisme 341 intitulé « Le poids le plus lourd » (''Das grösste Schwergewicht''). Nietzsche y présente l'éternel retour sous forme d'expérience de pensée : {{Citation bloc|Et si un jour ou une nuit, un démon te suivait dans ta plus solitaire solitude et te disait : "Cette vie, telle que tu la vis actuellement et telle que tu l'as vécue, il te faudra la revivre encore une fois et encore d'innombrables fois ; et il n'y aura rien de nouveau en elle, mais chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque soupir, et tout l'indiciblement petit et grand de ta vie devront revenir pour toi, et tout dans le même ordre et la même succession — et de même cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et de même cet instant et moi-même. L'éternelle sablier de l'existence sera retourné encore et toujours — et toi avec lui, poussière des poussières !"|Friedrich Nietzsche|''Le Gai Savoir'', § 341<ref>Friedrich Nietzsche, ''Le Gai Savoir'', § 341, KSA 3, p. 570.</ref>}} == Développement dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'' == === La scène du portique === C'est dans ''Ainsi parlait Zarathoustra'' (1883-1885) que Nietzsche développe le plus amplement la doctrine de l'éternel retour. Au livre III, dans le chapitre « De la vision et de l'énigme » (''Vom Gesicht und Räthsel''), Zarathoustra présente à l'esprit de la pesanteur une énigme sous forme d'allégorie : {{Citation bloc|Vois ce portique ! Nain ! continuai-je : il a deux faces. Deux chemins se rencontrent ici : personne ne les a jamais suivis jusqu'au bout. Cette longue rue qui descend : elle dure une éternité. Et cette longue rue qui monte — c'est une autre éternité. Ces chemins se contredisent, ils se heurtent de front ; — et c'est ici, à ce portique, qu'ils se rencontrent. Le nom du portique est inscrit en haut : "Instant"|Friedrich Nietzsche|''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « De la vision et de l'énigme », 2<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « De la vision et de l'énigme », 2, KSA 4, p. 199-200.</ref>}} L'argumentation de Zarathoustra s'appuie sur l'idée que si le temps est infini vers le passé et vers le futur, et que toute chose qui peut courir a déjà dû parcourir cette longue rue descendante (le passé), alors l'instant présent lui-même, ainsi que toutes choses, doivent nécessairement avoir déjà existé et devoir éternellement revenir. === La révélation aux animaux === Au chapitre « Le Convalescent » (''Der Genesende''), les animaux de Zarathoustra — l'aigle et le serpent — proclament la doctrine : {{Citation bloc|Tout s'en va, tout revient ; éternellement roule la roue de l'être. Tout meurt, tout refleurit, éternellement se déroule l'année de l'être. Tout se brise, tout se rejoint ; éternellement se reconstruit le même édifice de l'être. Tout se sépare, tout se retrouve ; éternellement fidèle à lui-même demeure l'anneau de l'être|Les animaux de Zarathoustra|''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « Le Convalescent », 2<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « Le Convalescent », 2, KSA 4, p. 272-273.</ref>}} Cette proclamation soulève cependant l'ambiguïté du statut de l'enseignement : Zarathoustra est désigné par ses animaux comme « le maître de l'éternel retour » (''der Lehrer der ewigen Wiederkunft''), mais lui-même n'enseigne jamais explicitement cette doctrine dans l'œuvre publiée. == Les fondements conceptuels == === Les présupposés cosmologiques === Dans ses fragments posthumes, Nietzsche tente d'établir des fondements scientifiques à la doctrine de l'éternel retour. Son argumentation repose sur quatre présupposés principaux : # '''La quantité finie de force dans l'univers''' : « Si le monde peut être pensé comme une grandeur déterminée de force et comme un nombre déterminé de centres de force — et toute autre représentation reste indéterminée et par conséquent inutilisable — il s'ensuit qu'il doit parcourir un nombre calculable de combinaisons dans le grand jeu de dés de son existence »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 14, printemps 1888, KSA 13, p. 373-374.</ref>. # '''L'infinité du temps''' : Le temps étant infini tandis que la matière et l'énergie sont finies, toutes les combinaisons possibles ont déjà dû se produire. # '''La configuration spatiale de l'univers''' : Nietzsche s'appuie notamment sur les travaux de l'astrophysicien Johann Carl Friedrich Zöllner concernant un espace non-infini mais illimité, basé sur la géométrie de Riemann<ref>Cf. Paolo D'Iorio, « Cosmology and Philosophy in Nietzsche's Thought: The Mittag-Ewigkeit Complex », in ''Nietzsche-Studien'', vol. 24, 1995, p. 45-70.</ref>. # '''La nécessité absolue de tous les événements''' : Chaque instant est lié de façon nécessaire à tous les autres dans une chaîne causale infinie. === L'influence des sciences naturelles === La doctrine de l'éternel retour s'inscrit dans le contexte des débats scientifiques du XIX{{e}} siècle sur la thermodynamique. Nietzsche connaissait les travaux de : * '''Julius Robert von Mayer''' sur la conservation de l'énergie (qu'il lit en 1881) * '''Otto Caspari''' sur la connexion des choses (''Der Zusammenhang der Dinge'', 1881) * '''Rudolf Clausius''' et la théorie de la mort thermique de l'univers * '''Johann Gustav Vogt''' (''Die Kraft'', 1878) Nietzsche note : « Le principe de la conservation de la force exige l'éternel retour »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 5, été 1886-automne 1887, KSA 12, p. 209.</ref>. Il cherche ainsi à démontrer que si l'énergie totale de l'univers est constante mais finie, et que le temps est infini, alors toutes les configurations possibles doivent nécessairement se répéter.[1] == Signification philosophique et éthique == === Au-delà du nihilisme === L'éternel retour constitue pour Nietzsche une réponse au [[nihilisme]] européen. Face à la « [[Mort de Dieu|mort de Dieu]] » et à l'effondrement des valeurs transcendantes, cette doctrine propose une sanctification de la vie terrestre sans recours à un au-delà : {{Citation bloc|Ma doctrine enseigne : vis de telle sorte que tu doives souhaiter revivre, — c'est le devoir — car tu revivras de toute façon !|Friedrich Nietzsche|Fragment posthume 11, printemps-automne 1881<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 11, printemps-automne 1881, KSA 9, p. 403.</ref>}} L'éternel retour transforme ainsi chaque instant en porteur d'une éternité immanente, sans besoin d'une transcendance divine pour conférer un sens à l'existence. === L'''amor fati'' et l'affirmation totale === La doctrine culmine dans l''''amor fati''', l'amour du destin, qui exige une acceptation et une affirmation totales de la vie : {{Citation bloc|Ma formule pour la grandeur dans l'homme est ''amor fati'' : ne rien vouloir d'autre que ce qui est, ni devant soi, ni derrière soi, ni dans les siècles des siècles. Ne pas se contenter de supporter l'inévitable, encore moins se le dissimuler — tout idéalisme est une manière de se mentir devant l'inévitable —, mais l'''aimer''|Friedrich Nietzsche|''Ecce Homo'', « Pourquoi je suis si avisé », § 10<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « Pourquoi je suis si avisé », § 10, KSA 6, p. 297.</ref>}} L'éternel retour fonctionne comme un test existentiel : seul celui qui peut affirmer « C'était cela la vie ? Eh bien ! Encore une fois ! »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « De la vision et de l'énigme », 2, KSA 4, p. 272.</ref> atteint la plénitude de l'affirmation dionysiaque de l'existence. === La pensée sélective === Nietzsche envisage l'éternel retour comme un principe de sélection qui distingue les types d'hommes : {{Citation bloc|Si cette pensée prenait pouvoir sur toi, elle te transformerait tel que tu es, et peut-être t'écraserait-elle ; la question à propos de toute chose : "veux-tu ceci encore une fois et d'innombrables fois ?" pèserait sur ton action comme le poids le plus lourd !|Friedrich Nietzsche|''Le Gai Savoir'', § 341<ref>Friedrich Nietzsche, ''Le Gai Savoir'', § 341, KSA 3, p. 570.</ref>}} La doctrine opère ainsi un tri entre : * Ceux qui s'effondrent sous « le poids le plus lourd » (les faibles, les « derniers hommes ») * Ceux qui se transforment pour pouvoir affirmer leur existence éternellement (les « hommes supérieurs », le « [[Surhomme|Übermensch]] ») == Interprétations et controverses == === La question du statut de la doctrine === Les interprètes divergent profondément sur la nature de l'éternel retour : '''Interprétation cosmologique''' : [[Karl Löwith]], [[Martin Heidegger]] et d'autres considèrent que Nietzsche entendait l'éternel retour comme une thèse sur la structure réelle du cosmos<ref>Karl Löwith, ''Nietzsches Philosophie der ewigen Wiederkunft des Gleichen'', Stuttgart, Kohlhammer, 1956 .</ref><ref>Martin Heidegger, ''Nietzsche'', vol. I et II, Pfullingen, Neske, 1961.</ref>. '''Interprétation existentielle''' : Bernd Magnus et d'autres soutiennent qu'il s'agit d'un impératif existentiel, une maxime éthique plutôt qu'une affirmation ontologique<ref>Bernd Magnus, ''Nietzsche's Existential Imperative'', Bloomington, Indiana University Press, 1978.</ref>. '''Interprétation sélective''' : [[Gilles Deleuze]] propose une lecture selon laquelle l'éternel retour serait un principe sélectif qui ne fait revenir que ce qui affirme<ref>Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962, p. 68-72.</ref>. Cette interprétation est contestée par Paolo D'Iorio qui démontre qu'elle repose sur une lecture erronée d'un fragment posthume mal transcrit<ref>Paolo D'Iorio, « La superstition des philosophes critiques. Nietzsche et Afrikan Spir », in ''Nietzsche-Studien'', vol. 22, 1993, p. 257-294.</ref>. === Problèmes logiques et paradoxes === Plusieurs objections ont été formulées contre la cohérence logique de la doctrine : '''Le paradoxe de l'identité''' : [[Georg Simmel]] a objecté qu'il est impossible de distinguer un événement de sa répétition si tout est absolument identique, rendant la notion de « retour » elle-même problématique<ref>Georg Simmel, ''Schopenhauer und Nietzsche'', Leipzig, Duncker & Humblot, 1907, p. 244-257.</ref>. '''L'argument de l'entropie''' : Les lois de la thermodynamique, notamment le second principe, semblent contredire la possibilité d'un retour cyclique parfait<ref>Discussion dans Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin, De Gruyter, 1971, p. 284-320.</ref>. '''Le problème de la liberté''' : Si tout revient à l'identique, incluant nos choix et nos pensées, quelle place reste-t-il pour la liberté humaine et la créativité ? == Contexte historique et sources == === Précédents antiques === Nietzsche s'inscrit dans une longue tradition de pensée cyclique : * '''Les présocratiques''' : [[Héraclite]] et la doctrine de l'embrasement cosmique (''ekpyrosis'') * '''Les pythagoriciens''' : La croyance en des cycles cosmiques identiques * '''Les stoïciens''' : La doctrine de la grande année cosmique et du retour éternel * '''L'Inde ancienne''' : Les cycles du ''kalpa'' et du ''samsara'' Nietzsche écrit : « J'ai découvert la Grèce — ils croyaient à l'éternel retour. C'est la croyance des mystères »<ref>Friedrich Nietzsche, fragment posthume 15, été 1883, KSA 10, p. 350.</ref>. Dans ''Ecce Homo'', il note également : « La doctrine de l'éternel retour, c'est-à-dire du cycle absolu et infiniment répété de toutes choses — cette doctrine de Zarathoustra pourrait en dernier ressort avoir été enseignée aussi par Héraclite. Du moins la Stoa, qui a hérité presque toutes ses idées fondamentales d'Héraclite, en porte-t-elle des traces »<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'', « La Naissance de la tragédie », § 3, KSA 6, p. 313.</ref>.[2] === Sources modernes === Plusieurs textes modernes ont pu influencer Nietzsche : * '''[[Heinrich Heine]]''' : Dans les ''Reisebilder'', Heine évoque l'idée d'une répétition cosmique basée sur la combinatoire finie d'atomes<ref>Heinrich Heine, ''Reisebilder'', in ''Sämtliche Werke'', éd. Ernst Elster, vol. 3, Leipzig, Bibliographisches Institut, 1887-1890, p. 314-315.</ref> * '''[[Arthur Schopenhauer|Schopenhauer]]''' : Les passages sur la mort et l'éternité dans ''Le Monde comme volonté et représentation'' * '''Eduard von Hartmann''' : Les spéculations sur la répétition de la vie dans ''Philosophie de l'Inconscient'' (1869) === Dimension mythologique et symbolique === Au-delà des arguments rationnels, l'éternel retour possède une dimension mythologique. Mazzino Montinari souligne que « la doctrine de l'éternel retour place cette pensée dans une sphère pour ainsi dire transcendantale (non transcendante) »<ref>Mazzino Montinari, « Nietzsche in Cosmopolis », in ''Nietzsche lesen'', Berlin, De Gruyter, 1982, p. 86.</ref>. Le symbole central en est l'anneau (''Ring''), qui unit circularité temporelle et perfection ontologique. Zarathoustra porte des « anneaux de serpent » et est qualifié d'« avocat du cercle » (''der Fürsprecher des Kreises'')<ref>Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'', III, « Le Convalescent », KSA 4, p. 271.</ref>. == Postérité et influence == === Dans la philosophie du XX{{e}} siècle === L'éternel retour a profondément marqué la philosophie existentialiste et continentale : * '''[[Martin Heidegger]]''' : Interprète l'éternel retour comme l'achèvement de la métaphysique occidentale et de la pensée de l'être comme [[volonté de puissance]] * '''[[Karl Jaspers]]''' : Voit dans l'éternel retour une tentative désespérée de créer une transcendance de substitution après la mort de Dieu * '''[[Gilles Deleuze]]''' : Propose une lecture de l'éternel retour comme « synthèse du temps » et principe sélectif * '''Eugen Fink''' : Développe une interprétation ontologique de l'éternel retour comme « jeu du monde » === En littérature et dans les arts === Le concept a inspiré de nombreux écrivains et artistes : * '''[[Milan Kundera]]''' : ''L'insoutenable légèreté de l'être'' (1984) explore les implications existentielles de l'éternel retour * '''[[Jorge Luis Borges]]''' : Plusieurs nouvelles traitent du temps cyclique et de la répétition * '''[[Gustav Mahler]]''' : La Troisième Symphonie s'inspire du chant de minuit de Zarathoustra * '''[[Richard Strauss]]''' : Le poème symphonique ''Ainsi parlait Zarathoustra'' (1896) évoque musicalement la doctrine == Évaluation critique contemporaine == === Pertinence scientifique === Les développements de la cosmologie moderne ont renouvelé l'intérêt pour les modèles cycliques de l'univers. Le théorème de récurrence de [[Henri Poincaré|Poincaré]] (1890) démontre mathématiquement que, dans certaines conditions, un système dynamique doit nécessairement revenir arbitrairement proche de son état initial<ref>Henri Poincaré, « Sur le problème des trois corps et les équations de la dynamique », in ''Acta Mathematica'', vol. 13, 1890, p. 1-270.</ref>. Certains modèles cosmologiques contemporains, comme les théories d'univers oscillants ou le modèle ekpyrotique, présentent des analogies avec la pensée nietzschéenne, bien qu'ils diffèrent dans leurs détails techniques. === Valeur philosophique et éthique === Indépendamment de sa validité scientifique, l'éternel retour demeure pertinent comme : # '''Expérience de pensée éthique''' : Un critère pour évaluer nos actions et notre rapport à l'existence # '''Critique du nihilisme''' : Une tentative de réenchanter le monde sans recours à la transcendance # '''Philosophie de l'affirmation''' : Une invitation à l'acceptation totale de la vie # '''Test existentiel''' : Un révélateur de notre capacité à assumer pleinement notre existence == Conclusion == L'éternel retour demeure l'une des doctrines les plus énigmatiques et controversées de Nietzsche. Oscillant entre spéculation cosmologique et impératif existentiel, entre mythe et démonstration scientifique, cette pensée « abyssale » (''abgründlich'') interroge radicalement notre rapport au temps, à l'existence et au sens. Que Nietzsche ait cru littéralement à la réalité physique de l'éternel retour ou qu'il l'ait conçu comme une fiction régulatrice, cette doctrine accomplit ce qu'elle se propose : elle transforme celui qui la pense en profondeur. Elle représente, selon les mots de Nietzsche lui-même, « la formule suprême de l'affirmation qui puisse jamais être atteinte », l'invitation la plus radicale à aimer la vie — non pas malgré sa finitude et son absence de sens transcendant, mais précisément à cause de son caractère immanent, terrestre et éternellement récurrent. == Références == <references /> == Bibliographie == === Œuvres de Nietzsche === * Friedrich Nietzsche, ''Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe'' (KSA), éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, 15 vol., Berlin/Munich, De Gruyter/DTV, 1980 * Friedrich Nietzsche, ''Le Gai Savoir'' (1882), trad. Patrick Wotling, Paris, Flammarion, 2007 * Friedrich Nietzsche, ''Ainsi parlait Zarathoustra'' (1883-1885), trad. Georges-Arthur Goldschmidt, Paris, Le Livre de Poche, 1972 * Friedrich Nietzsche, ''Ecce Homo'' (1888), trad. Éric Blondel, Paris, Flammarion, 1992 === Études critiques === * Günter Abel, ''Die Dynamik der Willen zur Macht und die ewige Wiederkehr'', Berlin, De Gruyter, 1984 * Marco Brusotti, ''Die Leidenschaft der Erkenntnis. Philosophie und ästhetische Lebensgestaltung bei Nietzsche von Morgenröthe bis Also sprach Zarathustra'', Berlin, De Gruyter, 1997 * Paolo D'Iorio, « Cosmology and Philosophy in Nietzsche's Thought: The Mittag-Ewigkeit Complex », in ''Nietzsche-Studien'', vol. 24, 1995, p. 45-70 * Gilles Deleuze, ''Nietzsche et la philosophie'', Paris, PUF, 1962 * Martin Heidegger, ''Nietzsche'', 2 vol., Pfullingen, Neske, 1961 * Karl Löwith, ''Nietzsches Philosophie der ewigen Wiederkehr des Gleichen'', Stuttgart, Kohlhammer, 1956 * Bernd Magnus, ''Nietzsche's Existential Imperative'', Bloomington, Indiana University Press, 1978 * Wolfgang Müller-Lauter, ''Nietzsche. Seine Philosophie der Gegensätze und die Gegensätze seiner Philosophie'', Berlin, De Gruyter, 1971 * Georg Simmel, ''Schopenhauer und Nietzsche'', Leipzig, Duncker & Humblot, 1907 == Voir aussi == * [[Ainsi parlait Zarathoustra]] * [[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Surhomme|Surhomme]] * [[Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Volonté de puissance|Volonté de puissance]] * [[Amor fati]] * [[Nihilisme]] == Liens externes == * [http://www.nietzschesource.org Nietzsche Source] — Édition critique numérique complète des œuvres et de la correspondance * [https://plato.stanford.edu/entries/nietzsche/ Stanford Encyclopedia of Philosophy: Friedrich Nietzsche] [[Catégorie:Métaphysique]] {{DEFAULTSORT:Eternel}} o2ibdi94n6yyid2pij8ppkzmjjov0m1 Dictionnaire de philosophie/E 0 83024 767505 754881 2026-06-06T06:37:26Z PandaMystique 119061 767505 wikitext text/x-wiki <!-- Bandeau alphabétique fixe --> {{DicoPhilo |E}} <!-- Grille de contenu --> <div style="display: grid; grid-template-columns: repeat(auto-fit, minmax(280px, 1fr)); 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Quelques indices concrets en témoignent : une revue de stature mondiale, ''Theoria'' ; des programmes de recherche financés sur dix ans, comme le Projet de Responsabilité Lund-Göteborg ; des chaires confiées à des chercheurs recrutés à l’étranger ; l’élection d’une philosophe, Åsa Wikforss, à l’Académie suédoise. À la différence de bien des foyers de la philosophie continentale européenne, cette philosophie s’inscrit très largement dans le courant analytique, héritage d’une transformation intellectuelle opérée au cours du XX{{e}}&nbsp;siècle.<ref name="nordin1984">Svante Nordin, ''Från Hägerström till Hedenius. Den moderna svenska filosofin'' [De Hägerström à Hedenius. La philosophie suédoise moderne], Bodafors, Doxa, 1984.</ref><ref name="strang2010">Johan Strang, ''History, Transfer, Politics. Five Studies on the Legacy of Uppsala Philosophy'', Helsinki, Université d’Helsinki, 2010 ; {{lien web|url=https://helda.helsinki.fi/|titre=Texte intégral|site=Helda, University of Helsinki|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Cette orientation analytique n’exclut pas une diversité notable des domaines de recherche, qui vont de la métaphysique et de l’épistémologie à l’éthique appliquée, en passant par la philosophie politique et les questions soulevées par les technologies émergentes. Les universités d’Uppsala, de Stockholm, de Göteborg et de Lund constituent les principaux foyers de la recherche philosophique suédoise. Ces institutions abritent des départements de philosophie organisés selon une distinction nette entre philosophie théorique (englobant l’épistémologie, la métaphysique, la philosophie du langage, la philosophie de l’esprit, la logique et la philosophie des sciences) et philosophie pratique (comprenant l’éthique normative, la métaéthique, la philosophie politique et l’éthique appliquée). Le présent article retrace d’abord, à grands traits, l’histoire longue de la philosophie en Suède, avant de se concentrer sur la période ouverte au tournant des années 2000. Il inclut dans son périmètre les chercheuses et chercheurs d’origine étrangère durablement installés dans les universités suédoises, ainsi que les figures suédoises exerçant à l’étranger : c’est l’ensemble de ce paysage qui fait l’identité philosophique du pays. == Aperçu historique : de Swedenborg à la percée analytique == La Suède n’entre pas dans l’histoire de la philosophie avec le XX{{e}}&nbsp;siècle. Au XVIII{{e}}&nbsp;siècle, Emanuel Swedenborg (1688-1772), d’abord savant et ingénieur des mines, élabore après sa crise religieuse une vaste théosophie visionnaire qui connut un retentissement européen : c’est contre lui que Kant rédigea les ''Rêves d’un visionnaire'' (''Träume eines Geistersehers'', 1766), où s’esquisse déjà sa critique de la métaphysique dogmatique.<ref>Emmanuel Kant, ''Rêves d’un visionnaire expliqués par des rêves métaphysiques'' (1766), trad. Francis Courtès, Paris, Vrin, 1967.</ref> Au XIX{{e}}&nbsp;siècle, l’université suédoise vit sous l’autorité de Christopher Jacob Boström (1797-1866), professeur à Uppsala, dont l’idéalisme rationnel fournit pendant des décennies la doctrine quasi officielle de la philosophie académique et la matrice intellectuelle des élites administratives du royaume. C’est contre ce boströmianisme que se constitue, au début du XX{{e}}&nbsp;siècle, l’École d’Uppsala, examinée dans la section suivante. La percée analytique s’opère ensuite en deux temps. La génération d’Ingemar Hedenius (1908-1982), de Konrad Marc-Wogau (1902-1991) et d’Anders Wedberg (1913-1978) acclimate en Suède les méthodes du positivisme logique et de l’analyse conceptuelle : Hedenius porte le débat philosophique sur la place publique avec ''Tro och vetande'' (''Croyance et savoir'', 1949), critique retentissante de la théologie chrétienne ; Marc-Wogau renouvelle les études kantiennes et dirige ''Theoria'' de 1957 à 1964 ; Wedberg, depuis sa chaire de Stockholm, écrit une histoire de la philosophie d’inspiration analytique qui forme des générations d’étudiants.<ref name="nordin1984" /> Une seconde vague, à partir des années 1970, voit émerger des figures de stature internationale comme Peter Gärdenfors (né en 1949), dont les recherches sur la dynamique des croyances puis sur les espaces conceptuels relient la philosophie suédoise aux sciences cognitives.<ref>Peter Gärdenfors, ''Conceptual Spaces. The Geometry of Thought'', Cambridge (Mass.), MIT Press, 2000.</ref> == L’héritage de l’École d’Uppsala et l’ancrage analytique == Pour comprendre la philosophie suédoise actuelle, il convient de remonter à l’École d’Uppsala, fondée par Axel Hägerström (1868-1939) avec son collègue et ancien élève Adolf Phalén (1884-1931), qui rompirent avec l’idéalisme boströmien pour développer une approche critique fondée sur l’analyse conceptuelle ; Phalén consacra pour sa part l’essentiel de son œuvre à la critique du subjectivisme en théorie de la connaissance.<ref name="strang2010" /> Hägerström occupa la chaire de philosophie pratique à Uppsala de 1911 à 1933. Son rejet de la métaphysique se résume dans la devise latine qu’il s’était donnée, ''praeterea censeo metaphysicam esse delendam'' (« au reste, j’estime que la métaphysique doit être détruite »), formule calquée sur celle de Caton l’Ancien à propos de Carthage.<ref>Axel Hägerström, « Selbstdarstellung », in Hans Schwarz (dir.), ''Die Philosophie der Gegenwart in Selbstdarstellungen'', t. VII, Leipzig, Felix Meiner, 1929.</ref> Il développa en outre une théorie connue sous le nom de nihilisme axiologique (en suédois ''värdenihilism''), qui suscita de vives controverses : selon lui, les jugements moraux ne sont ni vrais ni faux, mais expriment des attitudes émotionnelles plutôt qu’ils ne décrivent des faits objectifs. L’influence de Hägerström sur la philosophie suédoise moderne demeure étendue, même si ses positions ont été largement discutées, nuancées et révisées. Une génération de philosophes plus jeunes, dans les années 1930 et 1940, parmi lesquels Ingemar Hedenius, Konrad Marc-Wogau et Anders Wedberg, s’employa à concilier l’héritage de Hägerström avec les courants émergents du positivisme logique et de la philosophie analytique.<ref name="strang2010" /> Cette période de transition contribua à ancrer durablement la philosophie suédoise dans la tradition analytique, avec une attention particulière portée à l’analyse du langage, à la logique et aux méthodes rigoureuses d’argumentation. == Les grandes figures du paysage philosophique suédois == Les portraits qui suivent décrivent moins une école nationale qu’un paysage : plusieurs de ses acteurs sont nés ou ont été formés hors de Suède, tandis que certains philosophes nés en Suède exercent à l’étranger. La catégorie pertinente est donc celle de la philosophie pratiquée en Suède, complétée par les figures suédoises de la diaspora académique. === Torbjörn Tännsjö et l’utilitarisme hédoniste === Parmi les philosophes suédois qui ont marqué les vingt-cinq dernières années, Torbjörn Tännsjö occupe une place singulière. Titulaire à partir de 2002 de la chaire de philosophie pratique de l’Université de Stockholm, dont il est aujourd’hui professeur émérite, il s’est imposé comme l’un des rares philosophes suédois régulièrement présents dans le débat public. Tännsjö défend un utilitarisme hédoniste d’une grande cohérence interne, selon lequel le plaisir et la douleur sont les seuls porteurs de valeur intrinsèque (positive pour le plaisir, négative pour la douleur) et selon lequel nos actions doivent viser à maximiser le bonheur total.<ref>Torbjörn Tännsjö, ''Hedonistic Utilitarianism'', Édimbourg, Edinburgh University Press, 1998.</ref> Cette position l’a conduit à soutenir des conclusions morales qui heurtent souvent le sens commun : l’avortement, l’euthanasie ou certaines pratiques de sélection génétique se trouvent, dans de nombreux cas, justifiés par les principes utilitaristes. Loin de s’en dédire, Tännsjö assume pleinement ces implications contre-intuitives et s’efforce de montrer que c’est notre morale ordinaire qui devrait être révisée plutôt que les principes utilitaristes eux-mêmes. Au-delà de l’éthique normative, Tännsjö a également contribué à la philosophie politique, en défendant une conception dite populiste de la démocratie, où les décisions seraient prises directement par référendum plutôt que par des représentants élus.<ref>Torbjörn Tännsjö, ''Populist Democracy. A Defence'', Londres, Routledge, 1992.</ref> Il a plaidé par la suite pour l’établissement d’un gouvernement mondial comme réponse aux problèmes globaux que les États-nations se montrent incapables de résoudre par eux-mêmes.<ref>Torbjörn Tännsjö, ''Global Democracy. The Case for a World Government'', Édimbourg, Edinburgh University Press, 2008.</ref> === Sven Ove Hansson et la philosophie de la technologie === Sven Ove Hansson illustre une autre dimension importante de la philosophie suédoise contemporaine. Professeur à l’Institut royal de technologie (KTH) de Stockholm depuis 2000, où il a aujourd’hui le statut de professeur senior, il s’est spécialisé dans la philosophie de la technologie et des risques.<ref name="kthsoh">{{lien web|url=https://www.kth.se/profile/soh|titre=Sven Ove Hansson, profil institutionnel|site=KTH Royal Institute of Technology|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Ses travaux portent sur l’évaluation des risques environnementaux, la théorie de la décision et la révision des croyances. Hansson est emblématique de l’interdisciplinarité croissante de la philosophie suédoise. Titulaire d’un premier diplôme en sciences médicales obtenu en 1972, il a ensuite soutenu deux doctorats en philosophie : l’un en philosophie théorique à Uppsala en 1991, l’autre en philosophie pratique à Lund en 1999.<ref name="kthsoh" /> Cette double formation lui permet d’aborder les questions philosophiques avec une sensibilité aiguë aux problèmes concrets posés par le développement technologique et scientifique. Les contributions de Hansson à la théorie de la révision des croyances, notamment son analyse des postulats dits AGM (d’après les initiales de Carlos Alchourrón, Peter Gärdenfors et David Makinson), lui ont valu une reconnaissance internationale.<ref>Sven Ove Hansson, ''A Textbook of Belief Dynamics. Theory Change and Database Updating'', Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 1999.</ref> Ce champ de recherche possède d’ailleurs un ancrage suédois ancien, puisque Peter Gärdenfors, professeur à Lund, compte parmi les architectes de ce formalisme.<ref>Peter Gärdenfors, ''Knowledge in Flux. Modeling the Dynamics of Epistemic States'', Cambridge (Mass.), MIT Press, 1988.</ref> Les travaux de Hansson, abondamment cités dans la littérature philosophique, lui ont également valu la rédaction de l’article de référence sur la logique de la révision des croyances dans la ''Stanford Encyclopedia of Philosophy'' et la direction de collections internationales d’ouvrages de logique et de philosophie de la technologie. Rédacteur en chef de ''Theoria'' depuis 1999, il partage aujourd’hui cette fonction avec Henrik Lundvall. La revue, principale publication internationale de philosophie éditée en Suède, constitue un vecteur de premier ordre de la philosophie analytique sur la scène internationale.<ref name="theoriakth">{{lien web|url=https://www.kth.se/philhist/phil/nyheter/theoria-1.1464699|titre=Theoria|site=Division of Philosophy, KTH Royal Institute of Technology, page mise à jour le 19 mars 2026|consulté le=6 juin 2026}} ; Sven Ove Hansson, « A history of Theoria », ''Theoria'', vol. 76, n° 4, 2010.</ref> === Åsa Wikforss et l’épistémologie sociale === Åsa Wikforss représente une génération de philosophes suédois ayant acquis une visibilité notable, tant dans l’univers académique que dans l’espace public. Professeure de philosophie théorique à l’Université de Stockholm depuis 2008, elle compte parmi les premières femmes à avoir accédé à une chaire de philosophie théorique en Suède. Les recherches de Wikforss se situent à l’intersection de la philosophie du langage, de la philosophie de l’esprit et de l’épistémologie. Elle a travaillé notamment sur la normativité du langage, en remettant en question l’idée reçue selon laquelle le langage serait essentiellement une activité guidée par des règles.<ref>Åsa Wikforss, « Semantic Normativity », ''Philosophical Studies'', vol. 102, n° 2, 2001, p. 203-226.</ref> Ses travaux ultérieurs portent sur la nature de la croyance et sur la connaissance que nous avons de nos propres pensées. Ce qui distingue particulièrement Wikforss dans le paysage philosophique suédois récent, c’est son engagement dans les débats publics relatifs à la résistance à la connaissance et à la désinformation. En 2017, elle a publié un ouvrage en suédois intitulé ''Alternativa fakta. Om kunskapen och dess fiender'' (''Faits alternatifs. Sur la connaissance et ses ennemis''), qui a rencontré un large succès et a renforcé sa position de figure de la vie intellectuelle suédoise. En 2019, elle a été élue à l’Académie suédoise, l’institution qui décerne le prix Nobel de littérature et dont la mission première concerne la langue suédoise. Elle occupe ainsi l’un des dix-huit fauteuils de cette académie. === Ingmar Persson et le perfectionnement moral === Ingmar Persson, professeur de philosophie pratique à l’Université de Göteborg, représente une autre orientation caractéristique de la philosophie morale du pays. Ses recherches couvrent la philosophie de l’esprit et de l’action, la théorie éthique et l’éthique appliquée. Son principal ouvrage, ''The Retreat of Reason. A Dilemma in the Philosophy of Life'' (2005), explore les attitudes rationnelles à adopter face au temps, à l’identité personnelle et à la responsabilité.<ref>Ingmar Persson, ''The Retreat of Reason. A Dilemma in the Philosophy of Life'', Oxford, Clarendon Press, 2005.</ref> Avec son collègue Julian Savulescu, il a développé l’idée controversée selon laquelle l’humanité pourrait avoir besoin d’un « perfectionnement moral » pour faire face aux problèmes globaux comme le changement climatique ou les risques existentiels liés aux technologies avancées. Dans leur ouvrage ''Unfit for the Future. The Need for Moral Enhancement'' (2012), Persson et Savulescu soutiennent que les êtres humains ne sont pas naturellement dotés d’une psychologie morale leur permettant de gérer les problèmes engendrés par les conditions de vie contemporaines.<ref>Ingmar Persson & Julian Savulescu, ''Unfit for the Future. The Need for Moral Enhancement'', Oxford, Oxford University Press, 2012.</ref> === Wlodek Rabinowicz et la théorie de la valeur === Wlodek Rabinowicz, philosophe d’origine polonaise établi en Suède et professeur de philosophie pratique à l’Université de Lund depuis 1995, s’est imposé comme une figure de premier plan dans le domaine de la théorie formelle de la valeur, ce que la tradition philosophique nomme l’axiologie. Ses recherches portent sur l’analyse conceptuelle de la valeur, l’incommensurabilité des valeurs, l’éthique normative (notamment le conséquentialisme et l’éthique de la population) et la théorie de la décision séquentielle. Avant Sven Ove Hansson, il avait par ailleurs assuré la rédaction en chef de ''Theoria'' de 1995 à 1998. L’un des problèmes centraux auxquels Rabinowicz s’est attaqué concerne ce que l’on appelle la « restriction centrée sur la personne » en axiologie. Avec Gustaf Arrhenius, il a développé des approches novatrices pour résoudre ces difficultés, notamment celle de « l’ange gardien » et celle de « l’observateur impartial bienveillant ».<ref>Wlodek Rabinowicz & Gustaf Arrhenius, « The Value of Existence », in Iwao Hirose & Jonas Olson (dir.), ''The Oxford Handbook of Value Theory'', Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 424-444.</ref> Les philosophes suédois ont ainsi élaboré des approches formelles élaborées pour traiter les questions d’axiologie. Rabinowicz et Gustaf Arrhenius ont proposé des modèles influents pour penser la valeur de l’existence et la comparabilité axiologique ; de leur côté, Rabinowicz et Toni Rønnow-Rasmussen ont développé une analyse devenue classique des rapports entre attitudes évaluatives et valeur.<ref>Wlodek Rabinowicz & Toni Rønnow-Rasmussen, « The Strike of the Demon: On Fitting Pro-Attitudes and Value », ''Ethics'', vol. 114, n° 3, 2004, p. 391-423.</ref> Ces travaux techniques en logique déontique et en théorie de la valeur témoignent de la continuité d’un style suédois de philosophie formelle, caractérisé par son attachement à la formalisation et à l’analyse conceptuelle rigoureuse. Rabinowicz a également participé à la direction éditoriale de revues philosophiques importantes, notamment ''Economics and Philosophy'' et ''Philosophy and Phenomenological Research'', contribuant à l’internationalisation de la philosophie analytique suédoise. === Gunnar Björnsson et la responsabilité morale === Gunnar Björnsson, professeur de philosophie pratique à l’Université de Stockholm, travaille principalement sur la métaéthique, la psychologie morale, la philosophie du langage et la responsabilité morale. Après avoir obtenu son doctorat à Stockholm en 1998, il a occupé divers postes en Suède et aux États-Unis avant de regagner Stockholm. Les recherches de Björnsson sur la responsabilité morale se distinguent par une approche naturaliste, qui s’efforce de développer une théorie générale de la responsabilité à la fois conceptuellement rigoureuse et empiriquement adéquate.<ref>Gunnar Björnsson, « Explaining (away) the epistemic condition on moral responsibility », ''Synthese'', vol. 194, 2017, p. 2461-2488.</ref> Il s’intéresse particulièrement à la psychologie des attributions de responsabilité : pourquoi les individus attribuent-ils la responsabilité selon certains schémas plutôt que d’autres ? Björnsson a coordonné le Projet de Responsabilité de Göteborg (''Gothenburg Responsibility Project'') depuis sa création en 2011 jusqu’en 2015, année où le projet obtint du Conseil suédois de la recherche un financement courant sur dix ans, destiné notamment à recruter le philosophe Paul Russell, spécialiste du libre arbitre et de la philosophie de Hume venu de l’Université de Colombie-Britannique, pour en prendre la direction. Ce projet ambitieux, désormais appelé Projet de Responsabilité Lund-Göteborg (''Lund Gothenburg Responsibility Project'') depuis son extension à l’Université de Lund, rassemble des chercheurs de plusieurs universités suédoises pour étudier la responsabilité morale et le libre arbitre dans une perspective interdisciplinaire alliant philosophie analytique, psychologie expérimentale et neurosciences.<ref>{{lien web|url=https://www.lgrp.lu.se/|titre=Lund Gothenburg Responsibility Project|site=Université de Lund|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> === Nick Bostrom et le risque existentiel === Une figure d’origine suédoise occupe une place à part dans ce paysage : Nick Bostrom, né à Helsingborg en 1973 et formé d’abord aux universités de Göteborg et de Stockholm, a fait l’essentiel de sa carrière à l’Université d’Oxford, où il a fondé puis dirigé, de 2005 à 2024, le Future of Humanity Institute. Son cas illustre les limites d’une définition strictement institutionnelle de la philosophie suédoise : expatrié, il n’appartient pas aux départements du pays, mais il pèse fortement sur l’image internationale de la pensée d’origine suédoise. Bostrom s’est d’abord fait connaître par son argument de la simulation, selon lequel, sous certaines hypothèses concernant le développement des civilisations technologiques, au moins l’une des trois propositions suivantes doit être vraie : presque toutes les civilisations s’éteignent avant d’atteindre la maturité technologique ; presque aucune civilisation parvenue à maturité ne lance de simulations d’esprits conscients ; ou bien nous vivons très probablement nous-mêmes dans une simulation.<ref>Nick Bostrom, « Are You Living in a Computer Simulation? », ''The Philosophical Quarterly'', vol. 53, n° 211, 2003, p. 243-255.</ref> Son ouvrage ''Superintelligence'' (2014) a ensuite placé au centre du débat public la question du risque existentiel lié à une intelligence artificielle qui dépasserait les capacités humaines, en examinant les problèmes de contrôle et d’alignement des objectifs d’un tel système.<ref>Nick Bostrom, ''Superintelligence. Paths, Dangers, Strategies'', Oxford, Oxford University Press, 2014.</ref> Ces analyses, abondamment discutées, ont contribué à structurer le champ aujourd’hui désigné comme éthique de l’intelligence artificielle, auquel une section ultérieure du présent article est consacrée. == Les institutions et l’organisation de la recherche == === Les universités et les départements de philosophie === L’enseignement et la recherche en philosophie en Suède se concentrent principalement dans quatre grandes universités : Uppsala, Stockholm, Göteborg et Lund. Chacune possède un département de philosophie doté de spécificités et de domaines d’excellence propres. L’Université d’Uppsala, fondée en 1477 et la plus ancienne des pays nordiques, occupe une place particulière dans l’histoire de la philosophie suédoise. C’est là qu’Axel Hägerström enseigna de 1911 à 1933, établissant l’École d’Uppsala. Aujourd’hui, le département de philosophie d’Uppsala perpétue cette tradition en proposant des cours de philosophie théorique et pratique à tous les niveaux de formation. L’Université de Stockholm abrite le plus important département de philosophie de Suède, divisé entre philosophie théorique et philosophie pratique. Le département de philosophie théorique se consacre à des questions touchant la réalité, la connaissance, l’esprit, le langage, la logique et la philosophie des sciences. Le département de philosophie pratique se concentre en particulier sur la métaéthique, avec des recherches portant sur le jugement moral, le langage moral, l’agentivité morale, la responsabilité et le blâme.<ref>{{lien web|url=https://www.su.se/department-of-philosophy/|titre=Metaethics – Research Group|site=Department of Philosophy, Stockholm University|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> L’Université de Lund mène des recherches dans trois domaines principaux : philosophie pratique, philosophie théorique et sciences cognitives. En philosophie pratique, Lund jouit d’une reconnaissance internationale pour ses travaux sur la théorie de la valeur, la responsabilité morale et le libre arbitre, le concept de bien-être, les théories de la causalité, l’action collective et la théorie de la décision dynamique. === Le financement de la recherche === Le Conseil suédois de la recherche (''Vetenskapsrådet'') constitue le principal organisme de financement de la recherche en sciences humaines dans les universités et instituts de recherche suédois. Pour la philosophie, ce financement permet de soutenir des projets de recherche individuels et collectifs, des postes postdoctoraux et des programmes doctoraux. Dans la période récente, les financements alloués à la philosophie ont permis de développer des projets de grande envergure, à l’image du Projet de Responsabilité Lund-Göteborg, témoignant de l’importance reconnue à la discipline. Les universités suédoises financent également des postes de doctorat en philosophie, généralement pour une durée de quatre ans, incluant au minimum trois ans de recherche et au maximum une année de cours. Ces postes doctoraux constituent des emplois à part entière donnant accès aux prestations sociales suédoises ordinaires, ce qui distingue le système suédois de celui de nombreux autres pays. === Les revues et la diffusion de la recherche === ''Filosofisk tidskrift'', fondée en 1980, est la principale revue de philosophie en langue suédoise. Publiée trimestriellement, elle couvre l’ensemble des domaines de la philosophie tout en s’abstenant de publier des contributions requérant des prérequis techniques trop spécialisés. Elle demeure une plateforme importante pour le débat philosophique en Suède et dans les pays nordiques. ''Theoria'', fondée en 1935 par Åke Petzäll, demeure la principale revue internationale de philosophie publiée en Suède.<ref name="theoriakth" /> Elle a joué un rôle déterminant dans le développement de la philosophie suédoise moderne, servant notamment de tribune aux débats entre l’École d’Uppsala et le positivisme logique ; des textes de Carl Gustav Hempel ou d’Ernst Cassirer y parurent dès les années 1930. Publiée désormais six fois par an et codirigée par Sven Ove Hansson et Henrik Lundvall, ''Theoria'' continue d’accueillir des philosophes suédois et internationaux dans tous les domaines de la discipline et jouit d’une réputation bien établie sur la scène philosophique internationale.<ref name="theoriakth" /> === La formation doctorale et les cours nationaux === La formation doctorale en philosophie en Suède suit un modèle structuré. Pour être admis au programme doctoral, les étudiants doivent déjà posséder un master en philosophie (ou un diplôme jugé équivalent). Le doctorat correspond généralement à quatre années d’études à temps plein, soit 240 crédits ECTS, répartis entre des cours, des séminaires, la supervision et la rédaction de la thèse.<ref>{{lien web|url=https://www.fil.lu.se/en/research/doctoral-studies/|titre=Doctoral studies|site=Department of Philosophy, Lund University|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Une particularité du système suédois réside dans l’organisation de cours doctoraux nationaux en philosophie. Ces cours, généralement de 7,5 crédits ECTS avec un enseignement concentré sur une semaine, accueillent prioritairement les étudiants de master et les doctorants inscrits dans les universités suédoises.<ref name="umea">{{lien web|url=https://www.umu.se/en/|titre=National Graduate Courses in Philosophy|site=Department of Historical, Philosophical and Religious Studies, Umeå University|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Ce dispositif permet aux doctorants de toutes les universités du pays de suivre des formations spécialisées données par des experts, même si leur université d’attache ne possède pas de spécialiste dans le domaine considéré. L’Université d’Umeå coordonne depuis plusieurs années l’organisation de ces cours nationaux, qui ont abordé des sujets aussi variés que l’éthique médicale, la théorie de la décision ou l’épistémologie morale.<ref name="umea" /> == Les domaines de recherche privilégiés == === Métaéthique et philosophie morale === La métaéthique constitue l’un des domaines les plus actifs de la recherche philosophique du pays. Les philosophes suédois travaillant dans ce champ s’interrogent sur la nature des jugements moraux, le statut des faits moraux, les relations entre croyances morales et motivation, ainsi que sur les questions de responsabilité et de blâme. Plusieurs facteurs expliquent cette concentration. D’abord, l’héritage d’Axel Hägerström et de sa théorie non-cognitiviste continue d’exercer une influence sur les débats actuels. Les philosophes suédois contemporains réexaminent ces questions à l’aide des outils de la philosophie analytique moderne, en intégrant notamment les développements de la philosophie du langage et de la philosophie de l’esprit. L’Université de Stockholm s’est particulièrement illustrée dans ce domaine, avec un groupe de recherche en métaéthique réunissant Gunnar Björnsson, Jonas Olson et Anandi Hattiangadi. Leurs travaux couvrent des questions sémantiques (sur la signification des concepts et termes moraux), métaphysiques (sur l’existence et la nature des faits et propriétés moraux), épistémologiques (sur la possibilité de la connaissance morale) et psychologiques (sur la nature des jugements moraux et leur rapport à la motivation). Jonas Olson a notamment proposé une défense systématique de la théorie de l’erreur en morale, qui prolonge sous une forme contemporaine certaines intuitions de Hägerström.<ref>Jonas Olson, ''Moral Error Theory. History, Critique, Defence'', Oxford, Oxford University Press, 2014.</ref> === Responsabilité morale et libre arbitre === La question de la responsabilité morale, bien qu’étroitement liée à la métaéthique, mérite une attention distincte, tant elle a donné lieu à des recherches soutenues en Suède. Le Projet de Responsabilité Lund-Göteborg, financé sur dix ans par le Conseil suédois de la recherche et dirigé par Paul Russell, témoigne de l’importance accordée à ce thème. Les philosophes suédois travaillant sur la responsabilité adoptent souvent une approche naturaliste, cherchant à comprendre le fonctionnement psychologique des attributions de responsabilité avant de formuler des théories normatives sur qui devrait être tenu responsable et de quoi. Cette démarche permet d’éclairer des questions classiques comme le problème du libre arbitre et du déterminisme, ou les conditions de la responsabilité morale. === Théorie de la valeur et éthique de la population === La théorie formelle de la valeur constitue un autre domaine dans lequel les philosophes suédois ont apporté des contributions notables. Wlodek Rabinowicz à Lund et Gustaf Arrhenius à Stockholm jouissent d’une reconnaissance particulière pour leurs travaux dans ce champ. Un problème central en axiologie concerne l’éthique de la population : comment comparer le bien-être de différentes populations ? Cette question, qui peut sembler purement abstraite, possède des implications pratiques étendues pour les politiques environnementales, les politiques de santé publique et les questions de justice intergénérationnelle. Arrhenius a notamment établi une série de théorèmes d’impossibilité montrant qu’aucune axiologie ne peut satisfaire simultanément un ensemble de conditions pourtant intuitivement plausibles.<ref>Gustaf Arrhenius, « An Impossibility Theorem for Welfarist Axiologies », ''Economics and Philosophy'', vol. 16, n° 2, 2000, p. 247-266.</ref> Les philosophes suédois ont élaboré des approches formelles raffinées pour aborder ces questions. Rabinowicz et Arrhenius ont, par exemple, proposé des modèles influents pour traiter la valeur de l’existence et la comparabilité axiologique ; de leur côté, Rabinowicz et Toni Rønnow-Rasmussen ont développé une analyse fine des rapports entre attitudes évaluatives et valeur, notamment à travers leur discussion du « mauvais type de raisons » dans l’analyse des attitudes appropriées.<ref>Wlodek Rabinowicz & Toni Rønnow-Rasmussen, « The Strike of the Demon: On Fitting Pro-Attitudes and Value », ''Ethics'', vol. 114, n° 3, 2004, p. 391-423.</ref> Ces travaux techniques en logique déontique et en théorie de la valeur s’inscrivent pleinement dans la tradition analytique suédoise. === Épistémologie et philosophie de l’esprit === L’épistémologie et la philosophie de l’esprit occupent également une place notable dans la philosophie pratiquée en Suède. Åsa Wikforss et Kathrin Glüer-Pagin, philosophe d’origine allemande établie à Stockholm, ont développé des recherches influentes à l’intersection de ces deux domaines. Un thème central concerne la connaissance de soi : comment connaissons-nous nos propres pensées et croyances ? Cette question, qui peut sembler triviale au premier abord, soulève en réalité des difficultés philosophiques substantielles liées à la transparence épistémique et à l’accès conscient à nos états mentaux. Wikforss s’est intéressée par la suite aux questions d’épistémologie sociale, en particulier à la résistance à la connaissance et à la diffusion de la désinformation. Ces travaux relient des questions épistémologiques classiques (qu’est-ce que la connaissance ? comment l’acquérons-nous ?) à des préoccupations contemporaines urgentes relatives à la démocratie et à l’espace public. === Philosophie des sciences et philosophie de la technologie === La philosophie des sciences occupe une place singulière dans la philosophie suédoise, avec une attention particulière portée aux méthodes scientifiques, à l’évaluation des preuves et à la structure des théories scientifiques. Cette orientation reflète en partie l’influence historique du positivisme logique et de l’empirisme, mais aussi le souci de collaborer étroitement avec les scientifiques pour comprendre les pratiques réelles de la recherche. Sven Ove Hansson incarne particulièrement cette approche par ses travaux sur la philosophie de la technologie et des risques. Au sein de l’Institut royal de technologie (KTH) de Stockholm, Hansson a dirigé un département de philosophie et d’histoire intégré dans une école d’ingénieurs. Cette position lui permet de travailler directement avec des ingénieurs et des scientifiques sur des questions pratiques concernant l’évaluation des risques, la sécurité et l’éthique de la technologie. Ses ouvrages, notamment ''The Ethics of Technology. Methods and Approaches'', ainsi que ses contributions à la théorie de la révision des croyances, font autorité dans ces domaines.<ref>Sven Ove Hansson (dir.), ''The Ethics of Technology. Methods and Approaches'', Londres, Rowman & Littlefield International, 2017.</ref> === Philosophie politique et théorie de la démocratie === La philosophie politique forme un autre secteur actif de la recherche philosophique suédoise. Les philosophes suédois s’intéressent particulièrement aux fondements normatifs de la démocratie, aux théories de la justice et aux questions de légitimité politique. Torbjörn Tännsjö a défendu une forme de démocratie populiste selon laquelle les décisions politiques seraient prises directement par référendum plutôt que par des représentants élus. Cette position s’oppose au consensus dominant en philosophie politique, qui tend à privilégier la démocratie représentative avec ses médiations et ses filtres institutionnels. Tännsjö soutient que la démocratie directe respecte mieux l’égalité entre citoyens et évite la constitution d’une classe politique professionnelle détachée du peuple. == La philosophie suédoise et les enjeux contemporains == === Éthique de l’intelligence artificielle === L’émergence de l’intelligence artificielle comme technologie transformatrice a incité plusieurs philosophes et institutions suédoises à s’engager dans l’examen des questions éthiques qu’elle soulève. Ces travaux s’inscrivent dans la tradition suédoise de philosophie appliquée, qui se donne pour tâche d’utiliser les outils philosophiques pour éclairer des problèmes concrets. AI Sweden, le centre national suédois pour l’intelligence artificielle appliquée, a élaboré des principes régissant une utilisation responsable de l’IA. Ces principes insistent sur la légalité et la transparence (les systèmes d’IA doivent être développés et utilisés dans le respect de la loi et avec une transparence appropriée), le caractère éthique et équitable (les systèmes d’IA doivent être conçus et opérés d’une manière respectant les droits humains, les valeurs et la diversité culturelle), ainsi que sur la sécurité et la robustesse (les systèmes d’IA doivent être fiables, maîtrisables et sûrs).<ref>{{lien web|url=https://www.ai.se/en|titre=Responsible use of AI|site=AI Sweden|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Il importe de ne pas confondre les registres : AI Sweden est un organisme de coordination technologique, non une institution philosophique, et ses principes fournissent un cadre institutionnel plutôt qu’une analyse normative. Cette analyse revient aux philosophes. La question de la responsabilité relative aux décisions d’agents artificiels rejoint directement les recherches de Gunnar Björnsson sur les obligations partagées et la responsabilité collective ; l’exigence de sûreté et de robustesse prolonge les analyses de Sven Ove Hansson sur la décision en situation d’incertitude et sur l’acceptabilité des risques technologiques ; quant aux débats internationaux sur le risque existentiel, ils doivent beaucoup, on l’a vu, à Nick Bostrom.<ref>Gunnar Björnsson, « Essentially Shared Obligations », ''Midwest Studies in Philosophy'', vol. 38, 2014, p. 103-120 ; Sven Ove Hansson, ''The Ethics of Risk. Ethical Analysis in an Uncertain World'', New York, Palgrave Macmillan, 2013.</ref> L’Université de Linköping propose un cours spécifique consacré à l’éthique de l’intelligence artificielle. Ce cours aborde trois grands enjeux éthiques soulevés par les systèmes autonomes : la responsabilité relative aux décisions prises par des agents artificiels, les questions de biais et de discrimination résultant de l’utilisation de l’IA, et l’importance de la participation démocratique dans l’élaboration et le déploiement des systèmes d’IA. === Éthique environnementale et développement durable === L’éthique environnementale constitue un autre domaine dans lequel les philosophes suédois contribuent activement, reflétant les préoccupations de la société suédoise pour l’environnement et le développement durable. La Suède possède une longue tradition d’éducation environnementale, qui articule l’éducation en plein air et les préoccupations écologiques depuis les années 1960. L’éducation pour le développement durable a connu en Suède une évolution notable. D’une approche traditionnelle centrée sur la transmission de connaissances scientifiques, elle est passée à une approche plus participative, encourageant la pensée critique et l’autonomie de jugement. Ce déplacement reflète un changement dans la conception même de l’éducation environnementale : il ne s’agit plus d’inculquer des valeurs et des comportements prédéterminés, mais de développer des capacités de délibération et d’action citoyenne. Sur le versant théorique, l’éthique de l’environnement croise en Suède la philosophie du risque. Les analyses de Sven Ove Hansson sur la décision en situation d’incertitude et sur le principe de précaution montrent les limites d’une évaluation des politiques environnementales qui s’en remettrait exclusivement au calcul coût-bénéfice : imposer un risque à autrui constitue un acte moralement chargé, qui appelle une justification et non un simple calcul d’utilité espérée.<ref>Sven Ove Hansson, ''The Ethics of Risk. Ethical Analysis in an Uncertain World'', New York, Palgrave Macmillan, 2013.</ref> Cette approche fournit aux questions de durabilité un cadre conceptuel plus exigeant que la seule invocation de valeurs écologiques. === Philosophie publique et engagement démocratique === Un trait notable de la période récente réside dans l’importance accordée à la présence des philosophes dans la cité et à leur participation aux débats démocratiques. Contrairement à une philosophie académique qui resterait enfermée dans ses murs, de nombreux philosophes suédois considèrent qu’ils ont une responsabilité envers la société : rendre leurs recherches accessibles et les mettre au service des citoyens. Torbjörn Tännsjö représente sans doute l’exemple le plus net de cette philosophie publique. Il intervient régulièrement dans les médias suédois, rédige des chroniques pour les journaux, participe à des émissions de radio et de télévision, et publie des ouvrages destinés au grand public. Åsa Wikforss incarne une autre forme d’engagement public, centrée sur l’éducation citoyenne et la défense de la connaissance. Son ouvrage ''Alternativa fakta'' (''Faits alternatifs'') et ses nombreuses interventions publiques visent à munir les citoyens des instruments intellectuels nécessaires pour naviguer dans un environnement informationnel complexe et résister à la désinformation. Cette approche témoigne d’une conviction constante : la connaissance est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. La philosophie à l’Université de Södertörn constitue l’exception la plus nette au consensus analytique : la recherche y est officiellement centrée sur la philosophie continentale européenne moderne et sur ses points de contact avec l’histoire, de la philosophie antique à l’idéalisme allemand, et l’établissement abrite depuis 2024 un centre consacré à la philosophie grecque ancienne. Ses membres participent activement à la vie culturelle suédoise : ils donnent des conférences au Moderna museet, à Bonniers Konsthall et dans diverses galeries de Stockholm, interviennent dans des émissions de la radio nationale comme ''Filosofiska rummet'' et contribuent ainsi à la diffusion du discours philosophique auprès d’un public élargi.<ref name="sodertorn">{{lien web|url=https://www.sh.se/english/sodertorn-university/research/subjects/philosophy|titre=Philosophy|site=Södertörn University|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> == Conclusion == La philosophie suédoise des vingt-cinq dernières années se caractérise par plusieurs traits distinctifs. D’abord, la prépondérance nette de la tradition analytique, héritée de l’École d’Uppsala et de la transformation intellectuelle opérée au cours du XX{{e}}&nbsp;siècle. Cette orientation se manifeste par l’attachement aux méthodes rigoureuses d’argumentation, à l’analyse conceptuelle et à la clarté d’expression. Ensuite, une forte internationalisation : les philosophes suédois publient largement dans les revues internationales de premier plan et participent activement aux débats philosophiques mondiaux. Cette ouverture internationale ne fait cependant pas obstacle à un ancrage local solide, incarné par des institutions universitaires de haut niveau, des revues nationales vivantes et un système de formation doctorale bien structuré. Un autre trait marquant est l’importance accordée à la philosophie appliquée et à l’engagement public. Nombre de philosophes suédois considèrent qu’ils ont une responsabilité envers la société : rendre leurs recherches accessibles et contribuer aux débats démocratiques. Cet engagement se traduit par des interventions médiatiques régulières, la publication d’ouvrages grand public et la participation à des commissions d’expertise. Les domaines de recherche privilégiés reflètent à la fois la continuité historique et les préoccupations contemporaines. La métaéthique, la responsabilité morale, la théorie de la valeur et l’épistémologie prolongent l’héritage d’Uppsala. Les recherches consacrées à l’éthique de l’intelligence artificielle, à l’éthique environnementale et à la philosophie publique répondent aux enjeux les plus pressants du temps présent. On peut, pour finir, risquer une thèse d’ensemble. La Suède offre le cas d’une philosophie analytique institutionnellement dominante, mais que trois contrepoids empêchent de se refermer sur elle-même : la philosophie publique, qui la confronte aux citoyens ; l’interdisciplinarité technologique, qui l’expose aux sciences de l’ingénieur et aux choix collectifs concernant les techniques ; l’exception continentale de Södertörn, enfin, qui maintient vivante, aux portes de Stockholm, une autre manière de philosopher. C’est de cette tension réglée entre hégémonie méthodologique et ouvertures correctrices que le paysage philosophique suédois tire sa physionomie propre. == Références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Ouvrages généraux sur la philosophie suédoise === * Lagerlund, Henrik, ''Filosofi i Sverige under tusen år'' [La philosophie en Suède durant mille ans], Lund, Studentlitteratur, 2003. * Nordin, Svante, ''Från Hägerström till Hedenius. Den moderna svenska filosofin'' [De Hägerström à Hedenius. La philosophie suédoise moderne], Bodafors, Doxa, 1984. * Nygård, Stefan & Strang, Johan (dir.), ''Mellan idealism och analytisk filosofi. Den moderna filosofin i Finland och Sverige 1880-1950'' [Entre idéalisme et philosophie analytique. La philosophie moderne en Finlande et en Suède, 1880-1950], Helsinki, Svenska litteratursällskapet i Finland, 2006. * Strang, Johan, ''History, Transfer, Politics. Five Studies on the Legacy of Uppsala Philosophy'', Helsinki, Université d’Helsinki, 2010 (thèse de doctorat). === L’École d’Uppsala et l’histoire de la philosophie suédoise === * Hägerström, Axel, ''Inquiries into the Nature of Law and Morals'', trad. anglaise C. D. Broad, Uppsala, Almqvist & Wiksell, 1953. * Hägerström, Axel, ''Philosophy and Religion'', trad. anglaise Robert T. Sandin, Londres, George Allen & Unwin, 1964. * Hedenius, Ingemar, ''Om rätt och moral'' [Du droit et de la morale], Stockholm, Wahlström & Widstrand, 1941. * Hedenius, Ingemar, ''Tro och vetande'' [Croyance et savoir], Stockholm, Bonniers, 1949. * Nordin, Svante, ''Ingemar Hedenius. En filosof och hans tid'' [Ingemar Hedenius. Un philosophe et son temps], Stockholm, Natur & Kultur, 2004. * Sandin, Robert T., « The Founding of the Uppsala School », ''Journal of the History of Ideas'', vol. 23, n° 4, 1962, p. 496-512. === Œuvres des philosophes suédois contemporains === ==== Torbjörn Tännsjö ==== * Tännsjö, Torbjörn, ''Populist Democracy. A Defence'', Londres, Routledge, 1992. * Tännsjö, Torbjörn, ''Hedonistic Utilitarianism'', Édimbourg, Edinburgh University Press, 1998. * Tännsjö, Torbjörn, ''Coercive Care. The Ethics of Choice in Health and Medicine'', Londres, Routledge, 1999. * Tännsjö, Torbjörn, ''Global Democracy. The Case for a World Government'', Édimbourg, Edinburgh University Press, 2008. * Tännsjö, Torbjörn, ''Setting Health-Care Priorities. What Ethical Theories Tell Us'', Oxford, Oxford University Press, 2019. ==== Sven Ove Hansson ==== * Hansson, Sven Ove, « Semi-revision », ''Journal of Applied Non-Classical Logics'', vol. 7, n° 1-2, 1997, p. 151-175. * Hansson, Sven Ove, ''A Textbook of Belief Dynamics. Theory Change and Database Updating'', Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 1999. * Hansson, Sven Ove, « A history of Theoria », ''Theoria'', vol. 76, n° 4, 2010. * Hansson, Sven Ove, ''The Ethics of Risk. Ethical Analysis in an Uncertain World'', New York, Palgrave Macmillan, 2013. * Hansson, Sven Ove (dir.), ''The Ethics of Technology. Methods and Approaches'', Londres, Rowman & Littlefield, 2017. ==== Åsa Wikforss ==== * Wikforss, Åsa, « Semantic Normativity », ''Philosophical Studies'', vol. 102, n° 2, 2001, p. 203-226. * Glüer, Kathrin & Wikforss, Åsa, « Against Content Normativity », ''Mind'', vol. 118, n° 469, 2009, p. 31-70. * Glüer, Kathrin & Wikforss, Åsa, « The Normativity of Meaning and Content », in Edward N. Zalta (dir.), ''The Stanford Encyclopedia of Philosophy'', Stanford, Stanford University, en ligne. * Wikforss, Åsa, ''Alternativa fakta. Om kunskapen och dess fiender'' [Faits alternatifs. Sur la connaissance et ses ennemis], Stockholm, Fri Tanke förlag, 2017. ==== Ingmar Persson ==== * Persson, Ingmar, ''The Retreat of Reason. A Dilemma in the Philosophy of Life'', Oxford, Clarendon Press, 2005. * Persson, Ingmar & Savulescu, Julian, ''Unfit for the Future. The Need for Moral Enhancement'', Oxford, Oxford University Press, 2012. * Persson, Ingmar, ''From Morality to the End of Reason. An Essay on Rights, Reasons, and Responsibility'', Oxford, Oxford University Press, 2013. * Persson, Ingmar, ''Inclusive Ethics. Extending Beneficence and Egalitarian Justice'', Oxford, Oxford University Press, 2017. ==== Wlodek Rabinowicz ==== * Rabinowicz, Wlodek & Rønnow-Rasmussen, Toni, « The Strike of the Demon: On Fitting Pro-Attitudes and Value », ''Ethics'', vol. 114, n° 3, 2004, p. 391-423. * Rabinowicz, Wlodek, « Value Relations », ''Theoria'', vol. 74, n° 1, 2008, p. 18-49. * Rabinowicz, Wlodek, « Broome and the Intuition of Neutrality », ''Philosophical Issues'', vol. 19, 2009, p. 389-411. * Rabinowicz, Wlodek & Arrhenius, Gustaf, « The Value of Existence », in Iwao Hirose & Jonas Olson (dir.), ''The Oxford Handbook of Value Theory'', Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 424-444. ==== Gunnar Björnsson ==== * Björnsson, Gunnar & Persson, Karl, « The Explanatory Component of Moral Responsibility », ''Noûs'', vol. 46, n° 2, 2012, p. 326-354. * Björnsson, Gunnar, « Essentially Shared Obligations », ''Midwest Studies in Philosophy'', vol. 38, 2014, p. 103-120. * Björnsson, Gunnar & Pereboom, Derk, « Traditional and Experimental Approaches to Free Will and Moral Responsibility », in Justin Sytsma & Wesley Buckwalter (dir.), ''A Companion to Experimental Philosophy'', Chichester, Wiley Blackwell, 2016, p. 142-157. * Björnsson, Gunnar, « Explaining (away) the epistemic condition on moral responsibility », ''Synthese'', vol. 194, 2017, p. 2461-2488. ==== Nick Bostrom ==== * Bostrom, Nick, ''Anthropic Bias. Observation Selection Effects in Science and Philosophy'', New York, Routledge, 2002. * Bostrom, Nick, « Are You Living in a Computer Simulation? », ''The Philosophical Quarterly'', vol. 53, n° 211, 2003, p. 243-255. * Bostrom, Nick, ''Superintelligence. Paths, Dangers, Strategies'', Oxford, Oxford University Press, 2014. ==== Autres philosophes suédois contemporains ==== * Arrhenius, Gustaf, « An Impossibility Theorem for Welfarist Axiologies », ''Economics and Philosophy'', vol. 16, n° 2, 2000, p. 247-266. * Gärdenfors, Peter, ''Knowledge in Flux. Modeling the Dynamics of Epistemic States'', Cambridge (Mass.), MIT Press, 1988. * Gärdenfors, Peter, ''Conceptual Spaces. The Geometry of Thought'', Cambridge (Mass.), MIT Press, 2000. * Olson, Jonas, ''Moral Error Theory. History, Critique, Defence'', Oxford, Oxford University Press, 2014. === Études sur la philosophie suédoise === * Hansson, Jonas & Nordin, Svante, ''Ernst Cassirer. The Swedish Years'', Berne, Peter Lang, 2006. * Strang, Johan, « Why “Nordic Democracy”? », in Jussi Kurunmäki & Johan Strang (dir.), ''Rhetorics of Nordic Democracy'', Helsinki, Suomalaisen Kirjallisuuden Seura, 2010. === Revues philosophiques suédoises === * ''Filosofisk tidskrift'' [Revue philosophique], revue trimestrielle, Stockholm, 1980-. * ''Theoria. A Swedish Journal of Philosophy'', revue internationale fondée en 1935 par Åke Petzäll, publiée par Wiley-Blackwell pour le compte de la fondation Stiftelsen Theoria, 1935-. === Encyclopédies et instruments de référence === * Craig, Edward (dir.), ''Routledge Encyclopedia of Philosophy'', Londres, Routledge, 1998 ; entrées consacrées à Axel Hägerström et à la philosophie scandinave. * Zalta, Edward N. (dir.), ''The Stanford Encyclopedia of Philosophy'', Stanford, Stanford University ; en ligne, entrées « Logic of Belief Revision » (rédigée par Sven Ove Hansson) et « The Normativity of Meaning and Content » (rédigée par Kathrin Glüer et Åsa Wikforss), consultées le 6 juin 2026. === Sites web et ressources électroniques === * AI Sweden : {{lien web|url=https://www.ai.se/en|titre=Centre national suédois pour l'intelligence artificielle appliquée|consulté le=6 juin 2026}}. * Filosofisk tidskrift : {{lien web|url=https://www.filosofisktidskrift.se/|titre=Site officiel de la revue|consulté le=6 juin 2026}}. * Lund Gothenburg Responsibility Project : {{lien web|url=https://www.lgrp.lu.se/|titre=Site officiel du projet|consulté le=6 juin 2026}}. * KTH, Division of Philosophy : {{lien web|url=https://www.kth.se/philhist/phil|titre=Recherche en philosophie au KTH et revue Theoria|consulté le=6 juin 2026}}. * Nick Bostrom : {{lien web|url=https://nickbostrom.com/|titre=Site personnel|consulté le=6 juin 2026}}. * Department of Philosophy, Lund University : {{lien web|url=https://www.fil.lu.se/en/|titre=Site du département de philosophie de Lund|consulté le=6 juin 2026}}. * Department of Philosophy, Stockholm University : {{lien web|url=https://www.su.se/department-of-philosophy/|titre=Site du département de philosophie de Stockholm|consulté le=6 juin 2026}}. * Department of Philosophy, Linguistics and Theory of Science (FLoV), University of Gothenburg : {{lien web|url=https://www.gu.se/en/flov|titre=Site du département de philosophie de Göteborg|consulté le=6 juin 2026}}. * Department of Philosophy, Uppsala University : {{lien web|url=https://www.uu.se/en/department/philosophy|titre=Site du département de philosophie d'Uppsala|consulté le=6 juin 2026}}. * Svenska Akademien : {{lien web|url=https://www.svenskaakademien.se/en|titre=Site officiel de l'Académie suédoise|consulté le=6 juin 2026}}. * Södertörn University : {{lien web|url=https://www.sh.se/english/sodertorn-university/research/subjects/philosophy|titre=Philosophy|consulté le=6 juin 2026}}. * Swedish Research Council (Vetenskapsrådet) : {{lien web|url=https://www.vr.se/english.html|titre=Financement de la recherche en philosophie|consulté le=6 juin 2026}}. * Umeå University : {{lien web|url=https://www.umu.se/en/|titre=National Graduate Courses in Philosophy|consulté le=6 juin 2026}}. {{AutoCat}} 8fzaeujzpjuydepcvcf2yws560lpyj9 767517 767516 2026-06-06T08:36:06Z PandaMystique 119061 PandaMystique a déplacé la page [[Dictionnaire de philosophie/Suède]] vers [[Dictionnaire de philosophie/Philosophie suédoise contemporaine]] 767516 wikitext text/x-wiki {{DicoPhilo|Suède}} La philosophie pratiquée en Suède occupe, depuis le début des années 2000, une position bien identifiable sur la scène internationale. Quelques indices concrets en témoignent : une revue de stature mondiale, ''Theoria'' ; des programmes de recherche financés sur dix ans, comme le Projet de Responsabilité Lund-Göteborg ; des chaires confiées à des chercheurs recrutés à l’étranger ; l’élection d’une philosophe, Åsa Wikforss, à l’Académie suédoise. À la différence de bien des foyers de la philosophie continentale européenne, cette philosophie s’inscrit très largement dans le courant analytique, héritage d’une transformation intellectuelle opérée au cours du XX{{e}}&nbsp;siècle.<ref name="nordin1984">Svante Nordin, ''Från Hägerström till Hedenius. Den moderna svenska filosofin'' [De Hägerström à Hedenius. La philosophie suédoise moderne], Bodafors, Doxa, 1984.</ref><ref name="strang2010">Johan Strang, ''History, Transfer, Politics. Five Studies on the Legacy of Uppsala Philosophy'', Helsinki, Université d’Helsinki, 2010 ; {{lien web|url=https://helda.helsinki.fi/|titre=Texte intégral|site=Helda, University of Helsinki|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Cette orientation analytique n’exclut pas une diversité notable des domaines de recherche, qui vont de la métaphysique et de l’épistémologie à l’éthique appliquée, en passant par la philosophie politique et les questions soulevées par les technologies émergentes. Les universités d’Uppsala, de Stockholm, de Göteborg et de Lund constituent les principaux foyers de la recherche philosophique suédoise. Ces institutions abritent des départements de philosophie organisés selon une distinction nette entre philosophie théorique (englobant l’épistémologie, la métaphysique, la philosophie du langage, la philosophie de l’esprit, la logique et la philosophie des sciences) et philosophie pratique (comprenant l’éthique normative, la métaéthique, la philosophie politique et l’éthique appliquée). Le présent article retrace d’abord, à grands traits, l’histoire longue de la philosophie en Suède, avant de se concentrer sur la période ouverte au tournant des années 2000. Il inclut dans son périmètre les chercheuses et chercheurs d’origine étrangère durablement installés dans les universités suédoises, ainsi que les figures suédoises exerçant à l’étranger : c’est l’ensemble de ce paysage qui fait l’identité philosophique du pays. == Aperçu historique : de Swedenborg à la percée analytique == La Suède n’entre pas dans l’histoire de la philosophie avec le XX{{e}}&nbsp;siècle. Au XVIII{{e}}&nbsp;siècle, Emanuel Swedenborg (1688-1772), d’abord savant et ingénieur des mines, élabore après sa crise religieuse une vaste théosophie visionnaire qui connut un retentissement européen : c’est contre lui que Kant rédigea les ''Rêves d’un visionnaire'' (''Träume eines Geistersehers'', 1766), où s’esquisse déjà sa critique de la métaphysique dogmatique.<ref>Emmanuel Kant, ''Rêves d’un visionnaire expliqués par des rêves métaphysiques'' (1766), trad. Francis Courtès, Paris, Vrin, 1967.</ref> Au XIX{{e}}&nbsp;siècle, l’université suédoise vit sous l’autorité de Christopher Jacob Boström (1797-1866), professeur à Uppsala, dont l’idéalisme rationnel fournit pendant des décennies la doctrine quasi officielle de la philosophie académique et la matrice intellectuelle des élites administratives du royaume. C’est contre ce boströmianisme que se constitue, au début du XX{{e}}&nbsp;siècle, l’École d’Uppsala, examinée dans la section suivante. La percée analytique s’opère ensuite en deux temps. La génération d’Ingemar Hedenius (1908-1982), de Konrad Marc-Wogau (1902-1991) et d’Anders Wedberg (1913-1978) acclimate en Suède les méthodes du positivisme logique et de l’analyse conceptuelle : Hedenius porte le débat philosophique sur la place publique avec ''Tro och vetande'' (''Croyance et savoir'', 1949), critique retentissante de la théologie chrétienne ; Marc-Wogau renouvelle les études kantiennes et dirige ''Theoria'' de 1957 à 1964 ; Wedberg, depuis sa chaire de Stockholm, écrit une histoire de la philosophie d’inspiration analytique qui forme des générations d’étudiants.<ref name="nordin1984" /> Une seconde vague, à partir des années 1970, voit émerger des figures de stature internationale comme Peter Gärdenfors (né en 1949), dont les recherches sur la dynamique des croyances puis sur les espaces conceptuels relient la philosophie suédoise aux sciences cognitives.<ref>Peter Gärdenfors, ''Conceptual Spaces. The Geometry of Thought'', Cambridge (Mass.), MIT Press, 2000.</ref> == L’héritage de l’École d’Uppsala et l’ancrage analytique == Pour comprendre la philosophie suédoise actuelle, il convient de remonter à l’École d’Uppsala, fondée par Axel Hägerström (1868-1939) avec son collègue et ancien élève Adolf Phalén (1884-1931), qui rompirent avec l’idéalisme boströmien pour développer une approche critique fondée sur l’analyse conceptuelle ; Phalén consacra pour sa part l’essentiel de son œuvre à la critique du subjectivisme en théorie de la connaissance.<ref name="strang2010" /> Hägerström occupa la chaire de philosophie pratique à Uppsala de 1911 à 1933. Son rejet de la métaphysique se résume dans la devise latine qu’il s’était donnée, ''praeterea censeo metaphysicam esse delendam'' (« au reste, j’estime que la métaphysique doit être détruite »), formule calquée sur celle de Caton l’Ancien à propos de Carthage.<ref>Axel Hägerström, « Selbstdarstellung », in Hans Schwarz (dir.), ''Die Philosophie der Gegenwart in Selbstdarstellungen'', t. VII, Leipzig, Felix Meiner, 1929.</ref> Il développa en outre une théorie connue sous le nom de nihilisme axiologique (en suédois ''värdenihilism''), qui suscita de vives controverses : selon lui, les jugements moraux ne sont ni vrais ni faux, mais expriment des attitudes émotionnelles plutôt qu’ils ne décrivent des faits objectifs. L’influence de Hägerström sur la philosophie suédoise moderne demeure étendue, même si ses positions ont été largement discutées, nuancées et révisées. Une génération de philosophes plus jeunes, dans les années 1930 et 1940, parmi lesquels Ingemar Hedenius, Konrad Marc-Wogau et Anders Wedberg, s’employa à concilier l’héritage de Hägerström avec les courants émergents du positivisme logique et de la philosophie analytique.<ref name="strang2010" /> Cette période de transition contribua à ancrer durablement la philosophie suédoise dans la tradition analytique, avec une attention particulière portée à l’analyse du langage, à la logique et aux méthodes rigoureuses d’argumentation. == Les grandes figures du paysage philosophique suédois == Les portraits qui suivent décrivent moins une école nationale qu’un paysage : plusieurs de ses acteurs sont nés ou ont été formés hors de Suède, tandis que certains philosophes nés en Suède exercent à l’étranger. La catégorie pertinente est donc celle de la philosophie pratiquée en Suède, complétée par les figures suédoises de la diaspora académique. === Torbjörn Tännsjö et l’utilitarisme hédoniste === Parmi les philosophes suédois qui ont marqué les vingt-cinq dernières années, Torbjörn Tännsjö occupe une place singulière. Titulaire à partir de 2002 de la chaire de philosophie pratique de l’Université de Stockholm, dont il est aujourd’hui professeur émérite, il s’est imposé comme l’un des rares philosophes suédois régulièrement présents dans le débat public. Tännsjö défend un utilitarisme hédoniste d’une grande cohérence interne, selon lequel le plaisir et la douleur sont les seuls porteurs de valeur intrinsèque (positive pour le plaisir, négative pour la douleur) et selon lequel nos actions doivent viser à maximiser le bonheur total.<ref>Torbjörn Tännsjö, ''Hedonistic Utilitarianism'', Édimbourg, Edinburgh University Press, 1998.</ref> Cette position l’a conduit à soutenir des conclusions morales qui heurtent souvent le sens commun : l’avortement, l’euthanasie ou certaines pratiques de sélection génétique se trouvent, dans de nombreux cas, justifiés par les principes utilitaristes. Loin de s’en dédire, Tännsjö assume pleinement ces implications contre-intuitives et s’efforce de montrer que c’est notre morale ordinaire qui devrait être révisée plutôt que les principes utilitaristes eux-mêmes. Au-delà de l’éthique normative, Tännsjö a également contribué à la philosophie politique, en défendant une conception dite populiste de la démocratie, où les décisions seraient prises directement par référendum plutôt que par des représentants élus.<ref>Torbjörn Tännsjö, ''Populist Democracy. A Defence'', Londres, Routledge, 1992.</ref> Il a plaidé par la suite pour l’établissement d’un gouvernement mondial comme réponse aux problèmes globaux que les États-nations se montrent incapables de résoudre par eux-mêmes.<ref>Torbjörn Tännsjö, ''Global Democracy. The Case for a World Government'', Édimbourg, Edinburgh University Press, 2008.</ref> === Sven Ove Hansson et la philosophie de la technologie === Sven Ove Hansson illustre une autre dimension importante de la philosophie suédoise contemporaine. Professeur à l’Institut royal de technologie (KTH) de Stockholm depuis 2000, où il a aujourd’hui le statut de professeur senior, il s’est spécialisé dans la philosophie de la technologie et des risques.<ref name="kthsoh">{{lien web|url=https://www.kth.se/profile/soh|titre=Sven Ove Hansson, profil institutionnel|site=KTH Royal Institute of Technology|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Ses travaux portent sur l’évaluation des risques environnementaux, la théorie de la décision et la révision des croyances. Hansson est emblématique de l’interdisciplinarité croissante de la philosophie suédoise. Titulaire d’un premier diplôme en sciences médicales obtenu en 1972, il a ensuite soutenu deux doctorats en philosophie : l’un en philosophie théorique à Uppsala en 1991, l’autre en philosophie pratique à Lund en 1999.<ref name="kthsoh" /> Cette double formation lui permet d’aborder les questions philosophiques avec une sensibilité aiguë aux problèmes concrets posés par le développement technologique et scientifique. Les contributions de Hansson à la théorie de la révision des croyances, notamment son analyse des postulats dits AGM (d’après les initiales de Carlos Alchourrón, Peter Gärdenfors et David Makinson), lui ont valu une reconnaissance internationale.<ref>Sven Ove Hansson, ''A Textbook of Belief Dynamics. Theory Change and Database Updating'', Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 1999.</ref> Ce champ de recherche possède d’ailleurs un ancrage suédois ancien, puisque Peter Gärdenfors, professeur à Lund, compte parmi les architectes de ce formalisme.<ref>Peter Gärdenfors, ''Knowledge in Flux. Modeling the Dynamics of Epistemic States'', Cambridge (Mass.), MIT Press, 1988.</ref> Les travaux de Hansson, abondamment cités dans la littérature philosophique, lui ont également valu la rédaction de l’article de référence sur la logique de la révision des croyances dans la ''Stanford Encyclopedia of Philosophy'' et la direction de collections internationales d’ouvrages de logique et de philosophie de la technologie. Rédacteur en chef de ''Theoria'' depuis 1999, il partage aujourd’hui cette fonction avec Henrik Lundvall. La revue, principale publication internationale de philosophie éditée en Suède, constitue un vecteur de premier ordre de la philosophie analytique sur la scène internationale.<ref name="theoriakth">{{lien web|url=https://www.kth.se/philhist/phil/nyheter/theoria-1.1464699|titre=Theoria|site=Division of Philosophy, KTH Royal Institute of Technology, page mise à jour le 19 mars 2026|consulté le=6 juin 2026}} ; Sven Ove Hansson, « A history of Theoria », ''Theoria'', vol. 76, n° 4, 2010.</ref> === Åsa Wikforss et l’épistémologie sociale === Åsa Wikforss représente une génération de philosophes suédois ayant acquis une visibilité notable, tant dans l’univers académique que dans l’espace public. Professeure de philosophie théorique à l’Université de Stockholm depuis 2008, elle compte parmi les premières femmes à avoir accédé à une chaire de philosophie théorique en Suède. Les recherches de Wikforss se situent à l’intersection de la philosophie du langage, de la philosophie de l’esprit et de l’épistémologie. Elle a travaillé notamment sur la normativité du langage, en remettant en question l’idée reçue selon laquelle le langage serait essentiellement une activité guidée par des règles.<ref>Åsa Wikforss, « Semantic Normativity », ''Philosophical Studies'', vol. 102, n° 2, 2001, p. 203-226.</ref> Ses travaux ultérieurs portent sur la nature de la croyance et sur la connaissance que nous avons de nos propres pensées. Ce qui distingue particulièrement Wikforss dans le paysage philosophique suédois récent, c’est son engagement dans les débats publics relatifs à la résistance à la connaissance et à la désinformation. En 2017, elle a publié un ouvrage en suédois intitulé ''Alternativa fakta. Om kunskapen och dess fiender'' (''Faits alternatifs. Sur la connaissance et ses ennemis''), qui a rencontré un large succès et a renforcé sa position de figure de la vie intellectuelle suédoise. En 2019, elle a été élue à l’Académie suédoise, l’institution qui décerne le prix Nobel de littérature et dont la mission première concerne la langue suédoise. Elle occupe ainsi l’un des dix-huit fauteuils de cette académie. === Ingmar Persson et le perfectionnement moral === Ingmar Persson, professeur de philosophie pratique à l’Université de Göteborg, représente une autre orientation caractéristique de la philosophie morale du pays. Ses recherches couvrent la philosophie de l’esprit et de l’action, la théorie éthique et l’éthique appliquée. Son principal ouvrage, ''The Retreat of Reason. A Dilemma in the Philosophy of Life'' (2005), explore les attitudes rationnelles à adopter face au temps, à l’identité personnelle et à la responsabilité.<ref>Ingmar Persson, ''The Retreat of Reason. A Dilemma in the Philosophy of Life'', Oxford, Clarendon Press, 2005.</ref> Avec son collègue Julian Savulescu, il a développé l’idée controversée selon laquelle l’humanité pourrait avoir besoin d’un « perfectionnement moral » pour faire face aux problèmes globaux comme le changement climatique ou les risques existentiels liés aux technologies avancées. Dans leur ouvrage ''Unfit for the Future. The Need for Moral Enhancement'' (2012), Persson et Savulescu soutiennent que les êtres humains ne sont pas naturellement dotés d’une psychologie morale leur permettant de gérer les problèmes engendrés par les conditions de vie contemporaines.<ref>Ingmar Persson & Julian Savulescu, ''Unfit for the Future. The Need for Moral Enhancement'', Oxford, Oxford University Press, 2012.</ref> === Wlodek Rabinowicz et la théorie de la valeur === Wlodek Rabinowicz, philosophe d’origine polonaise établi en Suède et professeur de philosophie pratique à l’Université de Lund depuis 1995, s’est imposé comme une figure de premier plan dans le domaine de la théorie formelle de la valeur, ce que la tradition philosophique nomme l’axiologie. Ses recherches portent sur l’analyse conceptuelle de la valeur, l’incommensurabilité des valeurs, l’éthique normative (notamment le conséquentialisme et l’éthique de la population) et la théorie de la décision séquentielle. Avant Sven Ove Hansson, il avait par ailleurs assuré la rédaction en chef de ''Theoria'' de 1995 à 1998. L’un des problèmes centraux auxquels Rabinowicz s’est attaqué concerne ce que l’on appelle la « restriction centrée sur la personne » en axiologie. Avec Gustaf Arrhenius, il a développé des approches novatrices pour résoudre ces difficultés, notamment celle de « l’ange gardien » et celle de « l’observateur impartial bienveillant ».<ref>Wlodek Rabinowicz & Gustaf Arrhenius, « The Value of Existence », in Iwao Hirose & Jonas Olson (dir.), ''The Oxford Handbook of Value Theory'', Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 424-444.</ref> Les philosophes suédois ont ainsi élaboré des approches formelles élaborées pour traiter les questions d’axiologie. Rabinowicz et Gustaf Arrhenius ont proposé des modèles influents pour penser la valeur de l’existence et la comparabilité axiologique ; de leur côté, Rabinowicz et Toni Rønnow-Rasmussen ont développé une analyse devenue classique des rapports entre attitudes évaluatives et valeur.<ref>Wlodek Rabinowicz & Toni Rønnow-Rasmussen, « The Strike of the Demon: On Fitting Pro-Attitudes and Value », ''Ethics'', vol. 114, n° 3, 2004, p. 391-423.</ref> Ces travaux techniques en logique déontique et en théorie de la valeur témoignent de la continuité d’un style suédois de philosophie formelle, caractérisé par son attachement à la formalisation et à l’analyse conceptuelle rigoureuse. Rabinowicz a également participé à la direction éditoriale de revues philosophiques importantes, notamment ''Economics and Philosophy'' et ''Philosophy and Phenomenological Research'', contribuant à l’internationalisation de la philosophie analytique suédoise. === Gunnar Björnsson et la responsabilité morale === Gunnar Björnsson, professeur de philosophie pratique à l’Université de Stockholm, travaille principalement sur la métaéthique, la psychologie morale, la philosophie du langage et la responsabilité morale. Après avoir obtenu son doctorat à Stockholm en 1998, il a occupé divers postes en Suède et aux États-Unis avant de regagner Stockholm. Les recherches de Björnsson sur la responsabilité morale se distinguent par une approche naturaliste, qui s’efforce de développer une théorie générale de la responsabilité à la fois conceptuellement rigoureuse et empiriquement adéquate.<ref>Gunnar Björnsson, « Explaining (away) the epistemic condition on moral responsibility », ''Synthese'', vol. 194, 2017, p. 2461-2488.</ref> Il s’intéresse particulièrement à la psychologie des attributions de responsabilité : pourquoi les individus attribuent-ils la responsabilité selon certains schémas plutôt que d’autres ? Björnsson a coordonné le Projet de Responsabilité de Göteborg (''Gothenburg Responsibility Project'') depuis sa création en 2011 jusqu’en 2015, année où le projet obtint du Conseil suédois de la recherche un financement courant sur dix ans, destiné notamment à recruter le philosophe Paul Russell, spécialiste du libre arbitre et de la philosophie de Hume venu de l’Université de Colombie-Britannique, pour en prendre la direction. Ce projet ambitieux, désormais appelé Projet de Responsabilité Lund-Göteborg (''Lund Gothenburg Responsibility Project'') depuis son extension à l’Université de Lund, rassemble des chercheurs de plusieurs universités suédoises pour étudier la responsabilité morale et le libre arbitre dans une perspective interdisciplinaire alliant philosophie analytique, psychologie expérimentale et neurosciences.<ref>{{lien web|url=https://www.lgrp.lu.se/|titre=Lund Gothenburg Responsibility Project|site=Université de Lund|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> === Nick Bostrom et le risque existentiel === Une figure d’origine suédoise occupe une place à part dans ce paysage : Nick Bostrom, né à Helsingborg en 1973 et formé d’abord aux universités de Göteborg et de Stockholm, a fait l’essentiel de sa carrière à l’Université d’Oxford, où il a fondé puis dirigé, de 2005 à 2024, le Future of Humanity Institute. Son cas illustre les limites d’une définition strictement institutionnelle de la philosophie suédoise : expatrié, il n’appartient pas aux départements du pays, mais il pèse fortement sur l’image internationale de la pensée d’origine suédoise. Bostrom s’est d’abord fait connaître par son argument de la simulation, selon lequel, sous certaines hypothèses concernant le développement des civilisations technologiques, au moins l’une des trois propositions suivantes doit être vraie : presque toutes les civilisations s’éteignent avant d’atteindre la maturité technologique ; presque aucune civilisation parvenue à maturité ne lance de simulations d’esprits conscients ; ou bien nous vivons très probablement nous-mêmes dans une simulation.<ref>Nick Bostrom, « Are You Living in a Computer Simulation? », ''The Philosophical Quarterly'', vol. 53, n° 211, 2003, p. 243-255.</ref> Son ouvrage ''Superintelligence'' (2014) a ensuite placé au centre du débat public la question du risque existentiel lié à une intelligence artificielle qui dépasserait les capacités humaines, en examinant les problèmes de contrôle et d’alignement des objectifs d’un tel système.<ref>Nick Bostrom, ''Superintelligence. Paths, Dangers, Strategies'', Oxford, Oxford University Press, 2014.</ref> Ces analyses, abondamment discutées, ont contribué à structurer le champ aujourd’hui désigné comme éthique de l’intelligence artificielle, auquel une section ultérieure du présent article est consacrée. == Les institutions et l’organisation de la recherche == === Les universités et les départements de philosophie === L’enseignement et la recherche en philosophie en Suède se concentrent principalement dans quatre grandes universités : Uppsala, Stockholm, Göteborg et Lund. Chacune possède un département de philosophie doté de spécificités et de domaines d’excellence propres. L’Université d’Uppsala, fondée en 1477 et la plus ancienne des pays nordiques, occupe une place particulière dans l’histoire de la philosophie suédoise. C’est là qu’Axel Hägerström enseigna de 1911 à 1933, établissant l’École d’Uppsala. Aujourd’hui, le département de philosophie d’Uppsala perpétue cette tradition en proposant des cours de philosophie théorique et pratique à tous les niveaux de formation. L’Université de Stockholm abrite le plus important département de philosophie de Suède, divisé entre philosophie théorique et philosophie pratique. Le département de philosophie théorique se consacre à des questions touchant la réalité, la connaissance, l’esprit, le langage, la logique et la philosophie des sciences. Le département de philosophie pratique se concentre en particulier sur la métaéthique, avec des recherches portant sur le jugement moral, le langage moral, l’agentivité morale, la responsabilité et le blâme.<ref>{{lien web|url=https://www.su.se/department-of-philosophy/|titre=Metaethics – Research Group|site=Department of Philosophy, Stockholm University|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> L’Université de Lund mène des recherches dans trois domaines principaux : philosophie pratique, philosophie théorique et sciences cognitives. En philosophie pratique, Lund jouit d’une reconnaissance internationale pour ses travaux sur la théorie de la valeur, la responsabilité morale et le libre arbitre, le concept de bien-être, les théories de la causalité, l’action collective et la théorie de la décision dynamique. === Le financement de la recherche === Le Conseil suédois de la recherche (''Vetenskapsrådet'') constitue le principal organisme de financement de la recherche en sciences humaines dans les universités et instituts de recherche suédois. Pour la philosophie, ce financement permet de soutenir des projets de recherche individuels et collectifs, des postes postdoctoraux et des programmes doctoraux. Dans la période récente, les financements alloués à la philosophie ont permis de développer des projets de grande envergure, à l’image du Projet de Responsabilité Lund-Göteborg, témoignant de l’importance reconnue à la discipline. Les universités suédoises financent également des postes de doctorat en philosophie, généralement pour une durée de quatre ans, incluant au minimum trois ans de recherche et au maximum une année de cours. Ces postes doctoraux constituent des emplois à part entière donnant accès aux prestations sociales suédoises ordinaires, ce qui distingue le système suédois de celui de nombreux autres pays. === Les revues et la diffusion de la recherche === ''Filosofisk tidskrift'', fondée en 1980, est la principale revue de philosophie en langue suédoise. Publiée trimestriellement, elle couvre l’ensemble des domaines de la philosophie tout en s’abstenant de publier des contributions requérant des prérequis techniques trop spécialisés. Elle demeure une plateforme importante pour le débat philosophique en Suède et dans les pays nordiques. ''Theoria'', fondée en 1935 par Åke Petzäll, demeure la principale revue internationale de philosophie publiée en Suède.<ref name="theoriakth" /> Elle a joué un rôle déterminant dans le développement de la philosophie suédoise moderne, servant notamment de tribune aux débats entre l’École d’Uppsala et le positivisme logique ; des textes de Carl Gustav Hempel ou d’Ernst Cassirer y parurent dès les années 1930. Publiée désormais six fois par an et codirigée par Sven Ove Hansson et Henrik Lundvall, ''Theoria'' continue d’accueillir des philosophes suédois et internationaux dans tous les domaines de la discipline et jouit d’une réputation bien établie sur la scène philosophique internationale.<ref name="theoriakth" /> === La formation doctorale et les cours nationaux === La formation doctorale en philosophie en Suède suit un modèle structuré. Pour être admis au programme doctoral, les étudiants doivent déjà posséder un master en philosophie (ou un diplôme jugé équivalent). Le doctorat correspond généralement à quatre années d’études à temps plein, soit 240 crédits ECTS, répartis entre des cours, des séminaires, la supervision et la rédaction de la thèse.<ref>{{lien web|url=https://www.fil.lu.se/en/research/doctoral-studies/|titre=Doctoral studies|site=Department of Philosophy, Lund University|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Une particularité du système suédois réside dans l’organisation de cours doctoraux nationaux en philosophie. Ces cours, généralement de 7,5 crédits ECTS avec un enseignement concentré sur une semaine, accueillent prioritairement les étudiants de master et les doctorants inscrits dans les universités suédoises.<ref name="umea">{{lien web|url=https://www.umu.se/en/|titre=National Graduate Courses in Philosophy|site=Department of Historical, Philosophical and Religious Studies, Umeå University|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Ce dispositif permet aux doctorants de toutes les universités du pays de suivre des formations spécialisées données par des experts, même si leur université d’attache ne possède pas de spécialiste dans le domaine considéré. L’Université d’Umeå coordonne depuis plusieurs années l’organisation de ces cours nationaux, qui ont abordé des sujets aussi variés que l’éthique médicale, la théorie de la décision ou l’épistémologie morale.<ref name="umea" /> == Les domaines de recherche privilégiés == === Métaéthique et philosophie morale === La métaéthique constitue l’un des domaines les plus actifs de la recherche philosophique du pays. Les philosophes suédois travaillant dans ce champ s’interrogent sur la nature des jugements moraux, le statut des faits moraux, les relations entre croyances morales et motivation, ainsi que sur les questions de responsabilité et de blâme. Plusieurs facteurs expliquent cette concentration. D’abord, l’héritage d’Axel Hägerström et de sa théorie non-cognitiviste continue d’exercer une influence sur les débats actuels. Les philosophes suédois contemporains réexaminent ces questions à l’aide des outils de la philosophie analytique moderne, en intégrant notamment les développements de la philosophie du langage et de la philosophie de l’esprit. L’Université de Stockholm s’est particulièrement illustrée dans ce domaine, avec un groupe de recherche en métaéthique réunissant Gunnar Björnsson, Jonas Olson et Anandi Hattiangadi. Leurs travaux couvrent des questions sémantiques (sur la signification des concepts et termes moraux), métaphysiques (sur l’existence et la nature des faits et propriétés moraux), épistémologiques (sur la possibilité de la connaissance morale) et psychologiques (sur la nature des jugements moraux et leur rapport à la motivation). Jonas Olson a notamment proposé une défense systématique de la théorie de l’erreur en morale, qui prolonge sous une forme contemporaine certaines intuitions de Hägerström.<ref>Jonas Olson, ''Moral Error Theory. History, Critique, Defence'', Oxford, Oxford University Press, 2014.</ref> === Responsabilité morale et libre arbitre === La question de la responsabilité morale, bien qu’étroitement liée à la métaéthique, mérite une attention distincte, tant elle a donné lieu à des recherches soutenues en Suède. Le Projet de Responsabilité Lund-Göteborg, financé sur dix ans par le Conseil suédois de la recherche et dirigé par Paul Russell, témoigne de l’importance accordée à ce thème. Les philosophes suédois travaillant sur la responsabilité adoptent souvent une approche naturaliste, cherchant à comprendre le fonctionnement psychologique des attributions de responsabilité avant de formuler des théories normatives sur qui devrait être tenu responsable et de quoi. Cette démarche permet d’éclairer des questions classiques comme le problème du libre arbitre et du déterminisme, ou les conditions de la responsabilité morale. === Théorie de la valeur et éthique de la population === La théorie formelle de la valeur constitue un autre domaine dans lequel les philosophes suédois ont apporté des contributions notables. Wlodek Rabinowicz à Lund et Gustaf Arrhenius à Stockholm jouissent d’une reconnaissance particulière pour leurs travaux dans ce champ. Un problème central en axiologie concerne l’éthique de la population : comment comparer le bien-être de différentes populations ? Cette question, qui peut sembler purement abstraite, possède des implications pratiques étendues pour les politiques environnementales, les politiques de santé publique et les questions de justice intergénérationnelle. Arrhenius a notamment établi une série de théorèmes d’impossibilité montrant qu’aucune axiologie ne peut satisfaire simultanément un ensemble de conditions pourtant intuitivement plausibles.<ref>Gustaf Arrhenius, « An Impossibility Theorem for Welfarist Axiologies », ''Economics and Philosophy'', vol. 16, n° 2, 2000, p. 247-266.</ref> Les philosophes suédois ont élaboré des approches formelles raffinées pour aborder ces questions. Rabinowicz et Arrhenius ont, par exemple, proposé des modèles influents pour traiter la valeur de l’existence et la comparabilité axiologique ; de leur côté, Rabinowicz et Toni Rønnow-Rasmussen ont développé une analyse fine des rapports entre attitudes évaluatives et valeur, notamment à travers leur discussion du « mauvais type de raisons » dans l’analyse des attitudes appropriées.<ref>Wlodek Rabinowicz & Toni Rønnow-Rasmussen, « The Strike of the Demon: On Fitting Pro-Attitudes and Value », ''Ethics'', vol. 114, n° 3, 2004, p. 391-423.</ref> Ces travaux techniques en logique déontique et en théorie de la valeur s’inscrivent pleinement dans la tradition analytique suédoise. === Épistémologie et philosophie de l’esprit === L’épistémologie et la philosophie de l’esprit occupent également une place notable dans la philosophie pratiquée en Suède. Åsa Wikforss et Kathrin Glüer-Pagin, philosophe d’origine allemande établie à Stockholm, ont développé des recherches influentes à l’intersection de ces deux domaines. Un thème central concerne la connaissance de soi : comment connaissons-nous nos propres pensées et croyances ? Cette question, qui peut sembler triviale au premier abord, soulève en réalité des difficultés philosophiques substantielles liées à la transparence épistémique et à l’accès conscient à nos états mentaux. Wikforss s’est intéressée par la suite aux questions d’épistémologie sociale, en particulier à la résistance à la connaissance et à la diffusion de la désinformation. Ces travaux relient des questions épistémologiques classiques (qu’est-ce que la connaissance ? comment l’acquérons-nous ?) à des préoccupations contemporaines urgentes relatives à la démocratie et à l’espace public. === Philosophie des sciences et philosophie de la technologie === La philosophie des sciences occupe une place singulière dans la philosophie suédoise, avec une attention particulière portée aux méthodes scientifiques, à l’évaluation des preuves et à la structure des théories scientifiques. Cette orientation reflète en partie l’influence historique du positivisme logique et de l’empirisme, mais aussi le souci de collaborer étroitement avec les scientifiques pour comprendre les pratiques réelles de la recherche. Sven Ove Hansson incarne particulièrement cette approche par ses travaux sur la philosophie de la technologie et des risques. Au sein de l’Institut royal de technologie (KTH) de Stockholm, Hansson a dirigé un département de philosophie et d’histoire intégré dans une école d’ingénieurs. Cette position lui permet de travailler directement avec des ingénieurs et des scientifiques sur des questions pratiques concernant l’évaluation des risques, la sécurité et l’éthique de la technologie. Ses ouvrages, notamment ''The Ethics of Technology. Methods and Approaches'', ainsi que ses contributions à la théorie de la révision des croyances, font autorité dans ces domaines.<ref>Sven Ove Hansson (dir.), ''The Ethics of Technology. Methods and Approaches'', Londres, Rowman & Littlefield International, 2017.</ref> === Philosophie politique et théorie de la démocratie === La philosophie politique forme un autre secteur actif de la recherche philosophique suédoise. Les philosophes suédois s’intéressent particulièrement aux fondements normatifs de la démocratie, aux théories de la justice et aux questions de légitimité politique. Torbjörn Tännsjö a défendu une forme de démocratie populiste selon laquelle les décisions politiques seraient prises directement par référendum plutôt que par des représentants élus. Cette position s’oppose au consensus dominant en philosophie politique, qui tend à privilégier la démocratie représentative avec ses médiations et ses filtres institutionnels. Tännsjö soutient que la démocratie directe respecte mieux l’égalité entre citoyens et évite la constitution d’une classe politique professionnelle détachée du peuple. == La philosophie suédoise et les enjeux contemporains == === Éthique de l’intelligence artificielle === L’émergence de l’intelligence artificielle comme technologie transformatrice a incité plusieurs philosophes et institutions suédoises à s’engager dans l’examen des questions éthiques qu’elle soulève. Ces travaux s’inscrivent dans la tradition suédoise de philosophie appliquée, qui se donne pour tâche d’utiliser les outils philosophiques pour éclairer des problèmes concrets. AI Sweden, le centre national suédois pour l’intelligence artificielle appliquée, a élaboré des principes régissant une utilisation responsable de l’IA. Ces principes insistent sur la légalité et la transparence (les systèmes d’IA doivent être développés et utilisés dans le respect de la loi et avec une transparence appropriée), le caractère éthique et équitable (les systèmes d’IA doivent être conçus et opérés d’une manière respectant les droits humains, les valeurs et la diversité culturelle), ainsi que sur la sécurité et la robustesse (les systèmes d’IA doivent être fiables, maîtrisables et sûrs).<ref>{{lien web|url=https://www.ai.se/en|titre=Responsible use of AI|site=AI Sweden|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> Il importe de ne pas confondre les registres : AI Sweden est un organisme de coordination technologique, non une institution philosophique, et ses principes fournissent un cadre institutionnel plutôt qu’une analyse normative. Cette analyse revient aux philosophes. La question de la responsabilité relative aux décisions d’agents artificiels rejoint directement les recherches de Gunnar Björnsson sur les obligations partagées et la responsabilité collective ; l’exigence de sûreté et de robustesse prolonge les analyses de Sven Ove Hansson sur la décision en situation d’incertitude et sur l’acceptabilité des risques technologiques ; quant aux débats internationaux sur le risque existentiel, ils doivent beaucoup, on l’a vu, à Nick Bostrom.<ref>Gunnar Björnsson, « Essentially Shared Obligations », ''Midwest Studies in Philosophy'', vol. 38, 2014, p. 103-120 ; Sven Ove Hansson, ''The Ethics of Risk. Ethical Analysis in an Uncertain World'', New York, Palgrave Macmillan, 2013.</ref> L’Université de Linköping propose un cours spécifique consacré à l’éthique de l’intelligence artificielle. Ce cours aborde trois grands enjeux éthiques soulevés par les systèmes autonomes : la responsabilité relative aux décisions prises par des agents artificiels, les questions de biais et de discrimination résultant de l’utilisation de l’IA, et l’importance de la participation démocratique dans l’élaboration et le déploiement des systèmes d’IA. === Éthique environnementale et développement durable === L’éthique environnementale constitue un autre domaine dans lequel les philosophes suédois contribuent activement, reflétant les préoccupations de la société suédoise pour l’environnement et le développement durable. La Suède possède une longue tradition d’éducation environnementale, qui articule l’éducation en plein air et les préoccupations écologiques depuis les années 1960. L’éducation pour le développement durable a connu en Suède une évolution notable. D’une approche traditionnelle centrée sur la transmission de connaissances scientifiques, elle est passée à une approche plus participative, encourageant la pensée critique et l’autonomie de jugement. Ce déplacement reflète un changement dans la conception même de l’éducation environnementale : il ne s’agit plus d’inculquer des valeurs et des comportements prédéterminés, mais de développer des capacités de délibération et d’action citoyenne. Sur le versant théorique, l’éthique de l’environnement croise en Suède la philosophie du risque. Les analyses de Sven Ove Hansson sur la décision en situation d’incertitude et sur le principe de précaution montrent les limites d’une évaluation des politiques environnementales qui s’en remettrait exclusivement au calcul coût-bénéfice : imposer un risque à autrui constitue un acte moralement chargé, qui appelle une justification et non un simple calcul d’utilité espérée.<ref>Sven Ove Hansson, ''The Ethics of Risk. Ethical Analysis in an Uncertain World'', New York, Palgrave Macmillan, 2013.</ref> Cette approche fournit aux questions de durabilité un cadre conceptuel plus exigeant que la seule invocation de valeurs écologiques. === Philosophie publique et engagement démocratique === Un trait notable de la période récente réside dans l’importance accordée à la présence des philosophes dans la cité et à leur participation aux débats démocratiques. Contrairement à une philosophie académique qui resterait enfermée dans ses murs, de nombreux philosophes suédois considèrent qu’ils ont une responsabilité envers la société : rendre leurs recherches accessibles et les mettre au service des citoyens. Torbjörn Tännsjö représente sans doute l’exemple le plus net de cette philosophie publique. Il intervient régulièrement dans les médias suédois, rédige des chroniques pour les journaux, participe à des émissions de radio et de télévision, et publie des ouvrages destinés au grand public. Åsa Wikforss incarne une autre forme d’engagement public, centrée sur l’éducation citoyenne et la défense de la connaissance. Son ouvrage ''Alternativa fakta'' (''Faits alternatifs'') et ses nombreuses interventions publiques visent à munir les citoyens des instruments intellectuels nécessaires pour naviguer dans un environnement informationnel complexe et résister à la désinformation. Cette approche témoigne d’une conviction constante : la connaissance est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. La philosophie à l’Université de Södertörn constitue l’exception la plus nette au consensus analytique : la recherche y est officiellement centrée sur la philosophie continentale européenne moderne et sur ses points de contact avec l’histoire, de la philosophie antique à l’idéalisme allemand, et l’établissement abrite depuis 2024 un centre consacré à la philosophie grecque ancienne. Ses membres participent activement à la vie culturelle suédoise : ils donnent des conférences au Moderna museet, à Bonniers Konsthall et dans diverses galeries de Stockholm, interviennent dans des émissions de la radio nationale comme ''Filosofiska rummet'' et contribuent ainsi à la diffusion du discours philosophique auprès d’un public élargi.<ref name="sodertorn">{{lien web|url=https://www.sh.se/english/sodertorn-university/research/subjects/philosophy|titre=Philosophy|site=Södertörn University|consulté le=6 juin 2026}}.</ref> == Conclusion == La philosophie suédoise des vingt-cinq dernières années se caractérise par plusieurs traits distinctifs. D’abord, la prépondérance nette de la tradition analytique, héritée de l’École d’Uppsala et de la transformation intellectuelle opérée au cours du XX{{e}}&nbsp;siècle. Cette orientation se manifeste par l’attachement aux méthodes rigoureuses d’argumentation, à l’analyse conceptuelle et à la clarté d’expression. Ensuite, une forte internationalisation : les philosophes suédois publient largement dans les revues internationales de premier plan et participent activement aux débats philosophiques mondiaux. Cette ouverture internationale ne fait cependant pas obstacle à un ancrage local solide, incarné par des institutions universitaires de haut niveau, des revues nationales vivantes et un système de formation doctorale bien structuré. Un autre trait marquant est l’importance accordée à la philosophie appliquée et à l’engagement public. Nombre de philosophes suédois considèrent qu’ils ont une responsabilité envers la société : rendre leurs recherches accessibles et contribuer aux débats démocratiques. Cet engagement se traduit par des interventions médiatiques régulières, la publication d’ouvrages grand public et la participation à des commissions d’expertise. Les domaines de recherche privilégiés reflètent à la fois la continuité historique et les préoccupations contemporaines. La métaéthique, la responsabilité morale, la théorie de la valeur et l’épistémologie prolongent l’héritage d’Uppsala. Les recherches consacrées à l’éthique de l’intelligence artificielle, à l’éthique environnementale et à la philosophie publique répondent aux enjeux les plus pressants du temps présent. On peut, pour finir, risquer une thèse d’ensemble. La Suède offre le cas d’une philosophie analytique institutionnellement dominante, mais que trois contrepoids empêchent de se refermer sur elle-même : la philosophie publique, qui la confronte aux citoyens ; l’interdisciplinarité technologique, qui l’expose aux sciences de l’ingénieur et aux choix collectifs concernant les techniques ; l’exception continentale de Södertörn, enfin, qui maintient vivante, aux portes de Stockholm, une autre manière de philosopher. C’est de cette tension réglée entre hégémonie méthodologique et ouvertures correctrices que le paysage philosophique suédois tire sa physionomie propre. == Références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Ouvrages généraux sur la philosophie suédoise === * Lagerlund, Henrik, ''Filosofi i Sverige under tusen år'' [La philosophie en Suède durant mille ans], Lund, Studentlitteratur, 2003. * Nordin, Svante, ''Från Hägerström till Hedenius. Den moderna svenska filosofin'' [De Hägerström à Hedenius. La philosophie suédoise moderne], Bodafors, Doxa, 1984. * Nygård, Stefan & Strang, Johan (dir.), ''Mellan idealism och analytisk filosofi. Den moderna filosofin i Finland och Sverige 1880-1950'' [Entre idéalisme et philosophie analytique. La philosophie moderne en Finlande et en Suède, 1880-1950], Helsinki, Svenska litteratursällskapet i Finland, 2006. * Strang, Johan, ''History, Transfer, Politics. Five Studies on the Legacy of Uppsala Philosophy'', Helsinki, Université d’Helsinki, 2010 (thèse de doctorat). === L’École d’Uppsala et l’histoire de la philosophie suédoise === * Hägerström, Axel, ''Inquiries into the Nature of Law and Morals'', trad. anglaise C. D. Broad, Uppsala, Almqvist & Wiksell, 1953. * Hägerström, Axel, ''Philosophy and Religion'', trad. anglaise Robert T. Sandin, Londres, George Allen & Unwin, 1964. * Hedenius, Ingemar, ''Om rätt och moral'' [Du droit et de la morale], Stockholm, Wahlström & Widstrand, 1941. * Hedenius, Ingemar, ''Tro och vetande'' [Croyance et savoir], Stockholm, Bonniers, 1949. * Nordin, Svante, ''Ingemar Hedenius. En filosof och hans tid'' [Ingemar Hedenius. Un philosophe et son temps], Stockholm, Natur & Kultur, 2004. * Sandin, Robert T., « The Founding of the Uppsala School », ''Journal of the History of Ideas'', vol. 23, n° 4, 1962, p. 496-512. === Œuvres des philosophes suédois contemporains === ==== Torbjörn Tännsjö ==== * Tännsjö, Torbjörn, ''Populist Democracy. A Defence'', Londres, Routledge, 1992. * Tännsjö, Torbjörn, ''Hedonistic Utilitarianism'', Édimbourg, Edinburgh University Press, 1998. * Tännsjö, Torbjörn, ''Coercive Care. The Ethics of Choice in Health and Medicine'', Londres, Routledge, 1999. * Tännsjö, Torbjörn, ''Global Democracy. The Case for a World Government'', Édimbourg, Edinburgh University Press, 2008. * Tännsjö, Torbjörn, ''Setting Health-Care Priorities. What Ethical Theories Tell Us'', Oxford, Oxford University Press, 2019. ==== Sven Ove Hansson ==== * Hansson, Sven Ove, « Semi-revision », ''Journal of Applied Non-Classical Logics'', vol. 7, n° 1-2, 1997, p. 151-175. * Hansson, Sven Ove, ''A Textbook of Belief Dynamics. Theory Change and Database Updating'', Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 1999. * Hansson, Sven Ove, « A history of Theoria », ''Theoria'', vol. 76, n° 4, 2010. * Hansson, Sven Ove, ''The Ethics of Risk. Ethical Analysis in an Uncertain World'', New York, Palgrave Macmillan, 2013. * Hansson, Sven Ove (dir.), ''The Ethics of Technology. Methods and Approaches'', Londres, Rowman & Littlefield, 2017. ==== Åsa Wikforss ==== * Wikforss, Åsa, « Semantic Normativity », ''Philosophical Studies'', vol. 102, n° 2, 2001, p. 203-226. * Glüer, Kathrin & Wikforss, Åsa, « Against Content Normativity », ''Mind'', vol. 118, n° 469, 2009, p. 31-70. * Glüer, Kathrin & Wikforss, Åsa, « The Normativity of Meaning and Content », in Edward N. Zalta (dir.), ''The Stanford Encyclopedia of Philosophy'', Stanford, Stanford University, en ligne. * Wikforss, Åsa, ''Alternativa fakta. Om kunskapen och dess fiender'' [Faits alternatifs. Sur la connaissance et ses ennemis], Stockholm, Fri Tanke förlag, 2017. ==== Ingmar Persson ==== * Persson, Ingmar, ''The Retreat of Reason. A Dilemma in the Philosophy of Life'', Oxford, Clarendon Press, 2005. * Persson, Ingmar & Savulescu, Julian, ''Unfit for the Future. The Need for Moral Enhancement'', Oxford, Oxford University Press, 2012. * Persson, Ingmar, ''From Morality to the End of Reason. An Essay on Rights, Reasons, and Responsibility'', Oxford, Oxford University Press, 2013. * Persson, Ingmar, ''Inclusive Ethics. Extending Beneficence and Egalitarian Justice'', Oxford, Oxford University Press, 2017. ==== Wlodek Rabinowicz ==== * Rabinowicz, Wlodek & Rønnow-Rasmussen, Toni, « The Strike of the Demon: On Fitting Pro-Attitudes and Value », ''Ethics'', vol. 114, n° 3, 2004, p. 391-423. * Rabinowicz, Wlodek, « Value Relations », ''Theoria'', vol. 74, n° 1, 2008, p. 18-49. * Rabinowicz, Wlodek, « Broome and the Intuition of Neutrality », ''Philosophical Issues'', vol. 19, 2009, p. 389-411. * Rabinowicz, Wlodek & Arrhenius, Gustaf, « The Value of Existence », in Iwao Hirose & Jonas Olson (dir.), ''The Oxford Handbook of Value Theory'', Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 424-444. ==== Gunnar Björnsson ==== * Björnsson, Gunnar & Persson, Karl, « The Explanatory Component of Moral Responsibility », ''Noûs'', vol. 46, n° 2, 2012, p. 326-354. * Björnsson, Gunnar, « Essentially Shared Obligations », ''Midwest Studies in Philosophy'', vol. 38, 2014, p. 103-120. * Björnsson, Gunnar & Pereboom, Derk, « Traditional and Experimental Approaches to Free Will and Moral Responsibility », in Justin Sytsma & Wesley Buckwalter (dir.), ''A Companion to Experimental Philosophy'', Chichester, Wiley Blackwell, 2016, p. 142-157. * Björnsson, Gunnar, « Explaining (away) the epistemic condition on moral responsibility », ''Synthese'', vol. 194, 2017, p. 2461-2488. ==== Nick Bostrom ==== * Bostrom, Nick, ''Anthropic Bias. Observation Selection Effects in Science and Philosophy'', New York, Routledge, 2002. * Bostrom, Nick, « Are You Living in a Computer Simulation? », ''The Philosophical Quarterly'', vol. 53, n° 211, 2003, p. 243-255. * Bostrom, Nick, ''Superintelligence. Paths, Dangers, Strategies'', Oxford, Oxford University Press, 2014. ==== Autres philosophes suédois contemporains ==== * Arrhenius, Gustaf, « An Impossibility Theorem for Welfarist Axiologies », ''Economics and Philosophy'', vol. 16, n° 2, 2000, p. 247-266. * Gärdenfors, Peter, ''Knowledge in Flux. Modeling the Dynamics of Epistemic States'', Cambridge (Mass.), MIT Press, 1988. * Gärdenfors, Peter, ''Conceptual Spaces. The Geometry of Thought'', Cambridge (Mass.), MIT Press, 2000. * Olson, Jonas, ''Moral Error Theory. History, Critique, Defence'', Oxford, Oxford University Press, 2014. === Études sur la philosophie suédoise === * Hansson, Jonas & Nordin, Svante, ''Ernst Cassirer. The Swedish Years'', Berne, Peter Lang, 2006. * Strang, Johan, « Why “Nordic Democracy”? », in Jussi Kurunmäki & Johan Strang (dir.), ''Rhetorics of Nordic Democracy'', Helsinki, Suomalaisen Kirjallisuuden Seura, 2010. === Revues philosophiques suédoises === * ''Filosofisk tidskrift'' [Revue philosophique], revue trimestrielle, Stockholm, 1980-. * ''Theoria. A Swedish Journal of Philosophy'', revue internationale fondée en 1935 par Åke Petzäll, publiée par Wiley-Blackwell pour le compte de la fondation Stiftelsen Theoria, 1935-. === Encyclopédies et instruments de référence === * Craig, Edward (dir.), ''Routledge Encyclopedia of Philosophy'', Londres, Routledge, 1998 ; entrées consacrées à Axel Hägerström et à la philosophie scandinave. * Zalta, Edward N. (dir.), ''The Stanford Encyclopedia of Philosophy'', Stanford, Stanford University ; en ligne, entrées « Logic of Belief Revision » (rédigée par Sven Ove Hansson) et « The Normativity of Meaning and Content » (rédigée par Kathrin Glüer et Åsa Wikforss), consultées le 6 juin 2026. === Sites web et ressources électroniques === * AI Sweden : {{lien web|url=https://www.ai.se/en|titre=Centre national suédois pour l'intelligence artificielle appliquée|consulté le=6 juin 2026}}. * Filosofisk tidskrift : {{lien web|url=https://www.filosofisktidskrift.se/|titre=Site officiel de la revue|consulté le=6 juin 2026}}. * Lund Gothenburg Responsibility Project : {{lien web|url=https://www.lgrp.lu.se/|titre=Site officiel du projet|consulté le=6 juin 2026}}. * KTH, Division of Philosophy : {{lien web|url=https://www.kth.se/philhist/phil|titre=Recherche en philosophie au KTH et revue Theoria|consulté le=6 juin 2026}}. * Nick Bostrom : {{lien web|url=https://nickbostrom.com/|titre=Site personnel|consulté le=6 juin 2026}}. * Department of Philosophy, Lund University : {{lien web|url=https://www.fil.lu.se/en/|titre=Site du département de philosophie de Lund|consulté le=6 juin 2026}}. * Department of Philosophy, Stockholm University : {{lien web|url=https://www.su.se/department-of-philosophy/|titre=Site du département de philosophie de Stockholm|consulté le=6 juin 2026}}. * Department of Philosophy, Linguistics and Theory of Science (FLoV), University of Gothenburg : {{lien web|url=https://www.gu.se/en/flov|titre=Site du département de philosophie de Göteborg|consulté le=6 juin 2026}}. * Department of Philosophy, Uppsala University : {{lien web|url=https://www.uu.se/en/department/philosophy|titre=Site du département de philosophie d'Uppsala|consulté le=6 juin 2026}}. * Svenska Akademien : {{lien web|url=https://www.svenskaakademien.se/en|titre=Site officiel de l'Académie suédoise|consulté le=6 juin 2026}}. * Södertörn University : {{lien web|url=https://www.sh.se/english/sodertorn-university/research/subjects/philosophy|titre=Philosophy|consulté le=6 juin 2026}}. * Swedish Research Council (Vetenskapsrådet) : {{lien web|url=https://www.vr.se/english.html|titre=Financement de la recherche en philosophie|consulté le=6 juin 2026}}. * Umeå University : {{lien web|url=https://www.umu.se/en/|titre=National Graduate Courses in Philosophy|consulté le=6 juin 2026}}. {{AutoCat}} 8fzaeujzpjuydepcvcf2yws560lpyj9 Nietzsche : Introduction à sa philosophie/Version imprimable 0 83908 767513 767003 2026-06-06T07:04:29Z PandaMystique 119061 767513 wikitext text/x-wiki {{imprimable}} __NOCAT__ 2j4pn7vce84bewtfafcyyz3ji7vypdb 767514 767513 2026-06-06T07:05:45Z PandaMystique 119061 767514 wikitext text/x-wiki {{imprimable}} tqnwxo9j8ualh5dikp6cedpsb1i6zh3 Dictionnaire de philosophie/Carnéade 0 83913 767515 767282 2026-06-06T07:17:54Z PandaMystique 119061 Ajout d'un lien Wikilivres vers Dictionnaire de philosophie/Scepticisme 767515 wikitext text/x-wiki {{DicoPhilo|Carnéade}} '''Carnéade de Cyrène''' (vers 214-129 av. J.-C.) est un philosophe grec, chef de la Nouvelle Académie et principal représentant du [[Dictionnaire de philosophie/Scepticisme|scepticisme]] académicien. Critique du dogmatisme, en particulier du critère stoïcien de la vérité, il élabore une théorie du «&nbsp;probable&nbsp;» (''pithanon'') qui offre un guide pratique de l’action sans rétablir la certitude. N’ayant rien écrit, il nous est connu par son disciple Clitomaque, puis par Cicéron et Sextus Empiricus. == Un homme, une méthode, une place dans l’histoire == Carnéade naquit à Cyrène vers 214 av. J.-C. et dirigea, à Athènes, la Nouvelle Académie, après avoir succédé à Hégésinus et reçu l’enseignement dialectique du stoïcien Diogène de Babylone<ref>Naissance à Cyrène vers 214 av. J.-C. (Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', ch. III, donne vers 219), mort vers 129-128. Maître : le stoïcien Diogène de Babylone, à qui il doit la dialectique.</ref>. Plusieurs témoignages anciens le présentent comme l’un des grands orateurs et dialecticiens de son temps : les rhéteurs, rapporte Diogène Laërce, fermaient leur école pour aller l’entendre. Son talent était nourri du stoïcisme même qu’il combattait, au point qu’il aimait à répéter, parodiant un mot célèbre, que sans Chrysippe il n’y aurait pas eu de Carnéade<ref>Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', ch. III ; cf. la formule rapportée par les Anciens, «&nbsp;S’il n’y avait pas eu de Chrysippe, il n’y aurait pas de Carnéade&nbsp;».</ref>. Les sources ne transmettent que peu d’épisodes de sa vie, hormis l’ambassade à Rome de 155 av. J.-C., où, mandaté avec Diogène de Babylone et Critolaüs pour obtenir la remise d’une amende infligée à Athènes, il plaida en deux jours successifs pour puis contre la justice<ref>Ambassade de 155 av. J.-C., avec Diogène de Babylone et Critolaüs (Brochard écrit 156).</ref>. Devenu vieux et aveugle, il refusa de se donner la mort comme le lui reprochaient les stoïciens, se bornant à dire que la nature, qui l’avait formé, saurait bien le détruire. Il mourut en 129 av. J.-C. Carnéade n’a rien écrit. Toute sa doctrine nous est parvenue de seconde main : par son disciple et successeur Clitomaque, qui mit ses arguments par écrit, puis par Cicéron, Sextus Empiricus, Plutarque et Lactance<ref>Transmission par Clitomaque, Cicéron, Sextus Empiricus, Plutarque et Lactance : Long &amp; Sedley, sect. 68-70.</ref>. Cette absence d’œuvre a compliqué la réception de sa pensée et favorisé des lectures indirectes, dépendantes de Cicéron et de Sextus, puis de relectures modernes comme celle de Brochard. Son enseignement forme pourtant un ensemble cohérent, portant sur trois grands domaines (la théorie de la connaissance, la théologie et le souverain bien) auxquels s’ajoutent ses analyses sur la divination et la causalité. Sa méthode est celle de l’Académie : argumenter ''in utramque partem'', soutenir tour à tour le pour et le contre, non pour trahir secrètement une thèse, mais pour tenir la balance égale entre des raisons opposées et conduire l’auditeur à suspendre son jugement. Cette dialectique n’est jamais purement négative : Carnéade construit ses argumentations avec art, enchaînant des preuves qui se fortifient l’une l’autre. De là vient la difficulté d’interpréter sa pensée : ce qu’il défend ''disserendi causa'' (pour les besoins de la discussion) ne se confond pas nécessairement avec ce qu’il tient pour vrai. == La critique du critère de la vérité == Le premier domaine est l’épistémologie. Il s’agit d’établir qu’il n’existe aucun critère de la vérité, non seulement contre les stoïciens, mais contre tous les dogmatistes. Sextus rapporte deux temps de l’argument : d’abord qu’il n’existe, sans restriction, aucun critère : ni la raison, ni la sensation, ni la représentation, ni rien d’autre, car tous nous trompent à l’occasion ; ensuite que, si un critère existait, il ne pourrait être qu’un état de l’âme (''pathos'') produit par l’évidence, puisque c’est en étant affecté que le vivant enregistre les choses<ref>Sextus Empiricus, ''Contre les professeurs'' (M) VII, 159-165 ; Long &amp; Sedley, sect. 70A.</ref>. La cible principale est la ''représentation compréhensive'' (''katalêptikê phantasia''), notion centrale de la théorie stoïcienne de la connaissance. Pour Zénon, certaines impressions portent en elles-mêmes la marque de leur vérité : elles viennent d’un objet réel, lui sont conformes, et sont telles qu’une impression semblable ne pourrait provenir de ce qui n’est pas. Carnéade accepte toute cette définition, sauf la dernière clause<ref>Long &amp; Sedley, sect. 69-70 ; cf. la définition stoïcienne de la représentation compréhensive, sect. 40D.</ref>. Pour toute représentation vraie, soutient-il, on peut concevoir une représentation fausse qui lui soit indiscernable : le sommeil, l’ivresse, la folie, les jumeaux, les illusions des sens (la rame qui paraît brisée dans l’eau, les reflets changeants du cou de la colombe) montrent qu’aucune impression ne porte de signe infaillible distinguant le vrai du faux. De là sa conclusion sceptique : l’''akatalepsia'', l’impossibilité de rien saisir avec certitude. Rien ne peut être appréhendé au sens fort où l’entendaient les stoïciens. Mais Carnéade élargit la portée de la critique : là où Arcésilas se contentait de réfuter les positions effectivement soutenues, il argumente aussi contre les positions seulement concevables, qu’il s’agisse des critères possibles ou, en morale, des conceptions possibles du souverain bien<ref>Cicéron, ''De finibus'' V, 16 ; Sextus, M VII, 159 ; H. Thorsrud, «&nbsp;Arcesilaus and Carneades&nbsp;», dans Bett (éd.), p. 70.</ref>. La représentation compréhensive stoïcienne demeure sa cible principale parce qu’elle offre, dans le débat hellénistique, la formulation la plus systématique d’un critère de vérité. == Le probable (''pithanon'') : une théorie positive de la croyance == Une fois la certitude ruinée, une objection se présente, que les stoïciens ne manquaient pas d’opposer : sans critère, l’action devient impossible (''apraxia''). Si rien ne peut être saisi, comment vivre, agir, choisir ? La réponse de Carnéade constitue son apport le plus original. Il distingue ce qui est ''inappréhensible'' de ce qui est ''obscur''<ref>Cicéron, ''Académiques'' II, 32 ; H. Thorsrud, «&nbsp;Arcesilaus and Carneades&nbsp;», dans Bett (éd.), p. 70-71.</ref>. Que rien ne soit appréhensible avec une certitude absolue ne signifie pas que tout soit également obscur : certaines impressions nous frappent comme plus claires, plus convaincantes que d’autres ; nous y adhérons davantage, sans qu’elles portent pour autant la garantie de leur vérité. L’absence d’impressions compréhensives ne bouleverse donc pas la vie, contrairement à ce que prétendaient les stoïciens. Une impression peut être considérée sous un double rapport. Par rapport à l’objet, elle est vraie ou fausse. Par rapport au sujet, elle paraît vraie (on l’appelle alors ''probable'', ''pithanê'') ou ne paraît pas vraie. Écartons celles qui paraissent fausses, et celles qui ne paraissent vraies que faiblement (objet trop petit, trop éloigné, sens défaillants). Reste l’impression qui paraît vraie avec intensité : c’est elle qui «&nbsp;nous tire à l’assentiment&nbsp;» et qui constitue le critère de Carnéade<ref>Sextus, M VII, 166-184 ; Long &amp; Sedley, sect. 69D-E.</ref>. Ce critère admet des degrés et se déploie en trois niveaux. Le premier est l’impression probable simple. Le deuxième ajoute la condition d’être ''non détournée'' (''aperispaston'') : une impression ne vient jamais seule, mais entourée d’autres impressions liées entre elles comme les anneaux d’une chaîne ; notre croyance se renforce lorsque aucune des impressions concomitantes ne vient la démentir. On reconnaît ainsi Socrate à la concordance de tous ses traits ; et Ménélas, voyant la vraie Hélène à Pharos, refusa d’y croire parce qu’une autre impression (il l’avait laissée sur le navire) la contredisait. Le troisième niveau ajoute d’être ''examinée de fond en comble'' (''diexodeumenon'') : chaque impression du faisceau est alors contrôlée une à une, comme on interroge les candidats aux magistratures, en vérifiant l’état du sujet, l’objet, le milieu, la distance, le lieu, le temps<ref>Sextus, M VII, 178-184.</ref>. L’usage de ces degrés est proportionné à l’importance de l’affaire : dans une matière sans gravité, on se contente du probable ; dans une affaire sérieuse, on exige le non-détourné ; pour ce qui touche au bonheur, l’impression pleinement examinée : comme, dans la vie ordinaire, on interroge un seul témoin pour une vétille, plusieurs pour une affaire grave. Ce critère reste subjectif et faillible : il ne porte que sur l’apparence de vérité, et l’impression probable se révèle parfois fausse. Sa rareté ne justifie pourtant pas qu’on se défie de ce qui est vrai le plus souvent, car nos jugements et nos actions se règlent sur ce qui vaut pour la plupart. On appelle d’ordinaire ''probabilisme'' cette doctrine (Cicéron traduit ''pithanon'' par ''probabile''). Le terme ne convient vraiment qu’à partir de Carnéade, et il ne faut pas le confondre avec le ''raisonnable'' (''eulogon'') d’Arcésilas : chez ce dernier, la vraisemblance dépend de la seule raison et suppose une pluralité de représentations bien liées ; chez Carnéade, une impression isolée peut déjà être dite probable par sa force et sa vivacité, et la source de la probabilité est d’abord l’expérience, la raison n’intervenant que pour exercer un contrôle<ref>Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', ch. III, sur la différence entre ''eulogon'' et ''pithanon''.</ref>. Par ses analyses de l’accord et de l’association des représentations comme garantie de leur probabilité, Carnéade anticipe certains thèmes de la psychologie moderne. == Assentiment, opinion et le débat sur l’interprétation == Une difficulté demeure. L’impression probable «&nbsp;tire à l’assentiment&nbsp;» ; or Clitomaque assure que Carnéade fit de grands efforts pour bannir l’assentiment, et avec lui toute opinion. Comment concilier les deux ? La solution passe par une distinction, posée dans le contexte même du critère, entre deux sens de l’assentiment, ou deux manières de suspendre son jugement. En un sens, le sage suspend tout assentiment : il ne s’engage jamais à tenir quoi que ce soit pour vrai ou faux. En un autre sens, il «&nbsp;approuve&nbsp;» ou «&nbsp;suit&nbsp;» une impression probable, disant «&nbsp;oui&nbsp;» à ce qui le convainc et «&nbsp;non&nbsp;» à ce qui ne le convainc pas, sans pour autant juger que la chose est telle<ref>Cicéron, ''Académiques'' II, 104 ; G. Striker, «&nbsp;Academics versus Pyrrhonists, reconsidered&nbsp;», dans Bett (éd.), p. 200 ; Long &amp; Sedley, sect. 69I.</ref>. On peut donc adhérer à une impression (s’en servir pour décider et agir, comme d’une conjecture éclairée) sans être convaincu de sa vérité. C’est sur ce point que les disciples se sont divisés, et que les interprètes modernes se divisent encore. Selon la lecture ''dialectique'', attribuée à Clitomaque, Carnéade ne fait qu’étendre la méthode d’Arcésilas et maintient une suspension universelle du jugement : sa théorie du probable n’est qu’un instrument destiné à montrer que les stoïciens ne sont pas mieux lotis que les académiciens, et ne révèle rien de ses convictions. Selon la lecture ''faillibiliste'', rattachée à Métrodore de Stratonice puis à Philon de Larisse, Carnéade restreint la portée de l’''epochê'' et admet des croyances faillibles : le sage peut opiner, pourvu qu’il se souvienne que ses opinions ne sont pas certaines<ref>Cicéron, ''Académiques'' II, 78 et 139 ; H. Thorsrud, «&nbsp;Arcesilaus and Carneades&nbsp;», dans Bett (éd.), p. 70-78.</ref>. Cicéron, notre meilleure source, penche du côté de Clitomaque tout en rapportant les deux interprétations ; il avoue lui-même que Clitomaque n’a jamais pu dire ce que Carnéade approuvait au juste<ref>Cicéron, ''Académiques'' II, 139.</ref>. Quelle que soit la lecture retenue, la position de Carnéade est intermédiaire entre le Portique et Arcésilas : aux stoïciens il concède qu’il faut distinguer les impressions ; à Arcésilas il accorde que nous ne saisissons jamais les choses telles qu’elles sont en elles-mêmes. Cette impuissance ne lui paraît pourtant pas interdire toute croyance. Il est, selon une formule heureuse, plus éloigné du dogmatisme que du scepticisme : il diffère des sceptiques par une nuance, des dogmatistes par un principe<ref>Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', ch. III.</ref>. == La critique des dieux et de la théologie stoïcienne == La théologie stoïcienne fait de l’univers un être vivant, ordonné par une raison immanente (un ''logos'', un feu artiste) qui dispose la totalité aux meilleures fins. Cette théologie cosmique et providentialiste, moniste dans son principe, se concilie avec les noms du polythéisme traditionnel, dont elle fait autant d’aspects ou de manifestations du divin. Optimisme, finalité et providence s’y rejoignent. Carnéade attaque sur tous les points : il nie la finalité, conteste les preuves de l’existence des dieux, soutient que l’idée même de divinité est contradictoire, et réduit à l’absurde la religion populaire. L’un de ses arguments procède par réduction à l’absurde de l’anthropomorphisme stoïcien. Si les dieux existent, ils sont vivants ; s’ils sont vivants, ils ont la sensation ; s’ils sentent, ils éprouvent l’amer et le doux, donc le plaisir et la peine ; donc ils peuvent souffrir, changer en pire, et par conséquent périr. Les dieux seraient ainsi périssables, ce qui contredit leur définition<ref>Sextus, M IX, 139-141 ; Long &amp; Sedley, sect. 70C.</ref>. Carnéade ajoute qu’un dieu privé de l’un de nos cinq sens serait inférieur à l’homme : il faudrait plutôt lui en accorder davantage. Plus serré encore est le sorite contre les dieux, rédigé par Clitomaque, qui le tenait pour décisif. Si Zeus est un dieu, Poséidon son frère l’est aussi ; alors le fleuve Achéloos l’est ; puis le Nil ; puis tous les fleuves ; puis les ruisseaux ; puis les torrents. Mais on n’admettra pas que les torrents soient des dieux ; donc Zeus non plus. De même : si le Soleil est un dieu, le jour l’est (car le jour n’est que le soleil au-dessus de la terre), puis le mois, puis l’année, où s’arrêter ? L’argument exploite l’impossibilité, pour les stoïciens, de tracer une limite cohérente entre le divin et le naturel<ref>Sextus, M IX, 182-184 ; Cicéron, ''De natura deorum'' III, 43-44 ; Long &amp; Sedley, sect. 70D-E.</ref>. S’y ajoute le problème du mal : si tout est l’œuvre d’une providence sage, à quoi servent les poisons, les bêtes féroces, les maladies ? Pourquoi Dieu a-t-il donné à l’homme une intelligence dont il peut faire un usage criminel ? Carnéade ne visait pas à supprimer les dieux, «&nbsp;ce qui ne conviendrait nullement à un philosophe&nbsp;», mais à convaincre les stoïciens de ne rien démontrer de ce qu’ils affirment<ref>Cicéron, ''De natura deorum'' III, 44.</ref>. Sa thèse n’est pas qu’il n’y a pas de Dieu, mais que l’existence de Dieu n’est pas prouvée par les arguments du Portique. Comme l’a noté Zeller, ses raisons portent plus loin que leur cible immédiate : elles atteignent toute conception d’une personnalité divine, c’est-à-dire la difficulté de penser ensemble l’infini, l’absolu, et une existence déterminée et limitée, difficulté que les théologiens n’ont jamais entièrement résolue<ref>Éd. Zeller, cité par Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', ch. IV.</ref>. == La critique de la divination == Liée à la théologie et au problème de la causalité, la critique de la divination est, pour Brochard, une victoire du bon sens sur la superstition. Carnéade en montre l’illusion sous toutes ses formes : oracles, présages, songes. À propos des rêves, il oppose à l’hypothèse de dieux venant jeter aux dormeurs des visions embrouillées une explication simple : l’âme garde la trace des impressions reçues et revoit en songe les idées qui l’ont occupée pendant la veille<ref>Cicéron, ''De divinatione'', livre II ; Brochard, ch. III.</ref>. De cette critique ne suit pas qu’il faille détruire la religion : celle-ci ne peut que gagner à être débarrassée de ses superstitions. Le sommeil, qui devrait être le refuge où l’on se repose des soucis, devient au contraire la source des plus grandes terreurs ; on les dédaignerait si les philosophes ne les avaient prises sous leur protection. Réduire à néant ces chimères propres à troubler les esprits faisait donc partie, aux yeux de Carnéade, du service de la raison. == Le destin, la causalité et ce qui dépend de nous == C’est dans la question de ce qui dépend de nous que la pensée de Carnéade se montre la plus pénétrante. Le problème, tel qu’il se posait à ses contemporains, naissait de deux axiomes apparemment incontestables : tout mouvement exige une cause ; toute proposition, qu’elle porte sur le présent ou l’avenir, est vraie ou fausse. De là semblait découler que tout s’enchaîne, que tout événement est déterminé d’avance par des causes antérieures, donc nécessaire et prévisible. Le Portique se débattait dans cette difficulté : sa physique et sa divination le poussaient au fatalisme, mais sa morale exigeait de préserver la responsabilité de l’agent. Chrysippe distingua donc le destin de la nécessité (au prix d’efforts dont Cicéron dit qu’il en «&nbsp;sua sang et eau&nbsp;»), tandis que les épicuriens rejetaient les deux derniers axiomes au moyen du ''clinamen'' et de propositions ni vraies ni fausses, paradoxes qui scandalisaient les dialecticiens. Carnéade établit d’abord, par un sorite, qu’on ne peut admettre le destin sans nier ce qui dépend de nous : si tout arrive par des causes antécédentes, tout est lié par un enchaînement étroit ; alors la nécessité produit tout ; alors rien n’est en notre pouvoir. Or quelque chose est en notre pouvoir. Donc tout n’arrive pas par le destin. Son innovation majeure est de ''séparer'' trois formes de déterminisme que Chrysippe et Épicure confondaient. Ces catégories (déterminisme causal, soit tout événement a des causes suffisantes antérieures ; déterminisme logique, soit il est déjà vrai que l’événement aura lieu ; et déterminisme épistémique, soit il est déjà connu qu’il aura lieu) relèvent d’une reconstruction conceptuelle moderne du débat, non d’un vocabulaire technique antique. Carnéade soutient que le déterminisme logique n’entraîne ni le causal ni l’épistémique<ref>Cicéron, ''De fato'' 26-33 ; Long &amp; Sedley, sect. 70G.</ref>. Le point d’appui est que quelque chose est en notre pouvoir (l’assentiment que nous accordons ou refusons à nos idées), vérité que les stoïciens eux-mêmes ne contestaient pas. Mais Carnéade refuse, pour la sauver, l’hypothèse oiseuse du ''clinamen''. Nul besoin de mouvements sans cause : il suffit de distinguer la cause antérieure et extérieure de la cause tout court. La volonté est elle-même une cause ; dire qu’on veut «&nbsp;sans cause&nbsp;», c’est seulement dire «&nbsp;sans cause extérieure et antérieure&nbsp;» : comme un vase «&nbsp;vide&nbsp;» est sans vin ni huile, non absolument vide. Surtout, Carnéade dénonce la confusion stoïcienne de la ''succession'' et de la ''causalité''. La vraie cause n’est pas ce qui précède un fait, mais ce qui a une efficacité naturelle : la blessure est cause de la mort, le feu de la chaleur ; mais Hécube n’est pas la cause de la ruine de Troie pour avoir enfanté Pâris, ni le voyageur bien vêtu la cause de son propre détroussement<ref>Cicéron, ''De fato'' 31-33 ; Brochard, ch. III ; sur la critique de la cause, Ioppolo 2007.</ref>. Ainsi se dissout l’«&nbsp;argument paresseux&nbsp;» : nul ne peut dire qu’il guérira quoi qu’il fasse, car le médecin sera peut-être la cause, survenue à l’improviste, qui le sauvera. À côté des séries d’événements liés par la nécessité naturelle, il existe donc des causes qui ne dépendent d’aucun antécédent et s’insèrent fortuitement dans la trame du monde. L’action d’une telle cause ne peut être prévue : seul l’événement la révèle. Les futurs sont bien vrais de toute éternité, mais d’une vérité abstraite, qu’aucune intelligence (pas même celle d’un dieu) ne peut connaître d’avance. Apollon lui-même n’aurait pu prédire le crime d’Œdipe, faute de cause antérieure l’y forçant, ni la mort de Marcellus en mer<ref>Cicéron, ''De fato'' 32-33.</ref>. Et que la vérité d’une proposition sur l’avenir soit immuable ne menace pas ce pouvoir : c’est mon action qui rend vraies, en tous leurs temps, les assertions qui la concernent ; la vérité stable est l’effet de mon choix, non sa cause. Dans tout ce débat acharné, aucun de ces philosophes si subtils ne songea à nier que quelque chose dépende de nous. == La morale : la ''divisio carneadea'' et la polémique contre les stoïciens == En logicien consommé, Carnéade commençait par réduire toutes les morales possibles à un petit nombre de types : la ''divisio carneadea''. Son point de départ est que la sagesse est un art de vivre, et que tout art se distingue de la fin qu’il poursuit (la médecine vise la santé, le pilotage la navigation). Tout le monde convient que la fin doit être conforme à notre nature et qu’elle suscite en nous l’impulsion (''hormè''). Le désaccord ne porte que sur sa définition. Trois fins sont en lice : le plaisir, l’absence de douleur, ou les premiers biens conformes à la nature (''ta prôta kata phusin'') : santé, intégrité des sens, force, beauté. Chacune peut être soit poursuivie, soit possédée, d’où une classification des positions concevables, et non des seules positions effectivement soutenues<ref>Cicéron, ''De finibus'' V, 16-20 ; Long &amp; Sedley, sect. 64G ; Long 1967 ; Algra 1997.</ref>. Cette division a une visée polémique. Les stoïciens sont les seuls à tenir pour bonne en elle-même la simple poursuite (la «&nbsp;sélection&nbsp;») des avantages naturels, indépendamment du résultat. Carnéade leur objecte que cette formule est circulaire, ou introduit deux fins, puisqu’un art vise toujours autre chose que son propre exercice ; Antipater dut y répondre par une seconde formulation de la fin. Surtout, après tous leurs discours, les stoïciens reviennent à ce qu’avaient dit plus simplement les anciens académiciens : ils n’innovent que dans les mots, appelant «&nbsp;préférable&nbsp;» ce que les Péripatéticiens nommaient «&nbsp;bien&nbsp;»<ref>Cicéron, ''Tusculanes'' V, 120 ; sur la portée anti-stoïcienne de la ''divisio'', C. Lévy, «&nbsp;The sceptical Academy: decline and afterlife&nbsp;», dans Bett (éd.), p. 91 ; Annas 2007.</ref>. A-t-il professé pour son compte une de ces morales ? Les témoignages se contredisent. Cicéron rapporte qu’il défendait l’opinion de Calliphon (qui unit le plaisir et l’honnête) avec une ardeur telle qu’il semblait l’avoir faite sienne ; d’autres passages le rapprochent de la seule recherche des biens naturels, en avertissant qu’il ne la soutenait que ''disserendi causa''<ref>Cicéron, ''Académiques'' II, 139 et ''De finibus''.</ref>. Clitomaque, on l’a vu, ne sut jamais ce qu’approuvait son maître. Il est donc probable que Carnéade n’a professé aucune doctrine morale positive. S’il en eut une, la fin la plus plausible serait la possession des biens naturels, l’impulsion naturelle jouant le rôle de critère pratique qu’a la sensation probable dans la connaissance : une donnée qui s’impose sans principe dogmatique<ref>Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', ch. III.</ref>. Une telle morale, comprenant aussi les qualités de l’esprit et pouvant conserver les mots de vertu et d’honnêteté, serait une doctrine moyenne, proche du sens commun, et finalement voisine de celle d’Aristote et de l’ancienne Académie. == Les discours sur la justice à Rome == L’origine de toutes les accusations portées contre Carnéade est son double discours de Rome, qui scandalisa Caton. Le premier jour, il exposa tout ce qu’on peut dire en faveur de la justice, reprenant Platon, Aristote, Zénon et Chrysippe. Le second jour, il soutint la thèse contraire : la justice est d’institution humaine, il n’existe pas de droit naturel antérieur aux conventions des hommes, et le droit varie selon les temps et les pays ; s’il y avait une justice, ce serait une folie, car la loi de tout vivant est de chercher son avantage ; et les peuples les plus puissants, à commencer par les Romains, n’en ont cure : sans quoi ils rendraient leurs conquêtes et retourneraient à leurs chaumières<ref>Lactance, ''Institutions divines'' V, 16-17, d’après le ''De republica'' III de Cicéron (perdu).</ref>. Il illustrait son propos par des cas de conscience opposant la justice à ce qu’on nomme communément la sagesse : celui qui, vendant un esclave rebelle ou une maison insalubre, en avoue les défauts est juste, mais il passera pour fou ; dans un naufrage, celui qui cède à plus faible que lui la planche qui ne peut porter qu’un homme est juste, mais insensé. Le débat porte sur le statut du droit, qu’oppose la nature à la loi, à la coutume et à l’institution. Ces dilemmes, repris au livre III du ''De officiis'', annoncent certains procédés de la casuistique et nourriront une longue tradition d’analyse des cas de conscience ; la critique moderne tient d’ailleurs ce discours pour une reconstruction de Cicéron, probablement d’après Clitomaque, plutôt que pour une transcription des plaidoiries romaines<ref>Cicéron, ''De officiis'' III ; sur le caractère reconstruit de l’argument, Ferrary 1977 (Cicéron suivant probablement Clitomaque).</ref>. Faut-il y voir une leçon publique d’immoralité ? La réhabilitation entreprise par Martha, et reprise par Brochard, le conteste. Carnéade n’a rien appris aux Romains, sinon que des manières d’agir qui leur semblaient naturelles étaient répréhensibles ; il choisit ses exemples pour frapper son auditoire, et plaidait peut-être ''ad hominem'' la cause d’Athènes, suggérant aux plus grands pillards de l’univers d’être indulgents pour autrui. Loin d’avoir secrètement favorisé la thèse négative, tout son art consistait à tenir la balance égale. Quintilien atteste qu’il ne fut pas un homme injuste, Lactance qu’il n’en voulait pas à la justice, saint Augustin en parle favorablement, et Numénius rapporte qu’il l’observait dans sa conduite. Le seul reproche fondé qu’on puisse lui faire est de n’avoir pas conclu<ref>C. Martha et Brochard, ch. IV ; témoignages de Quintilien, Lactance, saint Augustin et Numénius.</ref>. == Postérité et signification == La Nouvelle Académie atteignit son apogée avec Carnéade. Ses successeurs immédiats (Clitomaque, Charmadas, Métrodore) furent encore des hommes éminents, mais c’est avec Philon de Larisse que la lecture faillibiliste de Métrodore l’emporta, l’Académie évoluant vers l’idée que la vérité existe sans que la certitude soit jamais atteinte. Cette pente provoqua en retour la réaction dogmatique d’Antiochus d’Ascalon, qui pourtant continua d’employer la ''divisio carneadea'' contre les stoïciens<ref>C. Lévy, «&nbsp;The sceptical Academy: decline and afterlife&nbsp;», dans Bett (éd.), p. 91.</ref>. Énésidème, contemporain, put ainsi décrire la querelle des derniers académiciens et du Portique comme «&nbsp;des stoïciens combattant des stoïciens&nbsp;»<ref>Photius, ''Bibliothèque'' 170a (Énésidème) ; G. Striker, «&nbsp;Academics versus Pyrrhonists, reconsidered&nbsp;», dans Bett (éd.), p. 201.</ref>. Il faut distinguer Carnéade du pyrrhonisme. Sextus le range parmi les dogmatiques négatifs, parce qu’il affirmerait l’inappréhensibilité, alors que le pyrrhonien n’affirme ni ne nie qu’on puisse atteindre le vrai ; et les pyrrhoniens ne reprirent pas son appel au probable comme guide de l’action, lui préférant le simple «&nbsp;phénomène&nbsp;»<ref>Sextus, ''Esquisses pyrrhoniennes'' I, 1-4 et 226 ; sur Philon, Long &amp; Sedley, sect. 68-69.</ref>. La différence avec les sophistes est plus grande encore : là où Protagoras ou Gorgias ne font qu’effleurer le doute pour se précipiter vers la pratique, Carnéade approfondit, ordonne et analyse, avec une attention remarquable aux degrés de vraisemblance, au contrôle des impressions et aux conditions de l’erreur. L’objection classique au probabilisme (il n’y a de probable que s’il y a du vrai, donc la probabilité suppose la certitude) fut adressée à Philon par Antiochus. La réponse de l’Académie est qu’on peut reconnaître l’existence de la vérité sans posséder de signe certain qui la distingue du faux : il y a des choses évidentes et vraisemblables qu’on peut «&nbsp;approuver&nbsp;» sans les «&nbsp;percevoir&nbsp;». Le probabilisme n’a rien d’une extravagance : dans de nombreux domaines de la vie ordinaire et des sciences empiriques, nos jugements reposent moins sur une certitude absolue que sur des degrés de vraisemblance contrôlée, érigeant en lois plausibles des observations concordantes que de nouveaux faits pourront réviser. Par la rigueur de sa critique de la connaissance, la finesse de sa théorie du probable et la portée de ses analyses sur la cause, la modalité et la responsabilité, Carnéade occupe une place majeure dans le scepticisme antique<ref>Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', ch. IV.</ref>. Brochard voit en lui l’un des plus grands dialecticiens grecs ; cette appréciation, si emphatique qu’elle paraisse, se comprend par l’ampleur de son influence sur la critique académicienne du dogmatisme. Une part de son importance historique tient à la médiation de Cicéron : c’est par les dialogues académiques latins que ses arguments ont passé dans la culture romaine, puis dans les traditions sceptiques postérieures. Son apport durable tient moins à une doctrine qu’à une manière de penser : substituer à la prétention d’une certitude infaillible l’analyse des degrés de crédibilité et des conditions pratiques du jugement. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Sources anciennes === * Cicéron, ''Académiques'' (''Lucullus''), ''De natura deorum'', ''De fato'', ''De finibus'', ''De officiis'', ''De re publica'' (livre III). * Sextus Empiricus, ''Contre les professeurs'' (''Adversus mathematicos''), VII et IX ; ''Esquisses pyrrhoniennes'', I. * Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IV. * Lactance, ''Institutions divines'', V. === Études === * V. Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', Paris, 1887. * A. A. Long &amp; D. N. Sedley, ''The Hellenistic Philosophers'', vol. 1, Cambridge, 1987. * R. Bett (éd.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, 2010. * C. Lévy, ''Cicero Academicus. Recherches sur les Académiques et sur la philosophie cicéronienne'', Rome, 1992. * A. A. Long, «&nbsp;Carneades and the Stoic Telos&nbsp;», ''Phronesis'', 12 (1967), p. 59-90. * G. Striker, «&nbsp;Sceptical Strategies&nbsp;» (1980), repris dans ''Essays on Hellenistic Epistemology and Ethics'', Cambridge, 1996. * K. Algra, «&nbsp;Chrysippus, Carneades, Cicero: the ethical divisiones in Cicero’s Lucullus&nbsp;», dans B. Inwood &amp; J. Mansfeld (éd.), ''Assent and Argument'', 1997. * R. Bett, «&nbsp;Carneades’ Pithanon: A Reappraisal of its Role and Status&nbsp;», ''Oxford Studies in Ancient Philosophy'', 7 (1989), p. 59-94. * R. Bett, «&nbsp;Carneades’ Distinction between Assent and Approval&nbsp;», ''The Monist'', 73 (1990), p. 3-20. * J. Annas, «&nbsp;Carneades’ Classification of Ethical Theories&nbsp;», dans A. M. Ioppolo &amp; D. N. Sedley (éd.), ''Pyrrhonists, Patricians, Platonizers'', Naples, 2007. * A. M. Ioppolo, «&nbsp;La critica di Carneade al concetto stoico di causa (Cic., ''De fato'' 31-37)&nbsp;», 2007. * J.-L. Ferrary, «&nbsp;Le discours de Philus (Cicéron, ''De re publica'' III, 8-31) et la philosophie de Carnéade&nbsp;», ''Revue des Études Latines'', 55 (1977), p. 128-156. * J. Barnes, «&nbsp;Carneades&nbsp;», ''Concise Routledge Encyclopedia of Philosophy'', Londres, 2000. * J. Allen, «&nbsp;Carneades&nbsp;», ''Stanford Encyclopedia of Philosophy''. * C. Martha, «&nbsp;Le philosophe Carnéade à Rome&nbsp;», dans ''Études morales sur l’Antiquité'', Paris. {{Autocat}} rg8gqs4h2sd6xkb2o1h3rg2swtp3q10 Dictionnaire de philosophie/Scepticisme 0 83927 767500 2026-06-06T05:31:39Z PandaMystique 119061 Page créée avec « {{DicoPhilo|Scepticisme}} Le scepticisme désigne, au sens philosophique, l'attitude de l'esprit qui, faute d'un critère assuré permettant de trancher entre des thèses opposées, suspend son jugement. Le mot vient du grec ''skepsis'' (σκέψις), qui signifie examen, recherche : le sceptique n'est pas, à l'origine, celui qui nie, mais celui qui cherche encore. Cette nuance est capitale. Dans l'usage courant, « sceptique » qualifie celui qui refuse de cro... » 767500 wikitext text/x-wiki {{DicoPhilo|Scepticisme}} Le scepticisme désigne, au sens philosophique, l'attitude de l'esprit qui, faute d'un critère assuré permettant de trancher entre des thèses opposées, suspend son jugement. Le mot vient du grec ''skepsis'' (σκέψις), qui signifie examen, recherche : le sceptique n'est pas, à l'origine, celui qui nie, mais celui qui cherche encore. Cette nuance est capitale. Dans l'usage courant, « sceptique » qualifie celui qui refuse de croire ; dans la tradition philosophique, il qualifie celui qui refuse de conclure. Entre les deux, toute la différence d'une doctrine négative et d'une méthode d'enquête. Né en Grèce au IV{{e}}&nbsp;siècle av. J.-C. avec Pyrrhon d'Élis, développé par l'Académie d'Arcésilas et de Carnéade, systématisé par Énésidème et Agrippa, recueilli enfin par Sextus Empiricus dont les œuvres nous le transmettent, le scepticisme antique se présente comme un art de vivre autant que comme une critique de la connaissance. Redécouvert à la Renaissance, il alimente la pensée de Montaigne, provoque le doute méthodique de Descartes, nourrit l'empirisme de Hume et oblige Kant à repenser les fondements du savoir. Aujourd'hui encore, les expériences de pensée qui peuplent l'épistémologie contemporaine, du malin génie au cerveau dans une cuve, prolongent les questions que les Grecs avaient posées. Peu de courants philosophiques auront eu une si longue postérité pour une doctrine qui, à strictement parler, refuse d'en être une. == Le doute comme expérience première == Commençons par une expérience banale. Une tour, vue de loin, paraît ronde ; de près, elle se révèle carrée. Une rame plongée dans l'eau semble brisée ; retirée, elle est droite. Le même vin paraît doux au palais sain, amer au malade. Qui a raison ? Nous répondons spontanément : celui qui voit de près, celui qui regarde la rame hors de l'eau, celui dont les organes fonctionnent normalement. Mais cette réponse suppose un critère qui permette de départager les apparences, et c'est précisément ce critère que le sceptique nous demande de produire. De quel droit décrétons-nous que la perception de l'homme sain est plus fidèle que celle du malade, sinon parce qu'elle est la nôtre, ou celle du plus grand nombre ? La majorité fait-elle la vérité ? L'expérience du désaccord prolonge celle de l'illusion. Sur la nature du monde, sur les dieux, sur le bien et le mal, les philosophes se contredisent depuis toujours : les uns affirment que tout est matière, les autres que tout est esprit ; les uns placent le bonheur dans le plaisir, les autres dans la vertu. Chaque école produit des arguments, et les arguments s'équilibrent. Les coutumes des peuples ne s'accordent pas davantage : ce qui est pieux ici est sacrilège ailleurs, ce qui est honteux chez les uns est honorable chez les autres. Devant cette ''isosthénie'' (ἰσοσθένεια), terme technique qui désigne l'égale force des raisons opposées, que faire ? Trancher arbitrairement serait déraisonnable. Reste à suspendre le jugement : les Grecs nomment ''épochè'' (ἐποχή) cette suspension, cet arrêt, cette mise entre parenthèses de l'assentiment. Le scepticisme antique ajoute à ce diagnostic une promesse qui nous surprend : la suspension du jugement procure la tranquillité de l'âme, cette ''ataraxie'' (ἀταραξία) qui signifie littéralement l'absence de trouble. Celui qui croit savoir que la richesse est un bien se tourmente pour l'acquérir et tremble de la perdre ; celui qui suspend son jugement sur la valeur des choses cesse de se tourmenter. Le doute, loin d'être une inquiétude, devient un remède à l'inquiétude. Cette alliance du doute et de la sérénité, si étrangère à notre image moderne du sceptique tourmenté, constitue le cœur du scepticisme grec. == Pyrrhon : vivre dans l'apparence == Pyrrhon d'Élis (v. 360-v. 270 av. J.-C.) n'a rien écrit. Nous le connaissons par son disciple Timon de Phlionte, par les anecdotes de Diogène Laërce et par un témoignage majeur d'Aristoclès, conservé chez Eusèbe<ref>Aristoclès de Messène, cité par Eusèbe de Césarée, ''La Préparation évangélique'', XIV, 18, 1-5, trad. Édouard des Places, Paris, Éditions du Cerf, 1987.</ref>. Peintre dans sa jeunesse, il accompagna Alexandre jusqu'en Inde, où il aurait rencontré des « gymnosophistes », sages nus dont l'impassibilité l'aurait marqué. De retour à Élis, il y mena une vie simple et respectée, au point que ses concitoyens, dit-on, exemptèrent d'impôts les philosophes en son honneur<ref>Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IX, 61-64, trad. sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999.</ref>. Selon le résumé d'Aristoclès, Pyrrhon enseignait que les choses sont indifférenciées, sans stabilité et indécidables, de sorte que ni nos sensations ni nos opinions ne disent le vrai ou le faux. Il faut donc dire de chaque chose qu'elle n'est pas plus qu'elle n'est pas, ou qu'elle est et n'est pas, ou qu'elle n'est ni n'est pas. Cette formule du ''ou mallon'' (οὐ μᾶλλον), « pas plus ceci que cela », est la clé du pyrrhonisme : le miel n'est pas plus doux qu'il n'est pas doux ; le feu n'est pas plus brûlant par nature qu'il ne l'est pas. Autrement dit, nous ne pouvons pas dire ce que sont le miel ou le feu en eux-mêmes, mais seulement comment ils nous apparaissent. Marcel Conche a montré la portée de cette formule : si rien n'est plus ceci que cela, la notion même d'être se dissout, et avec elle l'opposition de l'être et de l'apparence<ref>Marcel Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', Paris, Presses Universitaires de France, 1994.</ref>. Il ne reste que des apparences, qui ne sont plus apparences de quelque chose ni pour quelqu'un : un pur glissement de phénomènes que rien ne fonde et que rien ne contredit. Arrêtons-nous sur la portée de cette lecture. Pour le sens commun, une apparence est toujours apparence de quelque chose : la tour paraît ronde, mais elle est carrée, et l'apparence se mesure à un être qui la corrige. Pyrrhon, tel que le lit Conche, supprime le terme de comparaison : il n'y a pas de tour en soi derrière la tour vue, pas de fond derrière la surface, et l'apparence cesse d'être trompeuse faute d'une vérité qu'elle pourrait trahir. Cette lecture, qui fait de Pyrrhon un métaphysicien de l'apparence plutôt qu'un sceptique au sens strict, ne fait pas l'unanimité des historiens. Richard Bett soutient lui aussi que le témoignage d'Aristoclès énonce une thèse sur les choses mêmes (elles sont réellement indéterminées), mais il y voit un dogmatisme négatif que les pyrrhoniens postérieurs auront à corriger pour devenir de purs sceptiques<ref>Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000.</ref>. D'autres interprètes comprennent au contraire la phrase comme un constat sur nos facultés : non pas « les choses sont indéterminées », mais « nous ne pouvons pas les déterminer ». Brochard, enfin, tenait le fond du pyrrhonisme pour moral : les arguments n'y seraient que l'instrument d'une délivrance, et c'est la figure du sage, plus que la théorie, qui a fait école. Le débat reste ouvert, et il importe au lecteur de savoir qu'il l'est : sur un philosophe qui n'écrivit rien, toute interprétation reconstruit. De cette dissolution suivent trois fruits, que la tradition résume en trois mots. ''Aphasie'' (ἀφασία), d'abord : non pas le mutisme, mais le renoncement à dire l'être, à prononcer des phrases qui prétendent énoncer ce que les choses sont en elles-mêmes. ''Ataraxie'', ensuite : les apparences n'étant plus converties en thèses rivales sur l'être des choses, rien ne nous trouble plus dès lors que nous cessons de les durcir en êtres. ''Apathie'' (ἀπάθεια) enfin, ou impassibilité : c'est nous qui créons nos tourments en affirmant que telle chose est bonne, telle autre mauvaise, telle autre à craindre. Timon résume la conduite du sage en une phrase restée célèbre : « Que le miel soit doux, je ne l'affirme pas ; qu'il le paraisse, j'en conviens »<ref>Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IX, 105, éd. citée ; nous traduisons.</ref>. Les anecdotes que rapporte Diogène Laërce mettent en scène cette sagesse avec un humour qui fait partie de la leçon. Sur un navire pris dans la tempête, tandis que les passagers s'affolent, Pyrrhon montre un petit cochon qui continue tranquillement de manger : voilà, dit-il, l'ataraxie que le sage doit conquérir par la raison, et que l'animal possède sans effort, faute d'avoir un rapport à l'être. Anaxarque, son maître, étant tombé dans une mare, Pyrrhon passe son chemin sans lui porter secours ; on l'en blâme, mais Anaxarque lui-même le félicite de son indifférence. Faut-il prendre ces récits à la lettre, comme ceux qui montrent Pyrrhon manquant de tomber dans les précipices faute de se fier à ses sens, ses amis le retenant à chaque pas ? Les historiens en doutent : la légende force le trait pour rendre visible une attitude. Reste que le pyrrhonisme originel est moins une théorie de la connaissance qu'une éthique : un exercice de détachement à l'égard de tout ce que nous tenons pour réel et important. == L'Académie sceptique : Arcésilas et Carnéade == Le scepticisme connaît un second foyer, inattendu : l'Académie, l'école même de Platon. Vers 268 av. J.-C., Arcésilas de Pitane (v. 316-v. 241 av. J.-C.) en prend la direction et lui imprime un tournant qui durera deux siècles. Comment l'héritier de Platon en est-il venu à professer le doute ? Arcésilas se réclamait de Socrate, ce questionneur qui réfutait toutes les thèses sans en soutenir aucune, et qui avouait ne rien savoir. La méthode des dialogues aporétiques, où chaque définition proposée s'effondre sous l'examen, pouvait passer pour la vraie leçon du platonisme. Certains anciens soupçonnèrent Arcésilas de dissimuler un dogmatisme secret, réservé aux initiés ; Victor Brochard, dans son étude classique, a montré le peu de crédit que méritent ces conjectures<ref>Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', Paris, Imprimerie nationale, 1887 ; rééd. Paris, Le Livre de Poche, 2002.</ref>. Notre principale source sur cette période est Cicéron, qui suivit à Rome l'enseignement de Philon de Larisse et exposa les thèses de l'école dans ses ''Académiques'' : sans lui, l'Académie sceptique nous serait à peu près inconnue. L'adversaire d'Arcésilas est le stoïcisme naissant. Zénon et ses disciples fondent toute connaissance sur la « représentation compréhensive » (''phantasia katalêptikê'') : une impression si claire, si distincte, si fidèlement imprimée par son objet qu'elle ne pourrait provenir d'un objet qui ne serait pas tel qu'elle le représente. À cette impression privilégiée, le sage donne son assentiment ; aux autres, il le refuse. Arcésilas attaque le point faible du dispositif : il n'existe aucune représentation vraie dont on ne puisse trouver une copie fausse rigoureusement indiscernable. Le rêve imite la veille, la folie imite la raison, les jumeaux se confondent. Si aucune marque interne ne distingue l'impression fidèle de l'impression trompeuse, le critère stoïcien s'effondre, et le sage, pour ne jamais opiner à faux, devra suspendre son assentiment sur tout. Mais alors, comment vivre ? L'objection se présente aussitôt, et elle accompagnera le scepticisme pendant toute son histoire : qui ne croit rien ne peut rien faire, car toute action suppose qu'on tienne quelque chose pour vrai. Arcésilas répond en proposant un critère pratique : le « raisonnable » (''eulogon''), c'est-à-dire ce que l'on peut justifier par de bonnes raisons cohérentes entre elles. Le sage agira selon le raisonnable, sans affirmer pour autant que ses raisons atteignent le vrai. Carnéade de Cyrène (v. 214-v. 129 av. J.-C.)<ref>Les sources anciennes hésitent sur sa longévité : Diogène Laërce lui donne quatre-vingt-cinq ans, Valère Maxime quatre-vingt-dix, d'où le flottement de sa date de naissance entre 214 et 219 av. J.-C.</ref>, le plus grand nom de cette Académie nouvelle, reprend et affine la solution. L'ambassade qu'il fit à Rome en 155 av. J.-C. illustre sa méthode : il y prononça un jour l'éloge de la justice, et le lendemain sa réfutation, avec une égale puissance de conviction, scandalisant Caton qui obtint son renvoi. La démonstration avait valeur de programme : sur toute question, des arguments d'égale force peuvent être produits en sens contraire. Pour la conduite de la vie, Carnéade élabore une doctrine du « probable » (''pithanon'') : parmi les représentations, certaines paraissent vraies avec plus de force que d'autres ; celles qui, de surcroît, s'accordent avec les représentations voisines et résistent à un examen méthodique méritent une confiance graduée. Le pilote qui prend la mer ne sait pas que la traversée réussira ; il suit la représentation probable, et cela suffit pour agir. Sextus nous a conservé le détail de cette doctrine, qui distingue des degrés dans la confiance<ref>Sextus Empiricus, ''Adversus Mathematicos'', VII, 166-189.</ref>. Au premier degré, la représentation simplement probable, celle qui paraît vraie avec force. Au deuxième, la représentation probable et « non contredite » : avant de juger que cet homme est bien Socrate, j'examine si la taille, la démarche, la voix, le manteau concordent, car une seule discordance ébranlerait l'ensemble. Au troisième, la représentation « examinée de toutes parts », passée au crible des conditions de l'observation : l'organe est-il sain, la distance convenable, l'air limpide, l'esprit calme ? Un exemple de Sextus rend la gradation sensible. Un homme aperçoit, dans une pièce sombre, un objet enroulé : il le prend pour un serpent et saute par-dessus. Première représentation, probable mais hâtive. Revenant sur ses pas, il observe que la chose ne bouge pas ; il incline à n'y voir qu'une corde. Mais il se souvient que les serpents engourdis par le froid restent immobiles : aussi pousse-t-il l'objet d'un bâton avant de conclure. C'est seulement au terme de cet examen qu'il accorde, faute de mieux, sa confiance à la représentation. Selon les circonstances, ajoute Carnéade, le degré d'examen exigible varie : sur une question sans conséquence, le probable suffit ; quand il y va du bonheur, l'examen complet s'impose. On reconnaît là, bien avant les théories modernes du choix rationnel, l'idée que la rationalité pratique consiste à proportionner l'enquête aux enjeux. Ses disciples se divisèrent sur le sens exact de cette concession : Clitomaque soutenait que le sage suit le probable sans jamais rien tenir pour vrai ; Métrodore et Philon de Larisse, qu'il peut former des opinions en sachant qu'elles restent faillibles. La seconde lecture fait de Carnéade l'ancêtre du probabilisme et, de loin, du faillibilisme contemporain : nous pouvons être rationnels sans être certains. == Énésidème et les dix tropes == Au I{{er}}&nbsp;siècle av. J.-C., l'Académie s'essouffle : Philon de Larisse en atténue le doute, Antiochus d'Ascalon la ramène au dogmatisme. C'est alors qu'Énésidème de Cnossos, jugeant que les Académiciens étaient devenus « des stoïciens en lutte contre des stoïciens », quitte l'école et restaure le pyrrhonisme. Son ouvrage principal, les ''Discours pyrrhoniens'', est perdu ; nous en possédons le résumé qu'en fit, au IX{{e}}&nbsp;siècle, le patriarche Photius<ref>Photius, ''Bibliothèque'', codex 212, texte établi et traduit par René Henry, t. III, Paris, Les Belles Lettres, 1962.</ref>. Quant aux dix « tropes » (τρόποι), c'est-à-dire aux dix modes ou figures d'argument qui conduisent à la suspension du jugement, Sextus Empiricus les expose avec une grande abondance d'exemples, et Diogène Laërce en donne un résumé qui paraît suivre de près le texte original. Énésidème n'a pas inventé tous ces arguments, dont plusieurs circulaient depuis longtemps ; son apport fut de les classer en un répertoire méthodique, une sorte de table des catégories du doute<ref>Sur l'attribution des dix tropes à Énésidème, voir Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', livre III, et R. J. Hankinson, « Aenesidemus and the rebirth of Pyrrhonism », dans Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010.</ref>. Le principe est constant : le même objet produit des représentations différentes selon le point de vue, et rien ne permet de privilégier l'une d'elles. Varient ainsi : 1) les animaux, dont les organes diffèrent (l'huile d'olive nourrit l'homme et tue les abeilles ; de quel droit déclarer nos perceptions plus conformes aux choses que les leurs ?) ; 2) les hommes entre eux, par le tempérament et la constitution ; 3) les sens d'un même homme, qui se contredisent (la pomme est jaune à l'œil, douce au palais, lisse au toucher : laquelle de ces qualités est la pomme ?) ; 4) les circonstances et les états du sujet (veille ou sommeil, jeunesse ou vieillesse, santé ou maladie, joie ou chagrin) ; 5) les positions, distances et lieux (la tour ronde de loin, carrée de près ; le soleil, petit disque à l'horizon) ; 6) les mélanges, car rien ne nous parvient à l'état pur, mais toujours combiné avec l'air, la lumière, les humeurs de nos organes ; 7) les quantités et compositions (le vin modéré fortifie, le vin excessif abat ; le sable rugueux en grains, doux en tas) ; 8) la relation, trope le plus général : tout apparaît relativement à autre chose, jamais en soi ; 9) la fréquence et la rareté (le soleil quotidien nous laisse indifférents, la comète nous épouvante) ; 10) les coutumes, lois et croyances, dont la diversité interdit de fonder en nature les valeurs (ce que l'un vénère, l'autre l'interdit). La conclusion de chaque trope obéit à la même formule : nous pouvons dire comment la chose nous apparaît, non ce qu'elle est selon sa nature. Énésidème ajouta huit tropes contre les explications causales, qui visent les physiciens dogmatiques : entre plusieurs explications possibles d'un même phénomène, ils choisissent l'une sans pouvoir exclure les autres, expliquent l'obscur par le plus obscur encore, et bâtissent sur des hypothèses invérifiables. La médecine fournissait l'exemple parfait : devant la même fièvre, observée dans les mêmes conditions, Hérophile, Érasistrate et Asclépiade lisaient trois causes différentes. == Agrippa : le trilemme de la justification == Vers le I{{er}}&nbsp;siècle de notre ère, un sceptique dont nous ne savons presque rien, Agrippa, condense l'arsenal en cinq modes dont la portée excède tout ce qui précède, et que Sextus présente comme l'œuvre des « sceptiques plus récents ». Là où les dix tropes visaient surtout la connaissance sensible, les cinq modes attaquent toute prétention à justifier quoi que ce soit. Ce sont : le désaccord (sur toute question règne un conflit d'opinions indécidable) ; la régression à l'infini (toute preuve repose sur une autre preuve, qui en exige une autre, sans fin) ; la relativité (tout apparaît relativement au sujet et aux circonstances) ; l'hypothèse (pour arrêter la régression, le dogmatique pose un principe sans le prouver, mais une assertion gratuite peut être contrée par l'assertion gratuite opposée) ; le diallèle ou cercle (la preuve s'appuie sur ce qu'elle devait prouver). Trois de ces modes forment un système que la tradition appelle le trilemme d'Agrippa, et qui est peut-être le schème argumentatif le plus durable que l'Antiquité ait légué à la théorie de la connaissance. Demandons à quelqu'un de justifier une affirmation quelconque. Ou bien il invoque une autre affirmation, qu'il faudra justifier à son tour : régression à l'infini. Ou bien il s'arrête à un principe posé sans preuve : hypothèse arbitraire. Ou bien il revient, par un détour, à l'affirmation initiale : cercle. Dans les trois cas, la justification échoue. Jonathan Barnes a montré que ce filet, dans lequel les sceptiques voulaient prendre tout dogmatique, reprend en le retournant un argument d'Aristote : les ''Seconds Analytiques'' rejetaient déjà la régression infinie et la preuve circulaire, mais pour en conclure qu'il existe des principes connus sans démonstration ; Agrippa garde les prémisses et refuse l'échappatoire<ref>Jonathan Barnes, ''The Toils of Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990, chap. 5.</ref>. Le débat n'est pas clos : l'épistémologie contemporaine, quand elle oppose fondationnalisme, cohérentisme et infinitisme, distribue encore les réponses possibles au trilemme. == Sextus Empiricus : la suspension et la tranquillité == La seule œuvre sceptique antique conservée de manière substantielle est celle de Sextus Empiricus, médecin et philosophe de la fin du II{{e}}&nbsp;siècle de notre ère ; tout le reste, de Pyrrhon à Énésidème, ne subsiste qu'à l'état de fragments et de témoignages, et le scepticisme académicien n'est guère connu que de seconde main, par Cicéron surtout. Ses ''Esquisses pyrrhoniennes'' et son ''Contre les professeurs'' constituent une somme : exposé de la méthode, réfutation des logiciens, des physiciens et des moralistes, le tout d'une patience d'inventaire qui examine chaque thèse dogmatique pour lui opposer son contraire. Sextus définit le scepticisme comme la capacité de mettre en opposition, de quelque manière que ce soit, les choses qui apparaissent et celles qui sont pensées, de façon que, par l'égale force des choses et des raisons opposées, nous arrivions d'abord à la suspension du jugement, puis à la tranquillité<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 8, trad. Pierre Pellegrin, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 1997.</ref>. La suspension porte, précise-t-il, sur les choses « non évidentes » (''adêla''), ces natures cachées que les doctrines prétendent atteindre derrière les phénomènes. Les apparences elles-mêmes ne sont pas en cause : que le miel paraisse doux, nul n'en disconvient ; qu'il soit doux par nature, voilà ce qui est en question. La séquence mérite d'être détaillée, car elle décrit un itinéraire vécu. Le futur sceptique commence comme tout le monde : il cherche la vérité, espérant que sa découverte le rendra tranquille. Mais sur chaque question il rencontre le conflit des apparences et des doctrines ; il cherche un critère pour trancher, et tout critère proposé succombe aux modes ; les thèses opposées se révèlent d'égale force ; il suspend son jugement. Et alors se produit ce que Sextus présente comme une heureuse rencontre : l'ataraxie survient d'elle-même, « comme l'ombre suit le corps ». Il l'illustre par l'anecdote du peintre Apelle<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 28-29, éd. citée.</ref> : ne parvenant pas à peindre l'écume d'un cheval, Apelle, de dépit, jeta son éponge contre le tableau, et l'éponge produisit l'écume qu'il cherchait. Ainsi la tranquillité vient à celui qui a renoncé à l'atteindre par la possession du vrai. Le sceptique de Sextus n'est pourtant pas réduit à l'inertie. Il suit un critère pratique à quatre branches<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 23-24, éd. citée.</ref> : la conduite de la nature (sentir et penser, comme tout homme) ; la contrainte des affections (la faim mène à la nourriture, la soif à la boisson, sans qu'aucune croyance soit requise) ; la tradition des lois et des coutumes (il tient, sans dogmatiser, la piété pour un bien et l'impiété pour un mal, et vit selon les usages de sa cité) ; l'apprentissage des arts (il exerce son métier, en l'occurrence la médecine). Le sceptique vit donc comme tout le monde, à une réserve près : il s'en tient aux apparences sans rien affirmer de la nature cachée des choses. « Que le feu brûle, nous le percevons ; qu'il ait par nature la vertu de brûler, nous suspendons notre jugement »<ref>Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IX, 104, éd. citée ; nous traduisons.</ref>. Même son propre discours, le sceptique le tient pour provisoire : ses formules (« pas plus », « je suspends mon jugement ») s'appliquent à elles-mêmes et s'annulent en s'énonçant, comme les purgatifs qui s'évacuent avec les humeurs qu'ils chassent<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 206, éd. citée.</ref>. == Peut-on vivre son scepticisme ? == L'objection la plus ancienne et la plus tenace adressée au scepticisme porte un nom grec, ''apraxia'' : l'inaction. Si le sceptique ne croit rien, il ne peut ni choisir, ni préférer, ni agir ; il devrait se laisser tomber dans les précipices et rester au lit faute de savoir s'il fait jour. Hume lui donnera sa forme moderne : le pyrrhonien peut bien triompher dans l'école, sa philosophie s'évanouit dès qu'il en sort, et la nature, plus forte que tous les arguments, le ramène à croire, à manger, à converser comme les autres hommes<ref>David Hume, ''Enquête sur l'entendement humain'', section XII, trad. André Leroy revue par Michelle Beyssade, Paris, Garnier-Flammarion, 1983 ; voir aussi le ''Traité de la nature humaine'', livre I, partie IV, section 7.</ref>. La réponse sceptique tient dans la distinction de la croyance et de l'apparence : on peut suivre les apparences sans leur donner son assentiment, comme on suit un sentier sans certifier qu'il mène au but. Mais cette réponse est-elle cohérente ? Le débat divise encore les interprètes, et il s'est cristallisé dans une controverse fameuse entre Myles Burnyeat et Michael Frede<ref>Myles Burnyeat et Michael Frede (dir.), ''The Original Sceptics. A Controversy'', Indianapolis, Hackett, 1997.</ref>. Pour Burnyeat, le sceptique de Sextus vise bien toutes les croyances : suivre l'apparence sans croire est son programme, et ce programme, à le prendre au sérieux, est invivable, car dire « le miel me paraît doux mais je ne crois pas qu'il le soit » frôle l'incohérence. Pour Frede au contraire, Sextus ne rejette que les croyances dogmatiques, celles qui prétendent atteindre la nature cachée des choses par la théorie ; les croyances ordinaires de la vie quotidienne restent intactes, et le sceptique vit fort bien. La tradition anglophone a baptisé ces deux lectures scepticisme « rustique » (qui arrache tout) et scepticisme « urbain » (qui n'élague que les prétentions des savants). Le texte de Sextus, il est vrai, fournit des appuis aux deux lectures : il attaque parfois toute croyance, et se présente parfois comme le défenseur de la vie commune contre les extravagances des philosophes. == Renaissances modernes : Montaigne, Descartes, Hume == Le texte de Sextus sort presque entièrement de la circulation pendant le Moyen Âge latin, qui connaît le scepticisme surtout par Cicéron et par la réfutation qu'en donne saint Augustin dans le ''Contra Academicos''. Cette éclipse n'est pourtant pas un silence : Jean de Salisbury, au XII{{e}}&nbsp;siècle, se réclame de la modération académicienne, et les débats du XIV{{e}}&nbsp;siècle sur la certitude, l'expérience et la démonstration, chez Nicolas d'Autrécourt ou Jean Buridan, prolongent plusieurs motifs sceptiques sans recourir aux textes anciens. La renaissance proprement dite date du XVI{{e}}&nbsp;siècle : Henri Estienne publie en 1562 une traduction latine des ''Esquisses pyrrhoniennes'', Gentien Hervet traduit le ''Contre les professeurs'' en 1569. Paradoxe de l'histoire : ces traductions servaient un dessein apologétique. Contre la prétention des réformés à juger l'Écriture par la raison individuelle, le doute pyrrhonien semblait un allié de la foi, puisqu'en ruinant la raison il laissait la croyance s'appuyer sur la seule autorité. Richard Popkin a décrit cette « crise pyrrhonienne » qui traverse la pensée européenne du XVI{{e}} au XVIII{{e}}&nbsp;siècle<ref>Richard H. Popkin, ''Histoire du scepticisme d'Érasme à Spinoza'', trad. Christine Hivet, Paris, Presses Universitaires de France, 1995.</ref>. Montaigne donne au scepticisme renaissant son chef-d'œuvre. L'« Apologie de Raymond Sebond », le plus long chapitre des ''Essais'', déroule l'ensemble de l'arsenal sceptique : diversité des coutumes, conflits des philosophes, faiblesse des sens, intelligence des bêtes qui rabat l'orgueil humain. Sa devise condense l'attitude en une question, « Que sais-je ? », qu'il dit porter « à la devise d'une balance » ; il fit frapper vers 1576 un jeton orné de ce fléau en équilibre, accompagné du mot grec ''epechô'', je suspends mon jugement<ref>Michel de Montaigne, ''Essais'', II, 12, « Apologie de Raymond Sebond », éd. Pierre Villey, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2004.</ref>. La forme interrogative est calculée : dire « je ne sais rien » serait encore affirmer, et l'affirmation se réfuterait elle-même ; demander « que sais-je ? » laisse la recherche ouverte. Chez Montaigne, le doute redevient ce qu'il était chez les Grecs : un art de vivre, fait de tolérance envers la diversité humaine, de défiance envers les fanatismes, et d'attention à soi. Descartes opère un retournement. Il reprend les arguments sceptiques, et les pousse même plus loin que les anciens : aux illusions des sens et à l'argument du rêve, il ajoute la fiction d'un malin génie tout-puissant qui m'abuserait en toutes choses, jusque dans les évidences mathématiques. Les historiens du scepticisme ont relevé ici une nouveauté qui passe facilement inaperçue : les sceptiques anciens ne formulent pas, sous la forme que Descartes lui donnera, le problème de l'existence du monde extérieur ; leurs arguments portent sur notre accès à la nature des choses, non sur la réalité de ce qui nous entoure. La question cartésienne suppose une séparation entre l'intériorité de la conscience et la réalité extérieure que la pensée grecque n'avait pas construite en ces termes. Mais ce doute n'est plus une fin : il est un instrument. Doute méthodique et non sceptique, provisoire et non définitif, il sert à éprouver toutes les opinions pour découvrir ce qui lui résiste. Et quelque chose lui résiste : pour être trompé, encore faut-il que je sois. Le ''cogito'' naît du doute poussé à son comble, et le sceptique se trouve battu avec ses propres armes, ou du moins Descartes le croit : car il reste à remonter du moi au monde, et les sceptiques de profession, Gassendi en tête, objecteront que la sortie du cogito emprunte des ponts (la véracité divine notamment) qui n'échappent pas au cercle. Entre Descartes et Hume, deux relais méritent mention. Pascal d'abord, qui fait du « pyrrhonisme » l'une des deux voix d'un dialogue sans vainqueur : la raison humilie le dogmatique, qui ne peut prouver ses premiers principes ; la nature humilie le pyrrhonien, qui ne peut s'empêcher de croire. « Nous avons une impuissance de prouver, invincible à tout le dogmatisme. Nous avons une idée de la vérité, invincible à tout le pyrrhonisme »<ref>Blaise Pascal, ''Pensées'', fragment 406 de l'édition Lafuma (395 de l'édition Brunschvicg), dans ''Œuvres complètes'', éd. Louis Lafuma, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L'Intégrale », 1963.</ref>. De cette double impuissance, Pascal conclut que l'homme passe l'homme, et que la foi seule dénoue ce que la raison a noué : le scepticisme se trouve mis au service de la religion, usage que les traducteurs de Sextus avaient préparé un siècle plus tôt. Bayle ensuite, dont le ''Dictionnaire historique et critique'' (1697) fit circuler dans toute l'Europe, à l'article « Pyrrhon », les arguments sceptiques aiguisés par les querelles théologiques : c'est dans Bayle, autant que dans les anciens, que Hume apprendra son scepticisme. Hume représente le sommet du scepticisme moderne, et son tournant. Son analyse de la causalité reprend, sans le savoir peut-être, le geste d'Énésidème : nous n'observons jamais de connexion nécessaire entre la cause et l'effet, seulement des conjonctions répétées ; notre certitude que le soleil se lèvera demain ne repose sur aucun raisonnement, mais sur l'habitude. La raison se révèle incapable de fonder nos croyances les plus élémentaires. Mais Hume tire de là une leçon nouvelle : puisque le doute intégral est invivable et que la nature nous force à croire, le scepticisme excessif (il dit : pyrrhonien) doit céder la place à un scepticisme mitigé, qui borne nos enquêtes aux sujets proportionnés à nos facultés et tempère l'affirmation par la modestie. Le sceptique devient l'auxiliaire de la science : non plus celui qui suspend tout jugement, mais celui qui mesure chaque assentiment à la force des preuves. Kant dira que Hume l'a réveillé de son « sommeil dogmatique »<ref>Emmanuel Kant, ''Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science'', préface, trad. Louis Guillermit, Paris, Vrin, 1986.</ref>, et jugera scandaleux pour la philosophie qu'on n'ait pas encore de preuve de l'existence du monde extérieur<ref>Emmanuel Kant, ''Critique de la raison pure'', préface de la seconde édition, B XXXIX, note.</ref> : la ''Critique de la raison pure'' peut se lire comme une longue réponse au défi sceptique, qui en accepte une part (nous ne connaissons pas les choses en soi) pour mieux sauver l'autre (la science des phénomènes est fondée). == Le scepticisme aujourd'hui == L'épistémologie contemporaine a hérité du scepticisme moins comme d'une position que comme d'un problème. Presque personne ne se déclare sceptique ; presque tout le monde travaille à lui répondre. Le malin génie de Descartes y reparaît sous une forme nouvelle : l'expérience de pensée du cerveau dans une cuve, mise en forme par Hilary Putnam, imagine un cerveau maintenu en vie dans un laboratoire et stimulé par un ordinateur de manière à vivre une existence ordinaire en tout point semblable à la nôtre. Comment savez-vous que vous n'êtes pas ce cerveau ? Toutes vos expériences seraient exactement les mêmes. Et si vous ne pouvez l'exclure, savez-vous seulement que vous avez deux mains ? Putnam avait pourtant conçu le scénario pour le réfuter, en soutenant qu'un cerveau qui n'aurait jamais fréquenté que des images ne pourrait pas même penser « je suis un cerveau dans une cuve », faute d'avoir jamais été en rapport avec de vraies cuves ; mais c'est le scénario, plus que la réfutation, qui est passé à la postérité<ref>Hilary Putnam, ''Raison, vérité et histoire'', trad. Abel Gerschenfeld, Paris, Éditions de Minuit, 1984, chap. 1.</ref>. Le cinéma a popularisé le scénario, de ''Matrix'' au ''Truman Show'', preuve que l'inquiétude sceptique n'est pas une affaire d'école. Les réponses contemporaines dessinent un éventail. George Edward Moore opposait au sceptique le bon sens : levant la main, il déclarait « voici une main », jugeant cette certitude plus solide que toutes les prémisses des arguments sceptiques<ref>George Edward Moore, « Proof of an External World » (1939), repris dans ''Philosophical Papers'', Londres, Allen & Unwin, 1959.</ref> ; Wittgenstein, méditant ce geste dans ''De la certitude'', suggéra que nos certitudes de base ne sont pas des savoirs justifiés mais les gonds sur lesquels tournent nos questions, ce qui doit rester fixe pour que douter ait un sens<ref>Ludwig Wittgenstein, ''De la certitude'', trad. Jacques Fauve, Paris, Gallimard, 1976, § 341-343.</ref>. Une autre famille de réponses, ouverte par Fred Dretske et Robert Nozick, examine un rouage logique de l'argument : le principe dit de clôture, selon lequel, si je sais une chose et si je sais qu'elle en implique une autre, je sais aussi cette dernière. Le sceptique l'utilise en sens inverse : je ne sais pas que je ne suis pas un cerveau dans une cuve ; or, avoir deux mains implique de ne pas être un tel cerveau ; donc je ne sais pas que j'ai deux mains. Dretske et Nozick refusent le principe : savoir, expliquent-ils, c'est avoir une croyance qui suit la vérité dans les situations proches de la nôtre, et ma croyance d'avoir deux mains remplit cette condition même si je ne peux exclure le scénario lointain de la cuve. Je peux donc savoir que j'ai deux mains sans savoir que je ne suis pas un cerveau dans une cuve : conclusion étrange, dont le coût a paru excessif à beaucoup, mais qui localise avec précision le point sensible de l'argument<ref>Fred Dretske, « Epistemic Operators », ''The Journal of Philosophy'', vol. 67, 1970, p. 1007-1023 ; Robert Nozick, ''Philosophical Explanations'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1981, chap. 3.</ref>. Les contextualistes, Stewart Cohen et Keith DeRose notamment, observent pour leur part que le mot « savoir » change d'exigence selon les contextes : dans la vie courante, je sais où est ma voiture ; dans le séminaire d'épistémologie, où l'hypothèse de la cuve est sur la table, le niveau d'exigence s'élève et je ne le sais plus ; le sceptique ne gagnerait que dans des contextes artificiellement exigeants<ref>Keith DeRose, ''The Case for Contextualism'', Oxford, Oxford University Press, 2009.</ref>. Les externalistes soutiennent que savoir n'exige pas de pouvoir réfuter le sceptique : il suffit que nos croyances soient produites par des mécanismes fiables, que nous puissions ou non le prouver ; Ernest Sosa a donné à cette orientation sa forme la plus élaborée en rapportant la connaissance aux vertus intellectuelles de celui qui juge, comme on rapporte la réussite d'un tir à l'adresse de l'archer. Barry Stroud a cependant objecté que la plupart de ces répliques manquent leur cible : elles montrent comment nos croyances peuvent satisfaire telle ou telle définition du savoir, sans dissiper l'impression que, considérées du dehors, toutes nos connaissances reposent sur un crédit que rien ne garantit<ref>Barry Stroud, ''The Significance of Philosophical Scepticism'', Oxford, Oxford University Press, 1984.</ref>. Duncan Pritchard, prolongeant Wittgenstein, propose d'admettre que nos certitudes charnières ne relèvent pas du savoir justifié, et de borner en conséquence la portée de la prétention sceptique<ref>Duncan Pritchard, ''Epistemic Angst. Radical Skepticism and the Groundlessness of Our Believing'', Princeton, Princeton University Press, 2015.</ref>. Aucune de ces réponses ne fait l'unanimité, et le trilemme d'Agrippa conserve sa force première contre quiconque prétend justifier les justifications elles-mêmes. Il faut enfin distinguer le scepticisme philosophique d'un usage voisin du mot. Ce qu'on appelle aujourd'hui « scepticisme scientifique », cette vigilance organisée contre les pseudo-sciences, le paranormal et les remèdes miracles, n'est pas le scepticisme des philosophes : loin de suspendre le jugement, il juge, tranche et réfute, au nom des sciences établies. Il prolonge, dans un tout autre cadre, le scepticisme mitigé de Hume, dont il reprend la maxime : proportionner la croyance aux preuves. Le pyrrhonien lui demanderait ce qui fonde sa confiance dans les sciences établies, et le trilemme d'Agrippa retrouverait son application. La parenté des deux scepticismes est donc réelle, mais lointaine : l'un est un art de suspendre le jugement, l'autre un art de le proportionner, et l'on peut pratiquer le second sans avoir jamais éprouvé le premier. Reste à dire ce que le scepticisme nous apprend, même à ceux qui ne le suivent pas. Il est d'abord un exercice d'hygiène intellectuelle : nul ne mesure la force d'une thèse s'il n'a pas éprouvé la force de la thèse contraire, et la pratique carnéadienne du discours en sens opposés reste la meilleure école de l'esprit critique. Il est ensuite un aiguillon : presque toutes les grandes théories de la connaissance, d'Aristote à Kant et au-delà, se sont construites pour lui répondre, et c'est en cherchant à colmater les brèches qu'il ouvre que l'épistémologie a précisé ses notions de preuve, de justification et de certitude. Il est enfin, dans sa version antique, une proposition de sagesse qui garde de quoi nous étonner : l'idée que nos tourments viennent moins des choses que des jugements que nous portons sur elles, et qu'un certain art de suspendre le verdict, sur les opinions, sur les valeurs, sur autrui, est une pièce de la vie heureuse. Le sceptique grec ne demande pas de renoncer à chercher : ''skepsis'' veut dire recherche. Sextus ouvre d'ailleurs les ''Esquisses'' sur une tripartition qui résume tout : ceux qui croient avoir trouvé la vérité sont les dogmatiques ; ceux qui la déclarent insaisissable, les académiciens ; ceux qui cherchent encore, les sceptiques<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 1-3, éd. citée.</ref>. Le dogmatique est celui qui a cessé de chercher, puisqu'il croit avoir trouvé ; le sceptique, celui qui examine encore. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Sources antiques === * Cicéron, ''Les Académiques'', traduction de José Kany-Turpin, Paris, Garnier-Flammarion, 2010. * Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', livre IX, traduction sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999. * Eusèbe de Césarée, ''La Préparation évangélique'', livres XIV-XV (témoignage d'Aristoclès sur Pyrrhon), traduction d'Édouard des Places, Paris, Éditions du Cerf, 1987. * Photius, ''Bibliothèque'', codex 212 (résumé des ''Discours pyrrhoniens'' d'Énésidème), texte établi et traduit par René Henry, t. III, Paris, Les Belles Lettres, 1962. * Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', traduction de Pierre Pellegrin, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 1997. * Sextus Empiricus, ''Contre les professeurs'', traduction sous la direction de Pierre Pellegrin, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 2002. === Textes classiques === * Michel de Montaigne, « Apologie de Raymond Sebond », ''Essais'', II, 12, édition de Pierre Villey, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2004. * Blaise Pascal, ''Pensées'', dans ''Œuvres complètes'', édition de Louis Lafuma, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L'Intégrale », 1963. * David Hume, ''Enquête sur l'entendement humain'', traduction d'André Leroy revue par Michelle Beyssade, Paris, Garnier-Flammarion, 1983. === Études === * Julia Annas et Jonathan Barnes, ''The Modes of Scepticism. Ancient Texts and Modern Interpretations'', Cambridge, Cambridge University Press, 1985. * Alan Bailey, ''Sextus Empiricus and Pyrrhonean Scepticism'', Oxford, Oxford University Press, 2002. * Jonathan Barnes, ''The Toils of Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000. * Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010. * Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'' (1887), rééd. Paris, Le Livre de Poche, 2002. * Myles Burnyeat et Michael Frede (dir.), ''The Original Sceptics. 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Radical Skepticism and the Groundlessness of Our Believing'', Princeton, Princeton University Press, 2015. * Gisela Striker, ''Essays on Hellenistic Epistemology and Ethics'', Cambridge, Cambridge University Press, 1996. * Barry Stroud, ''The Significance of Philosophical Scepticism'', Oxford, Oxford University Press, 1984. {{AutoCat}} nekxwvkgpu2swmqwiwsnksmp7yqn8gt 767501 767500 2026-06-06T05:34:24Z PandaMystique 119061 /* L'Académie sceptique : Arcésilas et Carnéade */ 767501 wikitext text/x-wiki {{DicoPhilo|Scepticisme}} Le scepticisme désigne, au sens philosophique, l'attitude de l'esprit qui, faute d'un critère assuré permettant de trancher entre des thèses opposées, suspend son jugement. Le mot vient du grec ''skepsis'' (σκέψις), qui signifie examen, recherche : le sceptique n'est pas, à l'origine, celui qui nie, mais celui qui cherche encore. Cette nuance est capitale. Dans l'usage courant, « sceptique » qualifie celui qui refuse de croire ; dans la tradition philosophique, il qualifie celui qui refuse de conclure. Entre les deux, toute la différence d'une doctrine négative et d'une méthode d'enquête. Né en Grèce au IV{{e}}&nbsp;siècle av. J.-C. avec Pyrrhon d'Élis, développé par l'Académie d'Arcésilas et de Carnéade, systématisé par Énésidème et Agrippa, recueilli enfin par Sextus Empiricus dont les œuvres nous le transmettent, le scepticisme antique se présente comme un art de vivre autant que comme une critique de la connaissance. Redécouvert à la Renaissance, il alimente la pensée de Montaigne, provoque le doute méthodique de Descartes, nourrit l'empirisme de Hume et oblige Kant à repenser les fondements du savoir. Aujourd'hui encore, les expériences de pensée qui peuplent l'épistémologie contemporaine, du malin génie au cerveau dans une cuve, prolongent les questions que les Grecs avaient posées. Peu de courants philosophiques auront eu une si longue postérité pour une doctrine qui, à strictement parler, refuse d'en être une. == Le doute comme expérience première == Commençons par une expérience banale. Une tour, vue de loin, paraît ronde ; de près, elle se révèle carrée. Une rame plongée dans l'eau semble brisée ; retirée, elle est droite. Le même vin paraît doux au palais sain, amer au malade. Qui a raison ? Nous répondons spontanément : celui qui voit de près, celui qui regarde la rame hors de l'eau, celui dont les organes fonctionnent normalement. Mais cette réponse suppose un critère qui permette de départager les apparences, et c'est précisément ce critère que le sceptique nous demande de produire. De quel droit décrétons-nous que la perception de l'homme sain est plus fidèle que celle du malade, sinon parce qu'elle est la nôtre, ou celle du plus grand nombre ? La majorité fait-elle la vérité ? L'expérience du désaccord prolonge celle de l'illusion. Sur la nature du monde, sur les dieux, sur le bien et le mal, les philosophes se contredisent depuis toujours : les uns affirment que tout est matière, les autres que tout est esprit ; les uns placent le bonheur dans le plaisir, les autres dans la vertu. Chaque école produit des arguments, et les arguments s'équilibrent. Les coutumes des peuples ne s'accordent pas davantage : ce qui est pieux ici est sacrilège ailleurs, ce qui est honteux chez les uns est honorable chez les autres. Devant cette ''isosthénie'' (ἰσοσθένεια), terme technique qui désigne l'égale force des raisons opposées, que faire ? Trancher arbitrairement serait déraisonnable. Reste à suspendre le jugement : les Grecs nomment ''épochè'' (ἐποχή) cette suspension, cet arrêt, cette mise entre parenthèses de l'assentiment. Le scepticisme antique ajoute à ce diagnostic une promesse qui nous surprend : la suspension du jugement procure la tranquillité de l'âme, cette ''ataraxie'' (ἀταραξία) qui signifie littéralement l'absence de trouble. Celui qui croit savoir que la richesse est un bien se tourmente pour l'acquérir et tremble de la perdre ; celui qui suspend son jugement sur la valeur des choses cesse de se tourmenter. Le doute, loin d'être une inquiétude, devient un remède à l'inquiétude. Cette alliance du doute et de la sérénité, si étrangère à notre image moderne du sceptique tourmenté, constitue le cœur du scepticisme grec. == Pyrrhon : vivre dans l'apparence == Pyrrhon d'Élis (v. 360-v. 270 av. J.-C.) n'a rien écrit. Nous le connaissons par son disciple Timon de Phlionte, par les anecdotes de Diogène Laërce et par un témoignage majeur d'Aristoclès, conservé chez Eusèbe<ref>Aristoclès de Messène, cité par Eusèbe de Césarée, ''La Préparation évangélique'', XIV, 18, 1-5, trad. Édouard des Places, Paris, Éditions du Cerf, 1987.</ref>. Peintre dans sa jeunesse, il accompagna Alexandre jusqu'en Inde, où il aurait rencontré des « gymnosophistes », sages nus dont l'impassibilité l'aurait marqué. De retour à Élis, il y mena une vie simple et respectée, au point que ses concitoyens, dit-on, exemptèrent d'impôts les philosophes en son honneur<ref>Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IX, 61-64, trad. sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999.</ref>. Selon le résumé d'Aristoclès, Pyrrhon enseignait que les choses sont indifférenciées, sans stabilité et indécidables, de sorte que ni nos sensations ni nos opinions ne disent le vrai ou le faux. Il faut donc dire de chaque chose qu'elle n'est pas plus qu'elle n'est pas, ou qu'elle est et n'est pas, ou qu'elle n'est ni n'est pas. Cette formule du ''ou mallon'' (οὐ μᾶλλον), « pas plus ceci que cela », est la clé du pyrrhonisme : le miel n'est pas plus doux qu'il n'est pas doux ; le feu n'est pas plus brûlant par nature qu'il ne l'est pas. Autrement dit, nous ne pouvons pas dire ce que sont le miel ou le feu en eux-mêmes, mais seulement comment ils nous apparaissent. Marcel Conche a montré la portée de cette formule : si rien n'est plus ceci que cela, la notion même d'être se dissout, et avec elle l'opposition de l'être et de l'apparence<ref>Marcel Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', Paris, Presses Universitaires de France, 1994.</ref>. Il ne reste que des apparences, qui ne sont plus apparences de quelque chose ni pour quelqu'un : un pur glissement de phénomènes que rien ne fonde et que rien ne contredit. Arrêtons-nous sur la portée de cette lecture. Pour le sens commun, une apparence est toujours apparence de quelque chose : la tour paraît ronde, mais elle est carrée, et l'apparence se mesure à un être qui la corrige. Pyrrhon, tel que le lit Conche, supprime le terme de comparaison : il n'y a pas de tour en soi derrière la tour vue, pas de fond derrière la surface, et l'apparence cesse d'être trompeuse faute d'une vérité qu'elle pourrait trahir. Cette lecture, qui fait de Pyrrhon un métaphysicien de l'apparence plutôt qu'un sceptique au sens strict, ne fait pas l'unanimité des historiens. Richard Bett soutient lui aussi que le témoignage d'Aristoclès énonce une thèse sur les choses mêmes (elles sont réellement indéterminées), mais il y voit un dogmatisme négatif que les pyrrhoniens postérieurs auront à corriger pour devenir de purs sceptiques<ref>Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000.</ref>. D'autres interprètes comprennent au contraire la phrase comme un constat sur nos facultés : non pas « les choses sont indéterminées », mais « nous ne pouvons pas les déterminer ». Brochard, enfin, tenait le fond du pyrrhonisme pour moral : les arguments n'y seraient que l'instrument d'une délivrance, et c'est la figure du sage, plus que la théorie, qui a fait école. Le débat reste ouvert, et il importe au lecteur de savoir qu'il l'est : sur un philosophe qui n'écrivit rien, toute interprétation reconstruit. De cette dissolution suivent trois fruits, que la tradition résume en trois mots. ''Aphasie'' (ἀφασία), d'abord : non pas le mutisme, mais le renoncement à dire l'être, à prononcer des phrases qui prétendent énoncer ce que les choses sont en elles-mêmes. ''Ataraxie'', ensuite : les apparences n'étant plus converties en thèses rivales sur l'être des choses, rien ne nous trouble plus dès lors que nous cessons de les durcir en êtres. ''Apathie'' (ἀπάθεια) enfin, ou impassibilité : c'est nous qui créons nos tourments en affirmant que telle chose est bonne, telle autre mauvaise, telle autre à craindre. Timon résume la conduite du sage en une phrase restée célèbre : « Que le miel soit doux, je ne l'affirme pas ; qu'il le paraisse, j'en conviens »<ref>Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IX, 105, éd. citée ; nous traduisons.</ref>. Les anecdotes que rapporte Diogène Laërce mettent en scène cette sagesse avec un humour qui fait partie de la leçon. Sur un navire pris dans la tempête, tandis que les passagers s'affolent, Pyrrhon montre un petit cochon qui continue tranquillement de manger : voilà, dit-il, l'ataraxie que le sage doit conquérir par la raison, et que l'animal possède sans effort, faute d'avoir un rapport à l'être. Anaxarque, son maître, étant tombé dans une mare, Pyrrhon passe son chemin sans lui porter secours ; on l'en blâme, mais Anaxarque lui-même le félicite de son indifférence. Faut-il prendre ces récits à la lettre, comme ceux qui montrent Pyrrhon manquant de tomber dans les précipices faute de se fier à ses sens, ses amis le retenant à chaque pas ? Les historiens en doutent : la légende force le trait pour rendre visible une attitude. Reste que le pyrrhonisme originel est moins une théorie de la connaissance qu'une éthique : un exercice de détachement à l'égard de tout ce que nous tenons pour réel et important. == L'Académie sceptique : Arcésilas et Carnéade == :<small>''Voir aussi :'' [[Dictionnaire de philosophie/Carnéade|Carnéade]]</small> Le scepticisme connaît un second foyer, inattendu : l'Académie, l'école même de Platon. Vers 268 av. J.-C., Arcésilas de Pitane (v. 316-v. 241 av. J.-C.) en prend la direction et lui imprime un tournant qui durera deux siècles. Comment l'héritier de Platon en est-il venu à professer le doute ? Arcésilas se réclamait de Socrate, ce questionneur qui réfutait toutes les thèses sans en soutenir aucune, et qui avouait ne rien savoir. La méthode des dialogues aporétiques, où chaque définition proposée s'effondre sous l'examen, pouvait passer pour la vraie leçon du platonisme. Certains anciens soupçonnèrent Arcésilas de dissimuler un dogmatisme secret, réservé aux initiés ; Victor Brochard, dans son étude classique, a montré le peu de crédit que méritent ces conjectures<ref>Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', Paris, Imprimerie nationale, 1887 ; rééd. Paris, Le Livre de Poche, 2002.</ref>. Notre principale source sur cette période est Cicéron, qui suivit à Rome l'enseignement de Philon de Larisse et exposa les thèses de l'école dans ses ''Académiques'' : sans lui, l'Académie sceptique nous serait à peu près inconnue. L'adversaire d'Arcésilas est le stoïcisme naissant. Zénon et ses disciples fondent toute connaissance sur la « représentation compréhensive » (''phantasia katalêptikê'') : une impression si claire, si distincte, si fidèlement imprimée par son objet qu'elle ne pourrait provenir d'un objet qui ne serait pas tel qu'elle le représente. À cette impression privilégiée, le sage donne son assentiment ; aux autres, il le refuse. Arcésilas attaque le point faible du dispositif : il n'existe aucune représentation vraie dont on ne puisse trouver une copie fausse rigoureusement indiscernable. Le rêve imite la veille, la folie imite la raison, les jumeaux se confondent. Si aucune marque interne ne distingue l'impression fidèle de l'impression trompeuse, le critère stoïcien s'effondre, et le sage, pour ne jamais opiner à faux, devra suspendre son assentiment sur tout. Mais alors, comment vivre ? L'objection se présente aussitôt, et elle accompagnera le scepticisme pendant toute son histoire : qui ne croit rien ne peut rien faire, car toute action suppose qu'on tienne quelque chose pour vrai. Arcésilas répond en proposant un critère pratique : le « raisonnable » (''eulogon''), c'est-à-dire ce que l'on peut justifier par de bonnes raisons cohérentes entre elles. Le sage agira selon le raisonnable, sans affirmer pour autant que ses raisons atteignent le vrai. Carnéade de Cyrène (v. 214-v. 129 av. J.-C.)<ref>Les sources anciennes hésitent sur sa longévité : Diogène Laërce lui donne quatre-vingt-cinq ans, Valère Maxime quatre-vingt-dix, d'où le flottement de sa date de naissance entre 214 et 219 av. J.-C.</ref>, le plus grand nom de cette Académie nouvelle, reprend et affine la solution. L'ambassade qu'il fit à Rome en 155 av. J.-C. illustre sa méthode : il y prononça un jour l'éloge de la justice, et le lendemain sa réfutation, avec une égale puissance de conviction, scandalisant Caton qui obtint son renvoi. La démonstration avait valeur de programme : sur toute question, des arguments d'égale force peuvent être produits en sens contraire. Pour la conduite de la vie, Carnéade élabore une doctrine du « probable » (''pithanon'') : parmi les représentations, certaines paraissent vraies avec plus de force que d'autres ; celles qui, de surcroît, s'accordent avec les représentations voisines et résistent à un examen méthodique méritent une confiance graduée. Le pilote qui prend la mer ne sait pas que la traversée réussira ; il suit la représentation probable, et cela suffit pour agir. Sextus nous a conservé le détail de cette doctrine, qui distingue des degrés dans la confiance<ref>Sextus Empiricus, ''Adversus Mathematicos'', VII, 166-189.</ref>. Au premier degré, la représentation simplement probable, celle qui paraît vraie avec force. Au deuxième, la représentation probable et « non contredite » : avant de juger que cet homme est bien Socrate, j'examine si la taille, la démarche, la voix, le manteau concordent, car une seule discordance ébranlerait l'ensemble. Au troisième, la représentation « examinée de toutes parts », passée au crible des conditions de l'observation : l'organe est-il sain, la distance convenable, l'air limpide, l'esprit calme ? Un exemple de Sextus rend la gradation sensible. Un homme aperçoit, dans une pièce sombre, un objet enroulé : il le prend pour un serpent et saute par-dessus. Première représentation, probable mais hâtive. Revenant sur ses pas, il observe que la chose ne bouge pas ; il incline à n'y voir qu'une corde. Mais il se souvient que les serpents engourdis par le froid restent immobiles : aussi pousse-t-il l'objet d'un bâton avant de conclure. C'est seulement au terme de cet examen qu'il accorde, faute de mieux, sa confiance à la représentation. Selon les circonstances, ajoute Carnéade, le degré d'examen exigible varie : sur une question sans conséquence, le probable suffit ; quand il y va du bonheur, l'examen complet s'impose. On reconnaît là, bien avant les théories modernes du choix rationnel, l'idée que la rationalité pratique consiste à proportionner l'enquête aux enjeux. Ses disciples se divisèrent sur le sens exact de cette concession : Clitomaque soutenait que le sage suit le probable sans jamais rien tenir pour vrai ; Métrodore et Philon de Larisse, qu'il peut former des opinions en sachant qu'elles restent faillibles. La seconde lecture fait de Carnéade l'ancêtre du probabilisme et, de loin, du faillibilisme contemporain : nous pouvons être rationnels sans être certains. == Énésidème et les dix tropes == Au I{{er}}&nbsp;siècle av. J.-C., l'Académie s'essouffle : Philon de Larisse en atténue le doute, Antiochus d'Ascalon la ramène au dogmatisme. C'est alors qu'Énésidème de Cnossos, jugeant que les Académiciens étaient devenus « des stoïciens en lutte contre des stoïciens », quitte l'école et restaure le pyrrhonisme. Son ouvrage principal, les ''Discours pyrrhoniens'', est perdu ; nous en possédons le résumé qu'en fit, au IX{{e}}&nbsp;siècle, le patriarche Photius<ref>Photius, ''Bibliothèque'', codex 212, texte établi et traduit par René Henry, t. III, Paris, Les Belles Lettres, 1962.</ref>. Quant aux dix « tropes » (τρόποι), c'est-à-dire aux dix modes ou figures d'argument qui conduisent à la suspension du jugement, Sextus Empiricus les expose avec une grande abondance d'exemples, et Diogène Laërce en donne un résumé qui paraît suivre de près le texte original. Énésidème n'a pas inventé tous ces arguments, dont plusieurs circulaient depuis longtemps ; son apport fut de les classer en un répertoire méthodique, une sorte de table des catégories du doute<ref>Sur l'attribution des dix tropes à Énésidème, voir Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', livre III, et R. J. Hankinson, « Aenesidemus and the rebirth of Pyrrhonism », dans Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010.</ref>. Le principe est constant : le même objet produit des représentations différentes selon le point de vue, et rien ne permet de privilégier l'une d'elles. Varient ainsi : 1) les animaux, dont les organes diffèrent (l'huile d'olive nourrit l'homme et tue les abeilles ; de quel droit déclarer nos perceptions plus conformes aux choses que les leurs ?) ; 2) les hommes entre eux, par le tempérament et la constitution ; 3) les sens d'un même homme, qui se contredisent (la pomme est jaune à l'œil, douce au palais, lisse au toucher : laquelle de ces qualités est la pomme ?) ; 4) les circonstances et les états du sujet (veille ou sommeil, jeunesse ou vieillesse, santé ou maladie, joie ou chagrin) ; 5) les positions, distances et lieux (la tour ronde de loin, carrée de près ; le soleil, petit disque à l'horizon) ; 6) les mélanges, car rien ne nous parvient à l'état pur, mais toujours combiné avec l'air, la lumière, les humeurs de nos organes ; 7) les quantités et compositions (le vin modéré fortifie, le vin excessif abat ; le sable rugueux en grains, doux en tas) ; 8) la relation, trope le plus général : tout apparaît relativement à autre chose, jamais en soi ; 9) la fréquence et la rareté (le soleil quotidien nous laisse indifférents, la comète nous épouvante) ; 10) les coutumes, lois et croyances, dont la diversité interdit de fonder en nature les valeurs (ce que l'un vénère, l'autre l'interdit). La conclusion de chaque trope obéit à la même formule : nous pouvons dire comment la chose nous apparaît, non ce qu'elle est selon sa nature. Énésidème ajouta huit tropes contre les explications causales, qui visent les physiciens dogmatiques : entre plusieurs explications possibles d'un même phénomène, ils choisissent l'une sans pouvoir exclure les autres, expliquent l'obscur par le plus obscur encore, et bâtissent sur des hypothèses invérifiables. La médecine fournissait l'exemple parfait : devant la même fièvre, observée dans les mêmes conditions, Hérophile, Érasistrate et Asclépiade lisaient trois causes différentes. == Agrippa : le trilemme de la justification == Vers le I{{er}}&nbsp;siècle de notre ère, un sceptique dont nous ne savons presque rien, Agrippa, condense l'arsenal en cinq modes dont la portée excède tout ce qui précède, et que Sextus présente comme l'œuvre des « sceptiques plus récents ». Là où les dix tropes visaient surtout la connaissance sensible, les cinq modes attaquent toute prétention à justifier quoi que ce soit. Ce sont : le désaccord (sur toute question règne un conflit d'opinions indécidable) ; la régression à l'infini (toute preuve repose sur une autre preuve, qui en exige une autre, sans fin) ; la relativité (tout apparaît relativement au sujet et aux circonstances) ; l'hypothèse (pour arrêter la régression, le dogmatique pose un principe sans le prouver, mais une assertion gratuite peut être contrée par l'assertion gratuite opposée) ; le diallèle ou cercle (la preuve s'appuie sur ce qu'elle devait prouver). Trois de ces modes forment un système que la tradition appelle le trilemme d'Agrippa, et qui est peut-être le schème argumentatif le plus durable que l'Antiquité ait légué à la théorie de la connaissance. Demandons à quelqu'un de justifier une affirmation quelconque. Ou bien il invoque une autre affirmation, qu'il faudra justifier à son tour : régression à l'infini. Ou bien il s'arrête à un principe posé sans preuve : hypothèse arbitraire. Ou bien il revient, par un détour, à l'affirmation initiale : cercle. Dans les trois cas, la justification échoue. Jonathan Barnes a montré que ce filet, dans lequel les sceptiques voulaient prendre tout dogmatique, reprend en le retournant un argument d'Aristote : les ''Seconds Analytiques'' rejetaient déjà la régression infinie et la preuve circulaire, mais pour en conclure qu'il existe des principes connus sans démonstration ; Agrippa garde les prémisses et refuse l'échappatoire<ref>Jonathan Barnes, ''The Toils of Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990, chap. 5.</ref>. Le débat n'est pas clos : l'épistémologie contemporaine, quand elle oppose fondationnalisme, cohérentisme et infinitisme, distribue encore les réponses possibles au trilemme. == Sextus Empiricus : la suspension et la tranquillité == La seule œuvre sceptique antique conservée de manière substantielle est celle de Sextus Empiricus, médecin et philosophe de la fin du II{{e}}&nbsp;siècle de notre ère ; tout le reste, de Pyrrhon à Énésidème, ne subsiste qu'à l'état de fragments et de témoignages, et le scepticisme académicien n'est guère connu que de seconde main, par Cicéron surtout. Ses ''Esquisses pyrrhoniennes'' et son ''Contre les professeurs'' constituent une somme : exposé de la méthode, réfutation des logiciens, des physiciens et des moralistes, le tout d'une patience d'inventaire qui examine chaque thèse dogmatique pour lui opposer son contraire. Sextus définit le scepticisme comme la capacité de mettre en opposition, de quelque manière que ce soit, les choses qui apparaissent et celles qui sont pensées, de façon que, par l'égale force des choses et des raisons opposées, nous arrivions d'abord à la suspension du jugement, puis à la tranquillité<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 8, trad. Pierre Pellegrin, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 1997.</ref>. La suspension porte, précise-t-il, sur les choses « non évidentes » (''adêla''), ces natures cachées que les doctrines prétendent atteindre derrière les phénomènes. Les apparences elles-mêmes ne sont pas en cause : que le miel paraisse doux, nul n'en disconvient ; qu'il soit doux par nature, voilà ce qui est en question. La séquence mérite d'être détaillée, car elle décrit un itinéraire vécu. Le futur sceptique commence comme tout le monde : il cherche la vérité, espérant que sa découverte le rendra tranquille. Mais sur chaque question il rencontre le conflit des apparences et des doctrines ; il cherche un critère pour trancher, et tout critère proposé succombe aux modes ; les thèses opposées se révèlent d'égale force ; il suspend son jugement. Et alors se produit ce que Sextus présente comme une heureuse rencontre : l'ataraxie survient d'elle-même, « comme l'ombre suit le corps ». Il l'illustre par l'anecdote du peintre Apelle<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 28-29, éd. citée.</ref> : ne parvenant pas à peindre l'écume d'un cheval, Apelle, de dépit, jeta son éponge contre le tableau, et l'éponge produisit l'écume qu'il cherchait. Ainsi la tranquillité vient à celui qui a renoncé à l'atteindre par la possession du vrai. Le sceptique de Sextus n'est pourtant pas réduit à l'inertie. Il suit un critère pratique à quatre branches<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 23-24, éd. citée.</ref> : la conduite de la nature (sentir et penser, comme tout homme) ; la contrainte des affections (la faim mène à la nourriture, la soif à la boisson, sans qu'aucune croyance soit requise) ; la tradition des lois et des coutumes (il tient, sans dogmatiser, la piété pour un bien et l'impiété pour un mal, et vit selon les usages de sa cité) ; l'apprentissage des arts (il exerce son métier, en l'occurrence la médecine). Le sceptique vit donc comme tout le monde, à une réserve près : il s'en tient aux apparences sans rien affirmer de la nature cachée des choses. « Que le feu brûle, nous le percevons ; qu'il ait par nature la vertu de brûler, nous suspendons notre jugement »<ref>Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IX, 104, éd. citée ; nous traduisons.</ref>. Même son propre discours, le sceptique le tient pour provisoire : ses formules (« pas plus », « je suspends mon jugement ») s'appliquent à elles-mêmes et s'annulent en s'énonçant, comme les purgatifs qui s'évacuent avec les humeurs qu'ils chassent<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 206, éd. citée.</ref>. == Peut-on vivre son scepticisme ? == L'objection la plus ancienne et la plus tenace adressée au scepticisme porte un nom grec, ''apraxia'' : l'inaction. Si le sceptique ne croit rien, il ne peut ni choisir, ni préférer, ni agir ; il devrait se laisser tomber dans les précipices et rester au lit faute de savoir s'il fait jour. Hume lui donnera sa forme moderne : le pyrrhonien peut bien triompher dans l'école, sa philosophie s'évanouit dès qu'il en sort, et la nature, plus forte que tous les arguments, le ramène à croire, à manger, à converser comme les autres hommes<ref>David Hume, ''Enquête sur l'entendement humain'', section XII, trad. André Leroy revue par Michelle Beyssade, Paris, Garnier-Flammarion, 1983 ; voir aussi le ''Traité de la nature humaine'', livre I, partie IV, section 7.</ref>. La réponse sceptique tient dans la distinction de la croyance et de l'apparence : on peut suivre les apparences sans leur donner son assentiment, comme on suit un sentier sans certifier qu'il mène au but. Mais cette réponse est-elle cohérente ? Le débat divise encore les interprètes, et il s'est cristallisé dans une controverse fameuse entre Myles Burnyeat et Michael Frede<ref>Myles Burnyeat et Michael Frede (dir.), ''The Original Sceptics. A Controversy'', Indianapolis, Hackett, 1997.</ref>. Pour Burnyeat, le sceptique de Sextus vise bien toutes les croyances : suivre l'apparence sans croire est son programme, et ce programme, à le prendre au sérieux, est invivable, car dire « le miel me paraît doux mais je ne crois pas qu'il le soit » frôle l'incohérence. Pour Frede au contraire, Sextus ne rejette que les croyances dogmatiques, celles qui prétendent atteindre la nature cachée des choses par la théorie ; les croyances ordinaires de la vie quotidienne restent intactes, et le sceptique vit fort bien. La tradition anglophone a baptisé ces deux lectures scepticisme « rustique » (qui arrache tout) et scepticisme « urbain » (qui n'élague que les prétentions des savants). Le texte de Sextus, il est vrai, fournit des appuis aux deux lectures : il attaque parfois toute croyance, et se présente parfois comme le défenseur de la vie commune contre les extravagances des philosophes. == Renaissances modernes : Montaigne, Descartes, Hume == Le texte de Sextus sort presque entièrement de la circulation pendant le Moyen Âge latin, qui connaît le scepticisme surtout par Cicéron et par la réfutation qu'en donne saint Augustin dans le ''Contra Academicos''. Cette éclipse n'est pourtant pas un silence : Jean de Salisbury, au XII{{e}}&nbsp;siècle, se réclame de la modération académicienne, et les débats du XIV{{e}}&nbsp;siècle sur la certitude, l'expérience et la démonstration, chez Nicolas d'Autrécourt ou Jean Buridan, prolongent plusieurs motifs sceptiques sans recourir aux textes anciens. La renaissance proprement dite date du XVI{{e}}&nbsp;siècle : Henri Estienne publie en 1562 une traduction latine des ''Esquisses pyrrhoniennes'', Gentien Hervet traduit le ''Contre les professeurs'' en 1569. Paradoxe de l'histoire : ces traductions servaient un dessein apologétique. Contre la prétention des réformés à juger l'Écriture par la raison individuelle, le doute pyrrhonien semblait un allié de la foi, puisqu'en ruinant la raison il laissait la croyance s'appuyer sur la seule autorité. Richard Popkin a décrit cette « crise pyrrhonienne » qui traverse la pensée européenne du XVI{{e}} au XVIII{{e}}&nbsp;siècle<ref>Richard H. Popkin, ''Histoire du scepticisme d'Érasme à Spinoza'', trad. Christine Hivet, Paris, Presses Universitaires de France, 1995.</ref>. Montaigne donne au scepticisme renaissant son chef-d'œuvre. L'« Apologie de Raymond Sebond », le plus long chapitre des ''Essais'', déroule l'ensemble de l'arsenal sceptique : diversité des coutumes, conflits des philosophes, faiblesse des sens, intelligence des bêtes qui rabat l'orgueil humain. Sa devise condense l'attitude en une question, « Que sais-je ? », qu'il dit porter « à la devise d'une balance » ; il fit frapper vers 1576 un jeton orné de ce fléau en équilibre, accompagné du mot grec ''epechô'', je suspends mon jugement<ref>Michel de Montaigne, ''Essais'', II, 12, « Apologie de Raymond Sebond », éd. Pierre Villey, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2004.</ref>. La forme interrogative est calculée : dire « je ne sais rien » serait encore affirmer, et l'affirmation se réfuterait elle-même ; demander « que sais-je ? » laisse la recherche ouverte. Chez Montaigne, le doute redevient ce qu'il était chez les Grecs : un art de vivre, fait de tolérance envers la diversité humaine, de défiance envers les fanatismes, et d'attention à soi. Descartes opère un retournement. Il reprend les arguments sceptiques, et les pousse même plus loin que les anciens : aux illusions des sens et à l'argument du rêve, il ajoute la fiction d'un malin génie tout-puissant qui m'abuserait en toutes choses, jusque dans les évidences mathématiques. Les historiens du scepticisme ont relevé ici une nouveauté qui passe facilement inaperçue : les sceptiques anciens ne formulent pas, sous la forme que Descartes lui donnera, le problème de l'existence du monde extérieur ; leurs arguments portent sur notre accès à la nature des choses, non sur la réalité de ce qui nous entoure. La question cartésienne suppose une séparation entre l'intériorité de la conscience et la réalité extérieure que la pensée grecque n'avait pas construite en ces termes. Mais ce doute n'est plus une fin : il est un instrument. Doute méthodique et non sceptique, provisoire et non définitif, il sert à éprouver toutes les opinions pour découvrir ce qui lui résiste. Et quelque chose lui résiste : pour être trompé, encore faut-il que je sois. Le ''cogito'' naît du doute poussé à son comble, et le sceptique se trouve battu avec ses propres armes, ou du moins Descartes le croit : car il reste à remonter du moi au monde, et les sceptiques de profession, Gassendi en tête, objecteront que la sortie du cogito emprunte des ponts (la véracité divine notamment) qui n'échappent pas au cercle. Entre Descartes et Hume, deux relais méritent mention. Pascal d'abord, qui fait du « pyrrhonisme » l'une des deux voix d'un dialogue sans vainqueur : la raison humilie le dogmatique, qui ne peut prouver ses premiers principes ; la nature humilie le pyrrhonien, qui ne peut s'empêcher de croire. « Nous avons une impuissance de prouver, invincible à tout le dogmatisme. Nous avons une idée de la vérité, invincible à tout le pyrrhonisme »<ref>Blaise Pascal, ''Pensées'', fragment 406 de l'édition Lafuma (395 de l'édition Brunschvicg), dans ''Œuvres complètes'', éd. Louis Lafuma, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L'Intégrale », 1963.</ref>. De cette double impuissance, Pascal conclut que l'homme passe l'homme, et que la foi seule dénoue ce que la raison a noué : le scepticisme se trouve mis au service de la religion, usage que les traducteurs de Sextus avaient préparé un siècle plus tôt. Bayle ensuite, dont le ''Dictionnaire historique et critique'' (1697) fit circuler dans toute l'Europe, à l'article « Pyrrhon », les arguments sceptiques aiguisés par les querelles théologiques : c'est dans Bayle, autant que dans les anciens, que Hume apprendra son scepticisme. Hume représente le sommet du scepticisme moderne, et son tournant. Son analyse de la causalité reprend, sans le savoir peut-être, le geste d'Énésidème : nous n'observons jamais de connexion nécessaire entre la cause et l'effet, seulement des conjonctions répétées ; notre certitude que le soleil se lèvera demain ne repose sur aucun raisonnement, mais sur l'habitude. La raison se révèle incapable de fonder nos croyances les plus élémentaires. Mais Hume tire de là une leçon nouvelle : puisque le doute intégral est invivable et que la nature nous force à croire, le scepticisme excessif (il dit : pyrrhonien) doit céder la place à un scepticisme mitigé, qui borne nos enquêtes aux sujets proportionnés à nos facultés et tempère l'affirmation par la modestie. Le sceptique devient l'auxiliaire de la science : non plus celui qui suspend tout jugement, mais celui qui mesure chaque assentiment à la force des preuves. Kant dira que Hume l'a réveillé de son « sommeil dogmatique »<ref>Emmanuel Kant, ''Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science'', préface, trad. Louis Guillermit, Paris, Vrin, 1986.</ref>, et jugera scandaleux pour la philosophie qu'on n'ait pas encore de preuve de l'existence du monde extérieur<ref>Emmanuel Kant, ''Critique de la raison pure'', préface de la seconde édition, B XXXIX, note.</ref> : la ''Critique de la raison pure'' peut se lire comme une longue réponse au défi sceptique, qui en accepte une part (nous ne connaissons pas les choses en soi) pour mieux sauver l'autre (la science des phénomènes est fondée). == Le scepticisme aujourd'hui == L'épistémologie contemporaine a hérité du scepticisme moins comme d'une position que comme d'un problème. Presque personne ne se déclare sceptique ; presque tout le monde travaille à lui répondre. Le malin génie de Descartes y reparaît sous une forme nouvelle : l'expérience de pensée du cerveau dans une cuve, mise en forme par Hilary Putnam, imagine un cerveau maintenu en vie dans un laboratoire et stimulé par un ordinateur de manière à vivre une existence ordinaire en tout point semblable à la nôtre. Comment savez-vous que vous n'êtes pas ce cerveau ? Toutes vos expériences seraient exactement les mêmes. Et si vous ne pouvez l'exclure, savez-vous seulement que vous avez deux mains ? Putnam avait pourtant conçu le scénario pour le réfuter, en soutenant qu'un cerveau qui n'aurait jamais fréquenté que des images ne pourrait pas même penser « je suis un cerveau dans une cuve », faute d'avoir jamais été en rapport avec de vraies cuves ; mais c'est le scénario, plus que la réfutation, qui est passé à la postérité<ref>Hilary Putnam, ''Raison, vérité et histoire'', trad. Abel Gerschenfeld, Paris, Éditions de Minuit, 1984, chap. 1.</ref>. Le cinéma a popularisé le scénario, de ''Matrix'' au ''Truman Show'', preuve que l'inquiétude sceptique n'est pas une affaire d'école. Les réponses contemporaines dessinent un éventail. George Edward Moore opposait au sceptique le bon sens : levant la main, il déclarait « voici une main », jugeant cette certitude plus solide que toutes les prémisses des arguments sceptiques<ref>George Edward Moore, « Proof of an External World » (1939), repris dans ''Philosophical Papers'', Londres, Allen & Unwin, 1959.</ref> ; Wittgenstein, méditant ce geste dans ''De la certitude'', suggéra que nos certitudes de base ne sont pas des savoirs justifiés mais les gonds sur lesquels tournent nos questions, ce qui doit rester fixe pour que douter ait un sens<ref>Ludwig Wittgenstein, ''De la certitude'', trad. Jacques Fauve, Paris, Gallimard, 1976, § 341-343.</ref>. Une autre famille de réponses, ouverte par Fred Dretske et Robert Nozick, examine un rouage logique de l'argument : le principe dit de clôture, selon lequel, si je sais une chose et si je sais qu'elle en implique une autre, je sais aussi cette dernière. Le sceptique l'utilise en sens inverse : je ne sais pas que je ne suis pas un cerveau dans une cuve ; or, avoir deux mains implique de ne pas être un tel cerveau ; donc je ne sais pas que j'ai deux mains. Dretske et Nozick refusent le principe : savoir, expliquent-ils, c'est avoir une croyance qui suit la vérité dans les situations proches de la nôtre, et ma croyance d'avoir deux mains remplit cette condition même si je ne peux exclure le scénario lointain de la cuve. Je peux donc savoir que j'ai deux mains sans savoir que je ne suis pas un cerveau dans une cuve : conclusion étrange, dont le coût a paru excessif à beaucoup, mais qui localise avec précision le point sensible de l'argument<ref>Fred Dretske, « Epistemic Operators », ''The Journal of Philosophy'', vol. 67, 1970, p. 1007-1023 ; Robert Nozick, ''Philosophical Explanations'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1981, chap. 3.</ref>. Les contextualistes, Stewart Cohen et Keith DeRose notamment, observent pour leur part que le mot « savoir » change d'exigence selon les contextes : dans la vie courante, je sais où est ma voiture ; dans le séminaire d'épistémologie, où l'hypothèse de la cuve est sur la table, le niveau d'exigence s'élève et je ne le sais plus ; le sceptique ne gagnerait que dans des contextes artificiellement exigeants<ref>Keith DeRose, ''The Case for Contextualism'', Oxford, Oxford University Press, 2009.</ref>. Les externalistes soutiennent que savoir n'exige pas de pouvoir réfuter le sceptique : il suffit que nos croyances soient produites par des mécanismes fiables, que nous puissions ou non le prouver ; Ernest Sosa a donné à cette orientation sa forme la plus élaborée en rapportant la connaissance aux vertus intellectuelles de celui qui juge, comme on rapporte la réussite d'un tir à l'adresse de l'archer. Barry Stroud a cependant objecté que la plupart de ces répliques manquent leur cible : elles montrent comment nos croyances peuvent satisfaire telle ou telle définition du savoir, sans dissiper l'impression que, considérées du dehors, toutes nos connaissances reposent sur un crédit que rien ne garantit<ref>Barry Stroud, ''The Significance of Philosophical Scepticism'', Oxford, Oxford University Press, 1984.</ref>. Duncan Pritchard, prolongeant Wittgenstein, propose d'admettre que nos certitudes charnières ne relèvent pas du savoir justifié, et de borner en conséquence la portée de la prétention sceptique<ref>Duncan Pritchard, ''Epistemic Angst. Radical Skepticism and the Groundlessness of Our Believing'', Princeton, Princeton University Press, 2015.</ref>. Aucune de ces réponses ne fait l'unanimité, et le trilemme d'Agrippa conserve sa force première contre quiconque prétend justifier les justifications elles-mêmes. Il faut enfin distinguer le scepticisme philosophique d'un usage voisin du mot. Ce qu'on appelle aujourd'hui « scepticisme scientifique », cette vigilance organisée contre les pseudo-sciences, le paranormal et les remèdes miracles, n'est pas le scepticisme des philosophes : loin de suspendre le jugement, il juge, tranche et réfute, au nom des sciences établies. Il prolonge, dans un tout autre cadre, le scepticisme mitigé de Hume, dont il reprend la maxime : proportionner la croyance aux preuves. Le pyrrhonien lui demanderait ce qui fonde sa confiance dans les sciences établies, et le trilemme d'Agrippa retrouverait son application. La parenté des deux scepticismes est donc réelle, mais lointaine : l'un est un art de suspendre le jugement, l'autre un art de le proportionner, et l'on peut pratiquer le second sans avoir jamais éprouvé le premier. Reste à dire ce que le scepticisme nous apprend, même à ceux qui ne le suivent pas. Il est d'abord un exercice d'hygiène intellectuelle : nul ne mesure la force d'une thèse s'il n'a pas éprouvé la force de la thèse contraire, et la pratique carnéadienne du discours en sens opposés reste la meilleure école de l'esprit critique. Il est ensuite un aiguillon : presque toutes les grandes théories de la connaissance, d'Aristote à Kant et au-delà, se sont construites pour lui répondre, et c'est en cherchant à colmater les brèches qu'il ouvre que l'épistémologie a précisé ses notions de preuve, de justification et de certitude. Il est enfin, dans sa version antique, une proposition de sagesse qui garde de quoi nous étonner : l'idée que nos tourments viennent moins des choses que des jugements que nous portons sur elles, et qu'un certain art de suspendre le verdict, sur les opinions, sur les valeurs, sur autrui, est une pièce de la vie heureuse. Le sceptique grec ne demande pas de renoncer à chercher : ''skepsis'' veut dire recherche. Sextus ouvre d'ailleurs les ''Esquisses'' sur une tripartition qui résume tout : ceux qui croient avoir trouvé la vérité sont les dogmatiques ; ceux qui la déclarent insaisissable, les académiciens ; ceux qui cherchent encore, les sceptiques<ref>Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', I, 1-3, éd. citée.</ref>. Le dogmatique est celui qui a cessé de chercher, puisqu'il croit avoir trouvé ; le sceptique, celui qui examine encore. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == === Sources antiques === * Cicéron, ''Les Académiques'', traduction de José Kany-Turpin, Paris, Garnier-Flammarion, 2010. * Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', livre IX, traduction sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999. * Eusèbe de Césarée, ''La Préparation évangélique'', livres XIV-XV (témoignage d'Aristoclès sur Pyrrhon), traduction d'Édouard des Places, Paris, Éditions du Cerf, 1987. * Photius, ''Bibliothèque'', codex 212 (résumé des ''Discours pyrrhoniens'' d'Énésidème), texte établi et traduit par René Henry, t. III, Paris, Les Belles Lettres, 1962. * Sextus Empiricus, ''Esquisses pyrrhoniennes'', traduction de Pierre Pellegrin, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 1997. * Sextus Empiricus, ''Contre les professeurs'', traduction sous la direction de Pierre Pellegrin, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 2002. === Textes classiques === * Michel de Montaigne, « Apologie de Raymond Sebond », ''Essais'', II, 12, édition de Pierre Villey, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2004. * Blaise Pascal, ''Pensées'', dans ''Œuvres complètes'', édition de Louis Lafuma, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L'Intégrale », 1963. * David Hume, ''Enquête sur l'entendement humain'', traduction d'André Leroy revue par Michelle Beyssade, Paris, Garnier-Flammarion, 1983. === Études === * Julia Annas et Jonathan Barnes, ''The Modes of Scepticism. Ancient Texts and Modern Interpretations'', Cambridge, Cambridge University Press, 1985. * Alan Bailey, ''Sextus Empiricus and Pyrrhonean Scepticism'', Oxford, Oxford University Press, 2002. * Jonathan Barnes, ''The Toils of Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 1990. * Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000. * Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010. * Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'' (1887), rééd. Paris, Le Livre de Poche, 2002. * Myles Burnyeat et Michael Frede (dir.), ''The Original Sceptics. 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Radical Skepticism and the Groundlessness of Our Believing'', Princeton, Princeton University Press, 2015. * Gisela Striker, ''Essays on Hellenistic Epistemology and Ethics'', Cambridge, Cambridge University Press, 1996. * Barry Stroud, ''The Significance of Philosophical Scepticism'', Oxford, Oxford University Press, 1984. {{AutoCat}} 3gx710gzhlv2sgsg8vib2p2iu3tkz1h Dictionnaire de philosophie/Pyrrhon d'Élis 0 83928 767503 2026-06-06T06:30:24Z PandaMystique 119061 Page créée avec « {{DicoPhilo|Pyrrhon d'Élis}} Pyrrhon d'Élis (v. 365/360 - v. 275/270 av. J.-C.) est un philosophe grec de l'époque hellénistique, traditionnellement considéré comme le fondateur du scepticisme ancien. Sa situation dans l'histoire de la philosophie est paradoxale : il a donné son nom à tout un courant de pensée, le pyrrhonisme, dont les écrivains sceptiques se réclament pendant des siècles, d'Énésidème, qui intitule un de ses ouvrages ''Discours pyr... » 767503 wikitext text/x-wiki {{DicoPhilo|Pyrrhon d'Élis}} Pyrrhon d'Élis (v. 365/360 - v. 275/270 av. J.-C.) est un philosophe grec de l'époque hellénistique, traditionnellement considéré comme le fondateur du scepticisme ancien. Sa situation dans l'histoire de la philosophie est paradoxale : il a donné son nom à tout un courant de pensée, le pyrrhonisme, dont les écrivains sceptiques se réclament pendant des siècles, d'Énésidème, qui intitule un de ses ouvrages ''Discours pyrrhoniens'', à Sextus Empiricus, qui nomme encore ''Esquisses pyrrhoniennes'' une de ses œuvres quatre siècles après la mort du maître. Et pourtant Pyrrhon n'a rien écrit, sinon un poème de circonstance en l'honneur d'Alexandre. Il demeure l'un des philosophes les plus mal connus de l'Antiquité, et la question de savoir ce qu'il a réellement pensé, et même s'il fut sceptique au sens où ses lointains héritiers l'entendront, divise aujourd'hui encore les interprètes. == Une vie entre deux mondes == Fils de Pleistarque, selon Diogène Laërce et la ''Souda'', Pyrrhon naquit entre 365 et 360 av. J.-C. à Élis, ou plus précisément, semble-t-il, à Pétra, un bourg voisin où Pausanias dit avoir vu son tombeau<ref>Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IX, 61 ; ''Souda'', s.v. Πύρρων ; Pausanias, ''Description de la Grèce'', VI, 24, 5.</ref>. Issu d'un milieu modeste, il commença par exercer la peinture, sans grand éclat : on conservait encore à Élis, au {{s|II}}&nbsp;siècle de notre ère, des porteurs de flambeaux de sa main, jugés médiocres. Selon Diogène Laërce, il aurait d'abord écouté un certain Bryson, que le texte rattache à Stilpon par une formule ambiguë : le grec ne permet pas de décider s'il en fait son fils ou son disciple, et la chronologie a conduit les éditeurs, depuis Nietzsche, à soupçonner le passage<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 61 ; ''Souda'', s.v. Πύρρων. Sur les difficultés de ce témoignage, voir Fernanda Decleva Caizzi, ''Pirrone. Testimonianze'', Naples, Bibliopolis, 1981, p. 132-134.</ref>. Il devint ensuite le disciple d'Anaxarque d'Abdère, chaînon entre Démocrite et Pyrrhon dans les successions anciennes, et cette filiation passe pour la plus crédible ; Jacques Brunschwig suggère que ce qui retint Pyrrhon chez Démocrite fut l'attitude morale plus que la physique des atomes<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 61 et IX, 67 ; Jacques Brunschwig, « Introduction au livre IX », dans Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', trad. sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, 1999, p. 1038.</ref>. L'Antiquité a d'ailleurs fait circuler deux généalogies concurrentes : l'une, socratique, rattache Pyrrhon aux successeurs de Phédon d'Élis ; l'autre l'inscrit dans la lignée éléate et démocritéenne<ref>Strabon, ''Géographie'', IX, 1, 8 ; ''Souda'', s.v. Σωκράτης ; Eusèbe de Césarée, ''Préparation évangélique'', XIV, 17, 10.</ref>. Sa biographie comporte un épisode singulier pour un philosophe grec : en compagnie d'Anaxarque, Pyrrhon suivit l'expédition d'Alexandre en Asie. Il y rencontra les mages de Perse et les gymnosophistes de l'Inde, ces « sages nus » dont l'ascèse et le détachement frappèrent les Grecs. Diogène Laërce affirme que cette rencontre fut à l'origine de sa philosophie<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 61.</ref>. La portée exacte de cette influence orientale reste discutée : depuis Brochard, les historiens ont relevé des parallèles entre l'indifférence pyrrhonienne et certaines attitudes de la pensée indienne, sans qu'on puisse établir une filiation doctrinale précise<ref>Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', Paris, Imprimerie nationale, 1887 ; rééd. Le Livre de Poche, 2002, p. 87-89 ; Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000, p. 169-178.</ref>. Du moins ce voyage place-t-il Pyrrhon au point de bascule entre deux mondes. Citoyen d'une petite cité du Péloponnèse, vouée au culte de Zeus Olympien et longtemps préservée des guerres, il a vécu une part essentielle de sa vie active dans l'élément contraire, celui de la cour itinérante d'un conquérant. Né avant Chéronée, mort sous les derniers Diadoques, il a vu s'effondrer la cité classique et naître le monde hellénistique. Marcel Conche voit dans sa philosophie une pensée du passage d'un monde à l'autre, contemporaine de cette dissolution générale des repères<ref>Marcel Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', Paris, PUF, coll. « Perspectives critiques », 1994, Prologue.</ref>. De retour à Élis après la mort d'Alexandre, Pyrrhon s'y entoura de nombreux disciples, vers 322, avant même la création du Jardin d'Épicure et du Portique de Zénon ; on hésite cependant à parler d'école, faute de doctrine professée et d'institution durable, et c'est rétrospectivement que des philosophes se réclameront de son nom. Il mena une existence simple et retirée, vivant avec sa sœur Philista, qui était sage-femme, vendant à l'occasion volailles et cochons de lait au marché, et ne dédaignant pas les travaux domestiques. Ses concitoyens l'entourèrent d'une estime durable : ils firent de lui un grand prêtre (ἀρχιερεύς) et, en son honneur, accordèrent aux philosophes une atélie, généralement comprise comme une exemption d'impôts ; après sa mort, survenue entre 275 et 270 environ, ils lui élevèrent une statue que Pausanias pouvait encore voir sur l'agora<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 64 ; Pausanias, ''Description de la Grèce'', VI, 24, 5. Le passage de Diogène, issu d'Antigone de Caryste, est jugé moins fiable : la nature du culte (Apollon Akésios, Hadès ou Tychè) et celle de l'atélie restent imprécises.</ref>. Ce détail mérite réflexion : de tels honneurs civiques invitent à traiter avec prudence les anecdotes hostiles ou caricaturales. Ils constituent une pièce du dossier lorsqu'il s'agit d'évaluer les récits qui dépeignent Pyrrhon en homme incapable de vivre, et nous y reviendrons. == Le problème des sources == Puisque Pyrrhon n'a laissé aucun écrit philosophique, sa pensée ne nous est accessible que par témoignages interposés, et ces témoignages ne s'accordent pas. Il y a, pour ainsi dire, deux Pyrrhon. Le premier est celui de la tradition sceptique : un penseur dont la position porte sur la connaissance et sur les choses, et que rapportent Aristoclès de Messine, Diogène Laërce et, à distance, Sextus Empiricus. Le second est celui de la tradition académique conservée par Cicéron : un moraliste de l'indifférence, régulièrement associé à Ariston de Chios et à Hérille de Carthage, qui aurait soutenu que rien ne compte hormis la vertu et que tout le reste se vaut<ref>Cicéron, ''De finibus'', II, 13, 43 ; IV, 16, 43 ; ''Premiers Académiques'', II, 42, 130. Sur ce double visage, voir Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', 1887, livre I, chap. 3.</ref>. Au sein de la première tradition, deux documents dominent. Le premier est le chapitre que Diogène Laërce consacre à Pyrrhon au livre IX de ses ''Vies'', dont la partie biographique reprend le récit d'Antigone de Caryste, auteur du {{e|III}}&nbsp;siècle av. J.-C. qui a pu recueillir des souvenirs de première main. Le second, le plus précieux pour la doctrine, est un extrait du ''Sur la philosophie'' d'Aristoclès de Messine, péripatéticien dont les dates sont mal connues mais qu'on ne situe plus aujourd'hui après le I{{er}}&nbsp;siècle de notre ère, conservé par Eusèbe de Césarée dans sa ''Préparation évangélique''<ref>Eusèbe de Césarée, ''Préparation évangélique'', XIV, 18, 1-4. Sur la datation haute d'Aristoclès, voir Simone Follet, notice « Aristoclès de Messine », dans Richard Goulet (dir.), ''Dictionnaire des philosophes antiques'', t. I, Paris, CNRS Éditions, 1989, p. 382-384. Marcel Conche défend en revanche la forme « Aristoclès de Messène », rapportant le nom à la cité du Péloponnèse (''Pyrrhon ou l'apparence'', 1994).</ref>. Or Aristoclès y résume le témoignage de Timon de Phlionte, disciple immédiat de Pyrrhon, auteur des ''Silles'' et des ''Indalmoi'', poèmes satiriques et élégiaques où il moque tous les philosophes à l'exception de son maître, ainsi que d'une œuvre en prose, le ''Python''. Nous lisons donc Pyrrhon à travers trois relais successifs : Timon le rapporte, Aristoclès le résume, Eusèbe le cite. Toute la difficulté de l'interprétation tient à cette chaîne de transmission, où chaque maillon a pu infléchir le sens. == Le témoignage d'Aristoclès : les trois questions == Le passage d'Aristoclès constitue le texte le plus détaillé dont nous disposions sur la pensée de Pyrrhon, et c'est autour de lui que gravite toute la discussion savante. Selon Timon, celui qui veut atteindre le bonheur doit considérer trois questions : premièrement, quelle est la nature des choses ; deuxièmement, quelle disposition nous devons adopter à leur égard ; troisièmement, ce qui en résultera pour qui adopte cette disposition. La démarche est limpide dans sa construction : de ce que sont les choses dépend l'attitude qui convient, et de cette attitude dépend ce que nous pouvons en attendre. Le bonheur vient en conclusion d'une enquête qui commence par une question sur les choses. C'est en cela que Pyrrhon est de son temps : comme Épicure ou Zénon, il cherche une voie vers la vie heureuse ; mais à la différence de ses rivaux dogmatiques, la voie qu'il propose passe par un renoncement. À la première question, Pyrrhon répond, toujours selon Timon, que les choses sont également ''adiaphora'' (ἀδιάφορα), ''astathmēta'' (ἀστάθμητα) et ''anepikrita'' (ἀνεπίκριτα). Chacun de ces trois adjectifs grecs admet deux lectures, et cette ambiguïté commande tout le reste, jusque dans le choix des traductions. Faut-il comprendre que les choses sont en elles-mêmes « indifférentes, indéterminées et indécises », comme le rendent les partisans d'une lecture portant sur la réalité, ou bien qu'elles sont pour nous « indifférenciables, immesurables et indécidables », comme le suggèrent les suffixes qu'adoptent les tenants d'une lecture portant sur nos facultés ? La première lecture fait parler Pyrrhon des choses, la seconde de notre incapacité à les saisir. Nous verrons que ce choix de traduction engage deux images presque opposées de Pyrrhon. De cette thèse sur les choses découle une conséquence : ni nos sensations ni nos opinions ne disent le vrai ou le faux. Il ne faut donc pas leur accorder confiance, mais demeurer sans opinion, sans inclination, sans ébranlement, en disant de chaque chose qu'elle « n'est pas plus qu'elle n'est pas, ou bien qu'elle est et n'est pas, ou bien qu'elle n'est ni n'est pas ». Cette formule du ''ou mallon'' (οὐ μᾶλλον), « pas plus », deviendra l'une des devises du scepticisme ancien<ref>Sur les emplois du verbe être dans cette formule, où il faut sans doute sous-entendre un prédicat, voir Jacques Brunschwig, « Pyrrhon », dans Monique Canto-Sperber (dir.), ''Philosophie grecque'', Paris, PUF, 1997, p. 469-470.</ref>. Prenons un exemple simple pour en saisir l'étrangeté. Devant un gâteau, le sens commun dit : il est sucré. Le relativiste corrige : il est sucré pour moi, peut-être fade pour un malade. Pyrrhon va plus loin que l'un et l'autre : le gâteau n'est pas plus sucré que non sucré, et l'on ne sauvera pas l'affirmation en la réfugiant dans le « pour moi ». Le langage ordinaire, qui dit à chaque instant que les choses sont ceci ou cela, se trouve frappé d'une suspicion qui ne souffre aucune exception. À qui se tient dans cette disposition, Timon promet deux choses : d'abord ce qu'il nomme ''aphasia'' (ἀφασία). Le mot évoque littéralement l'absence de parole, mais il ne peut s'agir ici d'un mutisme, puisque Timon vient précisément de prescrire ce qu'il faut dire de chaque chose ; il faut plutôt y entendre le renoncement à toute assertion définie, qui n'est pas l'attitude prescrite elle-même mais ce qui en résulte, et qui diffère de la non-assertion telle que Sextus la concevra<ref>Sur ce point disputé, voir Jacques Brunschwig, « L'aphasie pyrrhonienne », dans Carlos Lévy et Laurent Pernot (dir.), ''Dire l'évidence'', Paris, L'Harmattan, 1997, p. 297-320.</ref>. Vient ensuite l'imperturbabilité, ''ataraxia'' (ἀταραξία), l'absence de trouble, cette tranquillité de l'âme que toutes les écoles hellénistiques poursuivent par des chemins différents. Le résumé d'Aristoclès ajoute que, « selon Énésidème », il s'ensuit aussi le plaisir : la mention trahit le filtre du pyrrhonisme renaissant à travers lequel le témoignage nous est parvenu. Là où l'épicurien fonde sa sérénité sur une physique des atomes qui dissipe la crainte des dieux et de la mort, là où le stoïcien la fonde sur la connaissance de l'ordre du monde, le pyrrhonien l'obtient en cessant de prétendre savoir. Nos tourments naissent de nos jugements : nous croyons que telle chose est bonne, nous souffrons de ne pas l'avoir ; nous croyons que telle autre est un mal, nous tremblons qu'elle n'arrive. Que ces jugements perdent leur assise, et le trouble perd la sienne. La paix vient non d'une réponse, mais de l'évanouissement de la question. == Le conflit des interprétations == Que signifie au juste la réponse de Pyrrhon à la première question ? Le débat contemporain s'organise autour des deux lectures des trois adjectifs. La lecture épistémologique, dite aussi subjective, longtemps dominante, comprend que les choses sont indifférenciables et indécidables « pour nous » : nos facultés ne nous donnent pas accès à leur nature. Pyrrhon serait alors le premier maillon d'une chaîne qui conduit sans rupture jusqu'à Sextus Empiricus : un penseur de l'incapacité humaine à trancher, un sceptique au sens plein. Cette lecture a pour elle la continuité de la tradition qui se réclame de Pyrrhon. Elle se heurte pourtant à une difficulté d'ordre logique, soulignée avec insistance par Richard Bett : dans le texte d'Aristoclès, c'est de la thèse sur les choses que l'on déduit que nos sensations et opinions ne sont ni vraies ni fausses. Or, si la thèse initiale affirmait seulement que nous ne pouvons pas connaître la nature des choses, on devrait conclure que nous ignorons si nos sensations sont vraies, et non qu'elles ne sont ni vraies ni fausses. Dire d'une sensation qu'elle n'est ni vraie ni fausse, c'est se prononcer sur son rapport au réel, ce qui suppose qu'on sache quelque chose de ce réel<ref>Bett, ''Pyrrho'', 2000, p. 14-43, et, sur l'amendement du texte grec, p. 25-26. Certains interprètes ont proposé de corriger le texte grec pour rétablir la cohérence de la lecture épistémologique ; Bett montre que l'amendement ne résout pas la difficulté.</ref>. D'où la lecture métaphysique, dite aussi objective, que Bett défend sous le nom de thèse de l'indétermination (''indeterminacy thesis'') : Pyrrhon aurait soutenu une thèse sur la réalité elle-même, à savoir que les choses sont en leur nature indéterminées, sans propriétés fixes, sans contours assignables. Si tel est le cas, l'inférence devient intelligible : puisque rien n'est déterminément ceci ou cela, aucune sensation, aucune opinion qui attribue aux choses un caractère défini ne peut être dite vraie, ni d'ailleurs fausse. Mais cette lecture a un prix : elle fait de Pyrrhon un dogmatique de l'indétermination, qui affirme quelque chose de la nature des choses, et donc tout autre chose qu'un sceptique au sens de Sextus, lequel s'interdit précisément toute affirmation de ce genre. Le fondateur éponyme du pyrrhonisme n'aurait pas été pyrrhonien<ref>Pour un état des lieux du débat, voir Svavar Hrafn Svavarsson, « Pyrrho and Early Pyrrhonism », dans Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 36-57.</ref>. Une troisième voie, ancienne, mérite d'être rappelée : celle de Brochard, qui jugeait que le Pyrrhon historique fut un sage avant d'être un logicien. Les anciens eux-mêmes retenaient surtout sa manière de vivre ; ses actes, plus que ses paroles, constituaient son enseignement, et ce n'est que plus tard, selon Brochard, qu'on interpréta en un sens logique ce qui avait d'abord une signification morale. Le mot d'ordre du pyrrhonisme primitif n'aurait pas été « que sais-je ? », mais plutôt « tout m'est égal »<ref>Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', 1887, livre I, chap. 3. Cette lecture morale trouve un appui dans les témoignages de Cicéron, qui associent Pyrrhon aux « indifférentistes » Ariston de Chios et Hérille de Carthage.</ref>. La formule qui clôt l'étude de 1885 a fait fortune : Pyrrhon « fut avant tout un désabusé : il fut un ascète grec »<ref>Victor Brochard, « Pyrrhon et le scepticisme primitif », ''Revue philosophique'', 1885, p. 532.</ref>. En France, l'interprétation de Marcel Conche occupe une place à part. Pour Conche, Pyrrhon n'est ni un sceptique de l'inconnaissable ni un moraliste : il est le penseur de l'apparence pure. Ce que Pyrrhon met en question, c'est l'idée même d'être, ce socle que toute la métaphysique présuppose sans l'interroger. Dire que chaque chose « n'est pas plus qu'elle n'est pas », ce n'est pas avouer notre ignorance d'une réalité cachée derrière les phénomènes : c'est dissoudre la notion d'une telle réalité. Il ne reste alors que l'apparence, mais une apparence d'un genre inédit, qui n'est plus apparence « de » quelque chose ni apparence « pour » quelqu'un, puisque la chose et le sujet se résolvent eux-mêmes en apparences. Sur ce point, Conche insiste : le pyrrhonisme n'est ni un relativisme ni un subjectivisme, car ces doctrines maintiennent la scission du sujet et de l'objet, de l'apparaître et de l'être, que Pyrrhon veut justement abolir. Là où Platon allait de l'apparence vers l'être, Pyrrhon fait le chemin inverse : de l'« être », réification illusoire produite par le langage, vers l'apparence universelle. Cette lecture, longtemps isolée, a été reprise par Carlos Lévy<ref>Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', 1994, chap. VIII et IX ; Carlos Lévy, ''Les scepticismes'', Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2008. L'apport de Conche est reconnu au-delà des frontières : Giovanni Reale et Fernanda Decleva Caizzi lui attribuent le mérite d'avoir mis en crise l'interprétation phénoméniste de Pyrrhon, même lorsqu'ils refusent de le suivre dans sa lecture nihiliste.</ref>. On mesure l'écart entre ces lectures en revenant aux trois adjectifs. « Indifférenciables pour nous » : Pyrrhon est un sceptique. « Indéterminées en elles-mêmes » : il est un métaphysicien négatif. « Sans différence de valeur » : il est un moraliste. Le même texte porte ces trois Pyrrhon, et l'inventaire n'est pas clos : Giovanni Reale a dénombré jusqu'à huit interprétations, de la lecture phénoméniste aux lectures orientaliste ou littéraire<ref>Giovanni Reale, « Ipotesi per una rilettura della filosofia di Pirrone di Elide », dans Gabriele Giannantoni (dir.), ''Lo scetticismo antico'', Naples, Bibliopolis, 1981, t. I, p. 243-336.</ref>. Le lecteur doit donc savoir que tout exposé de cette pensée, y compris celui-ci, repose sur des choix interprétatifs que l'état des sources ne permet pas de clore. == Les anecdotes : un sage en péril ? == La tradition biographique a transmis sur Pyrrhon une série d'anecdotes hautes en couleur. Selon Antigone de Caryste, il vivait en conformité avec sa doctrine, n'évitant rien, ne se gardant de rien, affrontant indifféremment chariots, précipices et chiens, sans rien accorder à ses sens ; ses familiers le suivaient pour le préserver du danger<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 62.</ref>. Un jour qu'Anaxarque était tombé dans un marécage, Pyrrhon aurait passé son chemin sans lui porter secours ; et Anaxarque, loin de lui en vouloir, l'aurait félicité de son indifférence. Posidonius rapporte qu'au cours d'une traversée, comme la tempête épouvantait les passagers, Pyrrhon resta calme et leur montra un petit cochon qui continuait de manger sur le pont : voilà, dit-il, l'imperturbabilité dans laquelle le sage doit se tenir<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 63 et IX, 68.</ref>. D'autres récits le montrent au contraire en défaut : effrayé par un chien, il se serait réfugié sur un arbre, concédant qu'il est « difficile de dépouiller l'homme » ; surpris en colère contre sa sœur, il aurait répliqué que ce n'est pas à propos d'une femme qu'il convient de faire montre d'indifférence<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 66 ; Aristoclès, dans Eusèbe, ''Préparation évangélique'', XIV, 18, 26.</ref>. Que faire de ces récits ? Les prendre au pied de la lettre conduit à une absurdité : un homme qui ne distinguerait pas un précipice d'un chemin ne vivrait pas quatre-vingt-dix ans, et une cité ne ferait pas d'un tel insensé son grand prêtre. Aussi les interprètes ont-ils proposé deux explications. La première y voit une fabrication polémique. Aristote avait objecté aux négateurs du principe de contradiction que leurs actes démentent leurs paroles : pourquoi celui qui tient la chute dans un puits pour indifféremment bonne et mauvaise s'en garde-t-il avec tant de soin<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Γ, 4, 1008 b 12-20.</ref> ? L'anecdote des précipices ressemble fort à une mise en scène de cette objection : un récit hostile de ce que ferait quelqu'un qui prendrait Pyrrhon au sérieux, plutôt qu'un compte rendu de ce que faisait Pyrrhon. On a relevé en outre que ces récits se réfutent eux-mêmes : si Pyrrhon se défie de ses propres sens mais s'en remet à ceux de ses amis pour se tirer d'affaire, il montre par là que les sens sont, de fait, dignes de foi. La seconde explication, avancée par Conche, retourne la perspective : il s'agirait d'une pantomime pédagogique. Pyrrhon, ancien peintre, met en scène sa leçon devant ses disciples ; il feint de marcher vers le précipice, on le retient, et chacun comprend que la différence du précipice et du non-précipice, si pressante pour la conduite de la vie, ne dit rien d'un partage dans l'être. Le précipice n'est ici qu'un exemple parmi d'autres possibles : ce que la scène donne à voir, c'est l'apparence universelle, non une invitation à se jeter dans le vide<ref>Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', 1994, chap. III, p. 135-136 ; sur la lecture polémique, Bett, ''Pyrrho'', 2000, p. 67-69.</ref>. Aucun élément des sources ne permet toutefois de départager ces deux explications, qui demeurent l'une et l'autre conjecturales. Reste que ces anecdotes, quelle qu'en soit la valeur historique, dessinent le portrait que l'Antiquité s'est fait de Pyrrhon : celui d'un homme d'une égalité d'âme presque inentamable, vénéré de ses disciples à l'égal d'un Socrate, et dont la vie même constituait l'enseignement. Timon le dépeint ''atuphos'' (ἄτυφος), exempt de vanité, indompté par tout ce qui dompte les mortels, ces foules accablées sous le poids des passions, de l'opinion et des conventions<ref>Fragments des ''Silles'' et des ''Indalmoi'' de Timon, présentés et classés par Bett, ''Pyrrho'', 2000, p. 70-71. Bett relève les nombreux parallèles entre ces fragments et les anecdotes, au point qu'on a pu soupçonner les secondes d'être des broderies sur les premiers.</ref>. L'Antiquité elle-même percevait la tension entre l'idéal et l'homme : on discutait, rapporte Diogène, pour savoir si la fin visée par les sceptiques était l'impassibilité (''apatheia'', ἀπάθεια) ou la douceur (''praotès'', πραότης)<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 108.</ref>. Un de ses disciples dira qu'il faut imiter sa manière d'être, quitte à garder ses propres opinions : formule révélatrice, qui fait du pyrrhonisme un style d'existence avant d'en faire une doctrine. == Postérité == Le destin posthume de Pyrrhon est aussi singulier que sa vie. Son école ne lui survécut guère : après Timon, qui fut son propagandiste plus que son continuateur, le pyrrhonisme s'éteignit pour près de deux siècles, éclipsé par le scepticisme de la Nouvelle Académie, celui d'Arcésilas et de Carnéade, qui combattait le dogmatisme stoïcien avec d'autres armes. C'est au I{{er}}&nbsp;siècle av. J.-C. qu'Énésidème de Cnossos, dont les liens exacts avec l'Académie restent discutés, ranima la tradition en se plaçant sous le patronage de Pyrrhon, dont le nom servit dès lors d'emblème à un scepticisme refondé. Aristoclès note avec ironie que personne ne se souciait plus de Pyrrhon et de Timon quand Énésidème entreprit, « hier ou avant-hier », d'en ranimer le bavardage<ref>Aristoclès, dans Eusèbe, ''Préparation évangélique'', XIV, 18, 29.</ref>. Cette renaissance culmine au {{e|II}}&nbsp;siècle de notre ère avec Sextus Empiricus, dont les ''Esquisses pyrrhoniennes'' fixent la forme classique du scepticisme : suspension du jugement (''epochè'', ἐποχή) fondée sur l'égale force des arguments opposés (''isosthéneia'', ἰσοσθένεια) que produit la mise en regard méthodique des apparences et des raisonnements, tropes d'Énésidème et d'Agrippa, vie sans dogmes réglée sur les phénomènes et les coutumes. Mais cette consécration est aussi une transformation. L'historiographie contemporaine distingue désormais trois scepticismes : celui de Pyrrhon et de ses disciples directs, celui de la Nouvelle Académie, et le néopyrrhonisme d'Énésidème et de Sextus. Rien ne garantit que le premier ressemble au troisième. La suspension du jugement elle-même, cette ''epochè'' qui est la pièce maîtresse du système de Sextus, n'est pas attestée chez Pyrrhon, et Conche y voit un héritage d'Arcésilas plutôt qu'une notion proprement pyrrhonienne. Pyrrhon fut, selon le mot de Brochard, une sorte de saint sous l'invocation duquel le scepticisme se plaça ; les sceptiques tardifs lui prêtèrent peu à peu des thèses qui n'étaient pas exactement les siennes. La redécouverte de Sextus Empiricus à la Renaissance fit de « pyrrhonisme » un nom commun de la langue philosophique, désignant le doute poussé à son terme. Montaigne, dont l'« Apologie de Raymond Sebond » nourrit des arguments sceptiques une critique de la présomption humaine, contribua plus que personne à cette fortune ; la « crise pyrrhonienne » des {{e|XVI}} et {{e|XVII}}&nbsp;siècles aiguillonna Descartes, qui voulut vaincre le doute en le poussant à l'extrême, puis Pascal, Bayle et Hume. Par un dernier paradoxe, l'homme qui n'écrivit rien et tint le langage en suspicion se trouve ainsi à l'origine d'une des plus longues traditions de la philosophie occidentale : celle qui, périodiquement, demande à la raison de justifier ses prétentions au savoir. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == * Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', livre IX, 61-108, trad. sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999. * Fernanda Decleva Caizzi, ''Pirrone. Testimonianze'', Naples, Bibliopolis, 1981 (recueil de référence : 95 témoignages anciens, traduits et commentés). * Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', Paris, Imprimerie nationale, 1887 ; rééd. présentée par Jacques Brunschwig, Paris, Le Livre de Poche, 2002. * Léon Robin, ''Pyrrhon et le scepticisme grec'', Paris, PUF, 1944. * Marcel Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', Paris, PUF, coll. « Perspectives critiques », 1994 (première édition : Villers-sur-Mer, Éditions de Mégare, 1973). * Jacques Brunschwig, « Pyrrhon », dans Monique Canto-Sperber (dir.), ''Philosophie grecque'', Paris, PUF, 1997, p. 466-472. * Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000. * Carlos Lévy, ''Les scepticismes'', Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2008. * Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010 (en particulier le chapitre de Svavar Hrafn Svavarsson, « Pyrrho and Early Pyrrhonism », p. 36-57). * Brigitte Pérez, notice « Pyrrhon d'Élis » (P 327), dans Richard Goulet (dir.), ''Dictionnaire des philosophes antiques'', t. V b, Paris, CNRS Éditions, 2012, p. 1749-1771. {{AutoCat}} 69r9pgi9wm15f8q1i5hfuvwvhcjy5n5 767504 767503 2026-06-06T06:34:32Z PandaMystique 119061 Ajout de 2 liens (Philosophie/Histoire de la philosophie, Dictionnaire de philosophie/Scepticisme) 767504 wikitext text/x-wiki {{DicoPhilo|Pyrrhon d'Élis}} Pyrrhon d'Élis (v. 365/360 - v. 275/270 av. J.-C.) est un philosophe grec de l'époque hellénistique, traditionnellement considéré comme le fondateur du [[Dictionnaire de philosophie/Scepticisme|scepticisme]] ancien. Sa situation dans l'[[Philosophie/Histoire de la philosophie|histoire de la philosophie]] est paradoxale : il a donné son nom à tout un courant de pensée, le pyrrhonisme, dont les écrivains sceptiques se réclament pendant des siècles, d'Énésidème, qui intitule un de ses ouvrages ''Discours pyrrhoniens'', à Sextus Empiricus, qui nomme encore ''Esquisses pyrrhoniennes'' une de ses œuvres quatre siècles après la mort du maître. Et pourtant Pyrrhon n'a rien écrit, sinon un poème de circonstance en l'honneur d'Alexandre. Il demeure l'un des philosophes les plus mal connus de l'Antiquité, et la question de savoir ce qu'il a réellement pensé, et même s'il fut sceptique au sens où ses lointains héritiers l'entendront, divise aujourd'hui encore les interprètes. == Une vie entre deux mondes == Fils de Pleistarque, selon Diogène Laërce et la ''Souda'', Pyrrhon naquit entre 365 et 360 av. J.-C. à Élis, ou plus précisément, semble-t-il, à Pétra, un bourg voisin où Pausanias dit avoir vu son tombeau<ref>Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IX, 61 ; ''Souda'', s.v. Πύρρων ; Pausanias, ''Description de la Grèce'', VI, 24, 5.</ref>. Issu d'un milieu modeste, il commença par exercer la peinture, sans grand éclat : on conservait encore à Élis, au {{s|II}}&nbsp;siècle de notre ère, des porteurs de flambeaux de sa main, jugés médiocres. Selon Diogène Laërce, il aurait d'abord écouté un certain Bryson, que le texte rattache à Stilpon par une formule ambiguë : le grec ne permet pas de décider s'il en fait son fils ou son disciple, et la chronologie a conduit les éditeurs, depuis Nietzsche, à soupçonner le passage<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 61 ; ''Souda'', s.v. Πύρρων. Sur les difficultés de ce témoignage, voir Fernanda Decleva Caizzi, ''Pirrone. Testimonianze'', Naples, Bibliopolis, 1981, p. 132-134.</ref>. Il devint ensuite le disciple d'Anaxarque d'Abdère, chaînon entre Démocrite et Pyrrhon dans les successions anciennes, et cette filiation passe pour la plus crédible ; Jacques Brunschwig suggère que ce qui retint Pyrrhon chez Démocrite fut l'attitude morale plus que la physique des atomes<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 61 et IX, 67 ; Jacques Brunschwig, « Introduction au livre IX », dans Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', trad. sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, 1999, p. 1038.</ref>. L'Antiquité a d'ailleurs fait circuler deux généalogies concurrentes : l'une, socratique, rattache Pyrrhon aux successeurs de Phédon d'Élis ; l'autre l'inscrit dans la lignée éléate et démocritéenne<ref>Strabon, ''Géographie'', IX, 1, 8 ; ''Souda'', s.v. Σωκράτης ; Eusèbe de Césarée, ''Préparation évangélique'', XIV, 17, 10.</ref>. Sa biographie comporte un épisode singulier pour un philosophe grec : en compagnie d'Anaxarque, Pyrrhon suivit l'expédition d'Alexandre en Asie. Il y rencontra les mages de Perse et les gymnosophistes de l'Inde, ces « sages nus » dont l'ascèse et le détachement frappèrent les Grecs. Diogène Laërce affirme que cette rencontre fut à l'origine de sa philosophie<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 61.</ref>. La portée exacte de cette influence orientale reste discutée : depuis Brochard, les historiens ont relevé des parallèles entre l'indifférence pyrrhonienne et certaines attitudes de la pensée indienne, sans qu'on puisse établir une filiation doctrinale précise<ref>Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', Paris, Imprimerie nationale, 1887 ; rééd. Le Livre de Poche, 2002, p. 87-89 ; Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000, p. 169-178.</ref>. Du moins ce voyage place-t-il Pyrrhon au point de bascule entre deux mondes. Citoyen d'une petite cité du Péloponnèse, vouée au culte de Zeus Olympien et longtemps préservée des guerres, il a vécu une part essentielle de sa vie active dans l'élément contraire, celui de la cour itinérante d'un conquérant. Né avant Chéronée, mort sous les derniers Diadoques, il a vu s'effondrer la cité classique et naître le monde hellénistique. Marcel Conche voit dans sa philosophie une pensée du passage d'un monde à l'autre, contemporaine de cette dissolution générale des repères<ref>Marcel Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', Paris, PUF, coll. « Perspectives critiques », 1994, Prologue.</ref>. De retour à Élis après la mort d'Alexandre, Pyrrhon s'y entoura de nombreux disciples, vers 322, avant même la création du Jardin d'Épicure et du Portique de Zénon ; on hésite cependant à parler d'école, faute de doctrine professée et d'institution durable, et c'est rétrospectivement que des philosophes se réclameront de son nom. Il mena une existence simple et retirée, vivant avec sa sœur Philista, qui était sage-femme, vendant à l'occasion volailles et cochons de lait au marché, et ne dédaignant pas les travaux domestiques. Ses concitoyens l'entourèrent d'une estime durable : ils firent de lui un grand prêtre (ἀρχιερεύς) et, en son honneur, accordèrent aux philosophes une atélie, généralement comprise comme une exemption d'impôts ; après sa mort, survenue entre 275 et 270 environ, ils lui élevèrent une statue que Pausanias pouvait encore voir sur l'agora<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 64 ; Pausanias, ''Description de la Grèce'', VI, 24, 5. Le passage de Diogène, issu d'Antigone de Caryste, est jugé moins fiable : la nature du culte (Apollon Akésios, Hadès ou Tychè) et celle de l'atélie restent imprécises.</ref>. Ce détail mérite réflexion : de tels honneurs civiques invitent à traiter avec prudence les anecdotes hostiles ou caricaturales. Ils constituent une pièce du dossier lorsqu'il s'agit d'évaluer les récits qui dépeignent Pyrrhon en homme incapable de vivre, et nous y reviendrons. == Le problème des sources == Puisque Pyrrhon n'a laissé aucun écrit philosophique, sa pensée ne nous est accessible que par témoignages interposés, et ces témoignages ne s'accordent pas. Il y a, pour ainsi dire, deux Pyrrhon. Le premier est celui de la tradition sceptique : un penseur dont la position porte sur la connaissance et sur les choses, et que rapportent Aristoclès de Messine, Diogène Laërce et, à distance, Sextus Empiricus. Le second est celui de la tradition académique conservée par Cicéron : un moraliste de l'indifférence, régulièrement associé à Ariston de Chios et à Hérille de Carthage, qui aurait soutenu que rien ne compte hormis la vertu et que tout le reste se vaut<ref>Cicéron, ''De finibus'', II, 13, 43 ; IV, 16, 43 ; ''Premiers Académiques'', II, 42, 130. Sur ce double visage, voir Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', 1887, livre I, chap. 3.</ref>. Au sein de la première tradition, deux documents dominent. Le premier est le chapitre que Diogène Laërce consacre à Pyrrhon au livre IX de ses ''Vies'', dont la partie biographique reprend le récit d'Antigone de Caryste, auteur du {{e|III}}&nbsp;siècle av. J.-C. qui a pu recueillir des souvenirs de première main. Le second, le plus précieux pour la doctrine, est un extrait du ''Sur la philosophie'' d'Aristoclès de Messine, péripatéticien dont les dates sont mal connues mais qu'on ne situe plus aujourd'hui après le I{{er}}&nbsp;siècle de notre ère, conservé par Eusèbe de Césarée dans sa ''Préparation évangélique''<ref>Eusèbe de Césarée, ''Préparation évangélique'', XIV, 18, 1-4. Sur la datation haute d'Aristoclès, voir Simone Follet, notice « Aristoclès de Messine », dans Richard Goulet (dir.), ''Dictionnaire des philosophes antiques'', t. I, Paris, CNRS Éditions, 1989, p. 382-384. Marcel Conche défend en revanche la forme « Aristoclès de Messène », rapportant le nom à la cité du Péloponnèse (''Pyrrhon ou l'apparence'', 1994).</ref>. Or Aristoclès y résume le témoignage de Timon de Phlionte, disciple immédiat de Pyrrhon, auteur des ''Silles'' et des ''Indalmoi'', poèmes satiriques et élégiaques où il moque tous les philosophes à l'exception de son maître, ainsi que d'une œuvre en prose, le ''Python''. Nous lisons donc Pyrrhon à travers trois relais successifs : Timon le rapporte, Aristoclès le résume, Eusèbe le cite. Toute la difficulté de l'interprétation tient à cette chaîne de transmission, où chaque maillon a pu infléchir le sens. == Le témoignage d'Aristoclès : les trois questions == Le passage d'Aristoclès constitue le texte le plus détaillé dont nous disposions sur la pensée de Pyrrhon, et c'est autour de lui que gravite toute la discussion savante. Selon Timon, celui qui veut atteindre le bonheur doit considérer trois questions : premièrement, quelle est la nature des choses ; deuxièmement, quelle disposition nous devons adopter à leur égard ; troisièmement, ce qui en résultera pour qui adopte cette disposition. La démarche est limpide dans sa construction : de ce que sont les choses dépend l'attitude qui convient, et de cette attitude dépend ce que nous pouvons en attendre. Le bonheur vient en conclusion d'une enquête qui commence par une question sur les choses. C'est en cela que Pyrrhon est de son temps : comme Épicure ou Zénon, il cherche une voie vers la vie heureuse ; mais à la différence de ses rivaux dogmatiques, la voie qu'il propose passe par un renoncement. À la première question, Pyrrhon répond, toujours selon Timon, que les choses sont également ''adiaphora'' (ἀδιάφορα), ''astathmēta'' (ἀστάθμητα) et ''anepikrita'' (ἀνεπίκριτα). Chacun de ces trois adjectifs grecs admet deux lectures, et cette ambiguïté commande tout le reste, jusque dans le choix des traductions. Faut-il comprendre que les choses sont en elles-mêmes « indifférentes, indéterminées et indécises », comme le rendent les partisans d'une lecture portant sur la réalité, ou bien qu'elles sont pour nous « indifférenciables, immesurables et indécidables », comme le suggèrent les suffixes qu'adoptent les tenants d'une lecture portant sur nos facultés ? La première lecture fait parler Pyrrhon des choses, la seconde de notre incapacité à les saisir. Nous verrons que ce choix de traduction engage deux images presque opposées de Pyrrhon. De cette thèse sur les choses découle une conséquence : ni nos sensations ni nos opinions ne disent le vrai ou le faux. Il ne faut donc pas leur accorder confiance, mais demeurer sans opinion, sans inclination, sans ébranlement, en disant de chaque chose qu'elle « n'est pas plus qu'elle n'est pas, ou bien qu'elle est et n'est pas, ou bien qu'elle n'est ni n'est pas ». Cette formule du ''ou mallon'' (οὐ μᾶλλον), « pas plus », deviendra l'une des devises du scepticisme ancien<ref>Sur les emplois du verbe être dans cette formule, où il faut sans doute sous-entendre un prédicat, voir Jacques Brunschwig, « Pyrrhon », dans Monique Canto-Sperber (dir.), ''Philosophie grecque'', Paris, PUF, 1997, p. 469-470.</ref>. Prenons un exemple simple pour en saisir l'étrangeté. Devant un gâteau, le sens commun dit : il est sucré. Le relativiste corrige : il est sucré pour moi, peut-être fade pour un malade. Pyrrhon va plus loin que l'un et l'autre : le gâteau n'est pas plus sucré que non sucré, et l'on ne sauvera pas l'affirmation en la réfugiant dans le « pour moi ». Le langage ordinaire, qui dit à chaque instant que les choses sont ceci ou cela, se trouve frappé d'une suspicion qui ne souffre aucune exception. À qui se tient dans cette disposition, Timon promet deux choses : d'abord ce qu'il nomme ''aphasia'' (ἀφασία). Le mot évoque littéralement l'absence de parole, mais il ne peut s'agir ici d'un mutisme, puisque Timon vient précisément de prescrire ce qu'il faut dire de chaque chose ; il faut plutôt y entendre le renoncement à toute assertion définie, qui n'est pas l'attitude prescrite elle-même mais ce qui en résulte, et qui diffère de la non-assertion telle que Sextus la concevra<ref>Sur ce point disputé, voir Jacques Brunschwig, « L'aphasie pyrrhonienne », dans Carlos Lévy et Laurent Pernot (dir.), ''Dire l'évidence'', Paris, L'Harmattan, 1997, p. 297-320.</ref>. Vient ensuite l'imperturbabilité, ''ataraxia'' (ἀταραξία), l'absence de trouble, cette tranquillité de l'âme que toutes les écoles hellénistiques poursuivent par des chemins différents. Le résumé d'Aristoclès ajoute que, « selon Énésidème », il s'ensuit aussi le plaisir : la mention trahit le filtre du pyrrhonisme renaissant à travers lequel le témoignage nous est parvenu. Là où l'épicurien fonde sa sérénité sur une physique des atomes qui dissipe la crainte des dieux et de la mort, là où le stoïcien la fonde sur la connaissance de l'ordre du monde, le pyrrhonien l'obtient en cessant de prétendre savoir. Nos tourments naissent de nos jugements : nous croyons que telle chose est bonne, nous souffrons de ne pas l'avoir ; nous croyons que telle autre est un mal, nous tremblons qu'elle n'arrive. Que ces jugements perdent leur assise, et le trouble perd la sienne. La paix vient non d'une réponse, mais de l'évanouissement de la question. == Le conflit des interprétations == Que signifie au juste la réponse de Pyrrhon à la première question ? Le débat contemporain s'organise autour des deux lectures des trois adjectifs. La lecture épistémologique, dite aussi subjective, longtemps dominante, comprend que les choses sont indifférenciables et indécidables « pour nous » : nos facultés ne nous donnent pas accès à leur nature. Pyrrhon serait alors le premier maillon d'une chaîne qui conduit sans rupture jusqu'à Sextus Empiricus : un penseur de l'incapacité humaine à trancher, un sceptique au sens plein. Cette lecture a pour elle la continuité de la tradition qui se réclame de Pyrrhon. Elle se heurte pourtant à une difficulté d'ordre logique, soulignée avec insistance par Richard Bett : dans le texte d'Aristoclès, c'est de la thèse sur les choses que l'on déduit que nos sensations et opinions ne sont ni vraies ni fausses. Or, si la thèse initiale affirmait seulement que nous ne pouvons pas connaître la nature des choses, on devrait conclure que nous ignorons si nos sensations sont vraies, et non qu'elles ne sont ni vraies ni fausses. Dire d'une sensation qu'elle n'est ni vraie ni fausse, c'est se prononcer sur son rapport au réel, ce qui suppose qu'on sache quelque chose de ce réel<ref>Bett, ''Pyrrho'', 2000, p. 14-43, et, sur l'amendement du texte grec, p. 25-26. Certains interprètes ont proposé de corriger le texte grec pour rétablir la cohérence de la lecture épistémologique ; Bett montre que l'amendement ne résout pas la difficulté.</ref>. D'où la lecture métaphysique, dite aussi objective, que Bett défend sous le nom de thèse de l'indétermination (''indeterminacy thesis'') : Pyrrhon aurait soutenu une thèse sur la réalité elle-même, à savoir que les choses sont en leur nature indéterminées, sans propriétés fixes, sans contours assignables. Si tel est le cas, l'inférence devient intelligible : puisque rien n'est déterminément ceci ou cela, aucune sensation, aucune opinion qui attribue aux choses un caractère défini ne peut être dite vraie, ni d'ailleurs fausse. Mais cette lecture a un prix : elle fait de Pyrrhon un dogmatique de l'indétermination, qui affirme quelque chose de la nature des choses, et donc tout autre chose qu'un sceptique au sens de Sextus, lequel s'interdit précisément toute affirmation de ce genre. Le fondateur éponyme du pyrrhonisme n'aurait pas été pyrrhonien<ref>Pour un état des lieux du débat, voir Svavar Hrafn Svavarsson, « Pyrrho and Early Pyrrhonism », dans Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 36-57.</ref>. Une troisième voie, ancienne, mérite d'être rappelée : celle de Brochard, qui jugeait que le Pyrrhon historique fut un sage avant d'être un logicien. Les anciens eux-mêmes retenaient surtout sa manière de vivre ; ses actes, plus que ses paroles, constituaient son enseignement, et ce n'est que plus tard, selon Brochard, qu'on interpréta en un sens logique ce qui avait d'abord une signification morale. Le mot d'ordre du pyrrhonisme primitif n'aurait pas été « que sais-je ? », mais plutôt « tout m'est égal »<ref>Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', 1887, livre I, chap. 3. Cette lecture morale trouve un appui dans les témoignages de Cicéron, qui associent Pyrrhon aux « indifférentistes » Ariston de Chios et Hérille de Carthage.</ref>. La formule qui clôt l'étude de 1885 a fait fortune : Pyrrhon « fut avant tout un désabusé : il fut un ascète grec »<ref>Victor Brochard, « Pyrrhon et le scepticisme primitif », ''Revue philosophique'', 1885, p. 532.</ref>. En France, l'interprétation de Marcel Conche occupe une place à part. Pour Conche, Pyrrhon n'est ni un sceptique de l'inconnaissable ni un moraliste : il est le penseur de l'apparence pure. Ce que Pyrrhon met en question, c'est l'idée même d'être, ce socle que toute la métaphysique présuppose sans l'interroger. Dire que chaque chose « n'est pas plus qu'elle n'est pas », ce n'est pas avouer notre ignorance d'une réalité cachée derrière les phénomènes : c'est dissoudre la notion d'une telle réalité. Il ne reste alors que l'apparence, mais une apparence d'un genre inédit, qui n'est plus apparence « de » quelque chose ni apparence « pour » quelqu'un, puisque la chose et le sujet se résolvent eux-mêmes en apparences. Sur ce point, Conche insiste : le pyrrhonisme n'est ni un relativisme ni un subjectivisme, car ces doctrines maintiennent la scission du sujet et de l'objet, de l'apparaître et de l'être, que Pyrrhon veut justement abolir. Là où Platon allait de l'apparence vers l'être, Pyrrhon fait le chemin inverse : de l'« être », réification illusoire produite par le langage, vers l'apparence universelle. Cette lecture, longtemps isolée, a été reprise par Carlos Lévy<ref>Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', 1994, chap. VIII et IX ; Carlos Lévy, ''Les scepticismes'', Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2008. L'apport de Conche est reconnu au-delà des frontières : Giovanni Reale et Fernanda Decleva Caizzi lui attribuent le mérite d'avoir mis en crise l'interprétation phénoméniste de Pyrrhon, même lorsqu'ils refusent de le suivre dans sa lecture nihiliste.</ref>. On mesure l'écart entre ces lectures en revenant aux trois adjectifs. « Indifférenciables pour nous » : Pyrrhon est un sceptique. « Indéterminées en elles-mêmes » : il est un métaphysicien négatif. « Sans différence de valeur » : il est un moraliste. Le même texte porte ces trois Pyrrhon, et l'inventaire n'est pas clos : Giovanni Reale a dénombré jusqu'à huit interprétations, de la lecture phénoméniste aux lectures orientaliste ou littéraire<ref>Giovanni Reale, « Ipotesi per una rilettura della filosofia di Pirrone di Elide », dans Gabriele Giannantoni (dir.), ''Lo scetticismo antico'', Naples, Bibliopolis, 1981, t. I, p. 243-336.</ref>. Le lecteur doit donc savoir que tout exposé de cette pensée, y compris celui-ci, repose sur des choix interprétatifs que l'état des sources ne permet pas de clore. == Les anecdotes : un sage en péril ? == La tradition biographique a transmis sur Pyrrhon une série d'anecdotes hautes en couleur. Selon Antigone de Caryste, il vivait en conformité avec sa doctrine, n'évitant rien, ne se gardant de rien, affrontant indifféremment chariots, précipices et chiens, sans rien accorder à ses sens ; ses familiers le suivaient pour le préserver du danger<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 62.</ref>. Un jour qu'Anaxarque était tombé dans un marécage, Pyrrhon aurait passé son chemin sans lui porter secours ; et Anaxarque, loin de lui en vouloir, l'aurait félicité de son indifférence. Posidonius rapporte qu'au cours d'une traversée, comme la tempête épouvantait les passagers, Pyrrhon resta calme et leur montra un petit cochon qui continuait de manger sur le pont : voilà, dit-il, l'imperturbabilité dans laquelle le sage doit se tenir<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 63 et IX, 68.</ref>. D'autres récits le montrent au contraire en défaut : effrayé par un chien, il se serait réfugié sur un arbre, concédant qu'il est « difficile de dépouiller l'homme » ; surpris en colère contre sa sœur, il aurait répliqué que ce n'est pas à propos d'une femme qu'il convient de faire montre d'indifférence<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 66 ; Aristoclès, dans Eusèbe, ''Préparation évangélique'', XIV, 18, 26.</ref>. Que faire de ces récits ? Les prendre au pied de la lettre conduit à une absurdité : un homme qui ne distinguerait pas un précipice d'un chemin ne vivrait pas quatre-vingt-dix ans, et une cité ne ferait pas d'un tel insensé son grand prêtre. Aussi les interprètes ont-ils proposé deux explications. La première y voit une fabrication polémique. Aristote avait objecté aux négateurs du principe de contradiction que leurs actes démentent leurs paroles : pourquoi celui qui tient la chute dans un puits pour indifféremment bonne et mauvaise s'en garde-t-il avec tant de soin<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Γ, 4, 1008 b 12-20.</ref> ? L'anecdote des précipices ressemble fort à une mise en scène de cette objection : un récit hostile de ce que ferait quelqu'un qui prendrait Pyrrhon au sérieux, plutôt qu'un compte rendu de ce que faisait Pyrrhon. On a relevé en outre que ces récits se réfutent eux-mêmes : si Pyrrhon se défie de ses propres sens mais s'en remet à ceux de ses amis pour se tirer d'affaire, il montre par là que les sens sont, de fait, dignes de foi. La seconde explication, avancée par Conche, retourne la perspective : il s'agirait d'une pantomime pédagogique. Pyrrhon, ancien peintre, met en scène sa leçon devant ses disciples ; il feint de marcher vers le précipice, on le retient, et chacun comprend que la différence du précipice et du non-précipice, si pressante pour la conduite de la vie, ne dit rien d'un partage dans l'être. Le précipice n'est ici qu'un exemple parmi d'autres possibles : ce que la scène donne à voir, c'est l'apparence universelle, non une invitation à se jeter dans le vide<ref>Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', 1994, chap. III, p. 135-136 ; sur la lecture polémique, Bett, ''Pyrrho'', 2000, p. 67-69.</ref>. Aucun élément des sources ne permet toutefois de départager ces deux explications, qui demeurent l'une et l'autre conjecturales. Reste que ces anecdotes, quelle qu'en soit la valeur historique, dessinent le portrait que l'Antiquité s'est fait de Pyrrhon : celui d'un homme d'une égalité d'âme presque inentamable, vénéré de ses disciples à l'égal d'un Socrate, et dont la vie même constituait l'enseignement. Timon le dépeint ''atuphos'' (ἄτυφος), exempt de vanité, indompté par tout ce qui dompte les mortels, ces foules accablées sous le poids des passions, de l'opinion et des conventions<ref>Fragments des ''Silles'' et des ''Indalmoi'' de Timon, présentés et classés par Bett, ''Pyrrho'', 2000, p. 70-71. Bett relève les nombreux parallèles entre ces fragments et les anecdotes, au point qu'on a pu soupçonner les secondes d'être des broderies sur les premiers.</ref>. L'Antiquité elle-même percevait la tension entre l'idéal et l'homme : on discutait, rapporte Diogène, pour savoir si la fin visée par les sceptiques était l'impassibilité (''apatheia'', ἀπάθεια) ou la douceur (''praotès'', πραότης)<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 108.</ref>. Un de ses disciples dira qu'il faut imiter sa manière d'être, quitte à garder ses propres opinions : formule révélatrice, qui fait du pyrrhonisme un style d'existence avant d'en faire une doctrine. == Postérité == Le destin posthume de Pyrrhon est aussi singulier que sa vie. Son école ne lui survécut guère : après Timon, qui fut son propagandiste plus que son continuateur, le pyrrhonisme s'éteignit pour près de deux siècles, éclipsé par le scepticisme de la Nouvelle Académie, celui d'Arcésilas et de Carnéade, qui combattait le dogmatisme stoïcien avec d'autres armes. C'est au I{{er}}&nbsp;siècle av. J.-C. qu'Énésidème de Cnossos, dont les liens exacts avec l'Académie restent discutés, ranima la tradition en se plaçant sous le patronage de Pyrrhon, dont le nom servit dès lors d'emblème à un scepticisme refondé. Aristoclès note avec ironie que personne ne se souciait plus de Pyrrhon et de Timon quand Énésidème entreprit, « hier ou avant-hier », d'en ranimer le bavardage<ref>Aristoclès, dans Eusèbe, ''Préparation évangélique'', XIV, 18, 29.</ref>. Cette renaissance culmine au {{e|II}}&nbsp;siècle de notre ère avec Sextus Empiricus, dont les ''Esquisses pyrrhoniennes'' fixent la forme classique du scepticisme : suspension du jugement (''epochè'', ἐποχή) fondée sur l'égale force des arguments opposés (''isosthéneia'', ἰσοσθένεια) que produit la mise en regard méthodique des apparences et des raisonnements, tropes d'Énésidème et d'Agrippa, vie sans dogmes réglée sur les phénomènes et les coutumes. Mais cette consécration est aussi une transformation. L'historiographie contemporaine distingue désormais trois scepticismes : celui de Pyrrhon et de ses disciples directs, celui de la Nouvelle Académie, et le néopyrrhonisme d'Énésidème et de Sextus. Rien ne garantit que le premier ressemble au troisième. La suspension du jugement elle-même, cette ''epochè'' qui est la pièce maîtresse du système de Sextus, n'est pas attestée chez Pyrrhon, et Conche y voit un héritage d'Arcésilas plutôt qu'une notion proprement pyrrhonienne. Pyrrhon fut, selon le mot de Brochard, une sorte de saint sous l'invocation duquel le scepticisme se plaça ; les sceptiques tardifs lui prêtèrent peu à peu des thèses qui n'étaient pas exactement les siennes. La redécouverte de Sextus Empiricus à la Renaissance fit de « pyrrhonisme » un nom commun de la langue philosophique, désignant le doute poussé à son terme. Montaigne, dont l'« Apologie de Raymond Sebond » nourrit des arguments sceptiques une critique de la présomption humaine, contribua plus que personne à cette fortune ; la « crise pyrrhonienne » des {{e|XVI}} et {{e|XVII}}&nbsp;siècles aiguillonna Descartes, qui voulut vaincre le doute en le poussant à l'extrême, puis Pascal, Bayle et Hume. Par un dernier paradoxe, l'homme qui n'écrivit rien et tint le langage en suspicion se trouve ainsi à l'origine d'une des plus longues traditions de la philosophie occidentale : celle qui, périodiquement, demande à la raison de justifier ses prétentions au savoir. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == * Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', livre IX, 61-108, trad. sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999. * Fernanda Decleva Caizzi, ''Pirrone. Testimonianze'', Naples, Bibliopolis, 1981 (recueil de référence : 95 témoignages anciens, traduits et commentés). * Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', Paris, Imprimerie nationale, 1887 ; rééd. présentée par Jacques Brunschwig, Paris, Le Livre de Poche, 2002. * Léon Robin, ''Pyrrhon et le scepticisme grec'', Paris, PUF, 1944. * Marcel Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', Paris, PUF, coll. « Perspectives critiques », 1994 (première édition : Villers-sur-Mer, Éditions de Mégare, 1973). * Jacques Brunschwig, « Pyrrhon », dans Monique Canto-Sperber (dir.), ''Philosophie grecque'', Paris, PUF, 1997, p. 466-472. * Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000. * Carlos Lévy, ''Les scepticismes'', Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2008. * Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010 (en particulier le chapitre de Svavar Hrafn Svavarsson, « Pyrrho and Early Pyrrhonism », p. 36-57). * Brigitte Pérez, notice « Pyrrhon d'Élis » (P 327), dans Richard Goulet (dir.), ''Dictionnaire des philosophes antiques'', t. V b, Paris, CNRS Éditions, 2012, p. 1749-1771. {{AutoCat}} ec8den5odvvgc44ijdfrgpsfxst5ys6 767509 767504 2026-06-06T06:43:49Z PandaMystique 119061 767509 wikitext text/x-wiki {{DicoPhilo|Pyrrhon d'Élis}} [[Fichier:Pyrrho in Thomas Stanley History of Philosophy.jpg|vignette|Pyrrhon d'Élis, gravure tirée de ''The History of Philosophy'' de Thomas Stanley (1655). Aucun portrait antique authentique du philosophe n'est conservé.]] Pyrrhon d'Élis (v. 365/360 - v. 275/270 av. J.-C.) est un philosophe grec de l'époque hellénistique, traditionnellement considéré comme le fondateur du [[Dictionnaire de philosophie/Scepticisme|scepticisme]] ancien. Sa situation dans l'[[Philosophie/Histoire de la philosophie|histoire de la philosophie]] est paradoxale : il a donné son nom à tout un courant de pensée, le pyrrhonisme, dont les écrivains sceptiques se réclament pendant des siècles, d'Énésidème, qui intitule un de ses ouvrages ''Discours pyrrhoniens'', à Sextus Empiricus, qui nomme encore ''Esquisses pyrrhoniennes'' une de ses œuvres quatre siècles après la mort du maître. Et pourtant Pyrrhon n'a rien écrit, sinon un poème de circonstance en l'honneur d'Alexandre. Il demeure l'un des philosophes les plus mal connus de l'Antiquité, et la question de savoir ce qu'il a réellement pensé, et même s'il fut sceptique au sens où ses lointains héritiers l'entendront, divise aujourd'hui encore les interprètes. == Une vie entre deux mondes == [[Fichier:Elis Theater from SE.jpg|vignette|Le théâtre antique d'Élis, cité natale de Pyrrhon. La cité honora le philosophe d'un sacerdoce et, après sa mort, d'une statue sur l'agora.]] Fils de Pleistarque, selon Diogène Laërce et la ''Souda'', Pyrrhon naquit entre 365 et 360 av. J.-C. à Élis, ou plus précisément, semble-t-il, à Pétra, un bourg voisin où Pausanias dit avoir vu son tombeau<ref>Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', IX, 61 ; ''Souda'', s.v. Πύρρων ; Pausanias, ''Description de la Grèce'', VI, 24, 5.</ref>. Issu d'un milieu modeste, il commença par exercer la peinture, sans grand éclat : on conservait encore à Élis, au {{s|II}}&nbsp;siècle de notre ère, des porteurs de flambeaux de sa main, jugés médiocres. Selon Diogène Laërce, il aurait d'abord écouté un certain Bryson, que le texte rattache à Stilpon par une formule ambiguë : le grec ne permet pas de décider s'il en fait son fils ou son disciple, et la chronologie a conduit les éditeurs, depuis Nietzsche, à soupçonner le passage<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 61 ; ''Souda'', s.v. Πύρρων. Sur les difficultés de ce témoignage, voir Fernanda Decleva Caizzi, ''Pirrone. Testimonianze'', Naples, Bibliopolis, 1981, p. 132-134.</ref>. Il devint ensuite le disciple d'Anaxarque d'Abdère, chaînon entre Démocrite et Pyrrhon dans les successions anciennes, et cette filiation passe pour la plus crédible ; Jacques Brunschwig suggère que ce qui retint Pyrrhon chez Démocrite fut l'attitude morale plus que la physique des atomes<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 61 et IX, 67 ; Jacques Brunschwig, « Introduction au livre IX », dans Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', trad. sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, 1999, p. 1038.</ref>. L'Antiquité a d'ailleurs fait circuler deux généalogies concurrentes : l'une, socratique, rattache Pyrrhon aux successeurs de Phédon d'Élis ; l'autre l'inscrit dans la lignée éléate et démocritéenne<ref>Strabon, ''Géographie'', IX, 1, 8 ; ''Souda'', s.v. Σωκράτης ; Eusèbe de Césarée, ''Préparation évangélique'', XIV, 17, 10.</ref>. [[Fichier:Alexander the Great Receiving News of the Death by Immolation of the Indian Gymnosophist Calanus - Jean-Baptiste de Champaigne - 1672.jpeg|vignette|Alexandre apprenant la mort du gymnosophiste Calanos, tableau de Jean-Baptiste de Champaigne (1672). Pyrrhon rencontra les « sages nus » de l'Inde lors de l'expédition d'Alexandre.]] Sa biographie comporte un épisode singulier pour un philosophe grec : en compagnie d'Anaxarque, Pyrrhon suivit l'expédition d'Alexandre en Asie. Il y rencontra les mages de Perse et les gymnosophistes de l'Inde, ces « sages nus » dont l'ascèse et le détachement frappèrent les Grecs. Diogène Laërce affirme que cette rencontre fut à l'origine de sa philosophie<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 61.</ref>. La portée exacte de cette influence orientale reste discutée : depuis Brochard, les historiens ont relevé des parallèles entre l'indifférence pyrrhonienne et certaines attitudes de la pensée indienne, sans qu'on puisse établir une filiation doctrinale précise<ref>Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', Paris, Imprimerie nationale, 1887 ; rééd. Le Livre de Poche, 2002, p. 87-89 ; Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000, p. 169-178.</ref>. Du moins ce voyage place-t-il Pyrrhon au point de bascule entre deux mondes. Citoyen d'une petite cité du Péloponnèse, vouée au culte de Zeus Olympien et longtemps préservée des guerres, il a vécu une part essentielle de sa vie active dans l'élément contraire, celui de la cour itinérante d'un conquérant. Né avant Chéronée, mort sous les derniers Diadoques, il a vu s'effondrer la cité classique et naître le monde hellénistique. Marcel Conche voit dans sa philosophie une pensée du passage d'un monde à l'autre, contemporaine de cette dissolution générale des repères<ref>Marcel Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', Paris, PUF, coll. « Perspectives critiques », 1994, Prologue.</ref>. De retour à Élis après la mort d'Alexandre, Pyrrhon s'y entoura de nombreux disciples, vers 322, avant même la création du Jardin d'Épicure et du Portique de Zénon ; on hésite cependant à parler d'école, faute de doctrine professée et d'institution durable, et c'est rétrospectivement que des philosophes se réclameront de son nom. Il mena une existence simple et retirée, vivant avec sa sœur Philista, qui était sage-femme, vendant à l'occasion volailles et cochons de lait au marché, et ne dédaignant pas les travaux domestiques. Ses concitoyens l'entourèrent d'une estime durable : ils firent de lui un grand prêtre (ἀρχιερεύς) et, en son honneur, accordèrent aux philosophes une atélie, généralement comprise comme une exemption d'impôts ; après sa mort, survenue entre 275 et 270 environ, ils lui élevèrent une statue que Pausanias pouvait encore voir sur l'agora<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 64 ; Pausanias, ''Description de la Grèce'', VI, 24, 5. Le passage de Diogène, issu d'Antigone de Caryste, est jugé moins fiable : la nature du culte (Apollon Akésios, Hadès ou Tychè) et celle de l'atélie restent imprécises.</ref>. Ce détail mérite réflexion : de tels honneurs civiques invitent à traiter avec prudence les anecdotes hostiles ou caricaturales. Ils constituent une pièce du dossier lorsqu'il s'agit d'évaluer les récits qui dépeignent Pyrrhon en homme incapable de vivre, et nous y reviendrons. == Le problème des sources == [[Fichier:Timon in Thomas Stanley History of Philosophy.jpg|vignette|Timon de Phlionte, disciple immédiat de Pyrrhon et son principal témoin, gravure tirée de l'ouvrage de Thomas Stanley (1655).]] Puisque Pyrrhon n'a laissé aucun écrit philosophique, sa pensée ne nous est accessible que par témoignages interposés, et ces témoignages ne s'accordent pas. Il y a, pour ainsi dire, deux Pyrrhon. Le premier est celui de la tradition sceptique : un penseur dont la position porte sur la connaissance et sur les choses, et que rapportent Aristoclès de Messine, Diogène Laërce et, à distance, Sextus Empiricus. Le second est celui de la tradition académique conservée par Cicéron : un moraliste de l'indifférence, régulièrement associé à Ariston de Chios et à Hérille de Carthage, qui aurait soutenu que rien ne compte hormis la vertu et que tout le reste se vaut<ref>Cicéron, ''De finibus'', II, 13, 43 ; IV, 16, 43 ; ''Premiers Académiques'', II, 42, 130. Sur ce double visage, voir Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', 1887, livre I, chap. 3.</ref>. Au sein de la première tradition, deux documents dominent. Le premier est le chapitre que Diogène Laërce consacre à Pyrrhon au livre IX de ses ''Vies'', dont la partie biographique reprend le récit d'Antigone de Caryste, auteur du {{e|III}}&nbsp;siècle av. J.-C. qui a pu recueillir des souvenirs de première main. Le second, le plus précieux pour la doctrine, est un extrait du ''Sur la philosophie'' d'Aristoclès de Messine, péripatéticien dont les dates sont mal connues mais qu'on ne situe plus aujourd'hui après le I{{er}}&nbsp;siècle de notre ère, conservé par Eusèbe de Césarée dans sa ''Préparation évangélique''<ref>Eusèbe de Césarée, ''Préparation évangélique'', XIV, 18, 1-4. Sur la datation haute d'Aristoclès, voir Simone Follet, notice « Aristoclès de Messine », dans Richard Goulet (dir.), ''Dictionnaire des philosophes antiques'', t. I, Paris, CNRS Éditions, 1989, p. 382-384. Marcel Conche défend en revanche la forme « Aristoclès de Messène », rapportant le nom à la cité du Péloponnèse (''Pyrrhon ou l'apparence'', 1994).</ref>. Or Aristoclès y résume le témoignage de Timon de Phlionte, disciple immédiat de Pyrrhon, auteur des ''Silles'' et des ''Indalmoi'', poèmes satiriques et élégiaques où il moque tous les philosophes à l'exception de son maître, ainsi que d'une œuvre en prose, le ''Python''. Nous lisons donc Pyrrhon à travers trois relais successifs : Timon le rapporte, Aristoclès le résume, Eusèbe le cite. Toute la difficulté de l'interprétation tient à cette chaîne de transmission, où chaque maillon a pu infléchir le sens. == Le témoignage d'Aristoclès : les trois questions == [[Fichier:Eusebius evangelica praeparatione - Jenson 1470 1r.jpg|vignette|Première page de la ''Préparation évangélique'' d'Eusèbe de Césarée dans l'édition vénitienne de Nicolas Jenson (1470). C'est par cet ouvrage que le témoignage d'Aristoclès sur Pyrrhon nous est parvenu.]] Le passage d'Aristoclès constitue le texte le plus détaillé dont nous disposions sur la pensée de Pyrrhon, et c'est autour de lui que gravite toute la discussion savante. Selon Timon, celui qui veut atteindre le bonheur doit considérer trois questions : premièrement, quelle est la nature des choses ; deuxièmement, quelle disposition nous devons adopter à leur égard ; troisièmement, ce qui en résultera pour qui adopte cette disposition. La démarche est limpide dans sa construction : de ce que sont les choses dépend l'attitude qui convient, et de cette attitude dépend ce que nous pouvons en attendre. Le bonheur vient en conclusion d'une enquête qui commence par une question sur les choses. C'est en cela que Pyrrhon est de son temps : comme Épicure ou Zénon, il cherche une voie vers la vie heureuse ; mais à la différence de ses rivaux dogmatiques, la voie qu'il propose passe par un renoncement. À la première question, Pyrrhon répond, toujours selon Timon, que les choses sont également ''adiaphora'' (ἀδιάφορα), ''astathmēta'' (ἀστάθμητα) et ''anepikrita'' (ἀνεπίκριτα). Chacun de ces trois adjectifs grecs admet deux lectures, et cette ambiguïté commande tout le reste, jusque dans le choix des traductions. Faut-il comprendre que les choses sont en elles-mêmes « indifférentes, indéterminées et indécises », comme le rendent les partisans d'une lecture portant sur la réalité, ou bien qu'elles sont pour nous « indifférenciables, immesurables et indécidables », comme le suggèrent les suffixes qu'adoptent les tenants d'une lecture portant sur nos facultés ? La première lecture fait parler Pyrrhon des choses, la seconde de notre incapacité à les saisir. Nous verrons que ce choix de traduction engage deux images presque opposées de Pyrrhon. De cette thèse sur les choses découle une conséquence : ni nos sensations ni nos opinions ne disent le vrai ou le faux. Il ne faut donc pas leur accorder confiance, mais demeurer sans opinion, sans inclination, sans ébranlement, en disant de chaque chose qu'elle « n'est pas plus qu'elle n'est pas, ou bien qu'elle est et n'est pas, ou bien qu'elle n'est ni n'est pas ». Cette formule du ''ou mallon'' (οὐ μᾶλλον), « pas plus », deviendra l'une des devises du scepticisme ancien<ref>Sur les emplois du verbe être dans cette formule, où il faut sans doute sous-entendre un prédicat, voir Jacques Brunschwig, « Pyrrhon », dans Monique Canto-Sperber (dir.), ''Philosophie grecque'', Paris, PUF, 1997, p. 469-470.</ref>. Prenons un exemple simple pour en saisir l'étrangeté. Devant un gâteau, le sens commun dit : il est sucré. Le relativiste corrige : il est sucré pour moi, peut-être fade pour un malade. Pyrrhon va plus loin que l'un et l'autre : le gâteau n'est pas plus sucré que non sucré, et l'on ne sauvera pas l'affirmation en la réfugiant dans le « pour moi ». Le langage ordinaire, qui dit à chaque instant que les choses sont ceci ou cela, se trouve frappé d'une suspicion qui ne souffre aucune exception. À qui se tient dans cette disposition, Timon promet deux choses : d'abord ce qu'il nomme ''aphasia'' (ἀφασία). Le mot évoque littéralement l'absence de parole, mais il ne peut s'agir ici d'un mutisme, puisque Timon vient précisément de prescrire ce qu'il faut dire de chaque chose ; il faut plutôt y entendre le renoncement à toute assertion définie, qui n'est pas l'attitude prescrite elle-même mais ce qui en résulte, et qui diffère de la non-assertion telle que Sextus la concevra<ref>Sur ce point disputé, voir Jacques Brunschwig, « L'aphasie pyrrhonienne », dans Carlos Lévy et Laurent Pernot (dir.), ''Dire l'évidence'', Paris, L'Harmattan, 1997, p. 297-320.</ref>. Vient ensuite l'imperturbabilité, ''ataraxia'' (ἀταραξία), l'absence de trouble, cette tranquillité de l'âme que toutes les écoles hellénistiques poursuivent par des chemins différents. Le résumé d'Aristoclès ajoute que, « selon Énésidème », il s'ensuit aussi le plaisir : la mention trahit le filtre du pyrrhonisme renaissant à travers lequel le témoignage nous est parvenu. Là où l'épicurien fonde sa sérénité sur une physique des atomes qui dissipe la crainte des dieux et de la mort, là où le stoïcien la fonde sur la connaissance de l'ordre du monde, le pyrrhonien l'obtient en cessant de prétendre savoir. Nos tourments naissent de nos jugements : nous croyons que telle chose est bonne, nous souffrons de ne pas l'avoir ; nous croyons que telle autre est un mal, nous tremblons qu'elle n'arrive. Que ces jugements perdent leur assise, et le trouble perd la sienne. La paix vient non d'une réponse, mais de l'évanouissement de la question. == Le conflit des interprétations == Que signifie au juste la réponse de Pyrrhon à la première question ? Le débat contemporain s'organise autour des deux lectures des trois adjectifs. La lecture épistémologique, dite aussi subjective, longtemps dominante, comprend que les choses sont indifférenciables et indécidables « pour nous » : nos facultés ne nous donnent pas accès à leur nature. Pyrrhon serait alors le premier maillon d'une chaîne qui conduit sans rupture jusqu'à Sextus Empiricus : un penseur de l'incapacité humaine à trancher, un sceptique au sens plein. Cette lecture a pour elle la continuité de la tradition qui se réclame de Pyrrhon. Elle se heurte pourtant à une difficulté d'ordre logique, soulignée avec insistance par Richard Bett : dans le texte d'Aristoclès, c'est de la thèse sur les choses que l'on déduit que nos sensations et opinions ne sont ni vraies ni fausses. Or, si la thèse initiale affirmait seulement que nous ne pouvons pas connaître la nature des choses, on devrait conclure que nous ignorons si nos sensations sont vraies, et non qu'elles ne sont ni vraies ni fausses. Dire d'une sensation qu'elle n'est ni vraie ni fausse, c'est se prononcer sur son rapport au réel, ce qui suppose qu'on sache quelque chose de ce réel<ref>Bett, ''Pyrrho'', 2000, p. 14-43, et, sur l'amendement du texte grec, p. 25-26. Certains interprètes ont proposé de corriger le texte grec pour rétablir la cohérence de la lecture épistémologique ; Bett montre que l'amendement ne résout pas la difficulté.</ref>. D'où la lecture métaphysique, dite aussi objective, que Bett défend sous le nom de thèse de l'indétermination (''indeterminacy thesis'') : Pyrrhon aurait soutenu une thèse sur la réalité elle-même, à savoir que les choses sont en leur nature indéterminées, sans propriétés fixes, sans contours assignables. Si tel est le cas, l'inférence devient intelligible : puisque rien n'est déterminément ceci ou cela, aucune sensation, aucune opinion qui attribue aux choses un caractère défini ne peut être dite vraie, ni d'ailleurs fausse. Mais cette lecture a un prix : elle fait de Pyrrhon un dogmatique de l'indétermination, qui affirme quelque chose de la nature des choses, et donc tout autre chose qu'un sceptique au sens de Sextus, lequel s'interdit précisément toute affirmation de ce genre. Le fondateur éponyme du pyrrhonisme n'aurait pas été pyrrhonien<ref>Pour un état des lieux du débat, voir Svavar Hrafn Svavarsson, « Pyrrho and Early Pyrrhonism », dans Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 36-57.</ref>. Une troisième voie, ancienne, mérite d'être rappelée : celle de Brochard, qui jugeait que le Pyrrhon historique fut un sage avant d'être un logicien. Les anciens eux-mêmes retenaient surtout sa manière de vivre ; ses actes, plus que ses paroles, constituaient son enseignement, et ce n'est que plus tard, selon Brochard, qu'on interpréta en un sens logique ce qui avait d'abord une signification morale. Le mot d'ordre du pyrrhonisme primitif n'aurait pas été « que sais-je ? », mais plutôt « tout m'est égal »<ref>Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', 1887, livre I, chap. 3. Cette lecture morale trouve un appui dans les témoignages de Cicéron, qui associent Pyrrhon aux « indifférentistes » Ariston de Chios et Hérille de Carthage.</ref>. La formule qui clôt l'étude de 1885 a fait fortune : Pyrrhon « fut avant tout un désabusé : il fut un ascète grec »<ref>Victor Brochard, « Pyrrhon et le scepticisme primitif », ''Revue philosophique'', 1885, p. 532.</ref>. En France, l'interprétation de Marcel Conche occupe une place à part. Pour Conche, Pyrrhon n'est ni un sceptique de l'inconnaissable ni un moraliste : il est le penseur de l'apparence pure. Ce que Pyrrhon met en question, c'est l'idée même d'être, ce socle que toute la métaphysique présuppose sans l'interroger. Dire que chaque chose « n'est pas plus qu'elle n'est pas », ce n'est pas avouer notre ignorance d'une réalité cachée derrière les phénomènes : c'est dissoudre la notion d'une telle réalité. Il ne reste alors que l'apparence, mais une apparence d'un genre inédit, qui n'est plus apparence « de » quelque chose ni apparence « pour » quelqu'un, puisque la chose et le sujet se résolvent eux-mêmes en apparences. Sur ce point, Conche insiste : le pyrrhonisme n'est ni un relativisme ni un subjectivisme, car ces doctrines maintiennent la scission du sujet et de l'objet, de l'apparaître et de l'être, que Pyrrhon veut justement abolir. Là où Platon allait de l'apparence vers l'être, Pyrrhon fait le chemin inverse : de l'« être », réification illusoire produite par le langage, vers l'apparence universelle. Cette lecture, longtemps isolée, a été reprise par Carlos Lévy<ref>Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', 1994, chap. VIII et IX ; Carlos Lévy, ''Les scepticismes'', Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2008. L'apport de Conche est reconnu au-delà des frontières : Giovanni Reale et Fernanda Decleva Caizzi lui attribuent le mérite d'avoir mis en crise l'interprétation phénoméniste de Pyrrhon, même lorsqu'ils refusent de le suivre dans sa lecture nihiliste.</ref>. On mesure l'écart entre ces lectures en revenant aux trois adjectifs. « Indifférenciables pour nous » : Pyrrhon est un sceptique. « Indéterminées en elles-mêmes » : il est un métaphysicien négatif. « Sans différence de valeur » : il est un moraliste. Le même texte porte ces trois Pyrrhon, et l'inventaire n'est pas clos : Giovanni Reale a dénombré jusqu'à huit interprétations, de la lecture phénoméniste aux lectures orientaliste ou littéraire<ref>Giovanni Reale, « Ipotesi per una rilettura della filosofia di Pirrone di Elide », dans Gabriele Giannantoni (dir.), ''Lo scetticismo antico'', Naples, Bibliopolis, 1981, t. I, p. 243-336.</ref>. Le lecteur doit donc savoir que tout exposé de cette pensée, y compris celui-ci, repose sur des choix interprétatifs que l'état des sources ne permet pas de clore. == Les anecdotes : un sage en péril ? == [[Fichier:Petrarca-Meister 001.jpg|vignette|Pyrrhon sur le navire pris dans la tempête, gravure sur bois attribuée au Maître de Pétrarque (premier quart du {{e|XVI}}&nbsp;siècle). Le porcelet imperturbable donne au sage l'exemple de l'ataraxie.]] La tradition biographique a transmis sur Pyrrhon une série d'anecdotes hautes en couleur. Selon Antigone de Caryste, il vivait en conformité avec sa doctrine, n'évitant rien, ne se gardant de rien, affrontant indifféremment chariots, précipices et chiens, sans rien accorder à ses sens ; ses familiers le suivaient pour le préserver du danger<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 62.</ref>. Un jour qu'Anaxarque était tombé dans un marécage, Pyrrhon aurait passé son chemin sans lui porter secours ; et Anaxarque, loin de lui en vouloir, l'aurait félicité de son indifférence. Posidonius rapporte qu'au cours d'une traversée, comme la tempête épouvantait les passagers, Pyrrhon resta calme et leur montra un petit cochon qui continuait de manger sur le pont : voilà, dit-il, l'imperturbabilité dans laquelle le sage doit se tenir<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 63 et IX, 68.</ref>. D'autres récits le montrent au contraire en défaut : effrayé par un chien, il se serait réfugié sur un arbre, concédant qu'il est « difficile de dépouiller l'homme » ; surpris en colère contre sa sœur, il aurait répliqué que ce n'est pas à propos d'une femme qu'il convient de faire montre d'indifférence<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 66 ; Aristoclès, dans Eusèbe, ''Préparation évangélique'', XIV, 18, 26.</ref>. Que faire de ces récits ? Les prendre au pied de la lettre conduit à une absurdité : un homme qui ne distinguerait pas un précipice d'un chemin ne vivrait pas quatre-vingt-dix ans, et une cité ne ferait pas d'un tel insensé son grand prêtre. Aussi les interprètes ont-ils proposé deux explications. La première y voit une fabrication polémique. Aristote avait objecté aux négateurs du principe de contradiction que leurs actes démentent leurs paroles : pourquoi celui qui tient la chute dans un puits pour indifféremment bonne et mauvaise s'en garde-t-il avec tant de soin<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Γ, 4, 1008 b 12-20.</ref> ? L'anecdote des précipices ressemble fort à une mise en scène de cette objection : un récit hostile de ce que ferait quelqu'un qui prendrait Pyrrhon au sérieux, plutôt qu'un compte rendu de ce que faisait Pyrrhon. On a relevé en outre que ces récits se réfutent eux-mêmes : si Pyrrhon se défie de ses propres sens mais s'en remet à ceux de ses amis pour se tirer d'affaire, il montre par là que les sens sont, de fait, dignes de foi. La seconde explication, avancée par Conche, retourne la perspective : il s'agirait d'une pantomime pédagogique. Pyrrhon, ancien peintre, met en scène sa leçon devant ses disciples ; il feint de marcher vers le précipice, on le retient, et chacun comprend que la différence du précipice et du non-précipice, si pressante pour la conduite de la vie, ne dit rien d'un partage dans l'être. Le précipice n'est ici qu'un exemple parmi d'autres possibles : ce que la scène donne à voir, c'est l'apparence universelle, non une invitation à se jeter dans le vide<ref>Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', 1994, chap. III, p. 135-136 ; sur la lecture polémique, Bett, ''Pyrrho'', 2000, p. 67-69.</ref>. Aucun élément des sources ne permet toutefois de départager ces deux explications, qui demeurent l'une et l'autre conjecturales. Reste que ces anecdotes, quelle qu'en soit la valeur historique, dessinent le portrait que l'Antiquité s'est fait de Pyrrhon : celui d'un homme d'une égalité d'âme presque inentamable, vénéré de ses disciples à l'égal d'un Socrate, et dont la vie même constituait l'enseignement. Timon le dépeint ''atuphos'' (ἄτυφος), exempt de vanité, indompté par tout ce qui dompte les mortels, ces foules accablées sous le poids des passions, de l'opinion et des conventions<ref>Fragments des ''Silles'' et des ''Indalmoi'' de Timon, présentés et classés par Bett, ''Pyrrho'', 2000, p. 70-71. Bett relève les nombreux parallèles entre ces fragments et les anecdotes, au point qu'on a pu soupçonner les secondes d'être des broderies sur les premiers.</ref>. L'Antiquité elle-même percevait la tension entre l'idéal et l'homme : on discutait, rapporte Diogène, pour savoir si la fin visée par les sceptiques était l'impassibilité (''apatheia'', ἀπάθεια) ou la douceur (''praotès'', πραότης)<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', IX, 108.</ref>. Un de ses disciples dira qu'il faut imiter sa manière d'être, quitte à garder ses propres opinions : formule révélatrice, qui fait du pyrrhonisme un style d'existence avant d'en faire une doctrine. == Postérité == [[Fichier:Sextus Empiricus - engraving by G. F. Riedel - 1801.jpg|vignette|Sextus Empiricus, gravure de Gottlieb Friedrich Riedel (1801). Ses ''Esquisses pyrrhoniennes'' fixèrent la forme classique du scepticisme qui se réclame de Pyrrhon.]] Le destin posthume de Pyrrhon est aussi singulier que sa vie. Son école ne lui survécut guère : après Timon, qui fut son propagandiste plus que son continuateur, le pyrrhonisme s'éteignit pour près de deux siècles, éclipsé par le scepticisme de la Nouvelle Académie, celui d'Arcésilas et de Carnéade, qui combattait le dogmatisme stoïcien avec d'autres armes. C'est au I{{er}}&nbsp;siècle av. J.-C. qu'Énésidème de Cnossos, dont les liens exacts avec l'Académie restent discutés, ranima la tradition en se plaçant sous le patronage de Pyrrhon, dont le nom servit dès lors d'emblème à un scepticisme refondé. Aristoclès note avec ironie que personne ne se souciait plus de Pyrrhon et de Timon quand Énésidème entreprit, « hier ou avant-hier », d'en ranimer le bavardage<ref>Aristoclès, dans Eusèbe, ''Préparation évangélique'', XIV, 18, 29.</ref>. Cette renaissance culmine au {{e|II}}&nbsp;siècle de notre ère avec Sextus Empiricus, dont les ''Esquisses pyrrhoniennes'' fixent la forme classique du scepticisme : suspension du jugement (''epochè'', ἐποχή) fondée sur l'égale force des arguments opposés (''isosthéneia'', ἰσοσθένεια) que produit la mise en regard méthodique des apparences et des raisonnements, tropes d'Énésidème et d'Agrippa, vie sans dogmes réglée sur les phénomènes et les coutumes. Mais cette consécration est aussi une transformation. L'historiographie contemporaine distingue désormais trois scepticismes : celui de Pyrrhon et de ses disciples directs, celui de la Nouvelle Académie, et le néopyrrhonisme d'Énésidème et de Sextus. Rien ne garantit que le premier ressemble au troisième. La suspension du jugement elle-même, cette ''epochè'' qui est la pièce maîtresse du système de Sextus, n'est pas attestée chez Pyrrhon, et Conche y voit un héritage d'Arcésilas plutôt qu'une notion proprement pyrrhonienne. Pyrrhon fut, selon le mot de Brochard, une sorte de saint sous l'invocation duquel le scepticisme se plaça ; les sceptiques tardifs lui prêtèrent peu à peu des thèses qui n'étaient pas exactement les siennes. La redécouverte de Sextus Empiricus à la Renaissance fit de « pyrrhonisme » un nom commun de la langue philosophique, désignant le doute poussé à son terme. Montaigne, dont l'« Apologie de Raymond Sebond » nourrit des arguments sceptiques une critique de la présomption humaine, contribua plus que personne à cette fortune ; la « crise pyrrhonienne » des {{e|XVI}} et {{e|XVII}}&nbsp;siècles aiguillonna Descartes, qui voulut vaincre le doute en le poussant à l'extrême, puis Pascal, Bayle et Hume. Par un dernier paradoxe, l'homme qui n'écrivit rien et tint le langage en suspicion se trouve ainsi à l'origine d'une des plus longues traditions de la philosophie occidentale : celle qui, périodiquement, demande à la raison de justifier ses prétentions au savoir. == Notes et références == {{references|colonnes=2}} == Bibliographie == * Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', livre IX, 61-108, trad. sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999. * Fernanda Decleva Caizzi, ''Pirrone. Testimonianze'', Naples, Bibliopolis, 1981 (recueil de référence : 95 témoignages anciens, traduits et commentés). * Victor Brochard, ''Les Sceptiques grecs'', Paris, Imprimerie nationale, 1887 ; rééd. présentée par Jacques Brunschwig, Paris, Le Livre de Poche, 2002. * Léon Robin, ''Pyrrhon et le scepticisme grec'', Paris, PUF, 1944. * Marcel Conche, ''Pyrrhon ou l'apparence'', Paris, PUF, coll. « Perspectives critiques », 1994 (première édition : Villers-sur-Mer, Éditions de Mégare, 1973). * Jacques Brunschwig, « Pyrrhon », dans Monique Canto-Sperber (dir.), ''Philosophie grecque'', Paris, PUF, 1997, p. 466-472. * Richard Bett, ''Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy'', Oxford, Oxford University Press, 2000. * Carlos Lévy, ''Les scepticismes'', Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2008. * Richard Bett (dir.), ''The Cambridge Companion to Ancient Scepticism'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010 (en particulier le chapitre de Svavar Hrafn Svavarsson, « Pyrrho and Early Pyrrhonism », p. 36-57). * Brigitte Pérez, notice « Pyrrhon d'Élis » (P 327), dans Richard Goulet (dir.), ''Dictionnaire des philosophes antiques'', t. V b, Paris, CNRS Éditions, 2012, p. 1749-1771. {{AutoCat}} kev1t1g88xyx8smmdxxd2muoquci1tg Dictionnaire de philosophie/Suède 0 83929 767518 2026-06-06T08:36:06Z PandaMystique 119061 PandaMystique a déplacé la page [[Dictionnaire de philosophie/Suède]] vers [[Dictionnaire de philosophie/Philosophie suédoise contemporaine]] 767518 wikitext text/x-wiki #REDIRECTION [[Dictionnaire de philosophie/Philosophie suédoise contemporaine]] dttqf7t3zg4412b4hahrpe2gga6oknu 767522 767518 2026-06-06T08:41:46Z PandaMystique 119061 Redirection supprimée vers [[Dictionnaire de philosophie/Philosophie suédoise contemporaine]] 767522 wikitext text/x-wiki {{delete}} 35r2j9t4ectnt1cmb7mlgcqvwz6h5k6